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Annales de Normandie

2011/1 (61e année)


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Le cartulaire de l’abbaye de Mondaye demeure une source pratiquement inédite, bien qu’une transcription en ait été faite par Jacques Macé, en 1954 [1][1] J. Macé, Cartulaire de l’abbaye de Mondaye (xiiie siècle)..... Conservé initialement dans les archives du chapitre cathédral de Bayeux, il est aujourd’hui consultable aux Archives départementales du Calvados [2][2] Autrefois coté Bibliothèque du Chapitre de Bayeux,.... C’est un codex en parchemin de 244 folios que l’on peut découper en trois grandes parties : les folios 1 à 58 regroupent 197 chartes, dont la plus récente est datée de 1241. Les folios 59 à 243 regroupent 517 actes allant de 1241 à 1275 ; enfin les folios 243 et 244 ne comptent que trois actes datés des années 1327 à 1345. Ce cartulaire, composé peu après 1241 [3][3] Cf. infra., est le premier de l’ensemble du fonds d’archives de Mondaye : un cartulaire du xive siècle comprenant 99 folios fait état des rentes et des terres de l’abbaye, mais aussi des dîmes et des privilèges que l’établissement avait acquis ; un autre cartulaire, datant, quant à lui, des xive et xve siècles, contient 156 actes classés par localités décrivant les biens de l’abbaye dans 22 paroisses ; enfin, le premier chartrier de l’abbaye, qui date du xve siècle, regroupe 557 actes collationnés pour la plupart par le tabellion Robin du Ruel, et concerne les biens de l’abbaye sur les paroisses de Condé, Nonant, Ellon et Juaye. Au total, le cartulaire de Mondaye est le plus ancien cartulaire prémontré pour la Normandie. Il peut uniquement être comparé avec deux cartulaires normands un peu plus tardifs, ceux de l’abbaye de Blanchelande, daté de 1271, et celui de Silly-en-Gouffern des années 1280 [4][4] Institut de Recherche et d’Histoire des Textes. cartulR....

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La première partie du cartulaire, celle qui contient les 197 premières chartes, constitue une œuvre à part entière, écrite d’une seule main, que nous désignerons désormais sous le nom de « premier cartulaire » de l’abbaye de Mondaye. C’est sur elle (et uniquement sur elle) que porte cette étude qui consiste d’abord à replacer ce « premier cartulaire » dans l’histoire de l’abbaye puis, à travers une approche matérielle et textuelle, à tenter de comprendre à la fois les conditions de son élaboration ainsi que ses fonctions.

Le cartulaire dans l’histoire de l’abbaye

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Nous ne conservons aucun récit ancien de l’histoire de la fondation de l’abbaye de Mondaye, que les auteurs de la Neustria Pia[5][5] A. du Monstier, Neustria Pia, Rouen, 1663, p. 905. et de la Gallia Christiana[6][6] Gallia Christiana, XI, col. 862-863. ont tenté de reconstruire. À cela s’ajoutent des travaux des xixe et xxe siècles, notamment ceux du Père Godefroid Madelaine [7][7] G. Madelaine, Essai historique sur l’abbaye de Mondaye... et de Francis Petit [8][8] F. Petit, Abbaye de Mondaye, année des abbayes normandes,..., mais de nombreuses zones d’ombre demeurent. Selon la tradition, rapportée par un nécrologe perdu, le site fut initialement occupé par des solitaires regroupés autour d’un certain Turstin [9][9] A. du Monstier, op. cit., p. 905.. La parenté des communautés érémitiques et du mouvement canonial est un fait important : les ermitages convertis à la vie régulière ou les clercs vivant au désert sont fréquents partout, et notamment en Normandie [10][10] J. Fournée, « L’ordre de prémontré en Normandie »,.... Les plus anciennes chartes pour l’abbaye font mention de clercs ou de chanoines – dirigés par un prieur plutôt que par un abbé – dont l’installation est antérieure au rattachement de l’abbaye à l’ordre de Prémontré [11][11] Une charte non datée mais vraisemblablement antérieure....

La fondation de l’abbaye

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Bien que proche de Bayeux, l’abbaye de Mondaye dépendait depuis une époque inconnue du diocèse de Lisieux. Constituée des quatre paroisses de Nonant, Verson, d’Ellon et de Juaye, l’exemption de Nonant formait une enclave en Bessin relevant de l’évêché de Lisieux. La plus ancienne allusion à cet état figure dans une charte de Guillaume le Bâtard des années 1050-1066 qui confirme à la cathédrale de Lisieux l’église de Nonant et toutes ses dépendances, selon la donation faite par les évêques Roger, Herbert et leurs prédécesseurs [12][12] M. Fauroux, Recueil des actes des ducs de Normandie....

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Deux personnages ont joué un rôle important dans le rattachement de la première communauté canoniale de Mondaye à l’ordre de Prémontré : Jourdain du Hommet, évêque de Lisieux, et Raoul de Percy, seigneur du lieu, qui avait épousé Alice de Gennes, fille de Raoul de Gennes et de Jeanne du Hommet. Jeanne est la fille d’Enguerrand du Hommet, frère de Jourdain, l’évêque de Lisieux.

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Par une charte datée de 1215 Raoul de Percy, chevalier, avec l’accord d’Alice, son épouse, et de ses fils Robert, Guillaume et Raoul, donne à Dieu et à l’église de Saint-Martin de Mondaye, et aux chanoines réguliers de l’ordre de Prémontré qui s’y consacrent au service de Dieu la troisième gerbe de la dîme de Juaye. « [Il a] donné en outre aux mêmes chanoines tout le clos sur lequel leurs bâtiments sont construits (où en cours de construction) ; et ce clos, le vénérable évêque de Lisieux, Jourdain, le [lui] a donné, pour y construire une abbaye, en échange d’une culture de neuf acres ou même plus, située sur le mont Juaye ; et cette culture, l’évêque l’a donnée en aumône aux moines, à [s]a demande et à celle de [s]es fils, afin que ces moines obtiennent ces dons à perpétuité » [13][13] « Radulphus de Perceio, miles, pro salute animae meae....

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Des inscriptions gravées sur les tombes de Raoul de Percy et d’Alice de Gennes, placées dans l’ancienne église abbatiale, leurs attribuent clairement la qualité de fondateur [14][14] Contre la paroi du choeur de l’église, on voyait encore.... Toutefois, dans le nécrologe de l’abbaye de Mondaye, c’est à Jourdain du Hommet seulement que les chanoines reconnaissent le titre de fondateur principal : « Ce fut lui qui établit en ce lieu l’ordre de Prémontré : c’est pourquoi nous avons statué que chaque année son anniversaire serait célébré solennellement » [15][15] « 5, idus Decemb. Commemoratio Iordani, Lexoviensis....

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La date de fondation de l’abbaye a été discutée à de nombreuses reprises. Un abrégé chronologique des Maisons, Bénéfices et Religieux de la Congrégation des Prémontrés Réformés de Normandie, rédigé à Saint-Jean de Falaise en 1755, donne la date de 1202 ; L’arbre généalogique des abbayes de l’Ordre, dressé en 1726 par un chanoine prémontré de Thénailles, lui assigne celle de 1201 ; et Charles-Louis Hugo, dans son Tableau général des Circaries ou Provinces de l’Institut, la fait remonter à 1200. Toutefois, Jean Hermant la situe en 1213, et la Neustria Pia en 1214 [16][16] G. Madelaine, Essai historique sur l’abbaye de Mondaye…,....

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Les plus anciens actes connus pour l’abbaye, datés de 1202 et 1207, ne figurent pas dans le premier cartulaire, mais ils ont été rassemblés et publiés par Charles-Louis Hugo [17][17] C.-L. Hugo, Sacri et canonici ordinis …, vol. II, ad.... On peut douter de la date de 1202 pour le premier d’entre eux : la vente effectuée par Thomas Le Comte et éditée par Charles-Louis Hugo, à partir d’un acte copié dans la deuxième partie du cartulaire (celle réalisée vers 1275) au milieu d’une série d’autres datés des années 1241-1245, comprend la formule « In cujus rei testimonium et confirmationem nos presenti scripto sigilla nostra digna duximus apponenda » qui ne se rencontre qu’à partir des années 1240. L’acte pourrait donc ne dater que de l’année 1242 si l’on considère que le scribe a simplement pu oublier dans la date le mot quadragesimo[18][18] Ibid., vol. II, ad probas, col. clxxxviii ; Cartulaire.... On ignore d’où provient l’autre acte, daté de 1207, édité par Charles-Louis Hugo, mais son authenticité est moins suspecte [19][19] Ibid., vol. II, ad probas, col. cl. xxxviii.. Quant à l’acte le plus ancien qui fut copié dans la première partie du cartulaire, il est daté de 1212 et fut passé en présence de l’évêque Jourdain du Hommet [20][20] « Actum fuit hoc apud eumdem locum, J. Lexoviense episcopo.... C’est certainement peu après le 10 juin 1215, date de la mort de Roger [21][21] Neustria Pia, p. 907, d’après le nécrologe de l’abbaye..., qualifié par la tradition de premier abbé du lieu, que l’établissement fut rattaché à l’ordre de Prémontré.

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À son retour du grand concile de Latran IV, Gervais de Chichester convoque une réunion du chapitre général de l’Ordre en 1216 [22][22] G. Madelaine, Essai historique sur l’abbaye de Mondaye…,.... Jourdain du Hommet adresse alors au chapitre réuni à Prémontré une supplique pour que l’établissement des chanoines de Mondaye (auquel il avait fait une première donation l’année précédente) soit rattaché à l’ordre [23][23] C.-L. Hugo, Sacri et canonici ordinis…, vol. II, ad.... La réponse est rapide puisqu’elle est datée du 9 octobre 1216. Elle reconnaît notamment à Jourdain le titre de « fondateur » et fait de Mondaye une abbaye fille de la Lucerne [24][24] C.-L. Hugo, Sacri et canonici ordinis…, vol. II, ad....

La rédaction du cartulaire

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Le « premier cartulaire » de Mondaye n’est pas antérieur à 1241, date de la charte la plus récente qu’il contient [25][25] Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, Arch. dép. Calvados,.... Sa rédaction peut donc vraisemblablement être mise en relation avec l’élection d’un nouvel abbé, Gabriel du Fay, peu après la mort de Roger II, troisième abbé du monastère, décédé le 8 novembre 1242, après avoir passé dix-sept années à la tête de la communauté [26][26] Neustria Pia, p. 907.. Deux chartes seulement datent de 1240 [27][27] Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, Arch. dép. Calvados,..., et la suite de ce premier cartulaire débute par une série d’actes des années 1241-1246. On peut donc dater la rédaction du premier cartulaire des années 1241-1245, ou plus vraisemblablement du début de l’abbatiat de Gabriel du Fay qui commence à la fin de l’année 1242. Ce travail a pu s’étaler sur plusieurs années puisqu’il a fallu choisir les chartes, les classer et les recopier.

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En mars 1248 (nouveau style), Louis IX donne à Mondaye une lettre d’amortissement dans laquelle l’énumération des biens confirmés aux chanoines suit l’ordre du cartulaire, ce qui prouve qu’elle lui est postérieure [28][28] L. Delisle, Cartulaire normand de Philippe Auguste,.... La lettre du roi met clairement à l’honneur Jourdain du Hommet, Aliénor de Vitré, les familles de Vassy et de Percy, personnages qui sont aussi ceux mis en avant dans le cartulaire. On peut donc penser qu’une fois le cartulaire rédigé on fit appel au roi pour qu’il confirme tous les biens acquis par l’établissement.

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Par ailleurs, on sait qu’un lien étroit existait entre les Croisades et les fondations norbertines, l’ordre ayant même fondé en Terre sainte deux abbayes, Saint-Samuel et Saint-Habacuc. Or, plusieurs grands bienfaiteurs de Mondaye se sont eux aussi impliqués personnellement dans différentes croisades. Tout d’abord, Jourdain du Hommet, l’un des fondateurs de l’abbaye, est parti en 1211 en Languedoc pour combattre l’hérésie des Albigeois, puis il mourut en Terre sainte, en 1218. En 1239, Philippe de Vassy effectua une donation à l’abbaye de Mondaye juste avant de partir pour Jérusalem [29][29] Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, Arch. dép. Calvados,..., très certainement dans le cadre de la « croisade des barons » dirigée par Thibault de Champagne. La famille de Vitré a, elle aussi, participé activement aux différentes croisades : André II, seigneur de Vitré (frère d’Aliénor de Salisbury) depuis 1173, meurt lors de la croisade contre les Albigeois en 1211, un an après avoir épousé en troisième noce Luce Paynel [30][30] D. Power, The Norman frontier in the Twelth ands Early.... Son fils, André III de Vitré, part en croisade en 1239, revient en 1244, puis participe activement à la croisade de 1248, et c’est d’ailleurs là-bas qu’il décède en février 1250, lors de la bataille de Mansourah [31][31] Anonyme, Études sur le Maine. Noblesse du Maine, Le.... Guy Mauvoisin, second époux de Julienne, fille d’Aliénor de Salisbury, était également présent lors de cette bataille, puis il se trouva à Acre en août 1250 [32][32] J. Depoin, Cartulaire de l’abbaye de Saint-Martin-de-Pontoise…,....

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On peut même envisager l’existence d’un lien direct entre la rédaction de ce cartulaire et la préparation de la croisade de Louis IX. En effet, les Paynel et leurs alliés se révoltèrent en 1230 contre Blanche de Castille, quand Henry III tenta de débarquer en Normandie. Après cet épisode douloureux pour les Paynel, la famille tombe en disgrâce [33][33] F. Neveux, La Normandie royale (xiiie-xive siècle),.... La rédaction du cartulaire (entre 1241 et 1245) fut peut-être un moyen pour l’abbaye de mettre de l’ordre dans sa mémoire, juste avant le départ de plusieurs de ses bienfaiteurs pour la Terre sainte.

La construction du cartulaire. Approche codicologique

Présentation matérielle du cartulaire

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Entièrement réalisé sur parchemin, le cartulaire de l’abbaye de Saint-Martin de Mondaye mesure 12,5 cm sur 18 cm. Il est composé de 244 feuillets écrits recto-verso, qui sont partagés en petits livrets comprenant chacun entre 8 et 16 feuillets. Le parchemin a été poncé avec soin, et la distinction entre le côté chair et le côté poil d’un feuillet est aujourd’hui difficile à établir, même si le côté chair du parchemin est généralement plus clair et plus blanc que son côté poil.

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Le codex se compose pour sa totalité de sept cahiers, tous quasiment similaires. À l’exception du premier sur lequel nous reviendrons, tous les autres cahiers comportent 8 feuillets ou 16 pages, il s’agit donc de quaternions. L’auteur du codex s’est efforcé de construire les cahiers de manière telle que, quel que soit le lieu où le codex est ouvert, la page de gauche offre un aspect identique à celui de la page de droite. Ainsi lorsque l’on examine un feuillet situé sur la gauche du cartulaire maintenu ouvert, on s’aperçoit que le feuillet de droite montre les mêmes indices extérieurs. La parfaite alternance deux à deux des faces du parchemin, autrement dit la position constante d’un côté poil devant un autre coté poil et d’un coté chair devant un autre côté chair, est conforme à la règle bien connue par ailleurs sous le nom de règle de Gregory ou règle des vis-à-vis [34][34] J. Lemaire, Introduction à la codicologie, Publications.... Chaque cahier se compose de bifeuillets pliés, emboîtés les uns dans les autres et réunis par un même passage de fil à couture. L’ordre dans le lequel les bifeuillets composent le cartulaire est indiqué au relieur puis au lecteur par des signatures et des numérotations de feuillets.

Fig. 1 - Cartulaire de l’abbaye de MondayeFig. 1
(Arch. dép. Calvados, 6G165. Photo de l’auteur).
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L’ensemble est folioté mais non paginé. Cette foliotation est récente puisqu’elle utilise des chiffres arabes. Elle est placée dans l’angle externe du feuillet. Afin d’éviter que ne se produisent, au moment de la reliure, des inversions dans l’ordre des cahiers, les auteurs du cartulaire ont utilisé plusieurs systèmes de contrôle, dont celui de la réclame. Ce terme désigne le groupe de mots que le copiste a tracé, pour favoriser la jonction d’un cahier à l’autre, au bas de la face verso du dernier feuillet d’un cahier et qui constitue, dans le texte, les premiers mots du cahier suivant. L’autre méthode utilisée ici est celle de la signature. Elle consiste à numéroter chaque cahier du livre en un même endroit, par un élément appartenant à une série évolutive. Pour notre manuscrit, la numérotation repose sur la transcription d’un nombre au verso du dernier feuillet de chaque cahier. Ce nombre est écrit en caractères romains minuscules et prend position au centre de la marge de queue.

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Le travail de copie a été préparé par le tracé d’un certain nombre de lignes ayant pour fonction de délimiter la surface à écrire et de guider l’écriture. L’ensemble de ces lignes, généralement déterminées par des piqûres, constitue la réglure. Dans ce codex, les piqûres sur les feuillets sont bien présentes, mais la réglure n’est pas apparente, sans doute parce qu’elle a été effacée. Par leur répartition, les piqûres traduisent une recherche d’équilibre et de respect des proportions pour les marges, ce qui a été un souci majeur du fabricant du codex.

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Tous les actes du premier cartulaire ont été transcrits à l’aide de la même encre, qui nous apparaît comme relativement noire avec des reflets d’un brun sombre. Nous n’avons pas remarqué, en parcourant le manuscrit, d’endroits importants où l’encre aurait bavé, ni même où elle se serait écaillée. L’encre ne s’efface pas, tous les mots des actes sont lisibles. Enfin, l’encre n’est pas corrosive, car à aucun endroit elle n’a attaqué le support. Comme la date de rédaction du cartulaire est située peu avant le milieu du xiiie siècle, il s’agit probablement d’une encre métallo-gallique mais nous n’avons pas pu le vérifier.

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Ce premier cartulaire a été écrit d’une seule main. L’écriture est facilement déchiffrable. Il s’agit d’une main experte, jamais négligée, qui utilise toujours de la même façon l’ensemble de l’espace disponible. Concernant les dimensions de son écriture, nous avons choisi comme repère une lettre témoin, le « o », qui est constamment de même largeur et de même grandeur. On remarque plusieurs types de traits dans l’écriture du copiste, qui proviennent en partie des plumes utilisées, avec une alternance de pleins et de déliés selon la direction que prend le trait. Cela est dû à la pression que le copiste a exercée sur sa plume. Une grande adresse est visible dans l’angulosité du tracé, et témoigne d’une aptitude de la part du copiste à mener la trajectoire de sa plume dans les courbes. Disposant d’une adresse suffisante, il n’a, à aucun moment, fracturé les courbes en des segments successifs. Tout au long des cahiers, il existe une grande régularité des proportions, de l’inclinaison, et de l’espacement des lettres. Enfin, le copiste utilise systématiquement les mêmes abréviations dans les chartes, en nombre relativement limité. De plus pour chaque acte, le copiste sépare à chaque fois de manière franche et régulière tous les mots avec le même espace. Il fait preuve par ailleurs d’une certaine répugnance à scinder les mots qu’il copie, préférant souvent tasser son écriture en bout de ligne. Enfin, le copiste fait apparaître de nombreux paragraphes qui correspondent chacun à un acte. Pour cela le procédé du scripteur est toujours le même : il va à la ligne, et le nouveau paragraphe commence par une lettre remarquable, une simple majuscule, qui n’est jamais décorée.

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La reliure n’a pu être que partiellement étudiée, mais l’opération de couture effectuée sur les différents cahiers est en partie visible, il s’agit ici d’une couture sur nerfs. Selon cette technique, le dos des cahiers est lié, par l’intermédiaire d’un fil de couture qui traverse les cahiers, à des ficelles fixées à l’ais (plaque qui forme l’armature du plat) inférieur. Avec cette méthode les nerfs apparaissent au dos. Le dos de la reliure qui découle de la couture nous apparaît comme un dos collé : la couvrure est collée sur toute la surface du dos, sur et entre les nerfs ; ceux-ci sont alors généralement fouettés, c’est-à-dire que leur saillie est accentuée à l’aide de fils cirés, que l’on fait passer au pied de chaque nerf. Le texte commence au deuxième feuillet, car le premier feuillet du premier cahier, laissé blanc, a été directement collé au contre-plat. Le matériau utilisé pour fabriquer la couvrure est un parchemin lisse et souple, de couleur brune, sans doute due à l’action du tannage. Cette couvrure ne possède aucune ornementation.

Fig. 2 - Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, reliureFig. 2
(Arch. dép. Calvados, 6G165. Photo de l’auteur).
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Le premier cahier relève cependant d’une forme de construction différente. Nous avons dit précédemment que les sept cahiers ont été construits sur le mode d’un quaternion, ce qui donne donc des cahiers de 8 feuillets ou 16 pages. C’est bien entendu le cas pour le premier cahier, mais en comptant les feuillets, on en dénombre au total neuf. Un feuillet simple a donc été adjoint après coup au premier cahier. Il n’est pas rare, dans les manuscrits médiévaux, de rencontrer des feuillets isolés insérés après coup à un cahier, en réponse à des nécessités variées. En ce qui concerne le cartulaire de l’abbaye, ce feuillet ajouté vient combler une lacune commise lors de la copie des chartes. Pour adjoindre un feuillet simple à l’ensemble des feuillets qui composent le cahier, le relieur a utilisé la méthode du talon [35][35] Le talon est une portion étroite, obtenue par pliage.... Jacques Lemaire affirme, que dans la plupart des cas, le talon apparaît seul, et atteste l’absence originelle dans la reliure primitive d’un seul folio, ce qui est bien le cas ici dans le cartulaire de l’abbaye de Mondaye [36][36] J. Lemaire, Introduction à la codicologie, op. cit.,....

Fig. 3 - Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, talon du feuillet ajoutéFig. 3
(Arch. dép. Calvados, 6G165. Photo de l’auteur).
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Ce feuillet ajouté postérieurement au premier cahier, n’a été utilisé que sur son recto, tandis que son verso est resté totalement blanc dans le cahier. Au recto, l’acte a été transcrit par une autre main, très différente : l’écriture est plus ronde, plus grosse, et l’encre noire utilisée ne correspond pas à celle qui a servi aux autres pages du cartulaire. Cet ajout est donc postérieur à la construction du cartulaire. Au sein du premier cahier, cette charte porte le numéro XV bis et vient s’ajouter à la précédente qui porte le numéro XV. Celle-ci est une charte de Julienne, dame de Tillières, par laquelle elle choisit d’avoir sa sépulture dans l’abbaye de Mondaye et donne pour cela une rente annuelle de douze livres. La charte XV bis émane de Hylarie, dame de Tillières, fille de Julienne, qui donne, quant à elle, une rente annuelle de 20 sous tournois à prendre sur son four de Ryes [37][37] La charte 15 bis se termine par la formule « celle....

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Il est assez facile d’expliquer l’insertion de ce feuillet au cahier : souhaitant que la charte d’Hylarie soit proche de celle de sa mère, on inséra un nouveau feuillet afin que les deux chartes se suivent de manière logique, l’ordre chronologique n’étant pas ici de première importance. À travers l’ajout de ce talon, on voit combien l’abbaye prit soin de mettre à l’honneur ses bienfaiteurs, quitte à désorganiser légèrement la construction des premiers cahiers du cartulaire.

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Cette insertion d’un feuillet supplémentaire à un cahier déjà construit est l’unique cas rencontré au sein du premier cartulaire. Et nous n’avons pas décelé d’autre anomalie dans l’ordonnance et la composition des cahiers. La charte VI apparaît cependant particulière car elle a été complètement grattée, et c’est la seule à avoir subi ce traitement dans l’ensemble du premier cartulaire. Les chartes qui la précèdent sont toutes en rapport avec le fondateur de l’abbaye, l’évêque de Lisieux, Jourdain du Hommet, la septième charte est la première d’une série d’actes qui concernent la comtesse Aliénor de Vitré et ses donations. La sixième concernait donc sans doute Jourdain du Hommet dont les donations (chartes I à V) ont été recopiées par ordre d’importance.

Fig. 4 - Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, charte grattéeFig. 4
(Arch. dép. Calvados, 6G165. Photo de l’auteur).
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Chaque transcription de charte est précédée d’un en-tête écrit à l’encre rouge qui indique le nom et souvent le rang de la personne qui effectue l’acte. Un numéro en chiffres romains figure également à la fin de l’en-tête, lui aussi écrit à l’encre rouge. Cette numérotation des chartes, en plus de la foliotation des feuillets et de la numérotation des cahiers, permet au lecteur de se repérer rapidement parmi les différents actes du cartulaire, sachant cependant qu’aucune table des matières n’a été établie pour ce recueil.

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On constate cependant qu’une erreur de numérotation a été commise, car les numéros qui se trouvent à la fin du cartulaire ont quasiment tous été modifiés à partir de la charte XVIII (fig. 1). Ce mode de correction est à chaque fois identique : le copiste a d’abord rayé le chiffre romain qui avait été donné initialement et a ajouté un peu plus loin la nouvelle numérotation. Pour tous les actes, le chiffre romain est indiqué à l’encre noire et il suit le nom du bienfaiteur écrit en rouge. Nous savons que cette première numérotation des actes a été effectuée par le scribe qui a copié l’ensemble des actes du cartulaire, mais nous pensons en revanche que c’est un autre personnage qui a effectué plus tard la correction, car sa manière de faire les chiffres est différente de celle du premier scribe. De plus, alors que généralement le scribe écrit l’en-tête de la charte à l’encre rouge et indique ensuite le numéro de la charte à l’encre noire, le copiste qui a pris la suite a rayé le numéro de la charte à l’encre rouge, puis a ajouté le nouveau numéro de la charte à l’encre rouge également. De cette façon, nous pouvons comparer les deux encres rouges qui ont été successivement utilisées. La première semble plus claire et plus terne que la seconde, qui nous paraît beaucoup plus intense. C’est pourquoi, nous pensons qu’un autre scribe est venu exécuter cette opération sur le cartulaire plus tardivement, pour corriger de manière définitive à l’encre rouge le numéro des actes.

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Cette approche codicologique, certes incomplète, montre que le volume est homogène d’un point de vue matériel, c’est-à-dire qu’il a été copié en un temps et en un lieu précis par un seul copiste, mais qu’il a tout de même fait l’objet de quelques modifications ultérieures, notamment sur le premier cahier et à propos de la numérotation des actes.

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D’une manière générale, la conservation du cartulaire est excellente. Le codex actuel n’a pas connu de restauration récente, à la différence de la suite du cartulaire et surtout des derniers cahiers qui ont été restaurés, notamment concernant leur reliure. Il est évident que ce cartulaire, réalisé dans des matériaux de qualité, n’a jamais fait l’objet d’une utilisation intensive.

Les actes du premier cartulaire

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Les chartes du manuscrit ont toutes été copiées suivant un modèle bien précis, dont l’organisation est propre au copiste. Toutes les chartes, sans exception, sont précédées d’un titre qui comporte, à la fin, un numéro de charte. Les chartes forment autant de blocs qui s’enchaînent sans aucune autre séparation que leur en-tête écrit à l’encre rouge. Le copiste ne saute pas de ligne entre les chartes. À aucun moment le scribe n’a voulu laisser son empreinte personnelle. Le travail est relativement formel, le copiste ne s’est pas approprié les chartes pour les recopier à sa manière, bien au contraire, il a scrupuleusement respecté les ordres qu’on lui avait donnés pour s’effacer totalement derrière son travail. Le copiste a simplement mis son œuvre au service des donateurs de l’abbaye, et nous verrons que ce sont eux qui doivent laisser leur empreinte au sein du cartulaire et non lui.

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Toutes les chartes du premier cartulaire sont rédigées en latin, comme d’ailleurs presque toutes les autres chartes des continuations, puisque seules les trois dernières, qui datent du xive siècle, sont en français. Parmi les 197 actes du cartulaire, on dénombre 173 chartes de donation ou confirmation ; 17 actes de ventes faites à l’abbaye [38][38] Chartes n° LXIII, LXIV, LXVIII, LXXXII, LXXXIII, LXXXIV,... ; deux constitutions de rentes en nature [39][39] Chartes n° CLI et CLX. et cinq chartes évoquant des décisions de justice [40][40] Chartes n° XX, XXI, XXII, XXXI, et XXXIV.. Les chartes de donation sont donc largement prédominantes sur tout le reste.

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Les actes de vente sont beaucoup plus rares et datent quasiment tous des années 1230, c’est-à-dire qu’ils sont postérieurs d’au moins 25 ans à la fondation de l’abbaye. Les achats de rentes sont quasiment inexistants, puisque le cartulaire n’en compte que deux, et leur importance apparaît très limitée, puisqu’ils ne portent que sur un setier de froment par an. Il semble donc évident que tous les actes effectués en faveur de l’abbaye au cours des années 1215-1241 n’ont pas été transcrits dans ce cartulaire, mais qu’un tri a été effectué au préalable.

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Ceci est également confirmé par le fait que certains actes en faveur de l’abbaye n’ont pas été transcrits dans ce premier cartulaire. C’est le cas notamment d’une bulle pontificale donnée par Grégoire IX à Latran, le 15 mars 1229 [41][41] C.-L. Hugo, Sacri et canonici ordinis…, vol. II, ad.... L’acte est pourtant d’une grande importance pour l’abbaye. En choisissant de ne pas mettre la copie de la bulle pontificale dans le cartulaire, on fait en sorte que la générosité des bienfaiteurs de l’abbaye ne soit pas placée dans l’ombre de celle d’un personnage de si haut rang. L’abbaye de Mondaye apparaît en effet d’abord comme le sanctuaire seigneurial de plusieurs familles, notamment Hommet, Vitré et Vassy. Le cartulaire en est le reflet : il contribue à mettre en valeur la largesse de ses donateurs par l’inscription en son sein de leurs noms et de leurs chartes. Certes, le pape Grégoire IX a accordé sa protection à l’abbaye, mais ce sont ces grandes familles qui ont contribué à son développement. De ce fait, le pape n’est pas considéré comme un bienfaiteur pour Mondaye.

L’ordonnancement du cartulaire

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La table des chartes que nous avons constituée permet de mieux comprendre l’organisation du cartulaire. On y voit tout d’abord que le cartulaire n’obéit pas à un ordre de classement chronologique. De nombreux retours en arrière sont visibles, et on s’aperçoit que deux chartes successives dans le cartulaire peuvent être séparées dans le temps par plusieurs décennies. Le mode de classement retenu est en réalité fondé sur l’importance des familles plutôt que sur l’importance des dons qu’elles effectuent. Ceci se lit d’abord à travers le titre écrit à l’encre rouge qui précède chaque acte, et qui rappelle de façon systématique le prénom et le nom du donateur ainsi que son rang dans la société, preuve que la nature du don effectué n’est pas ici l’élément central. C’est bien l’importance du rang des donateurs qui a été prise en compte pour classer les actes.

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De cette façon, nous avons pu diviser le premier cartulaire en quatre grandes parties. Les six premières chartes qui concernent l’évêque de Lisieux, Jourdain, forment un groupe à elles seules, même si leur nombre est limité. Ce premier bloc est le plus important du cartulaire : c’est lui qui renseigne le lecteur sur le fondateur de l’abbaye, Jourdain du Hommet étant le personnage le plus illustre du cartulaire. Viennent ensuite 39 chartes qui se rapportent à de grandes familles seigneuriales normandes bien connues au xiiie siècle et qui forment un deuxième groupe. Ce bloc se divise à son tour en trois parties concernant trois familles : la famille Vitré, les Vassy et enfin les Hommet / Percy. Ce deuxième bloc est lui aussi classé selon l’importance sociale des familles. La famille des Vitré vient juste après Jourdain du Hommet. De 1217 à 1229, les Vitré n’ont pas cessé de faire des aumônes à l’abbaye. Vient ensuite la famille de Vassy, qui elle aussi occupe un rang important en Normandie et dispose d’une richesse considérable. Au total 12 chartes concernent cette famille, en y intégrant également celles de la famille Fontenay, à laquelle elle est liée par une union entre Robert de Fontenay et Mathilde, la fille de Philippe de Vassy. Après les chartes des familles Vitré et Vassy, viennent à égalité celles d’Enguerrand du Hommet, frère de l’évêque Jourdain du Hommet, et celles de Raoul de Percy, deux personnages très liés au fondateur de l’abbaye. Nous dénombrons seulement quatre chartes les concernant : une seule pour Raoul de Percy, trois pour Enguerrand [42][42] Sur les familles Hommet, Vitré et Vassy, cf. D. Power,....

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À ces deux groupes s’ajoute un troisième ensemble, qui met en avant une petite élite locale très généreuse envers l’abbaye. Dans ce troisième bloc, nous n’identifions pas réellement de familles connues, mais nous trouvons plusieurs noms qui s’enchaînent les uns aux autres sans que nous puissions mettre en avant de liens particuliers entre eux sinon que ces personnages tirent tous leurs revenus des terres voisines de l’abbaye. Tous ces donateurs effectuent des dons de moindre valeur que ceux du groupe précédent mais qui viennent agrandir le patrimoine foncier de l’abbaye. Ces petits lignages résident non loin de l’abbaye de Mondaye, car très souvent leur nom est suivi du qualificatif « de Juaye », comme dans le cas de la famille « Legraverenc, de Juaye ». C’est en réalité une petite élite locale issue du monde rural, qui avec ses moyens économiques limités cherche à imiter les largesses des plus grands.

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Enfin, nous avons distingué un dernier groupe d’actes dans l’ordonnancement du registre qui correspond aux personnes de condition encore plus modeste, celles qui ne bénéficient ni d’un nom important ni d’un capital conséquent, mais qui, par charité chrétienne, contribuent à leur manière à augmenter le patrimoine de l’abbaye en effectuant de petits dons. Ce sont des fidèles sans grandes ressources. Leurs noms sont mélangés dans le cartulaire et ces personnes semblent issues d’un même rang social. Leurs dons ne représentent que peu de choses : une modeste pièce de terre, une rente d’un quartier de froment, voire d’un pain. Ces dons ne sont pas du tout comparables avec ceux du premier groupe, qui eux ont constitué l’essentiel du patrimoine de l’abbaye. En réalité, les dons qu’effectuent ces personnes aux ressources limitées sont la plupart du temps versés à l’abbaye et aux chanoines en échange de prières pour les proches qu’ils ont perdus.

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On peut également remarquer que tous ces actes ont été regroupés par familles, puis à l’intérieur de ces familles, par dossier, voire par micro-dossier. Une réelle hiérarchisation a été établie dans le classement des actes au sein du cartulaire. De la même façon, les chartes émanant d’un même bienfaiteur sont toujours classées les unes après les autres, selon leur importance. Nous n’avons jamais rencontré de charte, par exemple, concernant Aliénor de Vitré en différents endroits du cartulaire. Lorsque le copiste a commencé à copier les actes de la comtesse, toutes les chartes en rapport avec elle ont été recopiées les unes à la suite des autres, sans souci d’ordre chronologique.

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C’est pourquoi nous pouvons constater, pour chaque donateur, un second mode de rangement, effectué cette fois-ci par « dossier », les chartes d’un même personnage ne sont pas classées par ordre chronologique mais selon l’importance de la donation ou de l’acte lui-même. Nous pouvons vérifier ce type de classement à travers le dossier des chartes d’Aliénor de Vitré, comtesse de Salisbury. Dans la première charte du dossier, datée de 1228, elle donne à l’abbaye tout son champart de Trungy et Ryes, alors que dans la dernière il s’agit du don d’une rente de 20 sous [43][43] Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, Arch. dép. Calvados,.... Le cas des chartes d’Aliénor de Vitré présente une particularité supplémentaire : aux actes de la comtesse, on a ajouté dans le même groupe les autres chartes des différents membres de sa famille. Comme ces derniers ont un rang social moins élevé que celui de la comtesse, leurs chartes viennent après celles d’Aliénor de Vitré, ainsi celles de sa fille, Julienne de Tillières [44][44] Ibid., charte n° X.. De plus, après les chartes concernant les membres de sa famille, viennent les chartes XX, XXI et XXII qui concernent, elles aussi, des biens cédés par la comtesse de Salisbury à la suite d’un procès ayant eu lieu entre l’abbaye de Mondaye et celle de Gâtines à propos des dîmes de Trungy [45][45] L’abbaye Notre-Dame de Gâtines était une abbaye augustinienne.... Ces trois chartes sont les dernières du dossier concernant la famille Vitré, et forment d’une certaine façon un « micro-dossier », à la fin du dossier des actes de la famille. Ces trois actes ne sont pas non plus classés par ordre chronologique comme cela serait le plus logique, mais par ordre d’importance comme l’est tout le reste du cartulaire. Nous pouvons ainsi d’abord lire la décision du jugement (acte XX), puis le déroulement du jugement (acte XXI), et enfin l’exposé des faits initiaux (acte XXII). De cette façon, la décision du jugement occupe la première place, à l’inverse de l’ordre des faits.

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Les deux derniers groupes d’actes, ceux qui touchent à la fois les élites locales et les personnes de petite importance, répondent à cette même logique. Cette dernière y est cependant moins perceptible, car on y trouve peu de chartes relatives à une même famille qui pourraient former un dossier. On peut tout de même constater que les chartes de la famille Legraverenc obéissent toujours à ce même ordre. En effet, sept actes se suivent et sont hiérarchisés par importance du don, le premier constituant un don de cinq acres de terres, le dernier étant celui d’une masure située dans la paroisse de Juaye [46][46] Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, Arch. dép. Calvados,....

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La suite du cartulaire, réalisée vers 1275, apparaît très différente. Elle semble tout d’abord totalement désorganisée, la rigueur présente au départ dans la copie des chartes n’est plus là. Plusieurs mains ont copié les actes du cartulaire avec des styles bien différents et en utilisant de très nombreuses abréviations, et suivent un ordre chronologique. Il est clair que l’on ne cherche plus alors à mettre en avant des individus et des familles. De ce constat, nous pouvons dire que le premier cartulaire n’était pas destiné au même usage que la suite du manuscrit. Le premier cartulaire semble avant tout être un instrument permettant de conserver la mémoire des bienfaiteurs de l’abbaye, tandis que les continuations ont pu servir à la construction d’un outil de gestion du patrimoine foncier de l’abbaye.

Les fonctions du cartulaire de l’abbaye de Mondaye

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Nous avons vu que la construction du premier cartulaire de l’abbaye repose sur une organisation rigoureuse de ses actes, établie en fonction d’un classement décroissant de leur importance, d’abord par familles puis par dossier d’actes. Cette organisation nous donne à penser que le cartulaire répond ainsi à une fonction bien définie. Lorsque l’on évoque les fonctions d’un cartulaire, on considère généralement qu’il s’agit d’outils permettant d’assurer les droits d’un établissement, ou bien qu’ils ont été destinés à produire l’histoire d’un lieu. Mais on peut également considérer certains cartulaires comme des champs d’exercice de la memoria des bienfaiteurs d’une abbaye [47][47] O. Guyotjeannin, Les cartulaires : actes de la table....

Un (impossible) outil de gestion ?

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Ce cartulaire ne semble pas avoir eu comme fonction principale d’aider l’établissement religieux à administrer son domaine. En effet, nous l’avons dit précédemment, le cartulaire ne possède pas de table propre, ce qui soulève la question de son utilisation. Son organisation ne dépend pas du type des actes, ni d’un classement géographique, avec des chartes regroupées selon les localités concernées. On peut également considérer que, si le premier cartulaire de l’abbaye de Mondaye avait eu pour but de servir à la gestion du temporel de l’établissement, toutes les chartes importantes auraient dû être copiées dans le codex, et on s’attendrait alors à trouver en tête du cartulaire la lettre d’amortissement de Louis IX et la bulle pontificale de Grégoire IX. Or, ces deux actes, d’une importance considérable pour l’abbaye manquent, ce qui ne peut résulter ni d’une erreur ni d’un oubli, mais bien d’un choix délibéré.

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Si le cartulaire avait été un outil de gestion, on aurait dû privilégier l’aspect fonctionnel et le côté pratique du manuscrit, ce qui n’est absolument pas le cas. Nous ne trouvons pas non plus, au sein du cartulaire, de documents de nature économique, comme des listes de rentes, des éléments de censier, ou bien encore un inventaire de titres de l’abbaye, et nous sommes ici en présence d’un ouvrage très éloigné du groupe des « cartulaires-censiers ». Ce n’est pas non plus un cartulaire hybride dans lequel des copies d’actes et de données foncières sont associées à un censier / rentier / terrier autonome. Il n’existe d’ailleurs aucun censier connu pour cette époque provenant des archives de l’abbaye de Mondaye. Dans la même logique, nous ne trouvons rien permettant de faire apparaître la répartition des biens entre les différents services de l’abbaye.

Le cartulaire de Mondaye, une histoire de l’abbaye ?

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On trouve dans certains cartulaires des textes étrangers à la diplomatique : récits historiques ou hagiographiques, catalogues de bibliothèques, et surtout prologues, parfois très surprenants. La présence de ces textes au sein d’un cartulaire permet d’une certaine façon d’identifier le projet du cartulariste, et ainsi de connaître la fonction du codex. Le premier cartulaire de Mondaye ne contient cependant aucun extrait narratif, alors qu’un prologue aurait pourtant pu servir à affirmer l’ancienneté de l’abbaye et à mettre en avant le rôle des fondateurs, notamment celui de l’évêque Jourdain du Hommet dans le développement du monastère.

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Le cartulaire ne comprend aucun récit de la fondation de l’abbaye, et aucune des chartes n’est véritablement consacrée à cet événement. Les noms des abbés sont systématiquement ignorés des chartes et, aujourd’hui encore, la succession des abbés n’est connue qu’à travers ce que les auteurs de la Neustria Pia rapportent du nécrologe perdu de l’abbaye [48][48] Neustria Pia, p. 905.. En évinçant complètement le nom des abbés du cartulaire, on laisse de fait une place prépondérante aux actions des bienfaiteurs. Le premier cartulaire de Mondaye n’a donc pas pour visée de relater une histoire de l’abbaye. Il ne développe pas non plus une sorte de propagande cherchant à rehausser le prestige de l’institution, de ses origines, de sa fundatio.

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De même, on a vu que les plus anciens actes pour l’abbaye n’ont pas été transcrits, comme si l’on considérait alors que seules comptaient les donations effectuées après le rattachement à l’ordre de Prémontré. Le cartulaire ignore également l’action de l’ermite Turstin, dont le souvenir ne semble avoir été conservé qu’à travers le nécrologe de l’abbaye [49][49] Ibid., comme si on avait voulu faire disparaître l’histoire d’avant la fondation / refondation de Jourdain du Hommet. Plus curieusement encore, les liens entre Mondaye et l’abbaye de la Lucerne, son abbaye-mère, sont inconnus du cartulaire alors qu’ils sont signalés dans la lettre adressée par le chapitre de Prémontré à l’évêque Jourdain du Hommet, en 1216, elle-même non copiée dans le cartulaire. Cette volonté de passer sous silence les liens entre l’abbaye de Mondaye et celle de la Lucerne est peut-être à mettre en relation avec l’origine géographique des principaux bienfaiteurs de l’établissement. Tous ces personnages ont des liens avec la frontière entre Normandie et Bretagne, autour de Fougères (notamment les Vitré, Hommet et Paynel, fondateurs pour ces derniers de l’abbaye de Hambye) et du Mortainais (par exemple les Fontenay). Or, ces grandes familles, bienfaitrices de l’abbaye de Mondaye, ont également effectué des dons à l’abbaye de la Lucerne, et il est possible que l’on ait voulu oublier de rappeler les liens avec celle-ci, afin de mieux mettre en valeur l’importance des dons effectués en faveur de Mondaye. Le cartulaire de l’abbaye ne peut donc pas être considéré comme une création destinée à diffuser l’histoire de l’établissement, puisqu’on a volontairement passé sous silence des points fondamentaux.

La fonction mémorielle du cartulaire de Mondaye

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Ce cartulaire constitue donc la mémoire d’un groupe prioritairement nobiliaire conséquent, qui n’a cessé d’enrichir l’abbaye par ses dons. En préservant à jamais la mémoire des grands donateurs, il permet de perpétuer celle de grands lignages normands et offre ainsi à ce groupe social de dominants la possibilité de se constituer une réelle identité collective. On ignore quels liens pouvaient exister entre ce cartulaire et le nécrologe perdu de l’abbaye. Toutefois, un autre ensemble similaire est connu à l’abbaye de la Lucerne, abbaye-mère de Mondaye, où un cartulaire du xiiie siècle était là aussi associé à un nécrologe [50][50] D. Ducœur, Abbaye Sainte-Trinité de la Lucerne, ordre....

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Les principaux bienfaiteurs de l’abbaye, présents au début du cartulaire, ont entre eux des liens de parenté étroits. Au centre du groupe se trouvent les Hommet. Ainsi, Raoul de Percy épousa Alice de Gennes, petite-fille d’Enguerrand du Hommet, lui-même frère de l’évêque de Lisieux, Jourdain. La place réservée à Raoul de Percy est cependant assez limitée, puisque la charte par laquelle il échangea à Jourdain du Hommet le clos sur lequel fut construite l’abbaye contre neuf acres de terre sur le mont ne fut pas transcrite dans le cartulaire. Raoul de Percy, ne faisant pas, par cet échange, de véritable aumône envers l’abbaye, ne fut pas considéré comme un bienfaiteur important [51][51] La charte de Raoul n’est pas dans le premier cartulaire,... : le véritable fondateur de l’établissement était pour le cartulariste, Jourdain, contrairement à ce que rapporte l’histoire plus tardive de l’abbaye, qui associe Raoul à la fondation [52][52] H. de La Ferrière-Percy, Histoire du Canton d’Athis....

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Agathe du Hommet, sœur d’Enguerrand et de Jourdain, épousa quant à elle Foulques Paynel. Sa fille, Lucie Paynel, épousa André de Vitré, nièce d’Aliénor de Vitré ou de Salisbury [53][53] D. Power, The Norman frontier…, op. cit., p. 508.. S’agit-il de simples proximités aristocratiques ? Mondaye apparaît en réalité comme le sanctuaire privilégié d’une partie de la famille Hommet et de sa parentèle.

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On peut également discerner une véritable stratégie des bienfaiteurs qui effectuent aussi des donations à d’autres établissements religieux : l’une des branches des Hommet fait ainsi de l’abbaye cistercienne d’Aunay-sur-Odon un véritable sanctuaire familial [54][54] A. de Caumont, Statistique monumentale du Calvados,.... Les Hommet apparaissent aussi parmi les bienfaiteurs de l’abbaye de Longues-sur-Mer, en même temps que les Paynel [55][55] P. de Farcy, Abbayes de l’évêché de Bayeux. IV. Notre-Dame..., ces derniers étant par ailleurs très liés à l’abbaye d’Hambye. Ceci peut exprimer le besoin pour certains bienfaiteurs d’entretenir des liens avec plusieurs établissements, afin de multiplier les obits et les prières aux morts. Mais d’autres s’installent progressivement dans une abbaye : dans un premier temps, ils effectuent des donations à plusieurs établissements, puis décident de réserver leurs dons à un seul sanctuaire, dans lequel ils choisissent de se faire inhumer. Ce choix se fait de manière différente selon les liens familiaux mais aussi selon la spiritualité de chacun. Prenons ainsi l’exemple particulièrement révélateur d’Aliénor de Vitré (ou de Salisbury) : Aliénor effectue avec Guillaume Paynel, son premier mari mort en 1184, un premier don à l’abbaye bénédictine de Longues, située à 15 km au nord de Mondaye, comprenant la moitié de l’église de Ryes. La charte initiale est aujourd’hui perdue, mais on en connaît la substance à travers une confirmation de Henri II des années 1185-1189 ainsi qu’à travers une autre confirmation de Henri, évêque de Bayeux de 1165 à 1205 [56][56] Ibid., p. 68-70. L. Delisle et E. Berger, Recueil des.... En 1231, alors qu’elle avait déjà choisi de se faire inhumer à Mondaye, Aliénor fait don à l’abbaye de Cordillon (une abbaye de moniales située à Lingèvres, à cinq kilomètres seulement au sud de Mondaye) de la dîme du four de Trungy [57][57] P. de Farcy, Abbayes de l’évêché de Bayeux. II. Cordillon,.... Mais c’est aux abbayes prémontrées, et en tout premier lieu à celle de Mondaye, qu’elle réserve, à partir de 1217, l’essentiel de ses aumônes. On ignore l’année précise de sa naissance, mais sachant qu’elle est mariée à Guillaume Paynel qui meurt en 1184, on peut penser qu’elle est née dans la décennie 1160, peut-être en 1164. En 1217, elle est donc quinquagénaire, et probablement préoccupée par son trépas. Cette année-là, elle effectue deux donations identiques, l’une à l’abbaye de Mondaye [58][58] Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, Arch. dép. Calvados,..., l’autre à l’abbaye de Belle-Étoile [59][59] Y. Lecherbonnier, L’Abbaye de Belle-Étoile. IV. Le..., deux des quatre abbayes-filles de la Lucerne. Chacune reçoit alors une rente annuelle d’un setier d’avoine, à percevoir sur la terre de Trungy. Aliénor hésite-t-elle encore sur le choix du lieu de son inhumation ? Très vite, elle multiplie les aumônes en faveur de Mondaye, tandis qu’on ne connaît aucune autre donation de sa part en faveur de Belle-Étoile. Son attirance pour la spiritualité prémontrée se mesure aussi au fait que son nom soit mentionné dans le nécrologe de l’abbaye de la Lucerne, abbaye-mère de Mondaye, en compagnie de ceux d’Aliète et d’André de Vitré, son neveu [60][60] Aliète de Vitré : D. Ducœur, Abbaye Sainte-Trinité....

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Aliénor est inhumée à Mondaye, et elle apparaît comme l’un des personnages les plus importants au sein du groupe des grands bienfaiteurs, puisque ses chartes ont été copiées dans le cartulaire immédiatement à la suite de celles de Jourdain du Hommet. La place tenue par sa famille est renforcée par le choix de la fille d’Aliénor, Julienne de Tillières, pourtant bienfaitrice de la Chaise-Dieu du Theil [61][61] Eure, cant. de Rugles. et de l’Estrées [62][62] Eure, cant. de Nonancourt, c. de Muzy., qui décide de se faire inhumer près de sa mère à Mondaye [63][63] Sur Julienne de Tillières : D. Power, The Norman frontier…,....

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Aliénor de Vitré entretient également des liens étroits avec la famille du Hommet [64][64] D. Power, The Norman frontier…, op. cit., p. 227. : elle a épousé en première noce Guillaume Paynel, dont le frère cadet, Foulques, épouse Agathe du Hommet, sœur de Jourdain et d’Enguerrand. Leur fille, Lucie Paynel, épouse André de Vitré, neveu d’Alienor [65][65] Ibid., p. 518.. Par la suite, une autre union matrimoniale renforce les liens entre Alienor et les Hommet, puisque Aliénor épouse en deuxièmes noces Gilbert de Tillières, seigneur de Laigle, tandis que Guillaume du Hommet, père de Jourdain et d’Enguerrand, avait auparavant épousé Lucie de Laigle.

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Mettre en avant la figure d’Aliénor, c’est aussi le moyen pour l’abbaye d’afficher le lien avec la famille royale anglaise. Guillaume, comte de Salisbury, troisième époux d’Aliénor, meurt en 1196 sans héritier mâle. Ils ne laissent qu’une fille, née en 1187, Isabelle ou Ela, devenue comtesse de Salisbury, qui est mariée par le roi d’Angleterre à Guillaume Longespee, fils illégitime de Henri II, et donc demi-frère des rois Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre. Par cette union, Aliénor se trouve donc indirectement rattachée à la noblesse royale anglaise, ce qui ne pouvait manquer de rehausser le prestige de l’abbaye de Mondaye, même si les principaux bienfaiteurs de l’abbaye, notamment les Hommet, et les Paynel avaient clairement choisi, dès 1203, le camp de Philippe Auguste [66][66] F. Neveux, La Normandie royale…, op. cit., 2005, p.....

Conclusion

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Il faut donc percevoir le premier cartulaire de l’abbaye de Mondaye comme un élément posant la question de la mémoire et de l’oubli. Au cœur de l’ordonnancement du cartulaire, le thème principal reste celui de la construction de la memoria des bienfaiteurs de l’établissement ecclésiastique. En effet, un besoin de mémoire se fait alors expressément ressentir à la lecture du cartulaire. Non pas un besoin inédit de mémoire relatif à la fondation de l’abbaye, puisque cet élément est passé sous silence dans le cartulaire, mais bien un besoin de mémoire concernant l’ensemble des donateurs de l’abbaye qui, par de telles largesses, lui ont permis d’acquérir un patrimoine foncier indéniable.

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Nul ordre religieux n’a établi pour règle que ses membres devaient rédiger une copie de leurs archives. L’initiative est toujours venue isolément, et elle appartient à l’histoire individuelle de chaque maison, comme c’est le cas pour Mondaye. Même si l’abbaye en a ressenti la nécessité, nous n’avons trouvé aucun commentaire de la part du scribe sur sa façon de faire et de procéder quant à l’organisation du cartulaire. Nous ne savons rien non plus sur les difficultés qu’il a rencontrées à la lecture d’anciens parchemins, sur le refus de transcrire certains actes, ou bien sur des listes de témoins amputés.

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L’un des points qui nous paraît cependant le plus important est la question de la fiabilité du registre. Rappelons que le cartulaire de Mondaye, comme tout cartulaire, n’offre rien d’autre que des copies d’actes originaux. Pour autant ce travail est-il totalement fiable ? Les transcriptions ont pu être tronquées, avec des falsifications et des interpolations dans leur contenu. Il aurait fallu, pour être certain de la fiabilité du cartulaire, pouvoir comparer les actes originaux et leur transcription, chose que nous n’avons pas pu faire.

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Il faudrait maintenant étudier les suites de ce cartulaire, leur mise en page, repérer les mains qui ont contribué à l’élaboration de ces suites, s’attacher aussi au contenu des chartes, à ce qu’elles renferment, à leur classification, et rechercher si cette suite obéit également à la fonction mémorielle qui est dominante dans le premier cartulaire. Un rapide examen permet d’affirmer que ces continuations apparaissent aux antipodes du premier cartulaire : l’ensemble apparaît plus désorganisé, plusieurs types d’écritures se mélangent et il n’y a plus de rubriques écrites à l’encre rouge, le classement y apparaît principalement d’ordre chronologique. La deuxième partie du cartulaire, réalisée vers 1275, semble donc avoir eu une fonction bien différente.

Notes

[*]

Université de Caen Basse-Normandie.

[1]

J. Macé, Cartulaire de l’abbaye de Mondaye (xiiie siècle). Établissement du texte ; introduction historique, D.E.S., univ. de Caen, 1954, Arch. dép. Calvados, 1 Mi 250. J. Macé, « Le cartulaire de l’abbaye de Mondaye », Analecta praemonstratensia, t. 35/1-2, 1959, p. 79-84. M. Thébault, L’étude du premier cartulaire de l’abbaye de Juaye-Mondaye, mémoire de master 1 (dir. C. Maneuvrier), Université de Caen Basse-Normandie, 2010, 124 p. (Je tiens à remercier le frère Dominique-Marie Dauzet pour la gentillesse avec laquelle il m’a ouvert les portes de la bibliothèque de l’abbaye de Mondaye, ainsi que Marie-Agnès Lucas-Avenel pour son aide en matière de traduction latine).

[2]

Autrefois coté Bibliothèque du Chapitre de Bayeux, ms 164, il est aujourd’hui conservé sous la cote 6G165 et microfilmé sous la cote 2MI 517.

[3]

Cf. infra.

[4]

Institut de Recherche et d’Histoire des Textes. cartulR – Répertoire des cartulaires médiévaux et modernes. Paul Bertrand, dir. Orléans : Institut de Recherche et d’Histoire des Textes, 2006. (Ædilis, Publications scientifiques, 3). [En ligne] http://www.cn-telma.fr/cartulR/. Date de mise à jour : Première version, décembre 2006.

[5]

A. du Monstier, Neustria Pia, Rouen, 1663, p. 905.

[6]

Gallia Christiana, XI, col. 862-863.

[7]

G. Madelaine, Essai historique sur l’abbaye de Mondaye de l’ordre de Prémontré, Caen, impr. de F. Le Blanc-Hardel, 1874.

[8]

F. Petit, Abbaye de Mondaye, année des abbayes normandes, Rouen, CRDP, 1979. On peut aussi signaler une très courte notice sur Mondaye dans : B. Ardura, Abbayes, prieurés et monastères de l’ordre de Prémontré en France des origines à nos jours, Dictionnaire historique et bibliographique, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1993, p. 380-387.

[9]

A. du Monstier, op. cit., p. 905.

[10]

J. Fournée, « L’ordre de prémontré en Normandie », Cahiers Léopold Delisle, n° 4, t. VIII, fasc. 4, 1959, p. 2-18 ; M. Arnoux, Des Clercs au service de la réforme, Turnhout, Brepols, 2000.

[11]

Une charte non datée mais vraisemblablement antérieure à 1215 de Guillaume Bacon du Molay rapporte une donation faite à « beato Martino de Monte Dei et clericis ibidem Deo servientibus » (n° XLIX, fol. 34) ; une autre de Basile, fille de Roger Gruel de Juaye (n° LXX, fol. 44), évoque le « prieur et les chanoine de Saint-Martin de Dé » (priore et canonicis Sancti Martini de De).

[12]

M. Fauroux, Recueil des actes des ducs de Normandie (911-1066), Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XXXVI, Caen, 1961, n° 194, p. 376-377.

[13]

« Radulphus de Perceio, miles, pro salute animae meae et antecessorum et successorum meorum, de assensu et petitione Aelis, uxoris meae et filiorum meorum Roberti videlicet, Guillelmi et Radulphi, dedi Deo et ecclesiae sancti Martini de Aeio et canonicis regularibus Praemonstratensis ordinis ibidem deo servientibus, in puram, liberam, et quietam et perpetuam elemosynam tertiam garbam decimae de Jues, quam jure hereditario possidebam. Dedi adhuc praedictis canonicis totum clausum, in quo aedificia eorum construuntur ; quod clausum venerabilis Jordanus Lexoviensis episcopus excambiavit mihi ad abbatiam in eodem aedificandam pro quadam cultura in monte de Jua quae continet novem acras terrae, vel eo amplius, quam culturam dictus Episcopus ad petitionem meam et filiorum meorum praefatis canonicis eleemosinavit : ut autem praedicti canonici haec dona supra scripta libere, et quiete, et pacifice, obtineant in perpetuum absque ulla reclamatione a me vel haeredibus meis in psterum facienda… », C.-L. Hugo, Sacri et canonici ordinis praemonstratensis annales, Nancy, Cusson, 1734-1736, vol. II, ad probas, col. clxxxix.

[14]

Contre la paroi du choeur de l’église, on voyait encore au xvie siècle l’indication de l’emplacement des sépultures de Raoul de Percy et d’Alice, sa femme. H. de La Ferrière-Percy, Histoire du Canton d’Athis (Orne) et de ses communes, Paris, 1858, p. 637-638.

[15]

« 5, idus Decemb. Commemoratio Iordani, Lexoviensis Episcopi, iste Iordanus huius Ecclesiae extitit fundator praecipuus, et hic primum ordinem Praemonstratensem institui procurauit : unde statimus eius anniversarium annuatim cum omni deuotione solemniter celebrari ». Le nécrologe de l’abbaye de Mondaye a été perdu, mais il fut utilisé par les auteurs de la Neustria Pia et de la Gallia Christiana. Neustria Pia, p. 905-907. Voir : J.-L. Lemaître, Répertoire des documents nécrologiques français, Paris, 1980, p. 314.

[16]

G. Madelaine, Essai historique sur l’abbaye de Mondaye…, op. cit, p. 34-35 ; J. Hermant, Histoire du diocèse de Bayeux, 1701. Ce manuscrit, conservé à la bibliothèque municipale de Lisieux, est cité par G. Madelaine, Essai historique sur l’abbaye de Mondaye…, op. cit., p. 35 ; Neustria Pia, 1663, p. 905.

[17]

C.-L. Hugo, Sacri et canonici ordinis …, vol. II, ad probas, col. clxxxviii.

[18]

Ibid., vol. II, ad probas, col. clxxxviii ; Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, Arch. dép. Calvados, 6G165, charte n° CCCXI. L’acte indique : Actum fuit hoc anno Domini MCCII.

[19]

Ibid., vol. II, ad probas, col. cl. xxxviii.

[20]

« Actum fuit hoc apud eumdem locum, J. Lexoviense episcopo presente, anno gratie M° CC° XII° », Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, Arch. dép. Calvados, 6G165, charte n° L, publiée par C.-L. Hugo, Sacri et canonici ordinis…, vol. II, ad probas, col. clxxxviii- clxxxix.

[21]

Neustria Pia, p. 907, d’après le nécrologe de l’abbaye aujourd’hui perdu.

[22]

G. Madelaine, Essai historique sur l’abbaye de Mondaye…, op. cit. p. 48.

[23]

C.-L. Hugo, Sacri et canonici ordinis…, vol. II, ad probas, col. clxxix.

[24]

C.-L. Hugo, Sacri et canonici ordinis…, vol. II, ad probas, col. clxxxix-clxl.

[25]

Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, Arch. dép. Calvados, 6G165, charte n° CVI.

[26]

Neustria Pia, p. 907.

[27]

Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, Arch. dép. Calvados, 6G165, charte n° XL et CL.

[28]

L. Delisle, Cartulaire normand de Philippe Auguste, Louis VIII, saint Louis et Philippe le Hardi, Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, t. XVI, (2e série, 6e vol.), 1852, n° 1179, p. 323 ; C.-L. Hugo, Sacri et canonici ordinis…, vol. II, ad probas, col. cxci.

[29]

Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, Arch. dép. Calvados, 6G165, charte n° XLV.

[30]

D. Power, The Norman frontier in the Twelth ands Early Thirteen Centuries, Cambridge University Press, Cambridge, 2004, p. 462 et 508.

[31]

Anonyme, Études sur le Maine. Noblesse du Maine, Le Mans, 1859, p. 76-77.

[32]

J. Depoin, Cartulaire de l’abbaye de Saint-Martin-de-Pontoise…, op. cit., p. 268.

[33]

F. Neveux, La Normandie royale (xiiie-xive siècle), Rennes, Ouest-France, 2005, p. 104-105.

[34]

J. Lemaire, Introduction à la codicologie, Publications de l’institut d’études médiévales, Louvain-la-Neuve, 1989, p. 46.

[35]

Le talon est une portion étroite, obtenue par pliage de la feuille du parchemin. Souvent, il se présente comme une bandelette résiduelle d’un feuillet qui a été coupé à courte distance de la pliure. Le pendant de ce feuillet disparu adhère au premier cahier grâce à la couture qu’autorise justement le talon.

[36]

J. Lemaire, Introduction à la codicologie, op. cit., p. 46.

[37]

La charte 15 bis se termine par la formule « celle fit… » suivie d’un mot impossible à déchiffrer, le tout étant d’une écriture du xive siècle.

[38]

Chartes n° LXIII, LXIV, LXVIII, LXXXII, LXXXIII, LXXXIV, LXXXV, LXXXIX, XLI, XLIII, XLIV, CV, CIX, CXI, CXXXV, CXXXVI, CXCV.

[39]

Chartes n° CLI et CLX.

[40]

Chartes n° XX, XXI, XXII, XXXI, et XXXIV.

[41]

C.-L. Hugo, Sacri et canonici ordinis…, vol. II, ad probas, col. cxc-cxci.

[42]

Sur les familles Hommet, Vitré et Vassy, cf. D. Power, The Norman frontier…, op. cit., p. 330 et 499. On peut également se reporter à D. Turkovics, Les barons du Hommet : la puissance politique et seigneuriale d’une grande famille normande, de 1020 à 1253, Mémoire de Maîtrise réalisé sous la direction de Lucien Musset, Université de Caen, 1984, 146 p.

[43]

Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, Arch. dép. Calvados, 6G165, charte n° VII à XIV.

[44]

Ibid., charte n° X.

[45]

L’abbaye Notre-Dame de Gâtines était une abbaye augustinienne située à Villedômer (Indre-et-Loire) dans le diocèse de Tours.

[46]

Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, Arch. dép. Calvados, 6G165, charte n° LIII à LIX.

[47]

O. Guyotjeannin, Les cartulaires : actes de la table ronde (Paris, 5-7 décembre 1991), Mémoires et documents de l’École des Chartes, École des Chartes, Paris, 1993 ; P. Chastang, « Introduction », Les cartulaires normands. Bilan et perspectives de recherche (Actes de la table ronde tenue à Caen les 3-4 avril 2009), Tabularia « Études », n° 9, 2009, p. 27-42, 18 novembre 2009. http://www.unicaen.fr/mrsh/craham/revue/tabularia/print.php?dossier=dossier9&fi.

[48]

Neustria Pia, p. 905.

[49]

Ibid.

[50]

D. Ducœur, Abbaye Sainte-Trinité de la Lucerne, ordre de Prémontré. De l’ancien diocèse d’Avranches. Nécrologe xiie- xviiie. Essai de restitution du nécrologe original, La Lucerne, 1998, p. 3.

[51]

La charte de Raoul n’est pas dans le premier cartulaire, mais elle a été publiée par C.-L. Hugo, Sacri et canonici ordinis…, vol. II, ad probas, col. cxci.

[52]

H. de La Ferrière-Percy, Histoire du Canton d’Athis op. cit., p. 637-638.

[53]

D. Power, The Norman frontier…, op. cit., p. 508.

[54]

A. de Caumont, Statistique monumentale du Calvados, t. 3 : Arrondissements de Vire et de Bayeux, Caen, Hardel, 1857, p. 236.

[55]

P. de Farcy, Abbayes de l’évêché de Bayeux. IV. Notre-Dame de Longues …, op. cit.

[56]

Ibid., p. 68-70. L. Delisle et E. Berger, Recueil des actes de Henri II roi d’Angleterre et duc de Normandie concernant les provinces françaises et les affaires de France, Paris, t. II, 1920, n° DCCLVII, p. 409.

[57]

P. de Farcy, Abbayes de l’évêché de Bayeux. II. Cordillon, xiie siècle-1781, 1888, p. 76.

[58]

Cartulaire de l’abbaye de Mondaye, Arch. dép. Calvados, 6G165, charte n° VIII.

[59]

Y. Lecherbonnier, LAbbaye de Belle-Étoile. IV. Le Temporel (1er fasc.). Des Origines à la fin de la guerre de Cent Ans, Le Pays bas-normand, 73e année, n° 1, 1980, p. 640.

[60]

Aliète de Vitré : D. Ducœur, Abbaye Sainte-Trinité de la Lucerne ..,, op. cit., p. 28, 13 mars et 22 juin. André de Vitré, Ducœur, ibid., p. 28, 20 décembre. Qualifié de « chevalier », André de Vitré est sans doute l’époux de Lucie Paynel. Aliénor est également mentionnée dans le nécrologe, mais sans que l’on sache quel jour était célébré son trépas, car le nécrologe est aujourd’hui incomplet. Ducœur, op. cit., p. 101.

[61]

Eure, cant. de Rugles.

[62]

Eure, cant. de Nonancourt, c. de Muzy.

[63]

Sur Julienne de Tillières : D. Power, The Norman frontier…, op. cit., p. 522-524 ; C. Bride, Les Crespin : seigneurs sur les marches de la Normandie (1025-1310), mémoire de Master 1 réalisé sous la direction de P. Bauduin, Université de Caen, 2010, p. 62-64. La donation faite au prieuré de L’Estrées n’est pas signalée par ces auteurs, elle figure dans : J. Depoin, Cartulaire de l’abbaye de Saint-Martin-de-Pontoise publié d’après des documents inédits, fascicule 3, Pontoise, 1901, p. 268.

[64]

D. Power, The Norman frontier…, op. cit., p. 227.

[65]

Ibid., p. 518.

[66]

F. Neveux, La Normandie royale…, op. cit., 2005, p. 92-93.

Résumé

Français

Conservé aux Archives départementales du Calvados, le cartulaire de l’abbaye prémontrée de Mondaye se compose de trois parties inégales. La première fut réalisée peu après 1241, la deuxième vers 1275, et la troisième (beaucoup plus courte) vers le milieu du xive siècle. Écrite d’une seule main, la première partie du cartulaire, contenant 197 chartes, constitue une œuvre à part entière que l’on peut qualifier de « premier cartulaire ». L’étude de ce codex montre que le volume initial n’avait pas pour but de servir d’outil pour la gestion du patrimoine de l’abbaye mais qu’il était destiné à servir la mémoire des premiers bienfaiteurs de l’abbaye.

Mots clés

  • cartulaire
  • memoria
  • abbaye
  • Prémontrés
  • bienfaiteurs

English

The first register of deeds of the abbey of MondayeThis register of the abbey of Mondaye in the Calvados archives is in three parts. The first dates from around 1241, the second from 1275 and the last (much shorter) from the middle of the 14th century. Written by one person, the first part contains 197 deeds and is the original register. The study of this document shows that its primary role was not administrative but sought to commemorate the memory of the first benefactors of the abbey.

Key words

  • registers
  • memoria
  • abbey of Mondaye
  • benefactors

Plan de l'article

  1. Le cartulaire dans l’histoire de l’abbaye
    1. La fondation de l’abbaye
    2. La rédaction du cartulaire
  2. La construction du cartulaire. Approche codicologique
    1. Présentation matérielle du cartulaire
    2. Les actes du premier cartulaire
    3. L’ordonnancement du cartulaire
  3. Les fonctions du cartulaire de l’abbaye de Mondaye
    1. Un (impossible) outil de gestion ?
    2. Le cartulaire de Mondaye, une histoire de l’abbaye ?
  4. La fonction mémorielle du cartulaire de Mondaye
  5. Conclusion

Pour citer cet article

Thébault Marion, « Le " premier cartulaire " de l'abbaye de Mondaye », Annales de Normandie, 1/2011 (61e année), p. 25-47.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2011-1-page-25.htm
DOI : 10.3917/annor.611.0025


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