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Annales de géographie

2007/4 (n° 656)

  • Pages : 112
  • Affiliation : Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr

  • ISBN : 9782200923150
  • DOI : 10.3917/ag.656.0382
  • Éditeur : Armand Colin

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Introduction

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Par une délibération de son Comité Syndical du 24 novembre 2005, l’Établissement Public Loire a donné son accord de principe pour rétrocéder, pour un euro symbolique, au département de la Creuse qui en avait fait la demande, le patrimoine foncier bâti et non bâti qu’il avait acquis dans ce département dans la perspective de la construction du barrage de Chambonchard. Des dispositions équivalentes ont été prises au bénéfice du département de l’Allier par une délibération du Comité Syndical du 9 février 2006.

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Le projet de barrage sur le Cher est donc finalement abandonné. Pourtant, suite à la déclaration d’utilité publique du 12 décembre 1996, la réalisation semblait sur le point de se concrétiser. La presse annonçait le début des travaux pour 1998 avec achèvement en 2001. Le point de vue des écologistes, hostiles au projet, ne semblait plus alors devoir l’emporter, au point que l’enjeu se déplaçait pour se situer sur la taille de l’ouvrage plus que sur l’objet même.

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C’est au mois de septembre 1998 que la donne change brusquement : pour Dominique Voynet, ministre de l’Environnement, « l’utilité du barrage n’est plus évidente » et même si, le 16 avril 1999, le Conseil d’État se prononce en faveur du barrage, un virage est pris. Dans le cadre du Plan Loire Grandeur Nature  [1][1]  Le Plan Loire Grandeur Nature a été décidé par le... redéfini sous forme d’un Programme Interrégional Loire Grandeur Nature  [2][2]  Ce programme est inscrit dans les contrats de plan..., lors du CIADT d’Arles en juillet 1999, l’État jugeant le projet inutile, refuse de verser par le canal du ministère de l’Agriculture la participation de 70 millions de Francs, entraînant de facto, dès le 25 novembre 1999, la non-participation de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne dont la quote-part s’élevait à 190 millions de Francs sur un total de 600 millions.

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Comment un projet de cette ampleur peut-il connaître une trajectoire aussi erratique et passer en quelques années d’une programmation quasi finalisée à un abandon complet ? L’analyse détaillée de ces cinquante années de genèse — avortée — d’un grand aménagement hydraulique met en exergue la complexité des jeux d’acteurs — chacun ayant des représentations différentes des cours d’eau et défendant des intérêts particuliers, souvent contradictoires — mais aussi des articulations d’échelles, à la fois spatiales (dialectiques local/national et amont/aval) et temporelles (dialectique court terme/long terme). Il s’agira donc de montrer en quoi les choix techniques d’aménagement sont largement conditionnés par des idéologies (au sens de systèmes d’idées, d’ensemble structuré de représentations, de valeurs et de croyances) portées par différents acteurs, locaux ou nationaux, usant de leur capacité à se mobiliser et à mobiliser l’espace public afin de parvenir à imposer leur point de vue. Au-delà du cas particulier de Chambonchard, ce sont donc les changements de perception des cours d’eau et l’intégration des préoccupations environnementales aux politiques d’aménagement des territoires qui transparaissent.

1 L’idée du barrage émerge à la fin des années 50 d’une volonté locale de contrôle de la ressource et de l’espace

1.1 Une vision ligérienne, on pourrait dire régionaliste, de la gestion du bassin de la Loire…

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Dans la période d’après-guerre, le paradigme interventionniste est fortement ancré sur fond d’industrialisation lourde. Dans un cadre structuré par la logique des plans quinquennaux, l’aménagement des fleuves est regardé comme une priorité. Cette volonté se manifeste par la création en 1957 de l’Association Nationale pour l’Étude de la Communauté de la Loire et de ses Affluents (ANECLA), dont le souci est l’utilisation raisonnée de l’eau de la Loire au profit des villes riveraines en ayant une vue globale du bassin.

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L’origine de l’ANECLA repose sur la crainte de voir l’usage du fleuve échapper aux riverains. En 1955, en effet, EDF inaugurait la centrale de Montpezat qui détournait, pour la turbiner 600 mètres plus bas dans le bassin de l’Ardèche, 950 millions de m3, soit 30 m3/s. Ce détournement de 1300 km2 de bassin-versant, même s’il fut suspendu durant les étiages les plus sévères (par exemple en 1989 et 1990), fut, dès l’origine ressenti comme une atteinte au patrimoine ligérien ; sentiment renforcé par des projets récurrents d’alimentation de Paris en eau de la Loire. Ces réflexes de défense régionaliste de la ressource en eau ne sont pas une particularité ligérienne. On les retrouve — plus récemment — en Espagne avec le détournement d’une partie des eaux du bassin de l’Èbre vers le Sud du pays prévu dans le cadre du Plan Hydrologique National ou en Languedoc avec l’évocation de transferts d’eau du Rhône vers l’Espagne. Face à ce qui est perçu comme un risque de dépossession par les acteurs nationaux de la ressource, l’ANECLA se présente comme une structure tentant de faire valoir une vision régionale de la gestion du bassin.

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Dans ce contexte, l’intérêt se porte très vite sur le site de Chambonchard. D’autant que cette gorge a fait par le passé l’objet de quelques aménagements : une petite installation privée de production électrique avait été montée dans les années 1920 à l’aval du village de Chambonchard.

1.2… mais le manque de solidarité amont-aval fragilise le projet

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En 1958 et 1960, le Cher connut une série d’épisodes violents, fortement inondants, marquant une nette aggravation des conditions d’écoulement (six fortes crues de 1923 à 1950, dix de 1951 à 1969). Ces crues rendent pressantes les demandes d’aménagement. Pourtant le manque de solidarité entre collectivités de l’amont et de l’aval va entraver la réalisation du barrage.

Fig. 1 - Le bassin versant du Cher. The Cher catchment basin.

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Au moment où se produisent ces crues, les villes riveraines souhaitent conquérir des espaces libres et plats pour installer de nouvelles activités. C’est le cas à Vierzon où les activités métallurgiques sont installées en zone inondable entre l’Yèvre et le Cher juste à l’amont de la ville. C’est aussi le cas de Selles-sur-Cher où la faïencerie est en plein essor. À un moindre degré, Saint-Aignan-Noyers et Montrichard développent des zones d’activités dans le lit majeur du Cher tandis que Tours cherche à faire face à la très forte demande de logements en occupant les espaces encore libres de son territoire communal. Ainsi, en juillet 1959, une étude visant à la mise hors d’eau d’une trentaine d’hectares dans le val inondable, en bordure même du Cher, est commandée au Laboratoire National d’Hydraulique ; elle aboutit, en août 1960, à une levée partielle de l’interdiction de bâtir. Cette recherche d’espaces plats pousse les responsables des collectivités jouxtant la rivière à souhaiter des aménagements limiteurs de crue, d’autant qu’à ce moment, les rivières sont regardées comme des lieux à aménager par priorité. Un projet de contrôle de la Loire est conçu, reprenant pour partie les travaux de Comoy qui, dès 1860, proposait de réaliser 85 barrages stockant 592 millions de m3 (Couderc, 1978). Littéralement, il s’agit là d’un Grand Œuvre : la maîtrise totale du fleuve est envisagée ; 3 milliards de m3 doivent être stockés. Une première tranche, incluant Chambonchard, doit stocker 1,9 milliard de m3 dans 37 barrages.

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À ces motivations s’ajoute le projet de fourniture hydroélectrique alors que les besoins énergétiques s’accroissent et que la question de la pollution se fait plus aiguë. L’agglomération de Montluçon atteint, avec Commentry, 72 000 habitants en 1965 ; dans cet ancien bassin industriel, puissant au XIXe siècle, les industries lourdes occupent encore une place importante et génèrent une pollution que les débits du mois d’août ne parviennent pas à diluer.

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Cette addition de demandes a pourtant du mal à devenir programme, d’autant que les collectivités de l’aval — notamment Tours, une des plus puissantes — ne semblent plus tenir au barrage. Pour cette ville, le projet initial, encore modeste d’urbanisation en zone inondable, n’est que le précurseur d’un aménagement très ambitieux où la rivière est canalisée au long des huit km de traversée de l’agglomération. De 1968 à 1971, 170 ha sont mis hors crue grâce à des remblais de 4 à 5 m de hauteur derrière des digues étanches. À la fin des années 70, 280 ha sont aménagés. La solidarité entre collectivités de l’amont et de l’aval, qui aurait peut-être permis d’emporter la décision dans un contexte favorable, fait alors cruellement défaut… La protection contre les crues suscite ainsi moins d’intérêt depuis que Tours a mis en œuvre des aménagements locaux de protection, d’autant que la question de la vidange du barrage après une crue pose question : elle doit être rapide et faire suite au plus près au passage de l’onde de crue. Incontestablement les schémas simplistes consistant à associer écrêtage de crue à un simple volume disponible dans un aménagement commencent à être moins crédibles.

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Enfin, la pollution, pour aiguë qu’elle soit à l’amont, ne suscite pas de réel courant d’opinion : une certaine dilution rend le Cher d’autant plus acceptable dans sa partie aval que les analyses de qualité sont balbutiantes. Probablement se dit-on aussi qu’avec le déclin des industries lourdes dans ces petits bassins du Massif Central, les choses finiront, un jour, par aller mieux. Enfin, l’aménagement de la Loire dans le cadre de la constitution d’un complexe industriel sur la Basse Loire laisse de plus en plus sceptique.

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C’est ce projet hésitant qu’au début des années 70 l’Agence de Bassin tente de réactualiser. Mais, alors que les barrages de Villerest et Naussac (fig. 2) sont rapidement engagés, Chambonchard demeure en attente. Cela aurait pu, cela aurait dû être la mort du projet, mais au même moment, les besoins évoluent, modifiant le regard porté sur la rivière et relançant la donne.

2 Une rivière de plus en plus perçue comme une ressource

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C’est l’émergence de nouveaux besoins qui va inciter un nouvel acteur ligérien à relancer et porter avec énergie le projet de barrage.

2.1 Dans le cadre de la PAC, la demande d’eau agricole se fait de plus en plus insistante

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La demande agricole, en effet, a évolué considérablement de 1960 à 1990, et la sécheresse de 1976 fut un catalyseur en faisant toucher du doigt, après une série d’années pluviométriquement déficitaires, la vulnérabilité des systèmes de production agricole à l’aléa climatique. Une rivière est alors perçue comme une ressource inexploitée dont la fuite est un gâchis.

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L’irrigation, marginale en 1960 en dehors des zones de maraîchage, commence à être pensée comme un moyen de régulariser les productions. De partiellement autarcique, même en Champagne berrichonne, et culturellement prête à assumer la mauvaise année, voire la mauvaise série d’années, l’exploitation agricole en vient à vivre au rythme de remboursements à période fixe, contrainte financière d’autant mieux acceptée que le niveau de vie s’accroît rapidement. Cette logique productiviste structure le raisonnement des agriculteurs des régions de grande culture, mais aussi des responsables d’aménagements majeurs.

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Le barrage de Chambonchard prend donc une place nouvelle dans la politique d’aménagement de la vallée du Cher : fournir de l’eau d’irrigation. Si le haut-Cher est encore très peu concerné, des pôles commencent à se constituer : le Nord de la Champagne Berrichonne irrigue près de 1 000 ha, le Sud de la Sologne où de grosses fermes se tournent vers une production très capitalistique à fortes charges d’intrants et le Cher aval où l’irrigation est une pratique banale dans les maraîchages. Au total pourtant, la superficie irriguée n’atteint pas 5 000 ha déclarés.

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Neuf années plus tard, le RGA montre que les superficies irriguées sont multipliées par 2,5 environ avec deux pôles essentiels : la Vallée du Cher et la Champagne Berrichonne, plus gros consommateur (2 700 ha).

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En 1988 la tendance est confirmée : avec 19 000 ha c’est un plus que doublement (x 2,4) des besoins, pourtant les limites de la Politique Agricole Commune commencent à se faire jour. La mise en place des quotas laitiers en 1984 indique qu’un tournant est en train de se prendre (Bonnamour, 1994), mais, paradoxalement, ceci renforce la demande d’eau d’irrigation : des herbages sont convertis en culture, le maïs est regardé comme la plante miracle.

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Une féroce compétition s’engage donc à ce moment, car l’agriculture n’est pas le seul consommateur potentiel.

2.2 Parallèlement, les ensembles urbains affirment leurs besoins

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La rivière, pour les aménités paysagères qu’elle procure, est de plus en plus intégrée au paysage urbain de nombre de villes riveraines du Cher. Cette nouvelle fonction attribuée à la rivière par les acteurs urbains plaide elle aussi en faveur de la construction du barrage de Chambonchard.

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En effet, nombre de villes sont fortement articulées autour de l’eau. Sur le Cher moyen, Montluçon s’est développée au début du XXe siècle en front de rivière. Sur la berge même se sont installées Châteauneuf, Saint-Florent, Mennetou ou Selles-sur-Cher. À partir de Saint-Aignan, cette intimité avec la rivière a été fortement accentuée au XIXe siècle, les barrages à aiguilles constituant des plans d’eau dont la dimension paysagère a été exploitée par des équipements de loisir : promenades, plages. De plus, en cette fin du XXe siècle, le souvenir des grandes crues s’est estompé et selon l’approche paysagère du moment, la rivière doit être conforme à une image idéalisée du cours d’eau : être vivante assez pour évoquer la crue, mais sans que le risque soit trop réel. C’est dire aussi qu’elle doit disposer en étiage de suffisamment d’eau pour que l’évacuation des pollutions soit assurée, peut-être plus encore pour que les images de la ville, avec leurs reflets, ne soient pas affectées. Avoir de l’eau en quantité suffisante devient donc un enjeu essentiel.

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Si la demande n’est pas trop pressante sur le Cher canalisé où les plans d’eau à l’amont des barrages à aiguilles répondent bien à cette exigence paysagère, en revanche sur le haut Cher, la question du manque d’eau en saison sèche est bien plus aiguë : à Montluçon, le Cher connaît un tarissement quasi absolu trois jours consécutifs une année sur deux. Un barrage tente de maintenir un plan d’eau dans la ville même de Montluçon, mais la pente du lit limite l’impact visuel de l’ouvrage. En outre, celui-ci contribue à aggraver le manque d’eau à l’aval immédiat, où se trouvent les puits de captage de la station d’AEP. Dans cette agglomération de 75 000 habitants, la demande de soutien d’étiage est donc pressante. La dimension paysagère ne fait en réalité que rendre tangible la précarité de la ressource.

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S’il y a tension sur la fourniture d’eau potable, les restitutions de Rochebut assurent tout de même une couverture acceptable des besoins même si la marge n’est pas bien grande lors des étiages les plus durs. Par contre, au regard des besoins industriels, la tension est réelle et Sumitomo, repreneur de Dunlop utilisa l’argument en 1984 pour ne pas créer une nouvelle unité de production. Surtout, alors que l’on raisonne en termes de dilution bien plus qu’en termes de contrôle des rejets, la gravité des étiages fait apparaître la région de Montluçon comme un des pires points noirs du bassin de la Loire : l’eau est de mauvaise qualité (classe 4).

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La valeur de ces trois arguments est inégale au plan technique, mais dans tous les cas, la charge émotionnelle est forte et étaye puissamment le dossier de construction du barrage.

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D’autant que des projets touristiques, articulés autour d’une navigation fluviale retrouvée, mobilisent les villes du cours aval et soudent un front de décideurs — des collectivités de l’amont comme de l’aval — qui vont trouver en Jean Royer un brûlant défenseur de la construction du barrage. La convergence de demandes nouvelles et de tensions sur la ressource réactualise la question de l’aménagement global du bassin de la Loire.

2.3 Face à ces nouveaux besoins, le projet de barrage est relancé et porté par l’EPALA

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En 1983  [3][3]  L’EPALA a été créé le 21 novembre 1983 par arrêté..., un nouvel acteur de la gestion du bassin de la Loire, l’EPALA (Établissement public d’aménagement de la Loire et de ses affluents), qui a le statut de syndicat mixte, relance le projet du barrage de Chambonchard. L’EPALA a en effet l’intention d’aménager le bassin de la Loire par un programme de grands travaux, projet concrétisé par la signature, le 13 février 1986, d’un protocole d’accord entre l’EPALA, l’État et l’Agence de l’eau. Il s’agit de réaliser, sur dix ans, un vaste programme d’aménagement hydraulique de la Loire et de ses affluents afin de lutter contre le risque d’inondation et de soutenir les étiages. Le coût de ce programme était à l’époque évalué à 2 milliards 300 millions de Francs (350 millions d’Euros). C’est dans ce cadre renouvelé d’aménagement du bassin ligérien que s’intègre le projet réactualisé du barrage de Chambonchard (fig. 2).

Fig. 2 - Un projet global d’aménagement du bassin de la Loire. A comprehensive development project for the Loire basin.

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Regroupant cinq régions, quatorze départements et dix-sept villes (de plus de 30 000 habitants) du bassin de la Loire, l’EPALA se pense comme un acteur représentant les collectivités locales ligériennes. Son Président, Jean Royer, emblématique maire de Tours, va fortement marquer la politique de cet établissement en obtenant le soutien, voire l’adhésion du plus grand nombre des maires des villes du bassin. Mais, de par la personnalité de Jean Royer, le contrôle de la présidence de l’EPALA correspond à une véritable mainmise de la partie aval de la vallée sur le processus décisionnel. À travers la décision de construire des barrages sur la partie amont de la Loire et de ses affluents, ce sont les vaux de Loire, du Cher et accessoirement d’Indre et de Vienne qui font valoir leur conception de la gestion du fleuve. Dans le cas du projet d’ouvrage à Chambonchard, la Combraille est largement dépossédée d’un choix qui pourtant la concerne de façon très directe, mais, faute de puissance politique et de marge de manœuvre économique, elle accepte et accompagne même le projet. Si, cette fois, les collectivités de l’amont et de l’aval font bloc en faveur de la construction du barrage de Chambonchard, celles situées en amont du Cher sont largement assujetties à celles de l’aval…

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Les choses semblent aller vite : en 1987 et 1988, est défini l’ordre dans lequel doivent être construits les ouvrages structurants. Chambonchard est en second rang derrière Serre-de-la-Fare. Les études d’avant-projet sont alors conduites, tandis que se constituent les dossiers d’enquêtes publiques avec études d’impact, et que les premières acquisitions foncières sont menées en parallèle. L’actualisation du rapport Chapon en 1989 conforte le choix de l’EPALA, au moment où la sécheresse rend plus prégnant le risque de manque d’eau. L’unanimisme semble la règle.

3 La rivière, au cœur d’une nouvelle épistémè environnementale ?

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Pourtant, alors que le projet de barrage est relancé, l’EPALA, s’avère être déjà à contre-courant : le regard porté par la société sur les cours d’eau est à nouveau en train de changer : une rivière est de moins en moins vue comme une ressource à exploiter en l’aménageant, mais de plus en plus comme un milieu naturel à préserver et un paysage à valoriser. De plus, l’enchevêtrement des arguments et des objectifs associés au projet brouille considérablement le signal.

3.1 Un projet vigoureusement contesté par les écologistes

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Dès juin 1986, en réaction à la signature en février du protocole d’accord prévoyant la construction de quatre grands ouvrages sur le bassin de la Loire, les écologistes se mobilisent en mettant en place « une structure de liaison et de coordination des associations de protection de la nature sur l’ensemble du fleuve, le comité Loire Vivante, à la double initiative de l’association internationale WWF (World Wildlife Fund) et de la FFSPN (Fédération Française des Sociétés de Protection de la Nature) » (Thépot, 2003). Cette association organise une mobilisation de grande ampleur contre la construction de ces barrages, dénoncée comme un véritable « bétonnage » d’un fleuve présenté comme étant le « dernier fleuve sauvage d’Europe ».

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D’une manière générale, le Collectif Loire Vivante dénonce une gestion parcellisée, éclatée, de la Loire, allant ainsi à l’encontre du concept d’hydrosystème. Pour les écologistes, dans une logique systémique, la Loire devrait être considérée comme un système complexe dont les différents éléments sont en interaction étroite. Or, dénoncent-ils, « l’impasse est totale sur les effets induits des différents ouvrages prévus, mais aussi et surtout sur les impacts combinés des ouvrages prévus avec ceux des ouvrages existants » (Coulet, 1992). Aussi le Collectif demande-t-il, en 1988, que le Gouvernement engage une étude d’impact global.

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Pour ce qui est du cas précis du barrage de Chambonchard, les écologistes mettent l’accent sur la dégradation du Cher et sur le bouleversement des équilibres naturels que celui-ci entraînerait : « 12,5 km de cours d’eau vive seraient transformés en un milieu aux eaux calmes, profondes et plus ou moins désoxygénées. Outre la disparition d’espèces de grand intérêt écologique (truites, loutres, etc.), la retenue altérerait le potentiel d’auto-épuration. En effet, le ralentissement des eaux entraînerait la sédimentation des particules fines (argiles, limons, etc.), bloquant tout passage des eaux superficielles à travers le fond du lit. Par ailleurs, la création d’une retenue perturberait la végétation des rives »  [4][4]  Extrait du site internet de Loire vivante : www.r....

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Si, « pendant une trentaine d’années, il n’était question en France que d’aménager, sans souci des perturbations que ces aménagements pouvaient entraîner » (Davy, in Neboit-Guilhot, Davy, 1996), au cours des années 1980 le paradigme techniciste décline progressivement pour laisser place à un « nouveau paradigme d’ordre environnemental » (Rode, 2001) auxquels de plus en plus de ligériens se montrent réceptifs. Comme l’écrit Michel Marié (1985), justement à propos de grands aménagements hydrauliques, il se produirait ainsi un passage de « l’ère de l’aménagement à l’ère du ménagement ». Le regard porté sur l’environnement, et notamment sur les cours d’eau, change.

3.2 Un projet porteur de multiples conflits d’usages qui en amoindrissent la pertinence

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Les rivalités potentielles entre les différents usages du barrage ne sont pas clairement examinées. Les problèmes sous-tendus génèrent donc un doute sur l’efficience réelle du système.

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Ainsi le soutien d’étiage est souhaité par l’essentiel des communautés riveraines, mais le fonctionnement réel est conditionné par la politique globale d’utilisation de l’eau. Dans le schéma de restitution proposé, les contraintes de la loi pêche sont, en théorie, très largement respectées, et ceci jusqu’à la confluence avec la Loire. Mais l’on ne peut s’empêcher d’être perplexe en constatant que le gain, de l’ordre de 8 m3/s à Selles en année décennale sèche, sera soumis à la concurrence des prélèvements de l’agriculture. En rappelant que les prévisions d’irrigation à partir du Cher sont de l’ordre de 30 000 ha ; la tension risque d’être très forte et l’amélioration des conditions d’alimentation, en été, du Cher moyen un leurre. Cette compétition évidente n’est jamais évoquée clairement dans le projet, les deux données, pompage et soutien d’étiage, ne faisant l’objet d’aucune mise en relation.

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Un autre conflit est en gestation dans la seconde moitié des années 80. La basse vallée du Cher cherche à lancer un tourisme fluvial utilisant les aménagements du Cher canalisé encore convenablement entretenus, et pour partie même, ceux du Canal de Berry. Or, sur le Cher canalisé, même si la question de la quantité n’est pas vraiment cruciale, car les barrages à aiguilles constituent des plans d’eau suffisants pour la navigation, elle resurgit indirectement par le biais de la qualité ; dans cette rivière chargée en nutriments, l’eutrophisation est très forte. Visuellement, le handicap est sévère, tout particulièrement au regard des exigences de la clientèle habituée à cette forme de tourisme. C’est donc un double conflit qui se dessine autour de cet enjeu : conflit avec l’agriculture qui prélève une eau dont on pourrait espérer qu’elle dilue la pollution et conflit avec le haut bassin qui a accepté le barrage comme un espoir dans une Combraille en pleine déprise industrielle et agricole. Espoir construit de façon ténue autour d’un projet touristique quasi symbolique : un premier projet, indigent, est quelque peu consolidé en 1995 par l’adjoinction d’un stade nautique. Mais dans cette retenue marnante (5,5 mètres une année sur deux), il faut prévoir une retenue fixe, c’est-à-dire retenir, consommer une eau initialement promise à l’aval !

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Parallèlement, l’argument du barrage écrêteur de crue ne contribue pas à valider la programmation de Chambonchard, et ceci pour au moins trois raisons. Tout d’abord, un volume de 22 millions de m3 ne permet pas d’influer beaucoup sur le volume d’une crue qui, à Montluçon peut faire passer plusieurs centaines de millions de m3. La seconde raison, liée à la première, est que le haut-Cher n’est pas le bassin versant décisif à l’amont de Montluçon : celui de la Tardes, près de deux fois plus vaste, est nettement plus « ruisselant » (Garnier, 1993) ; il a aussi enregistré les épisodes pluvieux les plus importants. La troisième raison est encore plus grave. Une réserve écrêteuse de crue, pour être opérationnelle, doit évidemment être vide. Or, l’historique des événements précédant une crise majeure le montre bien : une crue sévère est souvent le résultat d’un épisode pluvieux relativement banal qui se déroule à la suite d’une série, elle aussi assez banale, mais suffisamment longue pour complètement saturer le milieu. Dans ce contexte, peut-on imaginer que le barrage sera vide, que l’avant-dernier épisode, fort ruisselant probablement, n’aura pas rempli la réserve d’écrêtage ? Enfin, du côté de la politique agricole, on assiste à une remise en cause des pratiques, de nature à bouleverser à moyen terme la relation de cette activité avec l’environnement. La Nouvelle Politique Agricole Commune, signée en mai 1992, enclenche un processus de réduction de la production, car l’augmentation de la productivité (+1 quintal/ha/an pour les céréales de 1962 à 1992) entraîne une saturation des marchés et menace d’asphyxie le système entier : dans une Europe globalement excédentaire depuis 1987, un gel des surfaces cultivées est instauré. Un discours qualitatif, très lentement se construit autour de la notion de « terroir ». C’est une modification très profonde des structures de production qui est en cours et l’on voit poindre une évolution vers une culture plus extensive veillant à la qualité des eaux, en raisonnant l’utilisation d’intrants.

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Au-delà de la logique décisionnelle où les enjeux de pouvoir s’expriment, c’est toute une famille d’acteurs traditionnellement très favorable à une politique d’aménagement qui se trouve alors partiellement marginalisée.

3.3 Vers une reprise en main par l’État de l’aménagement des cours d’eau ?

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Face à ces contradictions, peut-on légitimement dire que l’on s’apprêtait à construire un barrage inutile ?

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L’affirmation serait légère, car elle met en relation les demandes de la société à un moment donné, les années 60 à 80, avec les demandes et les besoins d’un autre groupe social, celui qui vit ce début de XXIe siècle. La donne économique, le regard sur l’environnement, ont profondément changé dans des pans très larges de notre société. On peut parler d’un nouveau paradigme environnemental dont la composante philosophique est encore assez incertaine et peut-être simpliste, mais qui est fortement épaulée par une lecture économique ou au moins comptable de l’action.

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Un projet mal pensé donc ? Peut-être, mais un besoin d’eau réel, s’il n’est absolu ; besoin ressenti de longue date au point que parallèlement à ce projet fragile, ont été prospectées des solutions alternatives. Pour répondre aux besoins spécifiques de Commentry, un stockage a été étudié sur la Chaux capable, avec 3,6 millions de m3 d’assurer plus de 100 l/s au long de l’année, c’est-à-dire l’AEP pour 50 000 personnes. Cette solution a d’ailleurs été reconnue comme possible en février 1999 par le maire, Guy Formet, qui quitte alors le camp des « pro-Chambonchard ». Mais, là aussi, la solution est assez partielle et ne règle pas les difficultés rencontrées à Montluçon. Le surélèvement ou au moins le reconditionnement de Rochebut a aussi été envisagé. Ce barrage, construit de 1905 à 1909, par la Société des Forces Hydroélectriques du Cher, et dont la concession EDF cessait en 2002 a d’ailleurs, dès le début, été utilisé en soutien d’étiage puisque le premier cahier de charges fixait à 100 000 m3 le volume minimal quotidiennement restitué ; 113 500 m3 (1,3 m3/s) dans les conventions ultérieures. De plus, la construction d’une nouvelle usine électrique en pied de barrage de 1962 à 1965 a nécessité le percement d’une prise d’eau qui montra l’excellent état de cet ouvrage-poids en gneiss maçonné. Deux voies alors étaient possibles : se greffer sur l’ouvrage ou l’utiliser en l’état. Dès juin 1991, une étude de faisabilité de la surélévation du barrage était commandée en vue de créer une retenue de 70 hm3. Ce projet alternatif à Chambonchard, un peu moins ambitieux, et plus réaliste compte tenu de la conjoncture, bien moins contraignant, tant au plan financier qu’au plan humain a pourtant été rejeté par l’EPALA, sans justification technique solide.

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En réalité, entre pression politique d’élus locaux dont les motivations diffèrent et choix gouvernementaux d’équipes politiquement opposées, le projet de Chambonchard continue d’exister, d’être affirmé même. En 1994, le ministre de l’Environnement Michel Barnier, confirme dans le Plan Loire Grandeur Nature un barrage réduit à 50 millions de m3, enclenchant un bras de fer entre l’État et l’EPALA, qui, par le biais du projet touristique en bassin non marnant déjà évoqué, entreprend de forcer la main en finançant pour partie un ouvrage de 80 millions de m3.

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Cet échelon régional n’est d’ailleurs qu’une fragile mosaïque d’intérêts locaux. Sur le Cher amont et dans la région de Montluçon en pleine déprise, c’est la quête d’emplois, même temporaires qui prime ; à l’aval, il s’agit de rassurer les populations installées dans le Val inondable, enjeu politiquement d’autant plus important qu’on est à l’époque dans un contexte sensible. En effet, les communes inondables du Val de Loire n’acceptent pas les contraintes en termes de développement induites par la maîtrise foncière que leur impose la nouvelle politique de prévention des risques naturels issue de la loi Barnier et beaucoup, comme Saint-Pierre-des-Corps en banlieue de Tours, réclament la réalisation des ouvrages écrêteurs de crue prévus par le protocole d’accord de 1986 (Garnier, Rode, 2006) ; l’État doit faire face à une véritable « levée de boucliers contre le PIG  [5][5]  Projet d’Intérêt Général. C’est ainsi qu’a été qualifié,... » (Rode, 2001).

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En tout état de cause, le Plan Loire grandeur nature constitue un tournant important en termes d’équilibre entre les acteurs de l’aménagement du bassin de la Loire. L’EPALA avait été pensé et s’était comporté comme un organisme représentatif des besoins ou des aspirations des collectivités locales, dans le cadre de transferts de pouvoirs en direction des régions. Face à des démarches assez maladroites, et parfois rigides, où la prise en compte des intérêts locaux ne se situait pas à une échelle pertinente, on assiste à une reprise de main de la part de l’État, dans ce qu’il estime être un enjeu national. Ce plan se veut un véritable symbole d’une nouvelle politique d’aménagement des cours d’eau : « le modèle d’aménagement du fleuve alors en vigueur est clairement réorienté » (Baron Yelles, 2006). Les propos du ministre de l’Environnement à l’automne 1994, Michel Barnier, donnent la teneur du virage que représente le Plan Loire Grandeur Nature : « Il faut ménager les rivières ». On rompt avec l’optique du protocole d’accord de 1986 en abandonnant partiellement la logique des aménagements lourds et en mettant l’accent sur la sauvegarde du patrimoine naturel. Le barrage de Serre de la Fare est alors abandonné au profit d’un programme de travaux alternatifs dans le lit de la Loire à Brives Charensac. Même si l’extension du barrage de Naussac et la construction de celui de Chambonchard sont maintenues, dans le droit fil de ce Plan Loire en matière de gestion du risque d’inondation, un nouveau paradigme se dessine et prend corps. C’est ce nouveau paradigme – réduire la vulnérabilité des enjeux exposés – qui va porter un coup décisif à la réalisation du barrage ; l’accent est mis sur la prévention  [6][6]  Dispositif de prévention qui a d’ailleurs été renforcé... (mesures institutionnelles et juridiques) au détriment de la protection (mesures techniques) dont l’usage fut longtemps dominant voire exclusif. Après avoir, durant de nombreuses années, agi uniquement sur l’aléa par des mesures de protection, les gestionnaires du risque sont de plus en plus enclins à agir sur les enjeux (soit pour les limiter en réglementant l’occupation des sols, soit pour en réduire la vulnérabilité). N. Pottier (2003) souligne qu’il s’agit là d’une « approche en plein essor dans le monde et privilégiée depuis près de 20 ans en France ». Loin d’être anodine, cette bifurcation souligne le fait que « l’analyse passée fondée sur l’élimination du risque grâce aux progrès scientifiques et techniques a vécu et fait place à une conception fondée sur le caractère irréductible du risque et sur sa nécessaire intégration aux différents choix politiques des États » (Veyret, Vigneau, 2004). Mais, dans la mesure où l’EPALA a refusé d’intégrer ce paradigme à sa démarche, l’État a décidé de reprendre en main la gestion de l’aménagement du bassin de la Loire afin de mettre en œuvre ces nouveaux principes. En septembre 1998, l’abandon du projet de Chambonchard semble consommé : l’État refuse son aide financière et adopte une ligne minimaliste en envisageant simplement d’utiliser les 20 millions de m3 du barrage de Rochebut, dans sa configuration actuelle, pour soutenir les étiages du Cher. De fait, l’heure n’est plus à une politique de protection contre les inondations au moyen d’aménagements lourds ; ainsi en va-t-il de l’ouvrage écrêteur du Veurdre sur l’Allier : en novembre 2000 Dominique Voynet déclare qu’il ne fait pas partie des priorités dans les dix ans à venir, déclaration confirmée un an plus tard par Roselyne Bachelot. Cette reprise en main par l’État, très sensible dans le Plan Loire Grandeur Nature, est un peu moins visible dans le Plan Loire II, mais à ce jour, l’EP Loire se défait du patrimoine foncier acheté pour mener à bien ses projets sur le haut Cher.

Conclusion

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Cette décision d’abandonner le barrage de Chambonchard semble logique, compte tenu de l’évolution de la conjoncture agricole. On peut y voir l’effet d’une forte résonance médiatique de l’adjectif naturel, ici appliqué à une rivière, même si l’on peut discuter ce mot lorsque l’on évoque des écoulements avec lesquels les hommes ont composé des siècles durant. Mais peut-on pour autant parler d’une victoire de l’écologie ?

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Ce n’est pas vraiment certain. Une des justifications à la création du barrage était la sécurisation de l’adduction en eau potable de la région de Montluçon et une amélioration globale de la qualité de l’eau du Cher moyen et aval. Or, l’abandon ne s’est pas fait au profit d’un nouveau programme d’action centré autour d’un triptyque : eau dépolluée, faune améliorée dans des volumes suffisants lors des étiages. À part la construction d’une nouvelle station d’épuration voulue performante à Montluçon, on a plus l’impression de mesures d’accompagnement destinées à compenser les méfaits de ce qu’on n’a pu diluer. S’en dégage l’impression diffuse d’être entre deux cultures : d’un côté, on abandonne l’aménagement lourd pour des raisons essentiellement économiques sur le moyen et long terme ; de l’autre, on appuie cette décision sur des arguments faisant la part belle à l’émotionnel, à la dimension vécue et souvent mythique du paysage, de la « nature ». L’heure n’est pas encore à l’intégration claire d’une démarche écologique dans le système de décision.

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On voit pourtant comment, afin d’ériger le cas de Chambonchard et du bassin de la Loire en symbole d’une nouvelle politique d’aménagement des cours d’eau, l’État s’est ressaisi du dossier et a imposé ses vues aux acteurs locaux, qui n’avaient pas intégré le nouveau paradigme environnemental. En termes de répartition des compétences, s’est ainsi produit un mouvement de balancier : après une étape de décentralisation avec la création de l’EPALA, l’État a eu recours à une forme de recentralisation dans ce dossier perçu comme emblématique. La décennie 1990 aurait ainsi représenté dans le bassin de la Loire une période « d’acculturation des acteurs autour de notions et de pratiques de gestion de l’environnement » (Baron Yelles, 2006). Cette période transitoire durant laquelle les acteurs locaux ont — au moins en partie — intégré les nouvelles valeurs environnementales aurait rendu possible l’inscription du Val de Loire au Patrimoine Mondial UNESCO, issue d’une mobilisation forte des acteurs locaux autour de ces valeurs et qui signerait une nouvelle « étape du transfert des responsabilités en matière d’environnement de l’État vers les collectivités » (Baron Yelles, 2006). Cette recentralisation des années 1990, allant à l’encontre du mouvement général de décentralisation, n’aura donc été qu’une étape permettant la diffusion à l’échelle des collectivités territoriales des valeurs environnementales de plus en plus imposées par l’Union Européenne (directive Habitats, Natura 2000), relayées par l’État et portées par des associations.


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Notes

[1]

Le Plan Loire Grandeur Nature a été décidé par le gouvernement lors du CIADT du 4 janvier 1994. Il s’agissait d’un plan global d’aménagement du bassin de la Loire sur dix ans visant à concilier la sécurité des populations, le développement économique et la protection de l’environnement. Il a rompu avec le paradigme techniciste très en vogue jusque-là (et porté notamment par l’EPALA, qui a souvent été dénoncé comme voulant bétonner la Loire) en abandonnant la logique des aménagements lourds et en mettant l’accent sur la prévention des crues sans barrages et la sauvegarde du patrimoine naturel.

[2]

Ce programme est inscrit dans les contrats de plan État-Régions 2000-2006. Les trois priorités de cette nouvelle étape du Plan Loire sont : la sécurité des populations face au risque d’inondation ; l’amélioration de la gestion de la ressource en eau et des espaces naturels et ruraux des vallées ; la mise en valeur du patrimoine naturel, paysager et culturel des vallées.

[3]

L’EPALA a été créé le 21 novembre 1983 par arrêté du ministre de l’Intérieur. Le comité Syndical, en place dès janvier 1984, est officiellement installé par arrêté du ministre de l’Intérieur le 22 novembre 1984.

[4]

Extrait du site internet de Loire vivante : www.rivernet.org.

[5]

Projet d’Intérêt Général. C’est ainsi qu’a été qualifié, par une série d’arrêtés préfectoraux successifs pris entre 1995 et 1998, le projet de protection contre les risques d’inondation dans les différents vals de la Loire moyenne.

[6]

Dispositif de prévention qui a d’ailleurs été renforcé par la loi du 30 juillet 2003 relative à la prévention des risques naturels et technologiques et à la réparation des dommages (dite loi Bachelot).

Résumé

Français

Le barrage de Chambonchard est un exemple de grand projet avorté. Il fut programmé à une période où, culturellement, ce type d’ouvrage correspondait à une vision de l’aménagement du territoire. Au moment où sa création ne suscitait pas d’opposition, le projet ne fut pas porté par un besoin clair et impérieux. Les justifications se sont multipliées, parfois en se contredisant. Lorsque l’idée de barrage est relancée par un organisme structuré et déterminé — l’EPALA —, la donne économique n’est plus la même et le regard de la société sur ce type d’aménagement est en train de changer : le projet est alors vigoureusement contesté par les écologistes. L’abandon récent, après une quasi naissance chaotique, marque probablement dans l’opinion et les politiques publiques une nouvelle lecture de l’environnement.

Mots-clés

  • Aménagement
  • barrage
  • bassin de la Loire
  • Chambonchard
  • Cher
  • environnement
  • irrigation
  • Montluçon
  • soutien d’étiage
  • zone inondable

English

Between regional planning and environment. Failure of a risky project : the Chambonchard dam The Chambonchard dam is a good example of failed great project. It was programmed at a time when culturally this type of work corresponded to a particular vision of regional planning. The project’s announcement did not cause much opposition ; it was not anyhow supported by a clear and pressing need. Justifications multiplied, sometimes contradicting one another. When the project was laundered again by action of a structured and determined organization, the economic situation was no longer the same and the vision of society for this type of installation had changed : this project is firmly opposed by ecologists. After nearly coming to life, the project was abandoned ; in the public opinion and public policies it probably marks a new reading of the environment.

Key-words

  • Regional planning
  • dam
  • Loire basin
  • Chambonchard
  • Cher river
  • environment
  • irrigation
  • Montluçon
  • low-water level support
  • easily flooded area

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. 1 L’idée du barrage émerge à la fin des années 50 d’une volonté locale de contrôle de la ressource et de l’espace
    1. 1.1 Une vision ligérienne, on pourrait dire régionaliste, de la gestion du bassin de la Loire…
    2. 1.2… mais le manque de solidarité amont-aval fragilise le projet
  3. 2 Une rivière de plus en plus perçue comme une ressource
    1. 2.1 Dans le cadre de la PAC, la demande d’eau agricole se fait de plus en plus insistante
    2. 2.2 Parallèlement, les ensembles urbains affirment leurs besoins
    3. 2.3 Face à ces nouveaux besoins, le projet de barrage est relancé et porté par l’EPALA
  4. 3 La rivière, au cœur d’une nouvelle épistémè environnementale ?
    1. 3.1 Un projet vigoureusement contesté par les écologistes
    2. 3.2 Un projet porteur de multiples conflits d’usages qui en amoindrissent la pertinence
    3. 3.3 Vers une reprise en main par l’État de l’aménagement des cours d’eau ?
  5. Conclusion

Pour citer cet article

Garnier Philippe, Rode Sylvain, « Entre aménagement et environnement, la naissance avortée d'un projet aléatoire : le barrage de Chambonchard », Annales de géographie, 4/2007 (n° 656), p. 382-397.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2007-4-page-382.htm
DOI : 10.3917/ag.656.0382


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