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Annales de géographie

2008/4 (n° 662)

  • Pages : 114
  • ISBN : 9782200924409
  • DOI : 10.3917/ag.662.0105
  • Éditeur : Armand Colin
  • Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr



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Calas B. (dir.) De Dar es Salaam à Bongoland. Mutations urbaines en Tanzanie Paris, Karthala, 2006, 389 p., 16 planches.

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Autour d’une ville polyphonique

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Les contributions qui composent cet ouvrage sur Dar es Salaam, coordonné par Bernard Calas, ont pour auteurs des géographes, des sociologues, des économistes, des politologues et un historien. Elles donnent lieu une monographie précieuse, car la bibliographie en langue française sur Dar es Salaam reste limitée. Malgré leur hétérogénéité, les textes décrivent une ville qui pour certains traits est typiquement africaine (les problèmes de transport, de logement, etc.), mais pour d’autres dévoilent une originalité incontestable. Savant mélange d’héritages swahilis anciens avec des apports en provenance d’univers culturels les plus diversifiés (l’Inde, la péninsule arabique), Dar es Salaam est donc un excellent exemple des métissages produits par superpositions successives jusqu’à la mondialisation : aux référents swahilis s’ajoutent ceux du passé colonial et puis les apports les plus récents en provenance des États-Unis. Visible dans les paysages urbains, la coprésence des modèles se dévoile aussi par les rapports des individus et des groupes à l’espace urbain.

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Ville déchue de sa fonction de capitale, Dar es Salaam semble pourtant un lieu central de l’économie tanzanienne et de l’Afrique Australe. C’est précisément le mélange de la culture swahili et de la fonction portuaire que les auteurs prennent comme point de départ pour l’étude des transformations urbaines.

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Les politiques publiques ont donc un rôle central dans l’ouvrage : celles de la colonisation allemande et puis anglaise, puis celles du socialisme de l’Uyaama de Nyerere et enfin celles des institutions internationales par le biais des Plans d’Ajustements Structurels. Ces phases et les actions d’aménagement qu’elles produisent, guident la construction et l’évolution de la ville, ses agrandissements successifs ; elles expliquent ses problèmes majeurs (faiblesse et inachèvement des réseaux, territorialisations inabouties, etc.), ainsi que ses points forts (les activités en relation avec le port) ; elles justifient les représentations et les pratiques des individus dans la ville.

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L’ouvrage dévoile les formes de Dar es Salaam (la pluralité des périphéries diversifiées par leur âge et leur histoire, ainsi que l’unité du centre), mais aussi les fonctions (de véritable capitale économique et culturelle de Tanzanie) et les pratiques urbaines des citadins et des touristes.

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Malgré les difficultés communes aux autres villes africaines, Dar es Salaam n’est donc ni une ville en crise, ni un espace affecté par une fragilité systématique, ni un territoire fragmenté. Comme le souligne G. Di Méo dans la préface, l’innovation et l’invention permanentes semblent montrer que la réalité urbaine joue de ses contradictions : ainsi Dar es Salaam est aussi en même temps Bongoland, la ville de la décision, du pouvoir et un nœud du système-monde.

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Cristina D’Alessandro-Scarpari

Cosgrove D. Geographical imagination and the authority of images Stuttgart, Franz Steiner Verlag, coll. Hettner-Lecture, 2006, 102 p.

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Parti de Liverpool…

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Ce titre n’évoque ni l’histoire d’un naufrage, ni celle d’un groupe de rock, mais le point de départ de la carrière d’un célèbre géographe : Denis Cosgrove de l’université de Californie à Los Angeles. Cosgrove est un spécialiste reconnu de la géographie humaniste et culturelle, de la carte, de l’image, de l’histoire de la connaissance géographique dans ses rapports au pouvoir, du paysage… Il a consacré sa thèse à l’étude des paysages de la Renaissance italienne à partir de leurs représentations picturales. Le présent ouvrage rassemble les traces scientifiques (deux conférences, un essai, un entretien) du séjour de Cosgrove à l’université d’Heidelberg (juin 2005) où il fut l’invité des « Hettner-Lecture ».

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Répondant à une interview, il identifie deux déterminants de sa démarche intellectuelle : l’humanisme (rencontre émotionnelle du vrai, du bien, du bon, du juste et du beau à partir de l’expérience individuelle) qu’il apprit chez les Jésuites ; le cadeau qu’il reçut à l’âge de neuf ans (un globe terrestre). C’est en tout cas sur ce thème de la représentation sphérique de la terre que démarre ce recueil de textes. D. Cosgrove trouve dans cette icône les clés d’une sorte d’harmonie universelle, le signe intemporel de la perfection, d’une homologie cosmique de l’univers et du corps humain, de la vie ; soit une symbolique qui rejoint certaines idées et certains mythes écologistes très actuels. Pour mener cette brillante démonstration, il part de la pensée stoïcienne, des écrits de Macrobe, de Sacrobosco, des représentations de la terre en forme de cœur qui datent de la Renaissance (Oronce Fine). Sa réflexion le mène jusqu’aux clichés de notre planète pris par les astronautes d’Apollo, jusqu’aux imaginaires artistiques qu’ils ont suscités : photomontage de Peter Kennard inscrivant un fœtus humain dans le globe terrestre.

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La deuxième conférence explore les images paysagères de la modernité et de son épuisement postmoderne : celles du bassin de Los Angeles promu au rang de nouveau paysage universel. Elle développe la thèse selon laquelle le paysage, langage et processus culturel lié à l’évolution des sociétés, traduit avant tout une relation collective à l’espace. L’auteur montre avec quelle duplicité ce paysage énonce le discours utopique de rapports socio-spatiaux harmonieux, alors qu’il menace en fait la durabilité de notre mode de développement.

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Le troisième essai analyse de quelle façon un projet artistique de création et d’exposition d’œuvres d’art contemporain (Artranspennine) met en scène une nouvelle région créée pour l’occasion en Angleterre, de Manchester à Hull. Il souligne combien, en retour, les œuvres d’art contribuent à qualifier les lieux, à les imprimer dans un imaginaire géographique propre à chaque individu.

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Au total, Denis Cosgrove livre une géographie culturelle et globale fort érudite, centrée sur l’évolution historique des idées, qui ouvre nombre de pistes à la discipline. D’aucuns la trouveront un peu trop cérébrale, trop distante des pratiques sociales qui structurent l’espace géographique. Mais comme l’auteur le dit lui-même : à chacun ses centres d’intérêt !

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Guy Di Méo

Landy F. Un milliard d’hommes à nourrir ? Grain, territoire et politiques en Inde Paris, Belin, 2006, 270 p.

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Nourrir un milliard d’hommes : le défi indien

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Depuis la grande famine de 1943 au Bengale, la question alimentaire est au centre des politiques indiennes. Un nombre considérable d’études lui a été consacré. Frédéric Landy se propose d’en renouveler l’approche en privilégiant une dimension jusqu’alors négligée, la dimension spatiale. Le sous-titre de son ouvrage en fixe le cadre en mettant en exergue l’articulation entre « grain, territoire et politiques ». Son originalité réside en effet dans une analyse géographique du système alimentaire indien, focalisée sur les céréales principales, riz et blé, et sur les politiques publiques mises en œuvre pour garantir la sécurité alimentaire sur l’ensemble du territoire national. Ainsi balisée, l’entreprise n’en demeure pas moins ambitieuse et il faut toute la connaissance du monde indien acquise par l’auteur pour maîtriser une question fort complexe où les rouages économiques sont indissociables des pratiques sociales et politiques et des représentations symboliques.

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Dans un texte serré organisé en quatre parties et abondamment illustré par une cartographie de qualité, claire, précise, signifiante, l’auteur construit une argumentation rigoureuse. Il rappelle comment, grâce à la révolution verte et à l’irrigation, l’Inde est devenue exportatrice nette de céréales, tout en soulignant le paradoxe de la persistance d’une masse de mal nourris estimée à un tiers de la population. Toutefois, la politique de procurement, a permis à l’État d’intervenir dans la commercialisation des grains afin d’écarter les risques de famine tout en limitant la spéculation. La constitution de stocks importants et l’organisation de la distribution sur l’ensemble du territoire, depuis les régions productrices excédentaires (le grenier du Pendjab) vers les espaces déficitaires, ont fait de l’État le pivot de la politique alimentaire.

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Frédéric Landy démonte les mécanismes de la lourde machine mise en place pour atteindre ces objectifs en montrant comment les acteurs institutionnels ont intérêt à conserver un système favorisant une corruption dont ils sont les bénéficiaires. Il s’interroge sur les raisons du maintien de cet interventionnisme d’État, de plus en plus ouvertement critiqué pour son coût et sa faible efficacité sociale dans une Inde désormais largement acquise au libéralisme économique. Parmi celles-ci, au-delà des intérêts catégoriels et de ceux des chemins de fer qui assurent l’essentiel du transport des céréales, figure une conception du territoire national qui, selon l’auteur, renverrait à une représentation spatiale de l’hindouisme nécessitant de relier les différentes composantes du pays aux points cardinaux.

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On le voit, le projet de Frédéric Landy va bien au-delà des analyses habituelles de la question alimentaire en Inde. La quatrième partie de l’ouvrage, « un territoire national à quadriller » ouvre la réflexion sur les problématiques de l’aménagement du territoire et de l’identité de la nation. L’auteur montre comment ceux-ci participent d’une politique d’intégration nationale, d’un sous-continent d’un milliard d’hommes dont l’hindouisme constitue le principal facteur d’unité (mais quid de l’islam ?). Les flux de céréales participent d’une dynamique d’unification du territoire, les réseaux de communication pouvant se lire comme l’expression symbolique de la figure centrale du chakra, la roue, symbole national de l’Inde.

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Roland Pourtier

Loiseaux O. (dir.) Trésors photographiques de la Société de Géographie Bibliothèque Nationale de France/Glénat, 2006, 239 p.

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La Société de Géographie dévoile ses trésors photographiques

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On savait la Société de Géographie de Paris riche de ses collections photographiques. Mais celles-ci, conservées à la Bibliothèque Nationale de France, restaient quelque peu confidentielles, ou seulement consultées par des chercheurs en quête d’illustration de leurs travaux personnels. L’ouvrage qui vient de paraître dans la collection « Les albums de la Société de Géographie » contribuera à les faire connaître, d’autant plus que sa publication se double de l’exposition présentée par la BNF à l’automne 2007, « Les trésors photographiques de la Société de Géographie ». Les 254 photographies sélectionnées illustrent la richesse et la diversité d’un fonds officiellement créé en 1861 et qui compte aujourd’hui près de 100 000 photographies sur papier et 43 000 plaques de verre.

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L’intérêt de ce fonds, on s’en doute, ne concerne pas le présent dont chaque instant et chaque lieu croulent sous un tsunami d’images, mais ces temps des débuts où chaque cliché était un exploit technique et un témoignage unique. Entre le Savorgnan de Brazza de Nadar qui ouvre la galerie de portraits et les Enfants du roi de Bali de Kinsbergen qui la clôt, on mesure à quel point les photographies sont une composition, une mise en scène où l’esthétique participe de la représentation. La sélection iconographique couvrant la période 1860-1900 qui constitue le corps de l’ouvrage informe en effet sur la représentation du monde vu par des voyageurs photographes dans une séquence de l’histoire humaine alors dominée par l’Europe et sa double aventure technologique et coloniale.

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Parmi les photographies sélectionnées un grand nombre relèvent du champ ethnographique. L’anthropologie physique alors en vogue dans le contexte scientiste de classification des races et le goût du pittoresque et des « exhibitions ethnographiques » sont mis en exergue. Ce que donnent à voir les photographies c’est en premier lieu l’extraordinaire diversité des hommes et de leurs œuvres inventoriés et mis en image par des occidentaux. L’ouvrage entraîne le lecteur-spectateur dans un tour du monde de l’exotisme, la photographie métamorphosant l’instant en durée comme pour mieux restituer l’étrangeté des ailleurs et des temps révolus. Les monuments des mondes non européens sont aussi à l’honneur, temples indiens, ruines d’Angkor ou du Mexique précolombien, la photo devenant l’auxiliaire de l’archéologie autant que l’illustration d’un carnet de voyage. Un autre registre constitue une ode aux prouesses techniques des sociétés européennes à l’ère de la machine à vapeur, des ouvrages d’art métalliques et du percement des canaux transocéaniques. Les paysages naturels, plus rares, sacrifient au spectaculaire, comme le canyon du Colorado ; de même pour les phénomènes naturels paroxysmiques telle que l’éruption du Krakatau. Au total, les photographies rassemblées dans cet ouvrage réalisé sous la direction d’Olivier Loiseaux, bien légendées et accompagnées de textes brefs mais de bonne facture, outre qu’elles sont un riche témoignage sur une époque déjà éloignée et sur le regard que des Européens et Nord-Américains portaient sur les Autres, annoncent l’entrée dans l’ère du visuel. Enfin, elles soulignent l’ancienneté des liens qu’entretiennent géographie et photographie et la grande utilité de cette dernière pour le déchiffrement du monde comme pour la constitution d’archives.

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Roland Pourtier

Lussault M. L’homme spatial. La construction sociale de l’espace humain Paris, Seuil, coll. La couleur des idées, 2007, 366 p.

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Une théorie stimulante de la dimension spatiale des sociétés

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Ce livre théorise le rôle essentiel de l’espace (partie 1) et de la spatialité (partie 2) en tant que contenus substantiels et que médiations des identités et des rapports sociaux : les acteurs agissent avec (et non sur) l’espace, écrit Michel Lussault. Conceptualiser l’espace et la spatialité revient, pour lui, à se donner les moyens de comprendre « les modalités de constitution des réalités sociales actuelles », de conférer aux faits sociaux un « régime de visibilité ». L’édifice proposé repose sur deux hypothèses fondamentales : « l’homme est un animal spatial » qui habite l’espace au sens phénoménologique ; les grandes mutations de notre temps se cernent mieux quand on les observe à travers le prisme de l’espace géographique.

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Pour Lussault, l’espace n’est autre que l’ensemble des phénomènes sociaux régulant les relations de distance entre les réalités terrestres. Sa production résulte de l’action d’actants (individus, organisations, territoires, voire virus et catastrophes qualifiés de « quasi-personnages » — prenons garde à ces délégations de sens aux éléments et aux objets ! —) et d’acteurs plus strictement humains. La métrique est la manière d’évaluer cette distance, alors que l’échelle définit la taille d’un espace particulier. L’espace se caractérise également par sa substance, c’est-à-dire ses composantes non spatiales : sociales, culturelles, politiques, économiques, etc. Il se décline au final en trois « espèces » : le lieu, l’aire, le réseau. Quant à la spatialité, il s’agit, selon Lussault, de l’ensemble des usages de l’espace par les opérateurs sociaux. C’est aussi un postulat selon lequel « tout objet de société posséderait une dimension spatiale ». Pour chaque acteur, elle articule l’ensemble des échelles, des métriques et des substances de l’espace. L’auteur décrit le monde géographique à l’image de l’écume, comme une juxtaposition systémique et ouverte d’éléments non hiérarchisés.

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Ce qui séduit dans ce texte, c’est à mon sens deux choses. D’une part, la production sociale de l’espace, ses enjeux et ses conflits y sont décrits dans une optique de luttes de « placement » des hommes et des groupes. Lutte qui crée, pour chacun, des « capitaux spatiaux » différents. L’affirmation d’une substitution de ce phénomène à la lutte des classes me paraît, en revanche, moins convaincante. D’autre part, il confère à l’image, au langage et au récit un rôle performatif, la capacité de concrétiser l’action sociale par sa spatialisation.

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La troisième partie laisse le lecteur plus perplexe. On s’attendait à une théorie générale de l’urbain ; elle n’est qu’esquissée et de façon un peu moins novatrice qu’on ne s’y attendait. Malgré un gros effort de conceptualisation (quinze propositions pour une théorie de l’urbain), certaines d’entre elles restent floues (indicateur d’urbanité) ou incantatoires (urbanisme pragmatique).

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Au total, M. Lussault fait œuvre magistrale avec ce livre. Dernier regret, il oublie, dans sa bibliographie, l’effort de rénovation des concepts de la géographie accompli depuis quarante ans ; travail dont il tire pourtant parti avec brio.

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Guy Di Méo

Mager C. Hip Hop, Musik und die Artikulation von Geographie Stuttgart, Franz Steiner Verlag, coll. Sozialgeographische Bibliothek, n° 8, 2007, 315 p.

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Rap et espace urbain

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Cet ouvrage de géographie culturelle, rédigé par un jeune enseignant-chercheur allemand rattaché à l’université de Heidelberg, porte sur un sujet original : l’articulation entre le hip hop et la géographie. Sur la base, d’une part, d’une étude minutieuse du développement du hip hop (ou rap) aux États-Unis, d’autre part, de sa diffusion en Allemagne, l’auteur démontre de manière dialectique que le rap et l’espace urbain sont intimement liés. L’une des thèses centrales du livre est en effet la suivante : le rap est un reflet de l’espace — où il s’élabore — en même temps qu’il le produit. En outre, le rap fabrique ses propres figures rhétoriques spatiales : la ville, la rue, le ghetto, le quartier (neighborhood), enfin la nation. Ainsi, c’est à travers ces paradigmes à la fois géographiques et politiques qu’un rappeur américain s’identifie et affirme son identité. Il se dira par exemple originaire de telle rue du quartier/ghetto de South Bronx à New York, et revendiquera haut et fort son appartenance socio-géographique face aux rivaux d’autres quartiers ou de la « West coast », tout en se reconnaissant dans une « nation rap » noire-américaine. L’auteur montre que l’épicentre du rap américain a été le quartier du Bronx et sa capitale New York, avant que le genre essaime dans les autres villes de la côte Est puis sur la côte Ouest des États-Unis au cours des années 1980. Au tournant des années 1980 et 1990, le phénomène touche l’Europe. Ce qui fait la force du rap, c’est d’être à la fois une musique très localisée et universelle. Le rap américain décrit la situation locale de tel ou tel ghetto mais on y retrouve toujours les mêmes éléments : pauvreté, violence, gangs, bâti dégradé, ségrégation socio-raciale.

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On appréciera la lecture nuancée que fait l’auteur de la notion de « ghetto ». Le ghetto où naît le rap est, certes, le lieu de tous les rejets de la société, mais aussi un lieu-ressource qui offre non seulement de nombreux contacts (des amis qui prêtent main-forte jusqu’à l’indispensable cercle de fans), mais aussi l’infrastructure technologique de base ainsi que les bâtiments nécessaires (salle de répétition, studio d’enregistrement).

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Sur un plan plus formel, l’ouvrage est divisé en trois parties. Dans une première partie théorique, l’auteur replace son objet de recherches dans le champ des cultural studies anglo-saxonnes, notamment dans le contexte du « cultural turn » des années 1980 qui voit émerger l’intérêt pour les cultures populaires. Tandis que la deuxième partie se consacre au développement du hip hop dans l’espace et dans le temps, la troisième partie examine, de manière plus originale, le traitement de l’espace (urbain) et du temps dans les textes de rap. La bibliographie anglo-saxonne est extrêmement riche. En revanche, l’indigence des illustrations est criticable. L’ouvrage présente très peu de cartes (4) et de graphiques (3), et malheureusement aucune photo. L’auteur est visiblement beaucoup plus à l’aise dans l’analyse des textes de rap que dans le maniement des outils graphiques et cartographiques. Au total, il s’agit d’un ouvrage éclairant de manière satisfaisante un phénomène culturel actuel, mais qui n’évite pas quelques biais méthodologiques. Ainsi, l’étude du rap américain repose sur des sources de seconde main ainsi que sur l’analyse textuelle des chansons, tandis que celle du rap allemand repose sur des sources de première main (entretiens, mais pourquoi s’être limité à douze au total ?).

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Boris Grésillon

Maignant C. (dir.) Le Tigre celtique en question. L’Irlande contemporaine : économie, État, société Caen, Presses Universitaires de Caen, 2007, 200 p.

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L’Irlande à l’heure de la mondialisation

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Over thirty years ago, I was required to write a short chapter on the apparent “underdevelopment” of the Republic of Ireland. I presented what I had been taught by an eminent Irish geographer, paying due attention to emigration, low average incomes, strong reliance on agriculture, restricted industrialization, limited impact of higher education, and continuing influence of Roman Catholicism. Subsequently, I supervised an Irish doctoral student (now a senior academic in Ireland) and, over a number of years, acted as external examiner for Geography in each university in the Republic, also sitting on many juries for doctoral examinations on Irish topics. All that experience demonstrated, before my own eyes, how the Irish economy was not only being transformed but was also growing at a very rapid rate associated with entry into the European Community. The nation was urbanizing, house prices were rising fast, commuting was becoming a nightmare, university education was expanding, and Dublin was becoming an important financial centre on the European scene. Young Irish people were paying less attention to the teaching of the Church and the nation was becoming diverse socially. The long trend of emigration went into reverse as émigrés returned from Britain and the USA, European workers moved to take advantage of opportunities in Ireland (latterly East Europeans), and asylum seekers also brought new features — and challenges — to national life and identity. Thus, the vibrant economy of the Republic of Ireland came to be known as the “Celtic Tiger”, echoing the success of “tiger economies” in eastern Asia.

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The present collection of essays, compiled from the Centre d’Études Irlandaises at the Université Charles de Gaulle-Lille III, summarizes a range of themes relating to that success and briefly echoes widespread public concern by asking whether it will continue so prominently in the years ahead. Of the eleven chapters, four are by Irish scholars and are in English (most dating from 1999) and seven are by French researchers and are in French (most dating from 2002). They cluster under the broad headings of economy, globalization, and society, with particular attention being paid to refugees, asylum seekers and recent immigration. With eleven authors, two languages and a considerable span of time between writing and publication, there is a certain amount of overlap in argument and also a sense of the team delivering “recent history” rather than taking a prospective look toward the future. The overall impact of this useful collection would have been improved by a final chapter, perhaps by the editor, that traced how Ireland had in fact changed since 1999 or 2002, and examined what the prospects for the nation’s economy actually were when the book went to press early in 2007. Work by Irish geographers certainly figures in this book but it is remarkably lacking in spatial appreciation, a shortcoming that could have been rectified by a further additional chapter. It is a matter of regret that no mention is made of Irish Geography, the journal of the Geographical Society of Ireland, or of the important research articles that have been written by young Irish geographers about aspects of “the Celtic Tiger” phenomenon. Without doubt, this is a useful addition to the literature but its geographical message is remarkably muted.

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Hugh Clout

Rabe C. Unterstützungnetzwerke von Gründern wissensintensiver Unternehmen, zur Bedeutung des regionalen gründungsunter schutzenden Infrastrukur Heidelberg, Heft 122, 2007, 274 p.

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Soutien à la création d’entreprises : aides régionales et réseaux personnels

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Districts industriels, milieux innovateurs, clusters, économies de proximité, systèmes productifs locaux : autant de concepts issus de la science économique dont maints géographes et aménageurs se sont emparés depuis une trentaine d’années. Ces approches ne les satisfont pas pour autant. Dans l’explication du phénomène cluster quelle part revient à la sociologie, celle des réseaux interpersonnels favorisant la synergie et l’efficacité économique ? Quelle part est proprement géographique, tenant à la proximité, au partage d’une culture et de valeurs locales, au rôle d’institutions régionales ? Dans ses analyses sur le cas toulousain, Guy Jalabert, en géographe conséquent, avait déjà bien mis à jour la question.

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Le livre de Claudia Rabe lui apporte une réponse. L’ouvrage est issu d’une thèse de Doctorat de géographie soutenue à l’université d’Heidelberg en 2005. L’auteur a étudié les réseaux de soutien à la fondation d’ « entreprises de savoir » (logiciels, multimédia, enquêtes, traitement de données, recrutement, conseil, technologies médicales, etc.). Elle a procédé par entretiens auprès de 40 créateurs d’entreprise de la région de Karlsruhe. La recherche visait à savoir si les dispositifs mis en place localement à l’échelon régional pour aider à la création d’entreprises jouaient un rôle plus (ou moins) important que les réseaux de relations personnels (famille, amis…) des candidats entrepreneurs.

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La conclusion est claire : les soutiens mis en place par les acteurs institutionnels régionaux sont plus fréquemment sollicités que les réseaux personnels. Cependant, les enquêtés estiment que les contacts personnels ont finalement joué un rôle plus important dans le processus de création d’entreprise que l’infrastructure régionale. En d’autres termes, la contribution de la géographie et de l’aménagement au développement économique local doit être nettement relativisée.

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Bien que portant sur un autre terrain, dans un autre contexte et utilisant d’autres méthodes, l’étude de C. Rabe rejoint ainsi certaines conclusions de G. Jalabert.

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À partir de ses résultats, l’auteur du livre propose enfin une nouvelle organisation, plus efficace, des aides régionales à la création d’entreprises. Elle suggère en particulier de créer des agences régionales pour l’orientation des créateurs d’entreprises.

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Le livre est bien construit, clair et soigneusement illustré. On notera que la bibliographie, strictement limitée à des ouvrages en langues allemande et anglaise, ignore tout de la production française sur le sujet. Dans ce domaine comme dans d’autres, il est regrettable que la barrière de la langue soit aussi un obstacle à la mise en rapport de travaux scientifiques pourtant complémentaires.

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Gabriel Dupuy

Titres recensés

  1. ❑ Calas B. (dir.) De Dar es Salaam à Bongoland. Mutations urbaines en Tanzanie Paris, Karthala, 2006, 389 p., 16 planches.
  2. ❑ Cosgrove D. Geographical imagination and the authority of images Stuttgart, Franz Steiner Verlag, coll. Hettner-Lecture, 2006, 102 p.
  3. ❑ Landy F. Un milliard d’hommes à nourrir ? Grain, territoire et politiques en Inde Paris, Belin, 2006, 270 p.
  4. ❑ Loiseaux O. (dir.) Trésors photographiques de la Société de Géographie Bibliothèque Nationale de France/Glénat, 2006, 239 p.
  5. ❑ Lussault M. L’homme spatial. La construction sociale de l’espace humain Paris, Seuil, coll. La couleur des idées, 2007, 366 p.
  6. ❑ Mager C. Hip Hop, Musik und die Artikulation von Geographie Stuttgart, Franz Steiner Verlag, coll. Sozialgeographische Bibliothek, n° 8, 2007, 315 p.
  7. ❑ Maignant C. (dir.) Le Tigre celtique en question. L’Irlande contemporaine : économie, État, société Caen, Presses Universitaires de Caen, 2007, 200 p.
  8. ❑ Rabe C. Unterstützungnetzwerke von Gründern wissensintensiver Unternehmen, zur Bedeutung des regionalen gründungsunter schutzenden Infrastrukur Heidelberg, Heft 122, 2007, 274 p.

Pour citer cet article

« Comptes rendus  », Annales de géographie 4/ 2008 (n° 662), p. 105-112
URL : www.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2008-4-page-105.htm.
DOI : 10.3917/ag.662.0105

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