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Annales de Normandie

2010/2 (60e année)


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La désindustrialisation est un mal qui a frappé de manière récurrente le tissu économique de la Normandie orientale depuis l’époque proto-industrielle du xviiie siècle. Il faut éviter que ce mal sévisse également dans les mémoires. Il est du devoir de l’historien de rappeler que la région a été, à des titres et des moments divers, une véritable région industrielle, en dépit de la rareté des traces conservées dans le paysage actuel. Certes, au total, ce même historien constate plus d’impasses que de perspectives durables de développement. Mais cela doit le conduire, de manière scientifique, à s’interroger sur les facteurs explicatifs de ces déprises industrielles successives. Un tel chantier historiographique n’est pas nouveau, dans la mesure où les Annales de Normandie se sont déjà intéressées, dans un passé plus ou moins récent, à divers pans sectoriels de cette histoire économique – on pense tout particulièrement au secteur du textile. Mais le chantier est loin d’être épuisé. C’est pourquoi est bienvenu l’ensemble de textes que le lecteur découvrira ci-après.

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Cet ensemble de textes porte sur les mines de fer de Normandie orientale. Dans cette région au sous-sol riche en minerai de fer, la sidérurgie d’Ancien Régime avait connu un brillant développement, fortement enraciné dans le terreau économique local. Mais le xix siècle avait vu cette sidérurgie échouer à prendre le tournant de la modernisation et de la fonte au coke. Ce n’est qu’après quelques décennies de discontinuité qu’à la fin du xixe siècle, et pour environ un siècle, le sous-sol de la région a de nouveau été industrialisant, mais de manière économiquement exogène, la grande sidérurgie française (mais aussi allemande) s’intéressant à des potentialités qu’elle avait jusque-là négligées. Cela a conduit à la mise en exploitation de sites miniers, tout particulièrement dans le Calvados, et même à la construction d’une grande usine sidérurgique, aux portes de Caen. Ce fut une poussée industrielle remarquable, d’autant plus vive et moderne qu’elle survenait à l’ère de la deuxième phase de mécanisation, sans véritables liens de filiation, localement, avec la première, encore moins avec la phase proto-industrielle. Mais tout cela n’a pas survécu au démantèlement de la sidérurgie nationale, au terme des Trente Glorieuses.

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Brillant historien de l’économie, formé à l’exigeante école du regretté Gabriel Désert, et lui-même désormais universitaire chevronné, le Professeur Alain Leménorel était le mieux à même d’introduire ce dossier sur l’industrie bas-normande du fer. Spécialiste de l’histoire de l’industrie lourde et plus particulièrement du secteur minier, il fournit ici un article de synthèse, d’orientation économique, dense sans être abscons, du plus grand intérêt scientifique, et représentatif d’une histoire quantitative bien maîtrisée. Certes, cet article repose essentiellement sur des sources dites imprimées (monographies techniques d’époque, presse professionnelle, études géographiques, etc.). Mais ces sources sont, en histoire industrielle de l’époque contemporaine, de premier ordre et, bien souvent, indispensables. L’auteur les fréquente depuis longtemps et en connaît à fond toutes les richesses : le lecteur peut lui faire confiance les yeux fermés quant aux informations qui en sont issues.

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Pour illustrer le propos général d’Alain Leménorel par une série d’approches plus pointues, le bureau de l’association « Histoire et Patrimoine Industriel de Basse-Normandie » a fait appel à une équipe de chercheurs de terrain. Le fonctionnement concret des mines, la question controversée des investissements allemands, mais aussi les aspects plus sociaux du syndicalisme, ou encore des cités ouvrières : autant de thèmes abordés dans ce dossier. L’histoire industrielle, surtout à propos de la Normandie orientale, est une histoire difficile à faire, parfois ingrate même si elle est bien documentée. Histoire technique autant qu’humaine, elle exige des compétences qui sont en marge de la « mode » actuelle en matière de recherche historique (même universitaire). C’est pourquoi elle doit recourir, comme c’est le cas ici, à toutes les bonnes volontés de la société civile, quitte à accepter que le respect des normes de présentation habituellement appliquées dans une revue scientifique ne soit pas totalement optimal. Le lecteur voudra donc bien excuser les écarts qu’il constatera à cet égard – écarts minimes et de toute manière largement compensés par l’intérêt scientifique et mémoriel du contenu, que le comité de lecture des Annales de Normandie garantit.

Pour citer cet article

Lenhof Jean-Louis, « Avant-propos », Annales de Normandie, 2/2010 (60e année), p. 3-4.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2010-2-page-3.htm
DOI : 10.3917/annor.602.0003


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