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Annales de Normandie

2012/1 (62e année)


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Pour des générations d’étudiants caennais, le « doyen » Michel de Boüard apparaissait comme un personnage quasi mythique. Largement connue, sa participation à la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, comme sa déportation en Allemagne, lui conféraient une aura toute particulière. L’homme suscitait autant d’admiration et de respect qu’il impressionnait.

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Michel de Boüard s’est assez peu exprimé sur cette période pourtant cruciale de sa vie, ne laissant que de rares écrits sur « sa » résistance, ce qui nous incita, il y a plus d’un quart de siècle, alors que nous entamions des recherches sur la période de l’Occupation dans le Calvados, à l’interroger sur ce point. Cette contribution repose assez largement sur son témoignage [1][1] Michel de Boüard nous a livré son témoignage au cours..., croisé avec celui de ses camarades de résistance et quelques documents d’archives.

L’Occupation : Michel de Boüard découvre Caen et son université

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Après avoir enseigné quelques semaines au lycée Janson-de-Sailly à Paris [2][2] Michel de Boüard est mobilisé en 1939 mais placé dans..., Michel de Boüard est affecté en décembre 1940 à la faculté des Lettres de Caen, comme chargé d’enseignement [3][3] Michel de Boüard devient professeur en 1942. pour la chaire d’Histoire de la Normandie [4][4] La chaire d’Histoire de la Normandie a été créée en..., jusqu’alors occupée par Émile-Guillaume Léonard, surtout connu comme spécialiste du protestantisme, qui vient d’être muté à Aix-en-Provence.

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Il découvre alors une petite université de province (dont l’existence était d’ailleurs en balance à la veille de la guerre), comptant autour d’un petit millier d’étudiants [5][5] À Caen même, le nombre des étudiants atteint à peine... et 70 enseignants. L’enseignement de l’Histoire est alors assuré par trois personnes en tout et pour tout : Yves Béquignon pour l’histoire ancienne, Michel de Boüard pour l’histoire de la Normandie et du Moyen Âge, Henry Contamine pour l’histoire moderne et contemporaine. Michel de Boüard s’intègre au petit milieu des notables caennais, comme c’était le cas à l’époque de la plupart des enseignants de l’université. Il ne tarde pas, par ailleurs, à s’affilier aux incontournables sociétés savantes [6][6] Sur ce point, voir la thèse de B. Hamelin, Singulier....

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Or cet homme que tout semblait, a priori, plutôt disposer à mener une existence bien rangée et studieuse va s’engager résolument dans la résistance à l’occupant allemand ; et ils ne furent pas particulièrement nombreux à agir ainsi dans le milieu universitaire caennais où les idées pétainistes voire pour certains franchement collaborationnistes, sans être dominantes, étaient loin d’être absentes [7][7] On peut citer à cet égard le bibliothécaire de l’université,....

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Cependant, dès son arrivée, Michel de Boüard est fortement marqué par quelques fortes personnalités qui ne partagent guère ces positions. En premier lieu, le recteur Pierre Daure [8][8] En charge de l’académie de Caen depuis 1937, Pierre... dont il loue l’attitude exemplaire :

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« Je me rappelle une réunion à laquelle étaient invités les chefs des principaux services de la préfecture, avec le préfet lui-même, ainsi que le Premier président de la Cour d’appel, les présidents de chambre et le procureur général. On s’entassait dans une petite salle au rez-de-chaussée. C’était le 2 février 1941 ; je n’ai pas oublié cette date car le nouveau venu que j’étais à Caen fut admirativement stupéfait d’entendre le recteur Pierre Daure affirmer très posément devant ces officiels, dans une ville où l’occupation allemande était fort dense, sa foi en la victoire finale de la France et de ses alliés. Il avait, dès les premières heures de l’Occupation, par ses actes et ses paroles, donné l’exemple de la Résistance » [9][9] M. de Boüard, « Heurs et malheurs de l’université de....

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Michel de Boüard voue la même admiration au doyen de la faculté des Lettres, René Musset, arrêté en mai 1942 et déporté, en raison des opinions anglophiles qu’il laissait assez clairement transparaître dans ses cours de géographie [10][10] Il expliquait notamment que la puissance navale de....

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C’est au cours de l’année 1942 que la vie de Michel de Boüard bascule avec son entrée dans la Résistance [11][11] À plusieurs reprises, Michel de Boüard a évoqué ce....

L’entrée en Résistance

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Auparavant, dès 1941, il s’était déjà trouvé en contact, au gré de circonstances diverses, avec des hommes ou des femmes appartenant à la Résistance ; une certaine Madame Vauclin, qui travaillait pour l’Intelligence Service ; son agent d’assurances, Monsieur Isorey ou encore l’artisan peintre René Duchez qui appartenaient l’un et l’autre à l’Armée des volontaires [12][12] Préfiguration de l’Organisation Civile et Militaire... ; puis d’autres membres de la même organisation, rencontrés au domicile de Pierre Daure. Mais rien ne se concrétisa alors.

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Les choses se précipitent en 1942. À l’occasion de la fête de Jeanne d’Arc, en mai, le gouvernement de Vichy a envoyé des instructions demandant à tous les enseignants, du primaire au supérieur, de faire un cours consacré à l’ennemie des Anglais. Comme d’autres, Michel de Boüard détourne totalement le message en évoquant, lui, l’héroïne de la résistance à l’occupant, dans des termes qui ne laissent nulle place au doute quant à ses sentiments personnels. Il raconte lui-même la suite :

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« Le soir, je vois venir chez moi un garçon, Manuel Leprévost de la Moissonnière. Il me dit : “Monsieur, si l’on a bien compris, vous n’êtes pas… ?” Je dis : “Non, pas du tout !” Il poursuit : “Voilà, nous sommes quelques-uns qui nous concertons. Est-ce qu’on pourrait faire quelque chose ?”. Alors, on a commencé, de manière un petit peu informelle ».

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Quelques mois plus tard, Michel de Boüard reçoit la visite d’un autre de ses étudiants, Raymond Pierre [13][13] Témoignage de Raymond Pierre, alors étudiant en Histoire,... qui, lui, appartient à une organisation de résistance, le Front national (FN), et lui propose d’y adhérer. À cette fin, un rendez-vous est pris avec la responsable du Front patriotique de la Jeunesse, Gisèle Guillemot, secrétaire au service du Ravitaillement.

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Celle-ci se souvient de cette rencontre particulièrement marquante pour elle :

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« C’était chez lui. J’étais un peu impressionnée. J’avais 19 ans à peine ; moi pas forcément une intellectuelle et lui professeur d’Histoire à l’université. C’était assez impressionnant, d’autant que j’étais un peu timide à l’époque » [14][14] Témoignage de Gisèle Guillemot, recueilli le 8 février....

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Quelques temps plus tard, Gisèle Guillemot met en contact Michel de Boüard avec ses chefs, Marius Sire, un ouvrier de la Somme, et Joseph Étienne, ancien contremaître d’une usine de textile de Lisieux, tous deux membres du trio de direction du Parti communiste clandestin du Calvados [15][15] Sur l’action de ces deux hommes, voir : J. Quellien,.... À l’issue de cet entretien, Michel de Boüard accepte d’entrer au Front national. La date est quelque peu incertaine, mais se situe vraisemblablement entre la fin de l’année 1942 et le début de l’année suivante [16][16] Dans son dossier, établi après guerre en vue de l’obtention....

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Le Front national est un mouvement de résistance créé par le Parti communiste au printemps 1941, mais ouvert aux non communistes de toutes obédiences politiques ou religieuses. Il est certain que cette volonté d’ouverture, d’une part, comme la personnalité complexe de Michel de Boüard, d’autre part, n’ont pas été étrangères à son adhésion à cette organisation.

L’action de Michel de Boüard dans la Résistance

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Voici donc Michel de Boüard engagé dans la Résistance, sous le pseudonyme de « Marc » ou parfois de « Leforestier » [17][17] Ce pseudonyme n’est certainement pas étranger au patronyme.... Son action va en partie se développer dans un monde qu’il connaît bien, celui de l’université. Il parviendra à recruter quelques collègues, essentiellement en Médecine comme les docteurs Bonnet, professeur d’obstétrique, ou le docteur Neyreneuf, professeur d’anatomie, ainsi que quelques dizaines d’étudiants, principalement en Lettres (notamment en Histoire) [18][18] Maurice Eude, étudiant en histoire, a raconté les circonstances... et en Médecine.

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Mais Michel de Boüard fait partie d’une organisation dont le champ d’action déborde largement du petit périmètre et du milieu confiné de l’université. Dès lors, c’est la rencontre avec des hommes et des agissements qui lui étaient étrangers.

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Le notable, l’intellectuel, est désormais en contact régulier avec des gens du peuple, des ouvriers ou employés qui constituent le gros des troupes du Front national [19][19] La proportion des ouvriers au sein du Front national.... Parfois, cette rencontre entre deux mondes bien différents peut prendre un tour cocasse. Après son arrestation, Michel de Boüard se retrouvera ainsi à la maison d’arrêt de Caen, où il partagera sa cellule avec Henri Neveu, un cheminot communiste, responsable du FN de la gare de Caen. Pour passer le temps, les deux hommes se livrent à des parties de bataille navale ou de morpion, plus ou moins imposées par Henri Neveu. De son côté, Michel de Boüard tente d’initier son compagnon d’infortune à la vie des saints et au mystère du saint suaire. Ce qui lui vaut cette remarque cinglante : « Mais enfin Michel, tu crois vraiment à toutes ces conneries ? » [20][20] Entretien avec Henri Neveu, responsable du Front national....

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Michel de Boüard ne cessait de manifester son admiration pour ces hommes et ces femmes d’un tout autre milieu que le sien et qui, pour la plupart, poussèrent leur engagement jusqu’à la mort. De Marius Sire, l’homme qui l’avait fait entrer au Front national, fusillé en août 1943, il dit : « Un type courageux, un peu hâbleur, mais assez séduisant » ; à propos de Marius Dutriaux, un ouvrier de l’Oise, autre membre de la direction départementale du PC, abattu par la Gestapo sur une route de l’Eure lors d’une pseudo tentative d’évasion : « C’était un type très séduisant. Un peu frustre autant que j’ai pu le voir. Extrêmement courageux ». Il ajoutait encore : « Si je passais en revue les camarades qui ont eu des responsabilités importantes et que j’ai connus, c’était tous des types formidables, des types magnifiques ».

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D’aucuns, après son arrestation, ne manquèrent pas de crier à la trahison de classe. Ce qu’observe à l’époque un jeune pensionnaire de l’Institution Saint-Joseph à Caen, nommé Emmanuel Le Roy Ladurie :

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« L’arrestation par les Allemands d’un professeur de faculté, Michel de Boüard, membre du Parti communiste et résistant, fut déchiffrée par divers élèves comme une sorte de hold-up terminé par l’arrestation du coupable ; un universitaire qu’on voyait régulièrement communier à la messe du dimanche avec un gros missel s’était fait prendre par les forces policières dans une situation où un homme de son milieu social n’aurait pas dû normalement se trouver pour peu qu’il eût le souci de sa réputation » [21][21] E. Le Roy Ladurie, Paris-Montpellier, PC-PSU, 1945-1982,....

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Après la guerre, Michel de Boüard fut le plus souvent présenté comme l’ancien responsable du Front national dans le Calvados. Comme nous l’interrogions sur ce sujet, il nous répondit, à notre grand étonnement :

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« Alors moi, qu’est-ce que je faisais là-dedans ? Je me suis posé la question. Je n’ai jamais été responsable du Front national. Je n’étais pas illégal ; je n’étais pas appointé par le parti. Il se trouve que ma situation, les relations que j’avais, le fait que j’étais connu ont été une recommandation si vous voulez. J’ai été mêlé à une quantité de choses et amené quelquefois à prendre des responsabilités, sans avoir vraiment de place dans les structures ».

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C’est ainsi qu’il héberge régulièrement à son domicile des chefs importants de la résistance communiste, tel Robert Agnias (« Laurence ») responsable du Front national pour la Normandie et la Picardie. Tel aussi René Poirot [22][22] Voir sa biographie dans : J. Maitron (dir.), Dictionnaire... (« Alain »), interrégional du Parti communiste. C’est d’ailleurs ce dernier qui convainc Michel de Boüard d’adhérer au Parti, aux dires de l’intéressé, en novembre 1942 [23][23] Comme pour son entrée au sein du Front national, la....

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S’il devient un homme clé au sein du Front national du Calvados, ce n’est donc pas à une responsabilité « structurelle » qu’il le doit mais à une sorte de magistère émanant de sa forte personnalité. En raison aussi du respect, voire de l’admiration que lui vouent la plupart de ses camarades : « C’était un homme merveilleux », dira de lui le cheminot Henri Neveu.

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Assez naturellement, Michel de Boüard se voit confier par ses camarades la responsabilité du journal clandestin du Front national, Calvados Libre, feuille devenue d’autant plus mythique qu’aucun exemplaire n’est parvenu jusqu’à nous [24][24] À défaut de l’original, une reproduction du contenu.... En a-t-il été le fondateur comme on l’a souvent dit et écrit ? Ce n’est pas certain et la question reste en suspens [25][25] Selon Gisèle Guillemot (entretien du 8 février 1985),....

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Quoi qu’il en soit, Michel de Boüard en assure bien la direction. Il avait d’ailleurs résolu de donner à ce qui n’était jusqu’alors qu’une simple feuille ronéotée l’allure d’un véritable journal. Trop tard cependant :

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« Nous avions pensé à acheter nous-mêmes des plombs et composer le journal, comme on le faisait jadis, lettre par lettre. Je suis allé chez un type un peu margoulin, rue des Boulets à Paris. Cela a été l’une de mes dernières démarches avant mon arrestation. L’opération s’est faite, nous avons eu les caractères et ils ont été entreposés à la morgue de l’hôpital de Caen. Quand l’hôpital a été bombardé, on n’a retrouvé que des dégoulinures de plomb fondu ».

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Michel de Boüard est par ailleurs à l’origine de la création du Comité de Libération clandestin du Calvados [26][26] Correspondant départemental, au lendemain de la guerre,.... On sait que Jean Moulin avait mis sur pied à Paris, en mai 1943, le Conseil National de la Résistance, qui regroupait les principaux mouvements de résistance, mais aussi les partis politiques et les organisations syndicales. Le CNR avait décidé d’implanter des structures du même type, les Comités de Libération, dans chaque département. Si le Calvados est sans doute l’un des premiers en France à en avoir été pourvu, c’est assurément à l’action de Michel de Boüard qu’on le doit. Faisant jouer le large éventail de ses relations au niveau local comme au niveau national, il parvient, après plusieurs mois de tractations, à constituer le CDL dont la première réunion clandestine a lieu à Caen en octobre 1943. Quatre autres réunions [27][27] Les procès verbaux du CDL du Calvados sont conservés... se tiendront jusqu’en décembre, soit dans un café, soit à la morgue de l’école de Médecine, rue Vaubenard, mise à disposition par le docteur Neyreneuf. Le Front national y est représenté tantôt par son responsable en titre, Bernard Gilles, dit « Julien », un étudiant en philosophie originaire de Rouen, soit par Michel de Boüard lui-même.

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Mais l’intellectuel se mue parfois en homme d’action, n’hésitant pas à prêter main forte, sur le terrain, à ses camarades des Francs-Tireurs et Partisans (FTP), la branche armée du Front national. Ainsi, dans la nuit du 10 au 11 novembre 1943, il fait les rues de Caen, pourtant sillonnées par des patrouilles allemandes, pour coller sur les murs des papillons appelant à manifester le lendemain devant le monument aux morts.

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Pour la circonstance, il est accompagné par une jeune recrue des FTP, un certain Marcel Morel, qui devait être un mois plus tard le responsable du démantèlement quasi total de la résistance communiste dans le Calvados. « Quand on destinait quelqu’un à combattre dans les FTP », explique Michel de Boüard, « on essayait quand même de vérifier qu’il avait des aptitudes. Le petit Morel m’avait fait plutôt une bonne impression. Une seule chose m’avait intrigué, c’est qu’il avait très envie de savoir qui j’étais. À un moment, je n’avais pas de cigarettes sur moi. Je lui dis de m’attendre, j’allais en chercher à la maison. Il a tout fait pour venir avec moi ».

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Un autre jour, on voit Michel de Boüard se livrer à un audacieux coup de main pour récupérer des papiers compromettants abandonnés, dans la chambre qu’il occupait, par le responsable départemental des FTP, Jean Guest [28][28] Jean Guest, originaire du Havre, a été recruté par..., contraint de prendre la fuite précipitamment. « Ce fut », confesse-t-il, « l’un des jours où j’ai eu le plus chaud de ma vie. Comment n’y avait-il pas déjà une souricière en place ? Les Allemands auraient pu savoir qu’il habitait là. Ils auraient dû mettre une garde. Quand je suis entré dans cette maison, j’avais le doigt sur la gâchette. Je m’attendais à être obligé de livrer combat. Mais il n’y avait personne. Alors, j’ai pris ses bagages et je suis parti au galop. J’avais mis mon vélo, le cale-pied bien calé sur le bord du trottoir ».

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Michel de Boüard était armé ; il possédait deux pistolets et pouvait donc être amené à s’en servir un jour. Questionné à ce sujet, il répondit :

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« Vous me direz que pour un résistant c’est bizarre ; mais c’est comme cela, je n’accepte pas la peine de mort. Évidemment, en temps de guerre, la question se pose en d’autres termes, mais… Je n’ai jamais tué personne et si je m’étais trouvé dans le cas de le faire, je ne sais pas ce que j’aurais fait… ».

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Or précisément, Michel de Boüard allait être mêlé à un épisode tragique, qui fut sans doute l’un des plus pénibles de sa vie et laissa en lui une profonde cicatrice morale. Dans la nuit du 13 au 14 novembre 1943, un petit commando a décidé de pénétrer dans les locaux des Galeries Lafayette afin d’y dérober des machines à écrire destinées à frapper les tracts. À sa tête, Bernard Gilles (« Julien »), responsable départemental du Front national, accompagné de Michel de Boüard, du jeune Marcel Morel et de Paulette Vallerie, une ancienne employée des Galeries qui s’est assurée au préalable de la complicité du veilleur de nuit. Las, c’est un autre homme qui est là lorsque le commando frappe à la porte. Croyant à un hold-up, il se défend avec sa lampe tempête en faisant de grands moulinets qui atteignent Bernard Gilles à la tempe. Celui-ci sort le pistolet que lui a prêté Michel de Boüard. Dans la mêlée, un coup part, tuant net le veilleur de nuit, touché en pleine tête [29][29] Nous entretenant un jour de cette pénible affaire,....

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Restée quelques temps mystérieuse, « l’affaire des Galeries Lafayette » éclatera au grand jour quelques semaines plus tard dans la presse collaborationniste qui en fera ses « choux gras », en publiant des articles particulièrement haineux. Le journal Ouest-Éclair se montre particulièrement virulent pour dénoncer les agissements du « groupe communo-terroriste » qui vient d’être démantelé par la police allemande et le nom de Michel de Boüard, « professeur d’Histoire à l’université », est largement mis en avant [30][30] Après la Libération, Michel de Boüard, dans un article.... Ces « révélations » n’interviendront qu’après son arrestation et celle de ses camarades.

L’arrestation de Michel de Boüard

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Pour venir en aide aux réfractaires au STO, de plus en plus nombreux, la résistance communiste multiplie, depuis l’été 1943, les coups de main contre les mairies afin d’y dérober des tickets d’alimentation. C’est ainsi que le 25 novembre, Marius Dutriaux et Marcel Morel « attaquent » la mairie de Villers-Bocage, après s’être assurés toutefois de la connivence de la secrétaire de mairie. Mais contrairement à toutes les instructions, Morel a gardé pour lui une partie du butin afin de le revendre au plus offrant. Il est pris la main dans le sac au début du mois de décembre lors d’une descente de police dans un café de la rue Saint-Jean, avec sur lui quelques feuilles de tickets portant sur la bande le cachet de la mairie de Villers-Bocage.

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Livré à la police allemande, il craque totalement et avoue tout ce qu’il sait. Il reconnaît avoir participé à l’affaire de Villers-Bocage, mais aussi à celle des Galeries et donne de nombreux noms. Plus grave encore, il indique à la Gestapo l’un des lieux de rendez-vous habituels des responsables communistes, le café Guérin, rue de Vaucelles, où il est lui-même hébergé comme pensionnaire. Le 10 décembre 1943, les Allemands tendent une souricière dans laquelle vont tomber en quelques jours, tour à tour, presque tous les responsables du Parti communiste, du Front national et des FTP.

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Michel de Boüard échappe de justesse au piège. Alors qu’il revient de la gare avec Marius Dutriaux, il décline la proposition de venir boire l’apéritif au café Guérin. Mais ce n’est que partie remise. Le lendemain, 11 décembre, vers midi, la police allemande, mettant à profit les indications données par Marcel Morel, se présente à son domicile et l’arrête [31][31] Le service de renseignement (1c) du LXXXIVe corps d’armée....

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Comme ses camarades, Michel de Boüard est conduit rue des Jacobins, siège de la Gestapo. Le premier contact est brutal. Un nommé « Walther », connu pour sa violence, commence par lui écraser les pieds et lui administrer une gifle magistrale. La suite est moins habituelle.

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L’instruction du dossier de Boüard est bientôt confiée au sous-chef de la Gestapo, dit « Charles ». Or cet homme, qui se nomme Karl Zaumseil, est dans le civil professeur d’Histoire à Magdebourg ; ce qui crée des liens assez particuliers que Michel de Boüard raconte ainsi :

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« Le type qui a dirigé mes interrogatoires était très différent des autres et n’avait pas du tout l’esprit SS. Je le sentais constamment inquiet de savoir si je ne le prenais pas pour une brute. Il jouait au gentilhomme avec moi. Il m’a dit un jour : “Monsieur, je suis un officier allemand qui défend la sécurité de ses camarades”… Je ne me souviens plus très bien qui m’a dit que quelqu’un de la police allemande avait tenu au préfet de l’époque, qui s’était probablement enquis de mon sort, des propos assez sympathiques à mon égard […]. En tout cas, lorsque les dossiers sont montés à Paris, ils ne m’ont pas raté. J’ai été classé Nacht und Nebel comme les copains ».

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C’est ce même Karl Zaumseil qui fera remettre une bible à Michel de Boüard, alors qu’il était à la maison d’arrêt… et ira parfois plus loin encore : « Quand il a su que j’allais être déporté, il a organisé une rencontre avec ma femme et nous a laissés seuls » [32][32] « Il y a quarante ans : la Résistance à Caen », Liberté.... Les deux hommes resteront en contact, au moins un temps, après la guerre. Une sorte de connivence sociale entre ennemis donc, qui n’est pas sans rappeler celle qu’évoque Jean Renoir dans La grande illusion, entre le commandant von Rauffenstein (Eric von Stroheim) et l’un des prisonniers dont il a la charge, le capitaine de Boëldieu (Pierre Fresnay).

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*

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Le 15 février 1944, Michel de Boüard et ses camarades sont transférés de la maison d’arrêt jusqu’à la gare de Caen. Il apprendra, beaucoup plus tard, qu’un commando de FTP avait vainement projeté de les délivrer en attaquant les fourgons cellulaires en cours de route [33][33] Les cinq hommes du commando sont arrêtés par la police....

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Après quelques semaines passées au camp de Compiègne, Michel de Boüard fait partie du convoi qui s’ébranle le 21 mars en direction de l’Allemagne. À l’expérience de la Résistance, succède celle de la déportation ; incontestablement deux périodes décisives dans la vie si riche et si bien remplie de cet homme.

Notes

[*]

Professeur émérite d’histoire contemporaine, CRHQ, UMR 6583, université de Caen Basse-Normandie, F 14032 Caen.

[1]

Michel de Boüard nous a livré son témoignage au cours de l’année 1985, lors d’une série d’entretiens dont la plupart ont été enregistrés par nos soins. Sauf indications contraires, les propos reproduits ici en sont extraits.

[2]

Michel de Boüard est mobilisé en 1939 mais placé dans la position « sans affectation » comme père de famille nombreuse. En juin 1940, lors de la débâcle, avec les siens, il quitte Fontenay-sous-Bois pour se réfugier à Moulins, dans l’Allier. Il rejoint la capitale à l’automne. Dans l’attente d’une nomination à l’université, Michel de Boüard est détaché au lycée Janson-de-Sailly début novembre.

[3]

Michel de Boüard devient professeur en 1942.

[4]

La chaire d’Histoire de la Normandie a été créée en 1901, avec la participation financière de la ville de Caen. Elle a d’abord été occupée par Henri Prentout.

[5]

À Caen même, le nombre des étudiants atteint à peine 800 ; les autres suivent les enseignements (Médecine, Pharmacie, Sciences, Lettres et Droit) dispensés à Rouen mais administrativement rattachés à l’université de Caen.

[6]

Sur ce point, voir la thèse de B. Hamelin, Singulier et pluriel : Michel de Boüard, Université de Caen Basse-Normandie, 2011, p. 187-232.

[7]

On peut citer à cet égard le bibliothécaire de l’université, Claude Vacher de Lapouge (lié au Commissariat aux questions juives) ou deux professeurs de Sciences : Louis Mercier, directeur du laboratoire maritime de Luc-sur-Mer (membre du mouvement Collaboration) ou Ludovic Zoretti (proche de Marcel Déat et fondateur de la section calvadosienne du RNP).

[8]

En charge de l’académie de Caen depuis 1937, Pierre Daure n’hésitait pas à montrer son hostilité envers l’occupant et le régime du maréchal Pétain. Comme le délégué départemental à l’Information lui reprochait son laxisme à l’égard des fréquentes démonstrations anglophiles et gaullistes des lycéens et des étudiants, il répondit sans ambages : « Ils sont magnifiques ces enfants. Ils font preuve d’un véritable patriotisme en manifestant de cette manière leur haine contre les Allemands ». Quelques autres incartades, notamment son refus d’appartenir au Comité de propagande sociale du Maréchal, lui valurent d’être démis de ses fonctions en décembre 1941. Il se retira alors dans un village près de Caen et ne tarda pas à nouer des liens avec la Résistance.

[9]

M. de Boüard, « Heurs et malheurs de l’université de Caen », Études Normandes, n° 1, 1988, p. 4-14. Résumé d’une conférence donnée le 5 juin 1987 à l’occasion du 30e anniversaire de l’inauguration de l’université de Caen reconstruite après la guerre.

[10]

Il expliquait notamment que la puissance navale de l’Angleterre était un gage de sa victoire finale. René Musset est arrêté comme otage à la suite de sabotages ferroviaires meurtriers pour l’armée allemande commis au printemps 1942 entre Mézidon et Caen. Malgré son âge relativement avancé (64 ans en 1945), il survécut à la déportation et reprit ses fonctions de doyen de la faculté des Lettres dans lesquelles lui succéda Michel de Boüard en 1954.

[11]

À plusieurs reprises, Michel de Boüard a évoqué ce qui constituerait son premier acte résistant à l’automne 1940, alors qu’il était réfugié à Moulins. Il aurait aidé des fugitifs, notamment des prisonniers de guerre évadés, à franchir la ligne de démarcation. Cet épisode est notamment relaté dans « Chrétiens résistants », conférence donnée à Sainte-Clair de Couvrechef, le 29 mai 1984 (Archives audio de la famille de Boüard), citée in B. Hamelin, op. cit., p. 249. Il est mentionné également dans le dossier présenté à l’appui de la demande du titre de Combattant Volontaire de la Résistance. Rien ne permet de l’authentifier ou de l’invalider.

[12]

Préfiguration de l’Organisation Civile et Militaire (OCM) qui devint le principal mouvement de résistance du Calvados.

[13]

Témoignage de Raymond Pierre, alors étudiant en Histoire, recueilli le 10 juillet 1992. En 1943, Michel de Boüard accepta d’être le témoin de mariage de Raymond Pierre.

[14]

Témoignage de Gisèle Guillemot, recueilli le 8 février 1985.

[15]

Sur l’action de ces deux hommes, voir : J. Quellien, Résistances et sabotages en Normandie – Le Maastricht-Cherbourg déraille à Airan, Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, 2004.

[16]

Dans son dossier, établi après guerre en vue de l’obtention du titre de Combattant Volontaire de la Résistance, Michel de Boüard indique comme date d’entrée au sein du Front national septembre 1942 et c’est la date retenue par l’administration pour son homologation. Cependant, pour sa part, Gisèle Guillemot estime que son recrutement serait plutôt intervenu au début de l’année 1943.

[17]

Ce pseudonyme n’est certainement pas étranger au patronyme complet de l’intéressé : de Boüard de Laforest.

[18]

Maurice Eude, étudiant en histoire, a raconté les circonstances qui l’ont amené à adhérer au Front national : « Fin mai 1943, les examens venaient de se terminer. Michel de Boüard, professeur d’Histoire du Moyen Âge, voulant réagir contre l’attitude de certains de ses collègues, servilement courbés devant Vichy, avait consacré ses deux dernières heures de cours à nous répéter une conférence qu’il avait faite en 1939 à Alexandrie devant un auditoire britannique. Elle était intitulée : “La contribution de la France dans la genèse de la civilisation européenne”. Elle n’était pas tendre pour les Allemands. Elle montrait comment le passé de la France garantissait son avenir. Elle avait fait une grosse impression sur l’auditoire. J’en parlai avec un camarade, Manuel de la Moissonnière. Nous en vînmes à causer des sentiments de Michel de Boüard. J’appris qu’il faisait partie d’un groupe de résistance. Le soir venu, j’allai le voir. Le lendemain, j’adhérai au Front national » (Rapport de Maurice Eude adressé au commandant Léonard Gille, daté de juillet 1944 – Archives Michel de Boüard).

[19]

La proportion des ouvriers au sein du Front national du Calvados atteint ainsi 41 %, contre seulement 9 % pour l’OCM et une moyenne de 19 % pour l’ensemble des organisations de résistance du département. Voir J. Quellien, Opinions et comportements politiques dans le Calvados sous l’occupation allemande, Caen, PUC, 2001, p. 375).

[20]

Entretien avec Henri Neveu, responsable du Front national de la gare de Caen, 1er février 1985.

[21]

E. Le Roy Ladurie, Paris-Montpellier, PC-PSU, 1945-1982, Paris, Gallimard, 1982, p. 21-22.

[22]

Voir sa biographie dans : J. Maitron (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, t. 39, Paris, Éditions Ouvrières, 1991, p. 84-85.

[23]

Comme pour son entrée au sein du Front national, la date paraît incertaine. Michel de Boüard dit avoir quitté le Parti communiste en 1960.

[24]

À défaut de l’original, une reproduction du contenu du numéro de mai 1944 a été publiée dans : R. Bennett, Les journaux de Caen, 1940-1944, Caen, Publications de la Faculté des Lettres, 1969.

[25]

Selon Gisèle Guillemot (entretien du 8 février 1985), Calvados Libre existait avant que Michel de Boüard ne rejoigne le Front national.

[26]

Correspondant départemental, au lendemain de la guerre, de la Commission pour l’Histoire et l’Occupation et de la Libération de la France (CHOLF), Michel de Boüard s’efforça de recueillir les témoignages écrits des résistants du Calvados de diverses obédiences. Il écrivit lui-même un rapport très circonstancié sur la création et les débuts du CDL du Calvados dont il nous communiqua une copie. Il a été reproduit dans Résistants du Calvados, Liberté de Normandie, numéro spécial, juin 1994, p. 29.

[27]

Les procès verbaux du CDL du Calvados sont conservés aux Archives municipales de Caen.

[28]

Jean Guest, originaire du Havre, a été recruté par l’intermédiaire de son cousin, Maurice Eude, étudiant en Histoire à Caen, proche de Michel de Boüard et membre du Front national.

[29]

Nous entretenant un jour de cette pénible affaire, Michel de Boüard nous expliqua que le vol de machines à écrire n’était pas le motif réel du coup de main. Selon lui, il s’agissait en fait de fouiller les tiroirs d’un cadre commercial des Galeries, soupçonné d’être un collaborateur, membre du Parti Populaire Français (PPF). Dans un entretien du 6 mars 1997, Bernard Gilles, qui dirigeait l’opération, dément formellement cette assertion. De même, il affirme que Michel de Boüard était bien présent ce jour-là, alors qu’il a toujours prétendu le contraire, attendant en fait ses camarades dans la rue, sur un vélo équipé d’une remorque pour charger les machines. André Louvel, alors membre du trio de direction du Parti communiste, nous avait également livré cette version dans un entretien du 20 avril 1985.

Tout laisse donc à penser que Michel de Boüard, profondément et durablement choqué par la mort du veilleur de nuit, et bien que n’ayant pas joué un rôle direct dans ce drame, a tenté par la suite de le présenter sous un jour moins traumatisant pour lui, mais peu conforme à la réalité.

[30]

Après la Libération, Michel de Boüard, dans un article intitulé « L’Ouest-Caméléon » attaqua vivement Ouest-France qui avait pris la relève de l’Ouest-Éclair : « Étrange métamorphose. Même papier, même typographie, même nom du directeur général (seul le prénom a changé) […]. Ce que beaucoup d’entre nous ne peuvent oublier, c’est que nous fûmes insultés, salis par ces mêmes hommes qui, aujourd’hui, dirigent Ouest-France. Lâchement, car nous étions alors en prison, dans l’attente du peloton d’exécution ou de la déportation, et nos familles ne pouvaient – et pour cause – élever la voix. J’ai sous les yeux le numéro de l’Ouest-Éclair paru le 28 janvier 1944 où sont traités de “bandits ayant chacun plusieurs méfaits sur la conscience” des résistants – dont je suis – qui ont le droit d’être fiers de leur attitude pendant l’occupation boche […]. J’ai lu cet article en prison où certaine complicité me l’avait fait parvenir. Je m’attendais alors à passer en cour martiale. Je n’ai pas oublié le coup que me porta la lecture de ces ignominies ; je pensais surtout à l’angoisse, à la douleur des miens qui se trouvaient ainsi bafoués par une plume servile ». Calvados Libre, 1er au 7 février 1946.

[31]

Le service de renseignement (1c) du LXXXIVe corps d’armée allemand, qui occupe alors une partie de la Basse-Normandie, signale cet événement dans son rapport de décembre 1944, mais de manière plutôt approximative : « Arrestation de M. de Buarde [sic], professeur à l’université, qui a créé un groupement de 40 étudiants affiliés au mouvement Résistance » (Arch. de l’Armée de terre, Vincennes, microfilm n° 37).

[32]

« Il y a quarante ans : la Résistance à Caen », Liberté de Normandie, 30 juillet 1982. Cité par B. Hamelin, op. cit., p. 282.

[33]

Les cinq hommes du commando sont arrêtés par la police française, alertée par un indicateur, le 11 février, rue des Carmes où ils s’étaient rassemblés en vue du coup de main (Arch. du commissariat central de Caen, non classées).

Résumé

Français

La participation de Michel de Boüard à la Résistance pose de nombreuses questions, tant elle est singulière par bien des aspects. L’historien est en effet l’un des rares universitaires caennais (avec le recteur Pierre Daure ou le doyen René Musset) à s’être ainsi comporté pendant l’Occupation. Par ailleurs, le choix de la Résistance communiste, puisque l’historien rejoint les rangs du Front national, pose question, eu égard à ses appartenances politiques et religieuses préalables.
L’historien, sans avoir occupé de fonctions majeures, a pourtant joué un rôle important dans le développement de la Résistance dans le Calvados. Si la connaissance de son rôle dans la rédaction et la direction d’un journal clandestin demeure incertaine, il est établi que Michel de Boüard a activement participé à la mise en place du Comité Départemental de Libération, quelques semaines avant son arrestation en décembre 1943, suivie de sa déportation à Mauthausen.

Mots-clés

  • Boüard (de), Michel
  • Résistance, Calvados
  • Front national (organisation de Résistance)
  • Université de Caen
  • Daure (Pierre)

English

Michel de Boüard member of the ResistanceMichel de Boüard’s participation in the Resistance raises many questions. The historian is one of the few Caen scholars (along with principal Pierre Daure and dean René Musset) to have joined the Resistance. Considering his previous political opinions and his religious beliefs, the choice of the communist Front national is surprising. Although he did not hold important positions and his role in the editing and publishing of an underground newspaper are unclear, he actively participated in the Departmental committee for liberation before his arrest in December 1943 and his deportation to Mauthausen.

Keywords

  • Boüard (de), Michel
  • Calvados resistance
  • Front national (communist resistance)
  • Caen University
  • Pierre Daure

Plan de l'article

  1. L’Occupation : Michel de Boüard découvre Caen et son université
  2. L’entrée en Résistance
  3. L’action de Michel de Boüard dans la Résistance
  4. L’arrestation de Michel de Boüard

Pour citer cet article

Quellien Jean, « Michel de Boüard, le résistant », Annales de Normandie, 1/2012 (62e année), p. 29-40.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2012-1-page-29.htm
DOI : 10.3917/annor.621.0029


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