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Annales de Normandie

2011/2 (61e année)


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Pour ses contemporains, Pierre dit « le Bègue » de Villaines est tout sauf un inconnu. Compagnon d’armes de Bertrand Du Guesclin, chambellan du roi de France, conseiller et même « Marmouset » de Charles VI, ce héros de la guerre de Cent ans, abondamment cité par les chroniqueurs du temps, devrait compter parmi les personnages les plus étudiés et les mieux connus de la France politique et militaire de la fin du xive siècle. Pourtant un rapide tour d’horizon historiographique révèle une toute autre réalité : pas un ouvrage, ni même une simple étude biographique qui lui soit consacré, au point de transformer cet homme d’État en l’un des personnages les plus énigmatiques du règne de Charles VI. Une série de découvertes fortuites, liées à la préparation d’une thèse dédiée à l’étude du domaine royal de Lyons (1100-1500), nous donne ici l’occasion de clarifier la première zone d’ombre, celle des origines sociales et géographiques du Bègue de Villaines [1][1] Un second article consacré à la carrière et à la réussite....

Le petit-fils d’un châtelain royal

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Pour quelques historiens, l’affaire est entendue. Pierre dit « le Bègue » de Villaines, à l’image de Bertrand Du Guesclin et des Marmousets [2][2] À ce jour, la bibliographie sur les Marmousets est... de Charles VI serait d’origine modeste, c’est-à-dire de moyenne voire de petite noblesse [3][3] On sait ce que cette thèse des origines modestes des.... Comme Du Guesclin, ce grand capitaine de Charles V, fait comte de Ribadeo [4][4] Ribadeo, ville d’Espagne sur l’estuaire de l’Eo, province... par le roi d’Espagne Henri de Trastamare [5][5] Le Bègue de Villaines après avoir capturé (bataille..., ce chevalier banneret de Charles VI [6][6] P. Contamine, Guerre, État et société à la fin du Moyen..., devrait l’essentiel de sa réussite sociale et politique à de hauts faits d’armes accomplis tant en France qu’en Espagne [7][7] Pour une liste des principaux événements militaires.... Tour à tour sénéchal de Toulouse et de Carcassonne de 1360 à 1362 [8][8] Pour une mention du Bègue de Villaines comme sénéchal..., chambellan des rois Charles V puis Charles VI, conseiller du roi Charles VI de 1388 à sa mort en 1406 [9][9] Arrêté en septembre 1392, le Bègue de Villaines souffrira..., dont quatre années comme Marmouset du roi aux côtés d’Olivier Clisson et de Bureau de la Rivière, Pierre de Villaines dit « le Bègue » a peu à peu réussi à rejoindre le premier cercle des familiers du roi de France. Cependant, devant une telle trajectoire, l’enquête mérite de ne pas s’en tenir à de vagues considérations. Qui est le Bègue de Villaines, de quelle famille est-il issu, comment a-t-il réussi à s’agréger à l’élite politique et sociale de son temps ?

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En apparence, les premiers résultats de l’étude confirment les présupposés des auteurs. Les origines sociales de Pierre « le Bègue » de Villaines sont tout sauf spectaculaires. Une charte vidimée de Charles VI, datée du 10 octobre 1389 [10][10] Acte par lequel Charles VI consent à la renonciation..., nous livre quelques précieuses informations généalogiques [11][11] Bib. Mun. Rouen, Y 29, t. 1, n° 43.. Il y est question, en particulier, du grand-père du Bègue de Villaines, Pierre de Villaines, un chevalier auquel le roi Philippe le Bel a « jadis baillé a ferme perpetuelle pour lui, ses successeurs et leurs aians cause, les deux moulins de Lyons ou bailliage de Gisors pour la somme de CCCXX livres parisis paiant chascun an par moitié aux deux eschequiers de Saint Michiel et de Pasques… ». Par chance, cet acte de Philippe le Bel fait partie de ceux conservés dans le Trésor des chartes [12][12] Arch. nat., JJ 40, n° 85.. C’est en effet en tant que seigneur de Lyons-la-Forêt que le roi de France concède en octobre 1308 la ferme des deux moulins de Lyons à l’un de ses officiers.

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Le choix du bénéficiaire s’explique assez aisément. La forêt royale de Lyons, devenue avec Philippe le Bel l’un des principaux territoires de chasse du domaine capétien, est administrée par quatre officiers royaux, les châtelains des quatre châteaux de Lyons [13][13] Souvenir du passé, l’expression « quatre châteaux de.... Affecté à la garde du château royal de Longchamps-en-Lyons, lui-même chef-lieu de la châtellenie de Longchamps, Pierre de Villaines, à l’image de ses trois collègues de Beauvoir-en-Lyons, Neufmarché-en-Lyons et Lyons-la-Forêt, cumule en réalité deux fonctions. Celle de gardien du château royal de Longchamps, résidence fréquemment utilisée par le roi de France, et celle de verdier de la verderie de Longchamps, qui fait de Pierre de Villaines le garant du patrimoine économique et écologique du secteur de Longchamps, soit 40 % du vaste massif forestier de Lyons [14][14] Le secteur correspondant à la verderie de Longchamps,....

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Faut-il en déduire que Pierre de Villaines est originaire du pays de Lyons ? On pourrait le penser si l’on s’en tient à l’existence d’un fief nommé Villaines situé aux environs immédiats de Lyons-la-Forêt [15][15] Villaines, Eure, arr. les Andelys, cant. et c. de .... Mais les apparences sont parfois trompeuses comme nous le rappelle la documentation selon laquelle, dès le xiie siècle, le fief entier de Villaines dépend pour tout le reste du Moyen Âge de l’abbaye rouennaise de Sainte-Catherine du Mont [16][16] L’abbaye bénédictine de Sainte-Catherine du Mont entièrement... qui y a aménagé un prieuré, Saint-Aubin de Villaines.

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En l’absence d’une famille de Villaines titulaire du fief éponyme en pays de Lyons, quelle piste privilégier ? Car les hypothèses ne manquent pas qui font des Villaines, selon les auteurs, une famille d’origine bretonne [17][17] A. de Montor, Encyclopédie des gens du monde, répertoire..., beauceronne [18][18] J. Froissart, Chroniques, M. le baron K. de Lettenhove... ou encore briarde [19][19] C. Bozzolo et H. Loyau, La cour amoureuse dite de Charles.... À ceci près que l’on constate, par le simple relevé des suscriptions des actes du Bègue de Villaines, que sa famille détient encore, à la fin du xive siècle, le fief éponyme dont elle tire manifestement son nom [20][20] Exemple de suscription pour Pierre de Villaines, dit.... Mais sa localisation ne va pas de soi pour un toponyme fortement attesté dans les pays de langue d’oïl. Le dictionnaire des communes de France [21][21] Dictionnaire national des communes de France, Paris,..., même en ignorant tous les lieux-dits, ne recense pas moins de neuf communes du nom de Villaines, dont huit situées au nord de la Loire. Il se trouve que l’une d’entre elles, Villaines-sous-Bois [22][22] Villaines-sous-Bois, commune, arr. Sarcelles, cant.... autrefois appelée Villaines-en-France peut être rapprochée d’un autre fief possédé par Pierre le Bègue de Villaines, Fontenay-en-France distant d’une dizaine de kilomètres.

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La consultation des archives du comté de Montmorency dont dépendaient ces deux fiefs [23][23] Archives du château de Chantilly, 1 BA 037., confirme le bienfondé de l’hypothèse. La famille de Pierre le Bègue de Villaines y est bien citée, à plusieurs reprises, avec le titre de seigneur de Villaines. Ainsi l’un des documents les plus intéressants est un mémoire rédigé au xviiie siècle par un feudiste chargé de justifier les prétentions, au titre de seigneur de Villaines, du sieur de Pontcarré de Viarmes, détenteur de la terre de Villaines. Face à lui, le Prince de Condé revendique le même titre en invoquant son droit de suzeraineté sur le fief de Villaines. Devant un tel adversaire, l’auteur du mémoire, qui a accès au chartrier de Jean-Baptiste de Pontcarré de Viarmes, n’en cite pas moins de 70 pièces originales dont la plupart, comprises entre le xive et le xviie siècle, sont largement retranscrites. On y découvre le nom du seigneur de Villaines au milieu du xive siècle, Jean de Villaines et de son épouse Pernelle de Beaumont, ainsi que celui de leur fille Marguerite de Villaines et de son mari, Guérin de Cuigy à l’origine de plusieurs autres descendants. L’absence de Pierre le Bègue de Villaines d’une généalogie constituée vraisemblablement vers 1480 au moment de la vente du fief de Villaines ne doit pas nous étonner. Il s’agissait moins pour son auteur de dresser la liste des seigneurs de Villaines que de prouver les liens de parenté unissant le vendeur, un écuyer nommé Jean Le Coq, à la famille de Villaines, détentrice depuis au moins trois générations du fief éponyme.

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Mais, du Bègue de Villaines, il en est bien question dans un autre document [24][24] Ibid.. L’acte, une copie du xviiie siècle d’un hommage rendu en 1429 au seigneur de Montmorency par Blanche de Cuigy pour un fief situé à Villaines, cite en effet Pierre le Bègue de Villaines, présenté à la fois comme l’oncle défunt de Blanche et l’ancien seigneur de Villaines.

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Ces informations généalogiques s’accordent parfaitement avec celles données par l’acte royal du 10 octobre 1389 qui détaille la succession de Pierre de Villaines. À la mort de ce dernier, la ferme des moulins de Lyons a été en effet transmise au père du Bègue de Villaines, Jean de Villaines, ce même Jean de Villaines déjà cité dans les archives du Prince de Condé. À ce stade de l’enquête, la généalogie du Bègue de Villaines peut s’établir de la façon suivante :

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Qu’une famille noble d’origine francilienne se soit établie à la fin du xiiie siècle en pays de Lyons n’a rien d’exceptionnel. D’autres exemples peuvent être cités comme les Franconville [25][25] BnF, PO 1237, dossier 27 665 (Franconville). implantés à la même époque en forêt de Lyons pour exercer l’office héréditaire de châtelain-verdier de Neufmarché, ou encore les Caletot, qui dès 1284 [26][26] P. Duchemin, Notice historique sur Fleury-la-Forêt,..., obtiennent de l’abbaye de Saint-Denis le fief dit « des trois villes de Saint-Denis [27][27] Nom donné au fief détenu par l’abbaye de Saint-Denis... » en échange de terres situées dans la plaine de France. De tels déplacements au sein même du domaine royal révèlent la capacité d’attraction de la forêt de Lyons à une époque où des rois comme Philippe III le Hardi ou Philippe IV le Bel, soucieux de développer leurs territoires de chasse, ont pu intervenir personnellement sur le choix de tel ou tel officier membre de leur hôtel.

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Une question reste néanmoins ouverte, celle de l’identité de l’épouse de Pierre de Villaines. Était-il déjà marié lorsqu’il découvre pour la première fois la forêt de Lyons ou épouse-t-il une jeune fille du cru ? En fait l’enquête ne fait que commencer.

La clef lyonsaise de l’énigme

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À défaut de nous dévoiler le nom de la grand-mère paternelle du Bègue de Villaines, la charte du 10 octobre 1389 nous livre un premier indice. Devenue veuve, la femme de Pierre de Villaines s’est remariée avec un Saint-Martin. C’est d’ailleurs au fils né de ce second mariage, Regnault de Saint-Martin, que Jean de Villaines, son demi-frère a vendu la ferme des moulins de Lyons. Au début du xive siècle, cette famille de Saint-Martin est l’une des plus connues du pays de Lyons. Détentrice du fief éponyme [28][28] Saint-Martin, Eure, arr. les Andelys, cant. et c. ... situé au nord d’Étrépagny, à l’entrée de la forêt de Lyons, la famille doit, en effet, sa notoriété au mariage de l’une de ses filles, Jeanne de Saint-Martin, avec celui qui deviendra le célèbre chambellan de Philippe le Bel, Enguerrand de Marigny.

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Ce mariage révèlerait-il un lien entre les Vilaines et les Marigny ? Dans son étude consacrée, il y a bientôt 50 ans, à Enguerrand de Marigny, Jean Favier évoque une autre connexion [29][29] J. Favier, Un conseiller de Philippe le Bel, Enguerrand.... Après avoir découvert que Robert et Pierre de Villaines, respectivement chanoines de Noyon et d’Auxerre en 1313, étaient les neveux d’Enguerrand de Marigny, le médiéviste a cherché à identifier laquelle des deux sœurs connues d’Enguerrand, Alips ou Catherine, avait épousé un Villaines. Sachant que Catherine était mariée à un Mansigny, il en déduisit qu’Alips était probablement la femme d’un Villaines. S’agissait-il pour autant de Pierre de Villaines ? Jean Favier ne pouvait l’affirmer, ce qui ne l’empêcha pas de présenter Enguerrand de Marigny, par le mariage de sa sœur Alips avec un Villaines, comme allié au châtelain de Longchamps, Pierre de Villaines.

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Or un troisième indice nous révèle que l’épouse du châtelain de Longchamps, Pierre de Villaines, se prénommait Jeanne et non pas Alips [30][30] Arch. nat., JJ 58, n° 258.. Faut-il renoncer pour autant à faire de Pierre de Villaines, le beau-frère d’Enguerrand ? On pourrait le penser sauf à considérer une dernière hypothèse, celle d’une troisième sœur d’Enguerrand, nommée Jeanne, totalement ignorée jusque-là. Pareille supposition peut paraître audacieuse pour une famille aussi abondamment étudiée que celle des Marigny, jusqu’à la découverte d’un document extrait d’une série longtemps délaissée par les historiens, celle des archives judiciaires du Parlement de Paris.

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Cet acte rendu en 1406, sous la forme d’une contestation d’héritage, voit le demandeur, Pierre le Bègue de Villaines, attaquer le bienfondé de la succession de la comtesse de Tancarville, Ide de Marigny, décédée une quinzaine d’années auparavant [31][31] Arch. nat., X 1a 53, fol. 43- 43v, 31 juillet 1406. Comme souvent en pareilles circonstances, l’argumentation met en avant des données généalogiques visant à démontrer le degré de parenté entre la défunte et le plaideur. Or, on l’aura compris, l’acte judiciaire de 1406 confirme bien l’existence de cette sœur inconnue d’Enguerrand, prénommée Jeanne et mariée au châtelain de Longchamps, dont le fils Jean n’est autre que le père du Bègue de Villaines. Ainsi donc par sa grand-mère Jeanne, le Bègue de Villaines est le petit-neveu d’Enguerrand de Marigny.

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Une telle filiation n’est sans doute pas étrangère à la réussite de ce chambellan de Charles V puis de Charles VI, que fut le Bègue de Villaines, du moins à ses débuts. On rappellera en effet que la disgrâce dont a été victime Enguerrand de Marigny et ses proches parents sous Louis X a fini par être levée [32][32] J. Favier, Un conseiller…, op. cit., p. 221-225.. Certes, il était trop tard pour sauver l’ancien conseiller de Philippe le Bel, mais la famille de Marigny a pu, à l’évidence, bénéficier d’une véritable entreprise de réhabilitation, en particulier sous Philippe VI de Valois. À titre d’exemple, on peut citer le cas des deux frères d’Enguerrand et de Jeanne associés de près au gouvernement de ce souverain : Jean, l’évêque de Beauvais désigné chancelier de France à titre provisoire en 1329 puis, dix ans plus tard, gouverneur du Languedoc [33][33] BnF, PO 1118, dossier 25 643, p. 4 (1339) et p. 6.... pour être promu en 1347, archevêque de Rouen, et Robert de Marigny devenu « Maréchal du roi es parties de Languedoc et de Saintonge » [34][34] BnF, Clair. 70, p. 141, 143 et 144., lui aussi au début des années 1340.

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On ajoutera qu’en 1341, ce même roi de France a autorisé le dauphin de Viennois, Humbert II [35][35] Humbert II, le dauphin de Viennois, avait hérité en... à restituer les deux anciens fiefs d’Enguerrand, Écouis et Mainneville, confisqués par Louis X au temps de la disgrâce, à ses deux frères Jean et Robert [36][36] Arch. nat., X 1 a 40, fol. 329v-331v.. Quelques années plus tard, en 1350, c’est toujours avec l’autorisation de Philippe VI que la petite-fille d’Enguerrand, Ide de Marigny, récemment mariée avec Jean III de Melun-Tancarville, hérite, de ses oncles, les deux fiefs historiques d’Écouis et de Mainneville, propriétés de la famille de Marigny depuis au moins la fin du xiiie siècle [37][37] Arch. nat., X 1 a 42, fol. 171-175.. À l’énoncé de ces quelques exemples, on voit qu’une génération après l’exécution de l’infortuné Enguerrand, la famille de Marigny n’a rien perdu de son lustre ni de son influence. Et de fait, le mariage d’une Marigny avec le fils du très puissant comte Jean II de Tancarville permet au clan Marigny d’intégrer l’un des plus efficaces réseaux d’influence de la France du milieu du xive siècle, celui des Melun-Tancarville [38][38] F. Autrand, Charles V, Paris, Fayard, 1994, p. 193....

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Que le beau-père d’Ide de Marigny, le comte Jean de Melun-Tancarville, ait été sous le règne de Jean II l’un des plus influents conseillers du roi Jean, n’a évidemment pu desservir les intérêts du jeune Bègue de Villaines, cousin de sa belle-fille. Et ce d’autant plus que d’autres liens existent, à commencer par des liens de voisinage. On sait en effet que les Villaines, détenteurs en partie du fief de Nojeon-le-Sec [39][39] Nojeon-le-Sec, aujourd’hui Nojeon-en-Vexin, arr. les..., possédaient le manoir de la Tournelle aux confins du pays de Lyons et de la baronnie d’Étrépagny, dont le seigneur n’est autre que le comte de Tancarville qui le tenait de son épouse, Jeanne Crespin issue de l’un des plus vieux lignages du Vexin normand. On comprend mieux dès lors, en un moment particulièrement difficile du règne de Jean II, celui du traité de Brétigny (1360), pourquoi Pierre le Bègue de Villaines, n’ayant sans doute pas atteint encore les 30 ans, est brutalement désigné comme sénéchal de Toulouse et de Carcassonne. Alors que l’intégrité du royaume était mise en cause, il pouvait être tentant pour les Melun-Tancarville de puiser dans leur réseau familial les hommes de confiance indispensables à la survie du royaume. Trente ans plus tard, cette alliance est toujours à l’œuvre qui voit, cette fois-ci, le Bègue de Villaines et le beau-frère d’Ide de Marigny, Guillaume vicomte de Melun, appartenir au même réseau politique, celui des Marmousets, particulièrement actif auprès de Charles VI, dans les années 1388-1392 [40][40] Voir l’étude prosopographique de J. B. Henneman citée....

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Parvenu à ce stade de l’enquête, la question des origines de Pierre le Bègue de Villaines, en passe d’être résolue, conduit naturellement à s’interroger sur l’identité des autres Pierre de Villaines rencontrés au hasard de la recherche.

Un lignage très fécond, l’enquête sur les homonymes

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L’un des homonymes les plus intéressants est l’archidiacre de Paris, Pierre de Villaines, qu’une copie d’un échange, intervenu en 1341 entre l’abbaye de Cormeilles [41][41] Arr. Bernay, cant. Cormeille, Eure. en Normandie et la famille de Villaines sur des biens possédés par les deux parties à Nojeon-le-Sec, présente comme le frère de Jean et le beau-frère de Peronnelle de Beaumont [42][42] Arch. nat., JJ 75, n° 531, 20 novembre 1341.. Il se trouve que l’un des rares sceaux connus de cet archidiacre de Paris mêle les armes de la famille de Villaines avec celles de la famille de Marigny [43][43] BnF, PO 3001, dossier 66 602, p. 2.. Son interprétation devient alors limpide. Les deux célèbres fasces de la famille de Marigny placées en franc quartier des armes des Villaines n’ont pour objet que de permettre à l’archidiacre de Paris de revendiquer une parenté qui n’a rien perdu de son prestige, celle des Marigny dont il descend par sa mère Jeanne, sœur d’Enguerrand. Il convient d’ajouter que c’est ce même Pierre de Villaines qu’avait déjà repéré Jean Favier comme neveu d’Enguerrand alors qu’il n’était encore qu’un simple chanoine de Paris [44][44] J. Favier, Un conseiller…, op. cit., p. 12.. La carrière de notre ecclésiastique s’est-elle limitée à la dignité d’archidiacre ? Robert Gane, à qui l’on doit une remarquable étude du chapitre de Notre-Dame de Paris au xive siècle, affirme en effet, sans preuve à l’appui, qu’en 1345, l’archidiacre de Paris fut élevé à la dignité d’évêque d’Auxerre avant de rejoindre deux ans plus tard le siège de Bayeux – l’un des plus riches évêchés du royaume – qu’il conservera jusqu’à sa mort en 1360 [45][45] R. Gane, Le chapitre de Notre-Dame de Paris au xive.... Quand on sait le vivier que représente le chapitre de la cathédrale de Paris pour la carrière épiscopale, l’auteur court peu de risques d’être contredit. Mais une fois de plus, un acte extrait des archives judiciaires du Parlement de Paris éteint toute contestation possible [46][46] Arch. nat., X 1a 16, fol. 117v-119.. À propos d’un accord ancien passé entre Jean, l’évêque de Beauvais, et Pierre, l’évêque de Bayeux, alors chanoine de Paris et de Beauvais, les deux ecclésiastiques y sont bien respectivement désignés avec la mention explicite d’oncle et de neveu. Le transfert de Monseigneur Pierre de Villaines d’Auxerre à Bayeux prend alors tout son sens quand on l’associe à la promotion, intervenue quelques mois plus tôt, du puissant évêque de Beauvais, Jean de Marigny, devenu archevêque de Rouen. Ainsi, à eux deux, Jean de Marigny et Pierre de Villaines, l’oncle et le neveu, pouvaient s’enorgueillir de détenir les deux principaux sièges épiscopaux du duché de Normandie. De son côté, Pierre le Bègue de Villaines, comme neveu de l’évêque de Bayeux, aurait-il bénéficié de cette autre parenté de prestige ? La mention, à ce jour, la plus ancienne d’un le Bègue de Villaines, comme chef militaire de la ville et château de Bayeux entre avril et juillet 1357, pourrait le laisser penser [47][47] BnF, PO 2423, dossier 54 437, p. 5..

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Ces Pierre de Villaines successifs : Pierre Ier de Villaines, châtelain de Long- champs-en-Lyons, Pierre II de Villaines, évêque d’Auxerre puis de Bayeux épuisent-ils la série des homonymes de Pierre (III) le Bègue de Villaines ? À l’évidence, non, car à s’en tenir à la documentation encore disponible pour le xive, deux autres Pierre de Villaines sont fréquemment cités. Le premier assez facile à situer n’est autre que Pierre IV de Villaines [48][48] Souvent assimilé à son père, Pierre de Villaines est..., fils aîné du Bègue. Né aux alentours de 1360, lui aussi chevalier et chambellan de Charles VI, Pierre IV de Villaines est avant tout connu pour avoir été pendant 20 ans le gouverneur de La Rochelle et, par sa femme, Isabelle le Bouteiller de Senlis, seigneur de Malicorne. Il meurt à Azincourt ayant sans doute déjà dépassé l’âge de 50 ans. Le second est plus difficile à cerner. Souvent confondu avec l’archidiacre de Paris, voire avec le Bègue de Villaines, Pierre V de Villaines apparaît avant tout comme maître des requêtes du Palais, à savoir la même fonction que celle exercée aussi par l’ecclésiastique Pierre II de Villaines, ce qui, a priori, ne facilite pas le travail d’identification. À ceci près, comme nous l’apprend André Guillois, dans son étude [49][49] A. Guillois, Recherche sur les maîtres de requêtes... consacrée aux maîtres des requêtes de l’Hôtel au xive siècle, que Pierre V de Villaines est, dès sa promotion comme maître des requêtes du Palais, qualifié de chevalier, ce qui ne semble pas devoir être le cas pour son homonyme et contemporain, Pierre II de Villaines. On retrouve, quelques années plus tard, ce même Pierre V de Villaines comme enquêteur royal pour les bailliages de Champagne et de Sens [50][50] Arch. nat., X 1 a 12, fol. 354v. à une époque où la promotion de Pierre II comme évêque rend la confusion impossible. Il vit encore au début des années 1370, alors que son nom est cité dans un acte de rémission pour avoir causé la mort de l’une de ses femmes de chambre [51][51] Arch. nat., JJ 100, n° 250, septembre 1369.. Faut-il rattacher Pierre V de Villaines à la famille de Villaines-Marigny ? Faute de données généalogiques et héraldiques, nous ne saurions le dire exactement. Mais certains indices comme sa qualité de chevalier, la carrière embrassée, sa chronologie, inclinent à y voir tout naturellement un proche parent des Villaines précédents.

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Le sort des Marigny ne fut pas scellé par l’exécution de celui dont la chute dramatique fascina des générations de chroniqueurs et d’historiens. On savait déjà qu’en dehors de l’épouse d’Enguerrand, Alips de Mons, accusée de sorcellerie et maintenue en captivité pendant près de dix ans, ses proches parents – frères et enfants – ne furent guère inquiétés, comme en témoigne la belle carrière de l’évêque Jean de Marigny, frère cadet d’Enguerrand, sous le règne de Philippe VI de Valois. Nous découvrons ici avec Pierre de Villaines dit « le Bègue » et son oncle Pierre de Villaines, l’évêque d’Auxerre puis de Bayeux, fier de sa parenté avec les Marigny au point de l’afficher sur ses armes, la détermination d’une famille, cruellement éprouvée par un revers de fortune, à préserver le capital social patiemment engrangé par Enguerrand dans l’ombre de Philippe le Bel. On ajoutera qu’un tel scénario n’a été rendu possible que par la volonté d’un État royal, désireux de ne pas se priver d’un vivier de bons serviteurs, de se comporter telle une institution atteinte d’amnésie. Façon pour l’État des Valois – un peu à la manière d’une lettre de rémission qui voit le roi « imposer silence perpétuel à son procureur présent et avenir » – de rendre à la famille, et sa réputation et son honneur.

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Ainsi donc Pierre « le Bègue » de Villaines appartient à cette caste aristocratique et méritocratique parfaitement incarnée, pour le début du règne de Charles VI, par le connétable Olivier de Clisson [52][52] J. B. Henneman, Olivier de Clisson et la société politique..., qui aura su concilier, au plus haut niveau, des fonctions politiques de premier plan – membre du conseil du roi – et d’importants commandements militaires. Non assurément, par ses mérites et ses origines, le petit-neveu d’Enguerrand de Marigny, n’a, à l’évidence, rien à envier à ses pairs, fussent-ils aujourd’hui mieux connus, comme les comtes de Tancarville, Guillaume de Melun, et de Longueville, Olivier Du Guesclin, le grand maître des arbalétriers Jean, sire de Hangest, l’amiral Renaud de Trie, le porte-oriflamme Guillaume Martel. Il illustre, parmi eux, la place éminente tenue par la noblesse normande dans l’entourage du roi.

Notes

[*]

Doctorant en Histoire médiévale, université de Rouen, GRHIS.

[1]

Un second article consacré à la carrière et à la réussite sociale de Pierre « le Bègue » de Villaines est en cours de préparation.

[2]

À ce jour, la bibliographie sur les Marmousets est assez réduite. En attendant l’étude approfondie qu’un tel sujet mérite, lire les pages éclairantes de F. Autrand, « L’apparition d’un nouveau groupe social » dans M. Pinet (dir.), Histoire de la Fonction publique, t. 1, Des origines au xve siècle, Paris, Nouvelle librairie de France, 1993, p. 366-372. On y ajoutera l’étude prosopographique de J. B. Henneman, « Who were the Marmousets ? », Medieval Prosopography, 5, 1984, et du même auteur, une stimulante biographie du chef de file des Marmousets, Olivier de Clisson et la société politique française sous les règnes de Charles V et de Charles VI, Rennes, PUR, 2011.

[3]

On sait ce que cette thèse des origines modestes des Marmousets doit à son inventeur, Jules Michelet. Une appréciation qui influence encore une partie de l’historiographie moderne. Pour Pierre de Villaines dit « le Bègue » en particulier, voir à titre d’exemple, A. Demurger, Temps de crises, temps d’espoirs xive - xve siècle, Paris, Éditions du Seuil, 1990, p. 82 ou encore C. A. Gonzàlez Paz, « The role of mercenary troops in Spain in the fourteenth century, the civil war », dans J. France (dir.), Mercenaries and paid men : the mercenary identity in the Middle Age, Boston, Brill, 2008, p. 336-341.

[4]

Ribadeo, ville d’Espagne sur l’estuaire de l’Eo, province de Lugo, Galice.

[5]

Le Bègue de Villaines après avoir capturé (bataille de Montiel, 1369) et livré le roi Pierre le Cruel à son demi-frère, Henri de Trastamare, obtint de celui-ci, devenu roi d’Espagne, le comté de Ribadeo.

[6]

P. Contamine, Guerre, État et société à la fin du Moyen Âge, Paris, réimpression, Éditions de l’EHESS, 2004, p. 14.

[7]

Pour une liste des principaux événements militaires auxquels a participé le Bègue de Villaines, voir la notice biographique qui lui est consacrée dans J. Froissart, Les Chroniques, publiées par M. le baron K. de Lettenhove, Bruxelles, 1870-1877, vol. 23, p. 256 et 257.

[8]

Pour une mention du Bègue de Villaines comme sénéchal de Toulouse et de Carcassonne, consulter L. Ménard, Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de Nismes, Paris, H.D. Chaubert et C. Herissant, 1744-1758, p. 249.

[9]

Arrêté en septembre 1392, le Bègue de Villaines souffrira d’une disgrâce qui dure environ deux ans. Il siège à nouveau au Conseil du roi, au plus tard en juin 1394. Pour ce cas précis, consulter Arch. nat., JJ 146, p. 48 et p. 106.

[10]

Acte par lequel Charles VI consent à la renonciation de Robert de Saint Martin, chevalier, à la ferme des deux moulins de Lyons obtenue par héritage et accepte que les 24 livres de contreplège soient transférées sur son fief de Saint-Martin-les-Étrépagny, valant 300 livres parisis de revenu.

[11]

Bib. Mun. Rouen, Y 29, t. 1, n° 43.

[12]

Arch. nat., JJ 40, n° 85.

[13]

Souvenir du passé, l’expression « quatre châteaux de Lyons » subsiste encore à la fin de l’Ancien Régime pour désigner les sites ruinés des quatre châteaux initiaux de la forêt de Lyons édifiés, dès le début du xiie siècle, par le roi Henri Ier Beauclerc. Voir, pour exemple, la carte de Cassini et la localisation des sites de Longchamps et de Neufmarché mentionnés à chaque fois comme « l’un des quatre châteaux de Lyons ».

[14]

Le secteur correspondant à la verderie de Longchamps, située au sud-est du massif forestier de Lyons, est victime dès la fin du Moyen Âge d’importants défrichements pour finalement disparaître sous le règne de Louis XIV.

[15]

Villaines, Eure, arr. les Andelys, cant. et c. de Lyons-la-Forêt.

[16]

L’abbaye bénédictine de Sainte-Catherine du Mont entièrement détruite à la fin du xvie siècle était située sur les hauteurs de Rouen, à Bonsecours.

[17]

A. de Montor, Encyclopédie des gens du monde, répertoire universel des sciences, des lettres, et des arts, Paris, 8 vol., 1833-1844, vol. 8, p. 679.

[18]

J. Froissart, Chroniques, M. le baron K. de Lettenhove (éd.), rééd., Osnabrück, 1967, vol. 15, p. 66.

[19]

C. Bozzolo et H. Loyau, La cour amoureuse dite de Charles VI, Paris, Le Léopard d’or, 1982, t. 1, p. 115.

[20]

Exemple de suscription pour Pierre de Villaines, dit Le Bègue, en avril 1399 : « Sachent tuit que Je Pierres, seigneur de Villaines, dit le Besgue… » (BnF, PO 3001, dossier 66 602, p. 51).

[21]

Dictionnaire national des communes de France, Paris, Albin Michel, 2001.

[22]

Villaines-sous-Bois, commune, arr. Sarcelles, cant. de Viarmes, Val d’Oise.

[23]

Archives du château de Chantilly, 1 BA 037.

[24]

Ibid.

[25]

BnF, PO 1237, dossier 27 665 (Franconville).

[26]

P. Duchemin, Notice historique sur Fleury-la-Forêt, Gisors, Impr. Écho républicain, 1892.

[27]

Nom donné au fief détenu par l’abbaye de Saint-Denis en forêt de Lyons du viiie siècle à 1284. Mais l’expression « trois villes de Saint-Denis », qui désigne les trois villages de Morgny, Fleury, Lilly sera utilisée jusqu’à l’époque moderne.

[28]

Saint-Martin, Eure, arr. les Andelys, cant. et c. d’Étrépagny.

[29]

J. Favier, Un conseiller de Philippe le Bel, Enguerrand de Marigny, Paris, PUF, 1963, p. 12.

[30]

Arch. nat., JJ 58, n° 258.

[31]

Arch. nat., X 1a 53, fol. 43- 43v, 31 juillet 1406.

[32]

J. Favier, Un conseiller…, op. cit., p. 221-225.

[33]

BnF, PO 1118, dossier 25 643, p. 4 (1339) et p. 6. (1341) ou encore Clair. 70, p. 142.

[34]

BnF, Clair. 70, p. 141, 143 et 144.

[35]

Humbert II, le dauphin de Viennois, avait hérité en 1329, à la mort de sa tante, la reine Clémence de Hongrie, des deux fiefs d’Écouis et de Mainneville qu’elle détenait depuis l’acte de confiscation de Louis X, en 1315.

[36]

Arch. nat., X 1 a 40, fol. 329v-331v.

[37]

Arch. nat., X 1 a 42, fol. 171-175.

[38]

F. Autrand, Charles V, Paris, Fayard, 1994, p. 193-194.

[39]

Nojeon-le-Sec, aujourd’hui Nojeon-en-Vexin, arr. les Andelys, cant. Étrépagny, Eure.

[40]

Voir l’étude prosopographique de J. B. Henneman citée à la note 2 dont le principal intérêt est de chercher à identifier le réseau des Marmousets au sens large – il en dénombre plus de 40 – sans se limiter à la liste officielle des cinq ou six noms livrés par l’historiographie traditionnelle.

[41]

Arr. Bernay, cant. Cormeille, Eure.

[42]

Arch. nat., JJ 75, n° 531, 20 novembre 1341.

[43]

BnF, PO 3001, dossier 66 602, p. 2.

[44]

J. Favier, Un conseiller…, op. cit., p. 12.

[45]

R. Gane, Le chapitre de Notre-Dame de Paris au xive siècle, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 1999, p. 392.

[46]

Arch. nat., X 1a 16, fol. 117v-119.

[47]

BnF, PO 2423, dossier 54 437, p. 5.

[48]

Souvent assimilé à son père, Pierre de Villaines est facile à identifier soit par son titre de gouverneur de La Rochelle, soit comme seigneur de Malicorne. À titre d’exemple, voir BnF, PO 3 001, dossier 66 602, p. 50, décembre 1396.

[49]

A. Guillois, Recherche sur les maîtres de requêtes de l’Hôtel des origines à 1350, Paris, Larose et Tenin, 1909, p. 254-255.

[50]

Arch. nat., X 1 a 12, fol. 354v.

[51]

Arch. nat., JJ 100, n° 250, septembre 1369.

[52]

J. B. Henneman, Olivier de Clisson et la société politique française sous les règnes de Charles V et de Charles VI, Rennes, PUR, 2011.

Résumé

Français

Compagnon de Bertrand Du Guesclin, membre du gouvernement royal de 1388 à sa mort en 1406, ce familier de Charles VI qu’est Pierre de Villaines dit « le Bègue » appartient à cette catégorie de grands serviteurs de l’État du xive siècle injustement tombés dans l’oubli. Une série heureuse de découvertes, liées à la préparation d’une thèse sur la forêt royale de Lyons en Normandie (xiie-xve siècle), permet d’éclaircir la question des origines géographiques et sociales de ce personnage. Par sa grand-mère paternelle, cet « obscur chevalier » s’avère, en réalité, descendre de l’une des plus célèbres familles de Normandie du xive siècle, celle d’Enguerrand de Marigny dont le Bègue de Villaines n’est autre que le petit-neveu. Au-delà de cette filiation inattendue, l’enquête fait surgir un réseau très actif d’alliances familiales dont le Bègue de Villaines sut évidemment tirer profit parmi lesquelles il faut citer le propre oncle du Bègue de Villaines : l’évêque de Bayeux – un autre Pierre de Villaines – ou encore les très puissants Melun-Tancarville, fidèles alliés des Marigny.

Mots clés

  • Le Bègue de Villaines
  • grand serviteur de l’état
  • forêt royale de Lyons
  • Enguerrand de Marigny
  • réseau
  • Pierre de Villaines
  • évêque de Bayeux
  • Melun-Tancarville
  • grand capitaine

English

Pierre de Villaines, Called the Stutterer (c1330-1406), or the Prestigious Origins of an Unknown StatesmanFriend of Bertrand du Guesclin, member of the royal government from 1388 until his death in 1406, this courtier of Charles VI belonged to a long line of unjustly unknown fourteenth century royal servants. The discovery of several archival sources during doctoral research on the royal forest of Lyons in Normandy (twelfth to fifteenth centuries) sheds light on Villaines’ geographical and social origins. By his maternal grandmother, this « obscure knight » is the great-nephew of Enguerrand de Marigny, leader of one of Normandy’s most prestigious families in the fourteenth century. Apart from this unexpected genealogical link, « the stutterer » benefited from a wide-ranging family network including his uncle, Pierre de Villaines, bishop of Bayeux, and the very powerful Melun-Tancarville family, closely tied to the Marignys.

Keywords

  • Pierre de Villaines « the stutterer »
  • royal forest of Lyons
  • Enguerrand de Marigny
  • family networks
  • bishop of Bayeux Pierre de Villaines
  • Melun-Tancarville

Plan de l'article

  1. Le petit-fils d’un châtelain royal
  2. La clef lyonsaise de l’énigme
  3. Un lignage très fécond, l’enquête sur les homonymes

Pour citer cet article

Nardeux Bruno, « Pierre de Villaines dit " le Bègue " (vers 1330 - 1406), ou les origines prestigieuses d'un homme d'État méconnu », Annales de Normandie, 2/2011 (61e année), p. 41-54.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2011-2-page-41.htm
DOI : 10.3917/annor.612.0039


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