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Annales de Normandie

2011/1 (61e année)


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Le Département des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque nationale de France conserve une collection de matrices de sceaux tout à fait exceptionnelle. Encore largement inédit [1][1] A. De Bruyne-Vilain et al., « Les sceaux des petites..., ce fonds constitué de façon irrégulière, abrite deux collections majeures : la collection Schlumberger, léguée en 1929 [2][2] Inventaire sommaire du legs de M.G. Schlumberger, Registre... et la collection Claudius Côte, entrée au Cabinet en 1932. Parallèlement à ces acquisitions massives, l’institution s’est enrichie de manière sporadique. L’histoire et l’étude de cette collection font l’objet du catalogue dont nous avons la charge depuis bientôt deux ans [3][3] En tant que Chercheur invité au Cabinet des Monnaies,....

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La matrice de l’abbaye d’Aunay se présente sous la forme d’un flanc d’argent, de 40 mm d’épaisseur, muni à l’origine d’une charnière dont on distingue les extrémités de part et d’autre d’une douille en laiton rapportée [4][4] Au Cabinet des Médailles, la matrice porte le numéro... (fig. 1) . L’ensemble est monté sur un manche en buis tourné sur lequel est inscrit le numéro A 3765. Ce dernier correspond au registre de dons du Cabinet des Médailles dans lequel nous apprenons que l’objet a été donné, en février 1858, à la Bibliothèque nationale par Désiré Riocreux, qui était alors directeur du musée de Sèvres [5][5] Département des Monnaies, Médailles et Antiques, Registre....

Fig. 1 - Matrice d’Aunay-sur-Odon, cliché de l’auteur, BnFFig. 1
Fig. 2 - Matrice d’Aunay-sur-Odon, face, cliché de l’auteur, BnFFig. 2
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Dans une niche, supportée par une console appareillée et surmontée d’un dais à trois pans en saillie, richement décorée de gâbles à fleurons et accostée de contreforts ajourés en tiers-points, se tient la Vierge à l’Enfant (fig. 2). Assise de face sur un banc ajouré, figuré de trois quarts, Marie voilée, couronnée et drapée d’un long manteau retombant en plis épais sur le sol, tient l’Enfant assis sur son genou droit. Il lève tendrement la tête en direction de sa mère. Le sol est figuré par un fin cailloutis. La niche, dont le fond est parsemé de rinceaux, déborde largement la légende. Gravée entre deux filets cordés en minuscules gothiques, sans doute à l’aide de poinçons, elle se lit :

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Sigillu(m) conven / tus : / mona / sterii de alneto

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La sigillographie de l’abbaye cistercienne d’Aunay-sur-Odon, au diocèse de Bayeux [6][6] Sur l’histoire de l’abbaye d’Aunay voir la monographie..., est connue, au moins pour ce qui concerne l’établissement lui-même [7][7] La sigillographie des abbés d’Aunay-sur-Odon n’est..., par une empreinte appendue à un document de 1452 publiée par Germain Demay [8][8] G. Demay, Inventaire des sceaux de la Normandie recueillis... (fig. 3). La découverte de la matrice de la Bibliothèque nationale, qui permet d’enrichir le corpus des sceaux de cet établissement, est aussi l’occasion, par comparaison, d’observer l’évolution d’un type [9][9] L’objet ne figure pas dans l’article que Pierre Bony.... Sans doute gravée dans les dernières années du xive siècle, l’empreinte repérée par Germain Demay présente en effet la Vierge à l’Enfant assise dans une niche gothique selon le type adopté par l’ensemble des établissements cisterciens, au moins depuis le courant du xive siècle [10][10] Le type à la Vierge à l’Enfant assise dans une architecture.... Le graveur de la matrice de la BnF s’inscrit naturellement dans cette tradition iconographique cistercienne tout en l’adaptant à la mode des années 1500, essentiellement à travers la console à trois pointes rappelant les clefs pendantes. Une différence notable demeure avec le prototype : la position de l’Enfant est inversée.

Fig. 3 - Empreinte du sceau d’Aunay-sur-Odon, 1452, AnF, sc/ N2652, cliché C. Blanc-RiehlFig. 3
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En l’absence d’empreinte portée à notre connaissance, il est difficile de donner une date précise de gravure pour cet objet [11][11] Dans la monographie de Gaston Le Hardy nous apprenons.... Néanmoins, sur des critères stylistiques portant à la fois sur l’image, nous venons de le voir et sur le système d’écriture, il est possible de rapprocher cette matrice, dont la gravure est d’une qualité exceptionnelle, au gothique tardif particulièrement développé en Normandie au tournant du siècle.

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Outre ces quelques considérations stylistiques, le remontage de la matrice donne de précieuses indications sur la modification des pratiques de scellage, qui se manifestent alors à travers le passage des sceaux pendants en cire d’abeille aux cachets en cire laque.

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Cette note qui mériterait d’être approfondie montre combien le corpus métallique, jusqu’alors négligé, enrichit la connaissance sigillographique dans son acception globale, tant au point de vue des pratiques diplomatiques qu’au point de vue stylistique, sans oublier que ces objets d’orfèvrerie sont les derniers témoignages d’une production à jamais disparue. La matrice d’Aunay-sur-Odon illustre, selon nous, la nécessité de s’intéresser enfin aux matrices de sceaux.

Notes

[*]

Chercheur invité BnF, Docteur en Histoire de l’art médiéval, Université Lille Nord de France, UDL 3, Centre IRHiS (CNRS, UMR 8529).

[1]

A. De Bruyne-Vilain et al., « Les sceaux des petites chancelleries », Revue d’Héraldique et de Sigillographie, à paraître ; A. De Bruyne-Vilain, « Le cachet de Catherine de Médicis », Revue de la Bibliothèque nationale de France, à paraître.

[2]

Inventaire sommaire du legs de M.G. Schlumberger, Registre Y n° 12703 (BnF)

[3]

En tant que Chercheur invité au Cabinet des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque nationale de France, nous avons en charge la réalisation du catalogue des matrices de sceaux. Nous projetons de consacrer le premier volume aux matrices médiévales à travers deux tomes respectivement consacrés aux : xiie-xive siècles, puis aux xve et xvie siècles.

[4]

Au Cabinet des Médailles, la matrice porte le numéro d’inventaire M. 245, 47 mm de diamètre, 160,90 g.

[5]

Département des Monnaies, Médailles et Antiques, Registre A. Dons, 1838-1860, p. 168.

[6]

Sur l’histoire de l’abbaye d’Aunay voir la monographie de G. Le Hardy, Étude sur la baronnie et l’abbaye d’Aunay-sur-Odon, Caen, Delesque, 1897.

[7]

La sigillographie des abbés d’Aunay-sur-Odon n’est connue que par quelques empreintes tardives répertoriées par Demay : AnF, sc/ N2740 (1672) et AnF, sc/ N2741 (1725). Il s’agit dans les deux cas de cachets héraldiques.

[8]

G. Demay, Inventaire des sceaux de la Normandie recueillis dans les dépôts d’archives, musées et collections particulières des départements de la Seine-Inférieure, du Calvados, de la Manche et de l’Orne, Paris, 1881, AnF, sc/ N 2652.

[9]

L’objet ne figure pas dans l’article que Pierre Bony consacre aux sceaux cisterciens, cf. P. Bony, « An introduction to the study of Cistercian seals : the Virgin as mediatrix, then protectrix on the seals of Cistercian abbeys », Studies in Cistercian Art and Architecture, Cistercian Studies series 89, vol. 3, 1987, p. 201-240.

[10]

Le type à la Vierge à l’Enfant assise dans une architecture gothique débordant l’espace de la légende apparaît pour la première fois, à notre connaissance, sur le sceau de l’abbaye de Cercamp (diocèse d’Arras) appendu à une charte de 1337. Cf. P. Bony, « An Introduction… », op. cit., fig. 10, n° 51.

[11]

Dans la monographie de Gaston Le Hardy nous apprenons que l’abbaye d’Aunay a été pillée à deux reprises, en 1528 puis en 1540. Nous possédons en outre, pour le premier vol, une bulle du pape Clément VII énumérant les objets dérobés, malheureusement la matrice n’y figure pas (Cf. G. Le Hardy, Étude sur la baronnie…, op. cit., p. 369). En tout état de cause, conserver une matrice intacte ayant de fait perdu sa valeur probatoire, sans tirer le bénéfice de sa fonte et de surcroît dénonçant automatiquement son voleur est selon nous absurde. À cet égard, il serait utile de poursuivre l’enquête dans les fonds d’archives postérieures au xvie siècle pour savoir si l’objet modifié a été utilisé longtemps.

Pour citer cet article

Vilain-De Bruyne Ambre, « La matrice de l'abbaye d'Aunay-sur-Odon (fin xve siècle) : le rôle du corpus métallique pour la sigillographie », Annales de Normandie, 1/2011 (61e année), p. 121-124.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2011-1-page-121.htm
DOI : 10.3917/annor.611.0121


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