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Annales de Normandie

2011/2 (61e année)


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« Il n’y a qu’une science des hommes dans le temps, et qui sans cesse a besoin d’unir l’étude des morts à celle des vivants. »

Marc Bloch
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Ne manquant jamais, et à juste titre, de se dire Manchot, René Lepelley était profondément attaché à son département natal, où, bachelier fraîchement émoulu, il avait vécu les tragiques évènements de l’été 1944 avant de s’orienter vers l’étude de la linguistique.

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Sa première contribution aux Annales de Normandie fut, en 1964, un article sur les inscriptions de la Tapisserie de Bayeux – article auquel le Doyen Michel de Boüard avait très volontiers ouvert les pages de notre revue.

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En 1972, toujours dans nos pages, Michel de Boüard tint à signer un court chapeau introductif au résumé rédigé par René Lepelley de l’exposé fait par lui lors de la soutenance, l’année précédente, de sa thèse sur Le parler normand du Val de Saire. Il était entendu que la thèse serait intégralement publiée dans la série des Cahiers des Annales de Normandie. Elle y parut en 1974 après un minutieux travail de mise en forme et de relecture auquel, alors secrétaire de la revue, je collaborais étroitement avec René Lepelley. En naquirent des liens d’amitié qui perdurèrent au long des années.

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René Lepelley ne cessa pas de contribuer au contenu des Annales de Normandie dont il était devenu membre du Comité de direction. Une cinquantaine d’articles et de comptes rendus signés de lui sont parus dans notre revue. Il y abordait tous les thèmes de sa constante recherche : des parlers normands à la toponymie de notre province, sans oublier le français régional. Ce sont là sujets qu’il aborda aussi, jusqu’à une date récente, en bien d’autres publications allant du dictionnaire au recueil, sans parler des savoureuses chroniques radio du Dicotentin.

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L’on ne peut que souhaiter que l’université de Caen Basse-Normandie continue de poursuivre et de développer la recherche et l’enseignement en ces domaines de la linguistique normande pour lesquels a tant œuvré René Lepelley, ce Normand dont l’érudition n’a jamais obéré la simplicité cordiale et non dénuée d’humour.

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Jean-Jacques Bertaux

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René Lepelley nous a quittés le 29 août 2011. Pour les linguistes, romanistes, dialectologues, pour les Manchots, pour tous les Normands attachés à leur région, c’est une perte cruelle.

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Les membres de l’OUEN, dont il était le président d’honneur, ressentent particulièrement sa disparition : fondateur en 1983 du Centre d’Études normandes, il avait contribué avec Pierre Bouet à son évolution vers l’Office actuel. Pour les auteurs de ces lignes, il est surtout l’initiateur d’un demi-siècle de recherche et d’enseignement consacrés à l’étude scientifique des parlers normands, dans le droit-fil des grands universitaires normands Charles Joret et Charles Guerlin Guer.

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Né en 1925 à Quettehou, originaire de Saint-Vaast-la-Hougue, au cœur du Val de Saire, son domaine de recherche privilégié, René Lepelley n’a quitté sa région natale que pour suivre à la Sorbonne les cours des grands spécialistes de l’histoire de la langue française Pierre Fouché, Charles Bruneau et Robert-Léon Wagner, qui lui ont donné pour la vie le goût de la linguistique historique qui conditionnera sa vie entière de chercheur ; puis pour débuter sa carrière en 1949 comme professeur de lettres classiques au lycée de Tunis.

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Nommé en 1957 au lycée Chartier de Bayeux, il est reçu à l’agrégation de grammaire en 1962. C’est un article décisif consacré (en 1963) à l’étude des inscriptions de la Tapisserie de Bayeux qui lui vaut d’être remarqué par le doyen de la faculté des Lettres de Caen, Michel de Boüard, qui le nomme assistant du professeur Francis Bar en langue et littérature médiévales. C’est à ce titre qu’il sera l’initiateur, en 1968, de l’Atlas linguistique et ethnographique normand (ALN), dont il mettra au point le questionnaire préparatoire (1 400 questions). Un de ses étudiants, Patrice Brasseur, mènera le travail à son terme.

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Il soutient en 1971 une thèse d’État sur Le parler normand du Val de Saire, qui fait autorité au sein des études romanes. Élu professeur en 1974, il consolide l’enseignement de dialectologie normande qu’il a créé en 1969, faisant de l’université de Caen Basse-Normandie le fleuron des études dialectales du domaine d’oïl. Sous sa direction ont été effectués de nombreux travaux de recherche, mémoires et thèses. Le spécialiste de la dialectologie normande a formé de nombreux disciples qui, à leur tour, sous sa bienveillante et attentive direction, ont contribué au rayonnement des études normandes dans la communauté scientifique et le grand public. Pour ce dernier, René Lepelley a instauré, en 1982, un Diplôme universitaire d’études normandes (DUEN), pluridisciplinaire, qui a formé et forme encore un grand nombre d’amateurs éclairés, soucieux de connaître et de faire connaître les réalités de la Normandie.

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Chercheur infatigable, René Lepelley est l’auteur de plus de 120 publications en un demi-siècle, dans des domaines aussi divers que la toponymie, l’anthroponymie, le français régional, l’ethnologie rurale et maritime, la littérature dialectale orale et écrite, la prononciation des noms de communes… Citons quelques articles et ouvrages particulièrement importants dans cette riche bibliographie : « Les régionalismes dans le mémoire de Pierre Rivière » (La Linguistique, 1980) ; « Traces normandes dans les parlers du Québec » (XVIIe congrès international de linguistique romane, Aix-en-Provence, 1983) ; Vocabulaire des côtes du département de la Manche (PUC, 1985) ; « Dex aïe, l’enseigne au duc de Normandie » (Annales de Normandie, 1987) ; Dictionnaire du français régional de Basse-Normandie (Bonneton, 1989) ; « Calvados, qui es-tu, d’où viens-tu ?, ou le nom du Calvados » (Charles Corlet, 1990), « La côte des Vikings : toponymie des rivages du Val de Saire (Manche) » (Annales de Normandie, 1993) ; Dictionnaire étymologique des noms de communes de Normandie (PUC, 1993)…

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Pour ses étudiants et ses collègues enseignants, René Lepelley a fait également paraître deux ouvrages de vulgarisation scientifique : Paroles de Normands (1995) et La Normandie dialectale (PUC, 1999), aboutissement de 30 ans d’enseignement de la dialectologie normande. Au cours de ces années, il s’est attaché l’affection des jeunes Normands qui ont suivi son enseignement et ont découvert grâce à lui l’intérêt du parler de leurs parents : non pas, comme on le dit trop souvent, « du français déformé », mais un témoignage précieux et digne d’étude de la variété de la langue d’oïl parlée en Normandie depuis le Moyen Âge.

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Ses collaborateurs proches, dont nous fûmes, garderont le souvenir ému et reconnaissant d’un directeur de recherches exigeant et toujours disponible, d’un chercheur infatigable, d’un homme à la chaleureuse simplicité, d’un maître.

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Pierre Boissel et Catherine Bougy

Pour citer cet article

« René Lepelley (1925-2011) », Annales de Normandie, 2/2011 (61e année), p. 2-5.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2011-2-page-2.htm
DOI : 10.3917/annor.612.0002


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