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Annales de Normandie

2012/2 (62e année)


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Plancher [plã’ʃe] est un nom de lieu dédoublé (Plancher-Bas et Plancher-les-Mines) désignant deux communes des Vosges comtoises (canton de Champagney), dans la haute vallée du Rahin. Dans la littérature toponymique, ces noms de lieux n’ont bénéficié jusqu’ici que de quelques lignes.

1 - La documentation historique

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1.1. – Le référent originel est l’actuelle localité de Plancher-Bas. Plancher-les-Mines, en effet, « fut d’abord une section de Plancher-Bas [...] dont les premiers habitants furent les mineurs » [1][1] La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire des communes,.... « L’exploitation minière [...] prit son essor à Plancher vers le milieu du xve siècle. [...] La première mention [de l’exploitation] date de 1458 » [2][2] La date de 1425, « parfois avancée, résult[e] d’une.... Par la suite, le hameau de mineurs « prit de l’extension jusqu’à devenir aussi important que son chef-lieu. Il devint une communauté particulière au xviie siècle » [3][3] La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p....; une chapelle, qui avait été consacrée en 1488, eut un desservant en 1744, mais « jusqu’en 1789, le village fut une annexe de la paroisse de Plancher-Bas » [4][4] Ibid., p. 376..

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1.2. – Les formes les plus anciennes font donc référence à l’actuel Plancher-Bas.

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1.2.1. – Si l’on met à part une latinisation en -iacum (1178) [5][5] Mlt. Planchiacum et ecclesiam cum appenditiis suis,..., les premières attestations se présentent toutes sous la forme d’un pluriel en -iers : afr. Planchiers en 1256 (original) « Je Vautiers Pogresse, de Planchiers, honz de l’iglise de Lure », « il me donent a ma vie lor grange de Planchiers et la tenure qui i afiert » [6][6] L. Besson, Mémoire historique sur l’abbaye et la ville..., en 1275 (en contexte latin) « Ecclesia de Planchiers » [7][7] É. Clouzot, Pouillés des provinces de Besançon, de... et en 1278 (original) « quanque je ay a Planchiers et a Champaigney » [8][8] Arch. dép. Haute-Saône (désormais ADHS dans le texte),.... On trouve encore la même forme, mfr. Planchiers, au milieu du xve siècle [9][9] É. Clouzot, Pouillés des provinces de Besançon…, op.....

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En 1470, mfr. Planchés 1470 témoigne de l’amuïssement de [r] devant [s] final [10][10] La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p...., mais comporte encore la marque du pluriel. La forme sans -s s’impose pourtant au xve siècle et définitivement à partir du xvie[11][11] Déjà Planchier 1343, selon C. Longchamps, « Glanures.... : mfr. Planchier ca 1400 (Clouzot 1940, p. 59), 1422 (NDC 4, p. 371), mil. xve s. (Clouzot 1940, p. 95), 1471 (NDC 4, p. 371), 1472 (Billerey 1977 [12][12] R. Billerey, Histoire de Belfahy, Belfort, Compagnie..., p. 8 [ADHS, H 598] et NDC, 4, p. 375 [ADHS, H 599]), 1475 (NDC 4, p. 375), 1484 [copie xviiie s.] (Hennequin/Guillaume 2010 [13][13] J. Hennequin, A. Guillaume, « Deux règlements pour..., p. 58, 62, 63), peu après 1484 [copie xviiie s.] (Hennequin/Guillaume 2010, p. 51, 52, 53), après 1525 (Debard/Grispoux 2003 [14][14] J. Debard et P. Grispoux, « Une source “perdue” de..., p. 68), 1551 (NDC 4, 371), frm. id. 1603 (Brouillard 2010 [15][15] S. Brouillard, « Une visite pastorale au début du xviie..., p. 96). La forme en -er, mfr. frm. Plancher, apparaît en 1572 (NDC, 4, p. 379). Les attestations de 1472 (« le finage dudit Planchier du costel desdites mynnes se exstent bealcopt oultre lesdites mynnes de Planchier »), 1475, 1484 (« mines de Planchier ») [16][16] Le document oppose « [le] lieu de Planchier » = aujourd’hui..., peu après 1484 (« la mine de Planchier ») [17][17] Même opposition entre « [le] lieu de Planchier », « le..., 1551 et 1572 réfèrent au futur Plancher-les-Mines, mais cette localité n’est visiblement pas encore pourvue, à ces dates, d’une dénomination propre (cf. encore « le lieu des mins », en 1568, NDC, 4, p. 380).

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On note également une graphie marginale tardive : frm. Planchez 1633 [18][18] É. Longin, Lure pendant la guerre de Trente Ans, Vesoul,.... Une variante Planché, qui refuse l’homographisation avec frm. plancher, se trouve dans frm. Planche [= Planché] fin xviie siècle [19][19] H. Jaillot, La Franche Comté divisée en trois grands... et 1764 « parochiae de Planche » [20][20] La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p...., Planché 1781 « les mines de Planché » [copie fort modernisée d’un document de 1339] [21][21] R. Billerey, Histoire de Belfahy, op. cit., p. 8 et..., et dans les composés en 1667, 1711, 1730 ; voir ci-dessous § 1.3.1 sous (1) et § 1.3.2. sous (1), (2) et (3).

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1.2.2. – La forme dialectale Piantchîe a été relevée par Vautherin[22][22] A. Vautherin, Glossaire du patois de Châtenois avec... dans son glossaire du patois de Châtenois-les-Forges (Territoire de Belfort), qui ne précise pas à quelle localité elle s’applique. Dans cette forme, -îe ([-i:]) représente le développement comtois régulier de la série des mots en -?riu/-?rios ; la palatalisation de [l] dans le groupe initial est également régulière. À partir du xvie siècle, les graphies françaises (Plancher depuis 1572, voir ci-dessus) s’écartent, en tout cas, de la forme comtoise et s’alignent sur celle du nom commun plancher, lequel est écrit planchier dans les dictionnaires du français jusqu’en 1564, puis plancher à partir de 1606 [23][23] N. Catach, Dictionnaire historique de l’orthographe... ; cf. Planchier, dans le nom de lieu, jusqu’en 1603.

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1.3. – Des dénominations spécifiques des deux villages ne sont documentées que plus tard (premières attestations en 1667), ce qui reflète l’autonomisation de la localité de Plancher-les-Mines.

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1.3.1 – Les dénominations spécifiques de Plancher-Bas que nous avons pu relever présentent deux variantes syntaxiques, en construction appositive et en construction épithétique :

  1. frm. Plancher le bas de Luders (où Luders est le nom allemand de Lure) et Planché le bas 1667 [24][24] Anonyme, « Les principales villes d’Alsace », Bulletin... [avec attraction graphique occasionnelle des noms de lieux en -ey < -i?cu], Planchey le Bas 1748 (Querret 1748, p. 88) [25][25] J. Querret, État par ordre alphabetique des villes,..., Placher [sic]-le-Haut & le Bas 1779 (Guillaume 2001, p. 54) [26][26] A. Guillaume, « Voyage au pays de Lure en… 1778 »,..., [avec attraction graphique occasionnelle des noms de lieux en -ey], Planchey-le-Bas 1785 (Longchamps 1852-1856, 29 janvier 1853, p. 1), Plancher-le-bas ca 1790-1791 (Lemercier 1992, pl. 2/1) [27][27] A. Lemercier, Deux siècles d’administration départementale...., Plancher le bas 1814 (Carte du département de la Haute-Saône dessinée par J.-A. Marc et gravée par Pillart à Dijon), Plancher-le-Bas 1846 (Besson 1846, p. 182, mais Plancher-Bas, p. 188, 189) ;

  2. frm. Plancher bas 1687 (NDC, 4, p. 371), [avec attraction graphique occasionnelle des noms de lieux en -ey], Planchey-bas 1748 (Querret 1748, p. 132), Planchey bas 1751 (Beuchot s. d., p. 2) [28][28] P. Beuchot, Villersexel et sa région à la veille de..., Plancher-Bas 1758 (Garnier 1998, p. 70) [29][29] E. Garnier, Un Massif forestier et son histoire : la..., Plancher bas 1760-1761 (carte de Cassini, feuille 144) et 1742 (NDC, 4, p. 371), [avec emploi occasionnel de l’article défini] au Plancher Bas 1779 (Guillaume 2001, p. 55), Plancher bas (Garnier 1998, p. 66), Plancher Bas 1788 (Michel 1977, p. 495 et n. 106) [30][30] G. J. Michel, « Une forme originale d’exploitation..., Plancher-bas 1815 (NDC, 4, p. 373), Plancher Bas 1836 (Lemercier 1992, pl. 45), Plancher-Bas depuis 1839 (Bordenet et al. 2006, p. 50 ; Pelet 1842, n° 2 ; Besson 1846, p. 188, 189 ; Dieu 1858, pl. 11 ; Suchaux 1866, 2, p. 156 ; etc.) [31][31] H. Dieu (dir.), Atlas cantonal de la Haute-Saône, Paris,.... «En patois Piantchie-Bé» (Longchamps 1852-1856, 29 janvier 1853, p. 1) [32][32] Nous remercions Louis Jeandel d’avoir appelé notre....

1.3.2. – Concernant Plancher-les-Mines, nous avons relevé quatre variantes :

  1. frm. Planché le Hault 1667 (Anonyme 1902, p. 121), [avec attraction graphique occasionnelle des noms de lieux en -ey] Planchey le Haut 1748 (Querret 1748, p. 88), Plancher le Haut 1770 (NDC, 4, p. 375), Placher [sic]-le-Haut & le Bas 1779 (Guillaume 2001, p. 54), dénomination parallèle à Plancher-le-Bas ci-dessus (1667-1814) ;

  2. frm. Planché Haut 1711 (Billerey 1977, p. 40), Plancher haut ou les mines 1760-1761 (carte de Cassini, feuille 144) [33][33] Voir aussi Planché haut, non daté (La Haute-Saône...., « autrefois nommé Plancher-Haut » (Besson 1846, p. 119), encore Plancher-Haut 1866 (Suchaux 1866, 2, p. 159 « autrefois nommé Plancher-Haut », mais p. 161 « Comme on le voit à l’article Plancher-Bas, Plancher-Haut n’eut une église paroissiale qu’en 1743 »), dénomination parallèle à Plancher Bas ci-dessus (depuis 1687) ;

  3. frm. Plancher la Mine 1699 (NDC, 4, p. 375), Planché la Mine 1711 (Billerey 1977, p. 40), Planché la Mine 1730 (Michel 1977, p. 495 n. 109) ;

  4. frm. Plancher-les-Mines 1666 (Lassus 1995, 4, p. 221) [34][34] F. Lassus (dir.), La Population de la Franche-Comté..., Plancher les mines 1687, 1694 et 1742 (tous les trois NDC, 4, p. 375), [avec attraction graphique des noms de lieux en -ey] Planchey-les-Mines (Querret 1748, p. 122), Planchey les Mines 1751 (Beuchot s. d., p. 2), Plancher-les-Mines 1758 (Garnier 1998, p. 70), Plancher les Mines 1759 (Billerey 1977, p. 34), Plancher haut ou les mines 1760-1761 (carte de Cassini, feuille 144), Plancher les Mines 1772 (Piquard 2010, p. 47) [35][35] L. Piquard, « James Littlewood, un Anglais à Clairegoutte »,..., Plancher les Mines 1777 (Michel 1977, p. 496 n. 117), Plancher-les-mines 1785 (Garnier 1998, p. 38), Plancher les mines 1785 (Garnier 1998, p. 66), Plancher-les-mines 1790/1791 (Lemercier 1992, pl. 2/1), Plancher-les-Mines 1800-1801 (Rech 2000, p. 69) [36][36] G. Rech, « La Haute-Saône sous le Consulat. La statistique..., Plancher les Mines 1814 (Carte du département de la Haute-Saône dessinée par J.-A. Marc et gravée par Pillart à Dijon), Plancher-les-Mines depuis 1839 (Bordenet et al. 2006, p. 50 ; Pelet 1842, n° 2; Besson 1846, p. 189 ; Dieu 1858, pl. 11 ; Poulet 1878, titre, p. 14, 155 ; etc.). « En patois Piantchie-lai-Mène » (Longchamps 1852-1856, 29 janvier 1853, p. 1). Restent isolés : frm. Plancher 1836 (Lemercier 1992, pl. 45) et la graphie Plancher-lez-Mines 1866 (Suchaux 1866, 2, p. 158, 159, 160, 161).

1.3.3. – Les deux dénominations complexes actuelles ne se sont donc imposées qu’à l’issue d’une phase de fluctuation entre six variantes au total (xviie-xviiie siècles) : Plancher-les-Mines à partir de 1770 environ ; Plancher-Bas à partir du début [37][37] Plancher-le-Bas 1846 paraît déjà isolé et occasionnel... du xixe siècle. Globalement, on est passé d’une opposition symétrique, Plancher (le) Bas vs Plancher (le) Haut, à une opposition asymétrique Plancher-Bas vs Plancher-les-Mines, opposition stabilisée à partir du début du xixe siècle. Le pluriel dans Plancher-les-Mines s’explique par le fait qu’il existait dans cette localité des mines de plomb, d’argent et de cuivre, six en 1705 [38][38] L. Besson, Mémoire historique sur l’abbaye et la ville.... Leur exploitation a définitivement cessé en 1760 [39][39] L. Besson, Mémoire historique sur l’abbaye et la ville....

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Dans l’usage courant d’aujourd’hui (et de naguère), une opposition privative entre terme non marqué (référant à Plancher-Bas) et terme marqué (référant à Plancher-les-Mines) est néanmoins possible : Plancher tout court peut désigner la localité la plus ancienne (Plancher-Bas), mais guère Plancher-les-Mines [40][40] On relève occasionnellement le pluriel dans le stade.... Il en va de même avec les ethniques : c’est une formation détoponymique sur le simple, frcomt. lès Piantchorots pl. [41][41] C. Longchamps, « Glanures…», op. cit., 29 janvier 1853,..., Piantchorot sg. [42][42] A. Vautherin, Glossaire…, op. cit., [IV], p. 122, relevé... et fr. rég. [plã’???] Plancherots pl. [43][43] P. Bernardin, « Nos villageois, comment s’appellent-ils ? »,..., est attachée à la désignation d’un habitant de Plancher-Bas, alors que c’est une formation délexicale particulière, patois M?nou (f. -ouse- [44][44] F.-V. Poulet, Essai d’un vocabulaire étymologique du... et fr. rég. [m??’nu] Mainous[45][45] P. Bernardin, « Nos villageois… », op. cit., p. 22 ;... (littéralement “mineurs”), qui réfère à un habitant de Plancher-les-Mines.

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1.3.4. – Les différentes dénominations complexes sont suffisamment tardives pour qu’on puisse penser qu’elles ont été créées en français. Dans Plancher-les-Mines, les Mines représente peut-être la mise en apposition d’un syntagme en voie de toponymisation (à la fin du xviie siècle, la carte de Jaillot s. d., emploie les Mines pour référer à Plancher-les-Mines).

2 - Une hypothèse sur l’origine de Planchiers

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2.1. – Chacun pensera que Planchiers est un nom de lieu délexical, originellement au pluriel (voir ci-dessus § 1.2.1), et qu’il relève de la famille de *planca « planche ». L’absence d’article permet de supposer que la formation du toponyme remonte au plus tard, dans la région qui nous intéresse, à l’époque carolingienne [46][46] J.-P. Chambon, « Une nouvelle hypothèse sur l’origine....

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2.2. – Les solutions étymologiques (toutes délexicales) avancées jusqu’à présent n’entraînent cependant pas entièrement la conviction. Dauzat/Rostaing[47][47] A. Dauzat et C. Rostaing, Dictionnaire étymologique... posent comme étymon « fr. plancher, maison en planches (?) ». NDC[48][48] La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p.... propose un « ancien français planchier, maison ». Taverdet[49][49] G. Taverdet, Les Noms de lieux…, op. cit., p. 51. écrit qu’« à l’origine un “plancher” est une maison de bois destinée surtout aux usages agricoles (entrepôt du foin, en particulier) ». Selon Lassus/Taverdet[50][50] F. Lassus et G. Taverdet, Noms de lieux de Franche-Comté...., « Planche est probablement un des anciens noms du grenier ; c’est lui qui forme Les Planches (39 [= Jura]) ». « Même chose, ajoutent-ils, dans le dérivé Plancher (70), malgré une forme ancienne fantaisiste Planchiacum (1178) ». TGF[51][51] E. Nègre, Toponymie générale de la France…, op. cit.,... reprend cette interprétation (sans en citer les auteurs) : « pl. de oïl plainché, planché “fenil” » [52][52] Lire « 353 b », « Oïl » (sic) : plainché recouvre,....

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Ces doctrines laissent la place à certaines incertitudes.

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(1) Quant à « fr. plancher, maison en planches (?) » (Dauzat/Rostaing) et à « ancien français planchier, maison » (NDC), on trouve certes dans le petit Lexique de Godefroy (1901, p. 395, s. v. planchier) [53][53] F. Godefroy, Lexique de l’ancien français, J. Bonnard... le sens de “maison”, mais, si l’on consulte GDF[54][54] F. Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française..., on constate que ce sens ne repose que sur un seul exemple, tardif (1531) et localisé en domaine picard (Tournai) ; Hu[55][55] Hu : E. Huguet, Dictionnaire de la langue française...(6, p. 16) avance “construction faite de planches ?”

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(2) Quant à plancher “maison de bois destinée surtout aux usages agricoles (entrepôt du foin, en particulier)” (Taverdet) ou ancien nom du grenier (Lassus/Taverdet), il est vrai qu’à partir du sens d’“étage” [56][56] (ca 1170-1563, FEW, VIII, p. 352-353, phalanx ; cf...., le type plancher a acquis celui de “grenier” ou de “fenil” dans certaines zones orientales du domaine d’oïl, en Champagne (Bouillon 1789, ard. Alliancelles, Béru) et en Bourgogne (morv. Saône L. p 7, verdch. Tournus, Côte-d’Or, p 16, 19) [57][57] FEW 8, p. 353b, phalanx (aussi dans l’Ouest : bmanc...., mais ce développement paraît récent (il n’est attesté que depuis 1789) et il se localise en dehors de la Franche-Comté [58][58] Ø ALFC 271 (fenil) et 928 (grenier)..

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2.3. – Nous sommes plutôt sensible, quant à nous, au parallélisme constructionnel avec Planchiers (1258-milieu xve s.) > Plancher offert par deux autres toponymes de la Haute-Saône : Frostiers (1178-ca 1400) > Frotey-lès-Lure (canton de Lure) et Fro(s)t(i)ers (1222-1406) > Frotey-lès-Vesoul (canton de Vesoul). Or, nous avons proposé ailleurs (dans notre article à paraître) d’analyser les deux Frotey comme des issues d’un prototype théorique *For(e)st?rios, appliqué métonymiquement à deux localités où résidaient des forestarii, c’est-à-dire, d’après les sens de ce mot au haut Moyen Âge, des fonctionnaires chargés de la gestion des forêts fiscales ou, moins probablement, des forestiers exploitants, libres ou serviles. C’est une solution du même type que nous envisageons en ce qui concerne Planchiers : elle consiste à supposer que les travailleurs qui fabriquaient des planches (scieurs de long, menuisiers) ont pu être désignés, à l’époque prélittéraire, par un substantif *planchier. Certes, ni ce mot, ni son corrélat en latin écrit ne sont attestés, mais le modèle de fr. charbonniercarbon?riu, charpentier < carpent?riu etc., est suffisamment productif et depuis suffisamment longtemps [59][59] Cf. W. Meyer-Lübke, Historische Grammatik der französischen... pour justifier sans invraisemblance, nous semble-t-il, un ancien nom de métier *planchier.

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2.4. – Un premier élément donne de la vraisemblance à notre hypothèse. Les deux Plancher sont en effet situés dans un secteur de faible aptitude agricole, dont la vocation économique est essentiellement forestière : les bois occupent aujourd’hui 2 085 ha sur 2912 à Plancher-Bas et environ 2 000 ha sur 2 559 à Plancher-les-Mines (où s’étend, en particulier, la vaste Forêt domaniale de Saint-Antoine) [60][60] R. Bordenet, P. Zuger, É. Bulliard, La Haute-Vallée…,.... L’exploitation de la forêt (bûcheronnage, fabrication de charbon de bois, récolte et commerce d’écorce de chênes, moulins à tan, scieries) a profondément marqué l’économie traditionnelle des deux localités : « les paysans proches de la forêt Saint-Antoine étaient pratiquement tous bûcherons » [61][61] Ibid., p. 101 (pour la période 1750-1800). Une scierie.... On peut donc imaginer que la première implantation humaine stable dans la haute vallée du Rahin, en amont de Champagney, a été le fait de bûcherons-menuisiers exploitant la forêt et fabriquant des planches.

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2.5. – On sait, en outre, que Plancher relevait au Moyen Âge de la terre de l’abbaye de Lure [62][62] L. Besson, Mémoire historique sur l’abbaye et la ville.... Cette abbaye, dont les débuts sont obscurs, remonte, selon un historien bien informé, « au moins au ixe siècle, voire au viiie » [63][63] G. Moyse, « Origines du monachisme dans le diocèse..., de sorte qu’une origine ancienne de Plancher et de son nom est aisément envisageable dans le cadre de la mise en valeur par le monastère. Comme Frotey, mais sous un autre aspect et à un autre niveau, Plancher témoignerait de l’exploitation de la forêt, organisée dès le haut Moyen Âge [64][64] R. Doehaert, Le haut Moyen Âge occidental. Économies....

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2.6. – Enfin, bien que les noms de métier ne semblent pas être légion dans la toponymie de la France, on peut citer à titre de parallèle le cas de les Coudiers (ferme, Frugières-le-Pin, Haute-Loire) < les Coyrers 1543 [65][65] A. Chassaing et A. Jacotin, Dictionnaire topographique.... Ce nom de lieu, issu d’aocc. *coireir “ouvrier qui travaille le cuir” [66][66] FEW, II, p. 1185b, corium., est une formation remontant à coup sûr au haut Moyen Âge, puisqu’il est documenté dès 921 (illos Correrios) [67][67] A. Chassaing et A. Jacotin, Dictionnaire…, op. cit.,.... Or, au ixe siècle, Frugières-le-Pin était une villa dotée d’une maison de maître passée dans le temporel du chapitre de Brioude [68][68] G. Fournier, Le Peuplement rural en Basse Auvergne...; il est donc probable que le toponyme a dénoté à l’origine un manse d’artisans serviles chasés. C’est le même type d’hypothèse que nous émettrons pour Plancher.


Références bibliographiques

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  • Besson L., Mémoire historique sur l’abbaye et la ville de Lure, suivi d’une notice sur le prieuré de Saint-Antoine et les seigneuries de Lure et de Passavant, Besançon, Bintot, 1846 (réimpression, Bourg-en-Bresse : Les Éditions du Bastion, 1988).
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  • Bordenet R., Zuger P. et Bulliard É., La Haute-Vallée [sic] du Rahin. Une époque de prospérité au début du xxe,Vesoul, Les Éditions de Franche-Comté, 2006.
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  • Catach N., Dictionnaire historique de l’orthographe française, Paris, Larousse, 1995.
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Notes

[*]

Professeur de linguistique romane et de langue et de littérature d’Oc, université de Paris-Sorbonne. Nos remerciements s’adressent à Jean Durin qui a bien voulu réviser une première version de cet article.

[1]

La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire des communes, 1969-1974, 6 vol., Vesoul, SALSA, t. 4, p. 375 (cité désormais en abrégé dans le texte NDC).

[2]

La date de 1425, « parfois avancée, résult[e] d’une méprise de l’abbé Besson » ; P. Jeannin, « Note sur l’abbaye de Lure au xvie siècle. Aspects économiques et sociaux de la géographie historique», Bulletin philologique et historique, 1967 [1969], p. 498-499 et note 1.

[3]

La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p. 375.

[4]

Ibid., p. 376.

[5]

Mlt. Planchiacum et ecclesiam cum appenditiis suis, cf. L. Besson, Mémoire historique sur l’abbaye et la ville de Lure, suivi d’une notice sur le prieuré de Saint-Antoine et les seigneuries de Lure et de Passavant, Besançon, Bintot, 1846 (réimpression, Bourg-en-Bresse, Les Éditions du Bastion, 1988), p. 199 (cité désormais Besson 1846) et La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p. 371. G. Taverdet (Les Noms de lieux de la Haute-Saône, Dijon, ABDO, 1987, p. 51) (cité désormais Taverdet 1987) qualifie le « suffixe -iacum » de « fantaisiste ».

[6]

L. Besson, Mémoire historique sur l’abbaye et la ville de Lure…, op. cit., p. 202 et La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p. 371. Nous avons pu profiter de l’édition en cours de Claire Muller (Université du Luxembourg). Que celle-ci veuille bien trouver ici l’expression de nos remerciements. Cette attestation de 1256 est également citée (à tort) par La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p. 375 s. v. Plancher-les-Mines ; de là, la même erreur s’est glissée dans G. Taverdet, Les Noms de lieux…, op. cit., p. 51 et dans E. Nègre, Toponymie générale de la France. Étymologie de 35 000 noms de lieux, 3 vol., Genève, Droz, 1990-1991, n° 26371). Mieux : lisant sans doute dans La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p. 371 la mention suivante : « Planchiers, 1256 (Arch. dép. Haute-Saône, H. 592), 1275 (pouillé), 1278 (ibid.) » et ignorant peut-être le nom commun pouillé, R. Bordenet, P. Zuger, É. Bulliard, La Haute-Vallée [sic] du Rahin. Une époque de prospérité au début du xxe, Vesoul, Les Éditions de Franche-Comté, 2006, p. 8 font de Pouillé « au xiiie siècle » un ancien nom de Plancher. À ce compte, on pourrait aussi conclure que la localité se nommait Ibid. en 1278. Pour faire bonne mesure, ces auteurs rapprochent Pouillé du « patois local “Poïlle” qui désigne la pièce chauffée de la maison ».

[7]

É. Clouzot, Pouillés des provinces de Besançon, de Tarentaise et de Vienne, Paris, Imprimerie nationale, 1940, 34 (cité désormais Clouzot 1940) et La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p. 371.

[8]

Arch. dép. Haute-Saône (désormais ADHS dans le texte), H 592 et NDC, 4, p. 371 ; le contexte nous a été aimablement communiqué par Claire Muller.

[9]

É. Clouzot, Pouillés des provinces de Besançon…, op. cit., p. 94.

[10]

La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p. 375, s.v. Plancher-les-Mines ; cf. Fouché (1952-1969, 3, 783) : « Régulièrement, [le groupe final -rs] s’est réduit à -s lequel s’est ensuite amuï ».

[11]

Déjà Planchier 1343, selon C. Longchamps, « Glanures. Notes étymologiques et statistiques sur les communes de la Haute-Saône », Journal de la Haute-Saône, 29 janvier 1853, note 1, mais sans source.

[12]

R. Billerey, Histoire de Belfahy, Belfort, Compagnie Belfort-Loisirs, 1977 (cité désormais Billerey 1977).

[13]

J. Hennequin, A. Guillaume, « Deux règlements pour les mines de Plancher », Bulletin de la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Lure, 29, 2010, p. 49-64 (cité désormais Hennequin/Guillaume 2010).

[14]

J. Debard et P. Grispoux, « Une source “perdue” de l’histoire de la Franche-Comté : la “Chronique de Villersexel” (vers 1479-vers 1529) », dans P. Delsalle et L. Delobette (éd.), La Franche-Comté à la charnière du Moyen Âge et de la Renaissance. Actes du colloque de Besançon (10-11 octobre 2002), Besançon, Presses universitaires franc-comtoises, 2003, p. 45-69.

[15]

S. Brouillard, « Une visite pastorale au début du xviie siècle : un état des lieux de quelques paroisses du diocèse de Besançon », Bulletin de la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Lure 29, 2010, p. 73-110.

[16]

Le document oppose « [le] lieu de Planchier » = aujourd’hui Plancher-Bas (J. Hennequin, A. Guillaume, « Deux règlements… », op. cit., p. 58) aux « mines de Planchier » (J. Hennequin, A. Guillaume, « Deux règlements… », op. cit., p. 62, 63).

[17]

Même opposition entre « [le] lieu de Planchier », « le pont de Planchier », aujourd’hui Plancher-Bas (J. Hennequin, A. Guillaume, « Deux règlements… », op. cit., p. 51, 53), et « [la] mine de Planchier», « [les] mines de Planchier» (Hennequin/Guillaume 2010, p. 52).

[18]

É. Longin, Lure pendant la guerre de Trente Ans, Vesoul, Bon, 1897, p. 82.

[19]

H. Jaillot, La Franche Comté divisée en trois grands balliages […]. Paris, H. Jaillot. (Reproduction, consultée au local de la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Lure, d’une édition non datée, conservée à la Bibliothèque municipale de Besançon, postérieure à 1678 ; le catalogue général de la BnF recense des éditions de 1681, 1692 et 1695).

[20]

La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p. 373.

[21]

R. Billerey, Histoire de Belfahy, op. cit., p. 8 et encore, dans des documents rédigés en allemand : Plaittschier 1485 (P. Jeannin, « Note sur l’abbaye de Lure… », op. cit., p. 523), Plantschier après 1484 (copie xviiie s. ; J. Hennequin, A. Guillaume, « Deux règlements… », op. cit., p. 49), Plantzschay et Plantzscha 1487 (P. Jeannin, « Note sur l’abbaye… », op. cit., p. 524, 525), Plantzse 1523 (P. Jeannin, « Note sur l’abbaye de Lure…», op. cit., p. 505 n. 1), Planschier 1532 (ibid., p. 493), Plangier 1597 (ibid., p. 508 n. 2), Plantschier s. d. [avant 1663] (ibid., p. 516 n. 3).

[22]

A. Vautherin, Glossaire du patois de Châtenois avec vocables des autres localités du Territoire-de-Belfort et des environs, précédé de notes sur le patois de la région, Belfort, Imprimerie de E. Devillers, 1896-1901, IV, p. 44 (réimpression, Genève, Slatkine Reprints, 1970).

[23]

N. Catach, Dictionnaire historique de l’orthographe française, Paris, Larousse, 1995, p. 797.

[24]

Anonyme, « Les principales villes d’Alsace », Bulletin de la Société belfortaine d’émulation 21, 1902, p. 28-209 (120-121) (cité désormais Anonyme 1902).

[25]

J. Querret, État par ordre alphabetique des villes, bourgs et villages du Comté de Bourgogne, dressé au sujet de la nouvelle Carte, Paris, Ballard Fils, 1748 (cité désormais Querret 1748).

[26]

A. Guillaume, « Voyage au pays de Lure en… 1778 », Bulletin de la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Lure 20, 2001, p. 43-55 (cité désormais Guillaume 2001).

[27]

A. Lemercier, Deux siècles d’administration départementale. La Haute-Saône depuis 1790. Documents choisis et commentés, Vesoul, Les Amis des Archives de la Haute-Saône, 1992 (cité désormais Lemercier 1992).

[28]

P. Beuchot, Villersexel et sa région à la veille de 1789, Villersexel, Collège Louis Pergaud, s. d. [vers 1989] (cité désormais Beuchot s.d.).

[29]

E. Garnier, Un Massif forestier et son histoire : la forêt de Saint-Antoine. Permanence, mutations et enjeux, Paris/Besançon, Office national des forêts/Université de Franche-Comté, 1998 (cité désormais Garnier 1998).

[30]

G. J. Michel, « Une forme originale d’exploitation du sol : la fouillie », Barbizier, Bulletin de liaison du folklore comtois (n. s.) 6, 1977, p. 473-498 (cité désormais Michel 1977).

[31]

H. Dieu (dir.), Atlas cantonal de la Haute-Saône, Paris, Imprimerie Lemercier, 1858, (cité désormais Dieu 1858) ; Lt. Général Baron Pelet, Département de la Haute-Saône, Paris, J. Andriveau-Goujon, 4842 (cité désormais Pelet 1842) ; L. Suchaux, La Haute-Saône. Dictionnaire historique, topographique et statistique des communes du département, 2 vol., Vesoul, Suchaux, 1866 (réimpression, Paris, Le Livre d’histoire-Lorisse, 1991-1993) (cité désormais Suchaux 1866).

[32]

Nous remercions Louis Jeandel d’avoir appelé notre attention sur cette source.

[33]

Voir aussi Planché haut, non daté (La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p. 375).

[34]

F. Lassus (dir.), La Population de la Franche-Comté au lendemain de la Guerre de Dix Ans. Recensement nominatifs de 1654, 1657, 1666, 4 vol., Paris, Les Belles Lettres, 1995.

[35]

L. Piquard, « James Littlewood, un Anglais à Clairegoutte », Bulletin de la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Lure 29, 2010, p. 32-48.

[36]

G. Rech, « La Haute-Saône sous le Consulat. La statistique départementale de l’an IX », dans G. J. Michel (dir.), Le Consulat en Franche-Comté, 1799-1804, Vesoul, SALSA, 2000, p. 57-143.

[37]

Plancher-le-Bas 1846 paraît déjà isolé et occasionnel chez Besson.

[38]

L. Besson, Mémoire historique sur l’abbaye et la ville de Lure…, op. cit., p. 189-190 ; La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p. 379-381; C. Durand-Wackenheim et J. Thiébaut, « Les gîtes métallifères en Franche-Comté», dans Collectif, Connaissance de la Franche-Comté. Regards sur les Vosges comtoises. À la découverte des terres comtoises du Parc naturel régional des ballons des Vosges, Besançon, Centre universitaire d’études régionales, Université de Franche-Comté, 1991, p. 50-51.

[39]

L. Besson, Mémoire historique sur l’abbaye et la ville de Lure…, op. cit., p. 190 ; La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p. 381.

[40]

On relève occasionnellement le pluriel dans le stade des Planchers (« Les Amis et supporters du football club du Pays Minier sont cordialement invités au stade “des Planchers”, route de Fresse », Les Affiches de la Haute-Saône, 26 août 2005, p. 7).

[41]

C. Longchamps, « Glanures…», op. cit., 29 janvier 1853, p. 1.

[42]

A. Vautherin, Glossaire…, op. cit., [IV], p. 122, relevé à Sermamagny, Territoire de Belfort.

[43]

P. Bernardin, « Nos villageois, comment s’appellent-ils ? », Haute-Saône SALSA, 1999, 34, p. 35-36. Par exemple : « Le club de marche “Les Plancherots” organise une randonnée pédestre populaire le dimanche 11 septembre » (Les Affiches de la Haute-Saône, 26 août 2005, p. 7) ; « Avec toutefois une proportion de plus en plus forte de plancherots travaillant hors de la commune » (R. Bordenet, P. Zuger, É. Bulliard, La Haute-Vallée…, op. cit., p. 14). Comme adjectif : « Les échos Plancherots » (titre de rubrique, Le Pays, 17 mars 1989) ; « aucune suppression d’emploi sur le site plancherot » (Les Affiches de la Haute-Saône, 7 juillet 2000) ; « la délégation plancherotte » (Les Affiches de la Haute-Saône, 26 août 2005, p. 7 [légende d’une photographie]) ; « Commerce et artisanat plancherot » (Bordenet et al. 2006, p. 17).

[44]

F.-V. Poulet, Essai d’un vocabulaire étymologique du patois de Plancher-les-Mines (Haute-Saône), Paris, Typographie Lahure, 1878, p. 144, à Plancher-les-Mines (désormais Poulet 1878).

[45]

P. Bernardin, « Nos villageois… », op. cit., p. 22 ; cf. R. Bordenet, P. Zuger, É. Bulliard, La Haute-Vallée…, op. cit., p. 53 n. 1. Comme adjectif : « Les échos mainous » (titre de rubrique, Le Pays, 11 mars 1989); « le “Carnaval Mainou” », « L’église Mainouse », « Sapeurs-Pompiers Mainous » (R. Bordenet, P. Zuger, É. Bulliard, La Haute-Vallée…, op. cit., p. 62, 64, 69).

[46]

J.-P. Chambon, « Une nouvelle hypothèse sur l’origine des toponymes Frotey-lès-Lure et Frotey-lès-Vesoul (Haute-Saône) » (à paraître).

[47]

A. Dauzat et C. Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux de France, Paris, Guénégaud, 1978 [1re édition 1963], p. 534.

[48]

La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire…, op. cit., p. 371.

[49]

G. Taverdet, Les Noms de lieux…, op. cit., p. 51.

[50]

F. Lassus et G. Taverdet, Noms de lieux de Franche-Comté. Introduction à la toponymie, Paris, Bonneton, 1995, p. 195.

[51]

E. Nègre, Toponymie générale de la France…, op. cit., § 2631.

[52]

Lire « 353 b », « Oïl » (sic) : plainché recouvre, en réalité, morv. plaincher dans FEW (FEW : W. von Wartburg, Französisches Etymologisches Wörterbuch. Eine darstellung des galloromanischen sprachschatzes, 25 vol., Leipzig/Bonn/Bâle, Schroeder/Klopp/Teubner/Helbing & Lichtenhahn / Zbinden, 1922-2002, VIII, p. 353 b.; le FEW ne cite aucune forme planché (il doit s’agir de la mise en orthographe française d’une forme phonétique de Saône-et-Loire). On voit que l’étymon retenu par TGF ne convient ni pour la date (un toponyme attesté dès le Moyen Âge est expliqué par des formes dialectales contemporaines), ni guère pour la localisation. En outre, TGF transforme arbitrairement les seules graphies aujourd’hui usuelles (Plancher-Bas, Plancher-les-Mines) en Plancher Bas et Plancher les Mines.

[53]

F. Godefroy, Lexique de l’ancien français, J. Bonnard et A. Salmon (éd.), Paris/Leipzig, H. Welter, 1901 (réimpression, Paris, Champion, 1976), p. 395, s. v. planchier.

[54]

F. Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du ixe au xve siècle, 10 vol., Paris, Vieweg/Bouillon, 1880-1902, 6, p. 197.

[55]

Hu : E. Huguet, Dictionnaire de la langue française du xvie siècle, 7 vol., Paris, Champion /Didier, 1925-1967, VI, p. 16.

[56]

(ca 1170-1563, FEW, VIII, p. 352-353, phalanx ; cf. DMF 2009 : Dictionnaire du moyen français (1330-1500) : ouvrage électronique consultable sur le site de l’ATILF-CNRS.

[57]

FEW 8, p. 353b, phalanx (aussi dans l’Ouest : bmanc. Charnie, poit. SeudreS., et en Berry). À compléter notamment par Régnier (1979, p. 227) ; ALCB 373 (grenier), 374 (grenier à foin) ; ALB 366 (fenil) et surtout 367 (plancher), dans la mesure où, à l’index (Taverdet 1988, p. 156), cette dernière carte est réintitulée « plancher à foin » (Saône L. et Côte-d’Or S.) ; Taverdet 1981, p. 42 ; Taverdet 1994, p. 88 ; Ø ALB 1380 grenier. Taverdet (1992, p. 1562-1564) relève sept microtoponymes à article répartis sur les quatre départements bourguignons. Selon Duraffour (G. Jeanton et A. Duraffour, L’Habitation paysanne en Bresse, Paris, Droz, 1965, p. 151, 153), le type plancher “fenil” serait issu de planchia < *planc?tu (cf. FEW, VIII, p. 353-354) secondairement confondu avec plancher.

[58]

Ø ALFC 271 (fenil) et 928 (grenier).

[59]

Cf. W. Meyer-Lübke, Historische Grammatik der französischen Sprache, t. II, Wortbildungslehre (2. durchgesehene und ergänzte Auflage von J. M. Piel), Heidelberg, Carl Winter, 1966, § 36 ; E. Diekmann, « Zu frz. –ier », dans M. Höfler et H. Vernay, L. Wolf (éd.), Festschrift Kurt Baldinger zum 60. Geburtstag, 17. November 1979, Tübingen, Niemeyer, t. I, p. 378 sq. ; TLF, 9, p. 1099, 1102.

[60]

R. Bordenet, P. Zuger, É. Bulliard, La Haute-Vallée…, op. cit., p. 15, 22-24, 56. Sur l’histoire de ce massif forestier, voir E. Garnier, Un Massif forestier…, op. cit. Pour la description des différents aspects du travail de la forêt, voir J.-C. Demard, Tradition et mystère d’un terroir comtois au xixe siècle, Langres, Géniot, 1981, p. 101-122.

[61]

Ibid., p. 101 (pour la période 1750-1800). Une scierie située dans les montagnes de Saint-Antoine est attestée par un témoin d’une enquête de 1711, rapportant des souvenirs vieux de soixante ans (communication de M. Jean Hennequin ; R. Billerey, Histoire de Belfahy, op. cit., p. 40 et note 37).

[62]

L. Besson, Mémoire historique sur l’abbaye et la ville de Lure…, op. cit., p. 188-191.

[63]

G. Moyse, « Origines du monachisme dans le diocèse de Besançon (ve-xe siècles) », Bibliothèque de l’École des chartes, 131, 1973, p. 21-104, p. 93.

[64]

R. Doehaert, Le haut Moyen Âge occidental. Économies et sociétés, Paris, Presses universitaires de France, 1971, p. 208-209 ; J.-P. Devroey, Économie rurale et société dans l’Europe franque (vie-ixe siècles), t. I : Fondements matériels, échanges et vie sociale, Paris, Belin, 2003, p. 89-90.

[65]

A. Chassaing et A. Jacotin, Dictionnaire topographique du département de la Haute-Loire, Paris, Imprimerie nationale, 1907, p. 93.

[66]

FEW, II, p. 1185b, corium.

[67]

A. Chassaing et A. Jacotin, Dictionnaire…, op. cit., p. 93.

[68]

G. Fournier, Le Peuplement rural en Basse Auvergne durant le haut Moyen Âge, Paris, Presses universitaires de France, 1962, p. 338, 229, 293, 504-505.

Résumé

Français

On s’efforce d’abord de retracer l’histoire complexe des toponymes dédoublés Plancher-Bas et Plancher-les-Mines (Haute-Saône). Puis, après avoir discuté les étymologies en cours, on propose une solution nouvelle partant de l’ancien français (prélittéraire) *planchier « celui qui fabrique des planches », employé au pluriel pour désigner, antérieurement à l’époque carolingienne, des dépendants chasés de l’abbaye de Lure.

Mots clés

  • toponymie
  • Franche-Comté
  • Plancher-Bas
  • Plancher-les-Mines

English

History and origin of the place names Plancher-Bas and Plancher-les-Mines (Haute-Saône)The complex history of the two related place names is examined in light of their current etymology. A new solution using Old French is proposed in which planchier « a maker of planks », which as a plural in Carolingian times, denoted dependants exiled from the Abbey of Lure’s lands.

Keywords

  • place names
  • Franche-Comté
  • Plancher-Bas
  • Plancher-les-Mines

Plan de l'article

  1. 1 - La documentation historique
  2. 2 - Une hypothèse sur l’origine de Planchiers

Pour citer cet article

Chambon Jean-Pierre, « Les toponymes Plancher-Bas et Plancher-les-Mines (Haute-Saône) : matériaux pour leur histoire et hypothèse sur leur origine », Annales de Normandie, 2/2012 (62e année), p. 95-109.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2012-2-page-95.htm
DOI : 10.3917/annor.622.0095


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