Accueil Revues Revue Numéro Article

Annales de Normandie

2012/1 (62e année)


ALERTES EMAIL - REVUE Annales de Normandie

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 73 - 83 Article suivant
1

Revue et musée ont été conçus et mis en œuvre dès l’immédiat après-guerre, dans cette ville de Caen qui vivait les premières années de sa reconstruction. Marqués par la personnalité et les convictions scientifiques de Michel de Boüard, ils ont été l’une et l’autre des éléments novateurs dans la vie intellectuelle et culturelle de la cité. Le Musée de Normandie n’allait ouvrir ses portes qu’en décembre 1963, alors que le premier numéro des Annales de Normandie parut au début de 1951. Mais les deux étaient dès lors liés, le siège de la revue étant le musée en cours de constitution [1][1] Les deux « piliers » du présent exposé sont : d’une....

2

*

3

Au témoignage de Michel de Boüard, l’idée d’un Musée de Normandie est formulée à Caen dès juillet 1945. Elle émane de Georges-Henri Rivière, fondateur du Musée national des arts et traditions populaires, qui entend créer un réseau de musées régionaux rendant compte des anciennes provinces de France. Lui et Michel de Boüard se connaissent depuis 1942, lorsque Georges-Henri Rivière est venu à Caen soutenir la création d’un Comité d’études régionales normandes (CERN) dont M. de Boüard est devenu le secrétaire [2][2] Sur le CERN (1942-1944), voir B. Hamelin, « Avant-propos »,.... Mais ce dernier a été déporté par l’occupant à la fin de 1943 et c’est peu après son retour de déportation que Georges-Henri Rivière et le chef de l’inspection des musées de province, Jean Vergnet-Ruiz, lui demandent de les accompagner à travers la Normandie pour dresser un bilan de l’état des musées.

4

C’est au retour de cette tournée et, de manière prémonitoire, sur le site du château de Caen qu’il est convenu entre les trois hommes qu’un Musée de Normandie sera créé « par priorité » à Caen [3][3] « Il fut convenu que la ville de Caen […] serait dotée.... L’affaire ne traîne pas : le musée est créé en août 1946, la Ville de Caen ayant donné son accord, et Michel de Boüard en est nommé le conservateur par arrêté ministériel du 16 octobre de la même année [4][4] Sur l’implication de la ville de Caen dans la création....

5

Selon la théorie chère à Georges-Henri Rivière, le nouveau musée sera un musée-laboratoire dont l’objet premier sera de constituer une collection illustrant les divers aspects de la société pré-machiniste en Normandie : outillage agricole et artisanal, équipement domestique, costume… Leur collecte devra s’accompagner d’enquêtes auprès de leurs fabricants ou de témoins de leur fabrication, et aussi de leurs utilisateurs. D’autres enquêtes porteront sur les traditions orales, les croyances… le tout devra être consigné, autre théorie chère à Rivière, dans un Journal de route régulièrement tenu. D’ailleurs, le musée joindra à son appellation celle de Laboratoire d’ethnographie régionale et en jouera selon les circonstances. C’est donc de la seule ethnographie qu’il s’agit ici mais, lorsque le 6 octobre 1946, Michel de Boüard ouvre le Journal de route, il inscrit en page de titre « Musée d’ethnographie et d’histoire de la Normandie », double référence à laquelle Georges-Henri Rivière n’était d’ailleurs pas hostile.

6

L’ethnographie n’en reste pas moins première au long du Journal de route, comme elle l’est en 1951 lorsque Michel de Boüard présente dans les Annales de Normandie le musée en devenir dont « la tâche la plus urgente […] est la constitution de collections ethnographiques » en raison de la disparition progressive de la civilisation pré-machiniste. « Chaque fois que disparaît une vieille charrue, un vieil outil, un vieil ustensile de ménage, une vieille chanson, une vieille croyance, ce sont autant de témoins de cette civilisation qui nous échappent » [5][5] M. de Boüard, « Le musée d’ethnographie et d’histoire..., cette énumération renvoyant à tant de notes consignées dans le Journal de route.

7

D’évidence, Michel de Boüard n’aurait pu mener seul cette gestation d’un musée, ne serait-ce qu’en raison de ses obligations universitaires. Un an après la création du musée-laboratoire, il obtient qu’y soit détachée du CNRS, à compter de juillet 1947, Marthe Moricet, dont le domaine de recherche est la tradition orale [6][6] M. de Boüard, « Nécrologie. Marthe Moricet », Annales.... Elle n’en participe pas moins activement aux tournées de collecte de matériel et d’enquêtes menées grâce à un réseau d’informateurs, constitué essentiellement d’instituteurs, dont l’entremise et les indications sont régulièrement mentionnées dans le Journal de route. Michel de Boüard s’emploie d’ailleurs à les recruter par des causeries aux enseignants et aussi des conférences publiques [7][7] 32 conférences et causeries sont mentionnées dans le... et à en structurer le réseau en créant à cet effet, en novembre 1948, une Société d’enquêtes ethnographiques normandes qui fonctionnera durant quelques années par sections départementales [8][8] Le dépôt des statuts est mentionné au 27 novembre 1948....

8

Néanmoins, Marthe Moricet assure seule l’activité quotidienne de musée-laboratoire pendant plusieurs années. En 1954, son élection comme doyen de la faculté des Lettres vaut à Michel de Boüard d’obtenir, à ce titre, le détachement d’un enseignant du primaire. C’est Hélène Letouzey, qui a déjà collaboré avec le musée-laboratoire, facilitant contacts et acquisitions dans le Bocage ornais [9][9] J.-J. Bertaux, « Nécrologie. Hélène Letouzey. 1909-1994 »,.... Elle fait équipe avec Marthe Moricet. Toutes deux s’impliquent particulièrement dans l’enquête sur la chanson populaire menée en partenariat avec des membres de l’équipe scientifique du Musée national des arts et traditions populaires, Claudie Marcel-Dubois et Marguerite Andral.

9

Les tournées d’enquête s’inscrivent dans le programme du Laboratoire d’ethnographie régionale. Mais on voit aussi à plusieurs reprises le professeur de Boüard, se rendant par le train à Rouen pour y donner un cours d’histoire médiévale, remarquer au passage, dans la campagne, une charrue. De retour à Caen, il en notera le type, avec la date et le lieu approximatif de l’observation, dans le Journal de route[10][10] Ce type d’observations est noté à sept reprises dans.... L’historien n’oublie pas qu’il est aussi ethnographe.

10

Le Journal de route prend fin en mai 1956 et il y a eu des lacunes parfois importantes dans sa tenue. 31 tournées de prospection et d’enquête y sont mentionnées. Mais les lacunes du Journal sur parfois plusieurs mois n’impliquent nullement l’absence d’autres tournées pendant ces périodes. Il en est de même pour les acquisitions destinées aux collections du musée. 36 sont mentionnées dans le Journal pour la période allant d’octobre 1946 à octobre 1953. Elles totalisent 295 objets et séries d’objets : outillage agricole (dont neuf charrues), outillage artisanal (boutonnier, sabotier, cloutier, cerclaire, perlière), poteries, coiffes et costumes. Mais les registres d’inventaire du musée témoignent qu’il y eut d’autres acquisitions pendant cette même période.

11

Même si la question d’un lieu définitif pour le musée s’est posée d’emblée dès 1946, il était évident qu’elle ne se réglerait qu’à longue échéance. Par contre, la nécessité d’un local provisoire s’impose rapidement. Elle n’est réglée qu’au printemps 1948, le musée-laboratoire s’installant dans un baraquement situé place Guillouard et acheté pour ce faire par la Ville de Caen [11][11] D’où l’étonnement admiratif du journaliste Marc Bénard,.... Les collections déjà acquises restent provisoirement dans un local dépendant de l’Université, jusqu’à ce qu’un baraquement proche du premier puisse les accueillir, un menuisier – agent de la Ville – étant affecté à leur entretien.

12

Fin 1948, le Laboratoire d’ethnographie régionale, en son baraquement, devient le siège de la Société d’enquêtes ethnographiques normandes et cette dernière, deux ans plus tard, devient le support d’une revue que vient de créer Michel de Boüard : les Annales de Normandie.

13

*

14

Depuis combien de temps Michel de Boüard envisageait-il la création de cette revue ? Le Journal de route mentionne, au 10 janvier 1948, une rencontre avec Fernand Lechanteur : « Nous faisons le projet de travailler ensemble […] à l’élaboration des Annales de Normandie » [12][12] M. de Boüard, Journal de route, op. cit., p. 56. . L’idée de la revue est donc antérieure. Fernand Lechanteur est alors professeur au lycée de Coutances. C’est un dialectologue, fin connaisseur des traditions populaires normandes [13][13] Sur ce collaborateur de première heure des Annales.... Comme Michel de Boüard, il a participé en 1942 à ce Comité d’études régionales normandes dont, nous l’avons vu, Georges-Henri Rivière avait encouragé la création. La genèse du projet est aussi à rechercher dans la participation de Michel de Boüard au centre d’études locales fondé à Caen par Édouard Colin, directeur de l’Office municipal de la jeunesse, et devenu par la suite le Cercle d’action et d’études normandes. C’est dans le bulletin du Cercle, L’Amicale normande, que Michel de Boüard vient de publier, de 1946 à 1948, un bilan critique : « Les études d’histoire normande depuis vingt ans ».

15

Rien d’étonnant si, en mars 1948, lors de la réunion constitutive d’une Fédération d’histoire de la Normandie, Michel de Boüard propose qu’elle prenne pour siège le musée et entreprenne la publication d’une revue d’études régionales qui s’appellerait Annales de Normandie[14][14] Sur cette tentative de fédération d’Histoire de la.... La fédération et la proposition font long feu mais Michel de Boüard continue de mûrir son projet. Le 8 juin 1950, dans le Journal de route, il note une nouvelle rencontre avec Fernand Lechanteur « pour nous mettre d’accord […] au sujet des Annales » [15][15] M. de Boüard, Journal de route, op. cit., p. 110..

16

Le n° 1, 1ère année, des Annales de Normandie paraît en janvier 1951. Il s’ouvre par un texte intitulé « Notre programme » où Michel de Boüard expose dans quel esprit la nouvelle revue entend œuvrer [16][16] M. de Boüard, « Notre programme », Annales de Normandie,.... Pas question de s’en tenir à l’érudition, car « tout autres sont […] les dimensions reconnues à l’histoire » depuis les travaux novateurs de l’équipe des Annales d’histoire économique et sociale autour de Lucien Febvre, Marc Bloch, Fernand Braudel et Charles Morazé, que Michel de Boüard cite à plusieurs reprises [17][17] Michel de Boüard avait d’ailleurs reçu les encouragements.... La recherche historique implique désormais « la coopération de toutes les sciences ayant pour objet la connaissance de l’homme ». Parmi elles, l’archéologie, la linguistique, la géographie, la sociologie et l’ethnographie – cette dernière étudiant « la matière sociale animée en quoi survit sous tant de formes le passé ». Aussi la revue accueillera-t-elle des contributions dans toutes ces disciplines œuvrant en osmose avec la recherche historique. Dans cette perspective, Michel de Boüard, faisant valoir les travaux déjà menés par le Laboratoire d’ethnographie régionale, préconise l’organisation d’enquêtes collectives impliquant les instituteurs et se répercutant jusque dans leur enseignement.

17

Sa conception des rapports entre histoire et ethnographie a entraîné Michel de Boüard, alors président de la Société d’ethnographie française (SEF), à un conflit ouvert avec nombre de membres de la SEF, et qui se soldera en janvier 1952 par sa démission [18][18] Sur ce conflit, voir B. Hamelin, « Avant-propos »,.... Par la suite, l’ethnologie allait s’affirmer comme science autonome. Mais, dix à vingt ans plus tard, au Musée de Normandie, j’entendrai à plusieurs reprises Michel de Boüard ironiser sur « l’ethnologie, ce discours… » et continuer d’en tenir pour l’enquête ethnographique coopérant à la connaissance historique de l’homme.

18

La couverture choisie pour les Annales de Normandie est une illustration du programme exposé par Michel de Boüard. Une bande illustrée reproduit les scènes de labour et de semailles représentées en bordure de la Tapisserie de Bayeux, cependant que sous le titre de la revue une citation de Marc Bloch s’inscrit en exergue : « Il n’y a qu’une science des hommes dans le temps, et qui sans cesse a besoin d’unir l’étude des morts à celle des vivants ».

19

Quant à la préconisation d’enquêtes collectives, elle est développée dans le texte initial du Supplément au même n° 1 des Annales de Normandie. Intitulé « À nos lecteurs » [19][19] M. de Boüard, « À nos lecteurs », Supplément aux Annales..., il fait pratiquement suite à « Notre programme ». Affirmant de nouveau : « Pour nous, l’enquête ethnographique sur le monde actuel est inséparable de l’étude et de l’intelligence de l’histoire », Michel de Boüard relève que les instituteurs en sont « les meilleurs agents ». Le rôle du Supplément aux Annales de Normandie sera de susciter des enquêtes, en particulier par la publication de questionnaires, et d’en répercuter les résultats ; il sera aussi « d’apporter aux instituteurs la documentation dont ils manquent trop souvent […] pour leur enseignement de l’histoire locale et régionale, ainsi que pour leurs recherches personnelles ».

20

De fait, de 1951 à 1961, les Suppléments aux Annales de Normandie vont publier des articles portant sur les sources et la méthodologie de divers thèmes. Cela va d’exposés sur le contenu des archives notariales ou du cadastre à des conseils pour l’étude des structures agraires ou de l’habitat rural [20][20] Parmi les auteurs de ces articles, deux universitaires.... Un seul questionnaire d’ethnographie est paru : œuvre de Michel de Boüard, il porte « sur quelques types d’anciennes charrues » [21][21] « Questionnaire sur quelques types d’anciennes charrues »,.... Une série intitulée « L’histoire locale à l’école » commence en octobre-décembre 1953, mais son pendant « La géographie locale à l’école » se limitera à un seul article. S’ajoutent à ce contenu les programmes des Journées d’études du Cercle d’action et d’études normandes, axées sur les monographies locales et le folklore. Mais, de 1962 à 1969, date de leur suppression, les Suppléments se consacrent exclusivement au dictionnaire toponymique des noms de communes en Normandie, œuvre de Jean Adigard des Gautries et de Fernand Lechanteur.

21

Quant aux numéros de la revue, forts de 96 pages, ils publient, aux côtés d’études d’histoire et d’archéologie, un certain nombre d’articles et plus encore de courts textes de « Mélanges » traitant soit d’ethnographie soit de disciplines se recoupant avec elle : dialectologie, toponymie, géographie [22][22] On retrouve les auteurs énumérés en note 20, et quelques.... S’y ajoutent sous la rubrique « Bulletin critique » des comptes rendus d’ouvrages relevant des mêmes domaines. Une bibliographie normande systématique paraît de manière progressive à partir de 1951 ; elle est alors assurée par Marthe Moricet dont le relais est pris en 1958 par Michel Nortier sur une échelle beaucoup plus ample. Une autre rubrique s’intitule « Facultés et Écoles » : y sont présentées les soutenances de thèses et de mémoires universitaires. Mais, à partir d’octobre-décembre 1953, suite à une décision prise lors d’une réunion de la Société d’enquêtes ethnographiques normandes [23][23] Voir le Journal de route à la date du 18 juin 1953...., y figurent les listes et résumés des mémoires de 4e année soutenus par les élèves-maîtres des écoles normales d’instituteurs. En fait, seules les écoles normales du Calvados, de la Manche et de la Seine-Inférieure fourniront régulièrement ces listes [24][24] Grâce en particulier à la fidèle ponctualité de professeurs.... De la monographie communale à l’étude de pratiques agricoles et de métiers, ces mémoires ont souvent un réel intérêt ethnographique. Mais la rubrique disparaît de la revue après 1961.

22

Or, à cette même date, on constate qu’en dix années de parution, les Annales de Normandie ne mentionnent l’activité de leur siège, le Laboratoire d’ethnographie régionale – doublet du Musée d’ethnographie et d’histoire de la Normandie –, qu’à trois reprises. En avril 1951, ce sont deux pages sur les enquêtes menées par le laboratoire sur les charrues, la poterie et la chanson traditionnelle. En mai 1953, c’est la brève mention d’une participation du musée à l’exposition Visages de la Normandie montée à Paris par le Musée pédagogique de la rue d’Ulm ; et, en mai 1959, c’est l’annonce, en huit lignes, de l’installation du musée « d’ici à douze mois » au Logis des Gouverneurs du château de Caen, avec l’espoir d’ouvrir au public « à l’été de 1960 » une exposition permanente répartie entre « des présentations ethnographiques » et un « schéma chronologique » de l’histoire normande [25][25] L’affectation du Logis des Gouverneurs est acquise.... Annonce prématurée ! Quoi qu’il en soit, la rareté de ces mentions s’explique par la non-visibilité du musée tant qu’il n’est pas ouvert au public.

23

Dans le baraquement provisoire du laboratoire, Marthe Moricet mène de front le secrétariat de la revue et – Hélène Letouzey faisant équipe avec elle – l’inventaire et la documentation des collections dont chaque pièce fait l’objet d’une fiche monographique, cependant que se poursuit l’établissement d’un fichier bibliographique normand rétrospectif. Or, Marthe Moricet décède brutalement le 15 février 1960 [26][26] Michel de Boüard publiera les résultats des recherches.... La continuité des tâches entreprises est d’autant plus urgente que la perspective d’un établissement définitif au château est assurée. Michel de Boüard obtient alors de la Ville de Caen la création d’un poste d’assistant sur lequel une de ses anciennes étudiantes, Maryvonne Goubet, est recrutée [27][27] Lettre de Michel de Boüard à Georges-Henri Rivière,.... Sept mois plus tard commence le transfert au Logis des Gouverneurs. Michel de Boüard en informe Georges-Henri Rivière par une lettre en date du 8 février 1961, « la première, "écrit-il", qui partira de notre nouveau logis » [28][28] Lettre de Michel de Boüard à Georges-Henri Rivière,.... Les travaux dans le bâtiment ne sont pas terminés mais « dès maintenant, "annonce-t-il", nous commençons à mettre au point le programme d’exposition ». Travail nécessairement long. Entre temps, Maryvonne Goubet quitte le musée et c’est le signataire de ces lignes, lui aussi ancien étudiant du doyen, qui la remplace à l’automne 1962.

24

De grandes vitrines murales ayant été montées, j’assurais donc, avec Hélène Letouzey et l’aide du menuisier du musée, M. Lecocq, la mise en place des objets dûment choisis dans les collections, le tout sous la direction attentive du doyen de Boüard. Pour le montage des coiffes et éléments de costume, appel est fait à Jeanne Messager, fondatrice du groupe folklorique caennais « Blaudes et Coëffes ».

25

Les principes muséographiques mis en œuvre par Georges-Henri Rivière au MNATP sont autant que possible suivis : clarté de la présentation, objets peu nombreux disposés dans un espace où les accessoires de présentation doivent s’effacer. Quant aux thèmes retenus, le rez-de-chaussée évoque divers aspects de la civilisation pré-machiniste : maison et équipement domestique, agriculture et élevage, artisanat et costume. À l’étage sont évoquées les transformations survenues au xixe siècle : développement de l’élevage bovin, essor des techniques industrielles, notamment dans le textile, enfin quelques aspects de la vie politique et religieuse à travers imprimés, imagerie et art populaire. Au total, une teneur générale avant tout ethnographique. Georges-Henri Rivière vint donner son avis et accepta volontiers de préfacer le petit guide du musée rédigé par Michel de Boüard et publié en vue de l’ouverture au public [29][29] Avant-propos de Georges-Henri Rivière, Ville de Caen.....

26

Restait à fixer la date de l’inauguration. Le 14 décembre 1963 fut retenu, mais ne convenait pas à la Direction des Musées de France. Le sénateur-maire Jean-Marie Louvel proposa de repousser la cérémonie au printemps suivant, faisant valoir à juste titre que, du fait des travaux en cours, l’esplanade du château était un bourbier hivernal. Mais le doyen de Boüard n’était pas d’accord [30][30] Sur ces circonstances, voir la lettre de Michel de Boüard.... Finalement, le conseil municipal procéda à une visite inaugurale à la mi-décembre et le Musée de Normandie ouvrit le lendemain au public, ouverture qui ne fut pas mentionnée dans les Annales de Normandie… De plus, il n’y eut jamais de cérémonie officielle et publique d’inauguration !

27

L’ethnographie ne disparut pas des Annales de Normandie mais fut loin d’y tenir une place comparable à celle de l’archéologie. Le musée y apparaît toutefois à l’occasion de quelques articles portant sur certaines séries des collections et aussi de quelques statistiques annuelles de visites. Mais, bien que l’archéologie fût désormais prépondérante dans ses entreprises scientifiques et qu’il eût mené les fouilles du château de Caen, Michel de Boüard ne se résolut qu’en 1968 à réserver une seule salle du musée à l’archéologie normande. À l’inverse, l’ethnographe ressurgit en lui dix ans plus tard dans l’ouvrage sur L’artisanat en Normandie où, dans le chapitre « Charrons et charrues », il fit un dernier point sur ce thème qui lui était resté cher depuis 30 ans [31][31] M. de Boüard, J.-J. Bertaux, L’artisanat en Normandie,....

28

Entre temps, saisissant l’occasion d’une présentation du Musée de Normandie dans la revue de l’Association générale des conservateurs des collections publiques de France, Michel de Boüard avait tenu à préciser la place déterminante que, pour lui, dans le lieu musée, tenait l’histoire [32][32] M. de Boüard, « Le musée historique, maître de sagesse »....

Notes

[*]

Directeur honoraire du Musée de Normandie (Caen) et directeur de publication honoraire des Annales de Normandie.

[1]

Les deux « piliers » du présent exposé sont : d’une part, les numéros des Annales de Normandie et leurs suppléments, à compter du t. I, 1951 ; et d’autre part, l’édition, à l’occasion du centenaire de la naissance de Michel de Boüard, du journal tenu par lui : M. de Boüard, Journal de route 1946-1956, édité et annoté par J.-J. Bertaux, avant-propos de B. Hamelin, Caen, Musée de Normandie, 2009.

[2]

Sur le CERN (1942-1944), voir B. Hamelin, « Avant-propos », Journal de route, op. cit., p. 16-25.

[3]

« Il fut convenu que la ville de Caen […] serait dotée par priorité d’un Musée de Normandie », texte de Michel de Boüard, Archives municipales de Caen, non coté.

[4]

Sur l’implication de la ville de Caen dans la création du musée, voir le dossier de délibération du Conseil municipal en date du 29 novembre 1946, Archives municipales de Caen (cité par B. Hamelin, op. cit.). Le musée sera un musée municipal « classé » – c’est-à-dire dont le chef d’établissement est nommé par la Direction des Musées de France. Le « classement » n’existe plus dans la législation actuelle.

[5]

M. de Boüard, « Le musée d’ethnographie et d’histoire de la Normandie », Supplément aux Annales de Normandie, 1ère année, n° 2, avril 1951, p. 1-2. Curieusement, Michel de Boüard indique que le musée « a été créé le 1er novembre 1946 ». Il ne faut voir là que la référence à l’une des étapes de la mise en place du musée dans l’action de la municipalité de Caen.

[6]

M. de Boüard, « Nécrologie. Marthe Moricet », Annales de Normandie, 10e année, n° 1, mars 1960, p. 86-87.

[7]

32 conférences et causeries sont mentionnées dans le Journal de route, dont neuf aux élèves-instituteurs des différentes écoles normales départementales de Normandie.

[8]

Le dépôt des statuts est mentionné au 27 novembre 1948 dans le Journal de route.

[9]

J.-J. Bertaux, « Nécrologie. Hélène Letouzey. 1909-1994 », Annales de Normandie, 45e année, n° 1, mars 1995, p. 89-90.

[10]

Ce type d’observations est noté à sept reprises dans le Journal de route.

[11]

D’où l’étonnement admiratif du journaliste Marc Bénard, « Dans une pièce de 2 m sur 3 M. Michel de Boüard met en route le musée d’ethnographie de Caen », Liberté de Normandie, mardi 2 mars 1948. Dans sa nécrologie de Marthe Moricet (Michel de Boüard, « Nécrologie… », op. cit.), Michel de Boüard rappelle la situation initiale du musée : « Nous n’avions alors pas de lieu, pas de collection, guère de crédits ».

[12]

M. de Boüard, Journal de route, op. cit., p. 56.

[13]

Sur ce collaborateur de première heure des Annales de Normandie, voir, dans la revue qu’il allait fonder 20 ans plus tard : « Fernand Lechanteur (1910-1971). In memoriam », Parlers et Traditions populaires de Normandie, t. 3, 12e fasc., Saint-Jean, 1971, p. 104-160.

[14]

Sur cette tentative de fédération d’Histoire de la Normandie, voir B. Hamelin, « Avant-propos », Journal de route, op. cit., p. 6-27.

[15]

M. de Boüard, Journal de route, op. cit., p. 110.

[16]

M. de Boüard, « Notre programme », Annales de Normandie, 1ère année, n° 1, janvier 1951, p. 3-7.

[17]

Michel de Boüard avait d’ailleurs reçu les encouragements de Lucien Febvre, comme il le mentionne dans sa nécrologie de Marthe Moricet (Michel de Boüard, « Nécrologie… », op. cit.), et dans son annonce du décès de Lucien Febvre, Annales de Normandie, 6e année, n° 3-4, octobre-décembre 1956, p. 221.

[18]

Sur ce conflit, voir B. Hamelin, « Avant-propos », op. cit., p. 30-32 ; et les textes de Michel de Boüard et Marcel Maget publiés en annexe du présent volume.

[19]

M. de Boüard, « À nos lecteurs », Supplément aux Annales de Normandie, 1ère année, n° 1, janvier 1951, p. 1-2.

[20]

Parmi les auteurs de ces articles, deux universitaires géographes (René Musset et Pierre Brunet), deux professeurs de lycée (Fernand Lechanteur et Émile Vivier), un professeur d’école normale d’instituteurs (Maurice Eude), un instituteur (Marcel Marteau)…

[21]

« Questionnaire sur quelques types d’anciennes charrues », Supplément aux Annales de Normandie, 1ère année, n° 2, avril 1951, p. 9-10. D’autres questionnaires étaient diffusés à l’occasion de conférences ou de rencontres de la Société d’enquêtes ethnographiques normandes ou du Cercle d’action et d’études normandes.

[22]

On retrouve les auteurs énumérés en note 20, et quelques autres tels le folkloriste haut-normand André Dubuc et l’ingénieur agronome Louis Hédin.

[23]

Voir le Journal de route à la date du 18 juin 1953. La réunion se tenait à Rouen.

[24]

Grâce en particulier à la fidèle ponctualité de professeurs des écoles normales d’instituteurs tels que Maurice Eude (Calvados), Paul Crépillon (Manche) et André Vigarié (Seine-Inférieure).

[25]

L’affectation du Logis des Gouverneurs est acquise depuis 1949 comme l’annonçait la lettre de Michel de Boüard à Georges-Henri Rivière en date du 6 mai 1949 : « Je me suis entretenu avec le maire [Yves Guillou] qui m’a dit que nous pouvions considérer comme définitivement acquise l’attribution de cet édifice ». Journal de route, op. cit., Annexe 4, p. 158-159.

[26]

Michel de Boüard publiera les résultats des recherches qu’elle avait entreprises sur les traditions orales : Marthe Moricet, Récits et contes des veillées normandes. Cahier des Annales de Normandie, n° 2, Caen, 1963, 210 p.

[27]

Lettre de Michel de Boüard à Georges-Henri Rivière, 8 juin 1960 – Archives du Musée national des arts et traditions populaires (MNATP), réf. 8-III-61-n° 1395.

[28]

Lettre de Michel de Boüard à Georges-Henri Rivière, 26 février 1961. Archives MNATP, réf. 8-III-61-n° 320.

[29]

Avant-propos de Georges-Henri Rivière, Ville de Caen. Musée de Normandie, Caen, 1963.

[30]

Sur ces circonstances, voir la lettre de Michel de Boüard à Georges-Henri Rivière, 15 novembre 1963 – Archives MNATP, réf. 19-XI-63-n° 3054.

[31]

M. de Boüard, J.-J. Bertaux, L’artisanat en Normandie, Wettolsheim, Éditions Mars et Mercure, 1978, 174 p. ill.

[32]

M. de Boüard, « Le musée historique, maître de sagesse » et « Caen. Musée de Normandie », Musées et collections publiques de France, n° 127, 3e trimestre 1974, p. 105-107 et 128-129.

Résumé

Français

Dès la période de l’Occupation, Michel de Boüard s’était consacré à des recherches folkloriques et ethnographiques, manière pour lui de renouveler profondément la pratique et la méthode des études régionales.
Après 1945, il est en position de s’affirmer dans le champ de l’ethnographie normande : chargé par Georges-Henri Rivière de mettre sur pied un musée d’ethnographie (le futur Musée de Normandie, ouvert en 1963), il est également à l’origine de la naissance d’une revue d’études régionales pluridisciplinaire, les Annales de Normandie, dont le premier fascicule paraît en 1951. Et si la place de l’ethnographie dans cette revue et dans l’œuvre de Michel de Boüard tend à rapidement diminuer au profit surtout de l’archéologie, il n’en reste pas moins que l’ethnographie est l’un des domaines dans lesquels l’universitaire caennais s’est illustré.

Mots-clés

  • Boüard (de), Michel
  • ethnographie de la Normandie
  • Rivière, Georges-Henri
  • Musée de Normandie
  • Annales de Normandie

English

Michel de Boüard, ethnographer : Annales de Normandie and Musée de Normandie where history and ethnography meetStarting in 1940, Michel de Boüard devoted himself to the study of folklore and ethnography which led him to revamp the methodology of regional studies.
After the War, he established his reputation in Norman ethnography. Georges-Henri Rivière asked him to create an ethnographical museum (which became the Musée de Normandie) opened in 1963 and he was a co-founder of the multidisciplinary journal of regional studies, the Annales de Normandie, first published in 1951. Ethnography was superseded in his research by archaeology, an evolution also reflected in the journal. Nevertheless, de Boüard is still recognised as an eminent ethnographer.

Keywords

  • Boüard (de), Michel
  • Norman ethnography
  • Rivière, Georges-Henri
  • Musée de Normandie
  • Annales de Normandie

Pour citer cet article

Bertaux Jean-Jacques, « Michel de Boüard, l'ethnographe. Annales de Normandie et Musée de Normandie : deux lieux d'une rencontre entre ethnographie et histoire », Annales de Normandie, 1/2012 (62e année), p. 73-83.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2012-1-page-73.htm
DOI : 10.3917/annor.621.0073


Article précédent Pages 73 - 83 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback