Accueil Revues Revue Numéro Article

Annales de Normandie

2012/2 (62e année)


ALERTES EMAIL - REVUE Annales de Normandie

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 21 - 35 Article suivant
1

Aux chapitres 55 et 56 du Quart Livre de François Rabelais, Pantagruel et ses compagnons de voyage en haute mer sont soudain effrayés par des voix et des bruits venus de nulle part. Le pilote du navire les rassure : « on est ici aux confins de la mer de Glace, où, au début de l’hiver dernier, eut lieu une grande et cruelle bataille [...]. Alors gelèrent dans l’air les paroles et les cris des hommes et des femmes [...]. Maintenant la rigueur de l’hiver étant passée, le beau temps doux et serein étant arrivé, elles fondent et on les entend » [1][1] F. Rabelais, Le Quart Livre, Paris, Seuil 1997, p.....

2

Il y a dans ce passage de quoi faire rêver les linguistes, particulièrement ceux qui décrivent un langage menacé d’extinction, au premier chef les dialectologues du domaine d’oïl [2][2] Pour Patrice Brasseur, « le basilectal est devenu en.... Le fait que leur objet d’études se fonde peu à peu – sans jeu de mots – dans le français de référence les incline à souhaiter conserver un peu de cette parole en sursis, comme des provisions pour la linguistique diachronique à venir ; ou comme l’octogénaire de La Fontaine qui plante un arbre, sous les moqueries des jouvenceaux : « Mes arrières neveux me devront cet ombrage » [3][3] J. de La Fontaine, Fables, IX, 9 : « Le vieillard et...

3

Au début des années soixante-dix, avec l’acquisition de mon premier magnétophone à bande UHER 4000 report IC, l’outil de toute une génération de chercheurs en Sciences Humaines, j’ai commencé à répondre à ce défi de la conservation de l’oralité de mon parler local du Bessin, en enregistrant des locuteurs si possible « basilectaux » (donc), si possible dans de réelles situations de communication proches de la conversation courante et sur de longues séquences, tout en connaissant les limites du projet. Comme le cadre du cliché pour le photographe, le format de l’enregistrement représente un choix dans le ruban ininterrompu du discours d’un locuteur [4][4] Sur mon magnétophone, avec des bandes de 13 cm de diamètre,.... Mais mon postulat de départ était qu’un document oral, même partiel et aléatoire, contiendra des informations spécifiques qu’un document écrit, même à visée exhaustive, ne pourra révéler. C’était ma façon de contourner la contradiction soulevée par William Labov, pour qui l’objectif du sociolinguiste était de savoir « comment les gens parlent quand il n’est pas là », une façon aussi de répondre à Patrice Brasseur, qui a passé des années de sa vie à noter par écrit les réalisations orales de milliers de lexèmes, et note avec, semble-t-il une pointe de regret, dans l’introduction du tome IV de son Atlas Linguistique et Ethnographique Normand[5][5] P. Brasseur, Atlas de linguistique…, op. cit. : « Des enquêtes de fréquence peuvent difficilement se faire sur l’oral, car elles nécessiteraient un corpus considérable ».

4

C’est pourtant bien un « corpus considérable » qui s’est constitué peu à peu en ce qui me concerne. Parfois, l’objectif était précis, comme en 1981 dans le cadre du 1er colloque de dialectologie et de littérature du domaine d’oïl occidental organisé à l’université de Caen par René Lepelley : les enregistrements ont été faits pour alimenter ma communication de l’époque : le vocabulaire de la traite à l’herbage dans le Bessin entre les deux guerres[6][6] P. Boissel, « Le vocabulaire de la traite à l’herbage.... Il s’agissait donc d’illustrer une étude lexicologique. Mais peu à peu, l’objectif plus ou moins conscient est devenu la saisie du langage ordinaire lui-même, comme dans ma communication au XVIIIe Congrès International de Linguistique et de Philologie Romane, à l’université de Trèves, en 1986, qui étudiait un récit relatant une histoire de lait « baptisé » [7][7] P. Boissel, « De l’eau sur du lait », Étude du parler... ; le sous-titre en était : français dialectal ou dialecte francisé. La profession a nommé généralement ethnotexte ce type de récit ayant une unité narrative minimale et un intérêt ethnologique. C’est à cette époque que j’ai commencé à employer, à propos de mon objet d’études, le concept de langage ordinaire, qui avait l’avantage d’impliquer la notion de continuum entre les codes du standard, du régional, du local, du populaire (l’argot par exemple) à l’œuvre au sein du discours d’un même locuteur. Pour prendre un exemple simple, ce locuteur peut parfois réaliser la forme française nuit, parfois la forme locale nieut, comme l’expression nuit noire à côté de nère nieut, ou même … noire nuit.

5

En 1987, Marie-Rose Simoni, alors présidente de l’AFAS [8][8] Association Française des Archives Sonores (rue de..., m’a permis de déposer à la Phonothèque Nationale quelques-unes de mes bandes, dans un but de sauvegarde. Mais les enregistrements ont continué de s’accumuler, sans que je puisse expliquer mes motivations autrement que par un sentiment d’urgente nécessité : il fallait que ce travail fût fait… Mon fonds en archives sonores est actuellement de plus de cent cinquante bandes magnétiques, représentant plusieurs centaines d’heures de parole locale. Depuis deux ans, j’ai la chance d’avoir pu numériser ce trésor et d’en avoir commencé l’indexation grâce au Centre d’Enseignement Multimédia Universitaire – CEMU- de mon université [9][9] Ex-CTEU : centre de télé-enseignement universitair... qui a mis un technicien à ma disposition. Un premier travail de présentation a été fait en 2001, un site web est disponible, sous le titre : Le parler normand du Bessin ou « ma vie à mé ch’est un roman » [10][10] Voir http://leparlernormand.tge-adonis.fr. Ce site.... Dans cette courte contribution en hommage à ma collègue Catherine Bougy, avec laquelle j’ai eu la chance de travailler pendant de nombreuses années, j’ai choisi de mettre en avant l’intérêt linguistique que peut comporter ce travail pour notre discipline, travail qui m’a accompagné tout au long de ma carrière.

I - Deux tables. Les poires du courtil. Curer les veaux

6

Je vous invite à écouter – selon la procédure indiquée à la fin de cet article – 2 minutes 45 secondes de langage ordinaire d’un premier récit intitulé : Deux tables. Les poires du courtil. Curer les veaux.

Joseph Girard, dimanche 5 octobre 1975 à Tournières (14) : 2 mn 45 sec
7

Cette séquence de deux minutes quarante-cinq secondes intervient au terme d’un enregistrement de plus d’une heure : Joseph Girard est venu chez nous remplir une bonbonne de cidre du tonneau qui lui appartient dans notre cave ; je le reconduis chez lui à Tournières, où il m’offre un café : c’est là qu’intervient l’extrait : la conversation portait sur une comparaison entre les paysans de la Manche (de l’autre côté de la forêt de Cerisy), présentés comme chaleureux et simples, et les paysans du Bessin, présentés comme impitoyables. Il évoque alors ses souvenirs douloureux de petit domestique dans une grande ferme de la région de Bayeux, juste avant la guerre. Cette violence des rapports humains dans le Bessin traditionnel est une évocation récurrente dans les témoignages des anciens ouvriers agricoles.

8

Le cadre de cette étude ne permet pas une analyse exhaustive du document. J’ai choisi ici trois points concernant tous le continuum entre le français de référence et le parler local :

  1. Les marqueurs du Bessinais

  2. Les avatars phonétiques de la poire

  3. L’expression figée « francs comme des rars dé seu » : un figement relatif ?

1 - Les marqueurs du parler local

9

Comme tout document oral, cet échantillon prélevé à la fin d’une longue séquence peut être analysé de multiples façons. D’un point de vue purement linguistique, il comporte plusieurs caractéristiques relevant de la dialectologie normande : la phonétique normano-picarde est représentée par les formes cats (l. 4) [11][11] Noter, en outre, la réalisation longue de la voyelle... et tracher (litt. tracer l.5 = chercher) ; celle du domaine d’oïl occidental par de multiples exemples : bère (l. 5), père (l. 9), (l. 25) ; le Calvados est repérable par la réalisation nieut (l. 32) ; la quasi absence du e central ou muet du français « pasqué on crévait d’fouaim » (l. 9) avait déjà été relevée par René Lepelley dans le mémoire de Pierre Rivière [12][12] Aunay-sur-Odon, 1835. R. Lepelley, « Les régionalismes.... La non-réalisation des consonnes finales d’un nom masculin dans seu (l. 3), la simplification d’une ancienne diphtongue qui reste accentuée sur le premier élément dans (l. 25) est fréquente dans les parlers du nord de la Loire. On pourrait multiplier les exemples [13][13] La forme prenchez (l. 24) est un hapax dans le parler..., y compris à partir de situations de continuum (seu / seul l. 3, viax / viaux l. 29 et l. 30) ou en relevant la conservation d’une morphologie ancienne du pronom personnel pluriel : il ont pas voulu (l. 13). Je m’arrêterai ici sur deux points, qui suffisent à classer notre locuteur comme originaire de la région du Bessin :

  • La labialisation dans le mot fouaim (l. 9) : ce phénomène, lié à l’influence sur la voyelle de la consonne labiale en début de syllabe, s’est rencontré ponctuellement dans l’histoire de quelques mots en moyen français : armaire > armouaire, avène > avouène, mais dans le Bessin, il est quasiment systématique (maître > mouaitre, demain > d’mouain). Ainsi, le mot surfaix du français, qui désigne une courroie importante dans le harnais du cheval de trait, est-il réalisé surfouaix, ce qui fait que l’auteur de ces lignes l’a longtemps rapproché, par une association d’idées assez répandue dans cette région bien que peu cohérente, … du terme fouet[14][14] Je n’ai, pour ma part, jamais rencontré à l’oral la... : j’ai parfois rencontré la réalisation [syrfwa], qui représente un hypercorrectisme à partir de la forme en [w?].

  • L’infinitif du verbe mougier (l. 2) : cette terminaison a évolué en –er en français, en i dans le Cotentin. Dans le Bessin, elle s’est conservée à l’infinitif, alors qu’elle est passée à –i au participe passé : i va mougier / il a mougi. La forme tracher (l. 5) représente une influence de la phonétique du français. Joseph Girard réalise plus souvent trachier (dans d’autres enregistrements).

Ces simples phénomènes (fouaim l. 9, mougier l. 2) suffisent à identifier le parler du témoin : il s’agit d’un locuteur bessinais.

2 - Les avatars du mot poire

10

On sait que la voyelle brève accentuée et libre du latin classique píra, passée à e fermé en bas latin, a évolué, au terme d’une longue histoire, en [w?], puis en [wa] en français, et que dans l’ouest du domaine d’oïl la diphtongue s’est réduite en [?] à une date ancienne. Cette réduction s’est faite également dans certaines séries morphologiques en français, en finale de noms de peuple (français / François), en finale d’imparfait, ou même pour certains mots isolés (harnois prononcé [w?] devenu harnais en français moderne). Il est intéressant de constater que Joseph Girard réalise dans ce court extrait les trois prononciations : poire (prononciation française) (l. 7, 8, 14, 16), père (prononciation dialectale) (l. 9 et 10) et pouère (archaïsme du français) (l. 12 et 14).

11

Il semble bien que, dans ce court passage au moins, si l’on excepte l’influence possible du micro que j’approche du témoin en début de séquence (cf. ma remarque à la ligne 8), ce qui a pu pousser Joseph Girard à répondre à ma demande implicite de « patois », il semble bien que le locuteur respecte un micro-système en fonction de la situation syntaxique ou des contextes psychologiques :

  1. La réalisation [wa] du français apparait plusieurs fois, mais uniquement au pluriel et dans le syntagme les poires du courtil[15][15] Jardin potager.. Il s’agit d’une évocation neutre du fruit sur l’arbre.

  2. La réalisation [?] du parler local intervient d’abord au singulier (l. 9 et 10), déterminée par l’article défini – reprise par un pluriel liée à un verbe itératif : je prenais des pères (l. 10) – il s’agit d’une évocation affective du goût de la poire, en écho à la remarque : on crévait d’fouaim (l. 6). Le parler local traduit, semble-t-il, une vision gourmande du fruit, que l’auditeur est comme invité à partager en complice.

  3. La réalisation [w?] se trouve d’abord dans le syntagme un machin d’pouère (l. 12), au sens vraisemblable de trognon de poire. Il s’agit donc d’un contexte négatif humiliant, ce trognon étant destiné à faire honte au domestique. Le mot est repris sous cette forme pour désigner la même poire à la ligne 14 « eune pouère ».

La poire sur l’arbre, la poire comme objet de convoitise, la poire comme instrument de honte : trois nominations du fruit, trois prononciations spécifiques, qui, au moins dans cet extrait, semblent faire un micro système entre le [wa] neutre, le [?] connoté positivement, le [w?] connoté négativement. Je ne suis pas certain pourtant que l’on puisse généraliser cette grille et que les trois prononciations possibles du mot poisson, par exemple, puissent illustrer clairement cette hypothèse. Mais après tout, comment explique-t-on en français les paires du type benoît / benêt ?

3 - L’expression « francs comme des rars dé seu » (l. 13) : un figement relatif

12

Cette expression signifie littéralement : solide comme un lien (de fagot) en sureau, ce qui constitue une antiphrase, un « lien de sureau » étant notoirement peu résistant [16][16] Un peu comme dans l’expression « solide comme une planche.... Seu est une forme ancienne dont « sureau » est un dérivé, rar, avec un h fortement expiré qui tend vers r en Normandie [17][17] Comme pour beaucoup de mots d’origine germanique., est la forme locale au masculin du français vieilli hart (féminin) au sens de « corde » [18][18] Par exemple dans sentir la hart : sentir la corde (de.... Cette formule a été étudiée par Catherine Bougy et René Lepelley dans Expressions familières de Normandie[19][19] C. Bougy et R. Lepelley, Expressions familières de..., avec l’indice de vitalité suivant : attestations très peu nombreuses : Calvados, Eure ouest, Orne ouest, Manche nord. En ce qui concerne le Bessin, je peux témoigner au contraire de la vitalité de cette expression aujourd’hui encore, au sens d’hypocrite donc, même chez des locuteurs assez jeunes. On peut remarquer que, dans la bouche de Joseph Girard, cette formule est si familière qu’elle s’intègre facilement dans le contexte syntaxique, un peu comme s’il s’agissait d’un adjectif simple, alors que l’expression figée, citée par René Lepelley et Catherine Bougy, est au singulier : franc comme un rar dé seu, le contexte pluriel de l’attribut entraîne l’adaptation au pluriel de la comparaison. D’autre part, on peut noter une redondance entre l’emploi de l’intensif tellement et la valeur superlative de la comparaison. On attendrait soit : il ‘taient tellement francs (l’élément consécutif est sous-entendu), soit il ‘taient francs comme un rar dé seu. L’expression est si vivante chez notre témoin qu’elle n’est pas totalement contrainte.

II - Les filets de banque

13

Je vous invite à présent à écouter un second échantillon du langage ordinaire d’un autre témoin, intitulé : Les filets de banque (selon la même procédure mentionnée à la fin de cette étude) :

Charlotte Catherine, 4 juin 1977, Le Breuil en Bessin (14) : 3 min 27 sec
14

Ce deuxième extrait intervient au terme d’une demi-heure de conversation libre. Le témoin évoque d’abord des problèmes de voisinage, puis des histoires de frayeurs dues aux reptiles ; elle raconte ensuite une scène de traite à l’herbage avant la guerre de 1914, au cours de laquelle elle a vu une couleuvre en train de traire une vache ; enfin, toujours dans cette ferme de la Bazoque, ce récit de pêche au filet en rivière.

15

Le témoin est âgé de 84 ans en 1977, Joseph Girard avait 50 ans en 1975. Les deux ont appris à parler dans deux communes voisines à l’ouest de Bayeux et n’ont guère bougé durant leur existence. Les deux extraits renvoient au même parler de base, même s’ils présentent concrètement des différences :

  • Charlotte Catherine emploie régulièrement la forme de pronom indéfini no (6 occurrences), là où Joseph Girard n’employait que la forme française on. Pourtant la forme locale lui était familière, ainsi qu’il apparaît dans de nombreux autres enregistrements du même locuteur.

  • Le témoin ici emploie régulièrement la phonétique locale pour le mot peisson, thème du récit en l’occurrence. Nous avons vu que Joseph Girard semblait créer un micro système autour de 3 réalisations du mot poire : poire : le fruit à l’arbre ; père : l’objet du désir ; pouère : le trognon de la honte. Faut-il y voir une plus grande souplesse dans le continuum lié à la différence de génération des témoins ?

  • Les deux témoins réalisent les labialisations propres au Bessin : fouaim chez l’un, d’mouain (l. 7) chez l’autre.

  • Comme chez Joseph Girard, la langue de Charlotte Catherine connaît des variations internes : ruissiax (l. 37) à côté de ruisseaux (l. 39), au sein du même syntagme. Mougier (l. 5), forme régulière mais en recul de l’infinitif, à côté de mouji (l. 17), forme de plus en plus répandue. Par contre, la morphologie du parler de base du verbe au futur (moujura l. 7) et au subjonctif imparfait (moujusse l. 13) est cohérente avec les formes fortes du verbe en ancien français (morphème [y] de formes fortes du présent : il manjue), mais à l’imparfait on retrouve une micro variation : « i mougiaient » (l. 4) à côté de « qui moujaient » (l. 12) (analogue à Joseph Girard qui alterne mougier et tracher). Ce qui me semble caractériser la langue de Charlotte Catherine, c’est une plus grande souplesse dans le choix du vocabulaire : des formules soutenues, presque des clichés de journaliste comme prix fabuleux (l. 34) et vol manifesse (l. 35) voisinent avec j’foutais les peissons en l’air (l. 14-15) et il ‘tait rapiat eune fiée (l. 11) : rapiat, au sens d’avare, vient d’un latinisme de l’argot scolaire parisien du xixe[20][20] Même si Patrice Brasseur le relève comme terme dialectal... (à partir de la locution faire rapiamus : chiper), alors que la locution adverbiale eune fiée (litt : une grande quantité de coups de fléau) au sens de beaucoup ne se rencontre que rarement [21][21] À une époque où notre chien courait les chiennes en... et est très marquée dialectalement [22][22] Cette forme avait marqué l’enquêteur des atlas à cette....

1 - Il y a banque et banque

16

René Lepelley, dans son Dictionnaire de français régional de Basse-Normandie[23][23] R. Lepelley, Dictionnaire de français régional de Basse-Normandie,... relève banque, au sens de talus, avec la mention : « attesté Calvados ouest » [24][24] La mention attesté signifiant dans cet ouvrage « compris.... De fait, je l’entends de moins en moins au sens de partie élevée d’un fossé, levée de terre, ou ici bord d’une rivière. L’influence du vocabulaire technique des Ponts et Chaussées entraîne l’emploi de plus en plus fréquent de talus et des verbes taluter, détaluter, retaluter (le sujet est d’actualité dans la presse régionale). L’étymon germanique *bank a donné le français banc, qui en ancien français avait au féminin, le sens de siège, étal. Le sens moderne d’établissement bancaire vient du même étymon, mais est un emprunt à l’italien : le terme apparait dans une lettre de Louis XI de 1458 au sens de table du changeur. La Normandie a conservé, à partir du xvie siècle, le mot féminin de l’ancien français au sens de levée de terre. Charles Joret, dans son Essai sur le patois normand du Bessin[25][25] C. Joret, Essai sur le patois normand du Bessin, Paris,... le relève au sens de : partie surélevée d’un fossé, remblai. À vrai dire, Charlotte Catherine, lorsqu’elle parle du système des haies du bocage, emploie plutôt le terme fossé, ou masse du fossé pour désigner cette partie surélevée. Dans notre extrait, le terme banque apparait en quelque sorte figé dans la locution « filet de banque », sauf dans le commentaire d’eune banque à l’aut’ (l. 22) [26][26] Mais le témoin emploie couramment le terme bantchie....

17

Il en est de banque comme de pièce, rue, appartement, potager, maison, bûcher. À côté de leur emploi en français usuel, coexiste chez les locuteurs du Bessin, de façon non problématique, leur emploi en français régional (respectivement au sens de levée de terre donc, de parcelle d’herbage, de chemin en milieu rural, de bâtiment à usage de communs, d’édifice en maçonnerie pour réchauffer des plats, de pièce principale d’habitation, de lieu de stockage du bois de chauffage. Cette coexistence de deux lexiques peut entraîner des confusions pour un étranger linguistique : un futur gendre méridional, à qui l’on proposait d’« aller voir les pièces » à la fin du repas du dimanche, se dirigeait vers l’escalier pour visiter les chambres, alors qu’on lui proposait d’aller voir les herbages de l’exploitation agricole. Cette fonction de brouillage du langage local est assez souvent évoquée au sein des familles, le plus souvent pour se moquer de l’étranger linguistique.

2 - La relation enquêteur – enquêté

18

L’opinion généralement répandue concernant l’attitude à adopter par l’enquêteur dans une enquête est qu’il doit rester le plus neutre possible, et comme le dit Thierry Bulot dans Sociolinguistique de la langue normande[27][27] T. Bulot, Sociolinguistique de la langue normande,..., « le chercheur est partout un étranger et les locuteurs natifs sont rarement des linguistes » [28][28] D’où un problème pour déterminer, par exemple, le degré.... Ma méthode d’entretiens libres sur une longue durée, auprès de gens qui me connaissent depuis longtemps, rapproche les propos enregistrés d’une conversation non enregistrée qui se serait tenue en dehors de la présence d’un linguiste et qu’on ne connaitrait jamais par définition. Dans le premier extrait à partir de la ligne 18, Joseph Girard, emporté par sa colère rétrospective contre les patrons de ferme de sa jeunesse, suppose d’abord que je sais d’expérience ce que représente comme difficulté le fait de curer des veaux le lundi matin après une ivresse le dimanche soir. Puis, se souvenant de mon métier d’enseignant, il reprend : « vous vous ne beuvez pas ça vous est jamais arrivé […] mais si vous b’viez et qu’ vous tchuriez les viax » (l. 21). Les deux termes de l’hypothèse sont cocasses et m’intègrent malgré tout dans le propos, de force en quelque sorte, ce qui est souligné par l’abondance de formules de relance du type : pensous (l. 7) (= pensez-vous), j’vous garantis qu’j’aime mieux vous dire (l. 17), allez y j’aime mieux vous l’dire (l. 27-28). Un des surnoms du témoin pour mes neveux a été « comprenous directement » (= comprenez-vous directement), formule qui lui était familière.

19

Dans le second extrait, je sors de la neutralité préconisée quand je m’extasie, à la ligne 23-24, devant le mot banque : « Je suis bien content, c’est comme ça qu’on dit en anglais ! ». Cette remarque, qui laisse Charlotte Catherine assez indifférente, ne peut se comprendre hors contexte : en 1977, j’étais complètement immergé dans le Revival de la musique traditionnelle en France – j’apprenais le violon – et je venais juste d’apprendre une balade du répertoire folk américain : The Banks of the Ohio – on est loin du Bessin ! – d’où ma réaction quasi enfantine !

20

Un peu plus loin, j’interviens plus sobrement devant la forme frire (l. 39), ce qui fait préciser par le témoin : « frire, oui pour friter enfin » (l. 39-40) [29][29] Le fait qu’elle glose frire par friter représente une.... Et pour un temps, le rapport enquêteur/enquêté s’inverse : c’est l’enquêté qui pose une question : « comment qu’no dit (en français) » (l. 40). C’est l’enquêteur qui devient l’informateur ; Charlotte Catherine n’est d’ailleurs pas impressionnée par cette révélation lexicale : « ah frayer, no dit friter nous » ; et la leçon de vocabulaire s’arrête là ; mais chacun des deux interlocuteurs a enrichi son bagage lexical.

Conclusion : utilité des archives sonores

21

Cette histoire de pêche au filet en rivière pourrait servir de métaphore à l’enquête par magnétophone – mais, contrairement aux poissons [30][30] L’édition Caen-Bayeux du quotidien régional Ouest-France..., les mots recueillis ne meurent pas et repartent dans le flux ininterrompu de la parole. Cette méthode est très coûteuse en temps – à vrai dire, je n’ai jamais pensé à ce paramètre : j’enregistrais parce qu’il le fallait, comme un photographe compulsif qui mitraille tout ce qui l’entoure ; mais quand un terme apparaît, il est en situation. Des statistiques sont possibles, tout comme l’évaluation des connotations et du contexte (comme « francs comme des rars dé seu »). La situation de continuum apparait clairement. Certains micro-systèmes s’organisent comme les trois « poires » de Joseph Girard. On obtient ainsi un paysage linguistique qui, comme un paysage rural ou urbain, est le reflet dialectique des enjeux d’une époque, avec ses surprises, ses anachronismes et ses paradoxes.

22

Dans une étude parue sur un site web cité précédemment, je concluais l’avant-propos de présentation de l’ensemble de mon fonds d’archives sonores, constitué de langage ordinaire local et de documents de musique traditionnelle – je suis linguiste et musicien – par ces mots : « cette anthologie de la parole traditionnelle du Bessin nourrira peut-être l’imaginaire et la créativité de linguistes et d’artistes à venir, qui pourront y voir un inventaire émouvant et cocasse de l’imaginaire des anciens, et donc la possibilité d’une rêverie sur les racines d’une communauté rurale d’avant la modernité ».

23

Je trouve au même moment, sous la plume d’Arlette Farge [31][31] Le goût de l’archive, Paris, Seuil, 1989, p. 145., ces formules encore plus convaincantes pour tout historien de la langue : « on ne ressuscite pas les vies échouées en archives. Ce n’est pas une raison pour les faire mourir une deuxième fois. L’espace est étroit pour élaborer un récit qui ne les annule ni ne les dissolve, qui les garde disponibles à ce qu’un jour, et ailleurs, une autre narration soit faite de leur énigmatique présence ».

24

N.B. : Cet article ne prend son sens qu’avec l’audition des deux séquences sonores analysées ici. Pour ce faire, le lecteur a deux possibilités :

Remerciements

Au terme de cette étude en hommage à Catherine Bougy, je remercie tout particulièrement notre collègue commun de l’Université Dominique Legallois et toute l’équipe du Centre d’Études Multimédia Universitaires (CEMU) de Caen. De même, toute ma reconnaissance va à mes fidèles étudiants de l’antenne de Caen de l’université Inter-Ages (UIA) dont l’intérêt stimulant pour la dialectologie normande m’a beaucoup aidé dans l’élaboration de ce travail. Sans les uns et les autres, il n’aurait pu voir le jour.

Je ne peux, à la fin de cette étude traitant d’un domaine qui m’a passionné durant toute ma carrière, omettre de mentionner avec émotion la figure de René Lepelley qui nous a quittés à l’été 2011 : nous avons travaillé de nombreuses années avec lui, Catherine et moi, au sein d’une discipline qu’il a imposée à l’université dans les années soixante. C’est grâce à lui que nous avons initié des centaines d’étudiants aux richesses du domaine linguistique normand.


Bibliographie

  • Baude O., Corpus oraux, guide des bonnes pratiques (avec la collaboration de C. Blanche-Benveniste, M.-F. Calas, C. Marchello-Nizia et alii), Orléans, Presses Universitaires d’Orléans-CNRS éditions, 2006.
  • Boissel P., Étude du parler de la région de Littry, mémoire de maîtrise, dir. René Lepelley, Caen, Institut de Philologie française, 1970, non publié.
  • Boissel P., « Le chercheur et le terrain d’études : trois cas de sorcellerie dans le Bessin », Revue du département de la Manche, t. 25, 1983, n° spécial, fascicule 97-98, Actes des rencontres de Cerisy : croyances et traditions populaires en Normandie, p. 37-52.
  • Boissel P., « Le vocabulaire de la traite à l’herbage dans le Bessin », dans R. Lepelley (dir.), Actes du 1er colloque de Dialectologie et littérature du domaine d’oïl occidental, Cahier des Annales de Normandie, n° 15, Caen, Musée de Normandie, 1983, p. 9-24.
  • Boissel P., « Aspect de la conscience linguistique dans le Bessin en 1984 », Annales de Normandie, 36e année, n° 1, mars 1986, p. 57-73.
  • Boissel P., « Mon avenir magnétique ou genèse d’archives sonores personnelles », in Bulletin de l’AFAS (Association française d’archives sonores), dir. Marie-Rose Simoni-Aurembon, Sonorités, rue de Louvois, Paris, n° 18, octobre 1987, p. 19-22.
  • Boissel P., « De l’eau sur du lait », Etude du parler ordinaire rural de la région de Bayeux en 1985 : français dialectal ou dialecte francisé ? », Actes du XVIIIe Congrès international de linguistique et de philologie romaine (Trèves, 1986), Tübingen, Max Niemeyer Verlag, 1991, p. 383-392.
  • Boissel P., « L’homme et l’animal : récits de métamorphoses dans le Bessin en 1985 », Annales de Normandie, 39e année, juin 1999, Caen, Musée de Normandie, p. 237-250.
  • Boissel P., Études de documents oraux du Bessin, CTEU (Centre de télé-enseignement universitaire), Campus 1, Université de Caen Basse-Normandie, 1 CD-Rom, 3 CD audio avec livre papier de 47 pages, 2001 (ce document, appelé BESSIN I, sera repris et intégré avec un autre travail intitulé BESSIN II par le CEMU, Centre d’Enseignement Multimédia Universitaire).
  • Brasseur P., « Représentation géolinguistique : la diffusion du lexique dans l’Atlas Linguistique de la Normandie », dans L. Mercier (éd.), Actes du 6e colloque international d’Oxford (Québec du 26-29 septembre 2000), Tübingen, Max Niemeyer Verlag, 2004, p. 36-50.
  • Brasseur P., « Enquêteurs et enquêtés : l’enquête dialectologique en Normandie », dans B. Horiot et M.-R. Simoni-Aurembou (éd.), Mélanges Lothan Wolf : je parle donc je suis … de quelque part, Lyon, Centre d’études linguistique de Lyon III, 2005, p. 67-77.
  • Brasseur P., Atlas linguistique et ethnographique normand (ALEN), t. IV, Caen, Presses Universitaires de Caen, 2011.
  • Coget J., « Transcrire l’oralité : de la fidélité au non-sens », dans Actes du colloque de Clamecy (Nièvre, 26-27 octobre 2000). De l’écriture d’une tradition orale à la pratique orale d’une écriture, Premières rencontres autour d’Achille Millien, Saint-Jouin-de-Milly, Édition Modal, 2001, p. 51-62.
  • Heintzen J.-F. « Maxou », « Le faussaire, le menteur et le folkloriste », dans Actes du colloque de Clamecy (Nièvre, 26-27 octobre 2000). De l’écriture d’une tradition orale à la pratique orale d’une écriture, Premières rencontres autour d’Achille Millien, Saint-Jouin-de-Milly, Édition Modal, 2001, p. 31-38.

Notes

[*]

Assistant agrégé honoraire en sciences du langage, université de Caen Basse-Normandie.

[1]

F. Rabelais, Le Quart Livre, Paris, Seuil 1997, p. 415 (translation en français moderne par Guy Demerson).

[2]

Pour Patrice Brasseur, « le basilectal est devenu en Normandie un point extrême de plus en plus problématique » (cf. P. Brasseur, Atlas linguistique et ethnographique normand, t. IV, Caen, Presses universitaires de Caen, 2011, Introduction). Alain Rey, parlant de la situation linguistique en Bretagne, est encore plus radical : « Quant aux patois romans de Haute-Bretagne (le gallo), leur sort est celui des dialectes de la moitié nord de la France : on les étudie et on assiste à leur agonie » (c’est nous qui soulignons) ; cf. A. Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Dictionnaire Le Robert, t. 1, 1992, p. 289.

[3]

J. de La Fontaine, Fables, IX, 9 : « Le vieillard et les trois jeunes hommes ».

[4]

Sur mon magnétophone, avec des bandes de 13 cm de diamètre, une face dure un quart d’heure à 19 tours/minutes, une demi-heure à 9,5 t/min, 1 h à 4,7 t/min et 2 h à 2,4 t/min. Ces contraintes conditionnent la gestion d’une séance d’enregistrement.

[5]

P. Brasseur, Atlas de linguistique…, op. cit.

[6]

P. Boissel, « Le vocabulaire de la traite à l’herbage dans le Bessin », dans R. Lepelley (dir.), Actes du 1er colloque de Dialectologie et littérature du domaine d’oïl occidental, Cahier des Annales de Normandie, n° 15, Caen, Musée de Normandie, 1983.

[7]

P. Boissel, « De l’eau sur du lait », Étude du parler ordinaire rural de la région de Bayeux en 1985 : français dialectal ou dialecte francisé ? », dans Actes du xviiie Congrès international de linguistique et de philologie romaine(Trèves, 1986), Tubingen, Max Niemeyer Verlag, 1991, p. 383-392. Dans cette étude, j’étudiais même les variations à l’œuvre à 10 ans d’intervalle dans le même récit chez le même locuteur. La notion de « lait baptisé » renvoie à un délit consistant pour un producteur à mettre de l’eau dans le lait lors de la livraison, dans le but d’augmenter son profit.

[8]

Association Française des Archives Sonores (rue de Louvois à Paris).

[9]

Ex-CTEU : centre de télé-enseignement universitaire.

[10]

Voir http://leparlernormand.tge-adonis.fr. Ce site résulte d’une collaboration entre le CEMU de Caen et Stéphanie Girault de l’Institut de Linguistique Française (ILF) à Paris.

[11]

Noter, en outre, la réalisation longue de la voyelle en finale absolue dans ce monosyllabe, marque morphologique très nette de pluriel.

[12]

Aunay-sur-Odon, 1835. R. Lepelley, « Les régionalismes dans le mémoire de Pierre Rivière », La Linguistique, vol. 16, fasc. 2, 1980, p. 68-90..

[13]

La forme prenchez (l. 24) est un hapax dans le parler de notre témoin ; peut-être s’agit-il d’une influence du mot cachets (l. 25), ou d’une analogie sur le subjonctif présent de voir : vèche.

[14]

Je n’ai, pour ma part, jamais rencontré à l’oral la forme simple fouaix (=fardeau), alors que le terme surfouaix est très vivant pour les ruraux de ma génération ; mais je trouve cette forme dans une poésie de Joseph Mague, Les trachous d’bouais (= les ramasseurs de bois) au vers 20, poésie qui constitue une des vingt-quatre Chansons du Bessin qui ont paru sous la forme de cartes postales éditées à Balleroy (Calvados) dans le premier quart du xxe siècle : V’la mouman qu’amont’la rue d’aveuc un bon fouaix d’bouais (=Voilà maman qui monte le chemin avec une bonne charge de bois). Cette carte postale est reproduite par R. Lepelley, La Normandie dialectale, Caen, Office universitaire d’Études normandes, 1999, p. 139, fig. 28.

[15]

Jardin potager.

[16]

Un peu comme dans l’expression « solide comme une planche pourrie ».

[17]

Comme pour beaucoup de mots d’origine germanique.

[18]

Par exemple dans sentir la hart : sentir la corde (de la potence !).

[19]

C. Bougy et R. Lepelley, Expressions familières de Normandie, Paris, Éditions Bonneton, 1995, p. 81-82.

[20]

Même si Patrice Brasseur le relève comme terme dialectal en Basse-Normandie, cf. P. Brasseur, Atlas linguistique…, op. cit., carte 1364, « il est avare » (nombreuses attestations, particulièrement en Haute-Normandie).

[21]

À une époque où notre chien courait les chiennes en chaleur de la commune, elle disait : il est maquereau eune fiée, vot’ petit tchien !

[22]

Cette forme avait marqué l’enquêteur des atlas à cette époque.

[23]

R. Lepelley, Dictionnaire de français régional de Basse-Normandie, Paris, Éditions Bonneton, 1989.

[24]

La mention attesté signifiant dans cet ouvrage « compris par un pourcentage se situant entre 50 % et 25 % des témoins ».

[25]

C. Joret, Essai sur le patois normand du Bessin, Paris, Vieweg, 1881.

[26]

Mais le témoin emploie couramment le terme bantchie (litt. banquée) au sens de couche de neige. Ainsi, dit-elle ailleurs, pour évoquer les chutes de neige tardives de l’hiver 1956 : « l’lend’main au matin, i ravait eune bantchie d’neige (= le lendemain matin, il y avait une nouvelle couche de neige). Enregistrement du 20 janvier 1985 : code audio Boissel 77N.

[27]

T. Bulot, Sociolinguistique de la langue normande, Paris, L’Harmattan, 2009, p. 128.

[28]

D’où un problème pour déterminer, par exemple, le degré de synonymie entre deux termes en un même point.

[29]

Le fait qu’elle glose frire par friter représente une réfection (sur frotter, par exemple) analogue à la réfection dont parle les dictionnaires étymologiques pour frayer (fricare devait aboutir à froyer, comme plicare a donné régulièrement ployer).

[30]

L’édition Caen-Bayeux du quotidien régional Ouest-France relate le mercredi 4 mai 2011 l’arrestation de deux braconniers qui venaient de pêcher au filet dans l’Orne, un peu au sud de Caen, quarante kilos de brèmes, tanches et carpes « qui n’ont pas pu être remis à l’eau ». Cent ans environ séparent les deux faits divers, et l’un des braconniers, qui certes habitait Caen, était mentionné « ressortissant ukrainien » !

[31]

Le goût de l’archive, Paris, Seuil, 1989, p. 145.

Résumé

Français

Constituer un corpus oral représente pour le dialectologue et sociolinguiste une nécessité préalable en même temps qu’un défi d’ordre pratique et théorique. L’article évoque la genèse d’un fonds sonore personnel sur une très longue durée dans la région de Bayeux, fonds qui permet d’approcher du mieux possible le langage ordinaire des locuteurs traditionnels de la seconde moitié du xxe siècle, en mesurant les dosages subtils, au sein d’un discours, entre les normes du standard, les occurrences du français régional, les marqueurs du parler local... et l’argot.

Mots clés

  • ethnotexte
  • contiunuum
  • langage ordinaire
  • variation linguistique
  • figement

English

Freed expression or the usefulness of oral archives in studying Norman dialectsThe collection of a corpus of expressions is essential and at the same time a practical and technical challenge for the sociolinguist. This article describes the genesis of a personal sound archive over a long period in the region around Bayeux which reveals the day-to-day language of traditional Norman speakers in the second half of the 20th century and measures the subtle doses in speech between norms, regional French, local idiosyncrasies and slang.

Keywords

  • ethnotexts
  • continuum
  • popular language
  • linguistic variation
  • immobility

Plan de l'article

  1. I - Deux tables. Les poires du courtil. Curer les veaux
    1. 1 - Les marqueurs du parler local
    2. 2 - Les avatars du mot poire
    3. 3 - L’expression « francs comme des rars dé seu » (l. 13) : un figement relatif
  2. II - Les filets de banque
    1. 1 - Il y a banque et banque
    2. 2 - La relation enquêteur – enquêté
  3. Conclusion : utilité des archives sonores

Pour citer cet article

Boissel Pierre, « Des paroles dégelées ou de l'utilité des archives orales en dialectologie normande », Annales de Normandie, 2/2012 (62e année), p. 21-35.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2012-2-page-21.htm
DOI : 10.3917/annor.622.0021


Article précédent Pages 21 - 35 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback