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Annales de Normandie

2012/2 (62e année)


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L’Atlas Linguistique et ethnographique du Centre (ALCe) [1][1] P. Dubuisson, Atlas linguistique et ethnographique..., dont les enquêtes et la publication ont été menées par Pierrette Dubuisson, s’offre comme un champ de recherches exemplaire : sa situation au cœur du territoire gallo-roman a fait de son espace un lieu de rencontre, un « carrefour » comme l’a si bien remarqué Jacques Chaurand [2][2] J. Chaurand, « Compte-rendu de l’Atlas Linguistique... dans le compte-rendu des deux premiers volumes, image que Pierette Dubuisson [3][3] P. Dubuisson, « Französisch : Areallinguistik III.... a elle-même reprise et illustrée dans la présentation de son atlas pour le Lexikon der Romanistischen Linguistik.

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Pourtant cet atlas frappe aussi par sa diversité, son aspect très morcelé et son « grand désordre lexical », selon Marie-Rose Simoni-Aurembou [4][4] M.-R. Simoni-Aurembou, « Compte-rendu de l’Atlas Linguistique....

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Il me semble qu’aujourd’hui, à l’occasion de ces mélanges offerts à Catherine Bougy, qui a pendant plusieurs années fréquenté les cours de dialectologie romane dispensés à l’École Pratique des Hautes Études en Sciences Sociales, je pouvais revenir sur ces notions pour tenter de les analyser et de les synthétiser.

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L’ensemble des trois volumes de l’ALCe représente 1 275 cartes. Naturellement, elles ne présentent pas toutes le même intérêt : certaines se sont révélées assez difficilement analysables, notamment quand elles comportaient trop de points sans réponse (‘étoile’ 4) ou trop de diversité (par exemple ‘bourbier’ 45 qui comprend 25 lemmes différents), cependant le dépouillement de cet ensemble a permis de retenir environ 950 cartes utilisables. Pour cette analyse, j’ai laissé de côté les cartes ethnographiques (près de 100) et les cartes purement phonétiques (près de 150), pour m’attarder seulement sur les cartes lexicales (présentant au moins deux aires différentes), soit un corpus d’environ 700 cartes.

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Mais avant de poursuivre, il est deux faits à déplorer : d’une part que l’entreprise des atlas régionaux reste inachevée, car bien des données inédites des atlas voisins, comme celles de l’Atlas Linguistique de l’Ouest (ALO) [5][5] G. Massignon et B. Horiot, Atlas linguistique et ethnographique... et de l’Atlas Linguistique de l’Île-de-France, du Perche et de l’Orléanais (ALIFO) [6][6] M.-R. Simoni-Aurembou, Atlas linguistique et ethnographique... m’auraient permis de compléter les aires, et d’autre part, et là le problème est sans solution, le manque de comparabilité entre ces mêmes atlas [7][7] G. Brun-Trigaud, « À propos des atlas linguistiques... qui laisse parfois « béantes » certaines aires lexicales, notamment avec l’Atlas Linguistique de la Bourgogne (ALB) [8][8] G. Taverdet, Atlas linguistique et ethnographique de... et l’Atlas Linguistique de l’Auvergne et du Limousin (ALAL) [9][9] J.-C. Potte, Atlas linguistique et ethnographique de....

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Concernant la typologie des aires lexicales à proprement parler, il n’existe en réalité que peu de travaux établis à partir des atlas linguistiques régionaux français [10][10] À ma connaissance, je n’ai pu relever que les travaux..., sans doute parce que le travail préparatoire qu’ils supposent semblait autrefois être une tâche insurmontable : « Même si on veut rassembler un grand nombre de faits sur la même carte synthétique, on est obligé de s’arrêter, car au-dessus d’une certaine limite, la synthèse cartographiée deviendrait illisible », écrivait Gaston Tuaillon en 1978 [11][11] G. Tuaillon, « De la géographie linguistique à la sociolinguistique »,....

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Et si on élargit le champ aux théories sur la typologie des aires linguistiques en général, on remarquera que la plupart des travaux portent sur les phénomènes phonétiques ou morphologiques, mais rarement sur les aires lexicales qui sont évidemment plus difficiles à appréhender en masse.

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D’ailleurs, dans un domaine central aussi bien du point de vue géographique que linguistique, comme l’est celui de l’ALCe, les notions utilisées traditionnellement pour la description aréologique comme aires latérales ou aires centrales n’ont pas beaucoup de sens : il faut constamment se référer aux atlas voisins pour tenter de comprendre la dynamique des aires, voire même parfois à l’ensemble du domaine gallo-roman, via l’ALF, quand la carte correspondante existe [12][12] J. Gilliéron, E. Edmont, Atlas Linguistique de la France,....

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Cependant, si l’on s’en tient à l’examen des cartes une par une, il nous semble que la typologie élaborée par Mart Remmel [13][13] M. Remmel, « Large Data Bases in Quantitative History :..., qui a été réanalysée par Jean-Léo Léonard [14][14] J.-L. Léonard, « Continuité et dimension des aires... en se basant sur la continuité et la densité des aires, permet quand même de décrire un grand nombre des cartes de l’ALCe (voir en annexe quelques exemples).

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Mais mon propos n’est pas d’examiner ici une à une les cartes de l’ALCe et les aires lexicales qu’elles contiennent, mais plutôt d’observer d’une manière globale comment ces aires se superposent ou, au contraire, s’opposent, car aujourd’hui les outils informatiques et notamment graphiques permettent de faire sauter les verrous de la lisibilité des cartes de synthèse ou cumulatives et même de révéler des phénomènes restés jusqu’ici invisibles [15][15] G. Brun-Trigaud, « Les cartes de synthèse ou cumulatives :.... La technique est simple : les aires linguistiques sont superposées sous forme de couches colorées. Elles se combinent et forment à leur tour des aires plus ou moins compactes, qui, en fonction des densités, montrent de nouveaux ensembles et leur épicentre par un traitement graphique approprié. Mais cette opération permet aussi de marquer les limites et les lignes de fractures dans le domaine. Les cartes qui vont suivre ne sont que quelques exemples des possibilités offertes par ce type d’analyse.

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Nous allons donc observer d’une part comment l’ALCe est au carrefour d’influences venues de toutes les directions, mais aussi, d’autre part, comment on y décèle le foyer d’aires lexicales qui lui sont propres.

1 - L’ALCe, Carrefour d’influences

1.1 - Les aires méridionales ou comment le Sud « pousse sa corne »

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Au-delà de la limite traditionnelle du Croissant (ligne 1, carte 1), quelques phénomènes phonétiques, notamment la conservation des consonnes intervocaliques, atteignent des points situés plus au nord (ligne 2, carte 1). Ces deux lignes délimitent ainsi une zone dans laquelle l’expansion d’un certain nombres d’aires lexicales méridionales viennent s’achever, c’est le cas de font ‘fontaine’ 46 [16][16] La forme en italiques est la forme graphique résultant..., trenuge ‘chiendent’ 78, amour ‘mûre (fruit)’ 85, sauze ‘saule’ 134, frontaux ‘coussinets du joug’ 191, jouilles ‘courroies du joug’ 192, aiguillée/agulhade ‘aiguillon de bouvier’ 197, tauvre ‘chaintre’ 226, casse ‘bloc de terre’ 239, codière ‘coffin’ 293, gafade, jofade ‘jointée’ 336, ajouter ‘traire’ 414, éplir ‘éclore’ 476, bourn- + sfx ‘ruche’ 532, brigaud ‘frelon’ 585, anadeuil ‘orvet’ 605, coupe ‘faisselle’ 680, tourtier ‘râtelier à pain’ 660, rôche ‘enroué’ 852.

Carte 1 - Les aires méridionalesCarte 1
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C’est à peu de choses près, la limite qui sépare les pays de bocage de la Champagne berrichonne, sur la lisière desquels se trouve la Brenne et une ceinture de forêts et de bois (forêts de Lancôme, de Châteauroux, de Bommiers (Indre), bois de Meillant (Cher)) qui se poursuit jusqu’à la Loire et dont on peut supposer qu’elle a pu être un obstacle aux communications. Cette limite est une fracture importante dans le domaine de l’ALCe, puisque à l’inverse un certain nombre de mots des parlers d’oïl (qui n’appartiennent pas au français standard) viennent y achopper, par exemple : laiton ‘poulain’ 390, mousse ‘écornée (bête)’ 428, moulin à beurre ‘baratte à manivelle’ 673, etc. pour n’en citer que quelques-uns.

1.2 - Les aires occidentales

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Les influences lexicales de l’ouest sont aussi très significatives et marquent nettement le vocabulaire de la région, leurs limites s’établissent autour de deux paliers importants qui scindent verticalement le domaine.

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Un premier groupe d’aires (carte 2) forme un faisceau qui se regroupe à la limite des départements de l’Indre et du Cher : boursette ‘mâche’ 111, bordée ‘attelée’ 178, aborgeons ‘sillons raccourcis’ 232, couvrailles ‘semailles’ 271, berlot ‘repas de fin de moisson’ 323, roibertaud ‘roitelet’ 558, lachet ‘ver de terre’ 599, chope ‘blette, molle’ 713, bernache ‘vin nouveau’ 730.

Carte 2 - Les aires occidentales (1)Carte 2
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Sur le même axe, on retrouve la limite qui sépare respectivement d’ouest en est, les aires muloche/cachon ‘tas de foin’ 301, étanché/essoufflé et autres ‘perdre la respiration (cheval)’ 395, chabut/gueule, gorge de loup ‘crochet du puits’ 617, égousser/écaler ‘écosser’ 697, autres/catons ‘grumeaux’ 765, cochelin/la coutume n’existe pas ‘cadeau fait aux mariés’ 969, dépareillé/caffe ‘dépareillé’ 1012.

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Elle scinde en deux le grand plateau de la Champagne berrichonne et peut être rapprochée de la traditionnelle division Haut-Berry/Bas-Berry qui a servi à établir les départements de l’Indre et du Cher, mais aussi du fait que l’espace entre la vallée de l’Arnon et celle du Cher a longtemps constitué une sorte de no man’s land inhabité [17][17] Communication d’Olivier Trotignon, médiéviste, spécialiste....

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Un second groupe s’étend plus à l’est sans franchir la Loire (carte 3) : mâre ‘grosse branche’ 122, gâché ‘tallé (blé)’ 272, forge ‘enclumette du faucheur’ 294, brèche ‘rayon de miel’ 534, marivole ‘coccinelle’ 576, lumas/limas ‘escargot’ 597, bégaud ‘petit-lait’ 681, assemblée ‘fête locale’ 994. Mais d’autres termes de l’ouest l’ont toutefois franchie, c’est le cas de accordailles ‘fiançailles’ 968, taure ‘génisse’ 403, catin ‘poupée’ 986 ou biger, bicher ‘embrasser’ 893.

Carte 3 - Les aires occidentales (2)Carte 3
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On peut imaginer que ces groupes forment autant d’étapes diachroniques dans la progression de la communication à partir de foyers émetteurs, au fur et à mesure des avancées du peuplement, notamment au Moyen Âge.

1.3 - Les aires orientales

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La Loire n’est pas non plus une barrière pour nombre de mots bien attestés dans l’ALB, on remarquera aussi que leur limite à l’ouest est à peu près la même que celle des aires occidentales (carte 4) : tureau ‘monticule’ 54, baucheton ‘bûcheron’ 160, fich- + sfx ‘plantoir’ 267, paissiau ‘échalas’ 340, panser ‘nourrir les bêtes’ 372, au réchaud ‘coucher dans un lit non refait’ 651, plot ‘billot’ 749, brissaude ‘grillons’ 752, millas ‘clafoutis’ 759, agouant ‘désagréable’ 933.

Carte 4 - Les aires orientalesCarte 4

1.4 - Un axe nord-ouest/sud-est

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On pourrait multiplier les exemples avec, parmi d’autres faits révélés par notre type d’analyse, des aires très nombreuses sur un large couloir orienté du NO au SE (carte 5) en longeant le cours de la Loire et en laissant de côté une grande partie du département de l’Indre : solère ‘vent d’est’ 20, gouillat ‘flaque d’eau’ 36, gouet/goujarde ‘croissant-vouge’ 63-64, lard- + sfx ‘mésange’ 555, garr- + sfx ‘loir’ 569, queue-de-poêle ‘tétard’ 592, boite ‘boisson’ 728, porte-dîner ‘récipient pour emporter à manger aux champs’ 744, chansiau/sansiau ‘crêpe collective’ 758, catons ‘grumeaux’ 765, paillasse ‘paneton’ 766, darder/dardeler ‘trembler’ 882, chtit ‘enfant’ 948.

Carte 5 - Les aires sur l’axe nord-ouest/sud-estCarte 5
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Le traitement supplémentaire appliqué à l’ensemble des aires nous montre que l’épicentre se situe autour de Bourges.

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À l’image de la position centrale de l’ALCe dans le domaine gallo-roman, ces premières cartes cumulatives montrent bien, comme on pouvait s’y attendre, qu’il est au cœur des aires lexicales qui caractérisent l’ensemble du domaine. Mais leur analyse par la méthode graphique révèle des lignes de fractures très caractéristiques.

2 - L’ALCe : les aires internes

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Pour autant le domaine de l’ALCe n’est pas seulement un lieu de rencontre, il est aussi le théâtre d’aires lexicales internes, parfois uniques dans l’ensemble des parlers gallo-romans, qui se sont développées autour de foyers, pour certains très actifs, de la région.

2.1 - Bourges

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Bourges (Avaricum), situé au cœur de la Champagne berrichonne, est depuis l’époque celtique, une des métropoles les plus importantes de la région et a même connu une période faste du xive au xvie siècle (Jacques Cœur).

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L’analyse graphique des aires lexicales révèle que Bourges est l’épicentre d’aires très particulières (carte 6) comme : étribou ‘tourbillon’ 22, groumie ‘(eau) stagnante’ 49, gaubusé (être) ‘ne plus maîtriser sa charrue’ 235, enrure ‘planche de labour’ 241, buet ‘coffin’ 293, trousser ‘faire les quatre coins de la voiture à foin’ 302, fougaler ‘poursuivre’ 379, guiesson ‘aiguillon’ (abeille) 528, éparse ‘moineau’ 560, réveillon ‘repas de quatre ou cinq heures’ 691, tenou ‘cuve à lessive’ 776, rembusser ‘enter des bas’ 790, braie ‘pan de chemise’ 805, gnouf ‘nez’ 830, rate ‘mollet’ 836, péché ‘petite tache blanche sur un ongle’ 845, becqueriau ‘bouton près des lèvres’ 869, aboituser ‘rendre boiteux’ 877, flaunée ‘rossée’ 904, jointes ‘glas’ 979, détefunt ‘défunt’ 981, chabroter ‘gratter’ 1014, marsoudée ‘(payer) les pots cassés’ 1020, sièger ‘aller bien’ 1065, emprès ‘à (la motte de paille)’ 1264.

Carte 6 - Les aires autour de BourgesCarte 6
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La plupart des termes figurent dans le Glossaire du Centre de la France de Jaubert, à l’exception de étribou, guiesson, réveillon, péché et marsoudée, mais sans localisation précise ou parfois avec un sens un peu différent. D’autre part, certains sont très spécifiques et n’ont été relevés nulle part ailleurs dans le domaine gallo-roman, comme jointes ‘glas’ (FEW 5, 68b JUNGERE).

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Le traitement supplémentaire montre que l’aire de concentration maximale se situe dans les limites de la Champagne berrichonne débordant davantage au nord vers la Sologne qu’au sud.

2.2 - Arcomps…

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Je voudrais malicieusement terminer par ce qui pourrait être appelé les « aires Pierrette ». En effet Pierrette Dubuisson connaissait bien son domaine, mais aussi la région d’où elle était issue, Saint-Amand-Montrond et, particulièrement, Arcomps (pt 47 de l’ALCe) où elle vivait. Ainsi elle a multiplié les cartes et les listes (près de 200 en dehors des cartes proprement ethnographiques) qui n’ont pas de correspondance dans les autres atlas, à la recherche de termes particuliers dont elle connaissait l’existence de par sa propre expérience dialectale, faisant parfois émerger des termes pourtant courants dans tout le domaine (comme pochon ‘sac en papier’) dont malheureusement on ne peut pas suivre la trace dans les atlas voisins.

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La carte 7 regroupe quelques-unes de ces aires : traque, traquette ‘allée (dans un champ)’ 30, gouillat ‘petite flaque d’eau de forme arrondie’ 36, groumie ‘(eau) stagnante’ 49, barbée ‘débords (de la haie)’ 60, gnô ‘bord de la planche de labour’ 244, fougaler ‘poursuivre’ 379, trousser ‘faire les bottes dans les coins’ 302, noyau ‘bâtiments et terres autour du domaine’ 613, gazut ‘mobilier’ 644, arcanderie ‘lieu en désordre’ 645, rabâcher ‘refouler (cheminée)’ 664, sicle ‘claie pour sécher les fruits’ 719, boite ‘boisson’ 728, godignat ‘mélasse’ 760, grâler ‘griller’ 772, trousse, retrousse ‘pli pour raccourcir’ 798, piat ‘tissu mou’ 802, rucher ‘bordure de la coiffe’ 817, capiche ‘cape de femme’ 822, paquette ‘mèche de cheveux’ 827, embrunché ‘vue trouble’ 863, rat ‘pinçon’ 867, marpaud ‘ankylosé’ 874, bourbancer ‘battre quelqu’un’ 903, broquer ‘heurter du pied’ 911, tason ‘musard’ 922, bousou ‘bébé’ 943, caffe ‘dépareillé (objet)’ 1012, chabroter ‘gratter’ 1014, entremi ‘entre (prép.)’ 1039, pochon ‘sac en papier’ 1045, siéger ‘seoir’ 1065, émouchot ‘enseigne des débits de boisson’ 1090.

Carte 7 - Les aires autour d’Arcomps (Cher)Carte 7
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On le constate, un nombre important d’aires superposées (34) n’empêche pas de dégager de grandes lignes directrices grâce au traitement supplémentaire. Celui-ci montre, à l’aide de ces quelques formes typiques, les « affinités » lexicales du parler d’Arcomps avec les parlers voisins : il semble qu’il y ait davantage de points communs avec les parlers du Nord, en débordant même du Boischaut vers la Champagne berrichonne et au contraire, beaucoup moins avec les parlers des franges occidentales et méridionales du domaine [18][18] Ce qui contredit la conclusion de Pierrette Dubuisson....

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En conclusion, ces quelques cartes donnent un petit aperçu des possibilités qui nous sont données par les fonctionnalités des logiciels graphiques : la superposition des aires permet presque sans limites d’accumuler les faits, et le traitement qui réduit le nombre de couleurs met en évidence des phénomènes invisibles autrement (répartition, masse, etc.).

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Mais cela pose surtout la question de la stratigraphie des mots : chaque mot a son histoire et appartient à une strate historique : certains sont très anciens et d’autres sont apparus plus tard ; dès lors, leur répartition dans le domaine pourrait nous éclairer sur cet aspect ?

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L’autre fait important que nous avons pu observer ici, c’est le rôle de « carrefour » joué par l’ALCe : presque toutes les grandes aires gallo-romanes s’y retrouvent. Pourtant, au cœur de l’apparent désordre, il y a, semble-t-il, de grandes lignes directrices qui se dégagent et surtout des foyers d’innovation et de rayonnement qui sont importants dans le paysage des parlers du Centre.


Annexe

Annexe 1 - Liste des cartes utilisées

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Entre parenthèses, le numéro de la carte correspondante dans l’atlas, sans que le terme analysé dans l’ALCe y figure ; entre crochets, le numéro de la carte correspondante dans l’atlas, tandis que l’aire du terme n’est pas au voisinage du terme analysé dans l’ALCe.

Annexe 2 - Exemples d’aires selon l’analyse de Remmel (1979) et Léonard (2002, 2005)

Notes

[*]

Laboratoire BCL (CNRS), université Nice Sophia Antipolis.

[1]

P. Dubuisson, Atlas linguistique et ethnographique du Centre, Paris, Éditions du CNRS, 3 vol., 1976-1982. (ALCe)

[2]

J. Chaurand, « Compte-rendu de l’Atlas Linguistique du Centre », Le Français Moderne, 47, 1979, p. 168-172.

[3]

P. Dubuisson, « Französisch : Areallinguistik III. Zentral Dialekte », Lexikon der Romanistischen Linguistik, vol. V, 1, Le Français, 1990, p. 637-653.

[4]

M.-R. Simoni-Aurembou, « Compte-rendu de l’Atlas Linguistique du Centre », Revue de Linguistique Romane, 35, 1971, p. 416-418.

[5]

G. Massignon et B. Horiot, Atlas linguistique et ethnographique de l’Ouest, Paris, Éditions du CNRS, 3 vol., 1971-1983 (ALO).

[6]

M.-R. Simoni-Aurembou, Atlas linguistique et ethnographique de l’Île-de-France et de l’Orléanais, Paris, Éditions du CNRS, 2 vol., 1973-1978 (ALIFO). P. Gardette, Atlas linguistique et ethnographique du Lyonnais, Paris, Éditions du CNRS, 5 vol., 1967-1976 (ALLy).

[7]

G. Brun-Trigaud, « À propos des atlas linguistiques régionaux. Problèmes de comparabilité. Du NALF aux atlas linguistiques régionaux », La Bretagne linguistique, 11, 1997, p. 33-49.

[8]

G. Taverdet, Atlas linguistique et ethnographique de la Bourgogne, Paris, Éditions du CNRS, 3 vol., 1975-1980, (ALB).

[9]

J.-C. Potte, Atlas linguistique et ethnographique de l’Auvergne et du Limousin, Paris, Éditions du CNRS, 3 vol., 1975-1992 (ALAL).

[10]

À ma connaissance, je n’ai pu relever que les travaux de Jean Séguy, (J. Séguy, « Les cartes auxiliaires de l’ALG. Essai d’aréologie méthodique », Via Domitia, 3, 1956, p. 36-62 ; J. Séguy, « La relation entre la distance spatiale et la distance lexicale », Revue de Linguistique Romane, 35, 1971, p. 335-357) ; ceux de M.A. Borodina à partir de l’ALF (M.-A. Borodina, « La lecture des cartes de l’ALF et le tracement des isoglosses », dans Mélanges de linguistique romane et de philologie médiévale offerts à Maurice Delbouille, Gembloux, J. Duculot, 1964, vol. 1, p. 93-98 ; M.-A. Borodina, Problèmes de géographie linguistique. À partir des matériaux des dialectes français, Léningrad-Moscou, 1966 ; ceux de Pierre Gardette, (P. Gardette, « Rencontre de synonymes et pénétration du français dans les aires marginales », Revue de Linguistique Romane, 34, 1970, p. 280-305). Plus près de nous, on relève les travaux de Jean-Philippe Dalbera (J.-P. Dalbera, « Alpes maritimes dialectales. Essai d’aréologie », Travaux du Cercle Linguistique de Nice, n°7-8, 1985-1986, p. 3-28), de Marthe Philipp (M. Philipp, « L’espace lexical haut-rhinois : essai d’analyse systémique », International Journal of the Sociology of Language, 109, 1994, p. 139-162), ou encore de Patrice Brasseur (P . Brasseur, « Représentation géolinguistique : le diffusion du lexique dans l’Atlas linguistique de la Normandie », dans L. Mercier (éd.), Français du Canada - Français de France, Actes du 6e Colloque international d’Oxford (26-29 sept. 2000), Tübingen, M. Niemeyer, 2004, p. 35-50). Enfin, il faut également citer le travail de France Lagueunière (F. Lagueunière, « Aires lexicales auxquelles participe le département de l’Allier - Essais d’aréologie établis à partir du DRF », dans D. Trotter (éd.), Actes du XXIVe Congrès International de Linguistique et Philologie Romanes (Aberystwyth 2004), Tübingen, M. Niemeyer, t. 4, 2007, p. 315-329) qui a opéré à partir du Dictionnaire des régionalismes du français, mais qui ne cite pas l’ALCe pourtant largement concerné par le propos…

[11]

G. Tuaillon, « De la géographie linguistique à la sociolinguistique », dans XIV Congresso internazionale de linguistica e filologia romanza, Napoli, 15-20 aprile 1974, Atti, Naples-Amsterdam, G. Macchiarroli et J. Benjamines, 1978, p. 193-206. Voir également la carte de synthèse n° 4 de P. Gardette, « Le Lyonnais et le Massif Central », Revue de Linguistique Romane, t. 21, 1957, p. 221.

[12]

J. Gilliéron, E. Edmont, Atlas Linguistique de la France, Paris, Champion, 1902-1910 (ALF).

[13]

M. Remmel, « Large Data Bases in Quantitative History : Some Handling Techniques », Tallinn : Pre-Print, Keele ja Kirjanduse Instituut, Académie des Sciences de la RSS d’Estonie, 1979.

[14]

J.-L. Léonard, « Continuité et dimension des aires contre isoglottisme : le réseau dialectal nord-fennique, dans J. Fernandez-Vest (éd.), Les langues ouraliennes aujourd’hui : approche linguistique et cognitive – The Uralic Languages today : a cognitive and linguistic approach, Paris, Honoré Champion, Bibliothèque de l’École des Hautes Études à la Sorbonne, 2002, p. 209-222 ; J.-L. Léonard, « Pour une dialectologie générale et appliquée : langue, diasystème, variation, diversité et élaboration linguistique » (mémoire d’HDR), Université Paris 7-CNRS, 2005, p. 479-487.

[15]

G. Brun-Trigaud, « Les cartes de synthèse ou cumulatives : une approche renouvelée en géolinguistique », dans Images de la langue : représentations spatiales, sémantiques et graphiques. 132e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Arles 2007, édité par Marie-Rose Simoni-Aurembou et Marie-José Dalbera-Stefanaggi, Paris, CTHS, Édition électronique, 2009, p. 15-38.

[16]

La forme en italiques est la forme graphique résultant de la lemmatisation des formes phonétiques sous-jacentes, la graphie est empruntée à H. Jaubert, Glossaire du Centre de la France, Paris, Chaix, 1864 ; le numéro renvoie à la carte de l’ALCe ; enfin, on trouvera en annexe un tableau des correspondances dans les atlas voisins.

[17]

Communication d’Olivier Trotignon, médiéviste, spécialiste du Berry.

[18]

Ce qui contredit la conclusion de Pierrette Dubuisson (P. Dubuisson, « Französisch : Areallinguistik III… », op. cit.) et en particulier la carte n° 13 p. 306, qui place le point 47 au sud de la limite dominante qu’elle a établie, donc davantage en affinité avec les parlers bourbonnais.

Résumé

Français

Après une analyse des aires lexicales de toutes les cartes de l’Atlas linguistique du Centre (ALCe) de Pierrette Dubuisson, situé au carrefour des domaines d’oïl et d’oc, nous montrerons qu’il est possible, par l’utilisation de fonctionnalités spécifiques des logiciels graphiques, de dégager des tendances typologiques de la distribution de ces aires.
Nous observerons le rôle de « carrefour » joué par l’ALCe où presque toutes les grandes aires gallo-romanes se retrouvent, en en dégageant les grandes lignes directrices mais aussi, les foyers d’innovation et de rayonnement qui sont importants dans le paysage des parlers du Centre.

Mots clés

  • atlas linguistiques
  • cartographie
  • aréologie
  • typologie
  • dialectologie

English

A typology of lexical regions in the Atlas linguistique du CentreAfter analysing the lexical regions, which are at the intersection of the use of French and Occitan, in all of the maps in Pierrette Dubuisson’s atlas, the article demonstrates that it is possible, using specific parameters of cartographic software, to delineate the distribution of these regions.
The centre of France was a crossroads where almost all Gallo-roman traditions are found and follow the main influences as well as the innovations and their diffusion, which profoundly influenced dialects in this area.

Keywords

  • linguistic atlases
  • cartography
  • airology
  • typology
  • dialectology

Plan de l'article

  1. 1 - L’ALCe, Carrefour d’influences
    1. 1.1 - Les aires méridionales ou comment le Sud « pousse sa corne »
    2. 1.2 - Les aires occidentales
    3. 1.3 - Les aires orientales
    4. 1.4 - Un axe nord-ouest/sud-est
  2. 2 - L’ALCe : les aires internes
    1. 2.1 - Bourges
    2. 2.2 - Arcomps…

Pour citer cet article

Brun-Trigaud Guylaine, « Essai de typologie des aires lexicales dans l'Atlas Linguistique du Centre », Annales de Normandie, 2/2012 (62e année), p. 75-93.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2012-2-page-75.htm
DOI : 10.3917/annor.622.0073


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