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Annales de Normandie

2012/2 (62e année)


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Dudon consacre son premier livre aux aventures du chef viking Hasting, à qui il attribue la responsabilité de tous les méfaits accomplis en Europe. Mais, même s’il fait de Hasting le symbole de tous les pirates nordiques, il n’a pas inventé le personnage [1][1] Dudon de Saint-Quentin, De moribus et actis primorum....

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Hasting est un chef viking, vraisemblablement d’origine norvégienne, que mentionnent aussi bien les sources latines que les sagas islandaises. Alstignus[2][2] Les manuscrits de Dudon offrent plusieurs graphies... est une latinisation des noms Hallstein, Hastein ou Huasten. Alors que Dudon de Saint-Quentin ne nous dit rien de l’origine de Hasting, Guillaume de Jumièges en fait le « pédagogue » d’un prince viking, appelé Bjoern et surnommé « Coste de fer » (« Costa ferrea »), fils du roi Lodbrock. Homme de mauvais conseil et expert en ruses de toutes sortes (« pedagogo per omnia fraudulentissimo »), Hasting aurait organisé avec son pupille les expéditions de pillages sur les côtes anglaises et franques durant la plus grande partie du ixe siècle [3][3] Guillaume de Jumièges, Gesta Normannnorum ducum, E.....

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Selon les sagas islandaises, Hasting serait un norvégien, chassé de sa patrie par le roi Harald Harfagr’. La saga Landnama-boc le présente comme le fils d’un certain Atle, qui était comte de Gaular dans le pays de Sogn en Norvège. Après la mort de son père, Hastein aurait été exilé par le roi de Norvège. Il serait alors parti en Islande avec sa femme Thora et ses deux fils, Atle et Oelwi [4][4] H. Prentout, Étude critique sur Dudon de Saint-Quentin.... Selon une autre saga, l’Eyrbyggia Saga, Hastein serait le fils d’un chef appelé Thor-Wolf. Cette saga raconte les exploits et les pérégrinations de Bjoern. Lorsque Harald Harfagr’ devint roi de Norvège, il voulut contrôler étroitement tous les seigneurs plus ou moins indépendants de son royaume, ce qui provoqua une émigration d’une partie d’entre eux. Certains s’installèrent aux Orcades et dans les Hébrides, d’où ils lançaient des attaques contre la patrie qu’ils venaient de quitter. Pour mettre fin à ces agressions le roi envoya un certain Ketil Flatnefr avec une importante armée. Ketil conquit les Hébrides et se déclara indépendant du roi de Norvège. Quand Bjoern, fils de Kétil, voulut récupérer le patrimoine paternel en Norvège, il fut à son tour banni par le roi. Bjoern s’enfuit avec sa famille et tout son bétail en longeant la côte jusqu’à l’île de Mostr, où il fut accueilli par un notable du nom de Thor-Wolf. Quand Bjoern quitta l’île quelques mois plus tard, il emmena avec lui le fils de Thor-Wolf, Hastein. Exilé à son tour par le roi de Norvège Harald Harfagr’, Thor-Wolf se réfugia en Islande où vinrent le rejoindre, longtemps après, son fils Hastein et Bjoern.

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Les sources franques attestent bien la présence d’un certain Hasting parmi les pillards nordiques, de 841 à 895. Il est évident que Hasting ne peut avoir participé à des expéditions pendant près de 60 ans ! Henri Prentout, qui a effectué une étude minutieuse de toutes les sources franques et anglo-saxonnes [5][5] H. Prentout, Étude critique…, op. cit., p. 47-110...., s’est efforcé de montrer que Hasting, fils de Thor-Wolf, n’avait pu venir avant 860 et que toutes les sources évoquant la présence d’Hasting avant cette date étaient peu crédibles. Mais c’est oublier que le choix des noms n’était pas infini et que, de ce fait, de nombreux Norvégiens portaient le même nom. Ainsi on est obligé d’admettre qu’il y eut deux Bjoern qui, à une génération de distance, opérèrent en Francia, l’un était le fils de Ketil Flatnefr, l’autre le fils de Lodbroc, dont Guillaume de Jumièges fait un roi. Selon ce même chroniqueur, Bjoern, fils de Lodbroc, aurait sévi pendant une trentaine d’années, de 845 à 860. De même, rien ne s’oppose à ce que deux (voire plus de deux) chefs nordiques aient porté le nom de Hallstein ou Hastein. L’un pourrait être Hallstein, fils de Thor-Wolf et ami de Bjoern, l’autre le Hastein dont parle le Landnama-boc, fils d’Atle, comte de Gaular en Norvège.

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Dudon n’avait pas l’intention de faire un exposé minutieux et chronologique de toutes les expéditions vikings qui avaient assailli la Francia, ni de préciser, pour chacune d’elles, le nom des chefs responsables de l’entreprise. Il désirait principalement dresser le bilan des dévastations commises par les pillards scandinaves, avant de raconter comment l’un d’entre eux, touché par la grâce, avait restauré l’ordre perturbé par ses congénères. Comme le nom d’Hasting / Alstignus apparaissait dans les sources relatant les expéditions vikings de 841 à 892, il a préféré retenir le nom correspondant à plusieurs chefs scandinaves, qui jouèrent à chaque fois un rôle plus ou moins important, plutôt que ceux de grands chefs prestigieux, comme Oscar, Siegfried, Bjoern, Ragnar, Hundee, qui eurent leur heure de gloire, mais trop éphémère.

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Ainsi Dudon a fait de Hasting le personnage central du livre I. Tous les faits mentionnés dans ce premier livre sont exacts et trouvent leur confirmation dans de nombreuses autres sources. Mais, et c’est ce qui a indisposé au plus haut point Henri Prentout et ses adeptes, notre historien ne s’est guère préoccupé de la chronologie des événements ; en outre, il a pris le parti de rapporter tous les méfaits accomplis à un même personnage, Hasting, qui assume seul la responsabilité de toutes les destructions et de tous les crimes commis par les Vikings. À l’exception du chapitre 1er, qui établit la géographie des peuples barbares et du chapitre 2e, qui expose les mœurs des scandinaves et les causes de l’émigration, tous les autres chapitres racontent les exploits des Vikings conduits par Hasting. Aux chapitres 3 et 4, Dudon présente un tableau global des invasions nordiques en Francia, tandis que les chapitres 5, 6 et 7 racontent la prise de Luna, en Italie, et « l’exploit » du chef Hasting. Le livre I se termine par l’accord passé entre le roi de France, Louis III, et Hasting à son retour d’Italie. Le héros de Dudon termine sa vie à la manière de nombreux autres chefs vikings qui, au terme d’un traité avec le roi franc, restent en Francia au service du souverain carolingien. Guillaume de Jumièges affirme même que le roi franc aurait concédé à Hasting le comté de Chartres. Le personnage de Hasting réapparaît au livre II de Dudon dans l’épisode de la première bataille entre Rollon et les Francs qui sont alors assistés par Hasting : aux chapitres 13 et 14, l’ancien chef viking, qui parle la lingua dacisca, est envoyé auprès de Rollon comme négociateur, pour connaître ses intentions et tenter d’éviter le combat.

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De ce chef scandinave, dont il fait le héros de son livre I, Dudon ne présente jamais la moindre description physique. C’est au travers de ses actions et par le choix des termes qui le caractérisent que se dessine un portrait moral de Hasting, qui se révèle comme un être entièrement tourné vers le Mal et la Mort. En effet, sur soixante références au nom Alstignus dans le livre I, vingt-cinq se présentent avec des caractérisants péjoratifs :

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L’examen de ces termes qui caractérisent Hasting est instructif, puisque, en dehors des quatre termes dux, senior, ultor, filiolus, qui expriment les rapports que ce chef viking entretient avec ses hommes (dux, senior avec respectivement deux et une occurrence) ou avec les chrétiens (filiolus, ultor avec trois occurrences pour chacun), quinze expressions révèlent les différents aspects de sa personnalité :

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À ces quinze termes, il faudrait ajouter les vingt-huit autres mots qui, dans l’apostrophe du chapitre 3, mettent en évidence la cruauté et la perversité d’un chef qui va détruire les églises de la Francia. Dudon manifeste par là la variété de son lexique puisque, à l’exception d’atrox, d’incentor, de pestifer, tous les autres mots ne sont employés que dans cette seule poésie : « audax, crudelis, deceptor, exlex, ferox, flagitiosus, furcifer, impius, immitis, immanis, incestus, inconstans, infestus, infrenis, lethifer, litigiosus, pellax, pestifer, precautus, procax, proditor, rebellis, sacer, simulator, torvus, trux, tumidus, ventosus ». Tous ces termes qui caractérisent Hasting seront analysés dans les cinq parties présentées ci-dessous.

I - Hasting, le chef charismatique

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Hasting apparaît d’abord comme le chef incontesté des Daces, « dux Dacorum »[6][6] Dudon, I, 5, ligne 13.. Ces derniers le reconnaissent comme leur senior, terme qui, hors du cadre de la féodalité, marque l’accord existant entre les pirates nordiques et le prince qui les a recrutés. Dudon aime d’ailleurs souligner que les Vikings exécutent fidèlement et avec joie les ordres de leur prince : « ce que demande l’odieux chef, le subordonné l’accomplit avec joie » [7][7] Ibid., I, 7, ligne 23 : Quod mandat taeter, gaudet....

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Cette prééminence de Hasting se manifeste dans tous les domaines du récit. C’est Hasting qui rassemble les exilés et qui convoque les conseils (convocat illico ; omnibus accersitis) [8][8] Ibid., I, 6, ligne 8 ; I, 5, ligne 1.. C’est Hasting seul qui prend la parole dans les conseils et, lorsque ses ambassadeurs négocient avec les indigènes, ceux-ci prononcent un discours « appris » : Hasting envoie au comte et à l’évêque de Luna « un messager chargé de leur dire les paroles suivantes » [9][9] Ibid., I, 5, lignes 11-12: Misit itaque nuntium ad....

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Hasting apparaît, en outre, comme le prince qui dirige toutes les opérations. Il choisit les objectifs en lançant ses compagnons en Francia et en Italie. Il décide du combat ou de la négociation. Dudon lui attribue, non pas la responsabilité des invasions vikings, causées notamment par la polygamie, mais la nature perverse et sacrilège de ces agressions sauvages, qui s’en prennent en priorité aux églises et au clergé sans défense. Dans le tableau général de la Francia dévastée par les Vikings, c’est Hasting qui est le sujet de tous les verbes exprimant les exactions commises : « il envahit le territoire de la Gaule, il s’empara du royaume franc. Il profana le sacerdoce et foula aux pieds le sanctuaire…» [10][10] Ibid., I, 3, lignes 18-19 : Galliae potestatis invasit.... Les crimes commis par les autres Vikings semblent, dès lors, excusés par l’exemple du chef. Dans la ruse qui conduit à la prise de Luna, c’est Hasting qui, sautant au bas de son brancard funèbre, accomplit le double meurtre du comte et de l’évêque, provoquant le massacre général.

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Hasting est enfin le concepteur des stratégies et des tactiques. Il met sa féconde imagination à élaborer des plans complexes pour surprendre la méfiance des chrétiens. C’est ainsi qu’il imagine une ruse qui va lui permettre de s’emparer avec une poignée d’hommes de la puissante ville de Luna. Il fait croire, alors qu’il assiège la cité, qu’il est très malade et qu’il désire faire la paix et même se faire baptiser : la communauté chrétienne, bien que méfiante et sur ses gardes, l’accueille à l’église et l’évêque lui administre le baptême. Devenu chrétien, Hasting se retire dans son camp, transporté sur un brancard. Puis, la nuit suivante, il fait croire à toute la ville qu’il est mort en imposant à toute son armée de manifester un deuil bruyant. L’évêque et le comte, persuadés que si Hasting avait voulu s’emparer de la ville, il aurait profité de la cérémonie du baptême, acceptent d’enterrer le nouveau chrétien dans le cimetière de la ville. Le cortège funèbre entre dans la cité accompagné par tous les Vikings dont le manteau cache l’épée. À la fin de l’office, au signal de Hasting, c’est le massacre de la population et le pillage de la cité qui est consciencieusement entrepris.

II - Hasting, le destructeur

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Hasting se présente comme le Viking qui dévaste tout et qui apporte la mort. C’est lui qui est d’abord responsable des pillages et des destructions. À cause de lui la Francia et les régions d’Italie où il pénètre deviennent des terres désertes et en friches : les Vikings, conduits par Hasting, détruisent « tout ce qui leur tombe sous les yeux » [11][11] Ibid., I, 4, ligne 17 : omnibus vastatis quae fuerunt..., pillent villes et campagnes « ramenant leur butin aux navires » [12][12] Ibid., I, 4, lignes 18-19 : remearant praedando omnia.... Les habitants qui n’ont pu fuir sont ou exterminés ou emmenés en captivité. Dès lors, la terre n’est plus cultivée. Le tableau de la Francia que nous dépeint Dudon ne manque pas de relief : la langue virgilienne habilement utilisée par l’auteur lui confère une grandeur épique :

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« Comme le mal ne cesse de s’étendre, la Francia est à l’abandon, totalement anéantie. Elle est dans l’affliction, privée de Liber et de Cérès, qui autrefois en constituaient la richesse. Elle déplore d’être abandonnée par ses habitants et d’être dépouillée de ses paysans. Elle se lamente, faute d’avoir été fendue par le soc et travaillée par le coutre de la charrue. La terre laissée en repos devient inerte, pour n’avoir pas été soumise au travail des bœufs. On ne reconnaît plus les chemins, que les pas des hommes n’ont pas foulés. Avec le temps qui passe, les campagnes sont envahies par toute sorte d’arbres forestiers, d’arbustes et de broussailles. Tous ont dit un dernier adieu au salut, et la confiance en la vie a quitté les hommes… » [13][13] Ibid., I, 4, lignes 10-15 : Grassante malo, desolatur....

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Non content de piller et de dévaster, Hasting s’en prend aux populations désarmées. Insensible aux larmes des femmes, il conduit dans ses navires « les jeunes gens et les vierges enchaînés ». Après le massacre de la ville italienne de Luna, que Hasting a prise pour Rome, c’est « tout le reste de la population » survivante qui est emmenée en captivité [14][14] Ibid., I, 7, ligne 10 : Corde premunt gemitum mulieres,....

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Hasting est le responsable de la mort des chrétiens : il tue et fait tuer sans aucune pitié. Sous la conduite de leur chef, les Vikings égorgent non seulement ceux qui sont surpris les armes à la main (« quisquis in illos arma sumit, interimitur crudeliter ab ipsis […] crudeliter perimunt omnes quos reperiunt armis obstantes ») [15][15] Ibid., I, 3, ligne 25 et I, 7, ligne 15., mais également les clercs sans défense et les « chrétiens sans armes » surpris dans l’église de Luna : « Tunc paganorum rabies trucidat christianos inermes » [16][16] Ibid., I, 7, lignes 7-8..

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Le chef Viking se voit donc caractérisé par des épithètes qui mettent en évidence ce rôle funeste : « taeter, atrox, funestus, nefandus et pestifer ». Hasting est pestifer « l’homme qui apporte la ruine », tandis que les ducs de Normandie seront déclarés dans les autres livres salutaris et salubris. Ce terme pestifer, à la fois classique et biblique [17][17] Employé par Cicéron pour qualifier Clodius dans le... a été repris par Abbon de Saint-Germain. Dans Le siège de Paris par les Normands, par deux fois les Vikings sont qualifiés de gens pestifera et de pestiferi, notamment quand leurs flèches causent la mort de Robert [18][18] Abbon, I, v. 161 : Pestifere gentis miles ; II, v..... Pestifer, Hasting l’est au même titre que les Vikings qu’il commande (5 emplois pour l’un et 3 emplois pour les autres dans les trois premiers livres) et que les personnages pervers : Rioul le révolté (2 emplois), Arnoul le comte de Flandre, assassin de Guillaume Longue Épée (2 fois) et les princes francs jaloux de la gloire de Guillaume (1 fois) : mais aucun n’est cependant considéré comme « contumax pestifer », c’est-à-dire comme un être qui « persévère dans le mal ».

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Comme Rioul, Arnoul et Alain de Bretagne, Hasting est présenté comme celui qui porte la responsabilité du mal : « incentor mali, incentor totius nequitiae ». L’emploi d’incentor est peut-être un souvenir de l’expression biblique incentor malorum, qualifiant Onias, présenté comme le responsable des malheurs d’Héliodore [19][19] II Macc, 4, 1. : « incentor » qualifie celui « qui donne le ton », « qui incite par la voix à faire le mal » et qui est « l’instigateur des crimes », tandis que l’expression « incensor scelerum », réservé chez Dudon à Satan [20][20] Dudon, III, 59, ligne 3 : Attamen Hortator et Incensor..., montre que le chanoine réserve la métaphore du feu à l’Esprit pervers.

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Les autres termes funestus, pervasor et taeter sont tous les trois réservés à la personne de Hasting ou à des Vikings. Pervasor se distingue d’invasor. Rollon, le chef viking destiné par la Providence à relever la Francia de ses malheurs et à faire de sa province une terre de foi, est « invasor totius Franciae » [21][21] Invasor n’est employé qu’une seule fois pour Rollon... : il l’a attaquée et envahie selon les lois de la guerre, franchement. Mais Hasting est pervasor, comme le sont les Vikings païens qui vont essayer, vers 940, de s’emparer de la province normande cédée par le roi au fils de Rollon. Dudon emploie le terme avec le sens d’occupation « illégitime », qu’il a parfois dans la tradition tardive.

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Funestus et taeter sont, en revanche, réservés à Hasting seul : funestus illustre parfaitement le rôle néfaste du Viking qui « apporte la mort ou le malheur ». Ce terme de la prose et de la poésie classiques s’adresse aux personnages qui ont provoqué le désastre de leur cité, comme Clodius chez Cicéron, comme le dieu Mars chez Lucain ou comme Étéocle chez Stace [22][22] Cic., De Domo sua, 5 : [Clodius], tu funesta rei publicae.... Abbon emploie le terme pour caractériser l’armée des Vikings qui arrivent aux environs de Paris : « ils renversent, ils dépouillent, ils tuent, ils brûlent, ils ravagent, cohorte sinistre, phalange funeste, multitude impitoyable » (« dura cohors, funesta phalanx, coetus severus ») [23][23] Abbon, I, v. 195-196.. L’adjectif taeter est lui aussi réservé à Hasting : « quod mandat taeter, gaudet parare minister »[24][24] Dudon, I, 7, ligne 23. : le terme, classique comme funestus, évoque la répulsion que provoque la vue d’un adversaire particulièrement cruel et repoussant, qui n’a plus guère visage humain. Suggérant au premier abord une répulsion d’ordre sensoriel, souvent lié à l’odeur, comme chez Virgile, Cicéron ou Stace, et à la vue comme chez la plupart des prosateurs et des poètes [25][25] Virgile réserve taeter au « sang qui coule » de la..., taeter qualifie Hasting au moment où, au comble de la furie et de la rage, il ordonne l’anéantissement de toute la province de Luna.

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Atrox qualifie par deux fois Hasting : les deux autres emplois renvoient, d’une part, à Rollon considéré par les Francs comme un atrox inimicus et au roi de France, Louis IV d’Outre-Mer, qui, au mépris de toute parole, tient enfermé à Laon le jeune duc Richard [26][26] Dudon, II, 25, ligne 15 : Cui adversatur (Rollo) atrox.... Le terme qui implique une idée de mort et de terreur (liée à la couleur noire) convient donc aux personnages qui, par leur goût pour la mort, provoquent effroi et terreur. Ce terme qui s’applique aux personnes seulement dans la poésie classique a été d’un emploi très courant à l’époque post-classique et tardive tant dans la prose que dans la poésie. Les historiens et les poètes des invasions l’utilisaient pour caractériser les barbares [27][27] Claudien, XX, v. 234 : atrox…Getarum dux ; Pomponius.... Quant à Abbon, il l’emploie en concurrence avec impius, ferox, saevus et crudelis pour qualifier les Vikings se préparant à la guerre ou le Danois commettant un sacrilège dans l’abbatiale Saint-Germain [28][28] Abbon, I, v. 249 : Tres armavit atrox cuneos ; I, v.....

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Dans la poésie qui, telle une litanie énumère les qualités criminelles du chef viking, Dudon use de nombreux termes évoquant le rôle funeste de Hasting : immanis, immitis, infestus, lethifer, litigiosus, torvus et trux. En reprenant un vers de Virgile, Dudon présente Hasting comme Pygmalion, le tyran criminel de Tyr, « le plus abominable des criminels par ses crimes », « scelere ante alios immanior omnes » [29][29] Virg., En., I, v. 347 : Pygmalion, le frère de Didon,.... Quatre de ces mots ne sont utilisés qu’une seule fois dans toute l’œuvre de Dudon : immitis, lethifer, litigiosus et trux, ils qualifient donc de façon particulièrement remarquable le chef viking.

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Immitis évoque la cruauté du Viking qui a le cœur insensible, comme Achille et le dieu infernal Pluton de Virgile [30][30] Virg., Georg., IV, v. 492 : immitis tyranni ; En.,... et comme les hommes pervers dénoncés par saint Paul [31][31] II Tim., 3, 3.. Les deux termes lethifer et trux évoquent de façon explicite la cruauté qui conduit à la mort, tandis que litigiosus ne fait que souligner l’aptitude naturelle du Viking à susciter querelles, chicaneries et conflits. Lethifer est un terme rare et poétique qui s’applique le plus souvent au monde de la guerre : ce sont les arcs aux flèches meurtrières des Étrusques chez Virgile [32][32] Virg., En., X, v. 168-169 : tela sagittae / gorytique... ou la main de Priam qui donne la mort à Achille chez Ovide [33][33] Ov., Met., XII, v. 606 : Certa letifera direxit spicula.... Trux, en revanche, se rencontre aussi bien en prose qu’en poésie à l’époque classique et sera délaissé par la langue de la Bible et des auteurs chrétiens : le terme évoque, chez les prosateurs comme Cicéron ou Tite Live et chez les poètes comme Lucain, Stace et Virgile, la dureté des cœurs qui se manifeste souvent par les traits du visage [34][34] Virg., En., X, v. 447 : obitque truci procul omnia.... C’est en ce sens qu’Abbon l’emploie à cinq reprises pour qualifier les Vikings, en le glosant d’ailleurs parfois avec crudelis[35][35] Abbon, I, v. 115 ; v. 302 ; v. 632 ; II, v. 25 ; v..... Quant à litigiosus, il souligne la nature provocatrice de Hasting, qui aime les querelles, les chicanes et les conflits et, à la différence des deux termes précédents, il se rencontre dans la Bible et chez les écrivains chrétiens pour qualifier la femme acariâtre et querelleuse et l’homme chicaneur que doit éviter d’être le chrétien [36][36] Prov, 19, 13 ; 21, 9 ; 25, 24 ; 27, 15; I Tim, 3,3 ;....

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Infestus et torvus font également partie de la litanie des vingt-trois termes qui qualifient le héros viking. Ces deux termes sont employés dans d’autres contextes du De moribus et actis : infestus employé six fois (dont quatre en poésie) se rapporte à des personnes directement (Vikings, Arnoul) ou indirectement (le cœur du roi perfide de Dacie, la troupe des envahisseurs germaniques conduits par Othon) [37][37] Dudon, I, 3, ligne 7 : infestus (Hasting) ; I, 7, ligne..., alors que torvus employé sept fois ne se trouve que dans des poèmes pour qualifier Hasting [38][38] Torvus (Hasting) : I, 3, ligne 7 ; torvis (Danis) :..., la gens torva qui se révolte avec Rioul, le peuple anglais en révolte contre son roi et les Vikings. Infestus a toujours le sens actif que l’on rencontre chez les auteurs classiques et exprime la nature de l’homme qui « s’acharne », qui « manifeste sans cesse son hostilité » à l’égard de ses victimes. Torvus qualifie rarement des personnes dans la poésie classique et post-classique ; il marque la férocité qui s’exprime d’abord dans un regard de biais et par une attitude du corps. « Farouches » sont le troyen Abas et le cyclope chez Virgile, le dieu Mars chez Horace et la Mégère ou le serpent monstrueux de Stace [39][39] Virg., En., X, v. 170 : torvos Abas (le troyen Abas) ;.... L’emploi fréquent d’infestus et de torvus par Virgile [40][40] Virg., En., V, v. 582 : infesta tela ; X, v. 206 :... et par Abbon de Saint-Germain [41][41] Abbon, I, v. 295 : torva plebs ; II, v. 306 : torvi;... pour qualifier les Vikings assiégeant Paris (torva plebs, torvi, infesti) ont sans doute incité Dudon à l’emploi de ces deux mots.

III - Hasting, le perfide

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La nature perverse du Chef viking engendre la perfidie (perfidia) et la fourberie (fraus). Homme sans parole et sans loi, Hasting réalise ses plans meurtriers par les voies les plus obscures et les plus détournées.

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Hasting n’est pas le seul personnage du De moribus et actis à être qualifié de perfidus. Outre les Vikings païens et le roi de Dacie qui chasse du royaume le duc Rollon, ce sont les chrétiens qui ont droit à ce terme : ce sont les Anglais ou les Normands révoltés contre leur prince très chrétien, ce sont le comte de Flandre, Arnoul, et ses quatre guerriers responsables de l’assassinat de Guillaume Longue Épée. Le roi de France, Louis IV d’Outremer, qui met en prison le jeune Richard Ier, alors qu’il s’est engagé à le protéger, est lui-même reconnu coupable de perfidia.

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Les termes perfidus et perfidia peuvent prendre des acceptions très différentes comme nous le verrons ultérieurement. Dans le cas d’Hasting, la perfidia n’est pas liée à l’activité meurtrière des Vikings, ni même au pillage des églises et monastères : la perfidia ne se manifeste que dans l’épisode dramatique et rocambolesque de la prise de Luna. Voyant que la puissante « cité ne pouvait être prise par les armes » (« non posse civitatem capi armis »), Hasting imagine une ruse criminelle : « dolosum reperit consilium nefandissimae fraudis »[42][42] Dudon, I, 5, ligne 10.. Dans le récit de cette ruse macabre les termes fraus / fraudulenter et dolus / dolosus / dolositas viennent fortement connoter la notion de perfidia.

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La perfidia n’est donc pas ici la violation de quelque engagement pris antérieurement : elle signifie le manquement aux règles non écrites qui régissent les affrontements militaires et les rapports entre ennemis. Ce sens était déjà bien attesté dans la littérature antique : Aulu-Gelle a immortalisé la réponse des consuls refusant de faire assassiner le roi Pyrrhus par l’un de ses hommes et préférant le vaincre sur le champ de bataille « selon les exigences de la fides » [43][43] Aulu-Gelle, Nuits Attiques, III, 8, 8.. Cette loyauté qui imposait aux deux parties de se livrer un combat sans manœuvre occulte était exigée par le jus gentium, indépendamment des traités d’amiticia ou de foedus signés par les parties en présence. Rollon envahissant l’Angleterre et la Normandie et livrant bataille à visage découvert ne sera jamais perfidus.

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La perfidia de Hasting repose donc essentiellement sur la ruse mise subtilement au point par le Viking pour circonvenir les hommes de Luna. Dudon s’attache à renforcer la notion de ruse par la juxtaposition de termes de sens très proche : « dolosum consilium nefandissimae fraudis, fraudulenta dolositate »[44][44] Dudon, I, 5, ligne 10 ; I, 6, ligne 9..

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Perfidus, Hasting l’est également pour n’avoir pas répondu à la fides de l’évêque et du comte qui ont accepté non seulement de baptiser le chef viking, mais aussi de commercer avec leurs assaillants pour leur permettre de repartir. À cette parole de paix, à ces pactes mutuels proposés (conventionibus mutuis), Hasting répond en s’engageant davantage dans le piège qui va le conduire au sacrilège. Mais Hasting n’est pas seulement perfidus par ses paroles : la perfidia est à son comble lorsque le Viking met à exécution son projet, qui repose sur des simulations : il feint d’être malade (quasi infirmus deducitur), il simule la conversion et il se présente mort étendu sur un brancard. Ces trois mensonges font de lui un praestigiator, terme qui n’est employé qu’une fois par Dudon dans toute son œuvre pour qualifier le comportement de Hasting arrivant pour recevoir le baptême : « advehitur praestigiator Alstignus ». Ce terme rare, utilisé par Plaute dans son sens préclassique, d’« escamoteur » ou de « jongleur » [45][45] Plaut., Poenulus, v. 1125 : Praestrigiator (sic) hic... sera repris par Prudence qui, dans son Cathemerinon liber, va donner au terme une forte connotation religieuse, en l’employant pour qualifier le « démon » « pervicaci praestigiator astu » [46][46] Prud., Cath., VI, 140 : Procul esto pervicaci / praestigiator.... Ce terme met en évidence le « tour » diabolique que « joue » le Viking aux chrétiens, en se faisant passer pour ce qu’il n’est pas.

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Quatre autres termes soulignent ce goût de Hasting pour la ruse : dans l’apostrophe initiale adressée au chef viking, Dudon le qualifie de simulator, de proditor, de deceptor et de pellax. Si simulator et proditor sont des termes de la langue classique et post-classique, signifiant respectivement « celui qui feint » et « celui qui trahit », leur emploi dans la Vulgate a très certainement incité Dudon à conférer à son personnage une signification religieuse, en rapport avec le sacrilège commis : proditor n’est-il pas le terme biblique pour évoquer Ménélas qui trahit et livre le Temple de Jérusalem ainsi que Judas Iscariote ? [47][47] II Macc, 5, 15 : qui legum et patriae fuit proditor ;.... Deceptor, rarement employé à l’époque classique, a été souvent repris chez les auteurs chrétiens, notamment pour qualifier les démons et Satan [48][48] Augustin, Civ., 10-11 : l’auteur définit ainsi les.... Quant au terme rare, pellax « le fourbe », il est peut-être un souvenir virgilien : c’est le seul emploi chez Virgile servant à qualifier le fourbe Ulysse qui a inventé le stratagème du cheval en vue de s’emparer par la ruse de la ville de Troie [49][49] Virg., En., II, v. 90 : invidia pellacis Ulixi ; voir.... Le stratagème d’Hasting, faisant entrer par la ruse un brancard mortuaire et ses congénères dans la cité dont ils veulent s’emparer après un long siège inefficace, n’est pas sans rappeler le plan astucieux d’Ulysse avec son cheval.

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Hasting symbolise donc le chef viking qui réalise ses projets meurtriers par les voies les plus obscures et les plus tortueuses, en se jouant de ce qu’il y a de plus sacré chez ses adversaires, au mépris des règles les plus élémentaires qui régissent les lois de la guerre. Plus que le meurtre et le pillage auxquels les hommes du xe siècle étaient habitués en raison des luttes intestines, la perfidia et la fraus manifestent avec éclat la perversité du chef viking, à la tête de ses hommes qui « de nuit se jetaient sur les corps de ceux qui étaient étendus » pour un paisible sommeil (« nocte invadebant jacentium corpora ») [50][50] Dudon, I, 4, lignes 16-17..

IV - Hasting, le sacrilège

34

Dudon se plaît surtout à souligner le caractère sacrilège des exactions commises par Hasting. Dans le tableau général des invasions danoises, l’essentiel du propos de l’auteur est d’énumérer les crimes commis à l’égard de l’Église, comme si Hasting était animé d’une haine implacable à l’égard de la foi chrétienne.

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Le sacrilège de Hasting consiste, d’abord, à incendier églises et monastères de la Francia, notamment le monastère de Saint-Quentin, celui de Saint-Denis, l’église des saints Médard et Éloi de Noyon, celle de Sainte-Geneviève de Paris. Dans sa longue énumération, qui s’achève par un élargissement à toute la Francia, Dudon représente un itinéraire de pénétration des Vikings allant de monastères en églises et d’églises en monastères vers le cœur de la Francia[51][51] Ibid., I, 4, 1-9..

36

La fureur profanatrice ne s’attache pas seulement aux édifices religieux. Hasting s’en prend aussi aux clercs. Immo, l’évêque de Noyon, est assassiné avec ses diacres, comme le sera l’évêque de Luna. Hasting porte la responsabilité de tous ces sacrilèges : « il profana le sacerdoce et foula aux pieds le sanctuaire » (« temeravit sacerdotium, conculcavit sanctuarium ») [52][52] Ibid., I, 3, ligne 19.. Même le massacre des clercs (« mulctatur clerus… ») ne constitue pas pour Dudon le comble du sacrilège. L’historien normand note, en effet, que les païens tournent en dérision les objets sacrés du culte chrétien : « les païens sacrilèges revêtent les chasubles qu’ils enlèvent aux autels sacrés. Ils se couvrent des aubes qui ont été consacrées pour l’office de la messe » [53][53] Ibid., I, 3, lignes 24-25 : Casulas nefarii induunt,.... Mais ces Vikings commettent ces profanations par ignorance et dans le feu de l’action. Hasting, lui, va accomplir le sacrilège suprême, froidement, en montant son stratagème qui repose en définitive sur une connaissance précise de la psychologie des chrétiens et sur une certaine compréhension de ce qu’est la foi chrétienne. Hasting va « jouer » le néophyte séduit par la Bonne Nouvelle, il va descendre dans la fontaine baptismale pour devenir « le filleul » (filiolus) du comte de Luna, il va réclamer les funérailles chrétiennes. L’épisode de Luna, qui se situe au centre du livre I, constitue l’exemplum des exactions commises par les Vikings. Dudon le traite par des procédés littéraires différents : alors que le reste du livre expose les faits à la manière annalistique, l’épisode de Luna est présenté selon les techniques du récit dramatique avec discours, suspense, mouvements de foule et progression subtile des éléments tragiques. L’expression duplex simulator, qui qualifie Hasting, s’explique dès lors clairement : Hasting est simulator parce qu’il cache ses intentions criminelles dans un piège subtil. Il l’est aussi parce qu’il joue « le nouveau converti touché par la grâce ».

37

Dans un tel contexte, Hasting est appelé nefarius et blasphemus. Le terme blasphemus n’a que trois emplois chez Dudon : l’un pour caractériser le geste criminel du roi de France qui met en prison le jeune duc Richard Ier, alors qu’il prétendait le soustraire des mains des assassins, les deux autres pour qualifier Hasting et Rioul [54][54] Ibid., 1, 5, ligne 10 : Decernens Alstignus blasphemus… ;.... Rarement appliqué à des personnes, blasphemus exprime dans la littérature chrétienne depuis Tertullien « l’outrage fait à Dieu » [55][55] Tert., De resurrectione carnis, XXVI, 63, 4 ; Adversus... : c’est le terme de la Vulgate que Paul utilise au sujet de sa propre histoire de persécuteur : « prius fui blasphemus et persecutor et contumeliosus ». C’est aussi l’adjectif qui qualifie la cité de Rome (« superbae, lascivae et blasphemae civitatis ») chez Orose [56][56] I Tim, 1, 13 ; voir. Oros., Hist., VII, 39, 18.. Les trois emplois de nefarius au livre I s’appliquent à des personnes (Vikings et Hasting) tandis que ceux des livres III et IV concernent des actions ou des sentiments (« dolositas, captio, astus ») [57][57] Dudon., II, 62, ligne 1 : dolositas ; IV, 70, ligne.... Le terme nefarius retrouve dans de tels contextes toute sa valeur étymologique de « ce qui est contraire à la volonté divine ».

nefarius : 9 occurrences
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Dudon emploie également avec un sens très proche le mot nefandus : dans les douze emplois du terme, dix intéressent des actions (fraus, opus, deceptio) ou des réalités abstraites (supercilium « orgueil », meditates, consilium) [58][58] Voir tableau ci-dessous.. Les deux derniers emplois concernent l’un Hasting jouant le néophyte (« nefandissimo omnium seniori »), l’autre les Vikings incendiant les églises : le tour « ecclesia ab ipsis nefandis et combusta » évoque l’expression étudiée ci-dessus avec « ab ipsis nefariis ». À l’évidence nefandus prend une forte connotation religieuse : Hasting est le Viking « impie », « l’homme dont on ne devrait pas dire le nom en raison des sacrilèges commis ». En ce sens déjà Abbon avait utilisé ce terme pour qualifier les Vikings poursuivant les chrétiens [59][59] Abbon, II, v 320 : glomerant cuneos posterga nefan....

nefandus : 12 occurrences

V - Hasting, le démoniaque

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Hasting, l’homme de la perfidie, l’homme sans honneur et sans loi, apparaît bien comme un homme pervers qui se laisse habiter par les forces du Mal. Le terme qui qualifie le mieux Hasting est le terme nequam / nequior / nequissimus : sur les onze occurrences des quatre livres, huit sont réservées à Hasting (six occurrences) et aux Vikings (deux occurrences) [60][60] Les trois autres occurrences qualifient le comte Arnoul :.... Pour distinguer Hasting des autres Vikings dans la hiérarchie du mal, Dudon aime renforcer l’expression par le jeu des superlatifs et des comparatifs : tantôt Hasting est « nequissimorum nequior » (deux emplois), tantôt il est nequiorum nequissimus (deux emplois) ou « omnium unus nequissimus » (un emploi). Lorsque au livre second, on fera appel à lui pour négocier avec Rollon, Hasting sera présenté comme « incentor totius nequitiae » [61][61] Dudon, II, 13, ligne 6..

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En poésie Dudon se plaît à évoquer cette nature livrée aux Forces maléfiques par des termes comme incestus « l’impur », « le criminel souillé », flagitiosus « l’infâme, le dissolu » ou furcifer, « l’homme qui mérite la fourche ». La Vulgate n’utilise le terme flagitiosus qu’une seule fois pour qualifier le roi Antiochus, inventor omnis malitiae, qui fait subir le martyre aux sept frères fidèles aux prescriptions de Moïse [62][62] II Mac, 7, 34 : omnium hominum flagitiosissimus.. Le terme nequam / nequior / nequissimus est plus habituel pour qualifier les Esprits mauvais (« nequiores spiritus ») [63][63] Mt, 12, 45 : et assumit septem alios spiritus secum... ou les fils du Mauvais (« filii nequam ») qui sèment l’ivraie et qui s’opposent aux fils du Royaume [64][64] Mt, 13, 38 : zizania, filii sunt nequam..

41

Cette emprise du mal ou du Malin sur Hasting se manifeste concrètement par l’ira, le furor et la rabies. Comme l’affirme la poésie du Livre I, Hasting est « hors de toute loi » (exlex) et « sans frein » (infrenis), il a franchi les limites de ce qui constitue la dignité humaine. Le terme ira n’est pas un terme négatif chez Dudon : un seul emploi pour Hasting (« commotus ira ») [65][65] Dudon, I, 7, ligne 20., tandis que Rollon, Guillaume Longue Épée, les princes francs agissent eux aussi sous l’empire de l’ira. Mais, en cela, Dudon reste fidèle à la tradition, selon laquelle ira traduit souvent la « sainte colère (de Dieu) » tant dans la Bible que chez les Pères. Le furor, la « colère qui met hors de soi » « et qui conduit passagèrement à l’égarement », se manifeste aussi bien chez Hasting que chez les autres princes chrétiens : elle peut être chez Rollon ou chez Guillaume Longue Épée la colère dangereuse d’un chef injustement attaqué [66][66] Ibid., II, 22, ligne 12 : Rollo nimio furoris aestu.... En revanche, les adjectifs furens et furiosus, dans leurs cinq occurrences, s’adressent tous à Hasting et à ses Vikings pour signifier les comportements belliqueux des êtres sous l’emprise de la rabies. C’est ce dernier terme qui convient parfaitement à Hasting : sept des huit emplois expriment « la frénésie » qui s’empare des êtres poussés par les Esprits mauvais.

42

Au livre I c’est la « rabies furiosa » ou la « rabies paganorum » qui dévaste le monde chrétien. C’est la « furentis Alstigni rabies » qui provoque le massacre des chrétiens dans la cathédrale de Luna [67][67] Ibid., I, 3, ligne 29 ; I, 7, ligne 7 ; I, 7, ligne.... Dans le livre second la mission de Rollon est mise en péril par la « rabies ventorum » envoyée par les Esprits pervers (« invidi spiritus ») [68][68] Ibid., II, 8, ligne 19 : ventorum rabiem vela ferre.... C’est plus explicitement Satan qui, au livre III, en hortator et incensor scelerum met dans le cœur des futurs assassins de Guillaume Longue Épée la rabies cupiditatis, qualifiée de « diaboli venenum » [69][69] Ibid., III, 63, 14 : rabie immanissimi furoris accensi.... Dans quatre des huit emplois la rabies apparaît donc comme la manifestation de l’esprit diabolique incitant les hommes à faire le mal. Terme de la langue classique et chrétienne, surtout poétique, rabies exprime ce « délire furieux » qui habite les êtres voués au Mal ou à Satan. Tel Caïn chez Prudence [70][70] Prud., Harmatigena, V, 1 : Quo te praecipitat rabies.... Tel le monde barbare avant le Christ chez Arnobe [71][71] Arnobe, I, 6, 11 : per quem feritatis mollita est .... Tel se présente Hasting qui « massacre les chrétiens sans armes ». Déjà Abbon avait parlé de la « rabies amens » du Viking qui était entré dans l’église Saint-Germain-des-Prés et qui avait été pris de folie en raison de ce sacrilège [72][72] Abbon, I, 1, v. 473..

Conclusion

43

Ce portrait d’Hasting ne serait pas complet, si on passait sous silence le rôle que Dudon lui fait jouer dans l’économie du Salut de l’humanité. Hasting, l’incarnation du Viking pervers, est intervenu dans l’histoire du monde chrétien, parce que telle était la volonté de Dieu, Maître de toutes les choses de ce monde. Dudon reprend à la fin de ce premier livre la théologie élémentaire, qui avait présidé à la rédaction des ouvrages historiques après les invasions barbares des Ve et VIe siècles. Rien ne se produit sur cette terre qui n’ait été autorisé par la Providence divine. Le rôle de l’historien consiste alors à montrer que, par delà l’incohérence apparente des faits, il est aisé de découvrir les marques et les raisons de l’action divine. Hasting, comme autrefois les chefs des tribus germaniques, fait donc partie du plan de la Providence : quel que soit son degré de perversité, il a agi comme « le bras vengeur de Dieu » (« ultore Alstigno »). Il est venu, non pour faire périr les chrétiens, mais pour les corriger (« non ad interitum, sed ad correctionem ») [73][73] Dudon, I, 8, lignes 22-31. : les châtiments sont à la mesure des crimes commis par le peuple franc. Par la suite, Hasting deviendra un allié du roi des Francs et se mettra à son service. Il serait même, si l’on accorde crédit à Guillaume de Jumièges, un comte de Chartres.

44

Pour procurer à son personnage une stature « exemplaire », Dudon le pare du prestige d’expressions illustres de poètes et d’écrivains antiques. La prose et la poésie de l’auteur du De moribus et actis sont, en effet, rehaussées de citations empruntées à Virgile, Lucain ou Stace, soit directement, soit indirectement par la médiation d’auteurs chrétiens comme Prudence, Arnobe ou Venance Fortunat. Ces emprunts à la langue des auctoritates profanes et chrétiennes n’ont pas seulement pour objet de donner du lustre à la prose et à la poésie de Dudon, ils créent aussi des analogies avec d’illustres figures de la Bible ou de la mythologie antique, qui sont devenues de véritables exempla de la trahison, de la perfidie et de la perversité. Hasting appartient à la lignée des grands criminels antiques comme Clodius, Catilina, Caligula et Pygmalion, et de grands traîtres de l’Histoire sainte comme Caïn, Ménélas, Antiochus et Judas. Hasting annonce les figures « négatives » qui dans les livres suivants s’opposeront à la volonté des ducs, fondateurs du duché de Normandie : le rebelle Rioul, le meurtrier Arnoul de Flandre et le roi de France, Louis IV d’Outremer, qui eux aussi se laissent conduire par les Esprits pervers et s’adonnent à la rabies.

Notes

[*]

Maître de conférences honoraire en latin médiéval, ancien directeur de l’OUEN, université de Caen Basse-Normandie.

[1]

Dudon de Saint-Quentin, De moribus et actis primorum Normanniae ducum, Jules Lair (éd.), Caen, Le Blanc-Hardel, 1865 (abrégé désormais en Dudon avec les numéros du livre, du chapitre et de la ligne), p. 129-138.

[2]

Les manuscrits de Dudon offrent plusieurs graphies du nom latinisé : Hanstigno, Astigno, Astino, Anstigno, Anstumo.

[3]

Guillaume de Jumièges, Gesta Normannnorum ducum, E. Van Houts (éd.), Oxford, Clarendon Press, t. I, 1992, 4, p. 16 : Is etiam rex, patrum legibus excitus, cum ingenti juvenum agmine, sorte cogente, filium, nomine Bier Costae Ferree, a suo abdicat regno, cum ejus pedagogo Hastingo, per omnia fraudulentissimo, ut, peregrina regna petens, exteras sibi armis adquireret sedes.

[4]

H. Prentout, Étude critique sur Dudon de Saint-Quentin et son histoire des premiers ducs normands, Paris, Picard, 1916, p. 82-105. Les références aux sages sont empruntées à cet ouvrage.

[5]

H. Prentout, Étude critique…, op. cit., p. 47-110. L’origine champenoise de Hasting, proposée par Raoul Glaber (Histoires, M. Arnoux (éd.), Turnhout, Brepols, 1996, p. 70-71) ne peut être retenue : l’historien a confondu Hasting avec certains Francs chrétiens passés du côté des pillards nordiques.

[6]

Dudon, I, 5, ligne 13.

[7]

Ibid., I, 7, ligne 23 : Quod mandat taeter, gaudet parare minister ; voir I, 6, lignes 25-26 : Fit dicto citius quod mandarat funestus.

[8]

Ibid., I, 6, ligne 8 ; I, 5, ligne 1.

[9]

Ibid., I, 5, lignes 11-12: Misit itaque nuntium ad comitem et ad episcopum, subsequentia verba illis dicturum.

[10]

Ibid., I, 3, lignes 18-19 : Galliae potestatis invasit dominium, Franciscum usurpavit regnum. Temeravit sacerdotium, conculcavit sanctuarium.

[11]

Ibid., I, 4, ligne 17 : omnibus vastatis quae fuerunt sibi visa ; I, 7, ligne 25 : Gladio et incendio devastant omnia quae fuerant illis in praesentia.

[12]

Ibid., I, 4, lignes 18-19 : remearant praedando omnia ad navium praesidia ; I, 7, ligne 26 : onerant naves captivis et spoliis.

[13]

Ibid., I, 4, lignes 10-15 : Grassante malo, desolatur Francia, penitus evacuata. Luget Liberi Cererisque inops, quibus fuerat olim locupletissima. Maeret se suis incolis destitui agricolisque privari. Ejulat vomere non exarata cultroque inculta. Torpescit quiescendo terra, labore boum non exercita. Ignorantur pervia, vestigiis hominum non attrita. Silvarum fruticumque atque nemorum genere densantur campi, volvente tempore. Conclamata est salus vitaeque fiducia recessit ab hominibus… ; cf. la même évocation, plus brève, chez Abbon, Le siège de Paris par les Normands, H. Waquet (éd.), Paris, Les Belles Lettres, 1964, I, v. 188-192.

[14]

Ibid., I, 7, ligne 10 : Corde premunt gemitum mulieres, lacrymas effundunt inanes ; lignes 16-17 : Caetera namque manus flebilis ducitur navibus…

[15]

Ibid., I, 3, ligne 25 et I, 7, ligne 15.

[16]

Ibid., I, 7, lignes 7-8.

[17]

Employé par Cicéron pour qualifier Clodius dans le De Domo sua, 85 : pestifer civis et dans le Pro P. Sestio, 78 : ab illo pestifero ac perdito civi et par Virgile, En. VII, v. 570 : les pestiferas fauces de l’Achéron. Le terme a été peu repris (3 exemples) dans la Vulgate : Dieu considère Babylone comme une « montagne fatale », mons pestifer (Ier, 51, 25) ; Paul le persécuteur est lui aussi pestiferum hominem (Act, 24, 5).

[18]

Abbon, I, v. 161 : Pestifere gentis miles ; II, v. 212 : Pestiferi petiunt fugam.

[19]

II Macc, 4, 1.

[20]

Dudon, III, 59, ligne 3 : Attamen Hortator et Incensor scelerum (un seul emploi dans toute l’œuvre).

[21]

Invasor n’est employé qu’une seule fois pour Rollon (II, 2, ligne 28 : Franci vero intuentes Rollonem, totius Franciae invasorem).

[22]

Cic., De Domo sua, 5 : [Clodius], tu funesta rei publicae pestis ; cf. Lucain, VII, v. 335 : funesto in Marte ; Stace dans sa Thébaïde emploie ce terme à quatorze reprises, dont Theb., XII, v. 343 : an habet funestus et ignes ?

[23]

Abbon, I, v. 195-196.

[24]

Dudon, I, 7, ligne 23.

[25]

Virgile réserve taeter au « sang qui coule » de la gueule du lion qui vient de déchirer les entrailles d’une chevrette et à « l’odeur fétide des Harpyes » (En. X, v. 327 ; III, v. 228). Cicéron voit ainsi Catilina (Cat. 1, 5, 11 : tam taetram… pestem) ; Suétone parle du visage taeter de Caligula (Calig. 50, 1 : Vultum natura horridum et taetrum). Stace parle du sang « noir » des morts qui souille les visages, cf. Theb., II, v. 674 : taetra morientum aspergine manant.

[26]

Dudon, II, 25, ligne 15 : Cui adversatur (Rollo) atrox inimicus ; voir Ibid., IV, 76, ligne 3 : de manu regis atrocis.

[27]

Claudien, XX, v. 234 : atrox…Getarum dux ; Pomponius Mela, Chron., III, 34 : atrox gens… Sarmatica ; Ammien Marcellin, Hist., XXVII, 4, 11 : cum atrocissima gente Bessorum ; Orose, Hist., V, 24, 16 : omnium atrocissimus Sertorius.

[28]

Abbon, I, v. 249 : Tres armavit atrox cuneos ; I, v. 318 : impius atque ferox, saevus, crudelis et atrox ; I, v. 473 : continuo amenti rabie confunditur atrox.

[29]

Virg., En., I, v. 347 : Pygmalion, le frère de Didon, a tué le mari de sa sœur, Sychée.

[30]

Virg., Georg., IV, v. 492 : immitis tyranni ; En., 1, v 30 : immitis Achilli.

[31]

II Tim., 3, 3.

[32]

Virg., En., X, v. 168-169 : tela sagittae / gorytique leves umeris et lethifer arcus.

[33]

Ov., Met., XII, v. 606 : Certa letifera direxit spicula dextra ; voir Stace, Theb., V, v. 628 : ubi lethifer anguis ?.

[34]

Virg., En., X, v. 447 : obitque truci procul omnia visu ; Cic., De lege agraria, II, 65 : ab hoc horrido ac truce tribuno plebis ; Tite Live, Hist., XLV, 10, 8 : vultu truci.

[35]

Abbon, I, v. 115 ; v. 302 ; v. 632 ; II, v. 25 ; v. 274.

[36]

Prov, 19, 13 ; 21, 9 ; 25, 24 ; 27, 15; I Tim, 3,3 ; Tit, 3, 2.

[37]

Dudon, I, 3, ligne 7 : infestus (Hasting) ; I, 7, ligne 44 : infestis (Vikings) ; II, 4, ligne 9 : infesto corde (regis perfidi) ; IV, 86, ligne 31 : infestus (Arnulfus) ; IV, 96, ligne 42 : infesto coetu ; en outre fluctibus infestis (II, 35, ligne 15) qui qualifie les « flots » de la mer est vraisemblablement une reprise de Fortunat, XI, 25, v. 25.

[38]

Torvus (Hasting) : I, 3, ligne 7 ; torvis (Danis) : I, 7, ligne 44 ; gens torva (Anglais) : II, 7, ligne 42 ; gens torva (Rioul) : III, 11, ligne 42 ; moles torva : IV, 1, ligne 240.

[39]

Virg., En., X, v. 170 : torvos Abas (le troyen Abas) ; III, v. 636 : torva sub fronte (le cyclope) ; voir Hor., Odes, I, 28, 17 : Dant alios Furiae torvo spectacula Marti ; cf. Stace, Theb., I, v. 712 : torva Megaera (Mégère).

[40]

Virg., En., V, v. 582 : infesta tela ; X, v. 206 : aequora infesta ; X, v. 877 : infesta hasta.

[41]

Abbon, I, v. 295 : torva plebs ; II, v. 306 : torvi; II, v. 21 : infestos.

[42]

Dudon, I, 5, ligne 10.

[43]

Aulu-Gelle, Nuits Attiques, III, 8, 8.

[44]

Dudon, I, 5, ligne 10 ; I, 6, ligne 9.

[45]

Plaut., Poenulus, v. 1125 : Praestrigiator (sic) hic quidem Poenus probust.

[46]

Prud., Cath., VI, 140 : Procul esto pervicaci / praestigiator astu.

[47]

II Macc, 5, 15 : qui legum et patriae fuit proditor ; Luc, VI, 16 : et Judam Iscariotem qui fuit proditor.

[48]

Augustin, Civ., 10-11 : l’auteur définit ainsi les tromperies des mauvais démons : natura fallax, omniforme, multimodum, simulans deos et daemones et animas defunctorum ; Sédulius, Opus Paschale, II, 9 : principem hujus mundi deceptorem.

[49]

Virg., En., II, v. 90 : invidia pellacis Ulixi ; voir aussi Arnobe, Adversus nationes, V, 44 : Juppiter se pellax fraude induit perfida formarum varietatibus ludens.

[50]

Dudon, I, 4, lignes 16-17.

[51]

Ibid., I, 4, 1-9.

[52]

Ibid., I, 3, ligne 19.

[53]

Ibid., I, 3, lignes 24-25 : Casulas nefarii induunt, quas altaribus sacris diripiunt. Vestiuntur alba, officio missae dedicata.

[54]

Ibid., 1, 5, ligne 10 : Decernens Alstignus blasphemus… ; voir IV, 66, ligne 13 : Riulfumque multifariam blasphemum et perjurium ; IV, 73, ligne 13 : blasphemum tantae deceptionis negotium.

[55]

Tert., De resurrectione carnis, XXVI, 63, 4 ; Adversus Marcionem, 28 ; voir II Macc, 10, 4 : barbaris et blasphemis hominibus.

[56]

I Tim, 1, 13 ; voir. Oros., Hist., VII, 39, 18.

[57]

Dudon., II, 62, ligne 1 : dolositas ; IV, 70, ligne 5 : astu ; IV, 73, ligne 7 : captionis ; IV, 123, ligne 21 : talia nefaria.

[58]

Voir tableau ci-dessous.

[59]

Abbon, II, v 320 : glomerant cuneos posterga nefandi.

[60]

Les trois autres occurrences qualifient le comte Arnoul : omnium nequissimo (IV, 63, ligne 16), Rioul : incentor hujus mali nequissimus (III, 44, ligne 62) et Osmond le précepteur de Richard dans une adresse insultante du roi Louis : nequior omnibus (IV, 73, ligne 8). Ce terme est d’un emploi courant dans la Bible pour exprimer en particulier les « Esprits mauvais » : voir Act, 19, 12 : spiritus nequam ; Mat, 12, 45 : spiritus nequiores.

[61]

Dudon, II, 13, ligne 6.

[62]

II Mac, 7, 34 : omnium hominum flagitiosissimus.

[63]

Mt, 12, 45 : et assumit septem alios spiritus secum nequiores se.

[64]

Mt, 13, 38 : zizania, filii sunt nequam.

[65]

Dudon, I, 7, ligne 20.

[66]

Ibid., II, 22, ligne 12 : Rollo nimio furoris aestu inhians ; II, 41, ligne 16 : avertatur furor tuus a servis tuis.

[67]

Ibid., I, 3, ligne 29 ; I, 7, ligne 7 ; I, 7, ligne 17.

[68]

Ibid., II, 8, ligne 19 : ventorum rabiem vela ferre non possunt.

[69]

Ibid., III, 63, 14 : rabie immanissimi furoris accensi diabolicoque spiritu exagitati.

[70]

Prud., Harmatigena, V, 1 : Quo te praecipitat rabies tua, perfide Caïn ?

[71]

Arnobe, I, 6, 11 : per quem feritatis mollita est rabies.

[72]

Abbon, I, 1, v. 473.

[73]

Dudon, I, 8, lignes 22-31.

Résumé

Français

Dudon a consacré son premier livre à Hasting, un chef viking qu’il rend responsable de la plupart des méfaits et des crimes commis par les différentes bandes de Scandinaves durant le ixe siècle. Il en dresse un portrait peu flatteur en le mettant en scène dans des opérations de pillage et en sélectionnant tout un ensemble de termes, qui ont des résonances antiques ou bibliques. Il est aisé de dégager les traits caractéristiques de la personnalité de ce chef charismatique. Hasting apparaît, d’abord, comme un destructeur d’église et de cités et comme un homme qui se complaît à massacrer des innocents. La réussite de ses entreprises criminelles, il la doit autant à sa perfidie, qui ne recule devant aucun scrupule, qu’à sa perversité qui est infinie. Mais, selon Dudon, le secret de cet être néfaste réside dans sa totale soumission au Mal, voire au Malin, ce qui se manifeste avec éclat dans sa volonté de détruire les autels, les objets sacrés du culte, les sanctuaires et même les hommes d’Église de toutes les régions où il passe. Et pourtant Hasting joue un rôle capital dans l’Économie du Salut.

Mots clés

  • Dudon de Saint-Quentin
  • Normandie médiévale
  • invasions vikings
  • Francia
  • le chef viking

English

Dudon de Saint-Quentin’s Hasting, the perverse VikingDudon’s first book is devoted to Hasting, a Viking chief responsible for most of the atrocities committed during the 9th century. The portrait is devastating and Hasting appears responsible for pillage and is described using classical and biblical terms of reprobation. The main traits of this charismatic leader are easily identifiable. Hasting is portrayed as a destroyer of churches and towns who massacres the innocent. His success is due to his treachery, lack of scruples and infinite perversity. According to Dudon, the secret of this hideous person is due to his complete enslavement to Evil (the Devil) which is illustrated by his furious energy to destroy all altars, sacred vessels, churches and ecclesiastics in his path. Yet, Hasting played an important role on the road to Salvation.

Keywords

  • Dudon de Saint-Quentin
  • medieval Normandy
  • viking invasions
  • Francia
  • viking chiefdom

Plan de l'article

  1. I - Hasting, le chef charismatique
  2. II - Hasting, le destructeur
  3. III - Hasting, le perfide
  4. IV - Hasting, le sacrilège
  5. V - Hasting, le démoniaque
  6. Conclusion

Pour citer cet article

Bouet Pierre, « Hasting, le Viking pervers selon Dudon de Saint-Quentin », Annales de Normandie, 2/2012 (62e année), p. 213-233.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2012-2-page-213.htm
DOI : 10.3917/annor.622.0213


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