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Annales de Normandie

2010/1 (60e année)


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L’apparition de l’horlogerie mécanique à poids est une des grandes évolutions de l’histoire de la mesure du temps et des techniques. Les premières horloges apparaissent à l’extrême fin du xiie siècle pour se diffuser dans les villes d’Europe durant les siècles suivants [1][1] G. Dorhn-van Rossum, L’histoire de l’heure. L’horlogerie.... Qu’en est-il en France et plus précisément en Normandie ?

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Peu de travaux récents ont été produits sur le sujet, en dehors de celui de Gerhard Dohrn-van Rossum dans lequel la mesure du temps est étudiée depuis l’Antiquité jusqu’au xxe siècle. L’auteur y évoque la conception du temps, – c’est-à-dire sa division –, ou le temps perçu par les hommes. Ainsi, l’aspect technique de ces horloges, le contexte de leur mise en place ou les hommes qui en avaient la charge, sont peu étudiés dans cet ouvrage. Les éditions Tardy ont édité plusieurs livres sur l’horlogerie en général. Le Dictionnaire des horlogers français[2][2] Tardy, Dictionnaire des horlogers français, Paris,... permet de connaître quelques horlogers du Moyen Âge et parfois le lieu où ils intervenaient.

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Il n’existe pas d’étude technique portant sur les premières horloges de Normandie. Les horloges d’Évreux [3][3] Les paines et sallaires des Batisseurs de l’Orloge,... ou de Rouen [4][4] Ch. de Beaurepaire, « Les horloges et horlogers de... ont fait l’objet d’études historiques portant sur leur mise en place et les travailleurs ayant participé à la construction de leur tour. Le plus souvent les autres horloges ne sont que rapidement évoquées dans des ouvrages plus généraux, comme c’est le cas de Tancarville [5][5] J. Mesqui, Le château de Tancarville, Histoire et architecture,.... Dans certains ouvrages sur l’histoire des villes ou sur le Moyen Âge, des horloges sont parfois mentionnées. C’est le cas dans l’étude d’André et Sylvie Plaisse sur la ville d’Évreux [6][6] A. et S. Plaisse, La vie municipale à Évreux pendant... ou de celui de Lucien René Delsalle sur Rouen [7][7] L. R. Delsalle, Rouen et les Rouennais au temps de.... Des musées exposent également quelques pièces d’horlogerie comme le Musée des Arts et Métiers de Paris. Des expositions sur l’histoire de l’horlogerie des origines à nos jours sont mises en place [8][8] « L’heure du temps » à Rennes d’août à novembre 20... et des études plus spécifiques sur la Normandie ont également été produites. Deux catalogues ont ainsi été conçus pour Évreux. Le premier est une analyse des comptes concernant la construction de la tour de l’horloge au xve siècle et la transcription de certains d’entre eux [9][9] Les paines et sallaires des Batisseurs de l’Orloge,.... Le second concerne la ville d’Évreux et sa tour de l’horloge [10][10] 1497-1997 cinq millions…, op. cit.. Ce catalogue présente la construction de la tour, mais également les inscriptions présentes sur la cloche de l’horloge, la Louyse, fondue en 1406. Il résume de manière assez précise l’histoire de l’horloge d’Évreux pour laquelle il existe également une étude d’Alphonse Chassant [11][11] A. A. L. Chassant, Notice historique sur la tour de.... Pour les autres villes de Normandie, il s’agit souvent d’études anciennes. Pour Rouen, Eustache de La Quérière [12][12] E. de La Quérière, L’ancien Hôtel de Ville et la Grosse... a écrit un ouvrage dans lequel il retrace l’histoire du Gros-Horloge et de sa tour. Deux études ont été réalisées par Robert-Louis Hainaut [13][13] R.-L. Hainaut, Notice historique sur la Grosse-Horloge... à propos du Gros-Horloge depuis 1389 et qui donne une liste de ses gouverneurs depuis cette date, mais ne cite pas ses sources. Il a également écrit un court essai sur l’origine de l’horlogerie [14][14] R.-L. Hainaut, Recherches sur l’origine de l’horlogerie,.... Le mécanisme du Gros-Horloge est exposé dans le musée du même nom. Charles de Beaurepaire [15][15] Ch de Beaurepaire, « Les horloges et horlogers de Rouen »,... a écrit un article sur les horloges et les horlogers de Rouen. Du point de vue historiographique, aucune étude, même ancienne ne semble donc avoir été faite pour l’ensemble de la Normandie ou sur les personnes qui avaient la charge de ces horloges, leurs fonctions, leurs gages…

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Sur quelles sources se fonder pour cette étude ? Il existe un traité d’horlogerie du xive siècle portant sur la question technique et publié par Paul Zumthor en 1957 [16][16] P. Zumthor, « Un traité français d’horlogerie du xvie siècle »,.... En effet, le fonctionnement de chaque pièce d’une horloge y est décrit de manière détaillée. Ce texte a été découvert dans un recueil manuscrit factice de la Bibliothèque Vaticane (Latin 3127) et daterait de 1380 environ. Certaines sources médiévales font référence à l’horlogerie en général. Il s’agit notamment de sources narratives ayant été publiées comme L’orloge amoureus[17][17] J. Froissart, Le Paradis d’amour [suivi de] L’Orloge... de Jean Froissart (1337- après 1404), chroniqueur de la guerre de Cent Ans, rédigé en 1368. En 1389, Philippe de Mézières (1327-1405) fait également référence à l’horlogerie dans Le Songe du Vieil Pélerin[18][18] Ph. de Mézières, Songe du Vieil Pèlerin, G. W. Coopland.... Ces deux auteurs ne sont pas très précis pour ce qui est des questions techniques. Les autres sources sont essentiellement des sources non publiées, notamment des pièces comptables, laïques ou ecclésiastiques. Elles regroupent en général les recettes et les dépenses d’une ville ou d’une fabrique, la plupart des allusions aux horloges apparaissant dans les dépenses. Quelques sources iconographiques viennent compléter ce corpus, que ce soit d’un point de vue général avec une enluminure d’une des versions de l’Horloge de Sapience[19][19] Bibliothèque royale de Bruxelles, ms IV, 111, fol.... ou de la Normandie plus particulièrement, avec notamment la représentation du Gros-Horloge par Jacques Le Lieur [20][20] J. Le Lieur, Le livre des fontaines, Rouen, Éditions....

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Tout d’abord, nous ferons le point sur l’aspect technique du sujet, avant de présenter les horloges faisant l’objet de cette étude. Enfin, nous nous intéresserons aux personnes intervenant directement ou indirectement lors de l’installation de ces horloges et de leur entretien.

Aspects techniques des premières horloges

L’apparition de l’horlogerie mécanique à poids

L’horloge : étude des termes liés à l’horlogerie mécanique

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Le terme « horloge » vient du grec hôra, désignant toute division du temps, période, saison, heure, et de legein, « dire » [21][21] Grand Larousse de la langue française, Paris, Larousse,.... L’horloge est ainsi un objet « qui dit l’heure ». Dans les textes médiévaux en latin, le terme horologium désigne tout instrument de mesure du temps. Avec l’apparition des premières horloges mécaniques, le terme se fixe pour ne désigner que ces dernières. Les allusions aux poids ou contrepoids permettent généralement de s’assurer du type d’horloge dont il est question.

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Dans l’Orloge amoureus[22][22] J. Froissart, Le Paradis d’amour…, op. cit., O201-O220,..., Jean Froissart décrit de manière détaillée le fonctionnement d’une horloge et des éléments qui la composent [23][23] A. Désannaux, L’horlogerie mécanique à poids dans quelques.... L’auteur du traité d’horlogerie publié par Zumthor mentionne un contrepoids [24][24] P. Zumthor, « Un traité français d’horlogerie du xive.... Ce traité comporte deux parties distinctes, l’une en français (description d’une horloge astronomique [25][25] Voir la définition des termes techniques dans le g...), la seconde en latin (description d’une horloge mécanique à poids). La première est, au niveau technique, une horloge mécanique à poids améliorée pour permettre l’indication de la course du soleil ou de la lune et parfois de ces deux astres en même temps. Il existe donc des points communs entre ces deux types d’horloges, comme la présence du contrepoids ou le système de sonnerie par exemple. L’existence d’un cadran, indiquant les heures, peut aussi permettre de déterminer le type d’horloge dont il est question, mais les premières n’en possédaient pas toutes au moment de leur construction. Les sources utilisent le terme de « cadran », « cadren » ou encore « quadrant ».

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Le mot « horloge » n’apparaît pas toujours sous la même forme dans les sources : orloge, auloge, orgolle, orologe, oriloge…, mais rarement le terme actuel « horloge ». Ces variantes ne peuvent s’expliquer ni par un usage géographique, ni par une évolution du mot dans le temps pour la période étudiée. L’auteur du T utilise deux autres orthographes : « horoleige » et « horeloiges ». Les mêmes variantes touchent le terme d’ « horloger », avec « orlogier » ou « aulogier » pour les variantes les plus courantes. Dans T, l’auteur les qualifie de « fayseur d’horoleiges ».

Pourquoi les horloges mécaniques à poids ?

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Pourquoi les horloges mécaniques à poids sont-elles apparues et se sont-elles développées alors qu’il existait d’autres instruments de mesure du temps ? Les sources ne permettent pas de répondre directement à cette question, mais l’apparition de ce nouvel instrument de mesure du temps répond sans doute à un besoin : celui de mieux percevoir le temps à une époque où les métiers prennent une place de plus en plus importante dans les villes. La Normandie n’échappe pas à cette évolution et certaines de ses villes tiennent une place importante à l’échelle du royaume de France. C’est le cas de Rouen notamment. Auparavant, les repères temporels étaient moins nombreux et moins précis. Le soleil servait à rythmer la vie des villes et des campagnes et les heures canoniales marquaient la division du temps par les sept temps de prière. L’apparition de l’horlogerie mécanique répondait ainsi à un besoin de précision et de régularité. Il faut malgré tout noter que les heures égales semblent déjà exister avant cela. Elles correspondent à la division du jour en vingt-quatre parties de même durée, par opposition aux heures inégales, dont la durée dépendait de la journée de lumière, et donc du soleil. Ainsi, les heures du jour en été étaient plus longues que celles de la nuit, et, en hiver, ce schéma s’inversait. L’horlogerie mécanique a sans doute participé à la généralisation des heures égales. Elle permettait également de pallier les problèmes liés à l’utilisation des autres instruments de mesure du temps. Le cadran solaire était sans doute le plus utilisé et l’un des plus anciens. Tout comme les horloges dites « à feu » (mèches à nœuds équidistants, bougies graduées…), les sabliers ne permettaient de décompter qu’une période relativement courte. Les clepsydres semblaient être les plus fiables mais, l’eau s’évaporant en été ou gelant parfois en hiver, elles ne pouvaient pas non plus être précises tout au long de l’année. Elles pouvaient en revanche être utilisées de jour comme de nuit et certains modèles améliorés permettaient de renouveler la force motrice par un système de billes et de plateaux incurvés. L’horloge mécanique permettait de pallier ces problèmes, même si elle-même présentait aussi des inconvénients. En effet, ce système de mesure du temps n’était pas encore totalement au point, nécessitant la présence d’une personne l’entretenant jour et nuit.

Une origine inconnue

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Il est possible que des horloges en bois aient existé avant le xiiie siècle, mais il n’en reste aucune trace. Ni les sources, ni l’historiographie ne permettent de trancher : les historiens ayant écrit sur l’horlogerie mécanique à poids sont peu nombreux et leurs avis sont divisés à ce sujet. Certains avancent l’idée que l’inventeur de la première horloge mécanique à poids serait le moine Gerbert, devenu pape sous le nom de Sylvestre II au xe siècle, tandis que d’autres jugent cette hypothèse invraisemblable, avançant comme principal argument le fait que l’horlogerie ne se soit diffusée que trois siècles plus tard. Pour expliquer la naissance de l’hypothèse de Gerbert d’Aurillac comme inventeur de l’horlogerie, Emmanuel Poulle parle d’un « effet des contresens » qui voit son apogée au xixe siècle [26][26] O. Guyotjeannin, E. Poulle (dir.), Autour de Gerbert.... Nous pourrions ajouter qu’il ne semble y avoir aucune trace écrite de l’existence de l’horlogerie avant le xiiie siècle. C’est en effet à partir de cette période que les témoignages, bien que restant peu nombreux, se multiplient. Des témoignages antérieurs peuvent également avoir été perdus. Les seuls que nous ayons ne permettent pas de trancher sur le type d’instruments de mesure du temps auxquels ils font référence – clepsydres, sabliers ou horloges mécaniques à poids –, d’où la difficulté de dater précisément l’apparition de cette dernière. Les sources jusqu’à cette période utilisaient en effet « horologium ». D’une manière générale, comme toute invention, elle provient sans doute de tâtonnements successifs qui semblent avoir abouti à la fin du xiiie siècle en Europe.

Le fonctionnement des horloges mécaniques à poids

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L’horloge mécanique à poids doit son apparition à l’utilisation d’une nouvelle force motrice, le poids et d’un moyen de réguler cette force, le foliot.

La pièce maîtresse : le foliot et ce qu’il régule

Échappement à foliot (* roue du foliot dans T), d’après un schéma tiré de : G. Dorhn-van Rossum, L’histoire de l’heure…, op. cit.

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La force motrice d’un instrument de mesure du temps permet son fonctionnement et le régule. Les premières horloges mécaniques à poids fonctionnaient grâce au foliot. Son origine reste inconnue. Jean Froissart est l’un des premiers à utiliser ce terme dans la description du fonctionnement d’une horloge dans L’Orloge amoureus[27][27] J. Froissart, Le Paradis d’amour…, op. cit., O201-.... L’utilisation du poids nécessitait de pouvoir en réguler la chute, d’où l’invention de l’échappement, pièce indispensable au fonctionnement des premières horloges mécaniques à poids.

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Dans ces vers, Froissart décrit à la fois la force motrice qu’est le poids, mais également le moyen de la réguler [28][28] Ibid. : « plonc ».. Un poids entraîne un barillet, roue qui pourrait être comparée à une poulie sur laquelle glisse la corde. Le poids est fixé d’un côté de la corde et un contrepoids plus léger l’est à l’autre extrémité afin d’éviter qu’elle ne glisse, ce qui empêcherait le poids de remplir sa fonction. Les horloges de grande taille ne possédaient sans doute pas de contrepoids, la corde étant fixée sur le barillet. En effet, le remontage d’une horloge avec poids et contrepoids se fait par traction manuelle sur la corde pour faire redescendre le contrepoids, or cette opération s’avère impossible pour les horloges de grande taille qui possèdent des poids pesant très lourds. La corde fixée sur le barillet s’enroulait autour de lui lors du remontage réalisé à l’aide d’une manivelle. Le poids entraîne les rouages dont le mouvement est régulé par les oscillations du foliot. Ce dernier se compose d’une barre verticale appelée verge possédant deux palettes. Le fléau est perpendiculaire à la verge qu’il met en mouvement. Il est composé de deux régules (poids). Par le mouvement de la verge, les deux palettes entrent en contact avec la roue de rencontre, chacune leur tour, dans un sens puis dans l’autre, laissant échapper (d’où le nom d’échappement) les dents de cette roue de rencontre une par une. Froissart mentionne ces oscillations par le vers « Un heurt a destre et puis l’autre a senestre », T utilisant le terme de « cops », c’est-à-dire « coups ». Les régules servent à réguler les oscillations. L’auteur de T indique le nombre de dents que doit posséder la roue de rencontre. Il est variable, mais doit toujours être impair pour assurer le bon fonctionnement du foliot [29][29] T, p. 132, l. 7-11 : « […] Et est assavoir que en ladite.... Ce terme semble venir de fol, « fou » à cause de ce mouvement de va-et-vient. Froissart fait référence à cinq roues dont deux pour le mouvement, c’est-à-dire pour le fonctionnement de l’horloge. Le barillet devait donc être régulé directement par le foliot et la roue de rencontre. Il en est de même dans T. En effet, dans la partie latine du T sur une horloge mécanique « simple », une horloge à sept roues [30][30] T : « In horologio sont septem rote ». est décrite. Cette partie fait référence à deux roues pour le mouvement, dont la « roue du mouvement », située à l’arrière du barillet [31][31] J. Froissart, Le Paradis d’amour…, op. cit., O201-.... Elle effectue un tour par heure. La seconde est la roue de rencontre. Une troisième met l’aiguille en mouvement. L’horloge décrite possède donc un cadran. Les quatre dernières roues sont les roues de sonnerie. Nous les retrouvons dans la partie en français du T.

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La description d’une horloge mécanique constitue également un passage du Songe du Vieil Pélerin de Philippe de Mézières (1327-1405), écrit à l’adresse du jeune Charles VI vers 1388 [32][32] P. de Mézières, Songe du Vieil Pèlerin, op. cit., livre.... Il cherche à persuader celui-ci de réformer le royaume. Dans cette œuvre, deux passages concernent l’horlogerie. Le premier passage est une description détaillée d’une horloge et le second fait référence à un dénommé Jehan de Dons, un horloger que Philippe de Mézières semble connaître personnellement. Il s’agit de Jean de Dondis, un Italien ayant fabriqué une horloge astronomique au milieu du xive siècle [33][33] Jean de Dondis a écrit un traité très complet, décrivant.... Jean Froissart et Philippe de Mézières décrivent le même type d’échappement, dit « à foliot » ou « à roue de rencontre ».

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Les sources iconographiques peuvent aussi être utilisées. Une traduction française du manuscrit d’Henri de Berg (v. 1300-1366) comporte une remarquable enluminure intitulée l’Horloge de Sapience[34][34] Bibliothèque royale de Bruxelles, ms IV, 111, fol..... Elle représente la déesse Sapience accompagnée de différents attributs dont des horloges à poids. Cette enluminure date de 1450. Sapience y est entourée de deux horloges monumentales. Celle de droite semble être une horloge ayant déjà cette roue intermédiaire puisqu’elle possède quatre roues et comporte une sonnerie.

Les systèmes de sonnerie

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Les premières horloges acquièrent rapidement le but d’indiquer les heures de façon sonore. C’est l’hypothèse avancée par Gerhard Dohrn-van Rossum [35][35] G. Dorhn-Van Rossum, L’histoire de l’heure…, op. cit.,... et que semble approuver Emmanuel Poulle [36][36] E. Poulle, « La mesure du temps et son histoire »,.... Selon le premier, le dispositif de sonnerie des premières horloges serait un dérivé de celui des clepsydres, ce qui est tout à fait possible, mais ne peut être vérifié. Il est difficile de connaître dans le détail le dispositif de sonnerie des premières horloges. Froissart en décrit un, permettant d’avancer quelques hypothèses à ce sujet [37][37] J. Froissart, Le Paradis d’amour…, op. cit., O347 à.... Il mentionne l’avantage qu’il représente : « Pour les heures monstrer plus clerement ». Parmi les premières horloges, certaines ne sonnaient qu’un seul coup par heure, ne permettant pas de distinguer les différentes heures du jour ou de la nuit. C’est le cas sans doute des premiers réveils monastiques, qui ne servaient qu’à réveiller le moine chargé de sonner les heures de prières manuellement. C’est sans doute le cas également de l’horloge décrite par Froissart. Les comptes de l’église paroissiale de Saint-Lô de Rouen mentionnent ainsi pour l’année 1495 la réparation d’un réveil [38][38] Ch. de Beaurepaire, « Les horloges et horlogers de.... Faire sonner une horloge avec le nombre de coups correspondant à l’heure est assez complexe et les premières ne disposaient sans doute pas d’un tel système. Les chevilles en étaient un plus simple qui permettait à l’horloge de sonner toutes les heures.

Les évolutions de l’horlogerie

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L’évolution de l’horlogerie est difficile à aborder pour le Moyen Âge, car peu de descriptions de la technique horlogère ont été faites ou conservées. Le traité du xive siècle est le seul texte technique connu pour la période. Les évolutions techniques ne peuvent donc être étudiées que par des exemples ponctuels.

Les évolutions de l’échappement : le ressort-moteur et le pendule

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L’apparition du ressort-moteur semble être la première avancée majeure dans l’histoire de l’horlogerie mécanique, après l’invention du foliot. Celle-ci daterait des premières années du xve siècle. Sur l’enluminure française du manuscrit d’Henri de Berg, différents instruments de mesure du temps sont représentés sur la table, à droite : c’est l’objet cylindrique du premier plan qui nous intéresse [39][39] Bibliothèque royale de Bruxelles, ms IV, 111, fol..... Il semble en effet qu’il s’agisse d’une horloge mécanique miniaturisée. De plus petites existent déjà en 1479 [40][40] Sandro Botticelli, Saint Augustin dans sa cellule,.... Celle représentée dans l’Horloge de Sapience ne possède pas de poids, ce qui atteste l’existence du ressort-moteur en 1450. La plus ancienne horloge avec ressort-moteur à nous être parvenue est une italienne de la fin du xve siècle [41][41] Tardy, La pendule française, t. 3, Les Provinces françaises..... Le ressort-moteur constitue une nouvelle force motrice qui remplace le poids moteur et permet la miniaturisation des horloges et leur transport [42][42] S. Lenormand et alii, Nouveau Manuel complet de l’Horloger,.... C’est une lame métallique enroulée sur elle-même, en spirale, logée dans une boîte cylindrique, appelée également « barillet ». Il s’accompagne d’un dispositif permettant son remontage, ajouté au barillet et composé d’un rochet, d’un cliquet et d’un ressort de cliquet. Le remontage se fait par l’intermédiaire du carré du même nom situé à une des extrémités de l’arbre du barillet. Ce dispositif permet le remontage du ressort en faisant en sorte que celui-ci ne se détende pas au fur et à mesure que l’on tourne la clé. En effet, lors du remontage, le cliquet passe d’une dent du rochet à l’autre, bloquant ainsi la détente du ressort. Pour que la marche de l’horloge soit régulière, la force transmise au rouage doit être constante. L’apparition de cette nouvelle force motrice semble avoir été accompagnée ou suivie de peu par la création d’un nouveau système de régulation, le foliot n’étant en effet pas bien adapté pour celle du ressort-moteur. Ce régulateur a pris le nom de fusée, pièce conique sur laquelle s’enroule une chaîne ou une corde et qui sert à transmettre la force du ressort au rouage. C’est la forme conique de la fusée qui permet de réguler la force transmise par le ressort. En effet, au début de la détente, la force du ressort est plus forte que lorsque celui-ci est en fin de détente. Cette perte de puissance doit être compensée afin que la force transmise au rouage soit constante. La fusée remplit cette fonction puisque plus le ressort se détend, plus le diamètre de celle-ci augmente.

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L’invention du pendule, plus tardive, est attribuée à Galilée (1564-1642), mais son adaptation à l’horlogerie est due à Christiaan Huygens (1629-1695). C’est la dernière évolution notable dans l’histoire de l’horlogerie mécanique à poids. Le pendule est un système de régulation de la force motrice des horloges. Il remplace ainsi le foliot et a l’avantage d’apporter plus de précision que celui-ci. Il est peu à peu adapté aux horloges déjà existantes : il ne nécessite en effet pas de modifications notables du mécanisme. L’adaptation du pendule à l’horlogerie est datée de 1657.

L’évolution de la sonnerie : la roue de compte

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L’évolution du mécanisme de sonnerie est elle aussi difficile à étudier. Les sources normandes sont le plus souvent muettes à ce sujet. Les conclusions concernant l’évolution des mécanismes de sonnerie sont hypothétiques, même si le traité d’horlogerie de xive siècle comporte quelques éléments techniques. L’observation du Gros-Horloge [43][43] A. Désannaux, L’horlogerie mécanique à poids…, op. cit.,..., actuellement conservé au musée du même nom à Rouen, apporte également des éclaircissements sur les sonneries des demis et des quarts d’heure. La position des pièces principales du mécanisme est antérieure à 1657. Il est étonnant que les sources ne fassent pas cas d’une horloge jugée si remarquable. Pour expliquer cela, nous pouvons émettre deux hypothèses. La première serait de dire que la sonnerie du Gros-Horloge n’est pas celle d’origine, mais ce serait aller à l’encontre d’une grande partie de l’historiographie à ce sujet et de l’observation du mécanisme. La seconde hypothèse, plus probable, serait de conclure que d’un point de vue global, les sources normandes font peu état de l’aspect technique des horloges. Le caractère exceptionnel de la sonnerie du Gros-Horloge serait donc ainsi passé inaperçu dans les sources qui ne nous révèlent que ce qui semblait important aux gens de l’époque : le paiement de la charge de l’homme qui avait la garde de l’horloge. En effet, les sources décrivent de manière très partielle la charge de l’horloger, ainsi que l’aspect technique de l’horloge concernée.

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C’est en combinant les descriptions présentes dans T et l’observation du mécanisme du Gros-Horloge que nous pouvons essayer de comprendre l’évolution technique de la sonnerie par comparaison avec la description qu’en fait Froissart. Les horloges actuelles serviront à éclairer certains points présentés dans cette partie, notamment une horloge lanterne datant de la première moitié du xviiie siècle signée de Jean-Baptiste Duchesne, horloger à Paris, attestée sur une horloge de cuivre de 1733 [44][44] Tardy, Dictionnaire des horlogers français, op. cit..... Le Gros-Horloge est doté de deux roues de compte. L’une d’elle sert à la sonnerie des heures, l’autre à la sonnerie des demi-heures et des quarts. Ce dispositif est plus complexe que le système de roue à chevilles décrit par Froissart, mais permet de distinguer les différentes heures du jour par le nombre de coups par heure. C’est ce que décrit l’auteur du T avec la « roue des heures » [45][45] T, p. 126, l. 128-129 : « […] quando clencha in ea.... En revanche, cette horloge ne sonne ni les demi-heures, ni les quarts. L’auteur nomme quatre roues de sonnerie dans la partie latine, mais nous les retrouvons dans la partie rédigée en français [46][46] T, p. 126-127, l. 126-134.. Dans celle-ci, il décrit deux systèmes de sonnerie, l’un à quatre roues, l’autre à trois roues. Ces deux systèmes sont sensiblement les mêmes. Le premier possède quatre roues simples, le second en possède deux simples et une formée de deux roues couplées ensemble [47][47] C’est ce dispositif de double roue qui est employé.... La quatrième roue évoquée dans la partie latine déclenche la détente des marteaux par un système de chevilles, c’est-à-dire qu’elle les soulève avant de les laisser retomber pour qu’ils frappent les cloches. La cinquième semble être la roue de compte, appelée roue des heures. Elle détermine le nombre de coups frappés à chaque heure. La sixième roue est sans doute une roue intermédiaire entre le barillet et le volant de sonnerie. Elle freine le déroulement du rouage de sonnerie. Quant à la « roue de l’arrest », la septième, l’auteur du T dit qu’elle possède une seule « dent », qui serait plutôt une cheville permettant d’empêcher l’horloge de sonner continuellement. Dans la partie française du T, il s’agit de la « roe des heures » (la cinquième roue), la roue « de la sonnerie » (la quatrième roue), « la roue de l’esvantail » (la sixième roue) et la « roue de l’arrest » (la septième roue). Il est remarquable de constater que ce vocabulaire est resté le même jusqu’à nos jours. Sur les pendules dites de Paris, dont le mécanisme est sensiblement le même que celui que possédaient les horloges à l’époque de Louis XIV, ces quatre roues existent toujours et remplissent les mêmes fonctions. La roue de compte permet également de distinguer les différentes sonneries des quarts. Elle comporte des entailles à intervalles irréguliers. Il existe des roues de compte pour les heures, les demi-heures et les quarts. L’heure et la demi-heure comportent parfois la même roue de compte, mais pour le Gros-Horloge, les sonneries des demi-heures et des quarts sont couplées. Un système de chevilles liées au rouage des heures devait commander son déclenchement. La roue de compte des heures comporte onze entailles. Un « palpeur » (partie en contact avec la roue de compte), se trouvant dans une entaille, est relevé pour sortir de celle-ci, puis glisse le long de la roue de compte jusqu’à atteindre une seconde entaille : c’est pendant ce laps de temps que l’horloge sonne. Plus l’intervalle entre deux entailles est important, plus l’horloge sonne de coups. La roue de compte des heures ne comporte que onze entailles car la première heure sonne dans la première entaille, plus grande que les autres qui sont, quant à elles, de taille égale. Cette différence est bien visible par l’observation de la roue de compte du Gros-Horloge.

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C’est le mouvement qui déclenche le dispositif de sonnerie par un système de chevilles et de bascules. Durant le passage du palpeur sur une partie haute de la roue de compte, la sonnerie se met en marche. Son fonctionnement concorde avec deux autres roues, l’une comptant deux chevilles de déclenchement pour les heures, l’autre comportant plusieurs chevilles qui arment les marteaux. Le nombre de chevilles entrant en contact avec le marteau dépend du nombre de coups que l’horloge doit sonner et donc de l’intervalle entre deux entailles de la roue de compte. L’auteur du T semble faire référence à un système identique lorsqu’il décrit la cinquième roue [48][48] T, p. 126-127, l. 128-131.. La roue de compte des heures du Gros-Horloge correspond à sa description. Le mécanisme du Gros-Horloge et le T ne permettent pas d’en savoir plus sur la technique horlogère du Moyen Âge.

Les premières horloges de Normandie

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L’installation des premières horloges mécaniques à poids obéissait à un certain nombre de contraintes. Leur mécanisme devait être placé à une hauteur suffisante pour que la chute des poids, c’est-à-dire le déroulement de la corde autour du barillet, s’effectue sans encombre. Plus la hauteur est importante, plus longtemps l’horloge fonctionne. Les premières horloges étaient ainsi installées dans des tours déjà existantes ou spécialement construites pour elles. Trois vagues d’implantations successives semblent se détacher. La première se produit à la fin du xive siècle avec le Gros-Horloge de Rouen et l’horloge d’Évreux. La seconde a lieu dans la première moitié du xve siècle avec quelques horloges de Rouen, l’horloge d’Argentan, ainsi que celles de Lisieux et d’Alençon. La troisième vague débute vers le milieu du xve siècle et se poursuit au début du siècle suivant avec les horloges de Tancarville, Pont-Audemer, Harfleur, Pont-l’Évêque, Elbeuf et Crévecœur [49][49] Certaines horloges ne sont qu’évoquées. Se reporter....

Deux horloges de la fin du xive siècle : le Gros-Horloge de Rouen et l’horloge d’Évreux

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Les deux premières horloges mentionnées dans les sources normandes sont prises en charge par les villes dans lesquelles elles sont implantées. Chacune d’elle est dotée d’une tour spécialement conçue pour l’accueillir.

Le Gros-Horloge de Rouen et son beffroi (1389)

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Les archives portant sur le Gros-Horloge de Rouen sont assez lacunaires. Les sources faisant référence à l’horloge sont les comptes de la ville d’une part et les délibérations de Rouen d’autre part, ce qui permet d’étudier l’histoire de l’horloge entre 1389 [50][50] Arch. mun. Rouen, Bibliothèque municipale (BM), ms... et 1516 [51][51] Ibid., BM, ms A11, fol. 68 r..

Les horloges en Normandie (XIVe-XVIe siècle)

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Eustache de La Quérière a écrit un ouvrage dans lequel il retrace l’histoire du Gros-Horloge et de sa tour [52][52] E. de La Quérière, L’ancien Hôtel de Ville et la Grosse.... Deux études ont été réalisées par Robert-Louis Hainaut [53][53] R.-L. Hainaut, Notice historique sur la Grosse-Horloge.... Le mécanisme du Gros-Horloge est exposé dans le musée du même nom et semble complet [54][54] A. Désannaux, L’horlogerie mécanique à poids…, op. cit.,....

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Le Gros-Horloge de Rouen est mentionné pour la première fois dans les délibérations de la ville le 19 juin 1389 [55][55] Arch. mun. Rouen, BM, ms A1, 6r.. Jehan de Felains est désigné comme celui qui a la charge de sa construction, mais il semble bien que les travaux soient déjà en cours [56][56] Ibid., BM, ms A1, fol. 12r.. L’horloge est achevée le 30 septembre 1389 [57][57] Ibid., BM, ms A1, fol. 45v. : « […] que Jehan de Felains..., soit un peu plus de deux mois après la première mention de celle-ci [58][58] Les registres ne sont conservés qu’à partir de cette..., durée insuffisante pour construire un tel mécanisme, chaque élément étant fait à la main, ou au mieux, avec un outillage assez rudimentaire. Cette délibération fait référence à Jourdain de Lectre, le premier à recevoir la charge de réaliser cette horloge. Le début de la réalisation du mécanisme est donc antérieur à 1389. Le temps qu’il a fallu pour l’achever dépend pour beaucoup de sa complexité, sans doute plusieurs mois voire plusieurs années.

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La construction d’une tour de l’horloge est attestée le 5 août 1389 [59][59] Arch. mun. Rouen, BM, ms A1, fol. 12r. à l’emplacement de l’ancien beffroi de la ville [60][60] Ibid., BM, ms A1, fol. 6r. L’ancien beffroi aurait.... Jehan de Bayeux en a la charge. Le 19 août 1389, il prête serment avant de prendre sa fonction de maître maçon de la ville [61][61] Ibid., BM, ms A1, fol. 15r.. La tour devait déjà être bien avancée le 9 octobre 1396, date à laquelle la décision de couvrir le toit de plomb est prise [62][62] Ibid., BM, ms A4, fol. 20r.. Nous ignorons où a été installée l’horloge en attendant la fin des travaux. Elle était déjà en fonction depuis le 30 septembre 1389, puisque Jehan de Felains doit déjà la remonter et la faire sonner avant que la construction de la tour ne soit terminée [63][63] Ibid., BM, ms A1, fol. 45v..

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Une délibération du 5 août 1389 fait référence à la commande de deux cloches pour le Gros-Horloge, qui avait donc une sonnerie dès sa mise en place [64][64] Ibid., BM, ms A1, fol. 12v.. Olivier Homo le dote de deux cadrans en 1410 [65][65] Ibid., BM, ms A6, fol. 66r.. L’un d’eux est décrit lorsqu’il est question de sa restauration [66][66] Arch. mun. Rouen, BM, ms A7, fol. 5r.. Il est « de fin or et de bon asur », c’est-à-dire doré et bleu. Le « champ d’estoile de bon asur » rappelle beaucoup les cadrans actuels du Gros-Horloge, ainsi que les feuilles dorées et les agneaux. Pourtant ces derniers dateraient de 1527. Eustache de La Quérière écrit que le remplacement de la porte Massacre par la voûte actuelle, ainsi que celui des cadrans, aurait eu lieu entre 1527 et 1529 [67][67] E. de La Quérière, L’ancien Hôtel de Ville et la Grosse.... Ils possèdent un semainier et une sphère indiquant le cycle de la lune. Le semainier est un dispositif circulaire qui tourne dans le sens des aiguilles d’une montre chaque jour à midi et qui indique le jour en question. Les cadrans de 1410 sont attestés comme étant installés sur la porte Massacre dès 1410 [68][68] Arch. mun. Rouen, BM, ms A6, fol. 66r : « […] en deux....

L’horloge d’Évreux (1385-1388) et la reconstruction de sa tour (1491)

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L’horloge d’Évreux est sensiblement de la même époque que le Gros-Horloge de Rouen [69][69] Les sources la concernant sont des quittances de paiements.... Elle est mentionnée pour la première fois entre 1385 et 1388 dans le livre des métiers de Jacques Ableiges [70][70] A. Giffard, Ordonnances de J. Ableiges pour les métiers.... Le 24 janvier 1471 (n. s.) [71][71] Arch. mun. Évreux, CC 31, n° 121., Raoullin de Saint Pierre, un cordier, est payé cinq sous pour avoir livré « quatorze toizes [72][72] La toise mesure entre 1,80 et 2 m. 14 toises correspondraient... de corde » dont une grande partie a « esté mises et emploiés en l’orloge de ladite ville ». Cela confirme qu’elle est mécanique à poids. Le mécanisme de l’horloge d’Évreux a subi diverses transformations. Son cadran est mentionné pour la première fois le 15 avril 1410 [73][73] Arch. mun. Évreux, CC 3, n° 1..

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Si le cadran ne date que de 1410, la sonnerie était le seul moyen existant pour que l’horloge puisse indiquer l’heure. La cloche date de 1406 et son inscription indique qu’elle servait à sonner les heures [74][74] A. A. L. Chassant, Notice historique sur la tour de....

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L’horloge d’Évreux semble avoir été installée dès son apparition dans un bâtiment spécialement prévu pour l’accueillir. Une tour de l’horloge apparaît dans les sources le 31 août 1390 [75][75] Arch. mun. Évreux, DD 1., mais elle n’est pas définitive : il s’agirait de la tour Robert Bende, qui aurait été détruite en 1472 [76][76] A. A. L. Chassant, Notice historique sur la tour de.... L’horloge a été déplacée le temps de la construction de la nouvelle tour, puisque le 19 octobre 1491, Pierre Juger est payé 15 sous pour s’occuper de « l’orloge de l’église Saint Pierre dudit Évreux » [77][77] Arch. mun. Évreux, CC 40, n° 73.. Il semble y avoir continuité dans la garde de l’horloge de la ville entre 1448 [78][78] Ibid., CC 13, n° 12. et le 19 novembre 1475 [79][79] Ibid., CC 35, n° 35..

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Les premières traces de la nouvelle construction datent du 20 février 1491, année durant laquelle une grande partie des travaux est effectuée [80][80] Ibid., CC 39, n° 8 et n° 19.. L’horloge n’est réinstallée dans la tour que vers 1509-1510 [81][81] Ibid., CC 47, n° 18..

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Le Gros-Horloge et l’horloge d’Évreux ont ainsi la particularité d’avoir été installées dans des tours ayant été construites spécialement pour les accueillir. Pour les villes, la construction de telles tours était coûteuse, mais ces premières horloges étaient avant tout des éléments de prestige.

Une vague d’implantation durant la première moitié du xve siècle ?

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Les horloges implantées durant la première moitié du xve siècle le sont soit par une autorité ecclésiastique comme les horloges de la cathédrale, de l’archevêché et des églises Saint-Maclou de Rouen et Notre-Dame d’Alençon, soit par des autorités civiles ou ayant l’autorité civile sur la ville, comme les horloges du château d’Argentan, de Lisieux et de la Chambre des comptes de Rouen.

L’horloge de Lisieux

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Les sources concernant l’horloge de Lisieux sont des registres comptables émanant de la ville de Lisieux d’une part et de la fabrique de la cathédrale Saint-Pierre d’autre part [82][82] Les comptes de la ville sont conservés aux Archives.... Le premier registre date de 1426 [83][83] Arch. dép. Calvados, CC 22 (1446). et le dernier de 1786 [84][84] Ibid., CC 238 (1786)..

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Dans Bayeux et Lisieux de François Neveux, des travaux liés aux fers sont mentionnés, mais il n’est pas question d’horlogerie [85][85] F. Neveux, Bayeux et Lisieux, Caen, éditions-diffusions.... Jehan Collemont ou Callemont, l’un des horlogers de Lisieux vers 1550, est mentionné comme ayant réalisé l’horloge de Caudebec [86][86] Tardy, Dictionnaire des horlogers français, op. ci.... Il s’agit probablement de Jehan Coullement. Une référence de quelques lignes est faite à l’horloge dans un document publié au xixe siècle [87][87] « Mémorial de ce qui s’est passé de plus remarquable.... Son auteur est anonyme et ne cite pas les documents sur lesquels il s’appuie pour son étude.

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L’horloge apparaît pour la première fois dans les comptes de la ville en 1463 (n. s.) lors du paiement d’un homme, qualifié « d’orlogier » [88][88] Arch. dép. Calvados, CC 35 (1463).. Il doit gouverner l’horloge, c’est-à-dire la remonter, la remettre à l’heure et faire en sorte qu’elle ne s’arrête pas. Elle n’est pas mentionnée entre 1426, date du premier compte conservé, et 1448 [89][89] Les registres de 1449 à 1462 n’ont pas été conservés,....

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En 1563, Jehan Grippe, cordier, est payé pour une corde à mettre aux contrepoids de l’horloge [90][90] Arch. dép. Calvados, CC 102 (1563-1564).. Cette allusion confirme qu’elle est mécanique à poids, sonne au moins les heures et ce, sur plusieurs cloches [91][91] Ibid., CC 100 (1561-1562).. Nous ne savons pas si elle possédait un cadran. Il est difficile de la situer avec certitude. En effet, trois localisations apparaissent dans les comptes et la ville ne possédait sans doute qu’une horloge. Ces localisations varient selon les années et apparaissent lors du paiement des gages de l’homme qui l’entretient [92][92] Pour plus de détails sur l’horloge de Lisieux, se référer.... Les périodes pour lesquelles celui-ci est rétribué ne se chevauchent pas, ce qui tend à confirmer que Lisieux ne possédait qu’une horloge. Il est également peu probable que celle-ci ait été déplacée deux fois sans qu’aucune trace n’apparaisse dans les sources. De 1504 (n. s.) à 1535 (n. s.), elle est qualifiée d’« orloge de Lisieux » [93][93] Arch. dép. Calvados, CC 35 (1463). ou d’« orloge et beffroy de l’église Saint Pierre de Lisieux » [94][94] Ibid., CC 86 (1535-1536).. Cette localisation est utilisée les deux années suivantes [95][95] Ibid., CC 87 (1536-1537) et CC 88 (1537-1538).. À partir de 1565 (n. s.) et pendant trois ans, l’horloge est appelée « horologe et beffroy de l’église de Sainct Jacques de Lysieux » [96][96] Ibid., CC 102 (1563-1564), CC 103 (1564-1565) et CC.... Ainsi, le beffroi est sans doute une tour d’église, mais les deux églises les plus importantes de Lisieux sont mentionnées, chacune trois fois. Plusieurs hypothèses sont alors envisageables. La ville aurait pu posséder deux horloges, mais l’hypothèse la plus vraisemblable serait celle d’un déplacement ou d’un remplacement de l’horloge. Entre 1538, date à laquelle l’horloge apparaît comme étant sur la cathédrale Saint-Pierre, et 1563, date de la mention indiquant qu’elle est située sur l’église Saint-Jacques, les comptes de Lisieux présentent certaines lacunes. Ainsi, les registres des années 1538 à 1546, 1550 à 1552 et 1557 ne nous sont pas parvenus. Un déplacement ou un remplacement de l’horloge pourrait avoir été effectué durant l’une de ces périodes. Rien ne permet de valider ou de contredire cette hypothèse. Dans le « Mémorial de ce qui s’est passé de plus remarquable dans la ville de Lisieux depuis l’an 1676 (jusqu’en 1717) », l’auteur émet l’idée que l’horloge de 1712 serait celle mise en place en 1421 [97][97] « Mémorial de ce qui s’est passé de plus remarquable.... Cela n’explique pas les mentions localisant l’horloge dans l’église Saint-Jacques. La tour de l’église Saint-Jacques ayant été restaurée, les traces potentielles de l’horloge ont disparu. En revanche, l’une des tours de la cathédrale Saint-Pierre accueille toujours une horloge. Celle-ci porte la mention « F. Paget et compagnie » complétée de « Morez ». Plusieurs horlogers pourraient correspondre à cette appellation, mais ils exercent tous à la fin du xixe siècle, ce qui permet de dater l’horloge de la même époque [98][98] Tardy, La pendule française, t. 3, op. cit., p. 49.... Elle est située dans un coffre en bois de deux mètres sur deux mètres environ, juste au-dessus d’un trou circulaire servant sans doute à la chute des poids. Ce trou ouvre sur une pièce vide. Les poids sont toujours en place et la pièce dans laquelle ils pendent comporte un trou semblable. À l’origine, ils devaient permettre la sonnerie manuelle des cloches. L’horloge du xixe siècle a sans doute été installée au même emplacement que les précédentes.

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Durant le Moyen Âge, Lisieux est sous l’autorité de l’évêque, tant sur le plan temporel que sur le plan spirituel. Malgré tout, durant la guerre de Cent Ans, le pouvoir royal s’immisce peu à peu dans la ville. Même si l’autorité temporelle est entre les mains de l’évêque, il ne semble pas que cela ait influencé la localisation de l’horloge. Lisieux n’est pas la seule ville à en entretenir une installée dans une église. Celles de Pont-Audemer et d’Harfleur répondent au même critère, cependant l’autorité en place dans ces deux villes est différente de celle qui contrôle Lisieux au xve siècle.

L’horloge de la Chambre des comptes de Rouen (1436)

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La Chambre des comptes de Rouen était située dans la paroisse Saint-Cande-le-Jeune [99][99] A. Curry, « La Chambre des comptes en Normandie sous.... Elle est mise en place en 1436, alors que Rouen est sous la domination anglaise. Selon Anne Curry, l’horloge serait l’un des premiers achats réalisés pour la Chambre des comptes et est munie de « deux petites clochettes » [100][100] BnF, fr. 26061/2889.. Elle sonnait donc au moins les heures. Aucune allusion n’est faite à l’existence d’un cadran. Le fait qu’il s’agisse d’une des premières dépenses réalisées lors de la mise en place de la Chambre des comptes confirme la place que l’horlogerie prend peu à peu dans les mentalités au xve siècle. L’horloge était alors un objet utilitaire autant qu’un objet de prestige. Celle-ci n’est pas mentionnée dans les autres pièces comptables de la Chambre [101][101] Arch. dép. Seine-Maritime, 100 J (fonds Danquin)..

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Les autres horloges de la période sont commandées et financées par des autorités spirituelles et installées sur des établissements ecclésiastiques, à l’exception de celle de la ville d’Argentan.

Un phénomène touchant de petites villes durant la seconde moitié du xve siècle et le début du xvie siècle ?

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Une nouvelle fois, les horloges en question sont installées dans des édifices religieux (églises Saint-Ouen de Pont-Audemer, Saint-Michel de Pont-l’Évêque et Saint-Vivien de Rouen, Cordeliers de Pont-Audemer) aussi bien que dans des établissements civils (château de Tancarville, d’Harfleur et Pont Saint-Pierre de Caen).

L’horloge du château de Tancarville (1463)

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Peu de pièces font référence à l’horloge et elles ne suffisent pas pour en connaître les particularités [102][102] Les sources concernant Tancarville ne sont pas classées..... Jean Mesqui la mentionne brièvement dans Le château de Tancarville, Histoire et architecture dont l’existence est attestée dès le début du xiie siècle [103][103] J. Mesqui, Le château de Tancarville…, op. cit., p..... Il comprenait une église paroissiale à l’intérieur de son enceinte, à proximité de la tour de l’Aigle. En 1450, après quelques changements d’appartenance, le château et le comté reviennent à Guillaume d’Harcourt, qui meurt en 1487. Durant son règne, de nombreux travaux y sont menés.

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L’horloge apparaît pour la première fois en 1463 (n. s.) [104][104] Arch. dép. Seine-Maritime, 1 ER 23 (1463-1464).. Trois personnes interviennent alors successivement pour la réparer. Elle serait donc plus ancienne et était probablement située dans l’église paroissiale du château puisqu’en 1463, « l’aulosge de l’esglise » est citée deux fois. En 1463, il est question de réparation des portes du tabernacle de l’horloge, qui a donc sans doute été placée dans un meuble en bois dès son installation.

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Ainsi, seuls des paiements pour des travaux apparaissent dans les comptes de Tancarville. Nous pouvons nous demander si les dépenses concernant l’horloge étaient partagées. Ainsi, les réparations ou travaux la concernant auraient été pris en charge parmi les dépenses du château, tandis que les dépenses liées à l’entretien quotidien de l’horloge auraient été prises en charge par la fabrique de l’église sur laquelle cette horloge était installée.

L’horloge civile installée dans l’église Saint-Ouen de Pont-Audemer (1465)

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L’horloge de Pont-Audemer est mentionnée pour la première fois dans une quittance du 2 mai 1465 (n. s.) [105][105] Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 1, Quittance (2 mai... à l’occasion de son entretien habituel, elle est donc plus ancienne [106][106] Les comptes de la ville de Pont-Audemer ont été conservés....

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Le 2 octobre 1485, Charles de Luxambourg la répare [107][107] Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 2, Lc 84fin, fol..... Il est alors question du « folliot » et de la « roe de rencontre », deux pièces spécifiques d’une horloge mécanique à poids. Le mécanisme ne nous est pas parvenu, il est donc difficile d’en connaître la conception. Lors de sa réparation, Charles de Luxambourg est payé pour avoir « radenté et mis à point l’esguille » et la « roe des mynutes ». La roue des minutes est sans doute le barillet de l’horloge. Quant à la mention de l’aiguille, elle laisse penser que, dès 1485, l’horloge de Pont-Audemer comporte un cadran. Pourtant, en 1515 [108][108] Ibid., Registre 5, Lc 14, fol. 38, art. 45 (1514-1..., Jehan de Mathons dit Martainville est payé pour avoir réalisé un certain nombre de pièces nécessaires à la mise en place d’un cadran. Il est de différentes couleurs et « façon or fin ». Il pourrait toutefois s’agir du remplacement d’un ancien cadran. L’horloge de Pont-Audemer était au moins dotée d’une sonnerie des heures, mentionnée pour la première fois en 1493 [109][109] Ibid., Registre 3, Lc 92, fol. 25, art. 41 (1492-1493) :.... Il est question de « martels » et « martinetz », c’est-à-dire des marteaux, pièces de la sonnerie qui frappent les cloches. Cette mention indique que le système de sonnerie a été « desassis et rassis et mis en la petite tour du portail ». Il est possible qu’il ait simplement été déplacé de sa localisation d’origine. En 1493, la sonnerie est clairement citée lors de la réparation « de la grant roe de la sonnerie de ladite orloge » [110][110] Ibid., Registre 3, Lc 93, fol. 35-36, art. 30 (149....

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Cette horloge peut être localisée avec précision : le 10 août 1493, une cloche est fondue pour l’horloge et est installée dans la tour du portail de l’église Saint-Ouen [111][111] Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 3, Lc 92, fol. 25,.... Pourtant, le pouvoir en place à Pont-Audemer n’est pas un pouvoir ecclésiastique. Pont-Audemer est en effet dominée par l’autorité royale et celle des bourgeois [112][112] A. Guilmeth, Histoire communale de l’arrondissement.... L’église date du début du xive siècle. Il semble que le cadran de l’horloge soit encore à son emplacement d’origine. Ainsi, de l’extérieur, nous pouvons observer deux cadrans. L’un d’eux est situé sur la façade et comporte deux aiguilles. Il semble récent et doit dater du xixe siècle. Le second, plus ancien, est un peu plus haut que le premier. Il est fixé sur la tour, appelée aussi Tour au Portail. Il ne comporte qu’une aiguille, comme c’est le cas des premiers cadrans, mais, n’étant pas entretenu, il est possible qu’il en ait eu une seconde avant de la perdre. Celle encore présente est peut-être en bronze. Le cadran par lui-même est de forme circulaire et constitué de plusieurs planches de bois. Si ce n’est pas celui d’origine, il en a sans doute conservé l’emplacement. La tour ne porte pas la trace de l’emplacement exact du mécanisme. Les comptes de la ville nous apprennent que l’horloge était dans cette tour dite du Portail, ce que semble confirmer la présence du cadran en bois.

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Jusqu’en 1534, l’horloge est clairement localisée dans l’église Saint-Ouen [113][113] Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 7, Lc 33, fol. 78-79.... En revanche, les mentions suivantes ne sont plus aussi claires. En 1536 [114][114] Ibid., Registre 7, Lc 35, fol. 42 (1535-1536). et 1544 [115][115] Ibid., Registre 8, Lc 43, fol. 30 (1543-1544)., l’horloge est localisée sur « le château, ancien château ou fortification de la ville ». Entre 1534 et 1544, l’horloge est qualifiée d’horloge de la ville de Pont-Audemer, ou « grosse orloge de ladite ville dudit Pontaudemer » [116][116] Ibid., Registre 8, Lc 37, fol. 49-50 (1537-1538).. L’église Saint-Ouen n’est alors plus citée. La mention du château est assez surprenante. En effet, il a été rasé par Du Guesclin en 1378 et n’a pas été reconstruit [117][117] A. Guilmeth, Histoire communale, …, op. cit., p. 6.... La référence à l’ancien château et à la forteresse peut laisser penser à une porte de la ville. L’horloge de Saint-Ouen n’étant plus citée, il est possible que l’horloge de la ville ait été déplacée ou qu’une nouvelle ait remplacé l’ancienne, mais rien ne permet de l’affirmer. En revanche, la mention indiquant que l’horloge de la ville a été « establie pour et en lieu de l’orloge de l’ancien château » laisse penser qu’avant sa destruction, le château possédait sa propre horloge [118][118] Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 8, Lc 42, fol. 24.... Si c’est le cas, cette horloge devait être l’une des premières à avoir été mise en place dans la région.

L’horloge d’Harfleur (1466)

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Harfleur possède une horloge répondant aux mêmes critères de localisation que celle de Pont-Audemer [119][119] Les comptes d’Harfleur ont été conservés sous la forme.... Il n’existe pas d’étude récente concernant la ville ou son horloge.

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L’horloge d’Harfleur apparaît pour la première fois le 20 juillet 1466 [120][120] Arch. dép. Seine-Maritime, 3E6/115 (CC 58), fol. 5.... Denis Bosguain, serrurier, est alors payé pour l’avoir gardée pendant un an. Elle a donc été mise en place plus tôt et est mentionnée régulièrement jusqu’en 1523 [121][121] Ibid., 3E6/132 (CC 75), fol. 11 (pièces justificatives.... Les pièces comptables entre 1523 et 1540 ne nous sont pas parvenues, mais l’horloge n’est plus citée après cette date. En 1502 [122][122] Ibid., 3E6/125 (CC 68), fol. 32r (pièces justificatives... et 1508 [123][123] Ibid., 3E6/128 (CC 71), fol. 32r (pièces justificatives..., le foliot est mentionné. L’horloge d’Harfleur était donc une horloge mécanique à poids. De plus, un cordier est payé pour fournir la corde servant à pendre « les contrepoix de l’orloge » en 1502 [124][124] Ibid., 3E6/125 (CC 68), fol. 60r (pièces justificatives.... Ainsi, l’horloge avait deux contrepoids ou plus et sonnait donc au moins les heures et ce, dès 1474 au moins, et était dotée d’un cadran [125][125] Ibid., 3E6/119 (CC 62), fol. 6r (pièces justificatives....

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Elle est difficilement localisable. En janvier 1465, Richart Trye est payé « pour avoir fait le guet sur la tour de l’orloige » [126][126] Ibid., 3E6/115 (CC 58), fol. 62r (pièces justificatives.... Cette opération a lieu plusieurs fois. Au milieu du xive siècle, la ville est dotée d’un rempart. La tour de l’horloge, abritant sans doute le mécanisme de celle-ci, était donc utilisée pour faire le guet. Elle serait localisée dans l’église Saint-Martin, dont des pièces aurait été investies par les officiers de la ville pour y mettre la loge servant au guet et y installer l’horloge [127][127] Ibid., 3E6/120 (CC 63), fol. 17 ou 88r (pièces justificatives.... Il ne reste que peu de traces des remparts et l’église a été souvent remaniée, ce qui ne permet pas d’obtenir confirmation de cette localisation.

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La ville d’Harfleur a un statut particulier, tant sur un plan commercial que militaire. Durant la guerre de Cent Ans, elle joue un rôle défensif ou offensif de premier plan. Nous ne savons pas si l’horloge a été mise en place sous l’autorité anglaise ou française ou si elle a été installée après la fin des conflits. Le fait qu’Harfleur soit un port important a sans doute eu une influence sur la décision d’y installer une horloge.

L’horloge de l’église Saint Michel de Pont-l’Évêque (1484-1485)

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Dotée d’une sonnerie [128][128] Arch. dép. Calvados, G 1164, Dossier n° 12 (1500-1501) :..., l’horloge est mentionnée pour la première fois en 1484-1485 [129][129] Ibid., G 1164, Dossier n° 1 (1484-1485).. Un serrurier, dont le nom n’est pas indiqué, est alors payé pour sa « refachon », c’est-à-dire sa réparation. Elle serait donc antérieure à cette date, ce qui est confirmé par la seconde mention. La même année, les cordes de l’horloge sont en effet changées. Elle était au moins dotée de la sonnerie des heures. En 1528, une grosse cloche est fondue pour elle [130][130] Ibid., G 1164, Dossier n° 36 (1528-1529).. Il s’agit sans doute du remplacement de la plus ancienne ou d’une modification de l’horloge. Rien ne l’atteste, mais celle d’origine a pu être brisée ou utilisée pour sonner les demi-heures que l’horloge ne sonnait pas. La grosse cloche aurait alors été fondue pour sonner les heures. En 1487-1488, un horloger de Lisieux se déplace pour l’« appoincté », c’est-à-dire la mettre en place [131][131] Ibid., G 1164, Dossier n° 5 (1487-1488).. Ce terme peut également signifier qu’il l’a restaurée, mais les travaux réalisés sur le cadran la même année laissent penser qu’il est en construction. L’horloge est encore entretenue en 1529-1530 comme l’atteste une mention conservée dans le dernier registre à nous être parvenu pour la période étudiée [132][132] Ibid., G 1164, Dossier n° 37 (1529-1530)..

L’horloge des Cordeliers de Pont-Audemer (1511)

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L’horloge de l’église Saint-Ouen n’est pas la seule horloge de Pont-Audemer. Une seconde horloge est en effet installée au début du xvie siècle, celle des Cordeliers. Il semble que ces derniers aient été rétablis à Pont-Audemer par Louis XI en 1473 [133][133] A. Guilmeth, Histoire communale…, op. cit., p. 68.. Nous possédons peu d’éléments au sujet de cette horloge si ce n’est la demande émanant des Cordeliers auprès de la ville et la décision de cette dernière en 1511 [134][134] Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 4, Lc 10, fol. 22,.... La requête, datée du 10 mai 1511 (n. s.), est la suivante :

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A Messires les officiers et conseillers

de la ville du Pontheaudemer.

« Supplient humblement les povres religieux de l’ordre des frères mineurs, gardian et les frères de vostre couvent de ceste ville du Pontheaudemer, que pour l’honneur de Dieu et de sa très benoîte Mère, il vous plaise, de vostre grâce spéciale, de preter aulcune aumosne pour soubvenir à la nécessité en la quelle ilz sont de présent pour le payement de leur horloge, laquelle pourra servir non seulement au dessusdit couvent, mais aussy aux habitans de ceste ville ; et les dits supplians prieront Nostre Seigneur pour vostre bonne disposicion et des dessusdits habitans […] ».

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Ainsi, les Cordeliers ont rencontré des difficultés pour payer leur horloge et demandent l’aide de la ville. Ils argumentent cette demande : selon eux l’horloge serait aussi utile aux habitants de la ville qu’aux Cordeliers eux-mêmes. La décision est prise de participer aux frais occasionnés à hauteur de sept livres et dix sous. Le prix total de l’installation n’est pas indiqué. Le parchemin contenant cette requête est un folio ajouté au registre qui contient lui-même la mention suivante :

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« A esté paié par ledit recepveur à vénérable et discret personne maistre Pierres Lenffant, prebtre, pour et en nom du couvent des frères mineures de nostredite ville, la somme de sept livres dix soulz tournois pour aider à paier l’orloge desdits frères jouxte la descharge dabtée du samedi dixiesme jour de may oudit an mil cinq cens et unze cy rendue avecque la quictance dudit maistre Pierres Lenffant dabtée du XXIIIIe jour dudit moys de may oudit an mil VC unze de ce cy lesdits VII livres X sols ».

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Il s’agit d’une copie de la décision prise précédemment. Il en est sans doute de même pour les autres articles, pour lesquels les quittances originales ne nous sont pas parvenues. Ces mentions sont les seules à faire référence à l’horloge des Cordeliers.

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Chaque horloge a ainsi une histoire différente qui ne facilite pas les comparaisons. Malgré tout, quelques ressemblances et divergences peuvent être soulignées. La majorité des horloges étudiées sont dotées d’une sonnerie dès leur construction. C’est alors leur seul moyen d’indiquer l’heure puisque la plupart d’entre elles n’est dotée d’un cadran que plus tard. Toutes réclament un entretien particulier, nécessitant beaucoup de temps et une présence journalière auprès d’elles.

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Malgré ces ressemblances, certaines horloges avaient leurs particularités, techniques pour le Gros-Horloge de Rouen et sa sonnerie, historiques pour l’horloge de Pont-Audemer et le manque d’argent des Cordeliers pour son installation. Les différences les plus importantes résident dans la localisation de ces horloges et dans l’autorité qui en commandait l’installation.

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Cette étude des localisations a permis de montrer qu’il n’y avait pas de grille prédéfinie, contrairement à ce qu’avançait Jacques Le Goff avec l’idée d’un temps des marchands concurrençant le temps ecclésiastique [135][135] J. Le Goff, « Au Moyen Âge : Temps de l’Église et temps.... En effet, le fait qu’elles soient commandées et assumées financièrement par une autorité laïque ou ecclésiastique ne déterminait pas leur emplacement. L’emplacement semble ainsi être un choix économique plutôt qu’une volonté laïque d’utiliser un temps autre que celui de rythmé par la prière.

Installation et réparation des horloges : les « horlogers » en Normandie

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Les expressions « garde » ou « gouverneur » sont les plus utilisées dans les pièces comptables pour qualifier les hommes qui s’occupaient du fonctionnement quotidien de l’horloge. Parfois, les termes de « conducteur [136][136] Arch. dép. Calvados, CC 111 (1566-1567). » ou de « gardien [137][137] Arch. dép. Seine-Maritime, 3E6/128 (CC 71), fol. 5... » remplacent les deux qualificatifs précédents. Les noms des gardes de toutes les horloges ne nous sont pas parvenus. Après avoir présenté quelques horlogers normands, nous aborderons les autres métiers intervenant lors de l’installation de ces instruments de mesure du temps.

Présentation des gouverneurs d’horloge et horlogers en Normandie

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Concernant les horlogers, nous ne disposons pas de données pour l’ensemble des horloges de Normandie, mais uniquement pour certaines d’entre elles.

Les gouverneurs de Rouen et d’Évreux : une charge à vie ?

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Le premier gouverneur du Gros-Horloge de Rouen est Jehan de Felains, qui en a achevé la construction en septembre 1389 [138][138] Arch. mun. Rouen, BM, ms A1, fol. 30v.. Il est mentionné pour la première fois le 5 août 1389 [139][139] Ibid., BM, ms A1, fol. 12r.. La mention ne lui attribue ni titre, ni fonction, mais il a la qualité de garde de l’horloge le 17 avril de la même année. Jehan de Felains est mentionné six fois dans les délibérations entre le 5 août 1389 et le 16 mars 1398 (n. s.) [140][140] Ibid., BM, ms A4, fol. 61v : « maistre Jehan de Fellain,.... Aucun garde n’est mentionné jusqu’au 25 janvier 1410 (n. s.), date à laquelle Olivier Homo est qualifié d’horloger et de garde de l’horloge [141][141] Ibid., BM, ms A6, fol. 66r : « Olivier Homo, orlogier.... Baudet Coulomby est le suivant, mais n’apparaît qu’en janvier 1449 (n. s.), en tant qu’horloger [142][142] Ibid., BM, XX 1, fol. 90v : « Baudet Coulomby, orl.... Il ne travaille pas seulement sur celle de la ville : dès 1437, il apparaît dans les comptes de l’archevêché de Rouen, pour lequel il répare une horloge [143][143] Arch. dép. Seine-Maritime, G 38.. Rien ne permet d’affirmer qu’il était gouverneur de cette dernière. Nous le retrouvons dans les comptes de la fabrique de l’église Saint-Maclou en mars 1444 (n. s.) [144][144] Ibid., G 6876 : « A Baudet, aulogier ».. Baudet n’était sans doute pas garde de l’horloge, puisqu’une autre personne semble être payée pour cette charge [145][145] Ibid., G 6876 : « A Robinet, pour l’auloge ».. Le 7 avril 1507 (n. s.), Nicolas Lambert est en charge du Gros-Horloge [146][146] Arch. mun. Rouen, BM, XX 3 : « de Nicolas Lambert,.... Son fils, Jacques Lambert lui succède le 28 octobre 1516 [147][147] Ibid., BM, XX 1, fol. 159r : « Jaque Lambert, filz.... Son père serait donc mort entre 1507 et 1516 et plus précisément à la fin de cette période puisque la dernière mention fait référence à la prise de fonction de Jacques Lambert. Il vivait à proximité de l’horloge puisque la délibération précise qu’il aura « son logis et demeure en la maison dessouz la porte Machacre appartenant à la dicte ville jouxtant audit beffroy et estant au dessouz de ladicte orloge ». Il est possible que cette maison lui soit attribuée gratuitement et qu’il s’agisse, comme pour Jehan de Felains et sa femme, d’un privilège lié à sa charge de garde de l’horloge. Il ne reste pas en charge longtemps puisque Vincent Quesnay est garde dès 1522 [148][148] Arch. mun. Rouen, BM, XX 4 : « de Vincent Quesnay,.... Nous possédons moins de détails pour les horloges de la cathédrale Notre-Dame et des églises Saint-Vivien et Saint-Maclou de Rouen [149][149] Pour plus de détails, voir A. Désannaux, L’horlogerie....

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À Évreux, dix gardes au moins se succèdent entre 1417 et 1574 :

Les gardes des horloges de Rouen et d’Évreux conservent souvent leur charge jusqu’à leur mort. Cela s’explique probablement par le fait qu’ils possédaient un savoir-faire peu commun et qu’il était difficile de les remplacer.

Une charge moins stable à Lisieux et Pont-Audemer

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Entre 1463 et 1575, à Lisieux, douze gardes de l’horloge se succèdent pour des périodes plus ou moins longues [160][160] Tous ne seront pas étudiés. Pour plus de détails, se.... Des horlogers interviennent également pour réparer l’horloge sans en être garde. Le premier garde est Phelipot Coullemar [161][161] Ou Coulemart ou Couillemar., dès 1463 au moins et jusqu’en 1504 [162][162] Arch. dép. Calvados, CC 35 (1463) et CC 56 (1504-1..., mais de 1468 à 1475, il est remplacé par Henry Couet [163][163] Ibid., CC 39 (1468) et CC 46 (1475).. Dès 1463, Phelipot Coullemar est qualifié d’« orlogier » [164][164] Ibid., CC 35 (1463). ou « horlogier » [165][165] Ibid., CC 50 (1482). lorsque son travail est en lien avec l’horloge. Il est également qualifié de serrurier, pour divers travaux effectués pour la ville comme en 1486 par exemple [166][166] Ibid., CC 52 (1486).. En février, il est qualifié de « paroissien de Saint-Jacques de Lisieux ». Ainsi, il habitait sans doute à proximité de l’église Saint-Jacques et meurt entre le mois d’août 1504 et la fin de l’année 1505 [167][167] Ibid., CC 56 (1504-1506).. Sa veuve est payée à la place de son mari « qui a eu en luy vivant le gouvernement de l’orloge ». Henry Couet a exercé sa fonction de janvier 1468 à fin janvier 1473. Rien n’explique la période durant laquelle il remplace le premier gouverneur. Colin Le Bourgoys, qualifié en 1505 (n. s.) d’« haurloger et serrurier de la paroisse Saint Jaque », comme Phelipot Coulemar, est remplacé dès 1507 par Nicolas Le Bourgoys [168][168] Ibid., CC 57 (1507). Il commence à exercer sa charge.... Aucun lien de parenté n’est avancé dans les sources, mais celui-ci existait sans doute. Ce garde est qualifié de « serrurier », comme en 1515 [169][169] Ibid., CC 65 (1515).. En 1507 [170][170] Ibid., CC 57 (1507)., il est garde et gouverneur de l’horloge, appellation qui lui est attribuée régulièrement les années suivantes, jusqu’à sa disparition en 1516 [171][171] Ibid., CC 66 (1516).. La somme qui lui est due est donnée à Thomas Le Bourgoys, alors présenté comme son frère et « exécuteur » testamentaire et représente deux à trois mois de travail. Nicolas Le Bourgoys est mort au cours de l’année 1515 puisque les gages sont partagés avec Yvonnet Hesbert dit Casin, « commis pour le trespas dudit Le Bourgois ». Ce dernier reçoit l’équivalent de six mois de charge. De 1516 à 1530, les gouverneurs se succèdent pour des périodes assez courtes [172][172] Ibid., CC 66 (1516) et CC 84 (1533-1534).. Henry Gaillart entretient ensuite l’horloge entre 1530, date à laquelle il apparaît dans les comptes de la ville, et 1562, date à laquelle il en disparaît sans explication [173][173] Ibid., CC 101 (1562-1563). Il aurait ainsi exercé de.... La longueur de sa charge laisse penser que l’âge ne lui permettait plus de la mener à bien. En 1532-1533 [174][174] Arch. dép. Calvados, CC 83 (1532-1533)., il est qualifié d’« orlogier », puis de « garde du beffroy et orloge », en 1534 [175][175] Ibid., CC 84 (1533-1534)., ou encore de serrurier, en 1562-1563 [176][176] Ibid., CC 101 (1562-1563).. Ces qualificatifs alternent et ne semblent pas être en lien avec l’acquisition de compétences. Jehan Gaillard lui succède. Si un lien de parenté existait, Henry et Jehan Gaillard étaient sans doute frères plutôt que père et fils. En effet, Henry Gaillard est cité dans les comptes de la fabrique de la cathédrale Saint-Pierre dès le 7 novembre 1525, tandis que Jehan Gaillard l’est le 30 juin 1528 [177][177] Ibid., G 393.. La dernière référence le concernant date du 20 août 1562 [178][178] Ibid., G 393 (1562-1563).. Entre 1567 et 1568, deux titulaires de la charge apparaissent dans les comptes de la ville. Le premier est Jehan Gaillard, déjà cité et mentionné pour la dernière fois en 1567 en tant que gouverneur de l’horloge [179][179] Ibid., CC 108 (1566-1567).. Jehan Coullement entretient également l’horloge durant ces deux années. Il semble que les périodes durant lesquelles ces deux gardes exercent ne se chevauchent pas. Jehan Gaillard ne pouvait peut-être plus s’occuper seul de l’horloge. Jehan Coullement est mentionné pour la dernière fois le 14 juillet 1567 [180][180] Ibid., CC 111 (1566-1567)..

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De 1465 à 1552, huit gardes de l’horloge se succèdent pour entretenir l’horloge de Pont-Audemer. Pierre Rastel, prêtre, cité une fois en 1465 [181][181] Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 1, Quittance (2 mai..., précède Jehan Hauguel qui apparaît en 1478 [182][182] Ibid., Registre 1, Lc 77, fol. 31, art. 40-41 (147.... De 1465 au 31 mai 1478, l’horloge n’est pas citée. Le fait que le premier registre comptable de Pont-Audemer ne soit constitué que de quittances reliées tardivement peut expliquer cette lacune. Les comptes suivants sont généralement plus complets. Jehan Hauguel, souvent qualifié de serrurier, est payé régulièrement jusqu’en 1486 [183][183] Ibid., Registre 2, Lc 85, fol. 40, art. 53 (1485-1.... Marin Le Métaier travaille avec lui le 18 juillet 1486, puis lui succède. Il est prêtre, mais effectue quelques réparations sur l’horloge. Il meurt en 1501 ou 1502 et est remplacé par Pierre et Guieffroy dit Le Métaier du 29 septembre au 4 décembre 1502 [184][184] Ibid., Registre 4, Lc 02déb., fol. 13, art. 32 (15.... Ils sont qualifiés d’« héritiers de deffunct messire Marin Le Métaer, prebtre ». Ce remplacement n’est que temporaire, et sans doute effectué à la demande de la ville afin que l’horloge continue de fonctionner le temps de trouver un nouveau garde, ce qui est fait avec l’arrivée de Roger Lihault [185][185] Ou Lyhault. dès janvier 1503 (n. s.) [186][186] Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 4, Lc 02déb., fol..... Ce dernier a été payé pour une autre fonction avant 1503 : dès 1496, il l’est pour faire sonner des cloches [187][187] Ibid., Registre 3, Lc 95, fol. 39, art. 56 (1495-1.... Or, nous savons que l’horloge sonnait déjà en 1493. Il s’agit sans doute de sonneries particulières, telles que le début de la messe, les funérailles ou encore l’ouverture du marché. Il occupe cette fonction régulièrement jusqu’en 1501. Roger Lihault ne faisait pas seulement sonner les cloches, il vérifiait également leurs fixations afin qu’elles ne chutent pas. Une fois devenu garde, il cumule les deux fonctions. Ainsi, en 1503, il est rémunéré « pour ses gaiges à lui ordonnez d’avoir gouverné et entretenu l’orloge de ceste ville du Pontaudemer et mesmes la sonnerie de l’église de Saint Ouen dudit lieu » [188][188] Ibid., Registre 4, Lc 02fin, fol. 57, art. 50 (150.... En 1519 (n. s.), il est qualifié de bourgeois de Pont-Audemer [189][189] Ibid., Registre 5, Lc 18, fol. 32-33 (1518-1519.. Son fils, probablement serrurier, lui succède. Cette succession fait l’objet d’une mention particulière en novembre 1527 et leur lien de parenté y apparaît clairement [190][190] Ibid., Registre 6, Lc 26, fol. 38 à 40 (1526-1527). Le texte nous apprend beaucoup sur eux, ainsi que sur le fonctionnement de la charge de garde de l’horloge. Les tâches que Jehan Lihault devra accomplir auprès d’elle y sont en partie détaillées. Roger Lihault est mentionné pour la dernière fois comme garde de l’horloge en avril 1527 (n. s.), tandis que l’entrée en fonction de Jehan Lihault est datée de novembre 1527 [191][191] Ibid., Registre 6, Lc 26, fol. 38 (1526-1527).. Son père est donc décédé entre ces deux dates. Jehan Lihault semble avoir lui-même demandé à prendre la succession de son père. Une délibération a précédé son acceptation. Le document fixe avec précision sa rémunération, ainsi que sa fonction. Ses gages sont ainsi de huit livres, comme c’était le cas auparavant. En revanche, contrairement au paiement habituel, la fonction du garde est plus détaillée : il doit « conduyre, appariller et tenir en estat ladite orloge », c’est-à-dire la remonter, la remettre à l’heure, mais également la garder en bon état de marche. Cette dernière action regroupe sans doute beaucoup de fonctions, comme le huilage des rouages ou diverses réparations. À partir du 15 mai 1537 [192][192] Ibid., Registre 8, Lc 37, fol. 49-50 (1537-1538) :..., Jehan Lihault est remplacé par son fils, lui-même appelé Jehan Lihault [193][193] Nous préciserons Jehan Lihault père et Jehan Lihault..., et ce jusqu’en 1542 [194][194] Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 8, Lc 42, fol. 24.... Ni le père, ni le fils ne possèdent de qualificatif de fonction. Le garde suivant, Nicolas Raganel [195][195] Ou Nicollau Raganel. entre en fonction en avril 1543 [196][196] Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 8, Lc 42, fol. 24... et la conserve jusqu’en 1550 [197][197] Ibid., Registre 9, Lc 49, fol. 28 (1549-1550).. Il est qualifié de serrurier en septembre 1544 mais il est plus souvent appelé « orloger de ladite ville » [198][198] Ibid., Registre 8, Lc 43, fol. 30 (1543-1544).. Il est remplacé par Adrien Raganel en décembre 1551 [199][199] Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 9, Lc 50, fol. 31.... Ce dernier n’est cité que deux fois avant la fin du dernier registre complet, en 1552 [200][200] Ibid., Registre 9, Lc 50, fol. 31 (1550-1551).. Les sources ne permettent pas d’en savoir plus sur les gardes et leurs liens familiaux.

Les fonctions directement liées à l’entretien quotidien de l’horloge et les autres sources de revenu des horlogers normands

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Nous avons présenté les individus qui avaient la charge des horloges étudiées dans cet article. Mais en quoi consistait exactement cet entretien ? S’agissait-il d’une tâche difficile à accomplir ? D’une manière générale, les gages des gardes des horloges en Normandie étaient relativement faibles et ils ne permettaient pas de vivre décemment.

L’entretien de l’horloge : une tâche quotidienne

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Froissart décrit en quelques vers le rôle de l’horloger [201][201] J. Froissart, Le Paradis d’amour…, op. cit., 1986,.... Il met en avant le fait que sans une personne présente pour l’entretenir, une horloge ne peut pas fonctionner correctement et qualifie déjà cette personne d’« orlogier ». Froissart énumère ainsi les différentes fonctions de l’horloger qui l’« aministre et [l’]attrempe », « le plons relieve », « les roe amodere et ordonne »… Il s’agit dans ces vers d’une description de sa charge quotidienne c’est-à-dire remonter les poids pour la mettre en fonction. « Administrer et attremper » l’horloge signifie la régler. Il lui revient aussi de réguler les rouages. Il s’agit sans doute de les vérifier pour prévenir une panne et de veiller au bon fonctionnement de l’horloge. Nous retrouvons ces fonctions dans la charge de certains gardes.

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La charge d’un garde ou celle d’un gouverneur ne semble pas différentes l’une de l’autre. La mention la plus courante est la suivante : « avoir gardé et governé icelle orloge ». Le garde, s’il est serrurier ou horloger, est capable d’effectuer des réparations lui-même. C’est le cas de Pierre Juger à Évreux le 28 février 1510 (n. s.) [202][202] Arch. mun. Évreux, CC 47, n° 52. ou encore de Baudet Coulomby pour le Gros-Horloge de Rouen en 1449, ainsi que pour des réparations sur les horloges de l’archevêché et de Saint-Maclou de Rouen [203][203] Arch. mun. Rouen, BM, XX 1, fol. 68r, 90v et 159r.. Les gardes du Gros-Horloge de Rouen apparaissent tous comme ayant le savoir-faire suffisant pour réparer l’horloge dont ils ont la charge.

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L’inconvénient principal de la charge de garde est sa pénibilité : elle était physique et nécessitait une présence quotidienne, mais également nocturne. Pourtant, cette charge est généralement faiblement payée pour un savoir-faire relativement rare aux xvie et xve siècles. Des plaintes pour mauvais gouvernement pouvaient être déposées si la personne qui avait la charge de l’horloge ne l’entretenait pas bien, entraînant ainsi un mauvais fonctionnement de celle-ci. C’est le cas à Caen en 1579 [204][204] Arch. mun. Caen, manuscrits Dupont, t. 1, p. 330 :.... Il est demandé au gouverneur de l’horloge de mieux tenir sa charge s’il souhaite la conserver.

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Le travail nocturne est mentionné pour l’horloge d’Évreux. Le 22 mai 1455, Jehan Le Cueur doit « garder l’orgolle tant de jour que de nuyt » [205][205] Arch. mun. Évreux, CC 20, n° 9 : « pour avoir gardé.... Chaque garde était concerné par ce travail nocturne. Les premières horloges devaient avoir une autonomie de quatre à six heures environ. Il s’agit de la période durant laquelle elle peut fonctionner sans être remontée. C’est l’aspect le plus important de la charge du garde. Ainsi, les premières horloges nécessitaient entre quatre et six remontages par jour, dont au moins un la nuit. Elles n’étaient pas précises, mais le retard ou l’avance qu’elles prenaient était important, c’est-à-dire qu’elles devaient être souvent remises à l’heure.

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Le huilage fait également partie de l’entretien d’une horloge. Il est parfois mentionné dans les sources, comme c’est le cas pour l’horloge de l’église Saint-Vivien qui est graissée le 22 mars 1554 [206][206] Arch. dép. Seine-Maritime, G 7754 : « Le XXVIIe jour....

Les réparations les plus courantes effectuées par les horlogers

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Les réparations se font à la suite de pannes. Le fait que certaines d’entre elles apparaissent plus fréquemment que d’autres ne signifie pas nécessairement que ce sont les plus régulières et les plus nombreuses, mais qu’elles nécessitent l’achat de fourniture et une main-d’œuvre différente de celle du garde. Les réparations exécutées par ce dernier ne sont pas souvent détaillées car celui-ci ne reçoit pas de paiement supplémentaire, puisqu’elles sont souvent considérées comme une des tâches liées à sa charge. Ainsi, certaines pannes n’apparaissent pas dans les sources.

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Les mentions détaillées de réparations sont assez rares et les termes utilisés dans les sources sont parfois flous, ne permettant que de déduire la nature de la réparation effectuée. À Lisieux, la première réparation est citée par Armand Benet lorsqu’il transcrit le compte de l’année 1454 (n. s.) [207][207] A. Benet, « Transcription d’une partie des comptes.... Nous apprenons ainsi qu’un horloger de Rouen s’est déplacé pour « remettre à point » l’horloge, c’est-à-dire la remettre en état, ou la rhabiller. Généralement, l’horloge doit être démontée. Le rhabillage est l’une des opérations demandant le plus de savoir-faire, puisqu’il s’agit de modifier certaines pièces pour remettre l’horloge en fonction, notamment en travaillant à réduire l’usure de celles-ci. En 1485, à Pont-Audemer, la ville fait appel à un horloger extérieur pour cela [208][208] Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 2, Lc 84fin, fol..... Charles de Luxembourg, qualifié d’horloger, intervient sur l’horloge pour plusieurs réparations. Il travaille sur l’aiguille, le foliot, les barillets et la roue de rencontre. Son travail est soumis à une vérification avant paiement. Les gardes sont généralement des prêtres ou des personnes qui ne sont pas désignées comme ayant une qualification particulière. Or, même si l’entretien quotidien d’une horloge ne nécessitait pas de savoir-faire spécifique, son entretien sur le long terme devait être effectué par une personne plus qualifiée.

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À Évreux, le 13 janvier 1509 (n. s.), Pierre Juger est payé « pour avoir reffect la croisée de la roe de remonte de ladite orloge et le ressort du bavollet » et pour d’autres travaux liés à son métier [209][209] Arch. mun. Évreux, CC 46, n° 20.. La croisée d’une roue est le renfort, souvent en forme de croix, qui se situe à l’intérieur du diamètre de la roue. Il arrive qu’elle se rompe et que la roue doive donc être réparée ; mais cette panne devait être assez rare. Le bavolet est le barillet et son ressort, sans doute celui du cliquet de remontage. Cette panne entraîne l’arrêt complet de l’horloge puisque le remontage devient impossible, la corde ne pouvant plus rester enroulée sur le barillet qui se met à tourner dès que la manivelle de remontage est lâchée. Le poids chute et ne remplit plus sa fonction. Lors de la chute, il peut arriver que le cliquet se remette en place, faisant cesser celle-ci, mais le choc est alors important sur l’horloge, ce qui peut entraîner des dommages. La croisée de roue à refaire peut être une conséquence de cela, sans que nous puissions en avoir la certitude.

79

En 1437, Baudet de Coulomby a « refait l’arbre et le pignon de la roue du foliot, les volans rempliz et appetir les pertuys de pilliers, les roues réparer » de l’horloge de l’archevêché de Rouen [210][210] Arch. dép. Seine-Maritime, G 38.. Cette réparation est proche d’un rhabillage. La roue du foliot est sans doute la roue de rencontre. Baudet de Coulomby a remplacé son arbre, c’est-à-dire l’axe qui permet sa rotation, ainsi que son pignon. Il s’agit sans doute du pignon qui s’engrène avec la roue du barillet. « Appetir les pertuys des pilliers » peut être traduit par « réduire les trous des piliers ». Ce sont ceux dans lesquels sont insérés les pivots des arbres des roues. Ils ne doivent pas être trop petits pour ne pas bloquer la rotation nécessaire au bon fonctionnement des rouages, mais les roues ont du jeu entraînant un mauvais fonctionnement de l’horloge s’ils sont trop grands. Le plus souvent, comme c’est le cas du Gros-Horloge, des bagues, souvent en laiton, sont mises dans ces trous et ce sont elles qui s’usent. De rondes, elles peuvent devenir ovales par l’effet de la force de rotation des roues et de leur poids. Il s’agit d’une des usures les plus fréquentes, comme celle des pivots qui s’y insèrent et de celle des dents de roue, qu’il faut également réduire afin qu’elles s’engrènent mieux avec les dents des autres roues. Les dents pouvaient être limées pour retrouver la forme adéquate au bon fonctionnement de l’engrenage, mais une trop grande réduction des dents empêche celles-ci de bien s’engrener avec le reste du rouage. Les dents trop usées pouvaient donc être remplacées ou la roue être retournée. Puisque la roue ne tourne que dans un sens, l’usure ne se fait que d’un côté des dents ; en retournant la roue, le côté de la dent qui n’est pas usé devient celui sur lequel porte l’effort une fois la manœuvre réalisée.

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Parfois, les réparations apportaient un revenu supplémentaire aux horlogers qui les effectuaient. Mais, les horlogers réalisaient également des travaux de serrurerie [211][211] Pour en savoir plus sur les travaux de serrurerie,.... En effet, une fois, les responsabilités liées à leur charge assumées, ils avaient suffisamment de temps pour réaliser des travaux pour leur propre compte. Il semble que l’exercice d’une autre activité ait été indispensable pour eux afin d’assurer leur subsistance.

Les métiers liés à la mise en place et à l’entretien des horloges en Normandie

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Les gardes et les horlogers ne sont pas les seules personnes à intervenir sur l’horloge. Certaines actions nécessitaient l’intervention d’individus étrangers au métier d’horloger, de serrurier ou à la fonction de garde de l’horloge. Il s’agira de présenter ces différents métiers, ainsi que les personnes qui les exercent. Une présentation par corps professionnels est difficile.

82

L’intervention de maçons et de personnes liées aux métiers du bois et du fer pour la construction de tours d’horloge.

83

Comme nous l’avons déjà évoqué, l’horloge d’Évreux et le Gros-Horloge de Rouen ont chacune été dotées d’une tour. L’intervention des personnes appartenant aux métiers du bois et de la maçonnerie a parfois un lien très lointain avec l’horloge en elle-même. Dans le cadre de la construction de tours, le métier qui apparaît le plus souvent est celui de maçon.

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Dès le début des travaux de la tour du Gros-Horloge, Jehan de Bayeux est désigné pour la fonction de maître des œuvres de maçonnerie. Il prête serment le 19 août 1389 et supervise le chantier et son approvisionnement [212][212] Arch. mun. Rouen, BM, ms A1, fol. 15r : « Fu [dit].... Ainsi, dans une délibération du 20 mai 1390, il est décidé qu’il se rendra lui-même à la carrière de pierres de Saint-Leu-des-Cerens [213][213] Ibid., BM, ms A1.. Il pourrait s’agir de Saint-Leu-d’Esserent dans l’Oise, mais il est difficile de le confirmer. Jehan de Bayeux s’y rend pour choisir les pierres nécessaires à la construction de la tour. Il meurt entre le 4 août 1397 [214][214] Ibid., BM, ms A4, fol. 41r., date à laquelle il est payé pour des travaux de finition, et le 15 mars 1398, date à laquelle son fils lui succède [215][215] Ibid., BM, ms A4, fol. 61r.. Il aura ainsi suivi la quasi-totalité des travaux réalisés sur la tour. Plusieurs corps de métiers interviennent dans le chantier. Jehan Postel, couvreur, se charge de la couverture en plomb [216][216] Ibid., BM, ms A4, fol. 1r, 20r et 41 r.. De même, le 7 novembre 1397, Guillaume de Goue est chargé de réaliser sept portes et les fenêtres de la tour [217][217] Ibid., BM, ms A4, fol. 48r.. Il est « huchier », c’est-à-dire menuisier. La dernière mention de travaux sur la tour date du 13 avril 1398 [218][218] Ibid., BM, ms A1, fol. 41r.. Jehan de Bayeux fils est alors chargé de diriger les ouvriers y travaillant afin de l’achever.

85

La construction de la tour de l’horloge d’Évreux a également bénéficié du savoir-faire de différents métiers. La première mention de la construction de l’horloge date du 20 février 1491 [219][219] Arch. mun. Évreux, CC 39, n° 8. (n. s.). À nouveau, les maçons [220][220] « machons » ou « massons ». et les manouvriers [221][221] « mennouvriers ». sont les plus présents lors de ces travaux. Le plus souvent, ils sont payés en journées de travail et non à la tâche comme c’est le cas des serruriers. Les manouvriers sont présents pour aider les maçons dans leur travail. Les charretiers [222][222] Arch. mun. Évreux, CC 39, n° 2 : « charetiers »., voituriers [223][223] Ibid., CC 40, n° 18 : « voicturiers » et CC 40, n°... ou « carreur » [224][224] Ibid., CC 39, n° 2, n° 18 et CC 40, n° 43, n° 48 :... sont également cités dans les quittances. Il s’agit du même métier. Le 31 mars 1491, 11 charretiers et un « carreur » sont ainsi payés pour avoir transporté des pierres jusqu’au chantier. La place devant la tour de l’horloge est pavée par Jehan Jouvennet, paveur, le 21 juillet 1494 [225][225] Arch. mun. Évreux, CC 41, n° 7.. D’autres métiers interviennent ponctuellement sur le chantier. Il s’agit principalement des métiers du bois et du fer, comme des menuisiers [226][226] Ibid., CC 39, n° 11 : « menuriers ». et charpentiers qui effectuent quelques travaux sur la tour [227][227] Pour plus de détails, voir A. Désannaux, L’horlogerie.... Les charpentiers interviennent trois fois auprès de la grue. Le 8 octobre 1491 [228][228] Arch. mun. Évreux, CC 40, n° 46 : « […] à Geoffroy..., Geoffroy Deffauldis est seul pour la réparer, mais il devait s’agir d’une réparation provisoire puisque le 21 octobre suivant [229][229] Ibid., CC 40, n° 34 : « […] à Gieffroy Thybault, Guillaume..., trois charpentiers, lui inclus, la restaurent de nouveau. Indirectement, ils contribuent ainsi à l’installation de l’horloge. Des travailleurs du fer remettent en état les outils des maçons. Ainsi, Chardin Vichart effectue quelques réparations en novembre 1491, notamment sur la grue et ses roues [230][230] Ibid., CC 40, n° 33.. Il répare également les marteaux des maçons auxquels il fournit du fer, ainsi que la grue le 12 mars 1393 [231][231] Ibid., CC 41, n° 11.. Il travaille aussi sur une des roues du véhicule et fournit un certain nombre de pièces forgées pour la tour en octobre 1494 [232][232] Ibid., CC 41, n° 13.. Il semble ainsi que la distinction entre le travail d’un serrurier et celui d’un maréchal tienne au volume de la pièce à réaliser ou à réparer. Chardin Vichart travaille en effet sur de plus grosses pièces que les serruriers. Ces travailleurs n’interviennent pas sur le mécanisme de l’horloge. Des personnes travaillant la chaux sont également sur le chantier. Il semble qu’ils la livrent, comme c’est le cas de Jehan Bigot le 7 mai 1491 [233][233] Ibid., CC 40, n° 51 : « […] à Jehan Bigot, chausserre,.... Le 24 septembre 1491 [234][234] Ibid., CC 40, n° 41., Guillaume Buisson, « chausseerre », effectue cette tâche pour 67 sols. Les maçons devaient sans doute se charger de la poser. Le 20 juillet 1493, Jehan Bigot effectue une nouvelle livraison de chaux [235][235] Ibid., CC 41, n° 2.. Le 10 janvier 1491, un cordier nommé Jehan de Saint-Pierre fournit de la corde aux maçons [236][236] Ibid., CC 39, n° 11..

86

Sans la construction de tours spécialement conçues pour les accueillir, les horloges devaient être installées dans des tours déjà existantes. Des travaux d’adaptation semblent avoir été indispensables pour cela. Les améliorations apportées aux différentes horloges de Normandie nécessitaient également l’intervention de personnes appartenant à divers métiers.

Des interventions plus directes auprès de l’horloge : la mise en place et l’entretien des cadrans, des cloches et des cordes

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Pour la réalisation ou la remise en état de cadrans d’horloges, comme dans les chantiers, plusieurs personnes intervenaient pour apporter leurs savoir-faire respectifs. Ainsi, en 1410 (n. s.), deux hommes fabriquent une aiguille de cuivre pour le cadran de l’horloge d’Évreux [237][237] Arch. mun. Évreux, CC 3, n° 1 : « A Jehan Caillot,.... Le premier est Jehan Caillot, dinandier, métier d’art qui consiste à produire des objets en cuivre ou en laiton. Un orfèvre, Thibault Avrillot, l’accompagne.

88

Comme celui d’Évreux, les premiers cadrans du Gros-Horloge de Rouen sont mis en place en 1410, mais il semble que le garde se soit lui-même chargé de leur réalisation et de leur installation [238][238] Arch. mun. Rouen, BM, ms A6, fol. 66r.. En revanche, l’un de ces cadrans est restauré en 1447 [239][239] Ibid., BM, ms A7, fol. 5r : « Ou mois de juillet IIIIC.... Le travail est effectué par Guillaume Thibault et Guillaume Quesnel. Ils sont peintres et interviennent pour dorer et peindre le cadran « de fines coulleurs ».

89

Entre 1476 et 1478, un cadran est fabriqué pour l’horloge de l’église Saint-Maclou de Rouen [240][240] Arch. dép. Seine-Maritime, G 6878 (2 Mi 129) : « Dudit.... Une table en noyer est alors peinte pour lui donner sa forme. Le bois n’est pas la seule matière utilisée au xve siècle pour les cadrans. Ainsi, celui de l’horloge de Pont-l’Évêque semble être en plâtre. Il est fabriqué en 1487-1488 [241][241] Arch. dép. Calvados, G 1164, dossier n° 5 (1487-1488) :.... Comme nous l’avons constaté, un horloger de Lisieux est payé pour le mettre en place. Il semble qu’il n’ait pas fabriqué lui-même les clous nécessaires à le fixer, puisque Michault Ménart est payé pour ces clous ainsi que des gonds. Un peintre est également payé 20 sols.

90

Les horloges sont dotées de cloches. C’est le cas de l’horloge de Pont-l’Évêque pour laquelle une nouvelle cloche est fondue en 1528 [242][242] Ibid., G 1164, dossier n° 36 (1528-1529).. Cette fonte étant coûteuse, une quête est donc organisée pour réunir une somme suffisante [243][243] N. Pallu de la Barriere, « Le chantier de l’église.... Plusieurs hommes participent à la fonte de la cloche, et tout d’abord à la réalisation de son moule. Les comptes de la fabrique conservent ainsi la trace du transport d’eau, de terre, de métal et d’étain vers le lieu choisi pour la fonte de la cloche, à proximité de l’église vers un abri mis en place pour l’occasion [244][244] Arch. dép. Calvados, G 1164, dossier n° 36 (1528-1529) :.... Le seigneur de Launay fournit les briques nécessaires à l’installation du four tandis que le charbon semble être fourni par des paroissiens. La ville fait appel à un fondeur nommé Richard Fournis pour réaliser cette cloche qui a nécessité 229 livres de métal. Il est lexovien et fournit une partie de l’étain nécessaire. Des souffleurs veillent à ce que le four chauffe bien. Hélye Mahiet, sans doute un travailleur du bois, installe les soufflets. La cloche est démoulée le lendemain [245][245] Ibid., G 1164, dossier n° 36 (1528-1529) : « Item pour..., lorsque le four est suffisamment froid, mais le marteau et le battant de la cloche sont brisés et sont donc recuits. Le premier est la pièce frappant la cloche. Quant au battant, il s’agit sans doute de ce qui permet sa fixation. Guillaume de Villers se charge de ces réparations. Une grue est fabriquée par Pierre Vicart, un charpentier, dans le but de monter la cloche. Guillaume de Villers intervient pour les parties en métal.

91

Ces travaux nécessitent l’intervention d’un fondeur assisté de personnes qui ne semblent pas nécessairement avoir de qualification particulière. Le regroupement des matériaux devait tout de même être effectué par des charretiers. La réutilisation d’une cloche plus ancienne, comme c’est la cas pour le Gros-Horloge de Rouen, devait être moins coûteuse, puisque seules les pièces reliant le mécanisme à la cloche devait être fabriquées.

92

Durant le fonctionnement quotidien de l’horloge, les cordes frottent contre le barillet et s’usent peu à peu. Il faut alors les changer afin d’éviter que la corde ne cède, provoquant ainsi la chute brutale du poids. Celle-ci pouvait endommager l’horloge et son environnement. Les cordiers interviennent donc généralement pour les changer ainsi que celles utilisées pour les cloches. Des mentions de remplacements de cordes soutenant les contrepoids nous sont parvenues pour les horloges d’Harfleur [246][246] Arch. dép. Seine-Maritime, 3E6/125 (CC 68)., de Lisieux [247][247] Arch. dép. Calvados, CC 102 (1563-1564) : « pour un... et de Caen [248][248] Arch. mun. Caen, Manuscrits Dupont, t. 1, p. 340..

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C’est à Évreux que l’intervention des cordiers est la plus fréquente et la plus variée, le plus souvent pour fournir la corde soutenant le contrepoids de l’horloge. Ainsi, le 5 avril 1511, Jehan de Saint-Pierre, un cordier, est payé pour avoir fourni deux cordes pour les contrepoids de l’horloge, mais également pour les avoir équipées d’un système permettant d’y suspendre les contrepoids [249][249] Arch. mun. Évreux, CC 48, n° 57 : « pour deux cordes.... Les cordes des contrepoids sont de nouveau changées en 1536 par Quentin Haquet, cordier [250][250] Arch. mun. Évreux, CC 65, n° 53.. La fixation des cordes pouvait devenir une tâche délicate pour celui qui n’en connaissait pas le fonctionnement. La mise en place des cordes était donc probablement effectuée par le garde de l’horloge et cette action devait être considérée comme incluse dans sa charge.

94

Ainsi, les métiers participant à la mise en place d’une horloge sont nombreux, ce qui peut s’expliquer par la construction ou l’adaptation du bâtiment qui l’accueillera. La présence d’un garde ou d’un horloger auprès d’elle n’était pas toujours suffisante à son bon fonctionnement. Pour celui-ci, l’intervention de personnes exerçant d’autres métiers est alors nécessaire, les savoir-faire de chaque intervenant se complétant.

Conclusion

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Cet article apporte un éclairage sur un sujet encore peu étudié et qui pourtant, permet d’aborder différents domaines : l’histoire des techniques, l’histoire politique et l’histoire économique et sociale. Les horloges qui ont été étudiées dans cet article sont les mieux documentées [251][251] Pour plus de détails, voir A. Désannaux, L’horlogerie....

96

Les sources concernant les premières horloges en Normandie permettent de constater que le vocabulaire et les grandes bases de leur fonctionnement sont présents dès leur apparition et ont perduré pendant plusieurs siècles. L’horloge est un objet de prestige qui pouvait participer au rayonnement de certaines villes, comme Rouen et Évreux. Leurs représentants n’hésitaient pas à effectuer des travaux coûteux pour leur horloge. La comparaison des horloges dans différentes villes a permis de confirmer qu’il n’existait pas de concurrence entre un temps laïc et un temps ecclésiastique.

97

Cette étude de l’horlogerie montre le phénomène d’interdépendance entre les métiers pour la mise en place et la réparation d’horloges. Au niveau économique, l’horloger ne pouvait sans doute pas se satisfaire de sa charge pour vivre, ce qui explique qu’un certain nombre d’entre eux effectuait d’autres travaux pour la ville.

98

Loin d’être un sujet fermé comme il pourrait apparaître au premier abord, l’horlogerie ouvre vers des études plus larges, comme celles portant sur les métiers et l’artisanat.


Annexe

Chronologie

1362

Première mention de Bertin de Rouen en Italie

1383

Première mention d’une horloge à la cathédrale de Rouen, mais sans la certitude qu’il s’agisse d’une horloge mécanique

19 juin 1389

L’horloge de Rouen (ou Gros-Horloge) est en cours de réalisation

5 août 1389

Première mention de la construction d’une tour de l’Horloge à Rouen

30 sept. 1389

Achèvement de la construction du mécanisme du Gros-Horloge de Rouen

1378

Une tour de l’horloge est en construction à Argentan

1385-1388

L’horloge à Évreux est citée pour la première fois

1420

Première mention de l’horloge d’Argentan

1421-1453

Apparition de l’horloge de Lisieux

1433

Première mention certaine d’une horloge mécanique à poids pour la cathédrale Notre-Dame de Rouen

1436

Première mention de Baudet de Coulomby lors de la mise en place de l’horloge de la Chambres des comptes de Rouen

1437

Première mention de l’horloge de l’Archevêché (de Rouen)

1437

L’horloge de l’église Saint-Maclou de Rouen est citée pour la première fois

1440-1441

Référence au transport d’une horloge dans les comptes de l’Archevêché de Rouen

1444

Première mention de l’église Notre-Dame d’Alençon

1465

L’horloge de l’église Saint-Ouen de Pont-Audemer apparaît pour la première fois

1466

Première mention de l’horloge d’Harfleur

1482

Première mention de l’horloge d’Elbeuf

1484-1485

L’horloge de l’église Saint-Michel de Pont-l’Évêque est citée pour la première fois

1491

Début des travaux de construction de la tour de l’horloge d’Évreux

1511

Paiement de l’horloge des Cordeliers de Pont-Audemer

1519-1520

Paiement d’un homme de Pont-l’Évêque pour qu’il aille chercher l’horloge à Crévecœur

1528

Fonte d’une cloche pour l’horloge de Pont-l’Évêque

1537

Première mention de l’horloge de Caen

1544

Statut des horlogers de Paris

1556 ou 1564

Une horloge faite à Caudebec par un horloger de Lisieux

1552

Première mention de l’horloge de Saint-Vivien (Rouen)

1581-1583

Première mention de l’horloge d’Honfleur

Glossaire [252][252] Les termes en italiques sont définis dans le glossaire....

99

Autonomie : période durant laquelle l’horloge peut fonctionner sans être remontée.

100

Barillet : roue pouvant être comparée à une poulie dans la gorge de laquelle repose la corde à laquelle le poids est fixé et qui permet la rotation du barillet. Une seconde définition apparaît avec l’apparition du ressort-moteur. Le barillet n’est plus dans ce cas équivalant à une poulie, mais sert plutôt de réceptacle au ressort enroulé sur lui-même.

101

Cage : support dans lequel se situe la totalité des rouages d’une horloge.

102

Charge : fonction occupée par une personne ou mission qui lui est confiée.

103

Chute des poids : déroulement de la corde autour du barillet et donc la descente du poids jusqu’au sol. Plus la hauteur est importante, plus l’horloge fonctionne longtemps.

104

Clepsydre (ou horloge à eau) : instrument mesurant le temps par un écoulement d’eau d’un récipient gradué à une second récipient.

105

Cliquet : une des trois parties du système de remontage d’une horloge mécanique (à poids ou à ressort). Cette pièce a la forme d’un croissant dont l’épaisseur décroît à l’une de ses extrémités. Le cliquet, retenu par le ressort de cliquet, passe d’une dent à l’autre du rochet, ce qui bloque le retour du barillet lors du remontage afin d’éviter la chute du poids ou la détente du ressort. Voir rochet, ressort de cliquet.

106

Demie (sonnerie de la) : sonnerie des demi-heures.

107

Détente (de sonnerie) : terme encore utilisé aujourd’hui pour qualifier le système de déclenchement de la sonnerie d’une horloge mécanique.

108

Dinandier : artisan produisant des objets en cuivre ou en laiton. La dinanderie peut être qualifiée de métier d’art.

109

Échappement : partie mécanique qui sert à réguler le mouvement d’une horloge. Le premier échappement connu est l’échappement à foliot.

110

Fléau : voir foliot.

111

Foliot : premier type d’échappement connu. Le foliot se compose d’une barre verticale, appelée verge, possédant deux palettes. Le fléau est perpendiculaire à la verge qu’il met en mouvement. Il est composé de deux régules (ou poids de petite taille). Par le mouvement de la verge, les deux palettes entrent alternativement en contact avec la roue de rencontre et laissent ainsi échapper (d’où le nom d’échappement) les dents une à une.

112

Fusée : pièce conique sur laquelle s’enroule une chaîne (ou une corde) et qui sert à compenser la perte de force du ressort et à transmettre cette force au rouage.

113

Heures égales : les heures égales correspondent au système de division du jour encore utilisé aujourd’hui. Le jour est ainsi divisé en 24 heures de même durée, quelles que soient la saison et la durée du jour solaire.

114

Heures inégales : les heures inégales sont calculées sur la journée solaire. L’heure inégale est la douzième partie de la journée, au sens de l’espace entre le lever du soleil et son coucher ou de son coucher à son lever. Les heures inégales ne sont donc pas de la même longueur le jour et la nuit sauf à l’équinoxe. Leur longueur dépend également des saisons. Ainsi, les jours d’été, les heures du jour sont plus longues que celles de la nuit et ces données s’inversent en hiver.

115

Horloge (du grec hôra, terme désignant toute division du temps, période, saison, heure, et de legein, « dire ») : l’horloge serait ainsi un objet « qui dit l’heure ». Il s’agit d’un instrument de mesure du temps, de taille plus ou moins importante, qui indique l’heure sur un cadran et peut sonner l’heure à intervalles fixes.

116

Horloge à eau : voir clepsydre.

117

Horloge astronomique : une horloge astronomique est, au niveau technique, une horloge mécanique à poids améliorée pour permettre l’indication de la course annuelle du soleil ou la course mensuelle de la lune et parfois ces deux courses en même temps.

118

Instrument de mesure du temps : désigne les différents moyens ou méthodes utilisés par l’homme pour mesurer le temps, qu’il s’agisse du gnomon, de la clepsydre, du sablier ou d’autres instruments, dont l’horloge mécanique à poids fait partie.

119

Isochronisme : en horlogerie, l’isochronisme caractérise le mouvement du pendule qui se fait en des intervalles de temps égaux.

120

Marteau : pièce servant à frapper sur le timbre ou la cloche de l’horloge. Le marteau est composé d’une tête, d’une tige et d’une queue en forme d’aile ou de palette. Lorsqu’une cheville entre en contact avec la queue du marteau, elle le repousse afin d’éloigner la tête du marteau de la cloche. La roue de sonnerie continue de tourner et la cheville finit par relâcher d’un seul coup la queue du marteau, qui frappe donc la cloche.

121

Palettes : voir foliot.

122

Pendule : système de régulation de la force motrice des horloges mécaniques inventé en 1657.

123

Pignon : petite roue avec un faible nombre de dents ou de chevilles servant d’intermédiaire entre deux roues.

124

Quarts (sonnerie des) : sonnerie des quarts d’heures.

125

Régules : voir foliot.

126

Ressort de cliquet : une des trois parties du système de remontage d’une horloge mécanique (à poids ou à ressort). Il s’agit d’une lame souple qui repousse le cliquet. Voir rochet, cliquet.

127

Ressort-moteur : lame métallique enroulée sur elle-même, en spirale et logée dans une boîte cylindrique, appelée barillet.

128

Révision du mécanisme : voir rhabillage.

129

Rhabillage (verbe : rhabiller) : révision du mécanisme. Il s’agit de remettre en état, de réparer une horloge et/ou son cadran.

130

Rochet : une des trois parties du système de remontage d’une horloge mécanique (à poids ou à ressort). Le rochet est une roue dont les dents sont fortement inclinées dans un sens. Voir ressort de cliquet, cliquet.

131

Roue de compte : roue appartenant au système de sonnerie d’une horloge. Cette roue comporte des entailles à intervalles irréguliers. Il existe des roues de compte des heures et des quarts. Les heures et les demi-heures sont parfois couplées sur la même roue de compte. Il peut en être de même des quarts et des demi-heures. La roue de compte des heures comporte onze encoches séparées par des parties hautes de tailles différentes. La première encoche est plus large que les autres et permet la sonnerie de la première heure. La roue de compte des heures permet la distinction de chaque heure par la sonnerie du nombre de coups correspondant à l’heure indiquée, de un à douze coups.

132

Roue de rencontre : roue de l’échappement qui est en contact avec les palettes du foliot dans les premières horloges mécaniques à poids. Elle possède toujours un nombre impair de dents.

133

Verge : voir foliot.

134

- Volant (de sonnerie) : pièce du mécanisme de sonnerie permettant de ralentir la chute de son poids-moteur et d’augmenter ainsi l’intervalle entre deux sonneries.

Notes

[*]

Université de Caen.

[1]

G. Dorhn-van Rossum, L’histoire de l’heure. L’horlogerie et l’organisation moderne du temps, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 1997 (traduction), p. 48.

[2]

Tardy, Dictionnaire des horlogers français, Paris, Tardy, 1971. Henri-Gustave-Eugène Lengellé, dit Tardy, a mené plusieurs études sur l’horlogerie, et les a publiées aux éditions qui portent son nom.

[3]

Les paines et sallaires des Batisseurs de l’Orloge, 1491-1991, Catalogue de l’Académie Paléologique de l’Eure ; 1497-1997 cinq millions d’heures autour de l’Horloge, Évreux et son beffroi, exposition réalisée par les services culturels de la Ville d’Évreux : archives municipales, bibliothèque-médiathèque et musée d’Évreux, 24 mai-30 novembre 1997 ; A. A. L. Chassant, Notice historique sur la tour de l’Horloge d’Évreux, Évreux, Imprimeur de la préfecture, 1844.

[4]

Ch. de Beaurepaire, « Les horloges et horlogers de Rouen », Bulletin de la Commission des Antiquités de la Seine-Maritime, t. VIII, 3e livraison, 1891, p. 472-526. ; R.-L. Hainaut, Notice historique sur la Grosse-Horloge de Rouen, Son antiquité et sa remarquable conservation, Rouen, E. Cagniard, 1887 ; R.-L. Hainaut, Jehan de Felains. Constructeur du Gros-Horloge de Rouen. Inventeur de la sonnerie des quarts, 1887 ; R.-L. Hainaut, Recherches sur l’origine de l’horlogerie, Sotteville-lès-Rouen, Imprimerie E. Lecourt, 1896 ; E. de La Quérière, L’ancien Hôtel de Ville et la Grosse Horloge de Rouen, Rouen, H. Boissel, 1864.

[5]

J. Mesqui, Le château de Tancarville, Histoire et architecture, La Chapelle-Montligeon, Société française d’archéologie, 2007, p. 79.

[6]

A. et S. Plaisse, La vie municipale à Évreux pendant la guerre de Cent Ans, Évreux, Revue Connaissance de l’Eure, Hors Série n° 2, 1978, p. 23, 63-67, 246 et 261.

[7]

L. R. Delsalle, Rouen et les Rouennais au temps de Jeanne d’Arc, 1400-1470, Éditions du P’tit Normand, Rouen, 1982, p. 146-153.

[8]

« L’heure du temps » à Rennes d’août à novembre 2006.

[9]

Les paines et sallaires des Batisseurs de l’Orloge, op. cit.

[10]

1497-1997 cinq millions…, op. cit.

[11]

A. A. L. Chassant, Notice historique sur la tour de l’Horloge d’Évreux, op. cit.

[12]

E. de La Quérière, L’ancien Hôtel de Ville et la Grosse Horloge de Rouen, op. cit.

[13]

R.-L. Hainaut, Notice historique sur la Grosse-Horloge de Rouen… op. cit. ; R.-L. Hainaut, Jehan de Felains…, op. cit.

[14]

R.-L. Hainaut, Recherches sur l’origine de l’horlogerie, op. cit.

[15]

Ch de Beaurepaire, « Les horloges et horlogers de Rouen », op. cit.

[16]

P. Zumthor, « Un traité français d’horlogerie du xvie siècle », Zeitschrift für romanische Philologie, 1957, 73, 1957, p. 274-287.

[17]

J. Froissart, Le Paradis d’amour [suivi de] L’Orloge amoureus, Genève, Droz, Textes littéraires français, 1986.

[18]

Ph. de Mézières, Songe du Vieil Pèlerin, G. W. Coopland (éd.), Cambridge University Press, 1969, 2 vol.

[19]

Bibliothèque royale de Bruxelles, ms IV, 111, fol. 13v. Il s’agit d’une enluminure du xve siècle présente sur une traduction française d’un manuscrit d’Henri de Berg.

[20]

J. Le Lieur, Le livre des fontaines, Rouen, Éditions Point de vues, 2005 (rééd.), 2 vol.

[21]

Grand Larousse de la langue française, Paris, Larousse, 1989 (rééd.).

[22]

J. Froissart, Le Paradis d’amour…, op. cit., O201-O220, O347-O366 et O599-O614.

[23]

A. Désannaux, L’horlogerie mécanique à poids dans quelques villes de Normandie (xive-xvie siècles), Dossier de recherche de Master 1 sous la direction de Véronique Gazeau, Université de Caen, 2007, p. 274-287.

[24]

P. Zumthor, « Un traité français d’horlogerie du xive siècle », op. cit. Ce texte est difficile à consulter. Il est repris dans A. Désannaux, L’horlogerie mécanique à poids…, op. cit., Mémoire de Master 1, p. 132-137. Ce traité apparaîtra désormais sous l’abréviation T et les références prendront la forme « T, page, lignes ».

[25]

Voir la définition des termes techniques dans le glossaire.

[26]

O. Guyotjeannin, E. Poulle (dir.), Autour de Gerbert d’Aurillac : le pape de l’an mil : album de documents commentés, Paris, École des chartes, 1996, p. 365-367.

[27]

J. Froissart, Le Paradis d’amour…, op. cit., O201-O220.

[28]

Ibid. : « plonc ».

[29]

T, p. 132, l. 7-11 : « […] Et est assavoir que en ladite roue du foliot doivent les dens estre toujours non per affin que au rencontre, quant elle fiert a une des dens, elle puisse eschapper par entre les aultres dens qui sont à l’opposite d’icy, […] ».

[30]

T : « In horologio sont septem rote ».

[31]

J. Froissart, Le Paradis d’amour…, op. cit., O201-O205.

[32]

P. de Mézières, Songe du Vieil Pèlerin, op. cit., livre 1, 49.

[33]

Jean de Dondis a écrit un traité très complet, décrivant son horloge en détail, ce qui a permis la réalisation de reconstitution de celle-ci. Ce traité a été édité par Emmanuel Poulle : G. « dall’Orologio » Dondi, Tractatus Astrarii, éd. critique et trad. de la version A par Emmanuel Poulle, Genève, Droz, 2003.

[34]

Bibliothèque royale de Bruxelles, ms IV, 111, fol. 13v.

[35]

G. Dorhn-Van Rossum, L’histoire de l’heure…, op. cit., p. 113-118.

[36]

E. Poulle, « La mesure du temps et son histoire », Bibliothèque de l’École des chartes, 1999, t. 157, n° 1, p. 221-229.

[37]

J. Froissart, Le Paradis d’amour…, op. cit., O347 à O360.

[38]

Ch. de Beaurepaire, « Les horloges et horlogers de Rouen », op. cit. : « Pour avoir reffait le réveil, lequel estoit rompu, quant on me le bailla, 9 sols ».

[39]

Bibliothèque royale de Bruxelles, ms IV, 111, fol. 13v.

[40]

Sandro Botticelli, Saint Augustin dans sa cellule, 1479, église d’Ognissanti, Florence (œuvre commandée par la famille Vespucci).

[41]

Tardy, La pendule française, t. 3, Les Provinces françaises. Horloges et pendules étrangères, Paris, Tardy, 1974, p. 741.

[42]

S. Lenormand et alii, Nouveau Manuel complet de l’Horloger, Paris, 1863 (réed. Paris, Inter-livres, 1985).

[43]

A. Désannaux, L’horlogerie mécanique à poids…, op. cit., p. 32-42 (description du mécanisme du Gros-Horloge).

[44]

Tardy, Dictionnaire des horlogers français, op. cit. L’horloge en question est probablement de fabrication normande. Son mécanisme est en effet similaire aux réalisations des ateliers normands du xviiie siècle. À cette époque, la signature présente sur l’horloge était en effet souvent celle du vendeur de l’horloge sans que celui-ci en soit l’auteur.

[45]

T, p. 126, l. 128-129 : « […] quando clencha in ea intrat et priusquam exeat ferit unum ictum et in sequenti proximo duos ictus, et in 3 tres, etc. de singulis sequentibus juxta numerum usque ad 12 horas ».

[46]

T, p. 126-127, l. 126-134.

[47]

C’est ce dispositif de double roue qui est employé sur le Gros-Horloge.

[48]

T, p. 126-127, l. 128-131.

[49]

Certaines horloges ne sont qu’évoquées. Se reporter à A. Désannaux, L’horlogerie mécanique à poids…, op. cit., pour plus de détails.

[50]

Arch. mun. Rouen, Bibliothèque municipale (BM), ms A1, fol. 30v.

[51]

Ibid., BM, ms A11, fol. 68 r.

[52]

E. de La Quérière, L’ancien Hôtel de Ville et la Grosse Horloge de Rouen, op. cit.

[53]

R.-L. Hainaut, Notice historique sur la Grosse-Horloge de Rouen, op. cit. ; R.-L. Hainaut, Jehan de Felains, op. cit.

[54]

A. Désannaux, L’horlogerie mécanique à poids…, op. cit., p. 32-38 et p. 143-149.

[55]

Arch. mun. Rouen, BM, ms A1, 6r.

[56]

Ibid., BM, ms A1, fol. 12r.

[57]

Ibid., BM, ms A1, fol. 45v. : « […] que Jehan de Felains auroit, pour la perfection que il avoit faicte de l’auloge de la dicte ville depuis que l’euvre d’icelle auloge avoit esté osté à Jourdain de Lectre , la somme de LXX francs […] ».

[58]

Les registres ne sont conservés qu’à partir de cette date.

[59]

Arch. mun. Rouen, BM, ms A1, fol. 12r.

[60]

Ibid., BM, ms A1, fol. 6r. L’ancien beffroi aurait été détruit en 1382.

[61]

Ibid., BM, ms A1, fol. 15r.

[62]

Ibid., BM, ms A4, fol. 20r.

[63]

Ibid., BM, ms A1, fol. 45v.

[64]

Ibid., BM, ms A1, fol. 12v.

[65]

Ibid., BM, ms A6, fol. 66r.

[66]

Arch. mun. Rouen, BM, ms A7, fol. 5r.

[67]

E. de La Quérière, L’ancien Hôtel de Ville et la Grosse Horloge de Rouen, op. cit., p. 49. Eustache de La Quérière donne l’origine de cette citation (Ms Bigot, à la Bibliothèque impériale) mais sans indiquer la cote du manuscrit.

[68]

Arch. mun. Rouen, BM, ms A6, fol. 66r : « […] en deux kadrens qu’il dis avoir faiz sur la porte de Machacre appartenant à la dicte ville […] ».

[69]

Les sources la concernant sont des quittances de paiements divers. Elles permettent l’étude de l’horloge d’Évreux de 1410 (Arch. mun. Évreux, CC 3, n° 1) à 1554 (Arch. mun. Évreux, CC 82, n° 11).

[70]

A. Giffard, Ordonnances de J. Ableiges pour les métiers d’Évreux (1385-1387), Caen, L. Jouan, 1913, p. 32.

[71]

Arch. mun. Évreux, CC 31, n° 121.

[72]

La toise mesure entre 1,80 et 2 m. 14 toises correspondraient donc à une longueur de 25 et 28 m.

[73]

Arch. mun. Évreux, CC 3, n° 1.

[74]

A. A. L. Chassant, Notice historique sur la tour de l’Horloge d’Évreux, op. cit., p. 20-21 ; 1497-1997 cinq millions…, op. cit., p. 14-16.

[75]

Arch. mun. Évreux, DD 1.

[76]

A. A. L. Chassant, Notice historique sur la tour de l’Horloge d’Évreux, op. cit., p. 19.

[77]

Arch. mun. Évreux, CC 40, n° 73.

[78]

Ibid., CC 13, n° 12.

[79]

Ibid., CC 35, n° 35.

[80]

Ibid., CC 39, n° 8 et n° 19.

[81]

Ibid., CC 47, n° 18.

[82]

Les comptes de la ville sont conservés aux Archives départementales du Calvados depuis 1995.

[83]

Arch. dép. Calvados, CC 22 (1446).

[84]

Ibid., CC 238 (1786).

[85]

F. Neveux, Bayeux et Lisieux, Caen, éditions-diffusions du Lys, 1996.

[86]

Tardy, Dictionnaire des horlogers français, op. cit.

[87]

« Mémorial de ce qui s’est passé de plus remarquable dans la ville de Lisieux depuis l’an 1676 (jusqu’en 1717) », Bulletin de la Société Historique de Lisieux, 1875, n° 6, p. 1-34.

[88]

Arch. dép. Calvados, CC 35 (1463).

[89]

Les registres de 1449 à 1462 n’ont pas été conservés, mais Armand Benet (archiviste départemental qui a écrit un inventaire manuscrit datant de 1902, conservé à la Société historique de Lisieux dans lequel il référence des transcriptions des comptes de la ville) a pu les consulter. L’horloge est ainsi citée en 1453 (A. Benet, « Transcription d’une partie des comptes de Lisieux », exemplaire manuscrit, Société Historique de Lisieux, p. 39, CC 31, 9e compte de Jehan Eschalart [commence le 1er février 1454 (n. s.)]). Ainsi, l’horloge de Lisieux aurait été mise en place entre 1449 et 1453. Tous les ans dès 1463, à l’exception des années pour lesquelles les comptes sont lacunaires, un homme est payé pour entretenir l’horloge dont nous étudierons l’histoire jusqu’à l’année 1576 (n. s.). L’horloge ne disparaît pas des comptes à cette date mais le gouverneur de l’horloge qui en a la charge n’est alors plus le même.

[90]

Arch. dép. Calvados, CC 102 (1563-1564).

[91]

Ibid., CC 100 (1561-1562).

[92]

Pour plus de détails sur l’horloge de Lisieux, se référer à A. Désannaux, L’horlogerie mécanique à poids…, op. cit., mémoire de Master 2, p. 6-11.

[93]

Arch. dép. Calvados, CC 35 (1463).

[94]

Ibid., CC 86 (1535-1536).

[95]

Ibid., CC 87 (1536-1537) et CC 88 (1537-1538).

[96]

Ibid., CC 102 (1563-1564), CC 103 (1564-1565) et CC 104 (1564-1565).

[97]

« Mémorial de ce qui s’est passé de plus remarquable dans la ville de Lisieux.. », op. cit.

[98]

Tardy, La pendule française, t. 3, op. cit., p. 498.

[99]

A. Curry, « La Chambre des comptes en Normandie sous l’occupation anglaise, 1417-1450 », dans P. Contamine, O. Matteoni, Les Chambres de comptes en France aux xive et xve siècles, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière, Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, 1998, p. 91-125.

[100]

BnF, fr. 26061/2889.

[101]

Arch. dép. Seine-Maritime, 100 J (fonds Danquin).

[102]

Les sources concernant Tancarville ne sont pas classées. Les pièces relatives au château sont regroupées dans la série 1 ER. Ces pièces comptables sont reliées en cahiers. Chacun d’eux regroupe les recettes et les dépenses du château pour une année.

[103]

J. Mesqui, Le château de Tancarville…, op. cit., p. 79.

[104]

Arch. dép. Seine-Maritime, 1 ER 23 (1463-1464).

[105]

Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 1, Quittance (2 mai et 21 septembre 1465).

[106]

Les comptes de la ville de Pont-Audemer ont été conservés pour la période allant de 1455 à 1552. Ils semblent avoir été reliés au xixe siècle par un archiviste nommé Le Belloy qui a visé la plupart des pièces conservées. Il existe dix registres couvrant la totalité de la période. Sur leur couverture du xixe siècle, les registres sont appelés « Comptes d’octroi » sans être numérotés. Les dates de début et de fin de chacun des registres servent ainsi de repères. Afin de simplifier les notes de bas de page, nous nommerons le registre se plaçant chronologiquement en première position le « Registre 1 ».

[107]

Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 2, Lc 84fin, fol. 23, art. 31 (1484-1485) : « Charles de Luxambourg ».

[108]

Ibid., Registre 5, Lc 14, fol. 38, art. 45 (1514-1515).

[109]

Ibid., Registre 3, Lc 92, fol. 25, art. 41 (1492-1493) : « asseoir les martel, martinetz et autres engins de l’orloge ».

[110]

Ibid., Registre 3, Lc 93, fol. 35-36, art. 30 (1493-1494).

[111]

Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 3, Lc 92, fol. 25, art. 41 (1492-1493) : « mis en la petite tour du portail de ladite église en laquelle petite tour l’en a monté la cloche de nouvel fondue en icelle église pour icelle servir d’orloge ».

[112]

A. Guilmeth, Histoire communale de l’arrondissement de Pont-Audemer, Paris, Delaunay, 1832, p. 67-69.

[113]

Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 7, Lc 33, fol. 78-79 (1533-1534).

[114]

Ibid., Registre 7, Lc 35, fol. 42 (1535-1536).

[115]

Ibid., Registre 8, Lc 43, fol. 30 (1543-1544).

[116]

Ibid., Registre 8, Lc 37, fol. 49-50 (1537-1538).

[117]

A. Guilmeth, Histoire communale, …, op. cit., p. 63.

[118]

Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 8, Lc 42, fol. 24 (1542-1543).

[119]

Les comptes d’Harfleur ont été conservés sous la forme de quittances, classées par année (chaque pièce est foliotée, mais certaines le sont par deux fois, sans que l’une ou l’autre des numérotations ait été éliminée ; dans ce cas, les deux numéros de folio seront indiqués).

[120]

Arch. dép. Seine-Maritime, 3E6/115 (CC 58), fol. 5 (pièces justificatives de 1465-1466).

[121]

Ibid., 3E6/132 (CC 75), fol. 11 (pièces justificatives de 1522).

[122]

Ibid., 3E6/125 (CC 68), fol. 32r (pièces justificatives de 1502).

[123]

Ibid., 3E6/128 (CC 71), fol. 32r (pièces justificatives de 1507).

[124]

Ibid., 3E6/125 (CC 68), fol. 60r (pièces justificatives de 1502).

[125]

Ibid., 3E6/119 (CC 62), fol. 6r (pièces justificatives de 1474-1475).

[126]

Ibid., 3E6/115 (CC 58), fol. 62r (pièces justificatives de 1465-1466).

[127]

Ibid., 3E6/120 (CC 63), fol. 17 ou 88r (pièces justificatives de 1476-1478).

[128]

Arch. dép. Calvados, G 1164, Dossier n° 12 (1500-1501) : « à Leurens Beusse pour avoir rabillié les contrepois ». Quelques registres sont conservés aux archives départementales du Calvados (G 1164) et portent sur la période allant de 1480 à 1530. Chaque registre compte en général une vingtaine de folios non numérotés et concerne une année commençant à la Saint-Michel, c’est-à-dire en septembre, et se terminant à la Saint-Michel de l’année suivante. Ils sont classés individuellement dans une sous-chemise. Le carton comporte ainsi 37 dossiers, numérotés de 1 à 37. Nous utiliserons cette cotation pour les références à ces registres. Ils sont divisés en deux parties : les recettes et les dépenses de l’église Saint-Michel. Ces dernières ne sont pas toujours détaillées. En effet, le trésorier a parfois regroupé la totalité des dépenses en un seul paragraphe.

[129]

Ibid., G 1164, Dossier n° 1 (1484-1485).

[130]

Ibid., G 1164, Dossier n° 36 (1528-1529).

[131]

Ibid., G 1164, Dossier n° 5 (1487-1488).

[132]

Ibid., G 1164, Dossier n° 37 (1529-1530).

[133]

A. Guilmeth, Histoire communale…, op. cit., p. 68.

[134]

Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 4, Lc 10, fol. 22, art. 37 et quittance (1510-1511).

[135]

J. Le Goff, « Au Moyen Âge : Temps de l’Église et temps des marchands », dans Pour un autre Moyen Âge, Temps, travail et culture en Occident, Paris, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 1977, p. 46-65.

[136]

Arch. dép. Calvados, CC 111 (1566-1567).

[137]

Arch. dép. Seine-Maritime, 3E6/128 (CC 71), fol. 5 (1507-1508).

[138]

Arch. mun. Rouen, BM, ms A1, fol. 30v.

[139]

Ibid., BM, ms A1, fol. 12r.

[140]

Ibid., BM, ms A4, fol. 61v : « maistre Jehan de Fellain, garde de l’auloge ».

[141]

Ibid., BM, ms A6, fol. 66r : « Olivier Homo, orlogier et garde de l’horloge ».

[142]

Ibid., BM, XX 1, fol. 90v : « Baudet Coulomby, orlogier ».

[143]

Arch. dép. Seine-Maritime, G 38.

[144]

Ibid., G 6876 : « A Baudet, aulogier ».

[145]

Ibid., G 6876 : « A Robinet, pour l’auloge ».

[146]

Arch. mun. Rouen, BM, XX 3 : « de Nicolas Lambert, aorlogier ».

[147]

Ibid., BM, XX 1, fol. 159r : « Jaque Lambert, filz du deffunct Nicolas Lambert cy son commandement la garde du beffroy et orloge d’icelle ville ; item icelluy Jaques avons donné et donneront et la garde et gouvernement de ladicte orloge et beffroy d’icelle ville ».

[148]

Arch. mun. Rouen, BM, XX 4 : « de Vincent Quesnay, aorlogier ».

[149]

Pour plus de détails, voir A. Désannaux, L’horlogerie mécanique à poids…, op. cit., mémoire de Master 1.

[150]

Arch. mun. Évreux, CC 13, n° 12. L’orthographe du nom de Jehan Le Cueur est variable dans les pièce comptables d’Évreux. Ainsi nous retrouvons les orthographes suivantes : « Le Cueur », « Le Cleur », « Lecueur » ou encore « Lequeur ».

[151]

Ibid., CC 35, n° 35.

[152]

Ibid., CC 40, n° 73 : « a Pierres Juger, serrurier, […] ainsi qu’il a esté acoustumé faire par cy devant pour sa paine et sallaire d’avoir gouverné et fait sonner durant led. temps l’orloge ».

[153]

Ibid., CC 49, n° 67.

[154]

Ibid., CC 51, n° 71 : « a Jehan Le Cœur, serrurier ».

[155]

Ibid., CC 53, n° 6.

[156]

Ibid., CC 54, n° 3.

[157]

Ibid., CC 81, n° 38.

[158]

Ibid., CC 88, n° 1.

[159]

Ibid., CC 88, n° 1 : « Maître Jehan Aubiot, horlogeur ordinaire de ladite ville ».

[160]

Tous ne seront pas étudiés. Pour plus de détails, se référer à A. Désannaux, L’horlogerie mécanique à poids…, op. cit.

[161]

Ou Coulemart ou Couillemar.

[162]

Arch. dép. Calvados, CC 35 (1463) et CC 56 (1504-1506).

[163]

Ibid., CC 39 (1468) et CC 46 (1475).

[164]

Ibid., CC 35 (1463).

[165]

Ibid., CC 50 (1482).

[166]

Ibid., CC 52 (1486).

[167]

Ibid., CC 56 (1504-1506).

[168]

Ibid., CC 57 (1507). Il commence à exercer sa charge en janvier 1507.

[169]

Ibid., CC 65 (1515).

[170]

Ibid., CC 57 (1507).

[171]

Ibid., CC 66 (1516).

[172]

Ibid., CC 66 (1516) et CC 84 (1533-1534).

[173]

Ibid., CC 101 (1562-1563). Il aurait ainsi exercé de janvier 1530 à juin 1562.

[174]

Arch. dép. Calvados, CC 83 (1532-1533).

[175]

Ibid., CC 84 (1533-1534).

[176]

Ibid., CC 101 (1562-1563).

[177]

Ibid., G 393.

[178]

Ibid., G 393 (1562-1563).

[179]

Ibid., CC 108 (1566-1567).

[180]

Ibid., CC 111 (1566-1567).

[181]

Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 1, Quittance (2 mai et 21 septembre 1465) : « […] à Pierres Rastel, prebtre, […] ». Comme pour Lisieux, la fin des termes précède le paiement. Ainsi, le premier devait s’achever à Pâques et être payé en mai.

[182]

Ibid., Registre 1, Lc 77, fol. 31, art. 40-41 (1477-1478).

[183]

Ibid., Registre 2, Lc 85, fol. 40, art. 53 (1485-1486).

[184]

Ibid., Registre 4, Lc 02déb., fol. 13, art. 32 (1502-1503).

[185]

Ou Lyhault.

[186]

Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 4, Lc 02déb., fol. 12, art. 26 (1502-1503).

[187]

Ibid., Registre 3, Lc 95, fol. 39, art. 56 (1495-1496).

[188]

Ibid., Registre 4, Lc 02fin, fol. 57, art. 50 (1502-1503).

[189]

Ibid., Registre 5, Lc 18, fol. 32-33 (1518-1519.

[190]

Ibid., Registre 6, Lc 26, fol. 38 à 40 (1526-1527).

[191]

Ibid., Registre 6, Lc 26, fol. 38 (1526-1527).

[192]

Ibid., Registre 8, Lc 37, fol. 49-50 (1537-1538) : « à Jehan Lihault, filz du deffunct Jehan Lihault ».

[193]

Nous préciserons Jehan Lihault père et Jehan Lihault fils afin de bien les distinguer.

[194]

Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 8, Lc 42, fol. 24 (1542-1543).

[195]

Ou Nicollau Raganel.

[196]

Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 8, Lc 42, fol. 24 (1542-1543).

[197]

Ibid., Registre 9, Lc 49, fol. 28 (1549-1550).

[198]

Ibid., Registre 8, Lc 43, fol. 30 (1543-1544).

[199]

Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 9, Lc 50, fol. 31 (1550-1551).

[200]

Ibid., Registre 9, Lc 50, fol. 31 (1550-1551).

[201]

J. Froissart, Le Paradis d’amour…, op. cit., 1986, p. 131, O927-O948.

[202]

Arch. mun. Évreux, CC 47, n° 52.

[203]

Arch. mun. Rouen, BM, XX 1, fol. 68r, 90v et 159r.

[204]

Arch. mun. Caen, manuscrits Dupont, t. 1, p. 330 : « Sur la plainte du sire Gilles Fillastre exposant que le sire Régnier gouverne si mal l’horloge de la ville qu’aujourd’hui, ayant un atelier de maçons et autres ouvriers qui lui construisent une maison, l’horloge a sonné sept heures alors qu’il n’en était que cinq, et que ses ouvriers ont quitté leur travail. Sur quoi le sire Régnier est averti de mieux gouverner l’horloge, sous peine d’être renvoyé ; le sire Fillastre est prié pour cette fois de supporter le dit fait ».

[205]

Arch. mun. Évreux, CC 20, n° 9 : « pour avoir gardé et governé l’orgolle de ladite ville tant de jour que de nuyt ».

[206]

Arch. dép. Seine-Maritime, G 7754 : « Le XXVIIe jour de mars pour avoir engressé les mouvemens de l’orloge, V sols ».

[207]

A. Benet, « Transcription d’une partie des comptes de Lisieux », op. cit., p. 39, CC31, 9e compte de Jehan Eschalart.

[208]

Arch. mun. Pont-Audemer, Registre 2, Lc 84fin, fol. 23, art. 31 (1484-1485) : « A Charles de Luxambourg, aouloigier […] pour sa peine, despens et salaire d’avoir refforgé, lymey, radenté et mis a point l’esguille, le folliot, les roes des mynuttes et rencontres et autres choses servantes à l’orloge de ceste ville dudit Pontaudemer […] ».

[209]

Arch. mun. Évreux, CC 46, n° 20.

[210]

Arch. dép. Seine-Maritime, G 38.

[211]

Pour en savoir plus sur les travaux de serrurerie, voir A. Désannaux, L’horlogerie mécanique à poids…, op. cit., mémoires de Master 1 et 2.

[212]

Arch. mun. Rouen, BM, ms A1, fol. 15r : « Fu [dit] que maistre Jehan de Baieux retenu maistre maçon de ladicte ville, lequel fist serment accoustumé ».

[213]

Ibid., BM, ms A1.

[214]

Ibid., BM, ms A4, fol. 41r.

[215]

Ibid., BM, ms A4, fol. 61r.

[216]

Ibid., BM, ms A4, fol. 1r, 20r et 41 r.

[217]

Ibid., BM, ms A4, fol. 48r.

[218]

Ibid., BM, ms A1, fol. 41r.

[219]

Arch. mun. Évreux, CC 39, n° 8.

[220]

« machons » ou « massons ».

[221]

« mennouvriers ».

[222]

Arch. mun. Évreux, CC 39, n° 2 : « charetiers ».

[223]

Ibid., CC 40, n° 18 : « voicturiers » et CC 40, n° 6 : « voesturier ».

[224]

Ibid., CC 39, n° 2, n° 18 et CC 40, n° 43, n° 48 : « carreur » ; CC 40, n° 55 : « carréeur » ; CC 41, n° 4 : « carrieur ».

[225]

Arch. mun. Évreux, CC 41, n° 7.

[226]

Ibid., CC 39, n° 11 : « menuriers ».

[227]

Pour plus de détails, voir A. Désannaux, L’horlogerie mécanique à poids…, op. cit.

[228]

Arch. mun. Évreux, CC 40, n° 46 : « […] à Geoffroy Thybault, charpentier, sur la réparation qu’il a fait à une grue pour srevir à l’orloge de ceste dite ville la somme de LX sols […] ».

[229]

Ibid., CC 40, n° 34 : « […] à Gieffroy Thybault, Guillaume Vassal et Noël Thybault, charpentiers, la somme de sept livres tournoys à eulx deue […] de leur paine et sallaire d’avoir remye presque tout de neuf la grue pour servir à l’orloge ».

[230]

Ibid., CC 40, n° 33.

[231]

Ibid., CC 41, n° 11.

[232]

Ibid., CC 41, n° 13.

[233]

Ibid., CC 40, n° 51 : « […] à Jehan Bigot, chausserre, la somme de IIII livres X sols tournoys à luy deubz pour le paiement de deux muys de chaulx par luy baillez et livrez pour emploier à l’orloge de ceste dite ville […] ».

[234]

Ibid., CC 40, n° 41.

[235]

Ibid., CC 41, n° 2.

[236]

Ibid., CC 39, n° 11.

[237]

Arch. mun. Évreux, CC 3, n° 1 : « A Jehan Caillot, dinandier pour deniers à lui par mandement donné le XVe jour d’avril, l’an CCCC X pour une verge avec un soleil de cuivre pour le cadren de la grosse orloge d’Evreux qui demontre les heures, pour ce XX sols ; Et à Thibault Avrillot, orffevre, pour avoir doré ycellui solleil XX sols […] ».

[238]

Arch. mun. Rouen, BM, ms A6, fol. 66r.

[239]

Ibid., BM, ms A7, fol. 5r : « Ou mois de juillet IIIIC XLVII. Cy enseut la besongne et maniere du devis de la forme de paindre le cadren de dessoubz l’orloge de Massacre […], laquelle besongne de painterye doit estre faite comme dit est par Guillaume Thibault et Guillaume Quesnel, paintres, dont ils doivent avoir pour ce que dessus est dit, pour matieres, paines et toutes autres choses, la somme de XXV livres tournois ».

[240]

Arch. dép. Seine-Maritime, G 6878 (2 Mi 129) : « Dudit jour paié pour ung table de noyer pour le paindre en cadren, XX sols ».

[241]

Arch. dép. Calvados, G 1164, dossier n° 5 (1487-1488) : « item au pastrier qui a platré le cadren pour deulx journées de sa paine paié VI sols tournois ».

[242]

Ibid., G 1164, dossier n° 36 (1528-1529).

[243]

N. Pallu de la Barriere, « Le chantier de l’église paroissiale Saint-Michel de Pont-l’Évêque de 1484 à 1530 », Le Pays d’Auge, juillet-août 2002, 52e année, n° 4, p. 41-44 et voir annexe K, p. 131-134.

[244]

Arch. dép. Calvados, G 1164, dossier n° 36 (1528-1529) : « pour couvrir la loge ou ledit fondeur faisoit fondre [le] moulle ».

[245]

Ibid., G 1164, dossier n° 36 (1528-1529) : « Item pour le sousper desdits souffleurs et plusieurs autres qui serveillé à ladite fonte et aussi pour despence de ceulx qui desfourrent lendemans ladite cloches XL sols ».

[246]

Arch. dép. Seine-Maritime, 3E6/125 (CC 68).

[247]

Arch. dép. Calvados, CC 102 (1563-1564) : « pour un gros cable mis à l’horologe de ladicte ville de Lysieux à servir aux contrepoix qui font sonnés les heures lesdits chables poisant 30 livres ».

[248]

Arch. mun. Caen, Manuscrits Dupont, t. 1, p. 340.

[249]

Arch. mun. Évreux, CC 48, n° 57 : « pour deux cordes servante à soustenir les contrepoys de l’orloge avec une lyeur quatre bretelle servantes à hôtes un plomb ».

[250]

Arch. mun. Évreux, CC 65, n° 53.

[251]

Pour plus de détails, voir A. Désannaux, L’horlogerie mécanique à poids…, op. cit.

[252]

Les termes en italiques sont définis dans le glossaire. Ceux en gras sont des termes liés à l’horlogerie.

Résumé

Français

L’horlogerie mécanique à poids apparaît en Normandie à la fin du Moyen Âge. Peu étudié, ce sujet est abordé ici sous différents angles : technique, politique, économique et social. Technique, du fait que l’horlogerie est une des grandes évolutions de l’histoire de la mesure du temps. Politique, puisque les horloges étaient un élément de prestige pour les villes. Économique, si l’on considère les dépenses concédées par les représentants de ces villes pour leur installation et leur entretien. Social, si l’on se porte vers la présence quotidienne que les horloges exigeaient pour leur bon fonctionnement, mais également par l’étude des différents métiers amenés à intervenir autour d’elles.

Mots clés

  • horlogerie mécanique
  • Normandie
  • mesure du temps
  • horloger
  • Évreux
  • Rouen
  • Lisieux
  • Pont-Audemer

English

Time and technology : Early clock making in Normandy (14th-16th century)Mechanical clocks appeared in Normandy in the late Middle Ages. Little studied, this subject is treated under four headings : technology, politics, economics and society.
Technology – mechanical clocks represent a revolution in the measurement of time. Politics – They were indispensable for the prestige of cities.
Economics – Their construction and maintenance required important public investments.
Society – Their presence required recruitment of specialised artisans.

Keywords

  • mechanical clocks
  • Normandy
  • time measurement
  • clockmaker
  • urban environment
  • local government

Plan de l'article

  1. Aspects techniques des premières horloges
    1. L’apparition de l’horlogerie mécanique à poids
      1. L’horloge : étude des termes liés à l’horlogerie mécanique
      2. Pourquoi les horloges mécaniques à poids ?
      3. Une origine inconnue
    2. Le fonctionnement des horloges mécaniques à poids
      1. La pièce maîtresse : le foliot et ce qu’il régule
      2. Les systèmes de sonnerie
    3. Les évolutions de l’horlogerie
      1. Les évolutions de l’échappement : le ressort-moteur et le pendule
      2. L’évolution de la sonnerie : la roue de compte
  2. Les premières horloges de Normandie
    1. Deux horloges de la fin du xive siècle : le Gros-Horloge de Rouen et l’horloge d’Évreux
      1. Le Gros-Horloge de Rouen et son beffroi (1389)
      2. L’horloge d’Évreux (1385-1388) et la reconstruction de sa tour (1491)
    2. Une vague d’implantation durant la première moitié du xve siècle ?
      1. L’horloge de Lisieux
      2. L’horloge de la Chambre des comptes de Rouen (1436)
    3. Un phénomène touchant de petites villes durant la seconde moitié du xve siècle et le début du xvie siècle ?
      1. L’horloge du château de Tancarville (1463)
      2. L’horloge civile installée dans l’église Saint-Ouen de Pont-Audemer (1465)
      3. L’horloge d’Harfleur (1466)
      4. L’horloge de l’église Saint Michel de Pont-l’Évêque (1484-1485)
      5. L’horloge des Cordeliers de Pont-Audemer (1511)
  3. Installation et réparation des horloges : les « horlogers » en Normandie
    1. Présentation des gouverneurs d’horloge et horlogers en Normandie
      1. Les gouverneurs de Rouen et d’Évreux : une charge à vie ?
      2. Une charge moins stable à Lisieux et Pont-Audemer
    2. Les fonctions directement liées à l’entretien quotidien de l’horloge et les autres sources de revenu des horlogers normands
      1. L’entretien de l’horloge : une tâche quotidienne
      2. Les réparations les plus courantes effectuées par les horlogers
    3. Les métiers liés à la mise en place et à l’entretien des horloges en Normandie
      1. Des interventions plus directes auprès de l’horloge : la mise en place et l’entretien des cadrans, des cloches et des cordes
  4. Conclusion

Pour citer cet article

Désannaux Aurélie, « Mesure du temps et histoire des techniques : les débuts de l'horlogerie en Normandie (xive-xvie siècles) », Annales de Normandie, 1/2010 (60e année), p. 27-70.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2010-1-page-27.htm
DOI : 10.3917/annor.601.0027


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