Annales de démographie historique 2007/2
Annales de démographie historique
2007/2 (n° 114)
248 pages
Editeur
I.S.B.N. 2701147093
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Vous consultezChangement agraire et récession démographique : la première enquête Orry (1730). L’exemple de l’élection d’Issoudun

AuteurOlivier Zeller du même auteur

Université Lyon II
Ex-Centre d’études démographiques
UMR 5600 Villes, sociétés, environnements.
pr.olivier.zeller@free.fr
« L’invigilance sur les années de stérilité, sur ce temps malheureux où la terre se refuse à la production des semences, n’est-elle pas un crime politique ? »

Louis-Sébastien Mercier, L’an 2440, rêve s’il en fut jamais.

Automne 2006 : le marteau d’ivoire à manche d’ébène voltige à l’hôtel Drouot. C’est un ensemble de fonds d’archives constitués par diverses familles berrichonnes d’Ancien Régime que le commissaire-priseur disperse. Événement banal, simple événement constitutif du vaste processus de destruction irrémédiable de tout ce champ heuristique majeur de l’histoire sociale que devraient former les archives privées (Figeac, 2006), puisque la logique du marché prévaut sur toute considération scientifique. Parmi les papiers dispersés cette fois-là se trouvent ceux de la famille de l’Estang, propriétaire de près de vingt seigneuries, et que d’Hozier faisait remonter à Pierre de l’Estang, écuyer, sieur de Borderousse, natif de Bretagne et établi dans la ville d’Issoudun au début du xviie siècle. Outre un échevin de Bourges en 1675, la lignée berruyère compta Pierre, installé en 1750 comme lieutenant général civil et criminel du bailliage de Bourges[1] [1] Archives départementales du Cher, D 352 et 353. ...
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auquel succéda son fils[2] [2] Archives départementales du Cher, B 1230 et B 4400. ...
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. La famille eut aussi une branche issoldunaise se transmettant sur quatre générations l’office de procureur du roi au siège royal des prévôté, maîtrise des eaux et forêts et bailliage d’Issoudun : Jacques II à partir de 1650, Pierre III en 1683, François-Joseph[3] [3] Archives départementales du Cher, C 827. ...
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dans le premier tiers du xviie siècle, suivi de Pierre-Joseph. Ensuite, on préféra l’état militaire, et, voyant son fils lieutenant au régiment de la Marine, le dernier procureur résigna sa charge en faveur d’un cousin d’une branche cadette, René de L’Estang, dont le père Jean avait été lieutenant particulier et criminel au bailliage et présidial d’Issoudun (Aubert de la Chesnaye-Desbois et Badier, 1867). La famille plaça aussi plusieurs de ses membres dans le premier ordre. On connaît ainsi un prieur de Sancoins (De Marasange, 1926, 333) et, quand, en 1778, la généralité de Bourges fut divisée en vingt-quatre « arrondissements » lors de la mise sur pied de la toute nouvelle administration provinciale, l’abbé de L’Estang, chanoine de la collégiale Saint-Cyr d’Issoudun, fut nommé député pour le clergé de l’arrondissement dont cette ville était chef-lieu[4] [4] Pallet, Nouvelle histoire du Berry contenant son origine...
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. Une classique lignée de riches robins, donc, fortement et durablement insérée à Issoudun, puis à Bourges, et dont la prééminence locale se constate à la simple lecture des registres de capitation de la noblesse berruyère : en 1719, le sieur de l’Estang fut le plus lourdement imposé, à hauteur de cent livres[5] [5] Archives départementales du Cher, intendance du Berry,...
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.

2 Hiver 2007 : l’un des professionnels adjudicataires des « lots » propose sur Internet un document présenté comme la réponse à une enquête du contrôleur général portant sur l’élection d’Issoudun. L’auteur de ces lignes s’en porte acquéreur[6] [6] Des copies en seront déposées aux archives départementales...
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et, au premier examen, détermine qu’il s’agit sans doute possible d’une épave d’une enquête statistique encore mal connue : la première enquête Orry. Rédigé par le receveur des tailles de l’élection François Thabault de La Terrée[7] [7] Archives départementales de l’Indre, 2 B 546, inventaire...
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, le document comporte deux colonnes : à droite, les questions posées par le contrôle général, à gauche, les réponses proposées par le receveur des tailles de la généralité, réponses d’ailleurs assorties de commentaires outrepassant volontiers les limites du travail d’information requis en assignant des causes aux calamités déplorées (Annexe I).

Orry et ses enquêtes

3 À la tête du ministère du 20 mars 1730 au 5 décembre 1745, le contrôleur général Philibert Orry connut une longévité politique inusitée : plus de quinze années et demie. Il n’a pas laissé une grande réputation de tact ; à la Cour, ses brusqueries le faisaient comparer à « un bœuf échappé dans le parc de Versailles ». C’est que ce grand commis de l’État, homme « inentamable », connu pour son autoritarisme et son inflexibilité, voulait appréhender à bras-le-corps les difficultés du règne, d’où la soif d’informations que prouve l’initiative qu’il prit, dès son entrée en fonction, d’adresser un questionnaire aux intendants. Selon Bernard Gille, ce serait en raison des effets de la réforme du conseil de commerce, réduit à un bureau restreint depuis un édit de 1722[8] [8] Piganiol de la Force, Introduction à la description de...
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, puis rétabli par un autre le 29 mai 1730 qu’ Orry lança sa première circulaire dès le 12 juillet 1730 (Gille, 1964, 34-36).

4 En l’état actuel des connaissances, la première enquête Orry reste mal connue. En 1985, en réalisant leur Histoire de la démographie, Jacques et Michel Dupâquier la signalèrent et, ne connaissant que l’existence de quelques documents en Dauphiné, limités aux élections de Gap, Romans, Valence et Montélimar, ils supposèrent qu’elle n’avait pas eu d’équivalent ailleurs (Jacques et Michel Dupâquier, 1985, 91). Peu après, les auteurs de l’Histoire de la population française précisèrent : « Après 1726, le pouvoir royal a cessé de s’intéresser aux dénombrements de feux. Lançant en 1730 une première enquête sur l’état économique de la France, le contrôleur général Orry se contenta de demander aux intendants le nombre global des habitants de leur province ou généralité “parce que, sans cette connaissance, on ne peut constater la quantité des bleds nécessaires à leur subsistance”, mais ne prescrivit pas d’opération à l’échelle nationale (Dupâquier, 1988 ; 1995, 38). »

5 Plus précisément, le questionnaire d’Orry se composait en 1730 de deux séries de questionnements, l’une agricole et démographique, l’autre industrielle[9] [9] Publié intégralement dans : Gille, 1964, 34-36. ...
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. La première annonçait : « Sa Majesté souhaite être instruite si la récolte y est toujours suffisante pour la subsistance des habitants, si quelque fois elle ne l’est pas et si quelque fois aussi elle donne plus de grains qu’il n’en faut pour la consommation d’une ou deux années ; quels sont les lieux dont vous tirez les blés lorsque la récolte n’est pas assez abondante, et quels sont ceux où se portent les blés qui excèdent la consommation, leur prix actuel relativement aux mesures de Paris, le nombre des habitants de votre province ou généralité parce que sans cette connaissance on ne peut constater la quantité des blés nécessaires à leur subsistance (Gille, 1964, 35). » En même temps, Orry recommandait aux intendants de s’appuyer sur leurs subdélégués et sur les receveurs des tailles qui pouvaient leur « fournir, élection par élection, des mémoires sur tous les articles » et prodiguait même de méfiantes instructions d’ordre pratique : « Je vous conseille toutefois de les consulter séparément, de faire la comparaison des mémoires des uns et des autres, car c’est le seul moyen de perfectionner ce travail. » Apparemment, chaque intendant prenait ensuite sur lui de reformuler à sa guise ces curiosités à l’usage de ses informateurs, compte tenu des spécificités locales. Par exemple, celui d’Amiens détailla beaucoup les demandes de renseignements portant sur les manufactures (Gille, 1964, 34-38). Si l’on se fie aux réponses du receveur d’Issoudun, l’intendant de Bourges fut nettement moins curieux de connaître l’industrie, dont il savait la minceur, que de mesurer les productions céréalières. Il rédigea donc vingt questions, dont les quinze premières étaient vouées à saisir les moyens d’assurer l’équilibre entre population et subsistances (Annexe I). Il ne reprit à la lettre les termes du questionnaire d’Orry que dans la deuxième question et pour une partie de la troisième. À moins que des instructions complémentaires aient été données par des courriers aujourd’hui perdus, l’intendant développa des interrogations de son cru sur la nature et le volume des productions céréalières, sur les réserves détenues par d’éventuels greniers publics, par des couvents ou par des particuliers. D’autres portaient sur le commerce des grains, sur la consommation d’orge en temps de disette et sur la manière dont était assurée la subsistance des pauvres et des gens de guerre. Directement inspirée par la circulaire d’Orry, la huitième question était incidemment démographique : « Le nombre des habitants quyl y a dans vostre élection car ce n’est que par raport a la quantite d’hommes que lon peut constater la quantite de bleds que leur subsistance demande. » Secondairement, les cinq dernières interrogations portaient sur les possibilités de rationalisation de la géographie fiscale, les facilités de transport, les manufactures, les foires, et, dans une perspective pré-physiocratique, se complétaient par un bref « mémoire par raport au commerce des productions de la nature ». Sous le séduisant prétexte de « bonifier » chaque élection, la préoccupation essentielle qui transparaissait était donc d’assurer l’équilibre entre subsistances et population dans le cadre d’une politique frumentaire nationale ; d’où la nécessité de distinguer les élections excédentaires des déficitaires, de repérer les structures de stockage existantes et de baliser les cheminements d’éventuels transports. Le souvenir encore récent du « grand hyver » de 1709-1710, particulièrement meurtrier en Berry (Lachiver, 1991, 448), et la récurrence de disettes locales avaient manifestement incité le contrôle général à organiser, sinon la libre circulation des blés, du moins d’éventuels transferts de stocks de province à province.

6 Quatorze années plus tard, la seconde enquête diligentée par Orry et naguère publiée par François de Dainville répondait à des préoccupations radicalement différentes (de Dainville, 1952). La circulaire du 17 décembre 1744 s’articulait en huit points : si le dernier, machiavélique, ordonnait de sonder l’opinion grâce au procédé éprouvé consistant à répandre intentionnellement des rumeurs fiscales et militaires pour en recueillir les réactions, les sept premiers visaient à apprécier le poids d’argent thésaurisé sous forme de vaisselle, le niveau de richesse des populations, leurs capacités fiscales inexploitées et, presque subsidiairement, leurs effectifs, l’information la plus explicitement désirée tenant dans le nombre d’hommes en état de porter les armes (Lecuyer, 1981). Il est évident que la seconde enquête Orry s’inscrivait avant tout dans les mesures prises pour mener la guerre de succession d’Autriche.

7 La dissemblance des enjeux et la convergence des curiosités démographiques entre les deux enquêtes portent en elles-mêmes un enseignement. Face à de graves enjeux de gouvernement, le contrôleur Orry et, sans doute, son entourage réagissaient en faisant dresser des statistiques d’État d’où la curiosité démographique ne pouvait pas être absente, puisque conditionnant les nécessités alimentaires dans un cas, et l’ampleur des levées de soldats dans l’autre. Alors que le récent recensement des pays de grande gabelle[10] [10] Bibliothèque nationale, Manuscrits français, 23918-23925. ...
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de 1726 commandé par son prédécesseur, Charles Gaspard-Dodun, ne répondait encore qu’à des objectifs fiscaux (Esmonin, 1964), le comptage constituait pour Orry un préalable normal de l’action politique. Certes, on peut objecter que l’obsédante question fiscale ne pouvait guère être totalement étrangère à la problématique de 1730, puisque, deux années plus tard, le contrôleur lança une nouvelle enquête centrée cette fois sur l’assiette et la levée des tailles (Touzery, 1994).

L’ enquête de 1730 dans l’élection d’Issoudun

La mosaïque berrichonne

8 Au cœur de la Champagne berrichonne, l’élection d’Issoudun faisait partie de la généralité de Bourges. Lors de sa création, en 1542, cette dernière correspondait au vaste Berry de l’ancien « diocèse-élection » de Bourges, mais les créations successives de la généralité d’Orléans en 1577[11] [11] Piganiol de La Force, L’État de la France, Paris, David...
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, de celles de Clermont et de Limoges, et, enfin, de celle de Moulins en 1586 entraînèrent une considérable réduction de son ressort, accentuée par la création interne de nouvelles élections, comme celles de Saint-Amand et, en 1696, de La Charité. Celle d’Issoudun fut créée avant 1598, puis connut une éclipse dans la première moitié du xviie avant d’être rétablie en décembre 1654. Il en résulta des découpages complexes, comme si souvent sous l’Ancien Régime (Poitou, 1997, 14-39 ; Canu et Arbellot, 1993). En 1783, l’académicien orléanais et avocat berruyer Pallet pouvait encore déplorer : « La plupart de ces élections sont tellement entremêlées les unes dans les autres que souvent on trouve une seule paroisse coupée en deux parties, dont la première paye à telle élection, la seconde à telle autre ; d’où les géographes ont pensé que c’étoient deux paroisses différentes du même nom ; il y en a plusieurs exemples sur leurs cartes et dans leurs dictionnaires[12] [12] Pallet, op. cit. , tome III, 32. ...
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. » L’élection d’Issoudun n’échappait pas à la règle. Elle possédait trois enclaves externes, l’une dans l’élection de la Châtre, à l’ouest de cette petite ville, et l’autre à l’est de Châtillon-sur-Indre, en pleine élection de Châteauroux, la dernière au sud. Inversement, elle incluait dans sa partie septentrionale des paroisses relevant de l’élection de Romorantin, et à l’ouest de Levroux, d’autres dépendaient de celle de Châteauroux (Poitou, 1997, 194)… Seules quelques rectifications de limites internes de la généralité furent réalisées en 1725 entre ses élections de La Châtre et de Saint-Amand, en attendant la modification entre 1768 et 1779 de la frontière extérieure séparant l’élection d’Issoudun de celle de Romorantin. Sur le plan juridique, il en résultait un curieux entrelacs de coutumes. L’avocat Pallet cite l’application en Berry de quatre droits différents[13] [13] Pallet, op. cit. , tome III, 27-30. ...
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 : ceux du Berry, du Nivernais, du Bourbonnais et de Montargis (Poitou, 1997, 33-39).

9 Quant à sa population, force est de ne considérer que la généralité de Bourges dans sa totalité, faute de données plus détaillées. Vers 1700, ses 13 560 km2 ne comptaient qu’environ 290 000 habitants, soit une densité relativement faible de 21,4 habitants au km2, certes appelée à connaître plus qu’un doublement au cours du xviiie siècle, jusqu’à 44,1 habitants au km2 en 1778-1787 (Dupâquier, 1995, 76). Relativement clairsemée, la population berrichonne se répartissait en petites « collectes » : en 1713, lors du grand comptage des feux en pays d’élection, elle formait surtout des communautés d’une centaine de feux, à la différence de ce qui a été constaté dans les généralités de Rouen, de Soissons ou d’Amiens, où les villages étaient nettement plus gros (Dupâquier, 1995, 74). Compte tenu de la pauvreté avérée de l’élection d’Issoudun, on ne peut que supposer des densités encore plus faibles, et des communautés encore plus petites. Si l’on se fonde sur les seuls chiffres avancés par l’enquête de 1730, la « collecte » moyenne n’aurait regroupé que 89 feux.

Choisir un feu moyen

10 L’un des intérêts du formulaire rempli par Thabault de La Terrée tient au caractère explicite de sa méthode d’évaluation démographique : « L’élection d’Issoudun peut contenir dans les 106 paroisses quil renferme le nombre de 56 680 habitants, ce qui ce prouve par les feux qui sont au nombre de 9 448 dont il y en a 8 300 occupe par des manœuvres et gens d’industrie et 1 148 par des laboureurs et a six personnes par feu le fort portant le faible ledit nombre de 56 640 personnes. » De même que la réalisation du vaste recensement réalisé en 1713 dans l’ensemble des pays d’élection avait été demandée aux intendants (Dupâquier, 1995, 37), con-fier les enquêtes locales aux receveurs des tailles permettait de réaliser des comptages à partir des plus récents rôles fiscaux ; mais ensuite, chacun appliquait sans doute son évaluation toute personnelle de la taille moyenne des familles de ses administrés. L’enquêteur choisit six personnes par feu, ce qui, a priori, peut paraître fort, même en milieu rural. Pour tout le xviiie siècle, on ne dispose malheureusement en Berry que de comptages de feux, et jamais de recensements, serait-ce à l’échelle étroitement locale (Poitou, 1997, 71), si ce n’est un tardif dénombrement de Mareuil-sur-Arnon donnant le chiffre de 4,59 personnes par feu[14] [14] Archives départementales du Cher, L 175. ...
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, mais dans le contexte si particulier de l’année 1794 ! À défaut, on peut reprendre les moyennes communales calculées par Christian Poitou en rapportant les comptages d’habitants de 1794 aux comptages de feux de 1793, qui aboutissent à une moyenne élevée de 5,88 personnes par feu pour l’ensemble de l’ex-généralité de Bourges (Poitou, 1997, 203). L’écart-type est alors de 1,71, ce qui souligne la fréquence des moyennes paroissiales égales ou supérieures à six. Il faut aussi souligner qu’en 1744, lors de la seconde enquête Orry (de Dainville, 1952), on reprit manifestement ce feu moyen de six personnes, puisque le chiffre annoncé de 44 682 habitants correspond exactement à six fois 7 447 feux.

11 Le caractère arbitraire de ces valeurs moyennes « le fort portant le faible » ressort clairement des chiffres publiés par François de Dainville au sujet de l’enquête de 1744. Certes, les tests de divisibilité ne fournissent pas toujours de résultats décisifs et laissent perplexe dans nombre de cas. Il reste tout de même établi qu’une moyenne de six personnes par feu a été utilisée pour les élections de la Charité, de la Châtre et de Saint-Amand, et qu’elle a pu servir, en concurrence avec celle de 5,5 personnes par feu, pour celle d’Issoudun. Géographiquement, ces quatre élections forment un ensemble continu en forme de croissant enveloppant par le sud la généralité de Bourges, ce qui semble plaider en faveur de la cohérence de la démarche suivie, à tout prendre préférable, puisque soucieuse des disparités locales, à cette vaine recherche d’un « multiplicateur universel » applicable au nombre des baptêmes qu’effectuera encore Messance en 1757.

Tab. 1 - Test de divisibilité des effectifs estimés en 1744 pour les élections de trois généralités


Généralités Élections Population Divisibilité 4,7 5 5,5 6 Poitiers Poitiers ville 33 165 Oui Oui Poitiers plat-pays 88 572 Oui Oui Saint-Maixent 52 689 Niort 70 716 Oui Fontenay-le-Comte 61 275 Oui Thouars 62 616 Oui Mauléon 63 532 Châtellerault 62 664 Oui Confolens 50 584 Les Sables d’Olonne 46 282 Moulins Moulins ville 11 680 Oui Moulins plat pays 44 518 Nevers ville 5 734 Oui Nevers plat-pays 62 417 Gannat 54 435 Oui Montluçon 41 807 Évaux 42 528 Oui Chatelchinon 58 211 Bourges Bourges ville 28 560 Oui Oui Bourges plat-pays 40 210 Oui Issoudun 44 682 Oui Oui Châteauroux 38 472 Oui Le Blanc 42 720 Oui Oui La Châtre 27 546 Oui Saint-Amand 48 173 La Charité 46 241
Céréales Boisseaux, mesure de Paris (soit 13 l)* En hectolitres Part relative en volume % Orge (Marseiche) 1 155 600 150 228 28,35 Avoine 1 150 000 123 500 28,22 Froment 950000 149 500 23,31 Seigle 780000 101 400 19,14 Méteil 40 000 5 200 0,98 Ensemble 4 075 600 529 828 100 * Le simple fait que le scribe ait récapitulé les boisselées de « bleds » et d’avoine prouve qu’il n’a pas utilisé la mesure spécifique à l’avoine, le boisseau de 17 litres et que tout à été exprimé en boisselées de Paris pour « bleds » valant 13 litres (Moriceau, 1994, 839-841).

La cause de tous les maux : l’éclatement foncier

17 Le receveur établit ici un lien direct et explicite entre baisse de la production céréalière et transformation des modes de faire-valoir. Un véritable leitmotiv qui revient constamment au fil de ses réponses consiste à expliquer la crise agraire des années 1710-1730 par un éclatement des grands domaines en une multiplicité de petites ou très petites exploitations, appelées « locatures[23] [23] « Locature : dans le Centre, du Perche au Berry,...
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 », à ranger sans gros risque dans la vaste famille des métairies. L’argument sert peut-être à détourner l’hypothétique menace du logement de gens de guerre : « Il passe peut de troupes en cette election et l’on a pas besoin apresent pour consomer les grains que l’on receuille, veu quyl s’en manque un tiers au moins de ce qui se receuilloit il y a vingt ans par le nombre des domaines qui ont esté réduits en locatures et il ny en a que pour la noriture des habitans. » Il est repris pour expliquer la sous-exploitation du terroir : « Il y a plusieurs portions de terres inculte, les unes par leur mauvaise qualité, les autres par l’impuissance des exploiteurs de pouvoir les remettre en valleur et que le manque de credit a contraint dabandonner avec les imposts dont ils sont chargés qui n’ont pas peut contribué a cette abandonnement Et occasionne que nombre de domaines ont ete aussy reduits en locatures ce qui fait annuellement un manque de récolte depuis vingt ans de prèst d’un tiers. » Il sert aussi pour motiver l’impossibilité de dégager des excédents de blés commercialisables : « Il se trouveroit des greniers suffisans en cette election pour faire des amats de bled et il s’en est fait autrefois. Mais depuis labandonnement de plusieurs domaines qui ont este reduits en locatures, ils sont inutils, par le manque de recolte qui est d’un tiers moins qu’il n’etoit autrefois. » Ce qui plus est, la multiplication des locatures aurait même été responsable du fait que trop d’impôt ait tué l’impôt, le poids de la taille venant surcharger l’élection ayant fini par raréfier les contribuables : « Une augmentation de pres de deux tiers en sus de ce quelle portoit de taille en 1700 et ce qui a occasionné la desertion de ces terres et domaines, avec le commerce qui se trouve fort interompû et en quoy consiste le seul produit de cette election puisque cest la noriture des menus bestiaux qui en fait le principal revenû et qui fournit aux taillables de quoy satisfaire a leurs impositions et dont le nombre de ce quily avoit il y a vingt ans se trouve diminuer au moins d’un tiers par ces terres incultes et domaines reduits en locatures. »

18 Les moyens de critiquer ces affirmations sur la division des grands domaines manquent largement, à l’exception des chiffres établis par Marcel Moreau (Moreau, 1978) à partir de l’atlas terriste[24] [24] Archives départementales du Cher, plan 442 et NA 442. ...
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qui décrivit en 1766 la seigneurie de Mareuil, à trois petites lieues d’Issoudun. Dans la seigneurie, on ne dénombrait alors qu’un nombre réduit de « métairies », qui étaient ici des exploitations étendues, contre 468 « locatures », qui, vraiment minuscules, ne représentaient que 5,4 % de la superficie agricole. Une image encore plus probante de l’émiettement extrême de la frange inférieure de la hiérarchie des propriétés apparaît dès que la statistique ne porte plus sur les exploitations, mais sur les propriétaires. Plus de 75 % des patrimoines n’atteignaient pas cinq hectares, tandis que 79,9 % de la superficie étaient rassemblés entre les mains de sept détenteurs d’au moins cinquante hectares, dont le duc de Béthune-Chârost, qui régnait sur plus de 1 000 hectares, soit 58,8 % de la superficie agricole. Si une parcellarisation s’était produite dans le demi-siècle précédent, elle avait au moins laissé subsister la très grande propriété nobiliaire.

Tab. 3 - Répartition des propriétés à Mareuil (élection d’Issoudun) en 1766. La paroisse de Mareuil dans la seconde moitié du xviiie siècle, d’après M. Moreau (1978)


Superficie (Ha) Propriétés Superficies fréquence fréquence fréquence absolue relative relative % % % 0?S<1 71 52,21 0,90 1?S<5 35 25,74 3,20 5?S<10 9 6,62 2,80 10?S<20 10 7,35 5,00 20?S<30 2 1,47 2,10 30?S<40 2 1,47 2,50 50?S<60 2 1,47 4,40 90?S<100 2 1,47 7,40 100?S<1000 2 1,47 9,30 1000<S 1 0,74 58,80 Ensemble 136 100 100

Annexe

Annexe I

La première enquête Orry dans l’élection d’Issoudun (1730)[50]

[50] 1. Erreur originelle du scribe : 11 556 000.
2. ...
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Mémoire des faits et Eclaircissements demande par le Ministre aux receveurs des Tailles de l’Election d’Issoudun our connoistre la scituation de cette Election et estre en Etat de la Bonifier

L’Élection d’Issoudun peut produire année 1° La quantité de bled, nature par nature, que Commune la quantité de 4 075 600 boisseaux de vostre Election peut produire annee commune. bleds de touttes especes, scavoir : -950 000 [boisseaux] de bled froment -40 000 boisseaux de bled méteil -780 000 [boisseaux] de bled seigle -1 155 6001[boisseaux] marseiche -1 150 000 boisseaux d’avoine, Ce qui se prouve par les paroisses qui la Compose qui sont au nombre de 106 lesquels renferme 1146 laboureurs qui exploitents la quantite de 677.600 boisselées de terre dont il y en a bien les trois quarts de mauvaise et de mediocre 2et, le fort portant le faible, la boisselée de terre ne peut raporter plus de six boisseaux de bled Mesure de Paris et qui produira en total laditte quantité de 4.075.600 boisseaux de bleds de touttes especes 3. La recolte ne suffit pas toujours pour la nourriture 2° Si la récolte est toujours suffisante pour la des habitans et Elle ne donne plus de grains qu’il subsistance des habitans, si quelquesfois ele ne l’est n’En faux pour leurs Nouritures. pas et si quelques fois elle donne plus de grains quil n’en faux pour la consomation de deux ou trois annees. Lorsquil arrive quelques accidents sur les bleds en 3° Quels sont les lieux d’ou lon tire des bleds pour cette Election, soit par la gresle, gellée et autres assurer la subsistance des habitans lorsque la recolte Vimaires 4, l’ontire des bleds et seigle de la Marche nest pas assees abondante, ou si lon se sert pour y comme il arriva En lannee 1725 que les pluyes remedier de quelques autres nourriture Telle Continuels submergerents partie des bleds / et lorge quorge etc. comme aussy en quel lieu le [se] porte en tout temps sert pour la Noriture des Paysans de l’Excédant des Bleds qui se receuillent dans Vostre cette Election, sans lequel les autres grains ne Election audela du necessaire la semence deduitte. suffiroient pas pour la Noriture des habitans Et Comme il ne s’en receuille point audela Il ne s’en fait aucun transport. Il ne peut y avoir que la mesme quantite du bled 4° Quels quantites de bleds et autres grains Vous froment, meteil et seigle de la recolte derniere que Croyez quil y ayt actuellement dans vostre Election les precedentes Et ainsy qu’il est detaillé en l’article de la recolte derniere et des precedentes. premier, Mais en ce qui regarde l’orge et lavoine il ne s’en est pas recuilli la derniere recolte le tiers des precedentes autres, la Chaleur ayant arresté leur production, et il ne peut avoir de bleds des annes precedantes, Veu quil ne sen receuille apresent que ce qui est necessaire pour l’année. Il y a un mois que le boisseau de froment Messure 5° Le prix quil se vendoit Il y a un mois, le prix de Paris se Vendoit vingt sols, le Meteil seize, le actuel dans les principeaux marchés suivant les Seigle douze, lorge douze et lavoine dix et il vault poids et Mesures de Paris. actuellement le mesme prix à L’Exception de lorge et de lavoine qui augmente tous les Marches Et lon craint que ces menus grains dans le temps de la semence ne soients porte a un prix bien plus haut par les deux tiers manquants des annees precedantes. Le Pain blanc vault actuellement dix-huit deniers la 6° Le prix du pain blanc et bis, Car l’on a Eprouve livre et le pain bis douze deniers. que ce prix etoit tres mediocre dans les provinces pendant quil Etoit tres cher a Paris. Tous les hopitaux de cette Election se renferment 7° La quantite des grains qui est necessaire a la en cette ville au nombre de trois ou tous les pauvres Subsistance des pauvres de Vostre Election, si elle de partie de cette province sont receus, Et a lun Est assurée, si cest sur les lieux, [si ceux] qui en sont desquels on a reuni partie des aumosnes de directeurs font leur provision ou sil la Retire fondation qui se distribuoient aux portes des Eglises daillieurs et de quel endroit. des paroisses de cette Election Et celles limitrophes, suivant l’arrest du Conseil du 10 avril 1725. Ce qui fournit en partie des grains pour leur subsistances et le surplus se prend dans les Marchés de cette ville et la Consommation peut monter a la quantite de douze mille boisseaux de bled. L’Election d’Issoudun peut contenir dans les 106 8° Le nombre des habitants quyl y a dans Vostre paroisses quil renferme le nombre de 56 680 Election car ce n’est que par raport a la quantite habitants, ce qui ce prouve par les feux qui sont au d’hommes que lon peut constater la quantite de nombre de 9 448 dont il y En a 8 300 occupe par bleds que leur subsistance demande. des manœuvres et gens d’industrie et 1 148 par des laboureurs et a six personnes par feu le fort portant le faible ledit nombre de 56 640 personnes. Il ny a aucune Ville en cette Ellection ou l’on ayt 9° Sil y a quelques Villes qui ayents faits amats de fait amas de grains. grains de precaution pour prevenir touttes disette et manque de recolte Il Passe peut de Troupes En cette Election et l’on a 10° Si outre la Noriture des habitans, celle des pas besoin apresent pour Consomer les grains que Troupes de sa Majesté Se trouve assurée Soit par l’on receuille, Veu quyl S’En manque un tiers au raport aux Etapes, ou a leurs sejours et si l’on a moins de ce qui se receuilloit Il y a Vingt ans par le besoin de troupes dans Vostre Election pour les nombre des domaines qui ont Esté réduits En Consommer. locatures Et Il ny En a que pour le Noriture des habitans. Il ny a aucuns particuliers En cette Election qui 11° Sil y a des particuliers qui fassent commerce de fasse Commerce de Bled. bleds, d’ou ils les Tirent et ou ils les Envoyent, Si cest par terre ou par Eau. Il ny a aucune Communauté religieuse, abbés, non 12° Sil y a des Communautes Religieuses, des plus que des seigneurs decimateurs en grains qui abbés, des seigneurs decimateurs en grains qui ayent des amats de bleds dans leurs greniers audela ayent des amats de bleds dans leurs greniers audelà de ce quil leurs en faux pour leur subsistance. de ce qui en faux pour la subsistance d’une ou deux annees et qui les gardent pour ne les sortir quavec utilite en Cas de Mauvaise année. Il y a Plusieurs portions de Terres Inculte, les unes 13 Sil y a quelques portions de terres Inculte et par leur mauvaise qualité, les autres par pourquoy elles le sont Et ce que l’on peut faire l’Impuissance des Exploiteurs de pouvoir les pour les remettre En Valleur Et retablir les remettre En valleur Et que le manque de Credit a domaines abandonnés. Contraint dabandonner avec les Imposts dont ils sont chargés qui n’ont pas peut contribué a cette abandonnement Et occasionne que nombre de domaines ont Ete aussy reduits en locatures ce qui fait annuellement un manque de récolte depuis Vingt ans de prèst d’un tiers, d’aillieurs L’Engagement Considérable qu’il faux pour L’Exploitation des domaines de plus d’un tiers des paroisses de cette Election et dont le raport ne donne plus de trois boisseaux de bled par boisselée et les domaines sont considerablement charges de taille et de gabelle par laugmentation que cette Election a suporté depuis le commencement de la guerre d’Espagne ; auquel Temps Elle ne portoit de taille que 70 000 livres et en 1701 Lors de l’Etablissement de la Capitation sa cotte part fut fixe a 25 000 livres et à dix mille livres d’Ustancils ce qui composoit en Total Celle de Cent cinq mil livres et depuis Elle a Toujours esté augmenté Et elle suporte actuellement Comme on le connoistra par le detail cy apres dans larticle 20 pres de deux cent mil livres Ce qui fait Une augmentation de pres de deux tiers en sus de ce quelle portoit de taille en 1700 Et ce qui a occasionné la desertion de ces Terres et domaines, avec le Commerce qui se trouve fort interompû Et en quoy Consiste le Seul produit de cette Election puisque Cest la Noriture des menus bestiaux qui en fait le principal revenû Et qui fournit aux Taillables de quoy satisfaire a leurs impositions Et dont le nombre de ce quily avoit Ily a vingt ans se trouve diminuer au moins d’un tiers par ces Terres incultes Et domaines reduits En locatures Et pour ranimer ce Commerce Et faciliter aux propriétaires de Ces domaines abandonnés le Moyen de les remettre En Valleur et les fournir des bestiaux. Il faudroit Commencer par accorder sur les Impositions de cette Election Une diminution proportionnée a son Etat present et faciliter la Circulation des Espèces, dont la rareté n’a contribué pas peu à Tout les derangements. La récolte derniere En ce qui regarde les bleds 14° Ce que Vous Juges de la recolte derniere, Si froments meteil et seigle a Esté a peu de chose prest Elle a esté abondante dans vostre Election, Sil ny a Comme les precedantes. Mais a l’egard de lorge et point eu quelques cantons qui ayent Esté Exposé de lavoine Il s’en manque bien les deux tiers par la aux inondations, a la gresle Et autres accidents Challeur qui a empeché leur production. Imprevûs. Il se trouveroit des greniers suffisans En cette 15° Si vous aves des greniers comode et suffisant Election pour faire des amats de bled Et Il s’en est dans vostre Election pour faire des amats de bled. fait autrefois. Mais depuis labandonnement de Il y a des foires assez considerables En cette Election 16° Si vous avés des foires Considerables dans Et au nombre de dix-sept. Il se vend des boeufs Et Vostre Election, le nombre de ce qui Sy Vend moutons gras et brebis Maigres et des laines En communement Et quel peut estre le produit tous Surge, ce qui fait le Principal revenû de cette les ans. Ellection. Mais le nombre sest trouvé fort diminué de ce qu’il Etoit Il y a Vingt ans et comme dans ces foires Il y a nombre de bestiaux des Elections Et provinces Limitrophes l’on ne peut dire au Juste la quantité et le produit. Il n’y a aucune Riviere navigable En ceste Election 17° Si vous avés des Rivieres Navigables dans vostre Et la distance du chef lieu Est a douze lieues, qui est élection, a quel distance Elles sont de chasque chef la riviere de cher Et l’on en tire aucune avantage En lieu de l’Election, leurs nombre, leurs noms et quel cette Election, veû qu’il ny a d’autre commerce que avantage on En tire ou l’on En peut tirer pour le celui des bestiaux. Commerce. L’Election d’Issoudun est Composée de cent six 18° Le nombre de parroisses ou collectes dont paroisses et du mesme nombre de collecte. vostre Election est Composée. Il y a trois hameaux qui paye la taille En trois 19° Sil ny a poins de Reunion a faire de quelques Elections differentes Et qui Sont des paroisses de collecte aux paroisses cette Election Et qu’il seroit a propos d’y reunir afin de n’en faire qu’une mesme collecte Et dont Je fourniray Un Etat Si lon le Juge ainsi. Le Montant des impositions de la taille et autres 20° Quel est le montant des Impositions de mil deniers imposé l’année mil sept cent vingt-huit sept cent vingt-huit dans vostre Election en sont, scavoir : Especiffiant chasque Nature d’Imposition et son montant. En 1700 En 1730 Taille 70 000 119 081 : 13 Capitation 61 459 : Fourages 15 540 : 00 Milice 2 036 : 14 Usages 281 : 1 Casernements de 1 988 : 00 maréchaussée Total 70 000 200 386 : 8 Cette Election Produit des bleds froment, méteil, Mémoire par raport au Commerce des productions seigle, orge et avoine Et suivant qu’il est detaille En de la nature l’article premier. Il y a des bois taillis qui servent pour l’Usage des habitans Et des forges qui sont dans l’étendue de cette Election au nombre de deux cens. L’etendue de cette Election peut produire six a sept cens miliers de fert par Commune annee. Il sy norit des brebis et moutons qui font le Soeul et principal revenû de cette Election. Il sy receuille des Vins mais il ne sEn fait aucun transport Et ne servent que pour la boisson des habitans5. Il y a Une Seulle manufacture en cette Election, Etably. En cette ville, laquelle Etoit Il y a quinze ans assez considerables, Et avoit sur pied pres de cinquante mestiers qui fabriquoient plus de deux mille pieces de draps par an et occuppoients Nombre d’ouvriers Et aujourd’hui Elle est reduite à six metiers Et na fabrique l’année derniere que deux cent pieces de draps Ce qui fait Une diminution de neuf dixaine Et occasionne par le transport qui se fait des laines de cette Election qui sont des plus fines du royaume 6dont les marchands de Rimps 7et Orleans qui en font le trafic En ont augmenté le prix et fait tomber cette manufacture par l’Impuissance ou Se sont trouve les fabriquants de cette ville, de pouvoir continuer leur fabrique par le Credit Comme Ils avoient fait auparavant, et Il n’y auroit que lavance d’un fond Considerable qui pourroit la remettre Sur Pied.

Annexe

Annexe II

La récession démographique dans l’élection d’Issoudun (1709-1726)



Communautés d’habitants Code INSEE 1709 (feux) 1726 (feux) Évolution Ambrault 36413003 57 51 -11 % Bommiers 36413019 112 79 -29 % Bouges le Château 36214023A 81 89 10 % Brinay 18319036 72 63 -13 % Brion 36214026 54 48 -11 % Brives 36413027 72 53 -26 % Cerbois 18319044 75 60 -20 % Chambon 18210046 29 33 14 % Chârost 18108055 174 101 -42 % Châteaumeillant 18209057 305 286 -6 % Châteauneuf-sur-Cher 18210058A 203 147 -28 % Chéry 18319064 42 38 -10 % Chezal-Benoit 18218065A 71 48 -32 % Chouday 36413052 62 42 -32 % Civray 18108066 136 126 -7 % Cluis-Dessus 36316056A 232 191 -18 % Cluis-Dessous 36316056B 33 18 -45 % Condé-en-Boumiers 36413059 54 43 -20 % Condé-en-Lignières 18218043B 23 23 0 % Corquoy 18210073 52 50 -4 % Coulon 18313103C 111 162 46 % Dampierre en Graçay 18313085 54 51 -6 % Dampierre en Lignières 18218065B 22 21 -5 % Diors 36202064 45 43 -4 % Diou 36412065 48 39 -19 % Genouilly 18313100 239 163 -32 % Giroux 36423083 66 57 -14 % Gouers 36413215B 18 16 -11 % Guilly 36423085 89 101 13 % Ids-Saint-Roch 18211112 134 126 -6 % Ineuil 18218114 41 55 34 % Issoudun 36412088 2050 2269 11 % La Berthenoux 36309017 164 131 -20 % La Celle-Condé 18218043A 75 61 -19 % La Champenoise 36412037 68 63 -7 % Lazenay 18319124 125 96 -23 % Le Châtelet 18211059 150 158 5 % Levroux 36214093A 421 397 -6 % Lignières 18218127 178 195 10 % Liniez 36423097 84 99 18 % Luçay le Libre 36423102 63 54 -14 % Lunery 18108133 98 83 -15 % Lury sur Arnon 18319134 80 67 -16 % Lys-Saint-Georges 36316108 73 66 -10 % Mareuil-sur-Arnon 18108137 127 125 -2 % Mâron 36202112 69 71 3 % Massay A 18330140A 171 139 -19 % Ménétréol-sous-Vatan 36423116 34 35 3 % Méreau 18319148 110 82 -25 % Meunet-sur-Vatan 36423122 59 51 -14 % Meunet-Planches 36413121A 40 25 -38 % Migny 36412125 28 21 -25 % Montierchaume 36224128 93 91 -2 % Montlouis 18218152 46 51 11 % Neuvy-Pailloux 36413140 105 95 -10 % Neuvy-St-Sépulchre 36316141 267 218 -18 % Paudy 36412152 118 100 -15 % Planches 36413121B 20 19 -5 % Plou 18108181 105 87 -17 % Poizieux 18108182 62 47 -24 % Preuilly 18319186 74 64 -14 % Primelles 18108188 43 34 -21 % Pruniers 36413169 112 87 -22 % Reboursin 36423170 31 30 -3 % Reuilly 36412171 295 226 -23 % Rezay 18211193 123 125 2 % Sarzay 36316210 95 74 -22 % Saugy 18108244 34 19 -44 % Ségry 36413215A 34 65 91 % Selles-sur-Nahon 36210216 27 29 7 % Serruelles 18210250 11 10 -9 % Saint-Ambroix 18108198 82 78 -5 % Saint-Aoust 36309180 157 121 -23 % Saint-Aoustrille 36412179 35 27 -23 % Saint-Aubin 36413181 39 32 -18 % Saint-Baudel 18218199 72 84 17 % Sainte-Colombe 36214023B 47 39 -17 % Sainte-Fauste 36413190 47 42 -11 % Sainte-Lizaigne 36412199 108 99 -8 % Saint-Florentin 36423191 58 52 -10 % St-Georges-sur- la-Prée 18313210 141 123 -13 % Saint-Pierre-de-Jards 36423205 48 42 -13 % Saint-Pierre-les-Bois 18211230 100 86 -14 % Saint-Phallier 36214093B 45 43 -4 % Saint-Symphorien 18210236A 35 29 -17 % Saint-Valentin 36412209 28 31 11 % Saint-Vincent de Gy 18330140C 121 89 -26 % Thizay 36413222 58 62 7 % Touchay 18218266 115 87 -24 % Tranzault 36316226 113 77 -32 % Venesmes 18210273 107 100 -7 % Villecelin 18218283 25 28 12 % Vouillon 36413248 46 50 9 % Ensemble 10887 9977 -8 % Ensemble hors Issoudun 8837 7708 -19 %

Notes

[1] Archives départementales du Cher, D 352 et 353. Retour

[2] Archives départementales du Cher, B 1230 et B 4400. Retour

[3] Archives départementales du Cher, C 827. Retour

[4] Pallet, Nouvelle histoire du Berry contenant son origine & ses antiquités les plus reculées, tant gauloises que romaines ; sa division en ses différentes parties ; ses descriptions géographique, hydrographique, physique et naturelle ; son gouvernement, les souverains, ses archevêques, patriarches, primats, &c. avec les histoires héraldiques, généalogiques, chronologiques des maisons & familles les plus connues dans le Berry, Bourges, J.-B. Prevost, 1783-1784, tome II, 32, 183. Retour

[5] Archives départementales du Cher, intendance du Berry, C 1322, capitation de la noblesse de Bourges, 1721. Retour

[6] Des copies en seront déposées aux archives départementales du Cher, Bourges ayant été le siège de l’intendance du Berry ainsi qu’à celles de l’Indre, l’élection d’Issoudun se trouvant aujourd’hui en très grande partie dans ce département. Retour

[7] Archives départementales de l’Indre, 2 B 546, inventaire après décès 17 mai 1738 et 2 B 82, 30 mai 1738. Retour

[8] Piganiol de la Force, Introduction à la description de la France et au droit public de ce royaume, Paris, Guillaume Desprez, 1752, t. I, 577. Retour

[9] Publié intégralement dans : Gille, 1964, 34-36. Retour

[10] Bibliothèque nationale, Manuscrits français, 23918-23925. Retour

[11] Piganiol de La Force, L’État de la France, Paris, David père, 1749, t. V, 598. Retour

[12] Pallet, op. cit., tome III, 32. Retour

[13] Pallet, op. cit., tome III, 27-30. Retour

[14] Archives départementales du Cher, L 175. Retour

[15] La franchise s’étendait aux paroisses de Lizeray, Sainte-Lizaine, Migny, Saint-Georges-sur-Arnon, Chouday, Condé, Sainte-Aoustrille. Retour

[16] Vimaire : (féminin) dégât causé dans les forêts par les ouragans (voir le dictionnaire de Richelet). Retour

[17] L’état conservé dans les papiers du bailliage de Bourges sous le titre "Les fouëres de Berry" dénombre huit foires à Issoudun, à la Saint-Paul (25 janvier), le lundi suivant la mi-Carême, le 1er mai, la veille de la Saint-Jean, la veille de la Sainte-Madeleine, la veille de N.-D. de septembre (le 7 ), à la Saint-Denis (9 octobre) et à la Sainte-Catherine (25 novembre). Il en compte trois autres le 20 juin, le 2 novembre, le 6 septembre. La foire de Mareuil se tenait le jour des saints Simon et Jude, le 21 octobre. Les huit foires de Lignières avaient lieu à la Saint-Hilaire (13 janvier), le lundi de Pâques fleuries, le premier jeudi de mai, le jeudi précédant la Pentecôte, le lendemain de la nativité de saint Jean-Baptiste, à la Saint-Cyr (6 août), le jeudi précédant la Saint-Michel, le 11 décembre. Enfin, les foires de Châteauneuf se tenaient à la Saint-Blaise (3 février), la « fouëre des œufs » le mardi précédant Pâques fleuries, le lundi des Rogations, à la Saint-Symphorien (22 août), le lundi après la Saint-Martin, celui après Saints Pierre et Paul, à la Sainte-Leobon (13 octobre), à la Saint-Lazare (17 décembre). Au total, 28 foires, dont le receveur des tailles n’aura retenu que les 17 principales. A. D. Cher, B 4400. Retour

[18] Surge : état de la laine en suint, quand elle n’est pas lavée. Voir Jaubert, 1864, 633. Retour

[19] Archives du ministère des Affaires étrangères, fonds France, Ms. 1767, f°207-208, cité dans : de Dainville, 1952, 60. Retour

[20] Pallet, op. cit., 9-10. Retour

[21] Ou Marseiche : 1) Grain semé en mars généralement l’orge à deux rangs qu’on appelle orge de Galatie au xviie siècle, et encore pamelle, paumelle, en Picardie, baillarge en Berry. En Basse-Auvergne, désigne le seigle de mars. 2) Ce qui arrive en mars. Voir Lachiver (1997), verbo marsèche. Retour

[22] Archives départementales du Cher, C 1318, Société royale d’Agriculture, 1785. Retour

[23] « Locature : dans le Centre, du Perche au Berry, petite maison de locatier sans labourage » ; Locatier : « généralement, paysan sans terre qui loue une pauvre maison et vit en faisant des journées chez les autres. » Voir Lachiver (1997). Retour

[24] Archives départementales du Cher, plan 442 et NA 442. Retour

[25] Le receveur a dénombré 106 paroisses. 98 communautés d’habitants seulement ont pu être repérées. Mais la ville d’Issoudun comportait quatre paroisses (Saint-Paterne, Saint-Jean, Saint-Denis et Saint-Cyr) et Neuvy-Saint-Sepulchre, deux (Saint-Pierre et Saint-Étienne). Il ne reste qu’une différence de quatre unités, qui corres-pond sans doute à la distinction faite de très petites collectes à moins qu’il s’agisse de paroisses distraites ultérieurement de l’élection d’Issoudun lors d’une rectification restée méconnue. Retour

[26] Le terroir de Coulon-lès-Gracay était encépagé en petit genouilleret, en noir tendre, en corps, en auvernat blanc, en chanmoreau, en bourdelas et en gouche. A. D. Cher, C 1318. Retour

[27] Il s’agit en réalité du rétablissement de la capitation, déjà instituée en 1695. Retour

[28] Archives départementales du Cher, Catalogue des travaux universitaires conservés aux Archives départementales du Cher, 2004, dactylographié, 46 p. Retour

[29] A. D. Cher, C 1092, 14 et 31 octobre, 4 novembre 1783. Retour

[30] Pallet, op. cit, tome II, 8. Retour

[31] Lire : les imprévus tels que les mortalités de cheptel. Retour

[32] 55 % par an d’intérêt annuel moyen. Retour

[33] Calcul exact. Retour

[34] Pallet, op. cit, tome II, 9. Retour

[35] Archives nationales, Série H1, documents et mémoires concernant l’ensemble des généralités. Mélanges. H1 1520-1521, « Suite du travail en conséquence des mémoires envoyés par MM. les intendants des provinces sur les productions du sol et de l’industrie de chacune de leurs généralités ». Retour

[36] A. D. Somme, C 166. Retour

[37] A. D. Aisne, C 34. Retour

[38] A. D. Calvados, C 268. Retour

[39] BnF, Manuscrits français, n° 8153. Retour

[40] Archives du ministère des Affaires étrangères, Mémoires et documents France, n° 1772. Retour

[41] A. D. Marne, C 2054. Retour

[42] BnF, Manuscrits français, n° 8152. Retour

[43] A. D. Côte d’Or, C 32. Retour

[44] BnF, Manuscrits français, n° 8159. Retour

[45] A. D. Haute-Vienne, C 13. Retour

[46] A. D. Gironde, C 31. Retour

[47] A. D. Lot, C 185. Retour

[48] Travaux en cours de S. Janichon, notamment sur l’enquête Orry de 1730 dans les généralités d’Amiens et de Caen Retour

[49] Pallet, op. cit., tome II, 2-3. Retour

[50] 1. Erreur originelle du scribe : 11 556 000.
2. L’adjectif « médiocre » a subi un glissement sémantique parfois trompeur. Comprendre ici : « moyennes ».
3. Erreur de 10 000 boisseaux ; le résultat exact est de 4 065 600 boisseaux.
4. Vimaire : (féminin) dégât causé dans les forêts par les ouragans (Voir le dictionnaire de Richelet).
5. Depuis, le Pinot et, surtout, le Sauvignon ont conféré leurs lettres de noblesse aux vins de Quincy et de Reuilly… En revanche, Pallet faisait déjà l’éloge de ceux de Sancerre, appréciés de très longue date.
6. En 1783, l’avocat Pallet confirmera : « Châteauroux, Argenton, Châteauneuf, Dun-le-Roi [aujourd’hui Dun-sur-Auron], sont renommés, après Issoudun et Charôt [Chârost] pour la finesse des laines, dont une partie est employée à la manufacture de Châteauroux. Il est sorti de cette manufacture de très-belles ratines & des draps légers que l’Asie & l’Amérique Méridionale préfèrent aux draps plus forts. On en a fait des envois dans l’Inde, que les Grands achetoient pour en caparaçonner avec faste leurs éléphans chargés de bagages. » Pallet, op. cit., tome II, 4.
7. Reims.Retour

Résumé

Par un bienheureux hasard, un fragment jusque-là inconnu de la grande enquête dirigée par le contrôleur général Orry en 1730 vient d’être découvert. Il traite avant tout de la population et des productions agricoles dans l’ouest du Berry. Cette source est très précieuse pour l’histoire rurale, car elle décrit les productions de céréales, de vins, de bois et l’élevage. Elle fournit aussi quelques indications quant à la fiscalité, le transport et l’activité manufacturière. Surtout, c’est un document intéressant pour l’histoire de la pensée économique et démographique. Les officiers royaux ne se contentèrent pas de répondre aux questions gouvernementales ; ils soulignèrent la récession démographique du premier tiers du xviiie siècle, qu’ils mirent en relation avec l’émiettement des grands domaines. Ce phénomène expliquait selon eux la sous-population et l’abandon des terres les plus pauvres.



Thanks to a piece of chance, an unknown part of the huge inquiry directed by the contrôleur général Orry in I730 was recently found. It deals mostly with population and agricultural productions in the western part of Berry. This font is very precious for rural history, for it describes cereals, wine, wood and animal productions; it gives also some informations about royal taxes, transport and industry. Overall, it is a valuable document for economical and demographical thought history. Royal officers did not only give answers to government questions ; they pointed out a demographical collapse during the first third of the xviiith century, linked, according to them, with parcelling of the former great estates. This phenomenon was supposed to explain under-population and desertion of the poorest lands.

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POUR CITER CET ARTICLE

Olivier Zeller « Changement agraire et récession démographique : la première enquête Orry (1730). L'exemple de l'élection d'Issoudun », Annales de démographie historique 2/2007 (n° 114), p. 143-171.
URL :
www.cairn.info/revue-annales-de-demographie-historique-2007-2-page-143.htm.