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Annales de Normandie

2012/2 (62e année)


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En octobre 2009 a eu lieu à Cerisy-la-Salle un colloque intitulé De l’hérétique à la sainte : les procès de Jeanne d’Arc revisités[1][1] F. Neveux (dir.), De l’hérétique à la sainte : les..., qui réunissait les meilleurs spécialistes actuels de la question, français et étrangers. On y trouvait des historiens, au premier rang desquels il faut signaler Philippe Contamine [2][2] P. Contamine, « La réhabilitation de la Pucelle vue..., mais aussi Gerd Krumeich [3][3] Gerd Krumeich, auteur de Jeanne d’Arc à travers l’histoire..., Françoise Michaud-Fréjaville, Alain Sadourny, Philippe Lardin, Vincent Tabbagh, Olivier Bouzy, Pierre-Yves Girault et Yann Rigolet. Les linguistes et spécialistes de la littérature médiévale étaient également présents (Michèle Guéret-Laferté, Deborah Fraioli), ainsi que les spécialistes des images (Nadine-Josette Chaline [4][4] Nadine-Josette Chaline a étudié des Images de Jeanne..., Vincent Amiel) et de la musique (Julie Deramond).

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Cette manifestation était organisée par l’Office Universitaire d’Études Normandes de l’université de Caen (OUEN), dont Catherine Bougy était alors la directrice [5][5] Catherine Bougy a succédé en 2000 à Pierre Bouet, fondateur.... Sur le plan local, le colloque avait été précédé et préparé par la constitution d’un groupe de travail, qui s’est réuni régulièrement en 2007 et 2008 [6][6] Ce groupe de travail avait été constitué dans le cadre.... Ce groupe se singularisait par son caractère pluridisciplinaire : il comprenait une juriste, historienne du droit (Sophie Poirey), deux latinistes (Pierre Bouet et Olivier Desbordes), une linguiste, spécialiste de la dialectologie (Catherine Bougy) et un historien du Moyen Âge (François Neveux).

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Les membres de ce groupe ont évidemment participé activement au colloque de 2009, dont ils ont été les chevilles ouvrières. Ils y ont présenté des contributions qui étaient parmi les plus innovantes. Sophie Poirey a montré comment les procès de Jeanne mettaient en pratique la procédure d’inquisition [7][7] S. Poirey, « La procédure d’inquisition et son application..., telle qu’elle apparaît notamment à travers plusieurs manuels du xive et du xve siècle, rédigés par des inquisiteurs [8][8] Il s’agit du Manuel de l’inquisiteur de Bernard Gui.... Pierre Bouet et Olivier Desbordes ont étudié le latin du procès et, plus précisément, la façon dont ont été traduits les interrogatoires de Jeanne. Ils ont montré la volonté des traducteurs de rester le plus près possible des paroles originales de Jeanne, quitte à prendre quelques libertés avec le « bon latin » [9][9] P. Bouet et O. Desbordes, « La latin des interrogatoires.... Leur travail a été réalisé en parallèle avec celui de Catherine Bougy, qui a étudié La langue des deux textes en français des interrogatoires de Jeanne d’Arc[10][10] C. Bougy, « La langue des deux textes en français des.... Ces deux textes constituent ce qu’on appelle la minute française du procès.

La minute française et les paroles de Jeanne

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Le procès de Jeanne d’Arc s’est déroulé en langue française. Les locuteurs de l’époque étaient parfaitement capables de se comprendre, même si chacun parlait avec les particularités dialectales de sa région [11][11] Cf. P. Duparc (éd.), Procès en nullité de la condamnation.... Jeanne, qui n’était jamais allée à l’école, utilisait certainement de nombreuses expressions dialectales des régions de l’Est. De leur côté, les juges et assesseurs parlaient certainement un français plus châtié, le français de Paris, qui tendait alors à devenir la langue écrite quasi officielle, utilisée par tous les scribes. Cependant, les moins cultivés d’entre eux laissaient transparaître sous leur plume un certain nombre de mots ou d’expressions relevant du dialecte. C’était certainement le cas des nombreux assesseurs normands, mais aussi des notaires qui transcrivaient les débats au jour le jour. L’un d’entre eux nous intéresse particulièrement : Guillaume Manchon. Lors du procès de condamnation de 1431, il prenait des notes avec son collègue Guillaume Colles dit Boisguillaume, lui aussi notaire de l’officialité archiépiscopale de Rouen. Tous deux étaient assistés par un troisième notaire, Nicolas Taquel. C’est Guillaume Manchon qui réalisait chaque jour la synthèse sur un registre manuscrit que l’on appelle la Minute française[12][12] P. Doncœur (éd.), La minute française des interrogatoires....

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Cette minute a servi à établir la traduction officielle du procès en latin, réalisée par un maître de l’université de Paris, Thomas de Courcelles et par ce même Guillaume Manchon [13][13] Cf. P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation.... Dans les trois versions que nous en avons conservé, ce texte est signé à chaque page par les notaires. Guillaume Manchon a été plusieurs fois interrogé lors du procès dit de réhabilitation. Avec quatre comparutions, en 1450, 1452 (deux fois) et 1455, il est même le témoin le plus souvent interrogé [14][14] J. Quicherat (éd.), Procès de condamnation et de réhabilitation.... Le 17 décembre 1455, il déclare qu’il a rédigé de sa main une minute en français, qu’il a donnée aux juges du procès de réhabilitation [15][15] P. Duparc (éd.), Procès en nullité…, op. cit., t. I,.... Cette minute originale a disparu depuis, mais les deux copies que nous en avons conservé en dérivent sans doute directement. La première, conservée dans le manuscrit d’Urfé de la Bibliothèque nationale de France [16][16] BnF, ms. lat. 8828 (manuscrit d’Urfé)., est effectuée vers 1455, dans le contexte du procès de réhabilitation. Catherine Bougy affirme qu’elle « a certainement été réalisée dans un souci d’exacte conformité avec le texte de Manchon, afin de constituer un instrument de travail pour les juges du procès » [17][17] C. Bougy, « La langue des deux textes en français… »,.... La seconde version est celle du manuscrit d’Orléans [18][18] Bib. mun. Orléans, ms. 518 (manuscrit d’Orléans) :..., rédigé dans les années 1498-1515, à l’intention d’un illustre seigneur, Louis Malet de Graville, amiral de France. Catherine Bougy écrit à propos de ce texte : « Sans en altérer le fonds, il [le rédacteur] l’a adapté aux habitudes langagières orales et écrites de son temps et de son environnement géolinguistique » [19][19] Ibid..

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Guillaume Manchon était membre du clergé rouennais. Simple notaire en 1431 (à l’âge d’environ 30 ans), il avait fait par la suite une honnête carrière. Il était curé de Saint-Nicolas de Vittefleur [20][20] Vittefleur, canton de Saint-Valéry-en-Caux, Seine-..., depuis 1436, et chanoine de la collégiale Notre-Dame des Andelys [21][21] P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…,.... En 1452 (à 57 ans environ), lors de sa première comparution, il est indiqué comme prêtre et notaire de la cour épiscopale. Mais, lors de sa seconde comparution, il apparaît doté d’un bénéfice relativement important : il est alors curé de Saint-Nicolas-le-Painteur, à Rouen, charge qu’il cumule avec son office de notaire [22][22] C’est encore le cas en 1455, alors qu’il a environ.... Guillaume Manchon est certes un clerc instruit, mais il n’avait pas fait d’études universitaires à Paris, comme la plupart des assesseurs du procès. Il écrivait dans un français qu’il voulait recherché, celui de Paris, sur le modèle du langage de cour. Et pourtant, il n’y arrivait pas parfaitement, laissant passer sous sa plume un certain nombre de dialectalismes normands, qui ont été repérés par Catherine Bougy [23][23] C. Bougy, « La langue des deux textes en français des....

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C’est de cette façon, à travers ses réponses aux interrogatoires de Rouen, que nous est parvenue la parole de Jeanne. Il ne s’agit certes pas d’une restitution tout à fait exacte. Le scribe a débarrassé son langage de ses dialectalismes « lorrains », mais n’a pu s’empêcher d’y glisser ça et là, involontairement, quelques mots de son propre parler. Il ne faut pas s’en plaindre, bien au contraire. Tels qu’ils nous apparaissent à travers la minute (et même à travers sa traduction latine officielle), les mots de Jeanne sont sans doute le plus proche possible de la vérité. C’est un cas tout à fait exceptionnel pour le Moyen Âge et, à vrai dire, nous n’en avons pas d’autres exemples.

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Toutefois, à travers la voix de Jeanne, nous apparaissent d’autres voix, celles qu’elle a entendues depuis sa jeunesse et qu’elle continue à entendre, selon ses dires, dans sa prison du château de Rouen. Au fil des interrogatoires, menés de main de maître, selon la procédure inquisitoriale, ces voix prennent de plus en plus de consistance et même de réalité. Jeanne ne se contente pas de les entendre, mais elle les voit de ses propres yeux, comme elle le dit elle-même [24][24] P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…,.... Nous allons donc suivre les séances du procès de condamnation pour tenter de saisir le processus par lequel Jeanne nous les présente de façon de plus en plus concrète. Elles sont évoquées au cours des premières séances, qui sont les séances publiques.

Les voix au cours des séances publiques (21 février-10 mars 1431)

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La question des Voix de Jeanne a déjà fait l’objet de plusieurs études scientifiques, et notamment en ce qui concerne la voix de saint Michel. Mentionnons surtout deux historiens contemporains, le chanoine Étienne Delaruelle et le professeur Philippe Contamine [25][25] E. Delaruelle, « L’archange saint Michel dans la spiritualité.... Nous renvoyons à leurs travaux qui constituent le point de départ de notre réflexion.

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Du 21 février au 10 mars 1431 ont lieu les six séances publiques du procès, qui se déroulent au château de Rouen, dans la chapelle ou dans la « chambre du Parement ». Jeanne y est interrogée en présence de Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, juge épiscopal, de Jean Le Maistre, inquisiteur [26][26] Jean Le Maistre appartenait à l’ordre des frères prêcheurs...., et de nombreux assesseurs.

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Le mercredi 21 février est surtout consacré aux questions administratives, mais on en arrive vite à l’essentiel, c’est-à-dire aux révélations que Jeanne affirme avoir eues. On lui lit d’abord les lettres du roi de France et d’Angleterre (Henri VI), par lesquelles ce dernier demande de « bailler et délivrer » Jeanne à l’évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, afin qu’il puisse lui faire un procès (en matière de foi) [27][27] P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…,.... On lit encore ensuite la lettre du chapitre accordant à l’évêque l’autorisation de faire le procès en question à Rouen [28][28] P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…,... et la citation officielle adressée à Jeanne [29][29] Ibid., t. I, p. 33-34..

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Puis Jean d’Estivet, chanoine de Beauvais et de Bayeux, qui avait été nommé promoteur de ce procès [30][30] Jean d’Estivet avait été nommé promoteur le 9 janvier..., requiert que la Pucelle « fust admenee et interroguee selon la voye de droit » [31][31] P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…,.... Jeanne demande à entendre la messe, ce qu’on lui refuse pour le moment « actendu les crimes dont elle estoit accusee et diffamee ». Le juge épiscopal, Pierre Cauchon, lui explique qu’elle a été prise « dedens les marches de son diocese » et qu’il y avait eu « bruit et renommee de plusieurs de ses faictz qui estoyent contre nostre foy… et qu’elle estoit accusee de heresie ». C’est la raison pour laquelle elle lui a été « baillee et delivree pour faire son procez en matiere de la foy » [32][32] P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…,....

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Ensuite, Pierre Cauchon s’efforce d’obtenir de Jeanne qu’elle jure de dire la vérité :

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« Vous jurerez de dire la verité de ce que vous sera [demandé] qui concerne la foy catholique et de toutes aultres choses que sçaurez » [33][33] Ibid., p. 38, 85..

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Jeanne répond qu’elle jurerait volontiers de toutes ses actions depuis sa jeunesse jusqu’à sa venue « en France », en ajoutant aussitôt :

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« Mais de revelacions a elle faictes de par Dieu, que jamais elle ne l’avoit dit ne revelé fors a Charles que elle dit estre son roy, et si on luy debvoit coupper la teste, elle ne les reveleroit, pour ce qu’elle savoit par ses visions qu’elle les debvoit tenir secretes » [34][34] Ibid., p. 38, 85..

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Ensuite, Jeanne accepte de faire le serment demandé, avec une importante restriction :

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« Laquelle Jehenne… jura qu’elle diroit verité de toutes les choses qui luy seroyent demandees, qui concernent la matiere de la foy ; mais que, des revelacions dessusdictes, elles ne les diroit a personne » [35][35] Ibid., p. 39, 87..

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Ainsi, c’est Jeanne elle-même qui évoque la première ses « révélations » et ses « visions », en précisant qu’elles lui ont été faites « de par Dieu ». Sans doute ne se rend-elle pas compte à quel point cette question est sensible aux yeux du juge et des assesseurs, tous clercs instruits et, pour la plupart, gradués de la prestigieuse université de Paris. Membres importants de l’Église, ils sont naturellement méfiants à l’égard de révélations faites à une femme, en dehors du contrôle ecclésiastique. Et encore plus envers une femme qui appartient au camp de leurs ennemis, qui s’habille en homme, qui a pris les armes et qui peut être considérée comme responsable de grandes victoires, militaires et politiques remportées par « son roi » contre leur propre camp [36][36] Rappelons que les principaux succès de Jeanne furent....

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En tout cas, lors de cette première séance, Jeanne ne donne aucune précision concernant ses révélations, s’abritant derrière le secret qui lui a été demandé « par ses visions ». Pourtant, utilisant les méthodes efficaces de l’inquisition (mais sans user de la violence) [37][37] Jeanne n’a pas été soumise à la torture, mais la menace..., le juge et ses assistants ont su la faire parler et l’amener à donner des précisions, dès la séance suivante.

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Le jeudi 22 février, au cours de la seconde séance, Jeanne donne en effet des précisions sur ses révélations :

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« Si dist que, dez l’aage de traize ans, elle eust revelacion de nostre Seigneur par une voix qui l’enseigna a soy gouverner » [38][38] P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…,....

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Elle ajoute qu’elle eut très peur la première fois, mais aussi que la voix vint au cours de l’été, vers midi, un jour de jeûne, du côté droit, vers l’église de son village de Domremy. La voix était accompagnée d’une grande clarté. Jeanne précise encore qu’après l’avoir entendue trois fois, « elle congneust que c’estoit la voix ange » [39][39] Ibid., p. 47, 93..

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La voix, après lui avoir appris à « se bien gouverner », lui dit qu’elle devait aller en France, pour faire lever le siège d’Orléans. Pour les questions pratiques, elle irait voir Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs (à 20 km au nord de son village de Domremy) [40][40] Ibid., p. 48, 93. Vaucouleurs, chef-lieu de canton....

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Ensuite, évoquant son arrivée à Chinon, Jeanne dit qu’elle reconnut le roi parmi les autres assistants « par le conseil de la voix » [41][41] Ibid., p. 51, 95.. Elle refuse cependant de répondre quand on lui demande s’il y avait de la lumière quand la voix lui montra le roi et si elle vit un ange sur le roi [42][42] Les interrogateurs reviendront plus tard sur cette....

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« Item dit que ceulx de son party congneurent bien que la voix estoit de par Dieu, et que ilz veirent et congneurent la voix, et qu’elle le sçait bien » [43][43] Ibid., p. 52, 97.. Et, entre autres témoins, elle cite « Charles, duc de Bourbon » [44][44] Ibid., p. 53, 97. Il ne peut s’agir du duc de Bourbon,.... Elle ajoute aussitôt « que jamais ne requist a la voix fors a la fin la salvacion de son ame » [45][45] Ibid.. Faisant allusion à son attaque contre Paris, le 8 septembre 1429, elle dit « que la voix luy avoit dit qu’elle demourast a Sainct-Denis en France », mais que « les seigneurs » ne le voulurent pas, parce qu’elle était blessée [46][46] Ibid. Jeanne fut en effet blessée sous les murs de....

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L’interrogatoire suivant a lieu le samedi 24 février. Après un nouvel accrochage sur la question du serment, Jeanne est encore interrogée sur « sa voix » par l’un des assesseurs, Jean Beaupère [47][47] Jean Beaupère fut l’un des plus actifs parmi les assesseurs,.... Ce dernier lui demande, d’abord, depuis quand elle n’a pas bu ou mangé. Elle répond « Depuis hier apprez mydy ». Et il enchaîne :

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« Interroguee depuis quand elle ne ouyt sa voix

Respondit qu’elle l’avoit ouye hier et huy (aujourd’hui) » [48][48] P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…,....

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Visiblement, l’interrogateur cherche à démontrer qu’elle entend sa voix quand elle est en état de jeûne. C’est ce qu’elle a dit elle-même deux jours plus tôt [49][49] À propos de ses premières visions de Domremy. Voir.... Jeanne ajoute encore qu’elle l’avait entendue par trois fois, le matin, à l’heure des Vêpres et à celle de l’Ave Maria [50][50] Ibid., p. 58, 101. Sous le nom d’Ave Maria, Jeanne.... Ainsi, aux yeux du juge et des assesseurs, la voix est clairement associée à la sonnerie des cloches pour les offices, et notamment celles de la cathédrale de Rouen. Elle ajoute encore une précision intéressante. Jean Beaupère lui demandant « ce que elle faisoit hier au mattin quand elle ouyt ceste voix : Respond qu’elle dormoit, et que ladicte voix l’esveilla », sans toutefois la toucher. Et quand on lui demande si la voix est encore dans sa chambre,

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« Respond que non, qu’elle saiche ; mais qu’elle estoit au chastel » [51][51] Ibid., p. 58, 101..

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À la question suivante,

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« Respond qu’elle la mercya, elle estant assise en son lict. Et dit qu’elle joignit les mains et luy requist et pria qu’elle luy aidast et la conseillast de ce que elle avoit affaire.

A quoy ladicte voix luy dist qu’elle respondit hardyment » [52][52] Ibid., p. 58, 101..

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Ensuite, Jeanne n’hésite pas à apostropher Pierre Cauchon dans une réplique célèbre :

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« Vous dictes que vous estes mon juge ; advisez bien de ce que vous ferez ; car de verité je suis envoyee de par Dieu et vous mectez en grand danger » [53][53] Ibid., p. 59, 103..

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Cette apostrophe peut nous paraître courageuse. Elle était très risquée pour une femme comparaissant dans un procès en matière de foi. En tout cas, ni le juge, ni l’interrogateur ne réagissent à ce qui pouvait apparaître comme une provocation de Jeanne. Jean Beaupère poursuit comme si de rien n’était l’interrogatoire sur la voix :

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« Interroguee si c’est un angele de Dieu, sans moyen, ou de sainct ou de saincte :

Respond qu’elle vient de par Dieu » [54][54] Ibid., p. 60, 103., en refusant d’en dire plus.

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Il est intéressant de constater que, jusqu’à présent, il n’a été question que d’une voix, que Jeanne a dit être une voix d’ange. C’est l’interrogateur qui lui suggère qu’il pourrait s’agir d’une voix de saint ou de sainte… et Jeanne va bientôt abonder dans ce sens. Peu après, elle passe d’ailleurs du singulier au pluriel en répondant directement à Pierre Cauchon :

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« Respond a monseigneur de Beauvoys que les voix luy ont dit qu’elle die aulcunes choses au roy et non pas a luy » [55][55] Ibid., p. 60, 103..

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Il y aurait donc non seulement « une voix », mais plusieurs. Sollicitée par les interrogateurs, Jeanne ne va d’ailleurs pas tarder à leur donner les précisions qu’ils attendent. Elle ne tombe pourtant pas dans tous les pièges qui lui sont tendus. Elle reconnaît que les voix apparaissent toujours environnées de lumière, y compris ces deux derniers jours. Mais quand Jean Beaupère lui demande

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« se, avecques les voix, elle voit quelque chose,

Respond : Je ne vous dys pas tout, car je n’en ay congié ; et aussi mon serment ne touche pas cela ; mais je vous dy qu’il y a voix bel, bonne, et digne ; et n’en suis point tenue d’en respondre » [56][56] Ibid., p. 62, 105..

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Jean Beaupère enchaîne aussitôt et demande « se la voix a veue, c’est assavoir si elle a des yeulx, pour ce qu’elle demanda a veoir par escript les poins sur lesquelz on la vouloit interroguer » [57][57] Ibid., p. 62, 105. Voir note suivante..

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Par ces mots, Jean Beaupère laisse entendre que, selon Jeanne, la voix a demandé à lire un texte écrit [58][58] À vrai dire, la question posée est un peu obscure..... Or, on ne trouve pas une telle affirmation dans la bouche de l’accusée au cours des interrogatoires précédents. Il semblerait que Jean Beaupère, utilisant un procédé autorisé par l’inquisition, prêche le faux pour savoir le vrai [59][59] S. Poirey, « La procédure d’inquisition… », op. ci.... Pourtant, à plusieurs reprises au cours du procès, Jeanne a montré l’importance qu’elle accordait à l’écriture et aux textes écrits, alors qu’elle-même était illettrée [60][60] Mentionnons notamment le Livre de Poitiers, que Jeanne.... Mais là, la question de l’interrogateur pouvait laisser entendre que sa voix était capable de lire un texte écrit de main d’homme. Jeanne se rend compte qu’elle se trouve sur un terrain dangereux et réplique de façon dilatoire.

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« A quoy elle respond : vous ne l’avez pas encoire » [61][61] Ibid., p. 62 ; 105..

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Ensuite, Jean Beaupère lui demande « sy elle sçait qu’elle soit en la grace de Dieu », s’attirant cette réplique célèbre :

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« Se je ny y suis, Dieu m’y veuille mettre ; et se je y suis, Dieu veuille m’y tenir » [62][62] Ibid. Cette réponse reprend une prière bien connue.... Et elle ajoute aussitôt « si elle estoit en peché, que la voix ne viendroit point a elle » [63][63] Ibid., p. 62-63, 105..

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Ensuite, l’interrogateur passe aux questions politiques, lui demandant si, dans sa jeunesse, la voix lui a dit qu’elle haïssait les Bourguignons :

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« Respond que, depuis qu’elle entendit que les voix estoyent pour le roy de France, elle n’a point aymé les Bourguignons » [64][64] Ibid., p. 63, 105..

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Jeanne est évidemment tombée dans le piège qui lui était tendu. Les juges et les assesseurs, appartenant tous au parti bourguignon, ne peuvent admettre que Dieu se soit manifesté dans l’autre camp.

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La séance suivante a lieu le mardi 27 février. On commence encore par la question du serment, puis Jean Beaupère lui demande une nouvelle fois si elle jeûne, car on est en période de carême. Elle répond que oui et aussi qu’elle a entendu « sa voix » depuis samedi, et même beaucoup de fois. Mais elle ne veut pas révéler ce qui lui a été dit, sinon

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« que vous respondisse hardiment. Et dit qu’elle demandoit conseil des choses que on luy demandoit » [65][65] Ibid., p. 70, 111..

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Jean Beaupère réitère alors la question posée le samedi précédent :

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« Interroguee se ce estoit voix d’angele ou de sainct ou de saincte ou de Dieu sans moyen :

Respond que la voix, c’est de saincte Katherine et Marguerite. Et leurs figures sont couronnées de belles couronnes, moult richement et moult precieusement. Et de ce j’ay congié de nostre Seigneur » [66][66] Ibid., p. 71, 111..

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Cette fois-ci Jeanne a saisi la perche tendue par l’interrogateur. Elle identifie deux de ces voix à des saintes martyres très populaires tout au long du Moyen Âge : sainte Catherine d’Alexandrie et sainte Marguerite d’Antioche de Pisidie. Elle les décrit telles qu’elle a pu les voir représentées sous forme de statues et sur des vitraux. On sait depuis longtemps qu’il y avait, du temps de Jeanne, une statue de sainte Marguerite dans l’église de Domremy, toute proche de la maison de son père [67][67] Voir S. Luce, Jeanne d’Arc à Domremy. Recherches critiques.... Et l’interrogatoire se poursuit sur ce sujet :

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« Interroguee comme elle congnoit bien l’une et l’autre :
Respond qu’elle les congnoist par le salut qu’ilz luy font.
Item dit qu’il y a sept ans que la premiere foys luy ont appris a se gouverner.
Item dit qu’elle les congnoist mesmes parce que ilz se nomment a elle » [68][68] Ibid., p. 72, 113..
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Mais elle refuse de répondre aux questions suivantes : étaient-elles vêtues d’un même drap ? Avaient-elles le même âge ? Elle ajoute seulement :

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« Et toutesfoys j’en ay tous les jours conseil de toutes les deux » [69][69] Ibid., p. 72, 113..

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Dans ces réponses, Jeanne donne d’intéressantes indications chronologiques. Elle aurait entendu ces saintes sept ans auparavant, c’est-à-dire sans doute en 1424. Par ailleurs, elle a dit avoir ses premières révélations à l’âge de 13 ans. Si elle est bien née en 1412, comme c’est fort probable, elle aurait donc eu ses premières révélations en 1425. Il y a par conséquent un petit doute sur l’année exacte, 1424 ou 1425. Nous verrons que c’est une question importante, en raison du contexte politique et militaire qui marque ces deux années [70][70] Voir. infra..

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Jean Beaupère poursuit l’interrogatoire en lui demandant « laquelle [apparust] la premiere ». Et elle répond :

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« Je ne les congneuz pas si tost…
Item dit aussi qu’elle a eu le conseil de sainct Michel
Interroguee lequel vint le premier :
Respond que ce fut sainct Michel ».
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Et quand on lui demande qu’elle était la première voix qui vint à elle à l’âge de 13 ans, elle répond :

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« Ce fut sainct Michel qu’elle veit devant ses yeulx ; et ne estoit pas seul, mais estoit bien accompagné de angelz du ciel » [71][71] Ibid., p. 73, 113..

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On lui demande ensuite si elle a vu saint Michel et les anges « corporellement et formeement » et elle répond :

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« Je les vey de mes yeulx corporelz, aussi bien que je vous voy. Et quand ilz se partirent de elle, elle plouroit et eust bien voulu que ilz l’eussent emportee » [72][72] Ibid., p. 74, 115..

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Après les saintes Catherine et Marguerite, Jeanne a donc identifié saint Michel, en précisant même que ce fut la première « voix » qui lui apparut, entourée d’une multitude d’anges. L’interrogatoire va se poursuivre sur le même thème au cours de la séance suivante, le 1er mars.

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Le jeudi 1er mars, on lui demande si saint Michel était accompagné de saint Gabriel. Elle répond qu’elle ne s’en souvient pas [73][73] Ibid., p. 83. Cet échange ne figure que dans le texte.... Le même jour, on l’interroge sur l’apparence de ses voix (forme et cheveux). Portent-elles des couronnes [74][74] Ce qu’elle a dit le 27 février. Voir supra. ? Quelle langue parlent-elles ?

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« Item dicit quod vox illa est pulchra, dulcis et humilis et loquitur ydioma gallicum » [75][75] Ibid., p. 84 : « Item, elle dit que cette voix est....

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La voix parle donc le français. Et quand on lui demande si sainte Marguerite parle l’anglais, elle lance cette réplique célèbre :

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« Qualiter loqueretur anglicum, cum non sit de parte Anglicorum ? » (Pourquoi parlerait-elle anglais, puisqu’elle n’est pas du parti des Anglais ?) [76][76] Ibid., p. 84..

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C’était évidemment un piège tendu par l’habile Jean Beaupère et Jeanne y est tombé facilement.

70

Le même assesseur la presse aussi de questions sur l’apparence de l’archange :

71

« Interrogata in qua figura erat sanctus Michael, dum sibi apparuit

Respondit quod non vidit sibi coronam ; et de vestibus nichil scit » [77][77] Ibid., 86. « Interrogée en quelle figure était saint....

72

Contrairement aux saintes, saint Michel ne portait donc pas de couronne, et Jeanne ne sait rien de ses vêtements. Jean Beaupère va donc poursuivre son avantage en demandant s’il était nu.

73

« Interroguee se il estoit nud :

Pensez vous, respond, que nostre Seigneur n’ait de quoy les vestir ? » [78][78] Ibid., p. 87, 129..

74

Encore une célèbre réplique !

75

Mais l’interrogateur poursuit imperturbablement :

76

Avait-il des cheveux ? Portait-il une balance ?

77

Jeanne ne répond pas, mais ajoute que saint Michel ne lui est plus apparu depuis sa détention au château du Crotoy [79][79] Le Crotoy, canton de Rue, Somme., c’est-à-dire avant le procès [80][80] Ibid., p. 87, seulement texte latin : Dicit eciam quod.... Cette brutale abstention de saint Michel, la première voix de Jeanne, paraît curieuse. L’archange guerrier disparaît au moment où ses exploits militaires sont terminés et où elle cesse d’être prisonnière de guerre (si elle a jamais vraiment été considérée comme telle). En tout cas, elle est désormais justiciable devant un tribunal d’Église, bien que détenue dans une prison laïque, au château de Rouen. Et là, selon ses propres dires, les seules voix qui se manifestent à elles sont celles de sainte Catherine et de sainte Marguerite.

78

L’interrogatoire se poursuit à propos de saint Michel et Jeanne précise « qu’elle a grand joye quand elle le voit », ce qu’il faut désormais mettre au passé. Et elle pense alors qu’elle n’est pas en état de péché mortel. Elle ajoute encore :

79

« Item dit que saincte Katherine et saincte Margueritte la font voluntiers confesser ; c’est assavoir, de foys a aultre » [81][81] Ibid., p. 87, 129.. Elle fait bien sûr allusion aux confessions faites à son curé de Domremy, car le juge lui interdit de se confesser et d’entendre la messe à Rouen [82][82] C’est un efficace moyen de pression sur elle.. Notons aussi que ces confessions relativement fréquentes de Jeanne sont exceptionnelles au xve siècle, où les fidèles ne pratiquent ce sacrement qu’une fois par an, avant de faire leurs Pâques [83][83] Voir C. Beaune, Jeanne d’Arc, Paris, Perrin, 2004,....

80

Le samedi 3 mars, Jean Beaupère l’interroge « en luy recitant qu’elle avoit dit que sainct Michel avoit aelles [84][84] Or ce n’est pas attesté par les interrogatoires précédents.... ; et avecq ce, de saincte Katherine et Marguerite qu’elle ne avoit point parlé du corps ou membres ».

81

Elle répond :

82

« Je vous en ay dit ce que j’en sçay » [85][85] Ibid., p. 91, 133..

83

Il lui demande encore « se sainct Michel et sainct Gabriel ont testes naturellement. Repond : Ouy a mes yeux » [86][86] Ibid., p. 92, 133..

84

Ainsi s’achèvent les interrogatoires publics, au cours desquels, en réponse aux questions insistantes des interrogateurs, et surtout de celles de l’habile maître Jean Beaupère, Jeanne a précisé peu à peu l’image qu’elle se faisait de ses voix. Elle parle d’abord d’un ange, entouré d’une multitude d’autres anges. Puis elle identifie la première voix qui lui est apparue à l’archange saint Michel, plus tard associé à saint Gabriel (sur la suggestion de l’interrogateur). Ensuite apparaissent les saintes Catherine et Marguerite : elle les présente comme beaucoup plus familières que l’archange [87][87] De fait, l’archange saint Michel est souvent considéré.... En réponse aux nombreuses questions, elle va donner des précisions sur l’apparence des ces anges et de ces saintes. Elle affirme hautement qu’elle les a vus de ses propres yeux et laisse entendre qu’ils avaient une apparence humaine. Finalement, pour elle, les voix sont très proches des représentations qu’elle a pu en voir sous forme de statues ou sur les vitraux des églises. De telles images étaient nombreuses dans sa région d’origine et notamment dans l’église de Domremy, toute proche de la maison de son père.

85

Les interrogatoires publics sont complétés par des interrogatoires dans la prison de Jeanne, conduits par quelques assesseurs seulement.

Les précisions données lors des interrogatoires dans la prison (10 au 17 mars)

86

Lors de ces interrogatoires, on revient sur les questions essentielles : le port de l’habit d’homme, le signe donné au roi (Charles VII), la soumission à l’Église et, bien sûr, la question des voix.

87

Le lundi 12 mars, au matin, l’interrogateur est Jean de la Fontaine (sic), commissaire et examinateur des témoins [88][88] Originaire du diocèse de Bayeux, Jean de la Fontaine.... Il demande à Jeanne si elle faisait une révérence à saint Michel et à ses anges. Elle répond que oui, et qu’elle baisait la terre après leur départ. Elle précise aussi qu’ils viennent souvent parmi les chrétiens, mais qu’on ne les voit pas [89][89] P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…,.... Le jeudi 15 mars, on lui pose à nouveau la question et elle ajoute :

88

« Et ne leur sçait faire si grande reverence, comme a elles appartient. Car elle croist fermement que ce soient sainctes Katherine et Marguerite. Et semblablement dit de saint Michel » [90][90] Ibid., p. 159, 183-185..

89

Deux jours auparavant (le mardi 13 mars), elle avait finalement répondu aux questions pressantes sur le signe donné à Charles VII. Elle dit qu’au château de Chinon, un ange lui avait apporté une magnifique couronne, par l’entremise de l’archevêque de Reims (Regnault de Chartres) [91][91] Ibid., p. 133-140, 163-169.. Elle cite en outre d’autres témoins de cet événement : le duc d’Alençon, Charles de Bourbon et le sire de La Trémouille [92][92] Ibid., p. 137, 167. Jean II, duc d’Alençon, Charles....

90

Le jeudi 15 mars encore, elle dit que ses voix l’ont toujours secourue « et ce est signe que ce soient bons esperis ». On lui demande alors si elle a d’autres signes. Elle répond :

91

« Saint Michiel le me certiffie, avant que les voix me venissent ». L’archange est donc pour elle un garant de l’authenticité des autres voix (et sur- tout de celles des saintes Catherine et Marguerite). On lui demande alors « comme elle congneust que c’estoit saint Michiel

92
Respond : Par le parler et la langaige des angles.
Et le croist fermement que c’estoient angles.
Interroguee comme elle congneust que c’estoit langaige d’angles :
Respond que elle le creust assés tost ; et eust ceste voulenté de le croire » [93][93] Ibid., p. 161-162 ; 186-187..
93

Jeanne ajoute encore une fois que saint Michel lui a annoncé la venue des saintes Catherine et Marguerite.

94

On lui demande alors « se l’annemy [le diable] se mectoit en forme ou signe d’angle, comme elle congnoistroit que ce fust bon angle ou mauvais angle ».

95

Elle répond « qu’elle congnoistroit bien se ce seroit saint Michiel ou une chose contrefaicte comme luy ».

96

Elle ajoute que « a la premiere fois, elle fist grant doubte que c’estoit saint Michiel. Et a la premiere fois oult grant paour ; et si le vist maintesfois avant qu’elle sceust que ce fust saint Michiel » [94][94] Ibid., p. 162, 186-187..

97

On lui demande comment elle sut que c’était saint Michel. Elle répond que la première fois elle était « jeune enfant », mais que « depuis, lui enseigna et monstra tant [de choses] qu’elle creust fermement que c’estoit il ».

98

On lui demande ensuite quelle doctrine saint Michel lui enseigna. Elle répond :

99

« Sur toutes choses, il luy disoit qu’elle fust bon enfant et que Dieu luy aideroit ; et, entre les autres choses, qu’elle venist au secours du roy de France… Et luy racontet l’ange la pitié qui estoit eu royaume de France ». Interrogée sur la taille et la stature de l’ange, elle refuse d’en dire plus et reporte sa réponse au samedi suivant [95][95] Ibid., p. 163, 186-187..

100

Le samedi 17 mars, a lieu en effet le dernier interrogatoire. On lui demande à nouveau « en quelle fourme et espece, grandeur et habit vient sainct Michiel.

101

Respond : il estoit en la fourme d’un tres vray preudomme » et refuse d’ajouter quoi que ce soit concernant son habit. Mais elle assure encore une fois qu’elle a bien vu les anges de ses yeux. Elle conclut solennellement :

102

« Elle croist aussi fermement les ditz et les fais de sainct Michiel, qui s’est apparu a elle, comme elle croist que Nostre Seigneur Jhesus Crist souffrit mort et passion pour nous. Et ce qui la meust a le croire, c’est le bon conseil, confort et bonne doctrine qu’il luy a fais et donnés » [96][96] Ibid., p. 165, 188-189..

103

L’après-midi du même jour, on lui demande si les deux anges qui étaient peints sur son étendard étaient saint Michel et saint Gabriel. Elle n’accepte pas cette identification et répond « qu’ilz n’y estoient fors seullement pour l’onneur de Nostre Seigneur, qui estoit painct en l’estaindard » [97][97] Ibid., p. 172, 194-195..

104

Par la suite, l’interrogateur revient sur les saintes. Jeanne ayant affirmé qu’elle avait touché sainte Catherine avec son anneau, il demande « en quelle partie de ladicte saincte Katherine ». Elle refuse de répondre, mais il ajoute :

105
« s’elle baisa ou accolla oncques sainctes Katherine ou Marguerite.
Respond : elle les a acolez toutes deulx.
Interroguee se ilz fleuroient bon
Respond : il est bon a savoir, et sentoient bon » [98][98] Ibid., p. 176-177 ; 198-199..
106

Ces interrogatoires nous permettent de préciser la façon dont Jeanne envisage les personnages de l’archange Michel et des saintes Catherine et Marguerite. Pressée de questions, elle fournit de nouveaux détails. Saint Michel parle le langage des anges, il a la forme d’un « vrai prudhomme », c’est-à-dire de quelqu’un qui appartient à l’élite sociale et qui porte les habits de son état (noble ou bourgeois d’une grande ville). Il vient bien de Dieu et non du Diable et, pourtant, Jeanne n’en a jamais parlé à son curé ou à une autre homme d’Église [99][99] Elle le dit explicitement à propos du signe : Interroguee.... C’est saint Michel qui a fixé à Jeanne l’essentiel de sa mission : aller voir le dauphin, délivrer Orléans et faire couronner son roi. Mais il cesse de lui apparaître au Crotoy, alors qu’elle continue à voir les saintes Catherine et Marguerite. Celles-ci semblent beaucoup plus proches d’elle. Jeanne a pu leur faire des révérences, les toucher et les embrasser. Ce faisant, elle a pu se rendre compte que ces saintes sentaient bon.

Les voix dans la suite de la procédure (18 mars – 30 mai 1431)

107

Nous connaissons la suite du procès et l’usage que les juges vont faire de ces « révélations ». Jean d’Estivet y revient plusieurs fois dans son réquisitoire qu’on appelle les 70 articles. Ce texte est lu à Jeanne les 27 et 28 mars. À l’article 10, il est question des « visions et apparitions » de saint Michel et des saintes, avec de nombreuses citations des interrogatoires à l’appui [100][100] P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…,.... À l’article 13, Jean d’Estivet écrit que « Jeanne attribue à Dieu, à ses anges et à ses saints des commandements qui sont contre l’honnêteté du sexe féminin et prohibés par la loi divine » [101][101] Ibid., p. 207 : Item dicta Iohanna attribuit Deo, angelis.... À l’article 32, il est écrit que « ses révélations et ses visions, si ladite Jeanne en a, viennent d’esprits menteurs et malins, plutôt que de bons esprits » [102][102] Ibid., p. 229 : ipse revelaciones ac visiones, si quas.... Il n’est pas question de poursuivre cet examen en détail, ce qui dépasserait les limites de cette contribution.

108

Les 70 articles, fort indigestes, sont bientôt abandonnés au profit des 12 articles, qui se bornent à exposer simplement les faits, d’après les déclarations de Jeanne, en évitant toute polémique et toute accusation. Dans l’article 1, il est ainsi écrit « Cette femme dit et affirme… qu’elle a vu des ses yeux corporels saint Michel la consolant et quelquefois saint Gabriel… et une multitude d’anges ; et ensuite les saintes Catherine et Marguerite se montrèrent à elle sous une forme corporelle » [103][103] Ibid., p. 290 : quedam femina dicit et affirmat quod.... Et l’article 3 : « ladite femme sut et est certaine que celui qui la visita est saint Michel, qui lui donna et fit bon conseil, réconfort et bonne doctrine… et par cela qu’il se nomma à elle, lui disant qu’il était saint Michel. Et de même pour les saintes Catherine et Marguerite, elle les connaît distinctement l’une et l’autre, par cela qu’elles se nomment et la saluent » [104][104] Ibid., p. 292 : Item dicta femina cognovit et certa....

109

C’est sur la base de ces 12 articles, très habilement rédigés, que Jeanne a été considérée comme « suspecte en la foi » par 22 théologiens présents à Rouen [105][105] Ibid., p. 297-300., par de nombreux assesseurs [106][106] Ibid., p. 300-311, 313-316, 321-327. Les assesseurs..., puis par l’université de Pa- ris [107][107] Très attendu par les juges et les assesseurs, l’avis.... Deux évêques furent également sollicités [108][108] P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…,.... Presque tous les clercs consultés allèrent dans le même sens : Jeanne est soupçonnée d’être hérétique et schismatique, elle erre dans la foi, elle refuse de se soumettre à l’Église. Nous sommes dans le cadre d’un procès d’inquisition, qui se déroule de manière implacable (mais le plus régulièrement possible, selon la volonté de Pierre Cauchon) [109][109] Voir S. Poirey, « La procédure d’inquisition… », op..... Dès lors, l’issue ne fait guère de doute. Jeanne est une dernière fois « charitablement admonestée » le mercredi 23 mai [110][110] P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…,.... Mais, en dépit du coup de théâtre du 24 mai, qui débouche sur son abjuration [111][111] Ibid., p. 385-394, 269-275., Jeanne refuse à nouveau de se soumettre. Le mercredi 30 mai, elle est condamnée comme relapse, abandonnée au bras séculier et brûlée sur la place du Vieux Marché de Rouen [112][112] Ibid., p. 395-415, 277-291..

110

Tout n’était pas dit cependant. On le sait par l’information posthume, qui résulte d’une ultime séance, tenue le 7 juin. Réunis par Pierre Cauchon, sept témoins des derniers moments de la condamnée déposent alors sous serment [113][113] Ibid., p. 416-422, 293-296.. Quand Jeanne eût compris qu’elle n’échapperait pas à la mort, elle aurait reconnu que ses voix l’avaient déçue :

111

« Vraiement, je voy bien qu’elles m’ont deceue » [114][114] Ibid., p. 419, 295. Déposition de Jean Toutmouillé,....

112

Jeanne aurait donc douté d’elles, tout en maintenant la réalité des apparitions :

113

« Soient bons, soient mauvais esperils, ilz me sont apparus » [115][115] Ibid., p. 418, 294. Déposition de Pierre Maurice, professeur....

114

Elle les aurait vues quand les cloches sonnaient, sous forme de très petites choses qui venaient en grande multitude [116][116] Ibid., p. 418, 294. Déposition de Pierre Maurice.. Enfin, et surtout, elle revint sur son récit concernant le signe accordé à Charles VII.

115

« Ledit deposant ouyt dire a icelle Jhenne que elle mesme avoit apporté ladicte couronne, dont est question ; et que elle mesme estoit l’ange » [117][117] Ibid., p. 421, 296. Déposition de Nicolas Loiseleur,....

116

Cette information posthume a souvent été contestée, car elle n’est pas revêtue de la signature des notaires (qui étaient absents au matin du 30 mai). Elle est pourtant très probablement authentique, comme le reconnaissait déjà Jules Quicherat [118][118] J. Quicherat, Aperçus nouveaux sur l’histoire de Jeanne....

117

Dès lors, on peut avancer que Jeanne, pressée de questions dans le cadre d’un procès d’inquisition, a été amenée à donner des détails auxquels elle n’avait pas pensé au départ. D’une certaine façon, Jeanne a commencé à forger elle-même sa propre légende. Même si l’on admet qu’elle est sincère quand elle évoque ses voix, elle leur a donné une réalité et une consistance qu’elles n’avaient pas avant le procès. Elle seule, sans doute, a identifié saint Michel, mais les juges et les assesseurs l’ont amenée à en faire un personnage vivant, ayant l’allure d’un noble homme de son temps, parlant un « langage des anges », parfaitement compréhensible par Jeanne. Le même processus eut lieu pour les saintes, vêtues de beaux habits, portant des couronnes à l’occasion et s’exprimant en bon français (et non en anglais) ! Bien entendu, la postérité allait s’emparer de ces figures, qui apparaissent déjà comme légendaires dans la bouche de Jeanne.

Conclusion : les voix de Jeanne au XIXe et au XXe siècle

118

La mémoire de Jeanne d’Arc a subi une longue éclipse entre le xve et le xviiie siècle. Il faut attendre le xixe siècle pour que paraissent les premières études vraiment sérieuses sur la Pucelle. Ce renouveau d’intérêt correspond avec la redécouverte du Moyen Âge, mais aussi avec la naissance d’une histoire scientifique. Dès lors, les historiens vont se poser des questions sur les éléments matériels qui pourraient expliquer l’identification que Jeanne avait faite entre ses « voix », le premier des archanges et des saintes très populaires au Moyen Âge. Parmi les auteurs de la première moitié du siècle, il faut d’abord citer Jules Michelet, historien et grand écrivain, dont la Jeanne d’Arc a remporté un immense succès [119][119] J. Michelet, Histoire de France, t. V (Jeanne d’Arc.... Pourtant, le pionnier en ce domaine est certainement Jules Quicherat, premier éditeur scientifique du procès [120][120] J. Quicherat (éd.), Procès de condamnation et de réhabilitation…,.... Mais il faut surtout mentionner les travaux d’un grand savant, disciple de Quicherat, Siméon Luce. Né en 1833 dans la Manche, non loin du Mont-Saint-Michel, cet historien est passé par l’École des chartes [121][121] Or Jules Quicherat (1814-1882) fut professeur à de... et a fait une carrière aux Archives nationales [122][122] Né à Bretteville-sur-Ay (canton de Lessay, Manche),.... Il s’est intéressé de près à l’histoire de l’abbaye du Mont et à celle de Jeanne d’Arc [123][123] Voir S. Luce, Chronique du Mont Saint-Michel (1343-1468),.... Son ouvrage essentiel concernant notre sujet s’intitule Jeanne d’Arc à Domremy[124][124] S. Luce, Jeanne d’Arc à Domremy…, op. cit.. Il s’agit pour une bonne part de la publication de nombreux documents originaux, qui apportent des éclaircissements importants sur l’histoire de Jeanne et son contexte historique. L’ouvrage proprement dit comprend cinq chapitres thématiques, dont le plus important pour nous (ch. IV) s’intitule : « Le culte de saint Michel au xve siècle et sa victoire au Mont Saint-Michel » [125][125] Ibid., p. lxxxix-cxx.. L’auteur montre d’abord que le patron traditionnel de la France, saint Denis, était déconsidéré aux yeux de nombreux Français, à partir du moment où son tombeau et la célèbre abbaye avaient été occupés par les Anglais (en 1419) [126][126] Ibid., p. xciv..

119

Le dauphin Charles allait reporter ses espoirs sur saint Michel, archange guerrier capable de s’opposer à saint Georges, saint militaire et patron du royaume d’Angleterre. Le 11 octobre 1422, à La Rochelle, il échappe « miraculeusement » à un grave accident (l’effondrement d’un plancher) et en attribue le mérite à saint Michel [127][127] Ibid., p. xcvii.. Dès lors, le sort de l’abbaye-forteresse du Mont devient un enjeu politique majeur. Nouveau roi non sacré, Charles VII en est parfaitement conscient, tout autant que le duc de Bedford, qui dirige le gouvernement du jeune Henri VI. Au mois d’août 1424, Bedford entreprend l’investissement du Mont et la bataille décisive a lieu à la fin du mois de juin 1425. C’est une victoire française, acquise grâce à l’appui des Bretons, et surtout des marins de Saint-Malo [128][128] Ibid., p. c-cv. Le duc de Bretagne est alors Jean V.... C’est une victoire d’autant plus importante qu’elle suit et compense la défaite de Verneuil, où le duc de Bedford avait personnellement battu l’armée de Charles VII (17 août 1424). Ainsi, c’est grâce à l’archange que le nouveau roi de France remporte sa première victoire sur les Anglais. L’écho de cette victoire s’est répandu très rapidement et Charles a certainement envoyé des lettres à ce sujet à ses bonnes villes [129][129] Ibid., p. cx-cxi. On n’a pas conservé de lettres annonçant.... La petite région qui lui était fidèle aux marches de Lorraine a été elle aussi rapidement mise au courant. Or, il est frappant de constater que c’est précisément en cette année 1425 que Jeanne dit avoir entendu ses voix, à l’âge de 13 ans. Ce n’est pas par hasard que la première voix est identifiée comme celle de saint Michel [130][130] Ibid., p. cxiv-cxv..

120

Le chapitre suivant de l’ouvrage de Siméon Luce (ch. V) est intitulé « la piété de Jeanne et les visions de 1425 » [131][131] Ibid., p. cxxi-cxliv.. L’auteur fait preuve ici d’une grande prudence, en s’efforçant de ne pas outrepasser les limites de son métier d’historien. Il recherche les éléments matériels qui auraient pu amener Jeanne à entendre ses voix et à les identifier avec saint Michel et les saintes. Il explique, par exemple, qu’on trouve encore dans l’église de Domremy une statue de sainte Marguerite, antérieure à l’époque de Jeanne. En revanche, la statue de saint Michel (en bois vermoulu) serait postérieure à Jeanne [132][132] Ibid., p. cxxvii-cxxviii. Siméon Luce cite ici un opuscule.... « Les pratiques de dévotion de Jeanne, écrit-il, nous fournissent donc l’origine et le point de départ de ses visions, mais elles sont loin d’en donner l’explication. Cette explication, des physiologistes de profession auraient seuls autorité pour la disputer aux théologiens, et nous aimons mieux en laisser aux uns comme aux autres la responsabilité » [133][133] Ibid., p. cxxx.. Nous ne pouvons que louer une telle prudence. Siméon Luce va plus loin cependant. Il considère que l’événement déclencheur des visions de Jeanne est le traumatisme engendré par le vol du bétail des habitants de Domremy par un chef de bande anglo-bourguignon [134][134] Ibid., p. cxli. Ce chef de bande était Henri d’Orl.... À cette occasion, Jeanne avait certainement beaucoup prié. Or le bétail volé avait été rapidement restitué [135][135] Cette prompte restitution eut lieu grâce à l’action.... Ses prières avaient été exaucées au plan local, ne pourraient-elles pas l’être aussi au niveau du royaume de France tout entier, … grâce à l’appui de saint Michel [136][136] S. Luce, Jeanne d’Arc à Domremy…, op. cit., p. cxli-cxliv.... ? Siméon Luce conclut :

121

« Jeanne se crut appelée par un ordre d’en haut à devenir l’instrument du salut de son pays et l’événement prouva que son instinct ne l’avait pas trompée » [137][137] S. Luce, Jeanne d’Arc à Domremy…, op. cit., p. cxl....

122

Rendons hommage à cet historien du xixe siècle, qui nous fournit des clefs essentielles pour comprendre comment Jeanne a pu forger elle-même sa légende au cours de son procès. Certes, elle était interrogée sans relâche par des clercs savants, qui pratiquaient avec une grande habileté la procédure d’inquisition. La Pucelle nous apparaît admirable dans la façon dont elle a su faire face à cet aréopage, elle, jeune fille illettrée venant d’une famille de paysans des marges du royaume. Il n’en reste pas moins qu’elle a fourni elle-même à ses juges les arguments dont ils avaient besoin pour la confondre, en identifiant ses voix à des saints et des saintes reconnus par l’Église. Qui plus est, elle affirmait les avoir vus et touchés en dehors de tout contrôle des clercs, à commencer par son curé de Domremy. Or, ces voix d’anges et de saintes délivraient un message politique, lui demandant de délivrer le royaume de France au nom d’un roi qu’eux-mêmes ne reconnaissaient pas. Comment Dieu, qu’ils servaient et qu’ils représentaient, aurait-il pu intervenir pour soutenir le camp de leurs ennemis ? Et si Dieu s’était exprimé, c’était aussi par le sort des armes. Jeanne avait été à l’origine de victoires remportées au nom de son roi (Charles VII), mais elle avait été faite prisonnière, ce qui pouvait faire croire que Dieu ne la soutenait plus. C’est ce qu’ont pensé les juges et les assesseurs de Rouen, tout comme les maîtres de l’université de Paris. C’est aussi ce qu’ont pensé, sans doute, nombre de ses anciens soutiens, à commencer par Charles VII, qui n’a rien tenté pour la faire délivrer. Finalement, au xve siècle, les voix gênaient beaucoup de monde et il n’en fut guère question au procès dit de réhabilitation, par lequel le roi vainqueur (par la volonté de Dieu) voulait rétablir son honneur, gravement entaché par la condamnation de Jeanne. Nous ne sommes plus dans le domaine du religieux, mais dans celui du politique : les voix de Jeanne sont vite apparues comme relevant de la légende, plus que de l’histoire. Il faudra attendre le xxe siècle et un tout autre contexte politique et militaire pour que l’Église catholique ose reprendre le dossier et canoniser Jeanne (en 1920). Ses voix ont pris dès lors une réalité purement religieuse, sur laquelle l’historien ne peut pas se prononcer.

Notes

[*]

Professeur émérite d’histoire médiévale, université de Caen Basse-Normandie.

[1]

F. Neveux (dir.), De l’hérétique à la sainte : les procès de Jeanne d’Arc revisités, Actes du colloque international de Cerisy-la-Salle (30 septembre-4 octobre 2009), Caen, Presses Universitaires de Caen (à paraître).

[2]

P. Contamine, « La réhabilitation de la Pucelle vue au prisme des Tractatus super materia processus, une propédeutique », dans F. Neveux (dir.), De l’hérétique à la sainte…, op. cit. (à paraître).

[3]

Gerd Krumeich, auteur de Jeanne d’Arc à travers l’histoire (Paris, Albin Michel, 1993) a participé au colloque, mais son texte n’a malheureusement pas pu être publié dans les actes.

[4]

Nadine-Josette Chaline a étudié des Images de Jeanne d’Arc aux xixe et xxe siècles : elle n’est pourtant pas seulement une spécialiste des images, mais une historienne bien connue de l’époque contemporaine.

[5]

Catherine Bougy a succédé en 2000 à Pierre Bouet, fondateur de l’OUEN.

[6]

Ce groupe de travail avait été constitué dans le cadre du CPER (Contrat de Plan État-Région), dont Catherine Bougy dirigeait le volet « Patrimoine ».

[7]

S. Poirey, « La procédure d’inquisition et son application au procès de Jeanne d’Arc », dans F. Neveux (dir.), De l’hérétique à la sainte…, op. cit. (à paraître).

[8]

Il s’agit du Manuel de l’inquisiteur de Bernard Gui (1321-1324) et surtout du Directorium inquisitorum ou Manuel des inquisiteurs de Nicolau Eymerich (1376), connu sous forme manuscrite au xve siècle, imprimé une première fois en 1503 et enrichi de la pratique inquisitoriale du xvie siècle par Francisco Pena, qui l’a réédité en 1578. S. Poirey, « La procédure d’inquisition… », op. cit.

[9]

P. Bouet et O. Desbordes, « La latin des interrogatoires de Jeanne d’Arc », dans F. Neveux (dir.), De l’hérétique à la sainte…, op. cit. (à paraître).

[10]

C. Bougy, « La langue des deux textes en français des interrogatoires de Jeanne d’Arc », dans F. Neveux (dir.), De l’hérétique à la sainte…, op. cit. (à paraître).

[11]

Cf. P. Duparc (éd.), Procès en nullité de la condamnation de Jeanne d’Arc, Société de l’histoire de France, Paris, Klincksieck, 5 vol., 1977-1988, t. I, p. 472 : déposition faite en 1456 par frère Seguin, professeur de théologie de l’ordre des frères prêcheurs, qui avait fait partie des maîtres qui interrogèrent Jeanne à Poitiers, en 1429. Seguin Seguin, ayant alors questionné Jeanne sur la langue que parlait sa voix, s’attira cette réplique : que respondit quod melius ydioma quam loquens, qui loquebatur ydioma Lemovicum (« elle répondit que la voix parlait une meilleure langue que celle du témoin, qui parlait le dialecte limousin »).

[12]

P. Doncœur (éd.), La minute française des interrogatoires de Jeanne la Pucelle, Bibliothèque Elzévirienne, Nouvelle série. Études et documents, Melun, Librairie d’Argences, 1952.

[13]

Cf. P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation de Jeanne d’Arc, Société de l’histoire de France, Paris, Klincksieck, 3 vol., 1960-1971, t. I, p. xxi-xxii. Cf. également la déposition faite en 1455 par le notaire Guillaume Manchon : P. Duparc (éd.), Procès en nullité…, op. cit., t. I, p. 416.

[14]

J. Quicherat (éd.), Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc dite la Pucelle, Société de l’histoire de France, Paris, Renouard, 5 vol., 1841-1849, t. II, p. 1-2. P. Doncœur, et Y. Lanhers (éd.), Documents et recherches relatifs à Jeanne la Pucelle, Bibliothèque Elzévirienne, Nouvelle série. Études et documents, Paris-Melun, 5 vol., 1952-1961, t. III. La réhabilitation de Jeanne la Pucelle. L’enquête ordonnée par Charles VII et le codicille de Guillaume Bouillé, Paris-Melun, Librairie d’Argences, 1956. P. Duparc, Procès en nullité.., op. cit., t. I, dépositions de Guillaume Manchon (1452 et 1455), p. 181-183, 214-218, 415-428.

[15]

P. Duparc (éd.), Procès en nullité…, op. cit., t. I, p. 416, troisième déposition de Guillaume Manchon : Et fuerunt dicti processus facti super quadam minuta in gallico, quam etiam, ut dicebat, dominis judicibus tradidit, que est sua propria manu scripta.

[16]

BnF, ms. lat. 8828 (manuscrit d’Urfé).

[17]

C. Bougy, « La langue des deux textes en français… », op. cit., conclusion.

[18]

Bib. mun. Orléans, ms. 518 (manuscrit d’Orléans) : Compilation abregee des grandes generales chroniques ou se trouve le proces de la pucelle ou de Jeanne d’Arc fait en la ville de Rouen par les Anglais.

[19]

Ibid.

[20]

Vittefleur, canton de Saint-Valéry-en-Caux, Seine-Maritime.

[21]

P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, op. cit., t. II, p. 415. Les Andelys, chef-lieu d’arrondissement de l’Eure.

[22]

C’est encore le cas en 1455, alors qu’il a environ 60 ans. Cf. P. Duparc (éd.), Procès en nullité…, op. cit., t. I, p. 181 (1452) et p. 415 (1455). Les paroisses de Rouen, au nombre d’une trentaine, étaient les plus prestigieuses du diocèse.

[23]

C. Bougy, « La langue des deux textes en français des interrogatoires de Jeanne d’Arc », op. cit., passim. Citons, par exemple des traits normano-picards : frere Ricard (pour Richard), les Franchois (pour François, soit Français), se mucher ou se musser (pour se cacher), branner (ébranler, vaciller, faire vaciller). Voir, par exemple : Et verrés que les Françoys gaigneront bien tost une grande besoingne que Dieu envoyeroit aux Françoys, et tant que il brannera presque tout le royaume de France (P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, op. cit., t. I, p. 166). Il existe également d’autres particularités, grammaticales ou phonétiques, qu’il serait trop long de développer ici.

[24]

P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, op. cit., t. I, p. 74. Voir infra.

[25]

E. Delaruelle, « L’archange saint Michel dans la spiritualité de Jeanne d’Arc », dans Millénaire monastique du Mont Saint-Michel, 5 vol., 1967-2001, t. II, rééd., Paris, Lethielleux, 1993, p. 363-374. Ph. Contamine, « Saint Michel au ciel de Jeanne d’Arc », dans Pierre Bouet, Giorgio Otranto et André Vauchez (éd.), Culte et pèlerinages à saint Michel en Occident. Les trois monts dédiés à l’archange, Rome, École française de Rome, 2003, p. 365-385.

[26]

Jean Le Maistre appartenait à l’ordre des frères prêcheurs. Il était vice-inquisiteur pour le diocèse de Rouen. Il ne prit officiellement sa place de co-juge que le 13 mars, lorsqu’il eut reçu les lettres d’accréditation de l’inquisiteur de France, Jean Graverent. Il a néanmoins assisté à toutes les séances du procès.

[27]

P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, op. cit., t. I, p. 14-15 et 33 ; P. Doncœur (éd.), La minute française des interrogatoires…, op. cit., p. 83.

[28]

P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, op. cit., t. I, p. 16-18. Le chapitre de Rouen a le pouvoir d’accorder cette autorisation, car le siège archiépiscopal est alors vacant.

[29]

Ibid., t. I, p. 33-34.

[30]

Jean d’Estivet avait été nommé promoteur le 9 janvier 1431, premier jour du procès, ainsi que les autres officiers : Jean de la Fontaine, commissaire et examinateur des témoins, Jean Massieu, exécuteur des mandats, et les deux notaires, Guillaume Colles dit Boisguillaume et Guillaume Manchon. Cf. P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, op. cit., t. I, p. 4.

[31]

P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, op. cit., t. I, p. 35 ; P. Doncœur (éd.), La minute française des interrogatoires…, op. cit., p. 85. Concernant les citations de la minute française, nous donnerons à la fois les références à la publication de Pierre Tisset (Procès de condamnation de Jeanne d’Arc, t. I, Paris, 1960) et à celle de Paul Doncœur (La minute française des interrogatoires de Jeanne la Pucelle, Melun, 1952). Nous suivrons aussi les choix de Pierre Tisset, qui donne d’abord la version du manuscrit d’Orléans (la seule pour les premières séances) et ensuite celle du manuscrit d’Urfé, la plus ancienne (à partir du 3 mars).

[32]

P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, op. cit., t. I, p. 36 ; P. Doncœur (éd.), La minute française des interrogatoires…, op. cit., p. 85.

[33]

Ibid., p. 38, 85.

[34]

Ibid., p. 38, 85.

[35]

Ibid., p. 39, 87.

[36]

Rappelons que les principaux succès de Jeanne furent la levée du siège d’Orléans, qui avait été investie par les Anglais (le 8 mai 1429), et la marche vers Reims, où Charles VII put se faire sacrer (le 17 juillet 1429).

[37]

Jeanne n’a pas été soumise à la torture, mais la menace a été utilisée, à titre d’intimidation. Le mercredi 9 mai 1431, elle a été amenée dans la chambre de torture, située dans la grosse tour du château (actuelle « Tour Jeanne d’Arc »). Le 12 mai, 12 assesseurs ont voté sur la question, à la demande de Pierre Cauchon : ils se sont prononcés contre l’usage de la torture, à 9 contre 3.

[38]

P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, op. cit., t. I, p. 47 ; P. Doncœur (éd.), La minute française des interrogatoires…, op. cit., p. 91.

[39]

Ibid., p. 47, 93.

[40]

Ibid., p. 48, 93. Vaucouleurs, chef-lieu de canton de la Meuse. Domremy-la-Pucelle, canton de Coussey, Vosges.

[41]

Ibid., p. 51, 95.

[42]

Les interrogateurs reviendront plus tard sur cette question. Cf. infra.

[43]

Ibid., p. 52, 97.

[44]

Ibid., p. 53, 97. Il ne peut s’agir du duc de Bourbon, Jean Ier, fait prisonnier à Azincourt et qui mourut à Londres en 1434, mais de Charles de Bourbon, comte de Clermont. Cette erreur n’a pas été relevée par les juges, mais elle a sans doute contribué à renforcer leur conviction que Jeanne ne disait pas toute la vérité, sur ce point, somme toute mineur, comme sur des questions plus importantes.

[45]

Ibid.

[46]

Ibid. Jeanne fut en effet blessée sous les murs de Paris. Les Parisiens résistèrent et refusèrent de lui ouvrir leurs portes. Ce fut pour elle une cruelle désillusion.

[47]

Jean Beaupère fut l’un des plus actifs parmi les assesseurs, bien qu’il n’ait exercé aucune fonction officielle. Ce fut souvent lui qui interrogea Jeanne, à la demande de Pierre Cauchon. Très engagé du côté d’Henri VI, il en tira les bénéfices, en recevant de nombreux canonicats : Sens, Paris, Beauvais, Lisieux, Laon et Rouen. Il était également archidiacre de Besançon. Beaupère fut interrogé par Guillaume Bouillé en 1450, mais refusa de renier ce qu’il avait fait en 1431. Il affirma que les apparitions étaient plutôt de cause naturelle que surnaturelle et que Jeanne « était bien subtile de subtilité appartenant à femme » (Voir J. Quicherat (éd.), Procès de condamnation et de réhabilitation…, op. cit., t. II, p. 1-2). Jean Beaupère ne fut plus jamais convoqué dans le cadre du procès de réhabilitation : il mourut à Besançon en 1463. Voir P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, op. cit., t. II, notice n° 8, p. 385-386. V. Tabbagh, Fasti Ecclesiae Gallicanae, t. II, Diocèse de Rouen, Turnhout, Brepols, 1998, notice n° 40, p. 233.

[48]

P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, op. cit., t. I, p. 57 ; P. Doncœur (éd.), La minute française des interrogatoires…, op. cit., p. 101.

[49]

À propos de ses premières visions de Domremy. Voir supra.

[50]

Ibid., p. 58, 101. Sous le nom d’Ave Maria, Jeanne désigne évidemment l’angélus, qui est sonné trois fois par jour, matin, midi et soir.

[51]

Ibid., p. 58, 101.

[52]

Ibid., p. 58, 101.

[53]

Ibid., p. 59, 103.

[54]

Ibid., p. 60, 103.

[55]

Ibid., p. 60, 103.

[56]

Ibid., p. 62, 105.

[57]

Ibid., p. 62, 105. Voir note suivante.

[58]

À vrai dire, la question posée est un peu obscure. Les membres de phrases ne sont pas dans le même ordre dans la version de Pierre Tisset et dans celle Paul Doncœur. La traduction latine officielle nous présente encore une version différente. Nous suivons ici la leçon de Pierre Tisset, qui nous paraît la plus convaincante.

[59]

S. Poirey, « La procédure d’inquisition… », op. cit.

[60]

Mentionnons notamment le Livre de Poitiers, que Jeanne invoque souvent. Il s’agit du registre dans lequel avaient été consignés les interrogatoires faits à Poitiers, en 1429. Il n’a malheureusement pas été conservé. Par ailleurs, les juges se sont procurés des copies de plusieurs lettres envoyées au nom de Jeanne et signées par elle, et surtout de la célèbre Lettre aux Anglais, dont elle discuta les termes point à point.

[61]

Ibid., p. 62 ; 105.

[62]

Ibid. Cette réponse reprend une prière bien connue à l’époque de Jeanne. Voir P. Doncœur (éd.), La minute française des interrogatoires…, op. cit., p. 300, note 27.

[63]

Ibid., p. 62-63, 105.

[64]

Ibid., p. 63, 105.

[65]

Ibid., p. 70, 111.

[66]

Ibid., p. 71, 111.

[67]

Voir S. Luce, Jeanne d’Arc à Domremy. Recherches critiques sur les origines de la mission de la Pucelle, accompagnées de pièces justificatives, Paris, H. Champion, 1886, p. cxvii. Cf. infra.

[68]

Ibid., p. 72, 113.

[69]

Ibid., p. 72, 113.

[70]

Voir. infra.

[71]

Ibid., p. 73, 113.

[72]

Ibid., p. 74, 115.

[73]

Ibid., p. 83. Cet échange ne figure que dans le texte latin, et non dans la minute (manuscrit d’Orléans), tout comme les suivants.

[74]

Ce qu’elle a dit le 27 février. Voir supra.

[75]

Ibid., p. 84 : « Item, elle dit que cette voix est belle, douce et humble et elle parle la langue française ».

[76]

Ibid., p. 84.

[77]

Ibid., 86. « Interrogée en quelle figure était saint Michel, quand il lui apparut, elle répondit qu’elle ne lui vit pas de couronne ; et de ses vêtements, elle ne sait rien ».

[78]

Ibid., p. 87, 129.

[79]

Le Crotoy, canton de Rue, Somme.

[80]

Ibid., p. 87, seulement texte latin : Dicit eciam quod non vidit ipsum beatum Michaelem postquam ipsa recessit a castro de Crotoy (« Elle dit aussi qu’elle ne vit plus ledit saint Michel après qu’elle fut sortie du château du Crotoy »).

[81]

Ibid., p. 87, 129.

[82]

C’est un efficace moyen de pression sur elle.

[83]

Voir C. Beaune, Jeanne d’Arc, Paris, Perrin, 2004, p. 50-53.

[84]

Or ce n’est pas attesté par les interrogatoires précédents. Il s’agit là encore d’un procédé autorisé par les manuels d’inquisition dans le but de confondre l’accusé. Voir S. Poirey, « La procédure d’inquisition… », op. cit.

[85]

Ibid., p. 91, 133.

[86]

Ibid., p. 92, 133.

[87]

De fait, l’archange saint Michel est souvent considéré au Moyen Âge comme un être sévère et redoutable. Il est craint plutôt qu’aimé par les fidèles.

[88]

Originaire du diocèse de Bayeux, Jean de la Fontaine était maître ès Arts et licencié en décret. Nommé dès le 9 janvier comme conseiller commissaire et examinateur des témoins, il ne semble pas avoir joué de rôle notable avant le 10 mars. À partir de cette date, c’est lui qui interroge Jeanne dans sa prison (du 10 au 17 mars 1431). Voir P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, t. II, notice n° 66, p. 406.

[89]

P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, t. I, p. 125 ; P. Doncœur (éd.), La minute française des interrogatoires…, op. cit., p. 159.

[90]

Ibid., p. 159, 183-185.

[91]

Ibid., p. 133-140, 163-169.

[92]

Ibid., p. 137, 167. Jean II, duc d’Alençon, Charles de Bourbon, comte de Clermont et Georges de La Trémouille. Sur Charles de Bourbon, voir supra note 44.

[93]

Ibid., p. 161-162 ; 186-187.

[94]

Ibid., p. 162, 186-187.

[95]

Ibid., p. 163, 186-187.

[96]

Ibid., p. 165, 188-189.

[97]

Ibid., p. 172, 194-195.

[98]

Ibid., p. 176-177 ; 198-199.

[99]

Elle le dit explicitement à propos du signe : Interroguee se de ces visions elle a point parlé a son curé ou autre homme d’Eglise, respond que non, mais seullement a Robert de Baudricourt et a son roy (interrogatoire du 12 mars au matin). Ibid., p. 123-124, 158-159.

[100]

P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, op. cit., t. I, p. 201-204.

[101]

Ibid., p. 207 : Item dicta Iohanna attribuit Deo, angelis et sanctis eius quod precipiunt ea que sunt contra honestatem sexus muliebris et in lege divina prohibita.

[102]

Ibid., p. 229 : ipse revelaciones ac visiones, si quas habuit dicta Johanna, pocius provenerunt ex parte mendacium et malignorum spirituum quam bonorum.

[103]

Ibid., p. 290 : quedam femina dicit et affirmat quod […] ipsa suis oculis corporalibus vidit sanctum Michaelem eam consolantem et quandoque sanctum Gabrielem […] Aliquando eciam vidit angelorum magnam multitudinem ; et extunc [sancte] Katherina et Margareta se exhibuerunt eidem femine corporaliter videndas.

[104]

Ibid., p. 292 : Item dicta femina cognovit et certa est quod ille qui eam visitat est sanctus Michael, per bonum consilium, confortacionem et bonam doctrinam quas predictus sanctus Michael eidem femine dedit et fecit, ac per hoc quod ipse nominavit se, dicendo quod ipse erat Michael. Et similiter, sanctas Katherinam et Margaretam, cognoscit dictincte ab invicem, per quod se nominant et eandem salutant.

[105]

Ibid., p. 297-300.

[106]

Ibid., p. 300-311, 313-316, 321-327. Les assesseurs consultés individuellement, les avocats et plusieurs éminents ecclésiastiques se contentent le plus souvent d’approuver l’avis des 22 théologiens. Le chapitre de Rouen a une position relativement modérée, mais se rallie finalement lui aussi à l’avis des théologiens, dont un certain nombre provenaient de ses rangs (Ibid., p. 311-312).

[107]

Très attendu par les juges et les assesseurs, l’avis de l’université est finalement donné le 14 mai et parvient à Rouen le 19 mai. Les facultés de théologie et de droit canon ont délibéré séparément. Pour les canonistes, Jeanne est considérée comme « très véhémentement suspecte d’hérésie », ce qui est le degré de suspicion le plus grave. L’avis des théologiens n’est pas plus favorable à Jeanne (Ibid., p. 358-367). Le 19 mai, cinquante et un docteurs et maîtres présents à Rouen sont appelés par les juges à se prononcer sur l’avis de l’université. La plupart d’entre eux l’approuvent, tout en demandant que Jeanne soit « admonestée charitablement » (Ibid., p. 367-374 ; P. Doncœur (éd.), La minute française des interrogatoires…, op. cit., p. 248-254).

[108]

P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, t. I, p. 316-321. Les deux évêques consultés sont Philibert de Montjeu, évêque de Coutances (1424-1439) et Zanon de Castiglione, évêque de Lisieux (1424-1432).

[109]

Voir S. Poirey, « La procédure d’inquisition… », op. cit. ; F. Neveux, L’évêque Pierre Cauchon, Paris, Denoël, 1987, p. 137-140.

[110]

P. Tisset et Y. Lanhers (éd.), Procès de condamnation…, t. I, p. 375-385 ; P. Doncœur (éd.), La minute française des interrogatoires…, op. cit., p. 255-268. C’est la dernière admonition, après celles du 18 avril et du 2 mai.

[111]

Ibid., p. 385-394, 269-275.

[112]

Ibid., p. 395-415, 277-291.

[113]

Ibid., p. 416-422, 293-296.

[114]

Ibid., p. 419, 295. Déposition de Jean Toutmouillé, prêtre, de l’ordre des frères prêcheurs. Texte français inséré dans le texte latin.

[115]

Ibid., p. 418, 294. Déposition de Pierre Maurice, professeur de théologie, chanoine de Rouen. Texte français inséré dans le texte latin.

[116]

Ibid., p. 418, 294. Déposition de Pierre Maurice.

[117]

Ibid., p. 421, 296. Déposition de Nicolas Loiseleur, maître ès Arts, chanoine de Rouen et de Chartres. Version française du manuscrit d’Orléans.

[118]

J. Quicherat, Aperçus nouveaux sur l’histoire de Jeanne d’Arc, Paris, Renouard, 1850, p. 139-144.

[119]

J. Michelet, Histoire de France, t. V (Jeanne d’Arc et Charles VII), Paris, Hachette, 1841 ; J. Michelet, Jeanne d’Arc, Paris, Hachette, 1853.

[120]

J. Quicherat (éd.), Procès de condamnation et de réhabilitation…, op. cit. ; J. Quicherat, Aperçus nouveaux…, op. cit.

[121]

Or Jules Quicherat (1814-1882) fut professeur à de l’École des chartes, puis directeur à partir de 1847.

[122]

Né à Bretteville-sur-Ay (canton de Lessay, Manche), Siméon Luce est mort à Paris, en 1892, à l’âge de 59 ans.

[123]

Voir S. Luce, Chronique du Mont Saint-Michel (1343-1468), publiée avec notes et pièces diverses relatives au Mont Saint-Michel et à la défense nationale en Basse Normandie pendant l’occupation anglaise, (Société des anciens textes français), Paris, Firmin Didot, 2 vol., 1879-1883.

[124]

S. Luce, Jeanne d’Arc à Domremy…, op. cit.

[125]

Ibid., p. lxxxix-cxx.

[126]

Ibid., p. xciv.

[127]

Ibid., p. xcvii.

[128]

Ibid., p. c-cv. Le duc de Bretagne est alors Jean V (1399-1442). Il est officiellement neutre, mais laisse ses sujets ravitailler les défenseurs du Mont et ses marins attaquer la flotte anglaise !

[129]

Ibid., p. cx-cxi. On n’a pas conservé de lettres annonçant cette victoire, mais on en possède plusieurs relatives à d’autres combats (comme celui de Baugé, en 1421, où fut tué le duc de Clarence, frère d’Henri V, ou celui de La Brossinière, en 1423, également victoire française).

[130]

Ibid., p. cxiv-cxv.

[131]

Ibid., p. cxxi-cxliv.

[132]

Ibid., p. cxxvii-cxxviii. Siméon Luce cite ici un opuscule de l’abbé Bourgaut, curé de Domremy (Guide et souvenirs du pèlerin à Domremy, Nancy, Berger-Levrault, 1878, p. 60).

[133]

Ibid., p. cxxx.

[134]

Ibid., p. cxli. Ce chef de bande était Henri d’Orly.

[135]

Cette prompte restitution eut lieu grâce à l’action de Jeanne de Joinville, dame de Domremy, qui intervint auprès de son cousin le comte Antoine de Vaudémont. Celui-ci envoya des troupes qui battirent et tuèrent Henri d’Orly. Voir C. Beaune, Jeanne d’Arc…, op. cit., p. 83.

[136]

S. Luce, Jeanne d’Arc à Domremy…, op. cit., p. cxli-cxliv. Pour développer son argumentation, Siméon Luce s’appuie sur la lettre adressée au duc de Milan par Perceval de Boulainvilliers, conseiller et chambellan de Charles VII, sénéchal de Berry (datée du 21 juin 1429). Cf.. Quicherat (éd.), Procès de condamnation et de réhabilitation…, op. cit., t. V, p. 117.

[137]

S. Luce, Jeanne d’Arc à Domremy…, op. cit., p. cxliv.

Résumé

Français

La question des voix a été fondamentale au cours du procès de Jeanne d’Arc, en 1431. Les juges et les assesseurs habilités l’ont interrogée sans relâche sur la question et ce fut l’une des causes de sa condamnation. Or Jeanne a livré peu à peu de nombreuses précisions sur la matérialité de ses voix, qu’elle a identifiées à l’archange saint Michel, ainsi qu’aux saintes Catherine et Marguerite. On a l’impression qu’elle a forgé progressivement sa propre légende, en leur donnant un caractère très anthropomorphique. Or il est troublant de constater que sa première voix, entendue à l’âge de 13 ans (en 1425), est celle du chef de la milice céleste, alors que les défenseurs du Mont-Saint-Michel normand venaient de repousser une attaque des troupes anglaises. Pour Jeanne, l’archange était à l’évidence le symbole de la résistance des partisans de son roi, Charles VII, à la conquête et à l’occupation étrangère. Et d’ailleurs, le Mont fut la seule place de Normandie qui n’ait jamais été prise par les Anglais.

Mots clés

  • Jeanne d’Arc
  • voix
  • saint Michel
  • sainte Catherine
  • sainte Marguerite
  • Mont-Saint-Michel
  • Église
  • procès d’inquisition
  • Guerre de Cent Ans
  • Charles VII
  • Henri VI

English

Joan of Arc’s voices : History and LegendDuring Joan of Arc’s trial in 1431 the issue of her voices was a central feature. Magistrates questioned her on this issue without respite. Joan revealed, little by little, precisions on these voices identifying the Archangel Michael and Saints Catherine and Margaret. She seems to have forged her own legend by giving them a very anthropomorphic existence. Yet, the fact that the Archangel was the first voice heard when she was thirteen (in 1425) is troubling since this is when the defenders of Mont-Saint-Michel, the only Norman stronghold never to fall, repulsed the English. For Joan, the Archangel symbolised resistance of her King, Charles VII, to foreign invasion and occupation.

Keywords

  • Joan of Arc
  • voices
  • Archangel Michael
  • saint Catherine
  • saint Margret
  • Mont-Saint-Michel
  • catholic church
  • inquisition
  • 100 years war
  • Charles VII
  • Henri VI

Plan de l'article

  1. La minute française et les paroles de Jeanne
  2. Les voix au cours des séances publiques (21 février-10 mars 1431)
  3. Les précisions données lors des interrogatoires dans la prison (10 au 17 mars)
  4. Les voix dans la suite de la procédure (18 mars – 30 mai 1431)
  5. Conclusion : les voix de Jeanne au XIXe et au XXe siècle

Pour citer cet article

Neveux François, « Les voix de Jeanne d'Arc, de l'histoire à la légende », Annales de Normandie, 2/2012 (62e année), p. 253-276.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2012-2-page-253.htm
DOI : 10.3917/annor.622.0253


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