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Annales de Normandie

2012/1 (62e année)


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« Notre formation adhère inéluctablement à nous. »

Michel de Boüard,

« Archéologie et archéométrie : quelques réflexions »,

Archéologie médiévale, XII, 1982, p. 7-15, à la p. 11.
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Dans la trajectoire complexe de Michel de Boüard, caractérisée par une multitude d’appartenances et des évolutions parfois spectaculaires dans les domaines politique et professionnel, l’expérience chartiste apparaît comme un rare élément structurant. En effet, alors même que le savant a parfois opéré des choix en apparente rupture avec son milieu scientifique d’origine, la « strate » chartiste ne cesse pourtant d’affleurer. On observe au long de son parcours une triple fidélité à l’institution [2]  Michel de Boüard accepte de faire partie, dès sa création... [2] , aux hommes [3]  Les correspondances conservées notamment dans les archives... [3] et à la formation reçue [4]  Voir notamment le cas de l’archéologie médiévale étudié... [4] .

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Ce ne sont cependant pas ces multiples « rejeux » ou réminiscences qui font l’objet du présent article. Nous nous attacherons plus précisément à la mise en perspective de cette expérience chartiste, en nous limitant à la période s’étendant de l’entrée de l’historien dans l’institution du 19 rue de la Sorbonne en 1926 à sa nomination à l’université de Caen en 1940, qui, si elle n’aurait pu être qu’une étape supplémentaire, s’avéra décisive pour la suite de sa carrière. Et bien que l’ensemble de la trajectoire de Michel de Boüard ne se prête guère à la pratique de la « biographie modale » [5]  Voir G. Levi, « Les usages de la biographie », Annales... [5] , sur ce point particulier, il apparaît que son cas permet d’aborder des problèmes généraux : l’étude du groupe social formé par les chartistes et du type de formation scientifique reçue aux Chartes dans l’entre-deux guerres, puis l’analyse des difficultés auxquelles sont alors confrontés les archivistes-paléographes dans leur début de carrière [6]  Cette démarche d’observation du groupe par un cas individuel... [6] .

Une formation à l’École des chartes

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Il est indispensable de caractériser le lieu de formation de Michel de Boüard, dans la mesure où l’École des chartes constitue alors un milieu très spécifique sur les plans scientifique et politique. Cette présentation est ici d’autant plus nécessaire concernant Michel de Boüard qu’il est, avant d’être élève de l’institution, le fils d’un professeur de l’École, Alain de Boüard (1882-1955) [7]  Si son parcours fait l’objet d’un chapitre dans notre... [7] , professeur de paléographie de 1923 à 1953. Le bagage reçu excède donc le strict cadre des études.

L’École des chartes dans l’entre-deux guerres

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Quel est le climat politique et scientifique à l’École des chartes dans l’entre-deux guerres ? Bertrand Joly, qui s’efforce dans ses travaux fondamentaux de manier la nuance – considérant par exemple que la « prédominance » de la droite à l’École est « largement mythique » pour d’autres périodes – dresse ce tableau très sombre de la situation de l’institution au moment où Michel de Boüard en est élève :

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« Après la première guerre mondiale et surtout après 1930, l’École vit des heures difficiles. Le renouvellement historique lié aux Annales se fait sans elle et parfois contre elle. […] Politiquement, l’École est plus que jamais classée à droite et, si l’on en croit divers témoignages critiquables, ne recrute que des jeunes gens d’Action française attirés par cette institution frileuse et boudeuse » [8]  B. Joly, « Les chartistes et la politique », dans L’École... [8] .

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Les historiens de l’institution insistent tous sur le rôle de son directeur – et maître d’Alain de Boüard – Maurice Prou, dont le « consulat » [9]  Selon l’expression idoine de G. Dupont-Ferrier, « Maurice... [9] a duré de 1916 à sa mort en 1930, dans cette orientation et dans cette situation quelque peu fermée et figée de l’entre-deux guerres. Olivier Dumoulin explique ainsi l’« irrédentisme chartiste » qu’il observe pour cette époque :

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« À partir de 1910, le repli méthodologique et l’évolution politique de l’École des chartes se renforcent. Le directeur de l’École […] Maurice Prou, agit en ce sens. Repliée sur son "réduit" médiéval, l’École recrute un corps professoral presque uniformément à droite » [10]  O. Dumoulin, « Histoire et historiens de droite »,... [10] .

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De fait, Michel de Boüard aura suivi les cours de quelques-uns des représentants de cette « histoire de droite », dont Maurice Prou, qui enseigne la diplomatique, le professeur d’histoire du droit civil et du droit canonique Roger Grand, devenu en 1927 sénateur conservateur du Morbihan, ou encore son propre père Alain de Boüard, qui, s’il est discret dans la sphère politique, partage les options conservatrices du milieu. Et si suivre un enseignement ne suppose naturellement pas partager les orientations politiques des maîtres, nulle prise de distance n’est constatée chez Michel de Boüard, jeune homme très ancré dans cette droite nationaliste [11]  Le jeune élève archiviste-paléographe signe dans L’Écho... [11] et monarchiste qui est la famille politique de ses parents et grands-parents.

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Sur le plan scientifique, l’École des chartes est également présentée comme une institution conservatrice. Dispensant « invariablement pendant un demi-siècle les mêmes neuf cours canoniques » [12]  O. Dumoulin, Profession historien…, op. cit., p. 8... [12] , l’établissement est généralement caractérisé comme le conservatoire d’une histoire méthodique pourtant alors largement remise en cause, notamment par les co-directeurs des Annales d’histoire économique et sociale, Marc Bloch et Lucien Febvre. Ce dernier a parfois adressé des griefs de nature scientifique [13]  On connaît notamment la polémique ouverte par Lucien... [13] voire politique à l’École des chartes. Sur ce point encore, Michel de Boüard semble pourtant faire entièrement sienne la conception de l’histoire telle qu’elle lui a été enseignée, comme le montrera l’analyse des débuts de son œuvre.

L’entrée de Michel de Boüard à l’École des chartes

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La grande rareté des archives familiales sur la période précédant l’entrée de Michel de Boüard à l’École des chartes ne permet pas l’étude précise des raisons intimes de ce choix d’études, l’explication se réduisant dès lors essentiellement à la mise en évidence de l’influence de son père. Néanmoins, s’il y eut reproduction dans le cas de Michel de Boüard, il fut le seul de sa fratrie à s’orienter vers les Chartes, et plus généralement vers des études littéraires. Nous ignorons pourquoi Michel seul choisit de marcher dans les pas de son père.

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Ce dernier encadre les études de son fils et constitue un modèle en matière de stratégie de carrière – on le verra aussi lors du séjour à l’École française de Rome. Sans doute est-ce à Alain de Boüard que Michel doit le choix alors rare de préparer le concours d’entrée à l’École des chartes directement après l’obtention du baccalauréat et non après une propédeutique comme l’avait été pour Alain de Boüard une licence en droit – et comme pour une majorité des candidats encore dans les années vingt. Décrit par ses professeurs de lycée comme un élève intelligent et travailleur, Michel de Boüard obtient le baccalauréat à l’âge de 17 ans, en 1926 ; il est reçu à l’automne au concours d’entrée aux Chartes, obtenant la cinquième place sur 19 admis [14]  Arrêté du ministre de l’Instruction publique et des... [14] .

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Par son père, Michel de Boüard dispose d’un capital social – au sens de facilités d’établissement de relations sociales – qui apparaît déterminant dès ces années d’École. Certes, être le fils d’un professeur aussi entier qu’Alain de Boüard peut se révéler périlleux en raison de fortes acrimonies perceptibles au sein du corps enseignant – on relève ainsi dans la correspondance reçue par Maurice Prou [15]  Cette correspondance est conservée à la bibliothèque... [15] des demandes de ne pas former un jury de thèse avec le professeur de paléographie en raison de son irascibilité –, mais il semble qu’il s’agisse malgré tout d’un avantage. Ainsi, peu d’élèves osent directement s’adresser au directeur de l’établissement Maurice Prou pendant leurs études : Michel de Boüard fait partie des rares exceptions [16]  Lettre de Michel de Boüard à Maurice Prou, 21 avril... [16] . En outre, le jeune chartiste est associé aux réseaux de sociabilité de son père, rencontrant ainsi certains des grands historiens de l’époque, tels Camille Jullian ou Édouard Jordan. Surtout, le jeune chartiste trouve en son père un véritable conseiller personnel dont sont naturellement dépourvus ses condisciples. Alain de Boüard prit à cœur les études de son fils, comme le montre cette lettre de Maurice Jusselin, archiviste de l’Eure-et-Loir, adressée à Maurice Prou :

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« J’ai eu récemment la visite de M. de Boüard de la Forêt. Il m’a parlé d’un manuel de diplomatique qu’il prépare, il cherche des documents utiles. En même temps la question du choix d’un sujet de thèse pour son fils le préoccupe » [17]  Lettre de Maurice Jusselin à Maurice Prou, 30 mai 1927,... [17] .

Un chartiste archétypal ?

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En tous points, Michel de Boüard fut un chartiste aux antipodes de l’élève de l’École des chartes décrit par le romancier et archiviste-paléographe Roger Martin du Gard [18]  Voir R. Martin du Gard, Souvenirs autobiographiques... [18] . Dans son premier roman, Devenir, l’écrivain présente ainsi son personnage Bernard Grosdidier : « Il était entré à l’École des chartes trois ans auparavant, comme on entre sous une porte cochère pendant une averse : pour attendre » [19]  R Martin du Gard, Devenir [1908], Ibid, p. 17. [19] . Roger Martin du Gard explique ensuite les raisons de cette attitude :

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« Mais ce n’est pas à dix-huit ans que l’on prend ses quartiers définitifs ; il fallait patienter. L’École des chartes lui offrit un logement provisoire. Le bâtiment était spacieux et bien aménagé ; peu d’élèves ; peu de cours ; une existence d’externe émancipé » [20]  Ibid. [20] .

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Michel de Boüard n’aura pas pris ses quartiers définitifs à l’École des chartes et son ambition personnelle l’a conduit à travailler sans relâche, probablement pour obtenir le droit de suivre la voie royale – et paternelle – vers l’École française de Rome.

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S’il ne correspond pas à cette figure de roman, Michel de Boüard s’approche en revanche d’un profil-type de l’élève de l’École des chartes à cette époque, tel que défini par Olivier Dumoulin. Étudiant les propriétés sociologiques des élèves, ce dernier remarque l’existence – particulièrement marquante à l’École des chartes, même si elle est perceptible à l’Université – des « dynastes » [21]  O. Dumoulin, Profession historien…, op cit., p. 28 [21] , c’est-à-dire des fils et filles d’archivistes-paléographes [22]  Ibid, p. 64, note 38 : l’auteur cite les cas des « dynastes »... [22] , Michel de Boüard étant toutefois dans l’entre-deux guerres le seul enfant de professeur à intégrer l’École. Par ailleurs, Michel de Boüard rencontre pendant ses études sa future épouse, Germaine Callies [23]  Le dossier d’élève de l’épouse de Michel de Boüard... [23] , elle-même entrée à l’École des chartes deux ans après lui. Or, Olivier Dumoulin relève 18 mariages entre chartistes des promotions allant de 1917 à 1943. Si l’on ajoute la « forte présence nobiliaire » [24]  O. Dumoulin, Profession historien…, op. cit., p. 3... [24] à laquelle il contribue et sur le plan politique et religieux la domination des élèves de droite et catholiques, on peut percevoir Michel de Boüard comme un élève très représentatif du milieu chartiste.

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Le seul point où il se distingue sociologiquement réside dans son jeune âge à son entrée à l’École. Il n’a en effet que 17 ans dans une promotion dont l’âge moyen est de 20 ans et dont il est nettement le benjamin.

Les élèves archivistes-paléographes au départ d’une excursion, devant le bâtiment de l’École nationale des chartes. Michel de Boüard, moustachu et tenant une affiche, se situe à droite du groupe. Photo sans date, archives familiales.

La première recherche historique de Michel de Boüard : la thèse des Chartes

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Après trois années d’enseignement, les élèves archivistes-paléographes doivent préparer, généralement en une année, et soutenir une thèse sur un sujet original. Cette thèse – que l’on ne doit pas confondre avec une thèse de doctorat – est déterminante pour le classement de sortie qui vaut au major de promotion un séjour à Rome. Les classements obtenus par Michel de Boüard dans ses premières années d’études aux Chartes ne laissaient pas présager un tel résultat : il s’est classé sixième sur 13 élèves en fin de première année (21 juillet 1927), septième sur 14 en deuxième année (21 juillet 1928) et est admis à la thèse – sans classement – le 14 septembre 1929 [25]  Dossier d’élève de Michel de Boüard, archives de l’École... [25] .

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Le choix du sujet – et on a vu qu’Alain de Boüard avait très probablement conseillé son fils sur ce point – est donc déterminant dans l’accomplissement de l’objectif de terminer major de sa promotion. Le sujet présenté par Michel de Boüard est plutôt original par rapport à la production courante des aspirants archivistes-paléographes, même si Olivier Guyotjeannin relève une « prédilection pour les littératures "scientifiques" » [26]  Voir O. Guyotjeannin, « Les thèses de 1916 à 1996 »,... [26] dans les années trente. En étudiant une « encyclopédie jusqu’à présent inconnue » [27]  Voir M. de Boüard, « Une encyclopédie jusqu’à présent... [27] du xiiie siècle, le Compendium philosophiae, Michel de Boüard fait montre d’une part de sa capacité à révéler un document inédit, bien que connu des historiens, d’autre part de sa technicité en éditant des extraits d’une version du manuscrit de la Bibliothèque nationale, méticuleusement comparé à six autres manuscrits repérés dans différentes bibliothèques de province. Par ailleurs, l’ambition de l’historien est proclamée par le sous-titre, « Étude sur le genre encyclopédique au Moyen Âge » qui montre sa volonté de donner à son travail la valeur d’une étude de cas dans une contribution à un sujet plus large. Si l’on compare sa thèse aux autres travaux proposés cette année là, il apparaît assez nettement que seul Michel de Boüard a su élargir ses perspectives au-delà du cadre monographique qui est la norme de la plupart des travaux des étudiants de l’École. Cette thèse vaut à Michel de Boüard d’être nommé archiviste-paléographe par un arrêté ministériel du 15 février 1930, et surtout de sortir premier de cette promotion de l’École des chartes devant quatre jeunes femmes, dont Jacqueline Mady [28]  Jacqueline Mady (1905-1970) devint une archiviste importante,... [28] , classée deuxième et qui fut la principale concurrente de Michel de Boüard tout au long de sa scolarité.

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Cette étude d’une encyclopédie médiévale est très nettement le travail le plus notable réalisé par Michel de Boüard dans la première partie de sa carrière. L’intérêt de cette œuvre, outre la mise au jour d’un nouveau texte, est de proposer des pistes sur l’histoire intellectuelle du Moyen Âge. D’ailleurs, le jeune historien donne à sa recherche une forte visibilité, plutôt rare pour un travail de début. L’année même de sa soutenance, il publie dans la Revue des questions historiques un article très riche sur la notion même d’encyclopédie médiévale, dont il retrace les origines, intégrant « son » Compendium philosophiae à l’histoire du genre, en lui conférant une place décisive et sans doute excessive comme « point de scission radical entre le genre allégorique et religieux et le genre scientifique » [29]  M. de Boüard, « Encyclopédies médiévales. Sur la "Connaissance... [29] . En 1932, il publie en deux articles dans la Revue thomiste ce qui semble être le texte de sa thèse – le manuscrit de celle-ci n’a pas été conservé – amputé des pièces justificatives [30]  M. de Boüard, « Une encyclopédie médiévale jusqu’à... [30] . Dans chacun de ces articles, Michel de Boüard se promet de développer ses recherches en histoire de l’encyclopédisme médiéval, ambitionnant d’étudier notamment la destination des encyclopédies, avec une volonté de démontrer l’inanité de la conception d’un public laïc incapable d’accéder à des textes en latin et de contribuer ainsi rien moins qu’à la découverte du « vrai visage du moyen âge » [31]  Ibid., p. 45 (tiré à part). [31] . Ce sujet correspond aussi au goût de Michel de Boüard pour la philosophie et il s’affirme dès ces premières publications comme un lecteur attentif des travaux d’Étienne Gilson qui ont fortement renouvelé la connaissance de la philosophie médiévale [32]  Michel de Boüard est, au début des années trente, passionné... [32] . Pourtant, Michel de Boüard ne produit pas d’œuvre correspondant aux projets qu’il avait lui-même formulés, inaugurant là ce qui devient une habitude dans les années trente, en se contentant d’enrichir sa thèse de l’École des chartes pour en faire sa thèse complémentaire de doctorat. Est-ce par conformisme ou par souci stratégique qu’il ne poursuit pas dans cette voie de l’histoire de la culture et de la philosophie médiévales ? Toujours est-il que les recherches qu’il conduit à Rome s’inscrivent davantage que ce thème initial dans une tradition historiographique strictement liée à l’École des chartes.

Une entame de carrière exemplaire (1930-1940) ?

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Michel de Boüard suit le parcours de l’élite chartiste en étant membre de l’École française de Rome puis en enseignant à l’Institut français de Naples. Entre ces deux séjours italiens, il occupe successivement des fonctions d’archiviste et bibliothécaire en France. Ainsi, il aura en quelques années éprouvé la plupart des métiers dévolus aux archivistes-paléographes, même si certaines des fonctions occupées ne le sont qu’en position d’attente. En effet, le projet professionnel de Michel de Boüard est formulé dès ses années romaines : il s’agit d’entrer dans l’enseignement supérieur. Dans ce but, le jeune historien mène des recherches qui le situent dans la norme de la production chartiste.

De Rome au Caire (1930-1940)

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La première place obtenue au concours de sortie des Chartes en janvier 1930 autorise Michel de Boüard à entrer à l’École française de Rome à l’automne. Il fait partie d’une promotion où figurent aussi deux futures grandes figures de l’historiographie française, d’ailleurs déjà repérées pour leur capacité de travail et leur talent particulier, Alphonse Dupront (1905-1990) et Henri-Irénée Marrou (1904-1977). Michel de Boüard adopte à Rome une stratégie de recherche originale si on la compare à celle de ses pairs chartistes farnésiens, mais reproduit incontestablement celle de son père, sans doute sur les conseils de celui-ci : comme Alain de Boüard, il fait de ses deux années romaines un moment d’accumulation du matériel archivistique, travaillant donc assidûment, et publiant bien au-delà des articles traditionnels demandés aux membres dans les Mélanges de l’École française de Rome. Il parvient ainsi à publier dans la Revue historique et dans la Revue des questions historiques deux études [33]  M. de Boüard, « La mort de Grégoire XIII, d’après un... [33] sur des sujets différents de celui de son mémoire, à partir de documents trouvés en Italie. Pour le mémoire, qui est demandé aux membres et évalués par l’Académie des inscriptions et belles-lettres, il suit également l’exemple de son père, qui avait choisi de prolonger une étude de l’administration romaine au Moyen Âge engagée auparavant par Louis Halphen [34]  A. de Boüard, Le régime politique et les institutions... [34] . Michel de Boüard reprend le dossier des relations franco-italiennes au temps du Grand Schisme d’Occident, déjà abordé par de vénérables prédécesseurs chartistes, notamment Noël Valois. Et comme pour son père, ce mémoire de l’EFR devient par la suite sa thèse de doctorat, par simple extension des recherches et non par élargissement du sujet ou de la problématique. Michel de Boüard, à qui l’on prête, souvent avec raison, une réelle capacité d’innovation pendant la suite de sa carrière et une propension à aller hors des domaines qu’il maîtrisait préalablement, adopte ici une stratégie prudente, et ce sujet est aussi une forme d’affiliation à l’« école » historique de son père. Rappelons cependant que beaucoup de chartistes ne font alors pas le choix de faire une thèse de doctorat, celle-ci n’étant pas indispensable pour la plupart des postes auxquels ils peuvent prétendre, y compris l’enseignement à l’École des chartes. En choisissant dès Rome de faire une thèse [35]  La première allusion à la transformation du mémoire... [35] , Michel de Boüard s’oriente clairement vers une carrière à l’Université.

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Ayant cultivé sa visibilité en France en publiant beaucoup pendant ses années à Rome, Michel de Boüard s’implique dans différents lieux dès son retour à l’été 1932. Il collabore à la Revue des questions historiques, lieu central de l’historiographie de droite à cette époque, devient secrétaire-archiviste de la Société d’Histoire ecclésiastique de la France, placée sous la présidence de Mgr Baudrillart, au sein de laquelle il fréquente de nombreux universitaires et chartistes. En outre, il accepte en 1933 de travailler pour le compte de la famille de l’historien défunt à l’édition des Actes du gouvernement révolutionnaire d’Augustin Cochin [36]  Augustin Cochin (1876-1916), fils de l’homme politique... [36] , collaborant donc au Cercle Augustin-Cochin, structure développant une conception utilitariste de l’histoire, l’étude des sociétés de pensée étant interprétée comme la preuve de l’existence de complots : l’antisoviétisme et l’antimaçonnisme caractérisent donc ce Cercle [37]  Sur cette structure et plus généralement sur Cochin,... [37] .

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S’il y a formation d’un capital scientifique en ces premières années, il n’est donc recevable que dans le milieu très spécifique des chartistes et des historiens de droite. Bien évidemment, rien n’interdit à ce type de chercheurs d’entrer à l’Université – l’exemple de Barthélémy Pocquet du Haut-Jussé, au début de parcours assez similaire, l’illustre [38]  J. Charpy, « Barthélemy-A. Pocquet du Haut-Jussé (1891-1988) »,... [38] – mais en quelques années, Michel de Boüard s’est volontairement affilié à une école historique très précise et quelque peu discriminante.

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Après le travail d’édition des œuvres d’Augustin Cochin, Michel de Boüard poursuit ses expériences et devient pour un an conservateur de la bibliothèque d’Orléans, en position d’attente, puisque son objectif premier est alors de terminer sa thèse. Puis, après avoir envisagé d’enseigner à l’Institut catholique de Paris, comme son père avant lui [39]  Alain de Boüard avait enseigné à l’Institut catholique... [39] , il est à la fin de l’année 1934 recruté comme enseignant par la faculté des Lettres de Grenoble pour rejoindre l’Institut français de Naples. On peut voir dans cette nomination le résultat de l’intervention d’Émile Mâle, toujours directeur de l’École française de Rome. Ce retour en Italie et des conditions de travail particulièrement légères (six mois de cours par an devant peu d’étudiants) lui permettent d’achever sa thèse, soutenue en 1936. Mais, confronté à la détérioration des relations politiques entre Italiens et Français et à la faiblesse des moyens octroyés à l’institut, Michel de Boüard quitte Naples sans regret fin 1937.

Alain de Boüard, au centre, et ses deux fils aînés, Sébastien et Michel (à droite), à Margellina, sur la baie de Naples, le 4 janvier 1936. Archives familiales.

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Il est alors envoyé au nom du ministère des Affaires étrangères à la faculté des Lettres du Caire, où il obtient un enseignement d’histoire médiévale et un titre bien trompeur de maître de conférences. Une fois au Caire, Michel de Boüard se rend compte du peu de prestige de cette fonction et se plaint de la modicité de son traitement versé par un État égyptien tout nouvellement indépendant [40]  Cette partie du parcours de Michel de Boüard a pu être... [40] .

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Le cursus suivi par Michel de Boüard n’est pas original, même si la faiblesse des effectifs considérés empêche de dégager un parcours-type ; toutefois, nombreux sont les Farnésiens qui ont prolongé leur séjour à l’étranger après Rome, ne serait-ce qu’en raison de la fréquente utilisation du thème de mémoire comme sujet de thèse. Il en est ainsi des collègues de promotion de Michel de Boüard : Alphonse Dupront dirige pendant huit ans l’Institut français de Bucarest après Rome ; quant à Henri-Irénée Marrou, il suit un parcours parallèle à celui de Michel de Boüard, retrouvant ce dernier à Naples puis au Caire, où les deux hommes sont nommés simultanément. En outre, le prédécesseur de Michel de Boüard dans la chaire d’histoire de Normandie à Caen, le grand historien du protestantisme Émile-Guillaume Léonard (1891-1961) a suivi aussi le cursus honorum École des chartes, École française de Rome, Institut français de Naples [41]  Léonard avait d’ailleurs été remplacé à Naples par... [41] . Ces années à l’étranger sont aussi un moyen d’attendre une opportunité sur un marché universitaire français alors déprimé. Tous ces chercheurs, une fois la thèse achevée et inscrits sur la liste d’aptitude, sont pourtant désireux de rentrer en France, l’expérience à l’étranger pouvant être un sacrifice par rapport aux ambitions nationales. Il s’agit, pour ces jeunes gens de tenter de prévenir le danger concernant les jeunes savants travaillant hors de France, soit « l’oubli croissant où [les] tient pour péché d’étranger l’Alma Mater » [42]  Lettre d’Alphonse Dupront à Jean Marx, 30 mai 1937,... [42] , selon la jolie formule d’Alphonse Dupront. Michel de Boüard est dans ce cas : il a été candidat à un poste d’histoire médiévale à Bordeaux, puis à Strasbourg (où fut élu Robert Boutruche), puis fut recruté en 1938 à Clermont-Ferrand en remplacement de Louis Bréhier. Mais il dut renoncer en raison de la sauvegarde des intérêts français en Égypte [43]  Henri-Irénée Marrou ayant démissionné pour rejoindre... [43] . Ce n’est qu’à l’automne 1940, que, succédant une seconde fois à Émile-Guillaume Léonard, qui part alors à la faculté des Lettres d’Aix, Michel de Boüard obtient un poste dans l’enseignement supérieur français : il est nommé chargé d’enseignement à la faculté des Lettres de Caen, en charge de la chaire d’histoire de la Normandie.

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Pourtant, si, comme l’écrit Robert Fossier le début de carrière de Michel de Boüard « parut se chercher un peu » [44]  R. Fossier, « Michel de Boüard (1909-1989) », Bibliothèque... [44] , c’est moins en raison de cette trajectoire professionnelle finalement classique que dans le domaine de sa production historique à cette époque.

Une production scientifique sans ligne directrice

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La production assez conséquente des dix premières années est marquée par une très grande variété de sujets, de périodes et de méthodes. Ceci est le fruit de trois phénomènes : d’une part, Michel de Boüard a très probablement compris que l’« enfermement » relatif provoqué par ses choix des premières années rendait difficile son projet d’entrer à l’Université, ses échecs à Bordeaux et à Strasbourg ayant pu confirmer ce sentiment. La stratégie consistant à élargir le champ des possibles est assez nette. Ensuite, l’évolution politique du chercheur a très certainement joué : son affiliation à des lieux aussi marqués politiquement à droite que le Cercle Augustin-Cochin et la Revue des questions historiques n’a pas persisté au-delà de 1935-1936, en raison peut-être d’une inflexion contemporaine de l’historien vers la gauche ; enfin, et l’on entre là dans le problème principal du biographe, à savoir l’étude du comportement du biographé, Michel de Boüard a toute sa carrière été un homme de défi, se remettant fréquemment en cause, sans rejeter d’ailleurs son passé, n’hésitant pas à se lancer dans des domaines dans lesquels il n’est que partiellement qualifié. Cette disposition le conduit ainsi dans les années quarante et cinquante à expérimenter à Caen dans des disciplines éloignées de sa formation, en ethnographie puis en archéologie médiévale.

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Deux phases peuvent être distinguées dans l’analyse de la production scientifique de l’historien. Dans un premier temps, Michel de Boüard s’inscrit dans une école historique étroitement liée aux Chartes. Il réutilise son étude de l’encyclopédie médiévale Compendium Philosophiae pour en faire sa thèse complémentaire en 1936. On a déjà signalé que de son mémoire romain, il tire sa thèse principale, rapidement réalisée [45]  M. de Boüard, Les origines des guerres d’Italie. La... [45] . Son travail pourrait constituer un solide exemple de cette forme d’écriture de l’histoire généralement décrite comme de « l’histoire-bataille » [46]  Voir N. Offenstadt, « Histoire-bataille », dans C. Delacroix,... [46] , tant son étude des relations franco-italiennes est une chronique des moindres événements diplomatiques et militaires de cette période. Thèse médiocre, non pas de l’avis du jury de la Sorbonne qui lui accorde la mention « très honorable » mais selon son auteur lui-même, d’après les témoignages et aussi selon certaines critiques. Même les plus complaisantes, dues à des historiens proches de son père, montrent le caractère incomplet de l’étude qui exclut en effet rien moins que la dimension économique du conflit et affirme de manière rapide que le Grand Schisme n’est qu’une affaire politique. La critique la plus vive émane de Georges Bourgin, chartiste collaborant aux Annales, qui souligne l’absence de l’histoire économique de la période et considère que l’auteur ne traite même pas son sujet puisque Michel de Boüard prétendait éclairer par sa thèse les origines de la guerre d’Italie [47]  G. Bourgin, Revue des études italiennes, t. 1, octobre-décembre... [47] .

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Les productions initiales sont aussi caractérisées par le lien entre les sujets traités et les opinions de Michel de Boüard. Ainsi, l’emploi du « nous » pour désigner les Français dans sa thèse et la condamnation des erreurs des Français à cette époque reflètent bien l’attachement patriotique de l’auteur et sa préférence pour les derniers Capétiens directs au détriment des Valois. De même, l’étude de la légation Caetani menée à Rome l’amène à célébrer la figure de Sixte Quint et à valoriser Henri IV, le pape et le roi, écrivant même que son étude vaudrait aussi au plan familial en ce qu’elle convaincrait sa grand-mère ultracatholique de la bonne foi d’Henri IV dans cette affaire. En cela, Michel de Boüard est bien dans une forme d’historiographie de combat.

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C’est curieusement dans l’entreprise la plus connotée politiquement que Michel de Boüard s’affirme véritablement. Non pas lors de l’édition des Actes du gouvernement révolutionnaire, édition d’extraits d’archives recueillies par Augustin Cochin où son rôle est finalement limité à celui d’un spécialiste de textes, mais dans un petit volume paru en 1936, Abstraction révolutionnaire et réalisme catholique, où, dans une longue introduction, Michel de Boüard prend ses distances avec l’interprétation maurrassienne de Cochin, ce qui lui vaut une rupture avec le Cercle-Cochin et une critique très négative de son travail dans la Revue des questions historiques [48]  J. Gausseron, « Augustin Cochin et l’histoire sociologique »,... [48] .

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Dès lors, Michel de Boüard, en recherche d’une direction, multiplie les expériences. La première est malheureuse. Il s’agit de la prétendue découverte d’une abbaye cistercienne près de Pompéi, qui semblait pouvoir être présentée comme son premier pas dans l’archéologie médiévale : Michel et Alain de Boüard estiment en effet avoir réussi à localiser les vestiges de l’abbaye Santa Maria di Realvalle [49]  M. de Boüard, « L’Abbazia di Santa Maria di Realvalle »,... [49] , et se promettent d’en mener la fouille alors que cette localisation est connue depuis plusieurs décennies [50]  Sur l’histoire de cette déconvenue, voir notamment... [50] . Cette pseudo-découverte devait nourrir une histoire économique et sociale du Royaume de Naples au temps des Angevins qui ne sera pas écrite. Cependant, en 1938, une partie de ce travail est proposée au co-directeur des Annales d’histoire économique et sociale Marc Bloch, sous la forme d’un article, « Problèmes de subsistances dans un État médiéval » [51]  M. de Boüard, « Problèmes de subsistances dans un État... [51] . Dans une lettre conservée [52]  Lettre de Marc Bloch à Michel de Boüard, 17 mai 1938... [52] , Marc Bloch fait part à Michel de Boüard de ses réserves sur cet article comportant quelques erreurs d’interprétation des statistiques mais n’est probablement pas insensible au capital symbolique de Michel, fils d’un enseignant de l’École des chartes que Marc Bloch respecte. En publiant cet article, malgré les appréciations peu favorables adressées par Marc Bloch à Lucien Febvre [53]  Lettre CD. Marc Bloch à Lucien Febvre, 10 mai [19]38,... [53] , Michel de Boüard devient l’un des sept chartistes publiés dans les Annales avant 1939 [54]  O. Dumoulin, « Profession historien »…, op. cit., ... [54] . Signalons que la revue n’avait même pas rendu compte de sa thèse, pour mesurer le chemin parcouru en quelques mois. Après-guerre, Michel de Boüard peut se prévaloir de cette collaboration aux Annales et de cette correspondance, même furtive, avec Marc Bloch. Il poursuit au Caire dans le même axe en publiant une étude d’histoire monétaire de l’Égypte [55]  M. de Boüard, « Sur l’évolution monétaire de l’Égypte... [55] , non remarquée en France au moment de sa parution en 1939, mais saluée en 1946 par les Annales. Michel de Boüard est alors affilié à la revue de Lucien Febvre, son capital symbolique, transformé par l’expérience glorieuse de la guerre, étant désormais précieux.

35

Il est donc difficile de dégager une logique scientifique d’ensemble dans la production du jeune Michel de Boüard. Il semble que le jeune historien ait d’abord privilégié des sujets et des méthodes de recherche lui autorisant une affiliation rapide à une partie du champ de la recherche historique en France dans les années trente, avant de s’en éloigner rapidement, pour des raisons tactiques et probablement politiques. Et la dernière orientation décrite, vers l’histoire économique, ne constitue pas, on le sait, une étape décisive : la « rencontre » entre Michel de Boüard et les Annales ne marque pas la fin des pérégrinations scientifiques de l’historien.

Conclusion : de la difficulté d’être un jeune historien chartiste dans les années trente

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L’évolution décrite a-t-elle une valeur exemplaire des dynamiques du groupe socio-professionnel des chartistes? Nous avons vu que, sociologiquement, le cas de Michel de Boüard est remarquablement représentatif de ce groupe. Certes, ses bons résultats lui permettent de s’ouvrir des possibilités plus variées que le commun des chartistes et l’ambition tôt formée de rejoindre l’enseignement supérieur le distingue de la majorité de ses confrères et de ses consœurs. Son cas est aussi intéressant sur le plan scientifique : Michel de Boüard a reconnu la nécessité de s’ouvrir à d’autres conceptions de l’histoire que celles transmises pendant sa scolarité aux Chartes. L’originalité de son cas réside dans le fait qu’il a d’abord semblé défendre ces conceptions, avant d’en éprouver les limites et insuffisances.

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Le cas de Michel de Boüard est aussi, au-delà du cas des chartistes, un exemple intéressant de la situation des jeunes historiens dans les années trente, confrontés d’une part à un marché universitaire déprimé – même si sa nomination à Caen arrive relativement vite –, d’autre part à de multiples interrogations épistémologiques. De ce point de vue, le « rencentrage » que constitue l’abandon d’une « historiographie de droite » au profit d’une ouverture au renouveau paradigmatique majeur initié par les Annales d’histoire économique et sociale semble placer, pour une fois, Michel de Boüard dans la norme sociale et scientifique de son époque.

Notes

[*]

Docteur en histoire, université de Caen Basse-Normandie, F 14032 Caen.

[1]

Les chartistes dans la vie moderne : causeries faites à la Société de l’École des chartes (1931-1936), Paris, Société de l’École des chartes, 1938.

[2]

Michel de Boüard accepte de faire partie, dès sa création en 1957, de la Commission de sauvegarde de l’École des chartes, chargée de la défense du titre d’archiviste-paléographe. En 1967, il devient pour un an le président de la Société de l’École des chartes.

[3]

Les correspondances conservées notamment dans les archives du CRAHAM montrent l’importance du réseau chartiste : ainsi, Robert-Henri Bautier, Michel François et surtout Jean Hubert, professeur d’archéologie médiévale à l’École des chartes, comptent parmi les interlocuteurs privilégiés de l’archéologue.

[4]

Voir notamment le cas de l’archéologie médiévale étudié par Joëlle Burnouf dans ce même volume.

[5]

Voir G. Levi, « Les usages de la biographie », Annales Économies Sociétés Civilisations, 1989, p. 1325-1336, aux p. 1329-1330 ; et F. Dosse, Le pari biographique, Paris, La Découverte, 2005, p. 213 : « L’individu n’a alors de valeur qu’en tant qu’il illustre le collectif. Le singulier devient une entrée dans le général, révélant au lecteur le comportement moyen de catégories sociales d’un moment ».

[6]

Cette démarche d’observation du groupe par un cas individuel est rendue possible par l’existence de travaux sur le groupe considéré. Si l’ouvrage collectif de référence sur le sujet (Y.-M. Bercé, O. Guyotjeannin, M. Smith (dir.), L’École nationale des chartes, histoire de l’École depuis 1821, Thionville, G. Klopp, 1997) fournit davantage d’informations sur l’établissement que sur les élèves archivistes-paléographes, les travaux d’Olivier Dumoulin envisagent l’étude sociologique des chartistes. Voir principalement O. Dumoulin, Profession historien, 1919-1939 ; un « métier » en crise, thèse pour le doctorat de 3e cycle, EHESS, 1983.

[7]

Si son parcours fait l’objet d’un chapitre dans notre thèse inédite, on doit jusqu’à présent se contenter de deux bonnes nécrologies d’Alain de Boüard, rédigées par des confrères : M. François, « Alain de Boüard », Le Moyen Âge, 1955, p. 275-279 ; C. Brunel, « Alain de Boüard », Bibliothèque de l’École des chartes, 1955, t. 113, p. 346-348.

[8]

B. Joly, « Les chartistes et la politique », dans L’École nationale des chartes…, op. cit., p. 169-178, p. 175.

[9]

Selon l’expression idoine de G. Dupont-Ferrier, « Maurice Prou », Bibliothèque de l’École des chartes, 91, 1930, p. 381-389, p. 386.

[10]

O. Dumoulin, « Histoire et historiens de droite », dans J.-F. Sirinelli (dir.), Histoire des droites en France, 3 vol., Paris, 1992, t. 2, Cultures, p. 327-398, p. 361.

[11]

Le jeune élève archiviste-paléographe signe dans L’Écho de Paris du 9 février 1927 un texte dénonçant les accords de Locarno et les projets de rapprochement avec l’Allemagne défendus alors par Aristide Briand, ce qui constitue, sauf oubli de notre part, sa première prise de position politique publique.

[12]

O. Dumoulin, Profession historien…, op. cit., p. 80.

[13]

On connaît notamment la polémique ouverte par Lucien Febvre avec le chartiste Henri Jassemin : L. Febvre, « Comptabilité et chambre des comptes », Annales d’histoire économique et sociale, 6e année, n° 26, 1934, p. 148-153.

[14]

Arrêté du ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts, 13 novembre 1926, Arch. Nat., F 1713607 ; dossier d’élève de Michel de Boüard, archives de l’École des chartes. Bibliothèque de l’École des chartes, t. 87, 1926, p. 428-429.

[15]

Cette correspondance est conservée à la bibliothèque municipale de Sens (Yonne) et comprend une cinquantaine de lettres et cartes d’Alain de Boüard. Merci à Michèle Degrave, alors conservateur en chef de l’établissement.

[16]

Lettre de Michel de Boüard à Maurice Prou, 21 avril [1930], Bib. mun. Sens, archives Maurice Prou. Par ailleurs, pendant la scolarité de Michel, Alain de Boüard ne manque pas d’associer son fils aux interminables formules de politesse dont il agrémente chacun de ses envois.

[17]

Lettre de Maurice Jusselin à Maurice Prou, 30 mai 1927, Bib. mun. Sens, archives Maurice Prou. Le patronyme complet de la famille est « de Boüard de Laforest ».

[18]

Voir R. Martin du Gard, Souvenirs autobiographiques et littéraires, Œuvres complètes, t. 1, Paris, Gallimard, « Pléiade », 1955, p. XLVII-XLIX.

[19]

R Martin du Gard, Devenir [1908], Ibid, p. 17.

[20]

Ibid.

[21]

O. Dumoulin, Profession historien…, op cit., p. 28.

[22]

Ibid, p. 64, note 38 : l’auteur cite les cas des « dynastes » Lot, Le Cacheux, Thiollier, Royer, Oursel, de Boüard, Gandilhon, Lecureux et Waquet.

[23]

Le dossier d’élève de l’épouse de Michel de Boüard conservé à l’École des chartes est malheureusement quasiment vide.

[24]

O. Dumoulin, Profession historien…, op. cit., p. 32.

[25]

Dossier d’élève de Michel de Boüard, archives de l’École des chartes, et Arch. Nat., F 17 13607.

[26]

Voir O. Guyotjeannin, « Les thèses de 1916 à 1996 », dans L’École nationale des chartes, op. cit., p. 106-111, p. 110.

[27]

Voir M. de Boüard, « Une encyclopédie jusqu’à présent inconnue : le Compendium philosophiae (xiiie siècle), Étude sur le genre encyclopédique au Moyen Âge », École nationale des Chartes, Positions des thèses soutenues par les élèves de la promotion de 1930 pour obtenir le diplôme d’archiviste-paléographe, Paris, PUF, 1930, p. 19-26.

[28]

Jacqueline Mady (1905-1970) devint une archiviste importante, étant notamment la première responsable de la section des archives contemporaines aux Archives nationales.

[29]

M. de Boüard, « Encyclopédies médiévales. Sur la "Connaissance de la nature et du monde" au Moyen Âge », Revue des questions historiques, t. 112, 1930, p. 258-304, p. 293.

[30]

M. de Boüard, « Une encyclopédie médiévale jusqu’à présent inconnue, le Compendium philosophiae », Revue thomiste, t. 15, 1932, p. 118-143 et p. 301-330. Nous avons travaillé sur un tiré à part de ces articles probablement déposé par Michel de Boüard lui-même à la bibliothèque de l’École française de Rome.

[31]

Ibid., p. 45 (tiré à part).

[32]

Michel de Boüard est, au début des années trente, passionné par la question du néo-thomisme, et le débat sur l’existence d’une philosophie chrétienne, qui oppose alors Jacques Maritain et Étienne Gilson à Émile Bréhier.

[33]

M. de Boüard, « La mort de Grégoire XIII, d’après un récit inédit de son médecin », Revue historique, t. 168, 1931, p. 91-97 ; Ibid., « Sixte Quint, Henri IV et la Ligue. La légation du cardinal Caetani en France (1589-1590) », Revue des questions historiques, t. 116, janvier 1932, p. 59-140.

[34]

A. de Boüard, Le régime politique et les institutions de Rome au Moyen Âge, 1252-1347, Paris, E. de Boccard, 1920 (Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome, 118).

[35]

La première allusion à la transformation du mémoire de l’École française de Rome en thèse figure dans une lettre adressée par Michel de Boüard à ses parents au printemps 1931 (Archives familiales).

[36]

Augustin Cochin (1876-1916), fils de l’homme politique conservateur Denys Cochin, archiviste-paléographe, a consacré l’essentiel de ses recherches à la question de l’activité des « sociétés de pensée » avant et pendant la Révolution française. Il a été « redécouvert » grâce à François Furet qui lui consacre une longue étude dans Penser la Révolution française ; François Furet, « Augustin Cochin : la théorie du jacobinisme », Penser la Révolution, Paris, Gallimard, 1978, p. 212-259.

[37]

Sur cette structure et plus généralement sur Cochin, voir F. E. Schrader, Augustin Cochin et la République française, Paris, Seuil, L’Univers historique, 1992.

[38]

J. Charpy, « Barthélemy-A. Pocquet du Haut-Jussé (1891-1988) », Bibliothèque de l’École des chartes, t. 147, 1989, p. 673-675. Fils d’un historien, chartiste, membre de l’École française de Rome, et collaborateur de la Revue des questions historiques et de la Revue d’histoire de l’Église de France, Pocquet du Haut-Jussé enseigne à l’université de Dijon dans les années trente, puis à Rennes.

[39]

Alain de Boüard avait enseigné à l’Institut catholique de Paris de 1906 à 1923. Les archives du cardinal Alfred Baudrillart, recteur de l’Institut, montrent les liens très forts établis par Alain de Boüard avec l’institution. En 1934, Michel de Boüard sollicite le cardinal à deux reprises au moins (Archives de l’ICP).

[40]

Cette partie du parcours de Michel de Boüard a pu être précisément retracée grâce aux archives diplomatiques françaises conservées à Nantes, notamment les archives du consulat de Naples, de l’ambassade au Caire et du service des œuvres françaises à l’étranger. Merci à Jérôme Cras. Sur l’université du Caire, voir D. M. Reid, Cairo University and the making of modern Egypt, Cambridge, Cambridge University Press, 1990.

[41]

Léonard avait d’ailleurs été remplacé à Naples par Michel de Boüard en 1934, après sa nomination à Caen.

[42]

Lettre d’Alphonse Dupront à Jean Marx, 30 mai 1937, SOFE 329 : Institut français de Bucarest (1936-1940), Centre des archives diplomatiques de Nantes.

[43]

Henri-Irénée Marrou ayant démissionné pour rejoindre la faculté des Lettres de Nancy, le doyen de la faculté des Lettres de l’université du Caire, Taha Hussein s’agace de ce comportement et Michel de Boüard est vivement encouragé par les autorités françaises à demeurer au Caire et donc à renoncer, la mort dans l’âme, au poste à Clermont.

[44]

R. Fossier, « Michel de Boüard (1909-1989) », Bibliothèque de l’École des chartes, t. 148, vol. 2., 1990, p. 511-513, p. 511.

[45]

M. de Boüard, Les origines des guerres d’Italie. La France et l’Italie au temps du Grand Schisme d’Occident, Paris, Éditions de Boccard, 1936.

[46]

Voir N. Offenstadt, « Histoire-bataille », dans C. Delacroix, F. Dosse, P. Garcia et N. Offenstadt (dir.), Historiographies, concepts et débats, Paris, Gallimard, « Folio histoire », p. 162-169.

[47]

G. Bourgin, Revue des études italiennes, t. 1, octobre-décembre 1936, p. 435-437.

[48]

J. Gausseron, « Augustin Cochin et l’histoire sociologique », Revue des questions historiques, 64e année, septembre 1936, p. 102-104.

[49]

M. de Boüard, « L’Abbazia di Santa Maria di Realvalle », Rendiconti della Reale Accademia di Archeologia, Lettere ed Arti, 1937, vol. XV, p. 147-153.

[50]

Sur l’histoire de cette déconvenue, voir notamment M. L. de Sanctis, « L’abbazia di Santa Maria di Realvalle : una fondazione cistercense di Carlo I d’Angiò », Arte medievale, 1, 1993, anno VII, p. 153-196, p. 191.

[51]

M. de Boüard, « Problèmes de subsistances dans un État médiéval : le marché et les prix des céréales au royaume angevin de Sicile (1266-1282) », Annales d’histoire économique et sociale, 10e année, 1938, p. 483-501.

[52]

Lettre de Marc Bloch à Michel de Boüard, 17 mai 1938 (Archives familiales).

[53]

Lettre CD. Marc Bloch à Lucien Febvre, 10 mai [19]38, dans M. Bloch, L. Febvre, Correspondance, t. III, Les Annales en crise, 1938-1943, édition établie, présentée et annotée par B. Müller (Éd.), Paris, Fayard, 2003, p. 11.

[54]

O. Dumoulin, « Profession historien »…, op. cit., p. 320.

[55]

M. de Boüard, « Sur l’évolution monétaire de l’Égypte médiévale », L’Égypte contemporaine, t. XXX, 1939, p. 427-459.

Résumé

Français

L’étude porte sur une phase méconnue du parcours de Michel de Boüard, celle précédant l’arrivée de l’historien à l’université de Caen en 1940. Fils d’un professeur à l’École des chartes, Michel de Boüard devient lui-même archiviste-paléographe en 1930. Cet article souligne les caractéristiques scientifiques et politiques spécifiques du milieu dans lequel Michel de Boüard a alors évolué, et étudie les modalités par lesquelles le jeune historien est « sorti » de cet héritage marquant, élargissant ses recherches aux domaines de l’histoire économique et de l’archéologie médiévale.

Mots-clés

  • Boüard (de), Michel
  • École française de Rome
  • École nationale des chartes
  • historiographie, France, xxe siècle
  • Annales d’histoire économique et sociale

English

Michel de Boüard, « A chartist in the modern world » (1926-1940)This article considers a little known aspect of Michel de Boüard’s career before he became a history professor at Caen University in 1940. Son of a recognized medieval scholar, he became an archivist and palaeographer in 1930. The intellectual and political milieu of the time are analysed to understand how the young historian freed himself from this heritage to research economic history and medieval archaeology.

Keywords

  • Boüard (de), Michel
  • École française de Rome
  • École nationale des chartes
  • 20th Century French historiography
  • Annales d’histoire économique et sociale

Plan de l'article

  1. Une formation à l’École des chartes
    1. L’École des chartes dans l’entre-deux guerres
    2. L’entrée de Michel de Boüard à l’École des chartes
    3. Un chartiste archétypal ?
    4. La première recherche historique de Michel de Boüard : la thèse des Chartes
  2. Une entame de carrière exemplaire (1930-1940) ?
    1. De Rome au Caire (1930-1940)
    2. Une production scientifique sans ligne directrice
  3. Conclusion : de la difficulté d’être un jeune historien chartiste dans les années trente

Pour citer cet article

Hamelin Bertrand, « Michel de Boüard, un " chartiste dans la vie moderne " (1926-1940) », Annales de Normandie, 1/2012 (62e année), p. 11-27.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2012-1-page-11.htm
DOI : 10.3917/annor.621.0011


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