Accueil Revues Revue Numéro Article

Annales de Normandie

2010/1 (60e année)


ALERTES EMAIL - REVUE Annales de Normandie

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 71 - 91 Article suivant
1

Parmi les anciennes demeures caennaises, la maison des Quatrans compte assurément au nombre des plus fameuses. Déjà fort célèbre avant les destructions de 1944, elle a vu sa notoriété augmenter depuis que les bombardements et la Reconstruction l’ont laissée seule, dressée face au château, isolée au milieu de nouveaux logements collectifs auxquels elle a donné son nom [2][2] Sur l’histoire de la maison durant la Reconstruction,.... La Direction régionale des Affaires culturelles y a été installée pendant plusieurs décennies à partir de 1953 et il n’est guère d’ouvrage traitant de l’histoire de la ville qui ne la mentionne. On pourrait donc croire que tout a été dit sur ce monument caennais. L’analyse des principaux ouvrages le concernant montre cependant que la situation n’est pas aussi nette.

Fig. 1Fig. 1

La maison des Quatrans, façade sur la rue de Geôle (cliché de l’auteur).

2

La maison des Quatrans apparaît pour la première fois, de manière indirecte, sous la plume de Pierre-Daniel Huet. Dans ses Origines de la ville de Caen, l’érudit prélat a consacré un paragraphe à la rue du Vivier, également connue au xviiie siècle sous le nom de venelle Beauxamis, qui longeait la maison des Quatrans à l’ouest et reliait la rue de Geôle (autrefois connue sous le nom de rue de Cattehoule) à la rue des Teinturiers (anciennement rue de Gémare [3][3] G. Huard (« La paroisse et l’église Saint-Pierre de...) (fig. 2). Se basant sur un contrat de 1440, il l’a alors identifiée comme celle « que l’on appellait autrefois la venelle du Four Quatrans, où était le Manoir Quatrans » [4][4] P.-D. Huet, Les origines de la ville de Caen, revues,....

Fig. 2Fig. 2

Situation de la maison des Quatrans en 1810.

Dessin de l’auteur d’après les sections L et N du cadastre napoléonien.

1 : rue de Geôle (ancienne rue de Cattehoule) ;

2 : rue des Teinturiers (ancienne rue de Gémare) ;

3 : venelle Quatrans ou Beauxamis ou du Vivier.

A : 31 rue de Geôle (« maison des Quatrans ») ;

B : 33 rue de Geôle (hôtel de Cauvigny-Beauxamis) ;

C : 28 rue de Geôle.

3

Un siècle plus tard, en 1820, dans ses Essais historiques, l’abbé De La Rue apporta quelques précisions : il indiqua que « cette maison bâtie en bois [...] appartenait à Jean Quatrans, tabellion à Caen depuis l’an 1380 jusqu’en 1390 ; il y avait son étude, et plusieurs de ses successeurs dans le tabellionnage [...] occupèrent cette maison longtemps après lui » [5][5] Abbé G. De La Rue, Essais historiques sur la ville.... Ces données furent complétées par Georges Huard dans sa thèse publiée en 1925 [6][6] G. Huard, « La paroisse… », op. cit., p. 50.. Il y signala des actes de 1375 et 1443 mentionnant le « Manoir du Four Quatrans » et grâce à un plan de 1629 [7][7] Arch. dép. Calvados, H 237. ajouta que la maison appartenait à cette date à « Guillaume Le Boucher, dont les armoiries de la famille sont peintes au plafond d’une salle au rez-de-chaussée ».

4

Depuis, la lignée des Quatrans a été souvent citée comme un exemple de famille ayant quitté Caen en 1417 et n’y étant jamais revenue [8][8] Voir par exemple D. Angers, « Une ville à la recherche.... Mais aucune information documentaire sur l’édifice n’a été ajoutée à celles rassemblées par Huet, De La Rue et Huard : si elles font de la maison des Quatrans en apparence l’une des mieux documentées de la ville, elles restent très lacunaires. Et surtout, en l’absence d’une histoire continue, elles reposent uniquement pour les périodes les plus anciennes sur l’affirmation faite par l’abbé De La Rue que cette maison 31 rue de Geôle [9][9] La maison des Quatrans a porté ce numéro avant 1944.... est celle désignée dans les archives comme manoir du Four Quatrans. Or, l’examen des sources concernant cette propriété permet d’établir que, au moins dans sa plus grande partie, ce dernier se trouvait un peu plus au nord, à l’emplacement de la maison portant avant 1944 le numéro 33 rue de Geôle. De plus, ces mêmes documents permettent d’établir l’identité du commanditaire de la demeure à laquelle on a à tort associé le nom des Quatrans, Michel Le Fevre, et d’en préciser la datation, entre 1459 et 1470.

La demeure des Quatrans

5

Le manoir du Four Quatrans est mentionné dès 1362 dans un jugement rendu au bailliage de Caen par lequel il fut reconnu que ses propriétaires devaient une rente de 29 sous à l’abbaye d’Ardenne [10][10] Arch. dép. Calvados, H 236. Cet acte est daté du jeudi.... Il appartenait alors aux hoirs d’Andrieu Quatrans [11][11] Celui-ci était encore vivant en 1355 : Musée des Beaux-Arts... et ce fut son fils Jean I [12][12] Par commodité, nous donnons ici des numéros d’ordre..., encore mineur, qui comparut devant les juges. Ce « Jehan Quatrans fils ainé de feu Andrieu Quatrans jadiz bourgeois de Caen » créa en 1375 plusieurs rentes à prendre sur cette maison [13][13] MBA Caen, Mancel, ms 67 (cartulaire du Trésor de Saint-Pierre),.... Il exerça l’office de tabellion au moins entre 1381 et 1387 [14][14] H. Legras, Le bourgage de Caen, tenure à cens et tenure... et mourut après 1392 [15][15] Arch. dép. Calvados, H106 (Déclaration des rentes dues.... La descendance de ce premier Jean n’a pu être établie avec certitude. Si son lien avec ses deux homonymes Jean II Quatrans, attesté comme tabellion dans les sergenteries de Villiers et Évrecy en 1400 et 1406 [16][16] D. Angers, Le terrier…, op. cit, p. 264 et 272., et « Jehan [III] Quatrans maistre en ars et curé de l’eglise parroichial de Saint Gille de Caen » cité en 1415 [17][17] Arch. dép. Calvados, 7E 88, p. 835, 10 août 1415. demeure énigmatique, on peut au moins affirmer qu’il eut pour héritier Thomas I Quatrans car l’on retrouve ce dernier en possession de la maison de la rue de Geôle. Tenant déjà des propriétés à Verson en 1399 [18][18] V. Hunger, Histoire de Verson, Caen, Brunet, 1908,..., Thomas I est mort avant 1451, date à laquelle Thomas II Quatrans se déclara « fils et seul heritier de deffunct Thomas [I] Quatrans en son vivant bourgois de ladite ville de Caen et demourant en la paroisse Saint Pierre » [19][19] MBA Caen, Mancel, ms 67 (cartulaire du Trésor de Saint-Pierre),....

6

Ces deux Thomas vécurent donc durant l’occupation de la ville par les Anglais entre 1417 et 1450. Georges Huard a relevé qu’en 1426 Jean Condington, anglais, tenait par don royal des héritages ayant appartenu à Thomas Quatrans [20][20] Arch. dép. Calvados, G 982 (cartulaire des chapelains.... Si cette mention ne concerne pas le Manoir Quatrans, mais une autre propriété de la famille, située de l’autre côté de la rue de Geôle « devant la maison du Four Quatrans » [21][21] Cette maison fut adjugée à Thomas III Quatrans le 9... (fig. 2, C), elle suggère que les Quatrans avaient quitté la ville occupée, ce dont on trouve une confirmation dans des lettres patentes données à Paris le 7 août 1428 par lesquelles Henri VI accorda à un proche du duc de Bedford, son oncle, les biens de plusieurs Normands dont ceux de Thomas Quatrans [22][22] Arch. Nat., 104Mi 24 (notes de Dom Lenoir), p. 51,.... Néanmoins, Thomas II revint à Caen dès que la ville fut reprise par les Français, car il réapparaît précisément dans le registre des tabellions pour l’année 1451.

7

Le 21 août de cette année-là, il fieffa en effet à Colin Baillehache « la porcion du manoir dudit Thomas nomé le manoir Quatrans assis en ladite paroisse Saint-Pierre, en la rue de Cathehoulle […], jouxte tout du long Jehan Carire et Jehan Maduel et la venelle dudit manoir Quatrans par ou l’en va de Catehoulle [c’est-à-dire de la rue de Geôle] en la rue de Gymare [c’est-à-dire des Teinturiers] et d’icelle rue de Gymare en la rue de Catehoulle d’autre costé, bute par deriere sur ladite rue de Gymare et d’autre boult par devant sur ladite rue de Cathehoulle » [23][23] MBA Caen, Mancel, ms 67 (cartulaire du Trésor de Saint-Pierre),.... Malgré cette vente de la demeure familiale, Thomas II semble bien s’être réinstallé à Caen après la reprise de la ville par les Français. Il se présenta en effet à cette occasion comme « bourgois de Caen », qualité dont il se prévalait encore en 1455 [24][24] Arch. dép. Calvados, 7E 93, fol. 76v, 4 juillet 14..., et c’est dans cette ville qu’il décéda quelques années après. Le 9 mars 1460 (n. st.), effectivement, « Jehan [IV] Quatrans et Thomas [III] Quatrans freres, enfants de feu Thomas [II] Quatrans en son vivant bourgeois de Caen et de feue Catherine de Cahaignolles leur mere, Pierre Descloches, Jehan Basire et Robin Le Pilloys por eulx establissant & faisant fors por Raoulette, Marion et Collette leurs femes, filles desdits deffunts Thomas Quatrans & Catherine sa femme » se partagèrent la succession de leur parents devant les tabellions caennais [25][25] Arch. dép. Calvados, 7E 95, fol. 52v-53v..

Fig. 3Fig. 3

Arbre généalogique de la famille Quatrans.

Les dates intermédiaires indiquent les premières mentions connues.

8

Si nous ne savons pas ce que devint le fils aîné Jean IV, la vie du cadet Thomas III nous est relativement bien connue. Il semble encore avoir résidé à Caen lors du partage de la succession paternelle en 1460, mais dès l’année suivante il s’était installé à Nantes avec deux de ses sœurs, Marion et Collette, et leurs maris, Robin Le Pilloys et Jean Basire [26][26] C’est en effet dès le 24 juillet 1461 que, à Nantes,.... Collette, après la disparition de son premier époux, épousa en secondes noces un notable nantais, Yvon Guyolle [27][27] Arch. dép. Calvados, 7E 109, fol. 100v, 27 mars 1497 :.... Peu de temps auparavant, leur oncle Ponchon Parent avait lui aussi quitté la ville et s’était installé à Tournai [28][28] Sur le lien de parenté voir Arch. dép. Calvados, 7E 92,....

9

Malgré ce départ collectif, les Quatrans ne disparurent pas de la ville normande et les registres des tabellions caennais gardent des traces de plusieurs voyages que Thomas III fit entre Nantes et Caen, peut-être pour des raisons commerciales, en tout cas pour gérer les intérêts qu’il avait conservés dans la ville et pour rendre visite à ses parents restés sur place. En 1475 « Thomas Quatrans demourant a Nantes en Bretaigne » vint ainsi à Caen vendre des rentes et une maison dont il avait hérité de son père [29][29] Arch. dép. Calvados, 7E 101, fol. 121-121v. Cf supra.... En 1481, il y était à nouveau de passage [30][30] Arch. dép. Calvados, 7E 103, fol. 123v, 1er septembre.... En 1504, il séjournait à Bayeux [31][31] Il passa le 2 janvier 1504 (n. st.) un contrat devant.... En 1508, enfin, fort âgé (il devait alors avoir près de soixante-dix ans !), il revint encore dans la ville de ses aïeux voir Mariette, la fille que sa seule sœur restée sur place avait eue avec son époux Pierre Descloches [32][32] Arch. dép. Calvados, 7E 114, fol. 316-316v, 21 juillet....

10

Contrairement à ce qui a pu être dit, les Quatrans n’ont donc pas définitivement quitté Caen en 1417 : Thomas II revint dès qu’il le put après 1450 dans sa ville natale et y vécut jusqu’à la fin de ses jours. Si son fils Thomas III s’installa peu de temps après à Nantes, il conserva de forts liens avec sa ville d’origine et y revint tout au long de sa vie.

Le manoir du four Quatrans après les Quatrans

11

C’est durant l’un de ces séjours à Caen que Thomas III fut conduit à faire annuler la cession qu’avait faite son père du « manoir a plusieurs combles appellé le Manoir Quatrans » [33][33] Arch. dép. Calvados, 7E 103, fol. 123v, 1er septembre.... Colin Baillehache n’acquittant en effet plus les rentes qu’il devait tant aux Quatrans qu’à diverses institutions [34][34] L’acte mentionne des rentes dues « tant audit Quatrans..., Thomas III fit casser la fieffe et vendit cette propriété le 1er septembre 1481 à Guillaume Becoq [35][35] Cette fois-ci, contrairement à la précédente où Thomas.... Celui-ci ne la conserva pas longtemps car un état des rentes dues à l’abbaye d’Ardenne dressé à la fin du xve siècle précise que la « maison assise a Sainct Pierre en la rue de Catehoulle appellé le Four Quatrans » appartenait alors à Robert de La Hogue, lieutenant général du vicomte de Caen [36][36] Arch. dép. Calvados, H 106, fol. 161. Pour sa fonction,.... Si l’acte de vente ne nous est pas parvenu, il ne peut y avoir de doute sur l’identité de cette maison avec celle vendue en 1481 car, outre qu’elle était chargée de la rente de 29 sous reconnue en 1362 par Jean I Quatrans, les noms des voisins concordent parfaitement [37][37] La maison vendue en 1481 à Guillaume Beocq jouxtait.... Il semble cependant que Robert de La Hogue n’ait pas possédé l’entièreté de la parcelle vendue par les Quatrans, qui s’étendait de la rue de Geôle à la rue des Teinturiers, mais uniquement la partie orientale, du côté de la rue de Geôle [38][38] L’état des rentes dues à l’abbaye d’Ardenne parle encore.... Il est donc fort possible que Guillaume Becoq n’ait acheté ce terrain que pour le fractionner et le revendre avec profit.

12

Robert de La Hogue n’eut qu’une fille et héritière, Isabeau de La Hogue, qui épousa Jean Mellissent, sieur de Suhomme [39][39] Arch. dép. Calvados, 7E 121, fol. 235, 9 mai 1525..... C’est ainsi que le manoir du Four Quatrans était en 1553 la propriété de Philippe Desbuatz, seigneur de Fourches, valet de chambre du roi, et époux d’Isabeau Moges, héritière en partie de sa mère Jeanne Mellissent. Il fut en effet contraint cette année-là de reconnaître qu’il devait toujours, comme propriétaire de cette maison, les 29 sous de rente par an aux religieux d’Ardenne [40][40] Ibid., H 237, 27 mai 1553. Fourches, dép. du Calvados,.... Deux ans plus tard, le 8 juillet 1555, devant les tabellions de Falaise, Isabeau Moges vendit moyennant 650 livres sa « maison court et jardin, le toult ainsi qu’il se comporte, assise en la ville de Caen en la paroisse de Sainct Pierre dudit lieu en la rue de Cathehoulle qui jouxte la maison qui fut Tassin Marie d’une part et d’autre la venelle tendant à la fontaine » à son parent Nicolas Moges, seigneur de Buron [41][41] Ibid., 7E 218. Buron, commues de Saint-Contest, Cairon....

13

Celui-ci ne la conserva pas longtemps. Là encore, l’acte de vente manque mais l’examen des titres des propriétés voisines permet d’affirmer qu’en 1566 cette même maison appartenait aux « hoirs a present de deffunt maitre Pierre de Quehaignes » [42][42] Arch. dép. Calvados, A 128, 24 juillet 1566 : l’aveu.... Cela nous est confirmé par un autre document, lié à la ténacité des religieux d’Ardenne pour obtenir leur dû, par lequel en avril 1569 « Marguerite Le Petit vesve de honnorable homme maitre Pierre de Cahaignes en son vivant docteur en medecine » reconnut qu’elle leur devait quatorze années de leur rente de 29 sous [43][43] Arch. dép. Calvados, H 237. Ces 14 ans correspondent.... Leur fils Jacques de Cahaignes, le célèbre auteur des Eloges, étant mort sans enfant, son neveu Pierre Poullain seigneur de Calix céda le 20 juillet 1632 à son beau-frère Charles de Cauvigny, seigneur de Beauxamis, « une maison ou maisons courtz vivier & fontaine, le tout ainsy quil se contient & qui luy en appartient a cause de la succession de la dame mere dudit sieur de Callix en son vivant heritiere du feu sieur de Cahaignes vivant docteur en medecyne son frere […], rue de Catehoulle jouxte la rue du Fort Quatrans d’une part & maitre Jean de la Roque d’aultre, butte d’un bout sur ladite rue de Catehoulle » [44][44] Ibid., 8E 2496, 20 juillet 1632. Calix, aujourd’hui....

14

Gaspard de Cauvigny seigneur de Colomby revendit cette propriété en 1658 à Thomas Durand, seigneur du Rocher [45][45] Ibid., 8E 2586, 22 janvier 1658. Colomby-sur-Thaon,..., dont le fils la céda en 1713 à Nicolas Le Breton [46][46] Ibid., 8E 2716, 3 novembre 1713.. Son héritier Nicolas François Le Lièvre [47][47] Ibid., C 5525, p. 20. l’échangea en 1765 avec Jacques Hue de Prebois [48][48] Ibid., 8E 2841, 4 avril 1765. qui la vendit à son tour à un nommé Houssel de Capdeville [49][49] Ibid., C 5525, p. 20. Son prénom n’est pas précisé.

15

Or, comme le prouve le cadastre napoléonien, la famille Houssel de Capdeville ne possédait pas alors la maison des Quatrans, qui avant les destructions de 1944 portait le numéro 31 rue de Geôle, mais la maison voisine, le numéro 33, qui s’élevait de l’autre côté de la venelle [50][50] Ibid., 3P 2899, section N, p. 3, parcelle B15 : « Housel.... De plus, le plan de 1629 signalé par Georges Huard indique sans ambiguïté que la demeure appartenant alors à Pierre Poullain s’élevait au nord de cette petite ruelle, et non au sud [51][51] Ibid., Fi C 1144. La localisation de la maison de Jacques....

16

Il n’y a donc pas le moindre doute : le manoir du Four Quatrans, tel qu’il fut vendu par Thomas II Quatrans en 1451, n’est pas notre « maison des Quatrans ». Il s’élevait en fait quelques mètres plus au nord, de l’autre côté de la venelle à laquelle il avait donné son nom, à l’emplacement de l’hôtel connu avant les bombardements de 1944 sous le nom d’hôtel de Cauvigny-Beauxamis (fig. 2, B).

La maison dite des Quatrans

17

Qu’en est-il alors de la maison qui portait autrefois le numéro 31 rue de Geôle et que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de « maison des Quatrans » ?

18

Le nom qu’on lui donne actuellement n’est pas sans fondement puisqu’une partie de la parcelle sur laquelle elle s’élève a également appartenu à la famille Quatrans et fut fieffée le 11 novembre 1458, devant les tabellions de Bayeux, par Jean IV Quatrans à Michel Le Fevre [52][52] Les registres des tabellions de Bayeux pour cette époque... (fig. 4, C). Peut-être ce terrain était-il une petite partie du manoir du Four Quatrans, ce qui expliquerait pourquoi l’acte de la fieffe faite à Colin Baillehache en 1451 parle d’une « porcion du manoir » et pourquoi en 1459 Michel Le Fevre est dit tenir « lostel du Four Quatrans » [53][53] Arch. dép. Calvados, 7E 95, fol. 17, 27 décembre 1.... Mais il est par ailleurs étonnant que la rente due par Michel Le Fevre pour cette propriété n’apparaisse pas dans les lots et partages de la succession de Thomas II Quatrans en 1460 [54][54] Ibid., 7E 95, fol. 52v-53v, 9 mars 1460 (n. st.).. Et si cette parcelle, qui ne s’étendait pas jusqu’à la rue des Teinturiers mais donnait uniquement sur la rue de Geôle (fig. 4, C), avait fait partie au xive siècle du manoir du Four Quatrans, les bornes de celui-ci auraient dû indiquer qu’il buttait au sud non seulement sur la rue des Teinturiers mais également sur une autre propriété (fig. 4, F), ce qui n’est pas le cas. Enfin, cela voudrait dire que le manoir du Four Quatrans était coupé en deux par la venelle publique. Ces diverses remarques conduisent plutôt à penser que la parcelle fieffée en 1458 ne faisait pas partie historiquement du manoir du Four Quatrans mais avait été acquise par Jean IV peu de temps avant qu’il ne la cède à Michel Le Fevre.

Fig. 4Fig. 4

Plan schématique des différentes parcelles liées à la « maison des Quatrans ».

A : manoir du Four Quatrans fieffé par Thomas II en 1451 (33 rue de Geôle) ;

B : venelle Quatrans ;

C : maison prise en fieffe par Michel Le Fevre en 1458 ;

D : parcelle acquise par Michel Le Fevre en 1459 ;

C+D : « maison des Quatrans » (31 rue de Geôle) ;

E : maison appartenant en 1459 et en 1470 à Jean de Rabasten (29 rue de Geôle) ;

F : maison acquise en 1519 par Jean Le Fevre.

19

Quoi qu’il en soit, cette parcelle occupant l’angle sud de la rue de Geôle et de la venelle fut fieffée en 1458 à Michel Le Fevre, qui l’agrandit le 27 décembre 1459 en achetant de Jean Nollent la propriété voisine à l’est. Il était mort le 15 janvier 1512 (n. st.), date à laquelle un contrat de vente de la maison encore plus au sud mentionne qu’elle jouxtait « les hoirs au Fevre » [55][55] Arch. dép. Calvados, 7E 117, fol. 85.. Son fils Jean Le Fevre acquit le 18 mars 1519 (n. st.) de Christophe Bougyart et de sa femme Louise, fille et héritière de Thomas Guérin, les droits qu’elle avait sur « une maison ou maisons court et heritage assis en la parroisse Saint-Pierre dudit Caen, en la rue des Taincturiers jouxte Jehan Brachault d’une part et la venelle du Fort Quatrans d’aultre, bute d’un bout par devant sur ladicte rue et d’aultre par derriere sur et oultre le cour d’Ouldon » [56][56] Ibid., 7E 120., c’est-à-dire la propriété qui s’étendait au sud de la sienne (fig. 4, F). Son propre fils, Louis Le Fevre, possédait encore l’ensemble en 1588, puisqu’il présenta le 30 avril, conjointement avec Jacques de Cahaignes, une requête tendant à ce que la « venelle du Fort Quatrans » fut close la nuit [57][57] Ibid., 615Edt 42, fol. 38-38v. Ce document est signalé....

20

C’est donc après cette date, mais avant le 14 janvier 1593, que la maison fut vendue à Jean Le Boucher, grenetier pour le roi au magasin à sel de Caen [58][58] Arch. dép. Calvados, 8E 2288 : Jean Le Boucher donna.... Après sa mort, elle fut dévolue à son fils aîné Guillaume [59][59] Ibid., 2E 496, Lots et partages de la succession de..., dont le nom figure, comme l’avait souligné Georges Huard, sur le plan de 1629. Son neveu et héritier Gabriel Le Boucher étant à son tour mort sans enfant, la maison de la rue de Geôle fut adjugée en 1657 à sa sœur Anne Le Boucher épouse de Guillaume Macé [60][60] Ibid., 8E 2581, Lots et partages de la succession de.... Leur petite-fille Anne Macé apporta, entre autres, cette demeure à son époux, François de Cyresme [61][61] Sur la généalogie des familles Le Boucher et Cyresme,.... Ce dernier la fieffa le 16 juin 1750 à André Foucher [62][62] Arch. dép. Calvados, 8E 2797..

De la demeure d’un riche tanneur a l’hôtel d’un noble officier

21

Cet historique a l’intérêt de permettre de préciser avec certitude la datation de la maison dite des Quatrans. Celle-ci a en effet suscité des hypothèses très différentes. Se basant sur les propos de l’abbé De La Rue, qui avait affirmé que Jean Quatrans y avait travaillé entre 1380 et 1390, certains historiens caennais ont considéré que la maison devait dater du xive siècle [63][63] G. De La Rue, Essais…, op. cit., p. 137. Pour la datation,.... Au-delà même du fait que ces documents concernent en réalité, on l’a vu, la parcelle voisine, la simple mention d’une maison existant il y a plus de 600 ans ne suffit de toute évidence pas pour établir que l’édifice qui s’élève aujourd’hui à cet emplacement a cet âge. Cependant, « l’archaïsme du décor, réduit à des sortes de petits contreforts en relief sur les poteaux, à de petits culots et de simples moulures » a également pu suggérer de dater la maison que nous connaissons de la fin du xive siècle [64][64] Y. Lescroart, L’architecture à pans de bois en Normandie,....

22

Par ailleurs, de nombreux historiens ont récemment privilégié une datation dans la seconde moitié du xve siècle, suivant en cela Georges Huard qui affirma dès octobre 1927 que « pas […] une seule de nos vieilles maisons remonte au xive siècle ; la plupart datent du xve siècle, mais peut-être seulement de la seconde moitié du xve siècle » [65][65] G. Huard, « Les maisons de bois de Caen », Bulletin.... Certains ont enfin proposé une synthèse entre ces deux hypothèses en suggérant que la maison ait été partiellement transformée dans la seconde moitié du xve siècle [66][66] Voir par exemple C. Collet, P. Leroux, J.-Y. Marin,....

23

Or, on l’a dit, Michel Le Fevre a pris en fieffe le 11 novembre 1458 une première propriété (fig. 4, C) joignant la venelle du Fort Quatrans (fig. 4, B). Puis, le 27 décembre 1459, il acquit « une vuide place » (fig. 4, D) jouxtant la précédente d’une part et Jehan de Rabasten (fig. 4, E) d’autre part. Quelques années plus tard, le 20 septembre 1470, il vendit une rente à prendre sur « une maison et toutes ses appartenances que ledit Le Fevre afferme lui apartenir assise en ladite rue de Catehoulle bornee d’un costé messire Jehan de Rabasten chevalier et Jehan le Bain, d’aultre costé la venelle du Four Quatrans » [67][67] Arch. dép. Calvados, 7E 98, fol. 187.. De ces différents éléments on peut conclure que jusqu’en 1459 le terrain de la maison qui existe aujourd’hui était divisé entre deux propriétaires différents et donc qu’elle ne pouvait pas matériellement être construite. C’est donc après cette date que, à l’emplacement de la « maison a plusieurs combles » de l’angle (qui fut donc rasée) d’une part (fig. 4, C) et de la place vide d’autre part (fig. 4, D), fut élevée une nouvelle demeure s’étendant sur ces deux parcelles (fig. 4, C+D), depuis la venelle (fig. 4, B) jusqu’à la maison de Jean de Rabasten (fig. 4, E). Il est donc certain que la maison dite des Quatrans a entièrement été construite après le 27 décembre 1459 et avant 1470. On peut même supposer que les achats consécutifs des deux parcelles par Michel Le Fevre ont été réalisés dans le but d’entreprendre une nouvelle construction, et que celle-ci fut donc réalisée peu de temps après, vers 1460.

24

Quoi qu’il en soit, elle a donc été édifiée entre 1459 et 1470 pour Michel Le Fevre. De ce bourgeois de Caen, nous ne savons pratiquement rien. On peut seulement supposer qu’il fut, comme son fils après lui, tanneur [68][68] Sa profession est signalée dans l’acte de fieffe du.... Sa réussite et sa fortune sont en tous cas attestées par l’ampleur de sa demeure [69][69] Signalons de plus qu’il vendit à Thomas de Loraille....

25

Celle-ci a son corps principal sur rue, de même que les autres grandes résidences construites à Caen au cours du xve siècle, comme les hôtels de Loraille ou Bureau. Elle se différencie cependant de ces deux autres exemples par le fait que son mur gouttereau sur rue n’est pas en pierre mais en pan de bois [70][70] Nous ne développerons pas ici les raisons qui ont pu.... Ce matériau a permis d’ouvrir sur la rue les deux étages de la « maison des Quatrans » qui surmontent le rez-de-chaussée par une enfilade continue de baies au-dessus d’une allège en croix de Saint-André, seules les croix des extrémités, légèrement plus larges que les autres, étant surmontées par une fausse baie, aveugle, avec en son milieu un potelet, en raison de l’épaisseur des murs-pignons [71][71] Cette enfilade de baies au-dessus d’une allège en croix.... Deux grandes lucarnes couronnent en outre l’élévation.

26

La seule entrée ouvrant sur la rue de Geôle est une porte cochère donnant accès à un passage traversant le corps de logis [72][72] Il existait autrefois une fermeture en retrait à l’intérieur.... Il est délimité par deux cloisons en pierre dont celle de l’est [73][73] Par commodité, nous considérerons que la façade de... marque le centre de l’habitation. Ce passage permet d’accéder à la cour mais aussi, par une porte percée à l’extrémité nord de la cloison orientale, de pénétrer à l’intérieur de la demeure.

27

Le premier descriptif de la distribution que nous ayons n’est pas antérieur à 1610, mais il peut néanmoins permettre de comprendre, au moins dans ses grandes lignes, l’organisation intérieure du corps de logis principal [74][74] Arch. dép. Calvados, 2E 496, 18 décembre 1610, Lots.... La partie orientale du rez-de-chaussée, occupant la moitié de la surface au sol de la demeure, était occupée par la « grande salle ». Ensuite venaient la « cuisyne et une despence », qui devaient prendre place dans un corps annexe placé en retour vers le sud, peut-être celui que l’on voit sur certaines vues anciennes [75][75] L’emplacement à l’intérieur de ce corps en retour de... (fig. 6).

Fig. 5Fig. 5

Plans schématiques du rez-de-chaussée (à gauche) et du premier étage (à droite) en 1610 d’après les lots et partages de Jean Le Boucher.

Fig. 6Fig. 6

Georges Bouet, Cour de la maison Quatrans, lithographie, 1844 (collection particulière).

28

De la salle, mais aussi du passage cocher, on pouvait accéder à l’escalier en vis placé dans une tour demi-hors-œuvre appuyée contre le mur-gouttereau méridional du corps de logis. Celui-ci desservait les deux étages, distribués de façon identique. À chacun de ces niveaux, une porte percée au nord et une autre à l’ouest donnaient accès à une chambre complétée par un cabinet [76][76] En effet, en 1610 sont signalés « quatre chambres [et].... Au-dessus, prenaient place deux greniers, éclairés par les lucarnes sur la rue. Une « petitte chambre » était de plus ménagée au-dessus de l’escalier. La tour abritant ce dernier avait en effet avant la Seconde Guerre mondiale un couronnement fort différent de celui qui existe aujourd’hui [77][77] Endommagées par les bombardements, les parties hautes.... Deux trompes permettaient de passer du plan octogonal au plan carré. Au-dessus d’un bandeau s’élevait ensuite une chambre haute desservie par un petit escalier placé dans une tourelle latérale. Ce dernier registre avait cependant été reconstruit au xvie siècle. Peut-être cet étage était-il à l’origine en pans de bois, comme l’est encore celui qui couronne la tour d’escalier de l’hôtel dit du Thon, certes bien plus tardif.

29

Outre la cave, les lots et partages de 1610 signalent enfin « une autre petite salle ou se tient le bureau », qui ne pouvait prendre place qu’au rez-de-chaussée, à l’ouest du passage cocher [78][78] La porte de cette pièce est placée à l’extrémité orientale.... Cependant, si ce bureau est attesté dans la demeure du grenetier Le Boucher, on ne peut être certain que cet espace avait déjà cette fonction un siècle et demi plus tôt chez le tanneur Michel Le Fevre.

30

Au sud de ce corps de logis principal s’étendait la cour. Celle-ci desservait la tannerie proprement dite installée près de l’Odon qui traversait la propriété. Celui-ci avait également été utilisé en 1610 pour aménager des viviers.

31

Cette riche demeure fut légèrement transformée par le fils de Michel Le Fevre, Jean. Outre l’achat de la parcelle s’étendant au sud jusqu’à la rue des Teinturiers, on peut également lui attribuer la commande de la peinture murale qui subsiste partiellement dans une pièce du premier étage du corps de logis principal. Représentant une bergerie, ce décor monumental a en effet été daté par Vincent Juhel vers 1510 [79][79] A ce sujet, voir V. Juhel, « Habitat et peinture médiévale....

32

Le propre fils de Jean, Louis, qui figure en bonne place dans la liste des notables caennais convoqués à la maison commune de la ville le 5 août 1538 [80][80] Arch. dép. Calvados, 615Edt 17, fol. 55v., apporta des modifications plus sensibles à la demeure familiale. C’est lui qui fit reconstruire le dernier étage de la tour d’escalier. Jusqu’au milieu du xxe siècle, celui-ci était orné, sous la fenêtre, d’un grand bas-relief et, au-dessus, d’« une tête ou plutôt [d’]un buste d’homme, sculpté en ronde bosse, et qui sembl[ait] sortir par l’ouverture d’un œil de bœuf » [81][81] G. Le Vard, Pignons, lucarnes et frontons édifiés à.... L’ensemble était daté par une inscription gravée sur la fenêtre, où l’on lisait « 1541 ». De cette époque dataient également les deux lucarnes qui couronnaient la façade sur cour, de part et d’autre de la tour, et qui furent détruites en même temps que les parties hautes de cette dernière. Avec leurs baies en arc en plein cintre encadrées par des pilastres portant un entablement à ressauts et un fronton de forme complexe, elles évoquaient en effet les lucarnes de la façade sur rue de l’hôtel d’Escoville, exactement contemporaines. De cette campagne de travaux subsiste seulement aujourd’hui un portrait en médaillon incrusté à l’extérieur dans la tour d’escalier.

33

Après avoir ainsi remanié le corps de logis, Louis Le Fevre rénova le reste de sa propriété et passa pour ce faire le 7 mars 1543 (n. st.) un accord avec ses voisins pour pouvoir « dresser les murailles a sa tannerye plus haultes qu’elles ne sont de present et pour ce que icelles murailles d’entre ledit de La Lande et ledit Le Febvre, faisant la separation du jardin dudit de La Lande et de la thannerye dudit Le Febvre sont vieilles et ruineuses et massonnez de terre » [82][82] Arch. dép. Calvados, 7E 125, fol. 160v-161..

34

Les lots et partages de la succession de Jean Le Boucher signalent l’existence en 1610 d’un jeu de paume [83][83] Arch. dép. Calvados, 2E 496, 18 décembre 1610 : « une.... Celui-ci est également indiqué sur le plan de 1629, à mi-chemin entre la rue de Geôle et la rue des Teinturiers. Peut-être était-ce le grenetier pour le roi au magasin à sel de Caen qui avait fait installer ce terrain. En tout cas, il existait encore dans la propriété en 1610 une tannerie, qui n’est plus mentionnée en 1657 à la mort de Gabriel Le Boucher. Sa sœur Anne Le Boucher fit poser dans l’ancienne « grande salle », alors amputée de son extrémité septentrionale [84][84] La partie du plafond du côté de la rue de Geôle est..., un plafond peint. Le motif central montre en effet la Renommée s’appuyant sur un écu portant les armes des Le Boucher, d’azur à la fasce accompagnée en chef d’une aigle entre deux merlettes et en pointe de trois roses le tout d’or (fig. 7). Juste à côté, sur la solive, un monogramme associe les lettres A, L et B.

Fig. 7Fig. 7

La Renommée tenant les armes de la famille Le Boucher, après 1657 (cliché de l’auteur).

35

Si ces transformations apportées au fil du temps puis, et surtout, celles réalisées après les bombardements de 1944 ont sensiblement altéré la maison des Quatrans, cette dernière est encore l’un des plus beaux exemples d’habitat médiéval conservé à Caen. L’histoire qu’on lui prête et le nom qu’on lui donne diffèrent cependant notablement de la réalité. Loin d’être la demeure d’une famille de tabellions, les Quatrans, qui auraient fui la ville en 1417 pour ne plus jamais y revenir, elle fut en fait entièrement construite vers 1460 pour un riche tanneur, Michel Le Fevre. Quant au Manoir Quatrans, vendu par Thomas II lorsqu’il se réinstalla à Caen après la reprise de la ville par les Français en 1450, il s’élevait quelques mètres plus loin.

36

L’histoire de la maison des Quatrans telle qu’on a pu la répéter depuis près de deux siècles, depuis que l’abbé De La Rue, ayant trouvé des documents mentionnant la ruelle du Four Quatrans ainsi que la demeure éponyme qui la jouxtait, crut pouvoir les rapprocher de la vieille maison qui bordait cette même ruelle à l’est, est donc infondée. Elle s’appuie certes sur des faits réels (Jean Quatrans a été tabellion, sa famille a possédé une grande demeure rue de Geôle et même une partie du terrain de la maison que nous connaissons aujourd’hui), mais opère une saisissante réécriture de l’histoire.

37

Si ce « passé réinventé » que l’on prêtait à ce monument caennais avait déjà commencé à être corrigé, notamment en proposant de dater la maison du xve siècle, la compilation des sources, seule, permet d’en apporter la preuve définitive, dans l’attente d’une ambitieuse campagne de dendrochronologie qu’il serait très souhaitable de mener dans la région. Ce cas montre la nécessité de contrôler systématiquement l’historique que l’on attribue aux anciennes demeures de Caen en s’appuyant sur des documents fiables : nous avons par exemple pu démontrer par ailleurs que ceux que l’on donne aux hôtels de Than ou du Thon [85][85] L’hôtel de Than porte aujourd’hui les numéros 9 et... sont, parmi bien d’autres, totalement infondés [86][86] Recherches entreprises dans le cadre d’une thèse d’histoire....

Notes

[*]

Doctorant en histoire de l’art, Alexandre Gady (dir.), université de Nantes.

[1]

Nous avons emprunté cette expression à l’ouvrage de X. Barral i Altet, Contre l’art roman ? Essai sur un passé réinventé, Paris, Fayard, 2006. Il nous est particulièrement agréable de remercier pour leur aide Marie-Pierre Bouet, pour la lithographie de son ancêtre Georges Bouet, Delphine Quoniam, qui nous a permis de visiter de fond en comble la maison, et Isabelle Lettéron, pour sa relecture attentive. Nos remerciements les plus vifs vont également à Yves Lescroart, pour ses diverses remarques fort éclairantes et stimulantes.

[2]

Sur l’histoire de la maison durant la Reconstruction, voir P. Gourbin, Construire des monuments historiques ? La confrontation des monuments historiques et de la modernité dans la reconstruction de Caen après 1944, mémoire de maîtrise présenté sous la direction du professeur Gérard Monnier, Université Paris I, 1999, notamment p. 103-105.

[3]

G. Huard (« La paroisse et l’église Saint-Pierre de Caen des origines au milieu du xvie siècle », Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, vol. 35, 1925, p. 47-48) a montré que la rue de Gémare s’étendait primitivement depuis le carrefour de l’Epinette jusqu’à la Grande rue (actuelle rue Saint-Pierre) mais qu’au moins dès le xive siècle, elle était divisée en Haut Gémare au nord et Bas Gémare au sud. Au xvie siècle le Bas Gémare devint la rue des Teinturiers.

[4]

P.-D. Huet, Les origines de la ville de Caen, revues, corrigées & augmentées, seconde édition, Rouen, Maurry, 1706, p. 97.

[5]

Abbé G. De La Rue, Essais historiques sur la ville de Caen et son arrondissement, Caen, Poisson, 1820, t. I, p. 137.

[6]

G. Huard, « La paroisse… », op. cit., p. 50.

[7]

Arch. dép. Calvados, H 237.

[8]

Voir par exemple D. Angers, « Une ville à la recherche d’elle-même : Caen (1450-1500) », dans P. Bouet, F. Neveux (dir.), Les villes normandes au Moyen Âge, renaissance, essor, crise, Actes du colloque international de Cerisy-la-Salle (8-12 octobre 2003), Caen, Presses Universitaires de Caen, 2006, p. 306.

[9]

La maison des Quatrans a porté ce numéro avant 1944. Elle est aujourd’hui 25 rue de Geôle mais nous utilisons le premier numéro car il concorde avec ceux des autres maisons que nous citons, détruites durant la Seconde Guerre mondiale.

[10]

Arch. dép. Calvados, H 236. Cet acte est daté du jeudi d’après la Saint-Martin.

[11]

Celui-ci était encore vivant en 1355 : Musée des Beaux-Arts de Caen, fonds Mancel (désormais MBA Caen, Mancel), ms 94 (Fragment d’un ancien cartulaire de Saint-Sauveur), fol. 5v.

[12]

Par commodité, nous donnons ici des numéros d’ordre aux différents membres de cette famille.

[13]

MBA Caen, Mancel, ms 67 (cartulaire du Trésor de Saint-Pierre), fol. 10v (5 mars 1375) et fol. 11v (septembre 1375), actes signalés par G. Huard, « La paroisse… », op. cit., p. 50, n. 8.

[14]

H. Legras, Le bourgage de Caen, tenure à cens et tenure à rente (xie-xve siècles), Paris, Rousseau, 1911, p. 17, le signale comme tabellion de 1381 à 1383 à Caen. Sur les conditions d’accession à cette fonction, voir p. 206-208. D. Angers, Le terrier de Philippe d’Harcourt et de Jeanne de Tilly, seigneurs de Tilly-sur-Seulles, 1375-1415, Caen, Publications du CRAHM, 2010, p. 61, 195 et 240 le cite également comme tabellion dans cette ville en 1382 (n. st.), 1385 (n. st.) et 1387. Nous remercions Denise Angers de nous avoir signalé les mentions des Quatrans dans ce très intéressant document édité par ses soins.

[15]

Arch. dép. Calvados, H106 (Déclaration des rentes dues à l’abbaye d’Ardennes, fin du xve siècle), fol. 161 : « une maison assise a Sainct Pierre en la rue de Catehoulle appellé le Four Quatrans par faisant vingt neuf soulz de rente […], recongneulx des lan mil IIIcc IIIIxx & douze le XXVe jour de fevrier devant Nicolas Marie lieutenant du viconte de Caen par Jehan Quatrans ».

[16]

D. Angers, Le terrier…, op. cit, p. 264 et 272.

[17]

Arch. dép. Calvados, 7E 88, p. 835, 10 août 1415.

[18]

V. Hunger, Histoire de Verson, Caen, Brunet, 1908, p. 41.

[19]

MBA Caen, Mancel, ms 67 (cartulaire du Trésor de Saint-Pierre), fol. 14, 21 août 1451.

[20]

Arch. dép. Calvados, G 982 (cartulaire des chapelains de Saint-Pierre, I), fol. 181, 18 août 1426, signalé par G. Huard, « La paroisse… », op. cit., p. 117, n. 8.

[21]

Cette maison fut adjugée à Thomas III Quatrans le 9 mars 1460 (n. st.) (Arch. dép. Calvados, 7E 95, fol. 52v), et vendue par lui le 20 mai 1475 (Arch. dép. Calvados, 7E 101, fol. 121v) à Eustache Marie. Elle appartenait le 12 septembre 1525 à « Jean de Cordouen escuier » (Arch. dép. Calvados, 7E 121, fol. 263) et en 1553 à Jean Bazire (Arch. dép. Calvados, 615Edt556, fol. 10v), qui la possédait encore le 5 août 1566 (Arch. dép. Calvados, A128). Elle figure dans les lots de sa succession (Arch. dép. Calvados, 1B 1090, 16 octobre 1577) et fut vendue par l’un de ses fils à Richard Maloisel (Arch. dép. Calvados, 8E 2220, 25 novembre 1577). Charles Maloisel la céda le 22 janvier 1607 (Arch. dép. Calvados, 8E 2378) à Jean Le Boucher, seigneur de La Cousture. Son descendant Guillaume Léonie Le Boucher, seigneur de Verdun, la vendit le 2 décembre 1768 (Arch. dép. Calvados, 8E 2852) à François Athanase Leportier. Après son décès elle fut adjugée à Marie Antoine Le Normand de Victot (Arch. dép. Calvados, 3Q 2237, p. 17, 18 mai 1808). Elle peut donc être précisément identifiée avec la parcelle 145 de la section L du cadastre napoléonien (Arch. dép. Calvados, 3P 2899, L, p. 6), qui portait avant 1944 le n° 28 de la rue de Geôle.

[22]

Arch. Nat., 104Mi 24 (notes de Dom Lenoir), p. 51, n° 7557.

[23]

MBA Caen, Mancel, ms 67 (cartulaire du Trésor de Saint-Pierre), fol. 14.

[24]

Arch. dép. Calvados, 7E 93, fol. 76v, 4 juillet 1455.

[25]

Arch. dép. Calvados, 7E 95, fol. 52v-53v.

[26]

C’est en effet dès le 24 juillet 1461 que, à Nantes, Robin Le Pilloys et Marion Quatrans vendirent une rente à Jean Basire et Collette Quatrans (Arch. dép. Calvados, 7E 109, fol. 100v, 27 mars 1497). L’installation à Nantes de Thomas III n’est pas attestée à une date aussi précoce, puisque le premier acte indiquant qu’il habitait à Nantes n’est pas antérieur au 27 mai 1475 (Arch. dép. Calvados, 7E 101, fol. 121v), mais, en l’absence de document contradictoire, il est logique de penser qu’il était parti en même temps que ses sœurs et ses beaux-frères.

[27]

Arch. dép. Calvados, 7E 109, fol. 100v, 27 mars 1497 : « Thomas Quatrans, bourgois et demourant en la ville de Nantes, procureur de Collette Quatrans, sa seur, feme et espouze de Yvon Guiolley, sieur de Loignie, et euparavant femme de deffunct Jehan Basire, fille et heritiere en partie de deffunt Thomas Quatrans et Catherine de Cahaignolles, sa femme, et establissant et faisant fort pour Jehan Basire son nepveu ». Voir aussi Archives communales de Nantes, GG 413, Baptêmes de la paroisse de Sainte-Croix de Nantes, 1480-1513, fol. 17 : « Le XXXVIe [juillet 1482] fut baptizee Anne fille de Jehan Baptiste et Henriecte sa femme, parrains mestre Jehan Gouin recteur de St Nicholas de Nantes, marraines Collecte feme de Yvon Guyolle et Marguerite Basille » ; fol. 96v : « Le XVIIe [juillet 1488] fut baptizee Marie fille Jehan Pouteau et Jehne sa femme, parrain Thomas Spadine, marraines Marie feme Pierre Guyolle & Collecte, feme Yvon Guyolle » ; fol. 239v : Le XIIIIe [novembre 1498] fut baptizee Collecte fille Pierres Botereau & Jehanne sa femme, parain Guillaume Clouet, maraines Collecte Quatrans, feme Yvon Guyole, & Ysabeau feme Jehan Spadine ». Des recherches plus poussées dans les registres paroissiaux de Nantes pourraient certainement permettre de préciser l’histoire de cette famille.

[28]

Sur le lien de parenté voir Arch. dép. Calvados, 7E 92, fol. 16v, 22 avril 1452 : « Thomas Quatrans bourgeois de Caen soy establissant et faisant fort pour les enffans de lui & de deffunte Catherine sa femme et Ponchon Parent, bourgeois de ladite ville, et Mariete sa feme, seur de ladite deffuncte » ; sur son émigration voir Arch. dép. Calvados, 7E 95, fol. 1v, 1er octobre 1459 : « Ponchon Parent, bourgeois de Caen, a present demourant a Tournay pour lui & comme procureur de damoiselle Mariette de Cahaignolles sa femme ».

[29]

Arch. dép. Calvados, 7E 101, fol. 121-121v. Cf supra sur la location de cette maison.

[30]

Arch. dép. Calvados, 7E 103, fol. 123v, 1er septembre 1481.

[31]

Il passa le 2 janvier 1504 (n. st.) un contrat devant les tabellions de Bayeux (signalé dans Arch. dép. Calvados, 7E 114, fol. 316-316v, 21 juillet 1508).

[32]

Arch. dép. Calvados, 7E 114, fol. 316-316v, 21 juillet 1508 : « Thomas Quatrans bourgeois marchant & demourant a Nantes en pays de Bretaigne » vend une rente à « Mariette veusve de feu Pierre Bourdon en son vivant bourgeois de Caen […], pour le bon amour naturel qu’il avoit a ladite veusve sa [barré : seur] niepce » ; Arch. dép. Calvados, H 2359 (rentes de l’abbaye Saint-Étienne de Caen), 26 février 1480 (n. st.) : « Pierre Descloches bourgeois de Caen demourant en la paroisse Saint Pierre vend affin d’heritaige a Pierre Bourdon le jeune son gendre, demourant en ladite paroisse […], une maison […] en la rue de la cordonnerye » ; Arch. dép. Calvados, G 992, comptes des chapelains de Saint-Pierre pour l’année 1539, non numéroté : « Philippes Bourdon pour sa maison qui fut Quatrans, pere de sa mere » (en fait grand-père de sa mère). La précision dans l’acte de 1508 que Mariette était la nièce de Thomas implique que ce dernier est Thomas III et non son fils.

[33]

Arch. dép. Calvados, 7E 103, fol. 123v, 1er septembre 1481.

[34]

L’acte mentionne des rentes dues « tant audit Quatrans que aux rentiers qui ont droit de rente sur ledit manoir ». Seuls parmi ces « rentiers » sont nommés les chanoines du Saint-Sépulcre, à qui était due une rente de cent sous.

[35]

Cette fois-ci, contrairement à la précédente où Thomas II avait fieffé le manoir du Four Quatrans, ce fut bien une véritable vente.

[36]

Arch. dép. Calvados, H 106, fol. 161. Pour sa fonction, voir P. Carel, Histoire de la ville de Caen depuis Philippe Auguste jusqu’à Charles IX : nombreux documents inédits, Paris, Champion, 1886, p. 303.

[37]

La maison vendue en 1481 à Guillaume Beocq jouxtait la demeure de Jean Carrière. Or cette dernière propriété passa ensuite à Tassin Marie (Arch. dép. Calvados, A 112, Comptes de la vicomté de Caen pour le terme de la Saint-Michel 1549, fol. 200 : « La veusve & enfans Tassin Marie pour leur maison qui fut Guillaume Carriere en Catheoullle »), puis à Jean de La Rocque (Arch. dép. Calvados, A128, 24 juillet 1566 : aveu rendu par Jean de La Rocque pour une maison « en la rue de Catheoulle qui fut ancienement Carriere »). Or, dans ce dernier aveu de 1566, sa maison est dite jouxter « les hoirs de deffunt Germain Mellisent a cause de la maison du Forquatrans ». De plus, lors de la vente en 1555 de la maison de Robert de La Hogue par son arrière-petite-fille, l’acte déclare qu’elle jouxtait « la maison qui fut Tassin Marie ».

[38]

L’état des rentes dues à l’abbaye d’Ardenne parle encore d’une propriété s’étendant entre les deux rues, mais il est fort possible que les bornes anciennes aient été reprises sans être mises à jour. Par contre, en 1553, la propriété buttait par devant sur « ladite rue de Cathehoulle et par derriere Philipot [effacé] dit Sanson » (Arch. dép. Calvados, H 237, 27 mai 1553).

[39]

Arch. dép. Calvados, 7E 121, fol. 235, 9 mai 1525. Suhomme, commune de Varaville, canton de Cabourg.

[40]

Ibid., H 237, 27 mai 1553. Fourches, dép. du Calvados, canton de Morteaux-Coulibœuf.

[41]

Ibid., 7E 218. Buron, commues de Saint-Contest, Cairon et Rosel, canton de Caen 2.

[42]

Arch. dép. Calvados, A 128, 24 juillet 1566 : l’aveu rendu par Jean de La Rocque pour la maison voisine (cf. supra) précise en effet qu’elle jouxtait alors « les hoirs a present de deffunt maitre Pierre de Quehaignes come representant a present les hoirs de deffunct Germain Mellissent a cause de la maison des Forquatrans ».

[43]

Arch. dép. Calvados, H 237. Ces 14 ans correspondent exactement au temps qui sépare cette reconnaissance de la vente de 1555.

[44]

Ibid., 8E 2496, 20 juillet 1632. Calix, aujourd’hui commune de Caen.

[45]

Ibid., 8E 2586, 22 janvier 1658. Colomby-sur-Thaon, dép. du Calvados, canton de Creully. Le Rocher, communes de Roullours et Saint-Germain-de-Tallevende-La-Lande-Vaumont, canton de Vire.

[46]

Ibid., 8E 2716, 3 novembre 1713.

[47]

Ibid., C 5525, p. 20.

[48]

Ibid., 8E 2841, 4 avril 1765.

[49]

Ibid., C 5525, p. 20. Son prénom n’est pas précisé.

[50]

Ibid., 3P 2899, section N, p. 3, parcelle B15 : « Housel de Capdeville V ».

[51]

Ibid., Fi C 1144. La localisation de la maison de Jacques de Cahaignes était déjà bien connue. Voir P. Carel, « L’emplacement de la maison de Cahaignes », Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie, t. 33, 1918, p. 288, qui malheureusement ne cite pas ses sources, ainsi que G. Huard, « La paroisse… », op. cit., p. 50, qui publie une reproduction de ce plan.

[52]

Les registres des tabellions de Bayeux pour cette époque ne sont malheureusement pas conservés. Cet acte est cependant évoqué dans un autre contrat passé le 28 septembre 1528 (Arch. dép. Calvados, 7E 122, fol. 278) : « Honnorable homme Philippes Bourdon, bourgeois de Caen, fils et heritier en partie de deffunt Pierre Bourdon et de deffunte Mariete, en son vivant veusve dudit Bourdon, pere et mere du Philippe, rendit quicta et delessa affin [d’héritage] a Jehan Le Fevre, thenneurs, bourgeois de Saint Pierre de Caen, fils et heritier de deffunt Michiel Le Fevre, cent soubz tournoiz de rente en quoy ledit Michiel Le Fevre s’obligea a Jehan Quatrans a cause de la fieffe d’une maison a plusieurs combles, assise en la paroisse de Saint-Pierre de Caen, en la rue de Cathehoulle, a condicion de pouvoir par ledit Lefevre ses hoirs & [successeurs] retirer lesdits C sous de rente a une ou deux foyes a perpetuité par en paiant la somme de cent livres ainsi qu’il aparest par lettre passee devant Allayn Haie tabellion a Bayeux l’an mil IIIIC cinquante huit le XI jour de novembre ».

[53]

Arch. dép. Calvados, 7E 95, fol. 17, 27 décembre 1459.

[54]

Ibid., 7E 95, fol. 52v-53v, 9 mars 1460 (n. st.).

[55]

Arch. dép. Calvados, 7E 117, fol. 85.

[56]

Ibid., 7E 120.

[57]

Ibid., 615Edt 42, fol. 38-38v. Ce document est signalé par Eugène de Beaurepaire dans plusieurs de ses publications. Voir par exemple Eugène de Robillard de Beaurepaire, Caen illustré, son histoire, ses monuments, Caen, Le Blanc-Hardel, 1896, p. 470.

[58]

Arch. dép. Calvados, 8E 2288 : Jean Le Boucher donna ce jour-là comme garantie « la maison audit sieur grenetier aparrtenant & ou il est a present demeurant vis a vis de la geolle ». Malgré l’absence du contrat de vente, il ne fait aucun doute que c’est bien la maison de la famille Le Fevre que Jean Le Boucher posséda ensuite. La maison voisine, qui jouxtait en 1512 « les hoirs au Fevre » fut en effet vendue le 9 novembre 1525 (Arch. dép. Calvados, 7E 121) à Lucas de La Lande dont les descendants la possédaient encore le 21 août 1623, date à laquelle elle jouxtait la propriété de Guillaume Le Boucher (Arch. dép. Calvados, 8E 2473).

[59]

Ibid., 2E 496, Lots et partages de la succession de Jean Le Boucher, 18 décembre 1610.

[60]

Ibid., 8E 2581, Lots et partages de la succession de Gabriel Le Boucher, 30 avril 1657.

[61]

Sur la généalogie des familles Le Boucher et Cyresme, voir Arch. dép. Calvados, 2E 497. Voir aussi Arch. dép. Calvados, C 4951, n° 539 : en 1734 « François de Syresme escuyer seigneur de La Ferriere possed[ait] au droit de son épouse deux corps de logis scitués rue de Jeolle et des Teinturiers ».

[62]

Arch. dép. Calvados, 8E 2797.

[63]

G. De La Rue, Essais…, op. cit., p. 137. Pour la datation, voir par exemple, entre beaucoup d’autres, E. de Beaurepaire, Caen illustré…, op. cit., p. 475.

[64]

Y. Lescroart, L’architecture à pans de bois en Normandie, documents d’architecture civile réunis par R. Quenedey et A. Vincent, s.l., Les Provinciales, 1980, p. 66.

[65]

G. Huard, « Les maisons de bois de Caen », Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie, vol. 37, 1929, p. 507.

[66]

Voir par exemple C. Collet, P. Leroux, J.-Y. Marin, Caen, cité médiévale, bilan d’archéologie et d’histoire, Caen, Musée de Normandie, 1996, p. 137, n° 738 : « Elle connut plusieurs aménagements, notamment consécutivement à la guerre de Cent Ans, au cours de laquelle elle fut endommagée. C’est sans doute lors de sa restauration qu’elle fut dotée de sa façade à pan de bois ».

[67]

Arch. dép. Calvados, 7E 98, fol. 187.

[68]

Sa profession est signalée dans l’acte de fieffe du 28 septembre 1528 déjà cité (Arch. dép. Calvados, 7E122, fol. 278) : « Jehan Le Fevre thenneurs bourgeois de Saint Pierre de Caen fils et heritier de deffunt Michiel Le Fevre ».

[69]

Signalons de plus qu’il vendit à Thomas de Loraille avant le 21 septembre 1456 dix livres de rente à prendre sur Pierre Le Chevalier (Arch. dép. Calvados, 7E 93, II, fol. 109).

[70]

Nous ne développerons pas ici les raisons qui ont pu conduire Michel Le Fevre à préférer ce matériau. Sur celui-ci et sur les particularités des maisons caennaises en pan de bois, où seul le mur sur rue est généralement dans ce matériau, voir en dernier lieu I. Lettéron, « Une querelle entre Georges Huard et Raymond Bordeaux : l’usage du pan de bois et de l’encorbellement dans la maison à Rouen et à Caen à la fin du Moyen Âge », Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie, t. 63, 2010, p. 175-204.

[71]

Cette enfilade de baies au-dessus d’une allège en croix de Saint-André se retrouve dans nombre de manoirs du Pays d’Auge, comme nous l’a très aimablement indiqué Yves Lescroart, comme par exemple au manoir de Fribois, précisément daté par dendrochronologie autour de 1470 (voir à son sujet Y. Lescroart, Manoirs du Pays d’Auge, Paris, Mengès, 1995, p. 196-201, notamment p. 199), mais aussi à La Bruyère à Auvillars (p. 128-131), à la Brairie à Glos (p. 353-355).

[72]

Il existait autrefois une fermeture en retrait à l’intérieur du passage, au-delà des petites portes latérales, comme le prouvent les gonds toujours en place et surtout la niche ménagée dans la cloison nord pour recevoir le battant.

[73]

Par commodité, nous considérerons que la façade de la maison dite des Quatrans sur la rue de Geôle est au nord, sa façade arrière au sud…

[74]

Arch. dép. Calvados, 2E 496, 18 décembre 1610, Lots et partages de la succession de Jean Le Boucher.

[75]

L’emplacement à l’intérieur de ce corps en retour de la cuisine et de la dépense se déduit du fait qu’étant donné l’absence de mur de refend intermédiaire, et donc de cheminée, ces deux pièces ne pouvaient pas être placées dans le prolongement de la salle dans la moitié méridionale du rez-de-chaussée.

[76]

En effet, en 1610 sont signalés « quatre chambres [et] quatre cabinetz ». Les cloisons ayant été modifiées, il n’est pas possible de retrouver exactement les dispositions d’origine.

[77]

Endommagées par les bombardements, les parties hautes de cette tour furent démontées. Il avait été envisagé de les faire restaurer et remettre en place (ce projet ayant notamment été défendu par Paul Leroy, architecte ordinaire des Monuments historiques, voir P. Gourbin, « Paul Leroy (1894-1972), architecte ordinaire des Monuments historiques du Calvados », Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie, t. 68, 2009 (2010), p. 144), mais elles furent irrémédiablement détruites au cours de leur dépose par l’entreprise Lefèbvre chargée de ce travail, semble-t-il à la demande du maître d’ouvrage.

[78]

La porte de cette pièce est placée à l’extrémité orientale de la cloison limitant au nord le passage cocher, en face de celle conduisant à la salle. Les traces d’une autre porte sont aujourd’hui visibles à l’autre extrémité de la cloison, mais il s’agit d’un percement postérieur, comme le montrent les traces de remaniement dans le passage cocher à droite et l’absence de seuil.

[79]

A ce sujet, voir V. Juhel, « Habitat et peinture médiévale en Normandie », Le décor peint dans la demeure au Moyen Âge, Actes des Journées d’études organisées par le Conseil général de Maine-et-Loire les 15 et 16 novembre 2007, en ligne : http://www.cg49.fr/culture/peintures_murales/medias/pdf/vincent_juhel.pdf (consulté le 11 novembre 2010). L’auteur mentionne également une autre peinture du début du xvie siècle récemment découverte dans une maison de la rue Froide.

[80]

Arch. dép. Calvados, 615Edt 17, fol. 55v.

[81]

G. Le Vard, Pignons, lucarnes et frontons édifiés à Caen du xve au xixe siècle, inédit, Caen, Bibliothèque municipale, ms in-4° 288, p. 20-24.

[82]

Arch. dép. Calvados, 7E 125, fol. 160v-161.

[83]

Arch. dép. Calvados, 2E 496, 18 décembre 1610 : « une petitte chambre qui donne sur l’Odon ung grenier dessus la tannerye avec la tannerye le jeu de paulme et les viviers ».

[84]

La partie du plafond du côté de la rue de Geôle est en effet dépourvue de décor.

[85]

L’hôtel de Than porte aujourd’hui les numéros 9 et 11 boulevard Maréchal-Leclerc, mais il donnait historiquement sur la rue Saint-Jean où il portait avant 1944 le numéro 22. L’hôtel du Thon est sis 6 rue du Moulin, mais il était à l’origine accessible depuis la Grande rue, actuelle rue Saint-Pierre.

[86]

Recherches entreprises dans le cadre d’une thèse d’histoire de l’art en cours à l’université de Nantes sous la direction d’Alexandre Gady.

Résumé

Français

La maison des Quatrans, l’un des plus célèbres édifices de la ville de Caen, est réputée avoir été habitée à la fin du xive siècle par Jean Quatrans, tabellion, dont les descendants auraient fui la ville envahie par les Anglais en 1417 et n’y seraient jamais revenus. Cependant, la compilation de documents d’archives permet de réfuter ces différentes affirmations : les Quatrans habitaient un peu plus loin et ils sont revenus à Caen après 1450. Quant à la maison, elle a en fait été construite vers 1460 pour un riche tanneur, Michel Le Fevre. Les sources documentaires permettent en outre de préciser ses dispositions et son évolution architecturale.

Mots clés

  • Caen
  • architecture
  • maison
  • Quatrans
  • émigration
  • Gervais De La Rue

English

Reinventing history: The Quatran’s House in CaenOne of the most well-known buildings in Caen, Jean Quatran, an estate lawyer, is believed to have lived in this house in the late 14th century. His descendants fled the town when it was invaded by the English in 1417. Nevertheless, numerous documents refute these affirmations: the Quatrans lived further away and they came back to Caen after 1450. As for the house, it was actually built around 1460 for a wealthy tanner, Michel Le Fevre. The documents also clarify its architectural characteristics and development.

Keywords

  • Caen
  • architecture
  • house
  • Quatrans
  • emigration
  • Gervais De La Rue

Plan de l'article

  1. La demeure des Quatrans
  2. Le manoir du four Quatrans après les Quatrans
  3. La maison dite des Quatrans
  4. De la demeure d’un riche tanneur a l’hôtel d’un noble officier

Pour citer cet article

Faisant Étienne, « Un " passé réinventé " ? La maison des Quatrans à Caen », Annales de Normandie, 1/2010 (60e année), p. 71-91.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2010-1-page-71.htm
DOI : 10.3917/annor.601.0071


Article précédent Pages 71 - 91 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback