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Annales de géographie

2006/5 (n° 651)

  • Pages : 192
  • ISBN : 9782200920951
  • DOI : 10.3917/ag.651.0618
  • Éditeur : Armand Colin
  • Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr



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Introduction

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Les cinq écorégions du monde à climat méditerranéen se caractérisent par une exceptionnelle biodiversité (Cowling et al., 1996) et une richesse élevée en végétaux rares principalement concentrés dans de grandes familles végétales (Dominguez Lozano & Schwartz, 2005). Hérités d’une longue histoire, les végétaux méditerranéens représentent des modèles évolutifs complexes et variés (Raven, 1973 ; Thompson, 2005). Le taux rapide et élevé de spéciation a favorisé l’émergence de taxons rares et à aires de distribution restreintes, particulièrement sur les substrats drastiques, pauvres en nutriments (Wisheu et al., 2000 ; Richardson et al., 2001) et les dans les secteurs stables sur le plan de l’histoire climatique (Cowling et al., 2005).

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Sur le pourtour méditerranéen, les multiples événements paléogéographiques et les cycles climatiques contrastés ont aussi permis l’émergence de cette biodiversité inhabituellement élevée (Quézel, 1985 ; Médail & Quézel, 1997). L’organisation de la végétation actuelle résulte en premier lieu des instabilités climatiques survenues durant le Pliocène et le Pleistocène (Suc, 1984 ; Beaulieu et al., 2005). De plus, l’ancienneté de l’impact humain a eu de profondes conséquences sur l’organisation des paysages et la diversité des écosystèmes méditerranéens (ex. Allen, 2001). Même s’il a traversé avec plus ou moins de succès le crible de grandes crises comme les glaciations du Pléistocène (Svenning, 2003), cet héritage biologique s’avère encore fragilisé par la rapidité et l’ampleur des changements environnementaux existant sur le pourtour méditerranéen (Sala et al., 2000 ; Mazzoleni et al., 2004).

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De fait, et sans doute davantage que les zones tropicales pourtant si souvent mises en exergue, les écorégions méditerranéennes du globe semblent subir à l’heure actuelle une crise majeure (biome crisis), explicable par la nette disparité entre l’ampleur de la perte des habitats naturels et le pourcentage réduit des superficies protégées (Hoekstra et al., 2005). Les multiples impacts anthropiques qui pèsent sur les écosystèmes du bassin méditerranéen menacent fortement cet héritage biologique et évolutif unique (Blondel & Médail, 2007), et il ne subsisterait que 5 % de végétation qualifiée de naturelle (Médail & Myers, 2004). La place de l’Homme dans l’environnement méditerranéen est aujourd’hui déterminante puisque ses impacts et ses choix de gestion déterminent les dynamiques des écosystèmes et la magnitude des phénomènes de raréfaction ou d’extinction des espèces. Ainsi, si le bassin méditerranéen constitue un point chaud (hotspot) reconnu de biodiversité, il est aussi un hotspot de croissance démographique humaine (Cincotta & Engelman, 2000), ce qui pose d’inévitables problèmes de conservation.

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L’objectif de ce travail consiste à confronter la localisation des principales zones refuges de biodiversité végétale méditerranéenne, avec les secteurs d’impacts anthropiques majeurs, notamment ceux liés à l’urbanisation du littoral. Cette approche est conduite à deux échelles géographiques distinctes : (i) l’échelle de la région bioclimatique méditerranéenne sensu Quézel & Médail (2003) qui correspond au domaine méditerranéen des géographes, et (ii) l’échelle des Alpes maritimes, l’un des dix hotspots régionaux de biodiversité méditerranéenne.

1 Biodiversité végétale et anthropisation à l’échelle de la région méditerranéenne

1.1 Points chauds de biodiversité et importance des zones refuges méditerranéennes

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Estimée à 25 000 espèces ou 30 000 espèces et sous-espèces, la richesse floristique de la région méditerranéenne équivaut à environ 10 % des végétaux supérieurs du globe présents sur seulement 1,6 % de la surface terrestre (Médail & Quézel, 1997). Deux pôles principaux de diversité végétale existent, l’un occidental qui comprend la péninsule ibérique et le Maroc, et l’autre oriental avec la Turquie et la Grèce. Dans le but d’identifier les secteurs de plus forte biodiversité et les plus menacés du globe, les biologistes de la conservation ont défini des « points chauds » (hotspots) de biodiversité, zones de haute priorité de conservation (Myers et al., 2000). Ces hotspots abritent une richesse élevée en espèces et en endémiques, et ils ont subi d’importantes pertes d’habitats naturels causées par d’intenses impacts anthropiques. Sur cette base, 10 points chauds (hotspots) régionaux de biodiversité méditerranéenne ont été identifiés (Médail & Quézel, 1997, 1999), mais à la lueur de récents bilans floristiques, il conviendrait probablement d’en ajouter deux autres (littoral et îles de la Croatie et Kabylies en Algérie). Ces hotspots péri-méditerranéens abritent environ 5 500 végétaux endémiques, soit 44 % de la richesse floristique méditerranéenne sur 22 % des terres (ca. 515 000 km2).

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Cette biodiversité unique se concentre notamment dans les zones refuges, territoires où des populations végétales ou animales ont pu persister durant les épisodes glaciaires-interglaciaires du Pléistocène. Les fortes hétérogénéités topographiques et climatiques de la région méditerranéenne ont aussi permis à bon nombre d’espèces de trouver un habitat favorable lors des changements climatiques (Hewitt, 1999 ; Vogel et al., 1999). Les travaux récents montrent l’importance de ces zones refuges pour expliquer l’organisation et l’originalité de la biodiversité méditerranéenne actuelle (Tzedakis et al., 2002 ; Petit et al., 2003 ; Médail & Diadema, inéd.).

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Les refuges passifs n’ont pas été à l’origine de migrations d’espèces, et abritent des végétaux relictes d’origine tertiaire tels que les diverses Gesneriaceae endémiques des Balkans ou des Pyrénées orientales. Ces refuges se localisent principalement sur les îles et dans certains secteurs favorables sur le plan topographique (gorges, vallons côtiers) ou climatique, où existe une importante humidité atmosphérique locale comme sur la façade maritime d’Andalousie occidentale (Jurado Doña, 2002). Au contraire, les refuges actifs quaternaires se caractérisent par une grande richesse en arbres caducifoliés et en herbacées tempérés ou thermophiles, et ils ont joué un rôle déterminant dans la dynamique de reforestation initiée vers 13 000 B. P. Les régions méridionales épargnées par le front glaciaire, en particulier les grandes péninsules (Ibérie, Italie, Balkans) ont joué un double rôle de refuges actifs et passifs (Médail & Diadema, inéd.).

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Le climat plus favorable et la présence de refuges expliquent la plus grande richesse en espèces ligneuses méditerranéennes (290 taxons) par rapport à celles de l’Europe tempérée (135 taxons) (Quézel & Médail, 2003). En effet, les extinctions de ligneux européens ont été principalement déterminées par les péjorations climatiques du Pliocène et Pléistocène (Svenning, 2003). Les implications évolutives sont aussi notables, puisqu’en situation de refuge, les populations végétales ont pu survivre durant plusieurs cycles de glaciations, migrer et se subdiviser durant les périodes glaciaires, mais se réunir et s’hybrider pendant les interglaciaires (Hewitt, 1999 ; Tzedakis et al., 2002). Ces phénomènes ont provoqué des divergences ou des mélanges de génomes qui ont donné naissance à de nouveaux taxons endémiques récents, souvent vicariants (ex. Campanula, Gentiana, Moehringia, Saxifraga). Tous ces processus rendent compte de l’exceptionnelle diversité spécifique et de l’originalité génétique de la flore méditerranéenne (Médail, 2005), notamment dans les points chauds (hotspots) péri-méditerranéens de biodiversité.

1.2 Des impacts anthropiques contrastés aux conséquences écologiques variables

1.2.1 Tendances démographiques générales

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Avec une densité moyenne de 111 habitants par km2, le bassin méditerranéen se positionne dans le peloton de tête au niveau mondial (Cincotta & Engelman, 2000). La population résidente des pays bordant la Méditerranée est passée de 213 millions en 1950 à 427 millions en l’an 2000 (Benoit & Comeau, 2005) ; elle pourrait atteindre 523 millions en 2025 et environ 600 millions en 2050. Si la population des cinq pays méditerranéens de l’Union Européenne a doublé entre 1850 et 2000, celle-ci a été multipliée par neuf pour les autres pays péri-méditerranéens. La plupart des projections 2000-2050 prévoient une baisse démographique pour les pays nord-méditerranéens (-25,5 millions d’habitants), mais une augmentation au Sud (+ 96,6 millions d’habitants) et à l’Est (+ 84,3 millions d’habitants). Cependant, en s’appuyant sur la diminution récente et rapide de l’indice de fécondité au Maghreb et Proche-Orient, les prospectives démographiques menées par le Plan Bleu suggèrent une stabilité démographique dans quelques décennies pour ces pays (Benoit & Comeau, 2005).

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Les villes regroupent l’essentiel de la population (275 millions d’habitants en 2000), et actuellement 90 % de la population de Libye, Israël ou Liban est urbaine. Les 46 000 km de linéaire côtier concentraient 145 millions d’habitants en 2000, soit une densité littorale moyenne d’environ 94 hab./ km2 (Benoit & Comeau, 2005). La ceinture littorale du Maghreb est l’une des zones les urbanisées d’Afrique, avec 43 millions de citadins présents dans 54 villes de 100 000 habitants ou plus. La plupart des scénarios indiquent que les trois-quarts des populations se localiseront à l’horizon 2050 dans les zones urbaines côtières, ce qui est déjà le cas en France méditerranéenne.

1.2.2 Les conséquences d’une anthropisation contrastée en Europe méditerranéenne

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Jusqu’à l’avènement de la société industrielle, les écosystèmes du nord et du sud de la Méditerranée occidentale ont subi des impacts anthropiques et des pratiques agro-sylvo-pastorales pluri-séculaires, qui ont conduit à des bouleversements écologiques majeurs. Depuis la fin du XIXe siècle, les transformations économiques et sociales radicales survenues ont engendré de nouvelles dynamiques paysagères, avec de profonds changements de structures et de compositions spécifiques pour de nombreux types d’écosystèmes (pelouses, prairies, matorrals, forêts). La fracture majeure dans l’utilisation des milieux méditerranéens entre le Nord et le Sud date de la fin de la première guerre mondiale et, depuis, les évolutions observées sont radicalement différentes (Barbero et al., 1990 ; Mazzoleni et al., 2004).

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Au Nord, la concentration des cultures dans les plaines liée à la mécanisation a déterminé une première phase d’abandon des terres cultivées en terrasses et la progression spectaculaire des matorrals et des pré-forêts à conifères. Cependant, jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, l’utilisation traditionnelle des taillis pour le bois d’affouage et des hermes ou garrigues pour les parcours a perduré. Puis la déprise rurale s’est accélérée à partir des années 1970, favorisant ce que l’on qualifie souvent de « remontée biologique » : maturation des forêts, embroussaillement des matorrals par la reconstitution de structures préforestières et colonisation des prairies et pâtures par les ligneux (Barbero et al., 1990 ; Debussche et al., 2001). À ces phénomènes, s’ajoutent les conséquences des changements climatiques, notamment les effets positifs de l’augmentation du CO2 atmosphérique sur la productivité, mis en évidence chez plusieurs ligneux méditerranéens (Quercus ilex, Q. pubescens).

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Les écosystèmes non littoraux sont donc globalement peu perturbés, hormis par quelques incendies de grande ampleur, et on assiste à : (i) une homogénéisation des structures de végétation et de la flore, où les éléments méditerranéens tendent à être remplacés par des espèces médio-européennes à plus vaste répartition ; (ii) des déséquilibres écologiques induits par l’extension des conifères (acidification du sol, augmentation des densités de phytophages) ; (iii) une diminution des espèces héliophiles, imputable à la prédominance de certains taxons compétiteurs (Quézel & Médail, 2003). Mais les dynamiques actuelles ont aussi des effets positifs sur la pédogenèse et sur le bilan érosif des sols ; la maturation des pré-forêts engendre également des assemblages biotiques diversifiés sur le plan taxonomique et fonctionnel.A contrario, l’exacerbation des impacts anthropiques sur le littoral entraîne des bouleversements écologiques majeurs : disparition complète d’écosystèmes et d’espèces, fragmentation des habitats naturels, pollutions, invasions biologiques (Blondel & Médail, 2007).

1.2.3 L’anthropisation au sud et à l’est de la Méditerranée

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Au Sud et à l’Est de la Méditerranée, les écosystèmes sont toujours intensivement utilisés par l’homme. En raison de l’importante croissance démographique, on assiste à une accélération au cours des trois dernières décennies de l’utilisation des ressources naturelles qui dépasse souvent leurs capacités de renouvellement. Coupes illicites, défrichements des forêts, pâturages intensifs, exploitations abusives des matorrals et des steppes, ont pour conséquences une destruction rapide du capital biologique et des dysfonctionnements écologiques très graves, surtout depuis une cinquantaine d’années en Afrique du Nord (Barbero et al., 1990 ; Quézel, 2000). En Tunisie par exemple, les filières clandestines de production de charbon de bois assurent plus de 70 % de l’approvisionnement du pays (Auclair & Saïdi, 2002). Ainsi, plus de la moitié des forêts nord-africaines a été détruite ou profondément déstabilisée en quelques décennies (Quézel, 2000). Steppes et matorrals ont été transformés en pelouses à annuelles souvent rudérales et envahies par les espèces épineuses ou toxiques. Les arbres encore en place correspondent donc à de véritables « fossiles vivants » appelés à disparaître au cours des prochaines décennies. C’est le cas pour bon nombre de cédraies du Haut-Atlas ou des Aurès, des arganeraies du Maroc sud-occidental (Souss), des boisements de thuya de Berbérie au Maroc oriental, des pinèdes des Atlas Telliens ou des chênaies et suberaies du Rif (Quézel & Médail, 2003). En Méditerranée orientale, la croissance démographique occasionne aussi de profonds bouleversements écologiques. En Turquie par exemple, sur les 20,7 millions d’hectares de forêts, la moitiée est très dégradée en raison d’exploitations excessives (Kaya & Raynal, 2001).

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Les régions de montagnes sont particulièrement touchées par les déboisements, mais aussi une grande partie des zones semi-arides et arides. De tels impacts anthropozoogènes ont des conséquences désastreuses sur les cycles hydrobiologiques et pédologiques, et les perturbations-catastrophes (inondations, glissements de terrain) se multiplient. Comme les capacités de résilience sont extrêmement lentes et difficiles, on peut parler dans ce cas de véritables états de dégradation des écosystèmes. Il est d’ailleurs possible de distinguer des niveaux croissants de dégradation : phénomènes de « matorralisation », « dématorralisation », « steppisation » et « thérophytisation » (Barbero et al., 1990) (tableau 1).

1.2.4 Le cas des îles méditerranéennes

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Avec environ 5 000 îles et îlots, l’ensemble insulaire méditerranéen est l’un des plus important du monde. Le taux d’endémisme global des grandes îles méditerranéennes est compris entre 10 % et 16 %, mais il est bien plus élevé sur les massifs montagneux d’altitude supérieure à 1 700 m où il atteint 35 % en Corse et 42 % en Crète (Médail & Verlaque, 1997). Les plus petites îles ne sont pas à négliger car elles constituent souvent des territoires-refuges et de micro-spéciation pour de nombreux végétaux (Greuter, 1995), et chaque îlot abrite un assemblage biotique unique (Médail & Vidal, 1998).

Tab. 1 - Principaux processus de dégradation des écosystèmes méditerranéens, au sud et à l’est de la Méditerranée. Main degradation processes of Mediterranean ecosystems, in the southern and eastern parts of the Mediterranean.

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L’originalité écologique des îles de Méditerranée et les profondes mutations actuelles dans l’utilisation de ces territoires (Boillot, 1995) suggèrent que si ces îles sont des laboratoires naturels d’évolution, elles peuvent être aussi des territoires clés pour la mise en place d’actions pilotes de conservation (Delanoë et al., 1996). Il faut cependant distinguer la situation démographique des grandes îles (Sicile, Sardaigne, Chypre, Corse, Crète, îles Baléares) caractérisées en général par une population en augmentation, de celle des plus petites îles où le déclin démographique est souvent net, hormis quelques hauts-lieux très touristiques (Capri, Corfou, Djerba…).

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Depuis les années 1960, le tourisme balnéaire a connu un essor considérable, et les secteurs d’urbanisation situés anciennement à l’intérieur des terres se sont déplacés sur le littoral, affectant des écosystèmes fragiles et restreints comme les ensembles dunaires. La forte demande en eau durant la période estivale a conduit à des assèchements de zones humides, aggravés par les comblements des marais saumâtres littoraux, sansouires, prairies humides ou roselières. Par exemple, sur l’île grecque de Skiathos (Sporades du Nord), ces écosystèmes ont subi une réduction de plus de 80 % de leur superficie, concomitante au développement touristique des années 1970 (Economidou, 1995). Le paroxysme de ce tourisme de masse se rencontre aux îles Baléares (Majorque, Ibiza) où un pic de 11 millions de touristes a été atteint en 2000 et 2001 (Seguí Llinás, 2004) ; si cette « baléarisation » se cantonne sur la frange littorale, les retombées liées à la gestion des déchets et de la ressource en eau s’avèrent très préoccupantes pour l’ensemble des îles, d’autant que se manifestent une tendance à l’aridification (Kent et al., 2002) et un doublement de la population résidente en 40 ans (1960-2001) égale aujourd’hui à 880 000 habitants (Seguí Llinás, 2004).

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À l’intérieur des terres insulaires, les conséquences écologiques et paysagères des trajectoires socio-économiques sont plus variables. En Crète occidentale, la surface des terres agricoles a régressé de 39 % entre 1945 et 1989, en raison de l’abandon des usages traditionnels et de l’émigration des populations humaines de montagne (Arianoutsou, 2001). Par contre, les surfaces de maquis et forêts de Sardaigne centro-orientale ont régressé de 35 % entre 1955 et 1996, au profit des pâturages, des formations arbustives basses post-incendies et des plantations forestières (D’Angelo et al., 2000). La Corse se caractérise par une densité démographique réduite (30 hab./km2) et une population stagnante et vieillissante (260 000 habitants en 1999) présente pour moitié dans les deux seules villes (Ajaccio et Bastia) et leurs environs. L’accroissement des superficies de matorrals est toutefois contrecarré par la récurrence des incendies souvent liés aux pratiques pastorales encore bien présentes. Les cas d’extinction locales de végétaux identifiés en Corse (74 taxons) concernent surtout des espèces qui étaient localisées à basse altitude (0-800 m) et inféodées aux agrosystèmes, zones humides et pelouses rocailleuses, reflet de la rétraction de ces milieux ouverts (Verlaque et al., 2001).

1.2.5 Pressions anthropiques et refuges péri-méditerranéens

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Une synthèse des données phylogéographiques concernant 75 espèces végétales a permis d’identifier en région méditerranéenne une cinquantaine de refuges phylogéographiques (Médail & Diadema, inéd.) (Figure 1a), entités particulières pour la conservation de pools uniques de gènes (Petit et al., 2003 ; Hampe & Petit, 2005). La localisation des 10 hotspots régionaux de biodiversité méditerranéenne coïncide nettement avec celle des zones refuges, et ils abritent d’ailleurs la majorité des ligneux méditerranéens endémiques à aire de répartition restreinte (Quézel & Médail, 2003).

Fig 1 - Cartes de répartition au sein du hotspot méditerranéen (A) des zones refuges (Médail & Diadema, ined.) et (B) de la densité de population selon une grille à mailles de 100 × 100 km (d’après les données du Plan Bleu : Benoit & Comeau, 2005, complété). Distribution maps within the Mediterranean hotspot of (A) refugie (Médail & Diadema, ined.) and (B) population density, following a 100 × 100 km lattice (from Plan Bleu data : Benoit & Comeau, 2005, completed).

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Il existe une étroite concordance entre les zones densément peuplées (Figure 1b) et les 50 zones refuges ; en effet, près de 25 % des mailles comportant des refuges correspondent aux secteurs de plus fortes densités démographiques (niveaux 1 et 2, soit entre 250 et plus de 1 000 hab./km2), localisés presque exclusivement sur le littoral. Seules 17 % des mailles contenant des refuges coïncident avec les territoires de faible densité humaine (0-50 hab./km2). Ainsi, la majorité des mailles (83 %) qui comportent des refuges se caractérise par une densité de population dépassant 50 hab./km2, valeur légèrement supérieure à la densité démographique moyenne des pays méditerranéens (47 hab./ km2) (source FAO). Ces zones refuges sont aussi en général celles de plus haute biodiversité en espèces et en endémiques, et ces résultats rejoignent les corrélations positives déjà observées entre les secteurs de fortes densité humaine et richesse spécifique pour divers groupes taxonomiques (Araújo, 2003).

2 Les Alpes maritimes : approche micro-régionale d’une écorégion sous pression

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En tant que hotspot régional méditerranéen, les Alpes maritimes se caractérisent par une richesse et un endémisme végétal élevés (Médail & Verlaque, 1997). Celà s’explique par une topographie morcelée, avec des milieux très hétérogènes sur le plan géologique et pédologique, des variations climatiques très contrastées sur de courtes distances, mais aussi par l’existence de nombreux refuges des périodes glaciaires (ex. Barbero, 1967 ; Martini, 1982). La diversité floristique des différents secteurs se traduit par la coexistence d’éléments floristiques d’origines biogéographiques variées, de puissantes remontées d’espèces mésogéennes parallèlement à la descente en stations abyssales d’éléments montagnards, et de spectaculaires oppositions de versants typiques des montagnes sub-méditerranéennes (Barbero, 1972). En raison de ses contrastes climatiques et socio-économiques, ce hotspot sera considéré en trois parties : le littoral, le moyen pays et le haut pays.

2.1 Évolution des paysages et anthropisation au Quaternaire

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À partir de 0,9 millions d’années, l’alternance des phases glaciaires et interglaciaires selon une périodicité de l’ordre de 100 000 ans, a déterminé l’organisation et la dynamique du tapis végétal et a influencé les processus de spéciation récente (ex. Hewitt, 1999). Comme ailleurs en Europe, les steppes à Artemisia prédominaient durant les phases glaciaires, tandis que les interglaciaires se caractérisaient par l’extension des forêts décidues à éléments tempérés (Quercus, Tilia, Corylus, Carpinus, Ulmus). À la fin du Pléistocène, au Dryas ancien (ca. 14 200 ans B. P.), se manifestent les premiers signes de la déglaciation, mais un environnement périglaciaire peu favorable pour la végétation se rencontrait en altitude, comme dans la vallée des Merveilles (Kharbouch, 2000b ; Ponel et al., 2001). À plus basses altitudes, des steppes à Artemisia et Ephedra prédominaient dans la région du Mercantour et dans les Alpes ligures (Ortu, 2002), mais il existait aussi des refuges de végétation mésophile (Ponel et al., 2001). Après le bref épisode glaciaire du Dryas récent (ca. 10 400 ans B. P.), l’amélioration climatique du début de l’Holocène (entre 10 000 et 8 700 ans B. P.) a entraîné une extension des forêts à Pinus cf. sylvestris, Betula et Juniperus, puis des chênaies caducifoliées (Beaulieu & Gilot, 1971) qui se trouvaient en situation refuge à basse altitude durant tout le Tardiglaciaire (Ortu, 2002). Des peuplements ponctuels et isolés d’Abies alba devaient se localiser en moyenne altitude, mais les sapinières ne s’étendront qu’à la fin du Boréal et à l’Atlantique, avec le mélèze et le pin sylvestre. Cette progression forestière a fragmenté la distribution des végétaux de pelouses et prairies des étages montagnard et oro-méditerranéens. Les espèces héliophiles ont pu à nouveau s’étendre à la faveur des activités agro-sylvo-pastorales qui ont profondément modelé les paysages des Alpes maritimes à la fin du Sub-Boréal (ca. 2 700 ans B. P.) (Beaulieu, 1977 ; Kharbouch, 2000a).

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Dès le néolithique (ca. 5 000 à 2 500 ans BC), les rares plaines et les moyennes montagnes ont été en effet défrichées, incendiées pour le pâturage extensif des ovins et façonnées en terrasses de cultures. Puis, avec la conquête romaine vers 120 ans BC et le développement des oliveraies, les zones élevées des principales vallées (Roya, Tinée, Vésubie et Var) furent les endroits du haut et moyen pays d’abord colonisés par l’homme. Plus facilement accessibles, elles offrirent les meilleures conditions pour vivre et pour l’agriculture. Suite à l’expansion continuelle des villages et des hameaux, l’anthropisation s’est ensuite attaquée aux vallées transversales, se traduisant par une modification profonde du fond des vallées. Jusqu’en 1850, les cantons des vallées ont connu une surpopulation, qui a engendré une exploitation des terres pour l’agriculture jusqu’à 1 900 m d’altitude en général (Gabouriaut, 1984), mais parfois à des altitudes plus hautes (Cossa, 1980). Ce micro-parcellaire d’altitude a joué un rôle important dans la structuration de la végétation. Mais dès 1914, l’exode rural et l’abandon massif de l’agriculture sur les versants, ont entraîné un profond changement du paysage avec un complexe de terrasses de culture et un système de parcours en voie d’abandon. Cette dynamique de milieu rural montagnard en phase de déprise conduit à une reconquête progressive de la végétation forestière (Gabouriaut, 1984). Cette reforestation s’est accélérée surtout après 1945 car l’exode rural s’est intensifié et a provoqué une situation d’abandon quasi complet des cultures ainsi qu’une très forte diminution de la transhumance. Depuis une quinzaine d’années, les vallées subissent à nouveau une nette anthropisation, avec le développement d’infrastructures de transport et l’établissement de centres touristiques en expansion continuelle, qui représentent une barrière pour de nombreuses espèces et un frein à l’établissement de réseaux écologiques. Le moyen pays, quant à lui, constitue une zone rurale en pleine évolution qui subit une pression d’urbanisation sans précédent.

2.2 Zone refuge et hotspot régional de biodiversité : un territoire clé du bassin méditerranéen

2.2.1 La diversité et l’endémisme végétal

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Carrefour phytogéographique principal entre les influences de Méditerranée orientale et occidentale d’une part, et entre les Alpes et la Méditerranée (Ozenda, 1950 ; Barbero, 1972), les Alpes maritimes se caractérisent par une richesse floristique égale à environ 2 870 espèces et sous-espèces de végétaux vasculaires et un endémisme élevé pour un secteur continental puisque 108 endémiques sont présents sur une superficie de 4 500 km2 (Médail & Verlaque, 1997 ; Casazza et al., 2005). À une échelle réduite, cette richesse floristique est encore plus marquée puisqu’en moyenne Tinée Kersalé (1998) a recensé 928 végétaux vasculaires, soit 20 % de la flore française sur une surface de 1 000 hectares seulement.

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La végétation de la région littorale, entre Nice et Menton, est surtout représentée par des matorrals à Euphorbia dendroides, et parfois par des pré-forêts sclérophylles thermo-méditerranéennes avec Ceratonia siliqua, atteignant 400 m d’altitude (Lapraz, 1977). Parmi les espèces endémiques des Alpes maritimes, 17 % environ sont présentes sur ce littoral, dont Acis nicaeensis, Centaurea pseudocaerulescens, Ophrys aurelia… Ces endémiques, aujourd’hui en populations fragmentées du fait de l’urbanisation, sont les plus vulnérables.

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Les moyennes et hautes montagnes des Alpes maritimes font partie des zones marginalisées, où le déclin des activités culturales et pastorales a conduit à des transformations importantes des milieux naturels qui expliquent la répartition actuelle des principaux écosystèmes. Le moyen pays, entre influences méditerranéenne et alpine, comptabilise près de 32 % des endémiques de cette région et constitue une zone de contact remarquable pour des éléments forestiers très peu fréquemment associés habituellement, tels que le chêne vert, le pin sylvestre, le pin d’Alep, le charme houblon, et même le sapin pectiné en expansion notable y compris dans certaines chênaies vertes de l’étage méso-méditerranéen supérieur. Le haut pays comprend la moitié des espèces endémiques présentes dans les Alpes maritimes. Le système de falaises des gorges de la Roya, Bévéra, Vésubie, Tinée et Var, ainsi que des clues de moyennes altitudes, offrent un intérêt très élevé pour la végétation rupicole et la présence d’endémiques, avec entre autres Saxifraga cochlearis, Primula allionii, Moehringia spp. (Rioux & Quézel, 1949 ; Quézel, 1950). À plus hautes altitudes, se sont aussi maintenus des paléoendémiques comme Saxifraga florulenta inféodé à la chaîne centrale siliceuse du Mercantour (Focquet, 1982), ou Senecio persoonii et Helianthemum lunulatum des parois calcaires culminales du Marguareis (Barbero, 1967 ; Martini, 1982).

2.2.2 Les zones refuges, centres d’espèces endémiques

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Les Alpes maritimes constituent le plus important centre d’endémisme de l’arc alpin (Pawlowski, 1970 ; Tribsch, 2004). Les rares études paléoécologiques et phylogéographiques mises en œuvre confirment que cette région a globalement été un refuge majeur (ex. Nicol-Pichard & Dubar, 1998 ; Schönswetter et al., 2004), aussi bien pour la flore mésogéenne que pour la flore arctico-alpine et eurosibérienne (Barbero, 1972). Cette paléoflore de mise en place tertiaire peut se déceler dans divers microcosmes enclavés de haute altitude (étages oro-méditerranéen, subalpin et alpin), à l’adret de la chaîne : bas-marais baso-neutrophiles abritant des éléments artico-alpins (Carex bicolor, Juncus arcticus et Trichophorum pumilum) (Polidori & Polidori, 1997), pineraies de Pinus mugo avec Erica carnea d’affinités orientales (Bono et al., 1967), et lambeaux de pelouses à Carex firma et C. mucronata sur karst, balmes et crêtes ventées (Barbero & Charpin, 1970).

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Mais les principaux microrefuges sont toutefois déterminés par les falaises et les gorges de moyenne altitude (Quézel, 1950 ; Barbero, 1967). Seules deux études phylogéographiques ont pour l’instant examiné la structure fine des microrefuges au sein de ce hotspot régional (Garnier et al., 2004 ; Diadema et al., 2005), respectivement sur Carabus solieri (Coleoptera, Carabidae) et Gentiana ligustica (Gentianaceae). Elles soulignent la présence de refuges périphériques dans la partie sud des Alpes maritimes, au niveau du massif de l’Estérel et des montagnes du moyen pays (ex. Rocca Seira), mais aussi le long des différentes vallées du haut et moyen pays (Roya, Vésubie, Tinée). La complexité et la diversité topographique des vallées a garanti le maintien de conditions climatiques et environnementales relativement stables et variées en dépit des fluctuations climatiques de la fin du Tertiaire et du Quaternaire. Ces escarpements supportent la présence d’importants biotopes refuges, mais ils se situent davantage sur calcaire (Barbero, 1969) que sur silice (Focquet, 1982). Ainsi, les microrefuges majeurs déterminés par les gorges et les clues ont permis la survie d’un nombre important d’espèces de souche ancienne (mésogéenne) très originales (Quézel, 1950 ; Barbero, 1972). Parmi ces dernières, plusieurs paléoendémiques tertiaires ont pu se maintenir, et de nombreuses néo-endémiques se sont différenciées. L’étude des complexes polyploïdes de fougères rupicoles du genre Asplenium a d’ailleurs montré que les Alpes maritimes constituent l’une des régions européennes les plus riches en diploïdes, signe de l’ancienneté de ces refuges (Vogel et al., 1999).

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Ces vallées des Alpes maritimes ont pu avoir deux rôles majeurs. En premier lieu, le fond des vallées a permis la conservation et l’isolement d’espèces et de lignées génétiques ; en second lieu, les montagnes situées de part et d’autres des vallées ont pu constituer des zones de contact ou des barrières entre les différents taxons et lignées génétiques (Garnier et al., 2004 ; Diadema et al., inéd.). Certains secteurs rupicoles des hautes montagnes (ex. Marguareis, Argentera), épargnés par les glaces (nunataks), ont permis le maintien de paléoendémiques comme Saxifraga florulenta (Conti & Rutschmann, 2004). Le moyen pays, quant à lui, a été complètement épargné par les avancées glaciaires (Dubar, ined.) et il a pu constituer un refuge périphérique majeur qui abrite encore aujourd’hui de nombreuses espèces en limite d’aire de distribution ou endémiques des Alpes maritimes sensu lato.

2.3 Influence de l’homme sur la biodiversité des Alpes maritimes

2.3.1 Pressions anthropiques et micro-refuges

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L’évolution récente de la population du département des Alpes-Maritimes se caractérise par une accentuation des disparités entre le haut pays, le moyen pays et le littoral. Les Alpes-Maritimes comptabilisaient 1,019 million d’habitants en 1997. Si la population se répartit équitablement entre deux pôles littoraux de part et d’autre du fleuve Var, un déséquilibre flagrant existe entre le littoral, qui concentre près de 95 % de la population, et le haut et moyen pays. Le littoral reçoit chaque année 8 millions de visiteurs, soit 1,5 % du tourisme mondial. Pour diversifier l’offre touristique, les collectivités locales ont facilité l’attractivité du haut et moyen pays, grâce au développement de stations de sports d’hiver, et d’activités sportives de montagne et de tourisme liées en partie à la présence du Parc National du Mercantour. La complexité des facteurs intervenant dans l’évolution de ces différentes zones s’accroît, et il n’est pas aisé de dresser des prospectives satisfaisantes.

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La synthèse des données phylogéographiques et biogéographiques des Alpes-Maritimes a permis d’identifier plusieurs zones refuges (Figure 2a), entités particulièrement importantes pour la conservation à une échelle régionale des populations et espèces face aux changement climatiques. La confrontation de la répartition des zones refuges (Figure 2a) et de l’urbanisation (Figure 2b) montre que 56 % des mailles comportant des refuges établis correspondent aux secteurs d’urbanisation élevée, dont 27 % où la pression d’urbanisation est très élevée. Ce constat est à peine tempéré si l’on considère l’ensemble des zones refuges, établies et probables ; 43 % d’entre elles se situent sur des mailles où la pression d’urbanisation est au minimum élevée et seulement 31 % sur des mailles où cette pression demeure faible.

2.3.2 Le littoral

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L’urbanisation côtière des 137 km de côtes des Alpes-Maritimes – hormis les îles de Lérins – s’est tellement développée qu’en 1993 il ne restait déjà plus que 8 % d’espace libre de toute construction sur plus de 2 km au moins (Pirazzoli, 1993). Toute la région littorale a été transformée par l’homme depuis des siècles, et ces impacts se sont exacerbés au milieu du XIXe siècle (ex. Gellini et al., 1987 ; Paskoff, 1993 ; Salanon et al., 1994). La zone urbaine, pourtant déjà très dense, ne cesse de s’étendre de part et d’autre du tracé de l’autoroute, ainsi qu’au niveau des interfluves collinéens et des plaines, en éliminant un milieu agricole riche (Salanon & Gandioli, 1991). Ces impacts répétés ont entraîné la dégradation ou la disparition des milieux naturels et du patrimoine rural de la bordure littorale. De plus, les incendies de forêts connaissent actuellement une nette recrudescence. La végétation littorale à caractère naturel a presque partout disparu, mais il en subsiste quelques très rares vestiges. Parmi la flore littorale présumée éteinte, ce sont les psammophytes littoraux (ex. Stachys maritima, Scrophularia ramosissima, Calystegia soldanella) ainsi que la flore des eaux douces et de divers biotopes aquifères sublittoraux (ex. Nymphaea alba, Myriophyllum verticillatum, Utricularia minor) qui ont subi le plus lourd tribut. Par contre, les halophytes et les espèces électives du bord de mer ont été relativement bien conservées, à l’exception de l’embouchure du Var (Salanon et al., 1994). Parmi celles-ci, au moins 37 espèces sont actuellement très rares sur le littoral des Alpes-Maritimes et/ou menacées d’extinction à court terme soit au niveau local soit à l’échelle du département (ex. Echinophora spinosa, Juncus gerardii, Medicago marina).

Fig 2 - Cartes de répartition au sein du hotspot régional des Alpes maritimes des (A) des zones refuges et (B) des pressions d’urbanisation selon une grille à mailles de 7 × 7 km (d’après les données de l’Agence Régionale Pour l’Envi ronnement PACA, 2002). Distribution maps within the Maritime Alps regional hotspot of (A) refugie and (B) urbanization pressures, following a 7 × 7 km lattice (from the data of Agence Régionale Pour l’Environnement PACA, 2002).

2.3.3 Le moyen pays et les vallées

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En pleine mutation, la zone rurale du moyen pays et des vallées subit de plus en plus la pénétration de l’influence urbaine avec un habitat plus ou moins diffus de résidences principales et secondaires et des activités de loisirs, où l’économie traditionnelle devient vestigiale (Salanon & Gandioli, 1991). Ainsi, de petites communes précédemment affectées par l’exode rural ont alors pu voir leur population s’accroître de façon spectaculaire.

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Axe privilégié de communication entre la Côte d’Azur et la plaine du Pô, la vallée de la Roya a longtemps donné lieu à d’importants échanges commerciaux, avec le rôle déterminant des grandes transhumances de troupeaux ovins de Provence et du Piémont. Malgré la proximité des vallées occitanes italiennes et l’accès aux grandes vallées provençales, le pastoralisme a très nettement diminué depuis les grandes guerres du XXe siècle. Cette déprise pastorale engendre des dynamiques écologiques rapides et puissantes, qui favorisent la constitution de systèmes pré-forestiers jeunes à pin sylvestre ou la régénération, sous couvert de pins, de charme-houblon et de chêne pubescent à l’étage supra-méditerranéen, ou de hêtre et de sapin plus en altitude (Barbero, 2003).

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Malgré des usages agro-sylvo-pastoraux importants au cours des derniers siècles, ces pratiques semblent n’avoir eu finalement qu’une influence assez limitée sur la composition floristique et le maintien des différentes espèces inféodées aux vallées et/ou aux vallons du moyen pays (Salanon & Gandioli, 1991). Jusqu’à ces dernières années, certains fonds de vallons trop éloignés de la zone urbaine, ainsi que la quasi-totalité des canyons étroits et quasi inaccessibles, ont été épargnés. Ils ont en outre bénéficié d’une frange sylvatique relictuelle inféodée aux reliefs les plus abrupts. Les vallons ouverts et les alluvions fertiles des canyons larges ont, par contre, fait l’objet de cultures irriguées. Néanmoins, ces deux dernières décennies ont vu s’accélérer et se multiplier les dégradations. Outre les aménagements lourds entraînant le déboisement et un bouleversement écologique des ripisylves par l’utilisation de puissant désherbants systémiques, la plus grande menace pour la biodiversité reste encore le comblement partiel ou total des vallons et de leurs affluents par des matériaux inertes et des déblais.

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Parmi les vallons les plus vulnérables, les « Vallons Obscurs » constituent un secteur d’intérêt biogéographique exceptionnel, qui renferme de nombreuses espèces relictuelles en situation de refuge. Ces vallons affluents de la basse vallée du Var sont particulièrement intéressants en raison de la présence d’une flore mésophile et hygrosciaphile (ex. Pteris cretica, Marchesinia mackaiis) d’affinité sub-tropicale (Salanon & Gandioli, 1991). Ainsi, au sein de cette zone, la confrontation des cartes de répartition de la diversité en espèces (Figure 3a) et des menaces anthropiques (Figure 3b) montre clairement que seuls 17 % des mailles comportant un nombre élevé ou très élevé d’espèces caractéristiques des vallons et biotopes humides se situent dans des zones faiblement menacées par l’anthropisation. De plus, la confrontation de ces données laisse apparaître le constat amer que 50 % des mailles à forte diversité spécifique sont directement menacées par des impacts humains difficilement réversibles, tels que les aménagements lourds, la pollution, les comblements ponctuels, les captages d’eau, les désherbages chimiques ou les effluents domestiques (Salanon & Gandioli, 1991).

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Tout comme la vallée du Var et bien qu’ayant fait la renommée paysagère et biologique des Alpes maritimes, les systèmes imposants des escarpements internes des gorges de la Roya, Bévéra, Vésubie, Tinée et Var sont aujourd’hui menacés par l’anthropisation. Principale cause de destruction, les aménagements lourds accompagnés du contournement des diverses lois de protection des espèces et des biotopes, détruisent à des degrés divers, la biodiversité originale de cette zone.

Fig 3 - Cartes de répartition au sein des « Vallons Obscurs » (ouest du fleuve Var) (A) de la diversité en végétaux caractéristiques des vallons et biotopes humides et (B) des menaces anthropiques, selon une grille à mailles de 500 × 500 m (d’après les inventaires de Salanon & Gandioli, 1991). Distribution maps within the « Vallons Obscurs » (West side of the Var river) of (A) plant species diversity characteristic of small valleys and humid bio topes and (B) human threats, following a 500 × 500 m lattice (from surveys of Salanon & Gandioli, 1991).

2.3.4 Le haut pays

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Peu de zones isolées de l’anthropisation existent dans les Alpes maritimes, et elles sont dispersées çà et là, à travers le haut pays. Une zone principale d’une surface de 68 500 ha, adossée à la frontière avec le Piémont italien, reste encore exempte d’infrastructures humaines à l’exception de quelques refuges ; il s’agit de la zone centrale du Parc National du Mercantour qui englobe les secteurs amonts des vallées de la Roya, Bévéra, Vésubie, Tinée, Cians, et Var.

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Bien qu’encore dominé par le pastoralisme, l’espace rural du haut pays subit les conséquences d’une désertification préoccupante. L’absence de gestion des territoires situés à l’entour des villages en témoigne, même si la transhumance permet encore d’entretenir en partie les pâtures d’altitude. La encore, cette évolution des paysages et des écosystèmes du haut pays est directement imputable à la déprise agricole et à la crise du pastoralisme. Avec ses 63 unités pastorales, dont la plupart sont transhumantes et reposent sur un système extensif de troupeaux ovins à objectif de production de viande (enquête Parc National du Mercantour, 1999-2000), les prairies d’alpage sont moins pâturées ou au contraire sur-pâturées, et le nombre de troupeaux ne suffit plus à garantir le maintien des écosystèmes herbacés.

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Toutefois, cette zone est devenue beaucoup plus accessible, grâce à d’importantes améliorations du réseau routier en fond de vallées, ce qui a favorisé la fréquentation touristique annuelle estimée à plus de 800 000 visiteurs. Ainsi ces dernières années, la population locale s’est impliquée dans l’accueil touristique, en adoptant souvent une activité saisonnière. Une évolution démographique positive est ainsi apparue sur l’espace du Parc National (+ 13,4%, entre 1975 et 1999).

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Le dépeuplement global du haut pays et l’atténuation des influences humaines sur les massifs élevés depuis plusieurs décennies, modifient la biodiversité locale avec une profonde transformation de ces milieux aux potentialités originales. Les successions écologiques sont en effet rapides et multiples, du fait de conditions pédo-climatiques favorables. Les quelques études diachroniques montrent bien la substitution d’une grande partie des forêts de pin sylvestre et de mélèze, par le sapin, l’épicéa et le pin cembro (Barbero, 2003). En raison des abandons d’usage, les châtaigneraies et les forêts auparavant parcourues par le bétail comme les mélézins, apparaissent également en forte dynamique progressive, avec une colonisation respective par des feuillus ou des Ericaceae. Les anciennes parcelles de cultures ou de parcours, aujourd’hui abandonnées, ont été rapidement colonisées par divers petits ligneux expansionnistes (Amelanchier, Cotoneaster, Hippophaë, Juniperus, Rosa, …). Les prairies et pelouses alticoles non pâturées subissent une baisse tangible de la richesse floristique, qui s’explique par la progression des graminées pérennes compétitrices (ex. Festuca, Helictotrichon, Bromus), et par la reconquête altitudinale de conifères subalpins (pin mugo, pin à crochets, pin cembro) probablement aussi favorisée par le réchauffement climatique.

2.3.5 Une politique de conservation trop timide

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À la lueur de cette anthropisation galopante et de la forte biodiversité liée aux nombreuses zones-refuges, le réseau des aires protégées des Alpes-Maritimes apparaît insuffisant, particulièrement sur la frange littorale, et dans une moindre mesure pour le moyen pays. Le degré de connaissance relatif aux richesses du milieu naturel est pourtant satisfaisant, grâce notamment au programme portant sur les Zones Naturelles d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF). 105 ZNIEFF de « seconde génération » ont été récemment définies dans les Alpes-Maritimes ; elles couvrent 379 120 hectares, dont 209 750 ha pour les 58 ZNIEFF de type I et 169 370 ha pour les 47 ZNIEFF de type II (DIREN PACA, août 2005). Les Alpes-Maritimes possèdent la superficie inscrite en ZNIEFF la plus importante pour un département français (78,4 % du département) et 93,3 % des communes sont concernées. Les résultats de cet inventaire offrent une bonne cohérence avec l’exceptionnelle diversité biologique de ce département, mais ils n’ont pas été transcrits dans une politique ambitieuse de création d’aires protégées.

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En effet, la zone centrale du Parc National du Mercantour se situe essentiellement en haute altitude, là où les enjeux de conservation restent moins aigus, et la zone périphérique n’est pas à l’abri d’impacts anthropiques forts. Seuls vingt sites intégrés au réseau NATURA 2000 ont été désignés à ce jour, soit une surface totale de 216 937 ha (DIREN PACA, août 2005), mais qui inclut les 53 050 ha de la zone centrale du Parc National du Mercantour. Par ailleurs, la création du Conservatoire du Littoral en 1975 a été bien trop tardive pour pouvoir contrecarrer l’excessive urbanisation littorale des Alpes-Maritimes ; à peine 80 ha répartis en 6 sites ont pu être achetés par cet établissement public, soit la surface la plus réduite de France (73 000 ha acquis au total) pour un département littoral. Ainsi, bien que de nombreuses espèces végétales (317 taxons) bénéficient de statuts de protection internationale, nationale ou régionale (Salanon & Kulesza, 1998), la biodiversité des Alpes-Maritimes demeure la plus menacée par l’anthropisation de toute la France méditerranéenne.

Conclusion

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L’avenir de la diversité végétale méditerranéenne apparaît en grande partie déterminée par la nature des usages et non-usages des terres, avec des situations fondamentalement différentes au sud et au nord de la Méditerranée. Les confrontations effectuées entre la localisation des zones refuges et les niveaux d’anthropisation montrent des similitudes marquées, notamment à l’échelle du bassin méditerranéen et, à un degré moindre, à l’échelle du hotspot des Alpes maritimes : ces refuges, hauts lieux de biodiversité, font partie des territoires les plus menacés par l’anthropisation, car ils sont soumis dans l’ensemble à des pressions démographiques supérieures à la moyenne. Les correspondances entre la répartition humaine et celle des zones refuges pourraient s’expliquer en partie par la co-variation de divers facteurs : hétérogénéité et complexité des paysages, productivité des habitats et stabilité climatique (Araújo, 2003).

46

Face à l’ampleur et à la croissance des menaces anthropiques sur la biodiversité, une politique intégrative de conservation s’impose donc avec urgence, car les distorsions entre les pertes d’habitats et leur protection sont, en région méditerranéenne, parmi les plus fortes au monde (Hoekstra et al., 2005). Une confrontation régionale plus fine entre, d’une part leshotspots de biodiversité et les zones refuges, et d’autre part les niveaux d’anthropisation et le réseau actuel des aires protégées, permettrait d’identifier plus clairement les secteurs de haute biodiversité méditerranéenne à conserver prioritairement.

Remerciements

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Nous tenons à remercier Philippe Ponel et Marcel Barbero pour leur aide concernant la localisation des zones refuges dans les Alpes maritimes. Ce travail entre dans le cadre d’un programme financé par le Conservatoire Botanique National Méditerranéen de Porquerolles, le Parc National du Mercantour (conventions 2003, 2004 et 2005) et le Conseil Régional Provence, Alpes, Côte d’Azur (Projet n° 2003-17523).


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Résumé

Français

La place de l’Homme dans l’environnement méditerranéen apparaît plus que jamais comme déterminante, puisque ses impacts et ses choix de gestion déterminent le maintien de la forte biodiversité du bassin méditerranéen. Constitué de 10 hotspots régionaux et une cinquantaine de zones refuges, la région méditerranéenne est fragilisée par la rapidité et l’ampleur des changements environnementaux en cours ou prévus à court terme. À une échelle plus fine, le hotspot régional des Alpes maritimes, représente le plus important centre d’endémisme de l’arc alpin, mais il subit depuis ces dernières décennies des mutations environnementales drastiques. Les confrontations effectuées entre la localisation des zones refuges et celle des territoires fortement anthropisés montrent que les refuges représentent des territoires parmi les plus menacés par l’anthropisation, car ils sont soumis à des pressions démographiques supérieures à la moyenne. Ce constat, particulièrement net à l’échelle du bassin méditerranéen, est un peu atténué à une échelle inférieure, celle des Alpes maritimes. Ainsi, face à l’ampleur et à la croissance des menaces anthropiques sur la biodiversité méditerranéenne, il est nécessaire de mettre en place rapidement une politique intégrative de conservation qui considère en priorité ces zones refuges.

Mots-clés

  • Biologie de la conservation
  • point chaud de biodiversité
  • impact anthropique
  • zones refuges
  • région méditerranéenne
  • Alpes maritimes

English

Mediterranean plant biodiversity and human impact : macro and micro-regional approaches The human role appears to be central in the future of the Mediterranean environment, because its impact and management choices are responsible for the persistence of this high biodiversity. With 10 regional hotspots and 50 plant biodiversity refuge areas, the Mediterranean region is threatened by the quickness and the severity of the current and forecasted environmental changes. At a finer scale, the Maritime Alps regional hotspot constitutes the most important endemic center of the whole Alps region, but it has been subjected to drastic environmental transformations for the last decades. The comparisons between the distribution of refuges and human threats exhibit similar spatial patterns, both at the Mediterranean region scale and, to a lesser extend, at the Maritime Alps hotspot. Refuge areas constitute some of the most threatened territories due to a higher than average demographic pressure. Thus, facing the increasing threats on the Mediterranean biodiversity, it's essential to quickly undertake an integrative conservation framework at the Mediterranean scale which a prioritization toward refuge areas.

Key-words

  • Conservation biology
  • biodiversity hotspot
  • human impact
  • refuge
  • Mediterranean region
  • Maritime Alps

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. 1 Biodiversité végétale et anthropisation à l’échelle de la région méditerranéenne
    1. 1.1 Points chauds de biodiversité et importance des zones refuges méditerranéennes
    2. 1.2 Des impacts anthropiques contrastés aux conséquences écologiques variables
      1. 1.2.1 Tendances démographiques générales
      2. 1.2.2 Les conséquences d’une anthropisation contrastée en Europe méditerranéenne
      3. 1.2.3 L’anthropisation au sud et à l’est de la Méditerranée
      4. 1.2.4 Le cas des îles méditerranéennes
      5. 1.2.5 Pressions anthropiques et refuges péri-méditerranéens
  3. 2 Les Alpes maritimes : approche micro-régionale d’une écorégion sous pression
    1. 2.1 Évolution des paysages et anthropisation au Quaternaire
    2. 2.2 Zone refuge et hotspot régional de biodiversité : un territoire clé du bassin méditerranéen
      1. 2.2.1 La diversité et l’endémisme végétal
      2. 2.2.2 Les zones refuges, centres d’espèces endémiques
    3. 2.3 Influence de l’homme sur la biodiversité des Alpes maritimes
      1. 2.3.1 Pressions anthropiques et micro-refuges
      2. 2.3.2 Le littoral
      3. 2.3.3 Le moyen pays et les vallées
      4. 2.3.4 Le haut pays
      5. 2.3.5 Une politique de conservation trop timide
  4. Conclusion
  5. Remerciements

Pour citer cet article

Médail Frédéric, Diadema Katia, « Biodiversité végétale méditerranéenne et anthropisation : approches macro et micro-régionales », Annales de géographie 5/ 2006 (n° 651), p. 618-640
URL : www.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2006-5-page-618.htm.
DOI : 10.3917/ag.651.0618


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