Réseaux des femmes, réseaux de femmes. Le cas du témoignage au mariage civil au xixe siècle dans les pays héritiers du Code Napoléon (France, Pays-Bas, Belgique)
Vincent Gourdon
Cet article s’intéresse aux témoins de mariage civil au xixe siècle dans trois pays (France, Belgique, Pays-Bas) ayant hérité du Code Napoléon et à l’impact du facteur « genre » dans le processus de choix. Après un rappel des législations qui n’autorisent le témoignage féminin qu’aux alentours de 1900 (1897 en France, 1908 en Belgique, 1927 aux Pays-Bas), l’analyse se penche sur les corpus disponibles et montre que l’appel à des témoins familiaux dépend assez peu du sexe du conjoint, malgré la radicalité des oppositions sexuées dans la culture du xixe siècle, notamment parce que la sollicitation des témoins dépend plus des familles que des individus eux-mêmes. Cependant des facteurs qui caractérisent davantage les conjoints féminins, par exemple la précocité du mariage ou la célébration du mariage dans la commune de domicile, favorisent l’appel à la parenté. En France, la loi de 1897 a permis de choisir des femmes témoins, mais cette possibilité n’a été que modestement utilisée en pratique avant 1914. Contrairement aux attentes, il n’apparaît pas, sauf peut-être dans les milieux bourgeois, que cette féminisation des témoins ait conduit à un renforcement des choix intra-familiaux. Au contraire, les femmes des milieux populaires urbains semblent en avoir profité pour mobiliser leur sociabilité amicale et professionnelle propre.
This article analyzes the impact of gender on the selection of civil wedding witnesses during the nineteenth-century in three European countries dominated by the Napoleonic Code (France, Belgium, Netherlands). The legislations and the dates of female witnessing acceptation are first studied. Available datas show that the selection of kin-witnesses is not a privilege of the brides, as was presumed because of the family-oriented vision of female destiny in the Bourgeoisie culture, because the choice of wedding witnesses was more familial than individual. But some characteristics of female spouses, as their younger age at marriage, explain the little existing differences. After 1897 in France, women have been able to witness, but few have been chosen before the Great War. Unexpectedly, this new opportunity don’t seem to have reinforced kin selection. On the contrary, urban working-class brides have used the new legislation to honour their own female friendly or professional networks.
• Rappels législatifs
• Une légère prédilection féminine pour la parenté
• Oncles et dépendance
• Vers des réseaux de femmes ?
• Conclusion
• RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES