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Annales de Normandie

2011/1 (61e année)


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Après des décennies durant lesquelles les historiens se sont consacrés aux textes les plus anciens, le temps est venu de s’interroger sur les relations qu’entretenaient les Normands avec l’écrit durant les trois derniers siècles du Moyen Âge. À partir de la seconde moitié du xiie siècle, la connaissance et l’usage de l’écrit se diffusent partout, dans les villes comme dans les campagnes, ce qui constitue un phénomène nouveau et sans précédent. En quelques générations, des individus de plus en plus nombreux apprennent à vivre avec des documents écrits de toute nature, à les archiver, et même pour certains, à les lire [1][1] C. Maneuvrier, « Les enjeux autour de la nomination.... Langue de l’Église et des clercs, le latin est concurrencé puis dépassé par l’usage de la langue vulgaire, favorisé à la fois par le groupe seigneurial et par l’administration royale. Ce mouvement d’ampleur ne se limite bien évidemment pas au cadre normand, il s’inscrit dans une dynamique beaucoup plus vaste qui s’étend sur une grande partie de l’Europe du Nord-Ouest. Toutefois, l’écrit connaît en Normandie un essor particulièrement précoce lié au développement de l’administration domaniale, judiciaire et fiscale : chartes, enquêtes, censiers et autres documents de gestion, aveux et dénombrements, tels sont les nombreux textes mobilisés ici par Marie Casset qui, croisés avec d’autres sources de l’époque moderne, lui permettent de mettre en lumière ce curieux mouvement de poldérisation lancé, entre le xie et le xve siècle, dans la baie du Mont Saint-Michel.

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Mais ce serait oublier que l’écrit a également d’autres fonctions, comme en témoigne l’étude de Marion Thébault qui révèle que le « premier » cartulaire de l’abbaye de Mondaye, réalisé dans les années 1240, avait d’abord pour but de maintenir – et probablement de célébrer – la mémoire des principaux bienfaiteurs de l’établissement.

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À mesure que l’usage de l’écrit se répand, la question de l’authenticité de l’acte produit devient plus sensible. La diffusion rapide du sceau personnel, dans des milieux qui en étaient jusqu’alors dépourvus, crée un doute sur l’authenticité de certains sceaux, faciles à imiter. Pour renforcer l’authenticité de ces actes, on expérimente alors des solutions variées, les sceaux suspects étant parfois déposés dans des établissements religieux pour servir de comparaison en cas de contestation. On imagine facilement les difficultés nouvelles rencontrées par des établissements religieux incapables d’archiver efficacement des centaines d’empreintes de cire. Peut-être est-ce la raison pour laquelle ces établissements se mirent à garantir eux-mêmes certains actes de leur sceau. Les matrices de ces institutions sont alors de véritables objets d’art, donc inimitables, bien loin des simples sceaux paysans, à l’égal de la superbe matrice de l’abbaye du Mont Saint-Michel présentée dans cette deuxième « chronique de sigillographie normande » [2][2] Sur cette chronique, voir C. Blanc, J.-L. Chassel,....

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La solution définitive vient, au début du xive siècle, avec la mise en place du tabellionage royal chargé de la rédaction, de l’enregistrement, et de la conservation des actes. David Gardelle revient ici, à travers une contribution particulièrement originale, sur les activités et les clientèles de ces professionnels de l’écrit, inscrivant ainsi ses travaux dans une recherche collective particulièrement dynamique ces dernières années [3][3] Sur tous ces aspects, on pourra se reporter en dernier....

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De toute cette production écrite des xiiie-xve siècles, il ne reste aujourd’hui que bien peu de choses. Richard Allen le montre avec brio à propos de l’histoire épiscopale d’Avranches : dès le xvie siècle, des ecclésiastiques érudits, comme Robert Cénalis, copient avec patience des documents aujourd’hui disparus pour produire une histoire de leur établissement. Cette production historique permet par exemple de découvrir un peu du Livre Blanc de l’évêché d’Avranches, ce cartulaire du xve siècle aujourd’hui disparu.

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Nul doute que les portes entrebâillées ici sur la diversité des productions écrites médiévales ouvriront prochainement sur des horizons nouveaux, car l’histoire de l’écrit, la codicologie et la sigillographie sont en plein renouvellement, et la Normandie offre en la matière un terrain d’enquête particulièrement privilégié.

Notes

[1]

C. Maneuvrier, « Les enjeux autour de la nomination d’un maître d’école (1411-1412) », Histoire & Sociétés Rurales, vol. 31, 2009, p. 127-140.

[2]

Sur cette chronique, voir C. Blanc, J.-L. Chassel, et C. Maneuvrier, « Chronique de sigillographie normande », Annales de Normandie, t. 59, Janvier-Juin 2009, Annales de Normandie, p. 155-157.

[3]

Sur tous ces aspects, on pourra se reporter en dernier lieu à : M. Arnoux et O. Guyotjeannin (dir.), Tabellions et tabellionages de la France médiévale et moderne, Paris, École des chartes, 2011 ; et I. Bretthauer, Des hommes, des écrits, des pratiques. Systèmes de production et marchés de l’acte écrit aux confins de la Normandie et du Maine à la fin du Moyen Âge, Thèse de doctorat en Histoire médiévale soutenue 10 juin 2011, Université Paris 7-Diderot, 2 vol.

Pour citer cet article

Maneuvrier Christophe, « Avant-propos », Annales de Normandie, 1/2011 (61e année), p. 7-8.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2011-1-page-7.htm
DOI : 10.3917/annor.611.0005


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