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Annales de Normandie

2012/2 (62e année)


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C’est avec une grande modestie que G.-A. Belcourt s’exprime sur son travail de linguiste, notamment sa grammaire du sauteux (ojibwé) [1][1] G.-A. Belcourt, Principes de la langue des Sauvages... et son dictionnaire français-sauteux [2][2] G.-A. Belcourt, Dictionnaire français-sauteux, ms 1851–1860.... Il considérait, en effet, qu’une publication sur cette langue amérindienne nécessitait de plus amples recherches que celles qu’il avait pu mener. Heureusement, il vainquit ses scrupules et nous légua de remarquables ouvrages de linguistique. De façon analogue, nous sommes convaincue que ces ouvrages méritent un approfondissement allant bien au-delà de cette introduction. Tout au moins, nous présenterons ici quelques-uns des jalons que Belcourt posa dans la vie d’un pays en train de se faire et dans l’histoire de la linguistique canadienne. La conception et la rédaction des œuvres de Belcourt étant directement liées aux activités religieuses de leur auteur, nous commencerons par décrire les grandes étapes de sa vie dans le centre du Canada, alors appelé Nord-Ouest, puis nous aborderons sa philosophie de la langue, sa lexicographie et certaines de ses réalisations.

I - Éléments biographiques

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Georges-Antoine Belcourt naquit le 4 avril 1803 à Saint-Antoine-de-la-Baie-du-Febvre (Baieville), dans le Bas-Canada (comté de Yamaska). Aîné de onze enfants, il fut élève au Petit Séminaire de 1816 à 1823 et ordonné prêtre le 10 mars 1827. Il enseigna les mathématiques et l’astronomie, fut vicaire dans plusieurs paroisses, puis obtint la charge, en 1830, de la paroisse de Sainte-Martine (comté de Château-Guay) où il apprit l’anglais [3][3] Historic Resources Branch, Georges-Antoine Belcourt,.... C’est alors que l’évêque de Saint-Boniface, Joseph-Norbert Provencher [4][4] J.-N. Provencher (1787–1853) fut le premier évêque..., retourna au Bas-Canada pour y trouver un missionnaire capable de communiquer sans interprète avec les Autochtones [5][5] Selon la définition canadienne officielle, les Autochones... du Nord-Ouest. Après deux tentatives, il réussit à convaincre Belcourt de l’accompagner [6][6] M. La Terreur (dir.), Dictionnaire biographique du.... Belcourt étudiera d’abord l’algonquin, pendant deux mois, avec MM. Bellefeuille et Durocher, chez les frères sulpiciens du Lac des Deux-Montagnes [7][7] L.-A. Prud’homme, Belcourt, Georges-Antoine, s.l.,.... Cette formation en une langue dont dérivent l’outaouais, le cri et l’ojibwa (ou sauteux) lui sera indispensable.

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Le voyage vers l’ouest, en canot, commença le 27 avril 1831 et se termina cinq mille kilomètres plus loin et sept semaines plus tard, le 17 juin 1831, à la Fourche des rivières Rouge et Assiniboine. Belcourt relate en détail cette traversée, dans son récit, Mon itinéraire du lac des Deux-Montagnes à la Rivière-Rouge[8][8] G.-A. Belcourt, « Mon itinéraire du Lac des deux-Montagnes.... En 1831, il s’engageait pour vingt-cinq ans d’efforts intenses, de rudesse climatique, d’espoirs et de déboires intermittents, caractéristiques de la vie dans l’Ouest au xixe siècle.

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Des activités et réalisations de Belcourt nous ne dégagerons ici que les plus saillantes. Il fut d’abord l’assistant de Monseigneur Provencher et compta, parmi ses devoirs religieux, le baptême de Louis Riel [9][9] Louis David Riel, Métis de la Rivière-Rouge, fut appelé..., la pratique de la charité (en période de famine, il n’hésite pas à partager son pémican avec les Amérindiens et les Métis) et celle du respect (il redresse, au passage, une croix sur une tombe isolée) [10][10] L.-A. Prud’homme, Belcourt…, op. cit., p. 26.. Missionnaire habile de ses mains, il prêta ses talents de charpentier à la construction de la cathédrale de Saint-Boniface et de plusieurs bâtiments, dont un moulin à farine. En 1832–1833, il éleva une première mission, baptisée « Prairie Fournier », à 40 kilomètres environ au nord-ouest de Saint-Boniface (près de l’emplacement actuel de Saint-Eustache). Elle fut détruite par les Gros-Ventres, venus du Missouri. En 1834, il installa une nouvelle mission, nommée Saint-Paul des Sauteux [11][11] L.-A. Prud’homme, Belcourt…, op. cit., p. 29-31. (à 8 kilomètres à l’est de Saint-Eustache), sur un terrain donné par le Gouverneur de la Compagnie de la Baie d’Hudson, George Simpson. Entre 1832 et 1839, il y fonda un village, bâtit une chapelle, une maison et école, grâce à son travail comme fermier, maçon et charpentier. Jusqu’en 1848, il y fut missionnaire et enseignant. Il recopia des manuels de classe pour chacun de ses élèves. Les institutrices Angélique Nolin et Isabelle Gladu enseignèrent avec lui certaines années.

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Entre 1838 et 1847, il fit plusieurs voyages et tentatives de missions. Dans la région du lac La Pluie, il rencontra l’hostilité des Sioux. De 1839 à 1840, au nord, à Baie des Canards (région du lac Winnipegosis) et à Wabassimong (White Dog Falls) sur la rivière Winnipeg, il établit des missions qui disparurent en 1847. Il se rendit aussi à Swann River, Pointe Lévis, Fort Frances, au bord de la rivière Winnipeg, et dans la vallée Qu’appelle, à quelque cinq cents kilomètres à l’ouest de Saint-Boniface (la capitale actuelle du Manitoba, Winnipeg, n’existait pas). Voyageur infatigable, il rendait régulièrement visite à ses convertis dans les régions dépourvues de missions permanentes.

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Cependant, la conversion des Autochtones se faisait très lentement, et elle était souvent éphémère. Au retour de voyage, il fallait parfois tout recommencer. C’est pourquoi, comme l’attestent diverses correspondances, Monseigneur Provencher et le Gouverneur Simpson freinèrent un peu l’enthousiasme de Belcourt à construire prématurément dans des régions encore instables. Malgré la lenteur de l’évangélisation, Belcourt gagna vite et durablement la confiance des Sauteux par sa générosité, sa compréhension de leur langue et sa facilité à la parler. Il partageait, en leur langue, leur vie quotidienne, leur apprenait à écrire, leur enseignait les Écritures, tout comme la culture du blé et du maïs. En automne et au printemps, les Métis partaient à la chasse au bison [12][12] Une relation de la chasse de 1850 dans le Missouri.... En 1848, à cause de la dyssenterie et de la rougeole qui sévissaient, Belcourt les accompagna dans cette chasse difficile [13][13] L.-A. Prud’homme, Belcourt…, op. cit., p. 55..

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Sur son engagement à servir les causes politiques, nous rappellerons qu’il se fit l’interprète et le porte-parole international des Autochtones à deux reprises. En 1845, quand le gouvernement américain décida d’interdire aux Métis venus du Canada de chasser dans le Missouri, sauf s’ils prenaient résidence aux États-Unis, Belcourt écrivit une lettre au Congrès des États-Unis, pour défendre leur droit aux terres de chasse traditionnelles. En 1847, il répondit encore à l’appel des Métis. Cette fois, il rédigea en leur nom une lettre et une pétition de 977 signatures qu’il adressa à la Couronne d’Angleterre, à Londres, pour dénoncer le monopole de la Compagnie de la Baie d’Hudson dans la vente des fourrures. « Avec Jean Louis Riel [père de Louis Riel] et d’autres chefs métis, il s’opposa au procès de Pierre-Guillaume Sayer, accusé de commerce illicite par la Compagnie de la Baie d’Hudson » [14][14] M. La Terreur (dir.), Dictionnaire biographique…, op..... Il approuva la traite avec Norman Wolfred Kittson [15][15] Ibid. À Pembina, aux États-Unis, Kittson achetait des..., à Pembina, et demanda que les Métis soient mieux représentés dans le gouvernement de la colonie de la Rivière-Rouge. Il soutenait donc les Métis quant à leur droit à la terre où ils étaient installés, et quant à leur liberté de vendre les produits de leur chasse hors du contrôle de la Compagnie de la Baie d’Hudson. L’Histoire lui donnera raison d’avoir soutenu ces causes, à sa manière. Mais, sur le moment, désapprouvé à la fois par Provencher et Simpson, il demanda à retourner momentanément dans l’Est. Même s’il fut prouvé par la suite qu’il n’était pas à l’origine du mouvement contre le monopole, Belcourt ne revint plus dans ses missions du futur Manitoba.

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En 1847, de retour dans l’Ouest, il s’installa plus au sud, à Pembina, dans une mission ensuite déplacée sur les hauteurs de Saint-Joseph (aujourd’hui Walhalla, dans le Dakota du Nord) pour échapper aux inondations de la rivière Rouge. Pendant onze ans, il continua à rendre visite aux Sauteux de ses missions précédentes au Canada, aux tribus de Turtle Mountain et aux Mandans du Missouri. Son rôle politique prit fin en 1849, car l’avènement du commerce libre améliora les relations entre les Métis et la Compagnie de la Baie d’Hudson, et en 1850, un traité américain assimila les Métis aux blancs, sans octroi de droits particuliers. Dès lors, il se consacra à son travail de religieux. En 1849, il parcourut 300 lieues à raquette, en mission d’évangélisation. En outre, soucieux de l’instruction des jeunes filles, il fonda en 1854 une communauté des Sœurs de la Propagation de la Foi, qui ne dura guère, mais qui atteste de ses efforts continuels sur le plan de l’éducation.

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En novembre 1859, il quitta définitivement l’Ouest. De retour dans l’Est, il conserva le même zèle. Sur le plan religieux, il dirigea deux paroisses sur l’Ile-du-Prince-Edouard, celles de Rustico et de Hope River. Sur le plan éducatif, il ouvrit la première école secondaire dans cette province, un Institut de Conférences (sorte d’université populaire) ouvert aux adultes, et une bibliothèque (grâce aux 1000 francs accordés annuellement par l’Empereur Napoléon III, sur une demande envoyée par un intermédiaire). Sur le plan économique et social, il fut le précurseur du mouvement des credit unions, car il fonda la toute première de ces caisses populaires, la Farmer’s Bank, qui prospéra de 1864 à 1892. Cette initiative inspira Alphonse Desjardins, l’organisateur des caisses populaires en Amérique du Nord [16][16] M. La Terreur (dir.), Dictionnaire biographique…, op..... De 1869 à 1982, il passa trois ans à Havre-aux-Maisons, aux Iles de la Madeleine, et mourut à Shédiac, au Nouveau-Brunswick, le 31 mai 1874. Il est inhumé à Memramcook-St-Thomas, dans la paroisse la plus ancienne (1781) d’Acadie, située au point de ralliement des Acadiens revenus au pays, après leur déportation par les Anglais au xviiie siècle [17][17] En 1755, les Anglais voulurent contraindre les Français....

II - La personnalité de Belcourt

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Cet aperçu de la vie de Belcourt révèle un homme intelligent, progressiste et compatissant, d’un tempérament extrêmement actif. Ces qualités foisonnent dans sa correspondance. Son enthousiasme « tout de feu » [18][18] L-A. Prud’homme, Belcourt, Georges-Antoine, op. cit.,..., selon les mots de Provencher, ne lui faisait jamais défaut. Il allait d’initiative en initiative, ne renonçant pas à ses projets devant l’obstacle.

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Il vécut en homme engagé. Il associa son engagement religieux à une mission personnelle, éducative et sociale, ne ménageant pas son appui aux causes qui lui semblaient justes. Qu’il s’agisse d’actes charitables ou politiques, ce soutien est preuve et raison de la confiance que lui accordaient les Autochtones. C’était aussi un homme engageant, sociable, adhérant au travail en équipe, ce qui le servit dans ses rapports avec les Autochtones. Il aimait converser et écrire, comme en atteste son abondante correspondance [19][19] Par exemple, ses 25 ans de correspondance avec les.... On sait de son style que « sa plume alerte, avec une pointe de sel gaulois, se complaît surtout dans les descriptions de sa vie mouvementée » [20][20] L-A. Prud’homme, Belcourt…, op. cit., p. 25-26..

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Enfin, Belcourt était homme de progrès. Il misait sur les ressources agricoles des familles et des communautés, au lieu de compter exclusivement sur la chasse au bison. Il capta l’esprit de cette modernité si particulière du xixe siècle industriel. Il adoptait sans attendre les nouveautés technologiques. Audacieusement, par exemple, il introduisit en Amérique du Nord le premier automobile à vapeur, un Taylor Steam Buggy, importé par ses soins en juin 1866 [21][21] Action catholique, 11 avril 1943, et J. Mays et R.....

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Abbé, missionnaire, éducateur, bâtisseur de chapelles, de bibliothèques et d’institutions, comment Belcourt a-t-il eu le temps de faire œuvre de linguiste ? Ou bien, linguiste dès le départ, est-ce sa passion des langues qui le dirigea dans ses multiples entreprises ?

III - Sa philosophie de la langue

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Outre le français et le latin, dont l’apprentissage allait de soi pour être religieux au Canada, Belcourt avait, dit-on, « le don des langues » [22][22] L.-A. Prud’homme, Belcourt…, op. cit., p. 26.. Il enseignait le français, le latin et le grec, autant que les mathématiques, l’astronomie et la musique. Sa formation en fit un lettré humaniste. Humaniste, il l’était aussi dans sa philosophie, notamment celle des langues et des cultures.

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En premier lieu, il ne s’imposa aucune limite dans le nombre de langues qu’il dut ou voulut maîtriser. À ses yeux, toute langue est digne d’étude, sans aucune hiérarchie. De langue maternelle française, il apprit vite le latin, le grec, l’anglais et l’algonquin, et dans l’Ouest, il se mit immédiatement à l’étude du sauteux.

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En second lieu, une langue pour Belcourt, est faite pour se répandre et se transmettre, par la parole, les échanges et l’enseignement. L’utilité est l’une des raisons pour lesquelles il décida de rédiger la grammaire et le dictionnaire sauteux, pour « tant d’hommes de dévouement » et pour les « philologistes et les historiens » [23][23] G.-A. Belcourt, Dictionnaire…, op. cit., Préface, neuf.... C’est ainsi qu’il forma au sauteux les anciens de la Rivière-Rouge, dont Monseigneur Provencher, tout comme les nouveaux venus, parmi lesquels Monseigneur Taché [24][24] Alexandre-Antonin Taché (1823–1894) succéda à Provencher...., Jean Edouard Darveau en 1841 [25][25] M. La Terreur (dir.), Dictionnaire biographique…, op.... et Pierre Aubert en 1844 [26][26] Ibid. vol. XI, p. 37..

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En troisième lieu, sa méthode d’apprentissage des langues était rigoureuse. Il savait qu’acquérir une nouvelle langue requiert une pratique régulière, et du temps : répétition et immersion, dirait-on aujourd’hui. C’est donc à peine arrivé à Saint-Boniface qu’il commença l’étude du sauteux, quand il n’était pas occupé à bâtir la cathédrale. Ensuite, établi dans ses missions, il assimila la langue au fil des jours, au contact des Amérindiens et des Métis qu’il côtoyait et souhaitait convertir : il fallait trouver les mots pour le faire. Pendant les semaines où les Autochtones partaient chasser le bison, il profitait de cet isolement pour traduire en sauteux un catéchisme, et pour composer méthodiquement sa grammaire et son dictionnaire. C’est au bout d’une immersion de sept ans que Belcourt s’autorise à publier sa grammaire :

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« occupé pendant 7 années de mission à exercer le ministère parmi les Sauteux, ne voyant que des Sauteux, ne parlant et n’entendant d’autre langue que celle des Sauteux, je me suis appliqué d’abord à apprendre graduellement de cette langue tout ce qui m’a paru devoir me mettre en état de rendre mon ministère plus utile, et ensuite, à saisir l’idiome de cette langue d’une manière aussi correcte qu’il m’était possible de le faire » [27][27] G.-A. Belcourt, Principes de la langue…, op. cit..

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Cet extrait exprime clairement que l’apprentissage d’une langue passe par sa fonctionnalité, son utilité quotidienne, pour ses locuteurs. Il dit aussi, qu’au-delà des éléments utiles à son ministère, Belcourt a procédé à une description du sauteux aussi complète que possible.

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Quelques années plus tard, il revient sur le caractère méthodique de l’apprentissage et de la description d’une langue, cette fois au bout de vingt-cinq ans de pratique. Dans la Préface au Dictionnaire français-sauteux, il écrit : « Je me suis décidé à livrer au public le fruit de bien des veilles, aidées d’une pratique de plus d’un quart de siècle de résidence parmi les diverses tribus du Nord-Ouest » [28][28] G.-A. Belcourt, Dictionnaire…, op. cit., Préface.. Comme pour sa grammaire, c’est le temps d’étude et la vie en cette langue qui justifient à ses yeux de rendre publics ses ouvrages.

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En quatrième lieu, Belcourt nous met en garde contre une vision statique, limitative, de la langue. La langue déborde toujours des ouvrages qu’on lui consacre. Elle dépasse les connaissances individuelles et continue sans cesse à s’enrichir et changer. La juste valeur des mots ne saurait tenir dans « un simple vocabulaire ou dictionnaire de Poche » [29][29] Ibid..

IV - La linguistique descriptive de Belcourt

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Belcourt avait clairement perçu les principes de la linguistique descriptive moderne, comme il l’exprimait déjà dans la Préface à sa grammaire : il était décidé à cerner autant d’aspects que possible de la langue, sans aucune censure ni souci de normativité. Dans la Préface de son Dictionnaire français-sauteux, il exprime succintement, mais magistralement, comme en une véritable « profession de foi » pourrait-on dire, des aspects essentiels de la linguistique :

« De toutes les parties de l’enseignement, l’étude des langues doit, sans doute, trouver sa place aux premiers rangs. Exprimer sa pensée, communiquer ses idées est le premier besoin qui se fait sentir » [30][30] Ibid..

Par ces mots, il souligne d’abord la prééminence des langues dans le monde du savoir, mais aussi dans la formation d’une personne. Précurseur des linguistes du xxe siècle, il énonce ici clairement les deux fonctions principales des langues et du langage : l’expression et la communication [31][31] A. Martinet ne dit pas autrement : « La fonction essentielle.... (Nous noterons qu’il ne confond pas expression et communication, comme beaucoup sont enclins à le faire aujourd’hui.) Il précise ainsi judicieusement que ces deux fonctions sont des besoins innés, essentiels à tout être humain, et qu’ils sont nécessaires à une intégration heureuse dans la société. Il distingue à cette occasion l’aspect individuel du langage et la fonction sociale de la langue : « C’est cette connaissance qui étend et multiplie ces relations si utiles au bonheur social » [32][32] G.-A. Belcourt, Dictionnaire…, op. cit., Préface..

Première page de la Préface du Dictionnaire français-sauteux, de G.-A. Belcourt, Archives de la Société historique de Saint-Boniface, Fonds 0324

Articles « Adorer… Adroit ». Dictionnaire français-sauteux, de G.-A. Belcourt, Archives de la Société historique de Saint-Boniface, Fonds 0324, s.n.

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La troisième fonction de la langue, selon Belcourt, est patrimoniale. Sans employer ce terme, il en saisit néanmoins le sens et la portée. Pour lui, une langue est indissociable de l’histoire et de la culture de ses locuteurs : « en fait d’histoire, [la langue] donne l’aperçu le plus vrai de tous les peuples » [33][33] Ibid.. Toute langue apporte la connaissance d’un peuple, elle véhicule son histoire et nous la livre sans la falsifier. Elle donne accès à une culture autre, différente, unique, et à la manière de percevoir propre à cette culture. Dès que l’on aborde les schémas culturels des Sauteux, par exemple leur croyance dans le pouvoir des rêves et de leur rôle dans la conduite morale, la conceptualisation du monde et les fonctions sociales [34][34] S. A. Siebert, The Saulteux Indians, Chicago, Techny,..., on entrevoit le sens des remarques de Belcourt sur la réalité que représente la différence culturelle. Il poursuit sa pensée sur cette valeur patrimoniale de la langue :

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« chez les nations sauvages de l’amérique] et chez les nations de l’Ouest, en particulier, on est presque entièrement dépourvu de ces ressources [monuments, historiens et poètes]. Le principal, pour ne pas dire l’unique monument qui puisse aider dans la recherche de leur histoire, c’est la connaissance de leur langue.

La partie grammaticale de la langue sauteuse, comparée à celle des langues anciennes ; puis le génie de cette langue si différent de celui des langues modernes ; son style poëtique, ses chants religieux, satyrique ou guerrier, confrontés à ce que des hommes observateurs ont recueilli des usages et des langues des anciens peuples, sont cependant encore autant de données propres à aider puissamment à la recherche de l’origine, etc., des diverses tribus qui habitent les contrées du Nord-Ouest » [35][35] G.-A. Belcourt, Dictionnaire…, op. cit., Préface. Nous....

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Nous retiendrons en particulier trois mots qui marquent la modernité de la pensée de Belcourt. La langue est un « monument » : elle fait partie du patrimoine vivant d’un peuple. Le sauteux est bien une langue orale, mais elle est dotée d’une littérature et sa grammaire est comparable à celle des langues anciennes, autant de « données » qui racontent « puissamment » l’histoire de son peuple.

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Cette histoire, on peut la retrouver dans les mots de la langue générale, tout comme dans la toponymie. Au lieu de le décourager, l’étendue du territoire habité par les Sauteux incita au contraire Belcourt à « comprendre les noms des lieux par où l’on passe, dans un cours de plus de huit cents lieues » [36][36] Ibid.. Il décrit le territoire des Sauteux dans toute son étendue, depuis le premier village qui apparaît sur la rive gauche de la Rivière du Détroit, à ceux qui se découvrent au bord du lac Huron, au sud du lac Michigan, au nord du lac Supérieur, au bas du lac des Bois, à la rivière Rouge, et dans les vastes prairies qui s’étendent jusqu’au Missouri. Dans ses récits et ses observations linguistiques, il note toujours minutieusement les toponymes. Son récit de voyage, de l’Est du Canada jusqu’à la Rivière-Rouge, est un modèle de relevé toponymique. Les noms des espaces traversés y sont systématiquement rapportés de la première à la dernière page et composent un florilège d’anciens noms français : Décharge des Roses, portage du Talon, Culbute du Récollet, Pointe à la Gourgane, Rivière de la Quenouille, portage de la Savane, etc. [37][37] G.-A. Belcourt, « Mon itinéraire du Lac des deux-Montagnes… »,...

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La pensée linguistique de Belcourt, comme la nôtre, attribue aux langues un aspect synchronique (et utilitaire, car elles servent au présent de la vie, au quotidien) et un aspect diachronique (et historique, car elles contiennent l’histoire de leurs locuteurs). De plus, il ressort de sa pensée linguistique que toute langue est un humanisme ; et il exprime cette philosophie en humaniste. Le but ultime de l’étude des langues est de comparer « l’homme avec l’homme » [38][38] G.-A. Belcourt, Dictionnaire…, op. cit., Préface., en vue du bonheur personnel et social, et de la connaissance de l’humanité.

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Une fois posés ces principes philosophiques et linguistiques, qu’en est-il des aspects de la langue des Sauteux que nous pourrions présenter dans le cadre de cet article ?

V - Le dictionnaire Français-Sauteux

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Ce dictionnaire de 950 pages débute par une Préface de neuf pages qui comporte un plan, des indications de prononciation (« conventions alphabétiques » et signes diacritiques), la liste des abréviations et plusieurs explications grammaticales (sur la morphologie, etc.). Le Dictionnaire est bilingue, rédigé selon une nomenclature onomasiologique composée de mots français. Chaque mot est suivi de sa définition en français (comme dans un dictionnaire unilingue), puis de sa traduction en sauteux, ainsi que de plusieurs mots ou expressions. Le choix des expressions et mots en sauteux, présentés à l’intérieur de chaque rubrique, s’organise autour d’un concept central, dans une perspective cette fois sémasiologique. En effet, Belcourt considère que l’approche sémasiologique est mieux adaptée au sauteux que l’approche onomasiologique : « Chez les peuples du Nord-Ouest, ce n’est pas le mot qu’il faut traduire, mais la pensée » [39][39] Ibid.. Par exemple, le mot wakakkwat, bois croche, se traduit par hache ; pakkwejigan, tranche faite avec le couteau, se traduit par pain. Dans ses traductions en sauteux des mots répertoriés en français, Belcourt n’abondonnera pas cette perspective et fournira de nombreuses remarques à cet effet. À la fin de sa Préface, il souligne d’ailleurs que les détails qu’il donne ainsi sur les expressions et mots sauteux sont suffisamment abondants pour permettre la composition d’un volume sauteux-français. Un jour, espérons-le, un linguiste répondra au souhait de Belcourt, s’intéressera à ces données et complètera ce grand projet lexicographique.

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Pour la prononciation du sauteux que Belcourt nomme aussi odjibwek (ojibwa), notons, par exemple, que le son [?] est long en finale de mot, que la lettre « g » se prononce toujours de façon dure (comme dans I guess en anglais, et « augure » en français), et que « c » se prononce toujours [?]. Belcourt précise qu’il utilise le même alphabet qu’en français car ses 26 lettres sont suffisantes pour transcrire tous les sons du sauteux, avec l’aide de quelques signes diacritiques précisant des nuances d’ouverture ou de durée vocalique.

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En ce qui concerne la morphologie, Belcourt avait déjà indiqué dans sa grammaire que le sauteux comprenait neuf espèces de mots. Dans la Préface du Dictionnaire il précise que le verbe est sans conteste l’espèce dominante, qu’il change de désinence selon les temps, les modes, le caractère animé ou non animé de son sujet, et qu’il dispose de nombreuses voix. Les noms sont soit en « style radical » (il y a peu de mots racines en sauteux, comme en grec) ou en « style composé » (un grand répertoire de particules compositives servent à exprimer toutes les pensées). À cela s’ajoute un jeu important de particules ironiques et explétives qui donnent beaucoup d’« énergie » à l’expression ; elles « sont au discours ce que le vernis est à la peinture » [40][40] Ibid.. Ces principes, et bien d’autres, se retrouvent au fil des pages du dictionnaire.

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La nomenclature inclut des mots nécessaires à la religion (abnégation, catéchisme, etc.), des mots de la langue générale (absent, accorder, etc.) et des mots de la vie quotidienne (accoupler, accouchement, etc.). Elle reflète de façon structurée l’expérience de la vie dans l’Ouest canadien au xixe siècle. Le Dictionnaire est bien le résultat authentique d’une linguistique de terrain.

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Pour illustrer quelques-uns des traits du sauteux, nous avons retenu trois exemples. Le premier, extrait de la Préface, est de ceux choisis par Belcourt pour clarifier la distinction entre « style radical » et « style composé ». Le mot mangigama signifie grand lac, car mang signifie grand en composition (comme dans mangigama). Pourtant, employé seul, mang signifie huard ; et Gama, lac, ne se dit pas seul [41][41] Dans les exemples en sauteux, nous ne reproduisons....

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À la lettre « A » de la nomenclature, nous retiendrons un mot du quotidien, « Aboi », qui montre la finesse de la représentation sémasiologique :

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« Aboit – ou aboiment, du chien, mikiwin. – du chien qui attaque ou défend, mikinotagewin, substantif actif animé. - grondement du chien à l’approche de quelqu’un de l’objet qu’il garde, nikkimowin ».

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Comme mot de religion et de morale, où l’on reconnaîtra le jeu des particules, signalons « Accord, s.m. voy. Accorder, pardon mutuel, pakitendamatiwin ».

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Enfin, le Dictionnaire de Belcourt, si minutieusement composé, montre que les lexiques des deux langues représentées, le français et le sauteux, s’enrichissent mutuellement par leur rapprochement.

En conclusion

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Au Dakota du Nord, le nom de « Belcourt » a été donné à la région qu’il a tant parcourue et à laquelle il a consacré tant d’énergie. Au Manitoba, ses missions de Prairie Fournier et Saint-Paul des Sauteux ont préparé l’implantation du village de Saint-Eustache, toujours francophone aujourd’hui [42][42] Saint-Eustache a été l’un de nos points d’enquête lexicale,.... Aux linguistes et humanistes d’aujourd’hui, il a légué sa philosophie des langues et une œuvre linguistique toujours pertinente. Si les pages qui précèdent donnent aux lectrices et lecteurs de cet article l’envie d’en savoir davantage sur le sauteux, cette langue amérindienne complexe et déroutante, nous les invitons à consulter le Dictionnaire français-sauteux de Belcourt dans sa version numérisée, en ligne [43][43] http://library.shsb.mb.ca/fr/search.aspx. Cela aurait ravi son auteur, Georges-Antoine Belcourt, que de nouveaux lecteurs, au xxie siècle, soient, comme lui, toujours partants pour utiliser une nouvelle technologie et surtout pour découvrir, à travers une langue, un monde nouveau.

Notes

[*]

Professor of French Studies, The University of Winnipeg, Canada.

[1]

G.-A. Belcourt, Principes de la langue des Sauvages appelés Sauteux, s. n., Québec, 1839.

[2]

G.-A. Belcourt, Dictionnaire français-sauteux, ms 1851–1860 (Archives de la Société historique de Saint-Boniface, Centre du Patrimoine). Nous remercions vivement Monsieur Gilles Lesage pour son aide dans nos recherches sur les manuscrits du Fonds Belcourt (Fonds 0324).

[3]

Historic Resources Branch, Georges-Antoine Belcourt, Manitoba, Manitoba Culture, Heritage and Recreation, 1984, p. 1.

[4]

J.-N. Provencher (1787–1853) fut le premier évêque de Saint-Boniface (1844). Il joua un rôle considérable dans le développement de Saint-Boniface et de la province du Manitoba : fondation d’une mission, du Collège jésuiste de Saint-Boniface et d’écoles (Sœurs Grises et Oblats).

[5]

Selon la définition canadienne officielle, les Autochones incluent les Amérindiens, les Métis et les Inuit.

[6]

M. La Terreur (dir.), Dictionnaire biographique du Canada, Presses de l’Université Laval et University of Toronto Press, 1972, vol. X, p. 49.

[7]

L.-A. Prud’homme, Belcourt, Georges-Antoine, s.l., s.e., 1920, p. 29.

[8]

G.-A. Belcourt, « Mon itinéraire du Lac des deux-Montagnes à la Rivière-Rouge », Bulletin de la Société historique de Saint-Boniface, vol. IV., Montréal, Arbour & Dupont imprimeurs, 1913.

[9]

Louis David Riel, Métis de la Rivière-Rouge, fut appelé à un destin historique (1844–1885). Après la Rébellion de la Rivière-Rouge (1869–1870), il devint chef du Gouvernement provisoire de cette colonie. Il est considéré comme le fondateur de la Province du Manitoba, car il fut l’auteur principal de la Liste des Droits des habitants de la Rivière-Rouge, présentée à Ottawa, à l’entrée du Manitoba dans la Confédération canadienne, en 1870. Cette liste initiale, garantissant le droit des premiers habitants du Manitoba à rester sur leurs terres, ainsi que leurs droits linguistiques, deviendra la Loi du Manitoba (constitution de la province). Pour une rébellion et une action similaires visant à protéger les droits des habitants déjà établis dans la future province de Saskachewan, il fut arrêté et exécuté par le gouvernement fédéral de John Macdonald, selon une ancienne loi anglaise.

[10]

L.-A. Prud’homme, Belcourt…, op. cit., p. 26.

[11]

L.-A. Prud’homme, Belcourt…, op. cit., p. 29-31.

[12]

Une relation de la chasse de 1850 dans le Missouri a paru dans Turtle Mountain Indian Reservation St. Ann’s Centennial, one Hundred years of Faith, 1885–1985, Belcourt, North Dakota. s. e., s. d.

[13]

L.-A. Prud’homme, Belcourt…, op. cit., p. 55.

[14]

M. La Terreur (dir.), Dictionnaire biographique…, op. cit., vol. X, p. 50.

[15]

Ibid. À Pembina, aux États-Unis, Kittson achetait des fourrures aux Métis de la Rivière-Rouge sans l’autorisation de la Compagnie de la Baie d’Hudson.

[16]

M. La Terreur (dir.), Dictionnaire biographique…, op. cit., vol. X, p. 50.

[17]

En 1755, les Anglais voulurent contraindre les Français d’Acadie à abandonner leur langue et leur foi catholique. Ayant refusé, 11 500 Acadiens furent bannis de leurs terres, et exilés, notamment en Louisiane. Cette période tragique se nomme le Grand Dérangement.

[18]

L-A. Prud’homme, Belcourt, Georges-Antoine, op. cit., p. 25.

[19]

Par exemple, ses 25 ans de correspondance avec les Ursulines. Correspondance Georges-Antoine Belcourt aux Ursulines de Trois-Rivières (Copies archivées par la Société historique de Saint-Boniface, Fonds Lionel-Dorge, 44/132).

[20]

L-A. Prud’homme, Belcourt…, op. cit., p. 25-26.

[21]

Action catholique, 11 avril 1943, et J. Mays et R. Rogers, « Driving Ambition: A Parish Priest shocks P.E.I. with a Devilish Contraption – One of Canada’s First Cars », Canada’s History, avril–mai 2011, p. 39-41.

[22]

L.-A. Prud’homme, Belcourt…, op. cit., p. 26.

[23]

G.-A. Belcourt, Dictionnaire…, op. cit., Préface, neuf pages s. n.

[24]

Alexandre-Antonin Taché (1823–1894) succéda à Provencher. Il fit établir d’autres diocèses dans l’Ouest (Mackenzie, Saint-Albert), et devint le premier archevêque de Saint-Boniface, en 1871.

[25]

M. La Terreur (dir.), Dictionnaire biographique…, op. cit., vol. VII, p. 251.

[26]

Ibid. vol. XI, p. 37.

[27]

G.-A. Belcourt, Principes de la langue…, op. cit.

[28]

G.-A. Belcourt, Dictionnaire…, op. cit., Préface.

[29]

Ibid.

[30]

Ibid.

[31]

A. Martinet ne dit pas autrement : « La fonction essentielle de cet instrument qu’est la langue est celle de la communication (…) qui permet aux gens (…) d’entrer en rapport les uns avec les autres (…). D’autre part, l’homme emploie souvent sa langue pour s’exprimer, c’est-à-dire pour analyser ce qu’il ressent sans s’occuper outre mesure des réactions d’auditeurs éventuels ». (Éléments de linguistique générale, Paris, Colin, 1967, p. 9-10).

[32]

G.-A. Belcourt, Dictionnaire…, op. cit., Préface.

[33]

Ibid.

[34]

S. A. Siebert, The Saulteux Indians, Chicago, Techny, Illinois, The Mission House, Revised Edition, 1950.

[35]

G.-A. Belcourt, Dictionnaire…, op. cit., Préface. Nous conservons l’orthographe du manuscrit et indiquons en italique les mots soulignés par Belcourt.

[36]

Ibid.

[37]

G.-A. Belcourt, « Mon itinéraire du Lac des deux-Montagnes… », op. cit., p. 18, 21, 31, 33, 39.

[38]

G.-A. Belcourt, Dictionnaire…, op. cit., Préface.

[39]

Ibid.

[40]

Ibid.

[41]

Dans les exemples en sauteux, nous ne reproduisons pas ici les signes diacritiques.

[42]

Saint-Eustache a été l’un de nos points d’enquête lexicale, en 1993 et 2006. Voir L. Rodriguez. « Histoire et langue d’un village franco-manitobain : Saint-Eustache (Canada) » dans B. Horiot (dir.), La dialectologie hier et aujourd’hui, (1906–2006), Centre d’études linguistiques Jacques Goudet, Série dialectologique 5, 2009, p. 251-268.

Résumé

Français

Ce texte consacré à Georges-Antoine Belcourt présente ce missionnaire canadien dans un contexte historique et linguistique. Les activités religieuses, politiques et linguistiques de Belcourt sont liées en tout point. Sur le plan historique, les connaissances exceptionnelles qu’il acquit des langues améridiennes firent de lui l’interprète et le porte-parole des Sauteux, dans ses missions dans l’Ouest, au Canada (à la colonie de la Rivière-Rouge) et dans le Dakota du Nord (à Pembina) entre 1831 et 1859. Sur le plan linguistique, il composa une grammaire (publiée en 1839) et un dictionnaire français-sauteux (manuscrit à ce jour). Ces ouvrages, fruits d’une linguistique de terrain de plus de vingt-cinq ans, témoignent d’une grande ouverture culturelle. Ils contiennent aussi les principes fondateurs de la linguistique moderne et une philosophie humaniste des langues, mis au jour dans cet article.

Mots clés

  • ouest canadien
  • langues amérindiennes
  • sauteux
  • lexique
  • principes lexicographiques
  • philosophie des langues

English

Georges-Antoine Belcourt (1803-1874), missionary and linguist in Manitoba (Canada)The religious, political and linguistic activities of father Georges-Antoine Belcourt in Manitoba are inextricably linked. His exceptional mastery of Native languages made him the interpreter and spokesman for the Sauk people (in the Canadian Red River colony) and at Pembina (North Dakota) from 1831 to 1859. He drew up a grammar (1839) and an unpublished Franco-Sauk dictionary based on 25 years of field studies. Open to different cultures, his work contains the origins of modern linguistics and a humanist philosophy of language.

Keywords

  • Western Canada
  • native languages
  • sauks
  • vocabulary
  • lexicographical principles
  • philosophy of language

Plan de l'article

  1. I - Éléments biographiques
  2. II - La personnalité de Belcourt
  3. III - Sa philosophie de la langue
  4. IV - La linguistique descriptive de Belcourt
  5. V - Le dictionnaire Français-Sauteux
  6. En conclusion

Pour citer cet article

Rodriguez Liliane, « Georges-Antoine Belcourt (1803–1874), missionnaire et linguiste au Manitoba (Canada) », Annales de Normandie, 2/2012 (62e année), p. 189-202.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2012-2-page-189.htm
DOI : 10.3917/annor.622.0189


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