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Annales de Normandie

2013/1 (63e année)


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Julien Le Bas, né le 9 juin 1924 à Saint-Lô, est le seul athlète du département de la Manche présent aux premiers Jeux olympiques de l’après-guerre à Londres en 1948. À l’époque, son engagement dans la compétition sportive est manifestement porté par les médias et célébré par les autorités politiques manchoises pour en faire une figure d’exemple en l’associant alors à l’histoire de la reconstruction de sa ville natale. Effectivement, « Capitale des ruines » [1][1] La Manche Libre, 18 février 1945, « Saint-Lô et sa... et « Porte de la victoire » [2][2] Ouest-France, 7 juin 1948, « Parcourant la Normandie..., cette cité préfectorale a été lourdement détruite et meurtrie en raison des bombardements alliés au cours du mois de juin 1944. En l’espèce, dans la nuit du 6 au 7 juin 1944 [3][3] M. Boivin et B. Garnier, Les victimes civiles de la..., on dénombre 353 Manchois tués dans les bombardements de Saint-Lô et des destructions urbaines estimées à 77 % [4][4] C. Prime, « Les bombardements du jour J et de la bataille.... Ainsi, l’analyse de la mise en récit médiatique du cheminement sportif de Julien Le Bas, entre notamment 1947 et 1948, illustre la façon de fabriquer localement un héros sportif en l’ayant clairement relié au destin tragique de Saint-Lô. C’est dans ce contexte de désolation qu’il accède au statut de héros sportif au travers duquel se rejoue finalement, par le truchement des médias, le mythe antique du Phénix dans une ville qui renaît alors de ses cendres. La renaissance sportive de Julien Le Bas, entre 1947 et les Jeux olympiques de Londres de 1948, a donc suivi de manière synchronique celle de la reconstruction de sa ville natale dont la première pierre est posée, rue Saint-Thomas, le 6 juin 1948 par le président de la République Vincent Auriol.

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L’objet de cette étude basée sur un corpus comprenant, d’une part, des données médiatiques disponibles aux Archives départementales de la Manche [5][5] Arch. dép. Manche, série JAL. et du Calvados [6][6] Arch. dép. Calvados, série 13/TI. et, d’autre part, le témoignage de Julien Le Bas [7][7] Il s’agit de deux lettres manuscrites datées du 1er..., vise à mettre en lumière et à comprendre comment et pourquoi des acteurs politiques locaux, relayés par les médias, ont mis en avant leurs athlètes engagés dans ces Jeux olympiques de la paix de 1948 dans un contexte international frappé par le début de la Guerre froide (1947) et la première guerre israélo-arabe en date du 15 mai 1948. Nous montrerons alors que le parcours sportif de Julien Le Bas incarne un archétype au service de la rénovation de la jeunesse manchoise ayant souffert de l’Occupation allemande et de la reconstruction de leur territoire meurtri par la guerre.

Les jeux olympiques de Londres et les tensions internationales

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Douze ans après les spectaculaires [8][8] G. Debord, La société du spectacle, Paris, Gallimard,... Jeux olympiques de Berlin de 1936 au service de la propagande nazie et deux tentatives de Jeux olympiques annulées, en 1940 à Tokyo et en 1944 à Helsinki, en raison de la Seconde Guerre mondiale, ceux de Londres, ville martyre du Blitz et victorieuse du IIIe Reich, furent célébrés du 29 juillet au 14 août 1948. C’est donc dans un contexte d’après-guerre et de reconstruction de l’Europe alors exsangue, mais soutenue par le plan Marshall (1947), que s’ouvrent à Wembley, sous la haute présidence de sa majesté Georges VI, les jeux d’été de la XIVe Olympiade de l’ère moderne. Rappelons que c’est à Lausanne, en février 1946, que le Comité international olympique décide d’en confier l’organisation à la ville de Londres. C’est sans vote qu’elle fut nommée à l’unanimité. Or, plusieurs voix s’élevèrent en Grande-Bretagne et ailleurs pour dénoncer l’attribution d’une telle manifestation dans un pays en pleine reconstruction et avec une population londonienne encore exposée au rationnement et aux conséquences des bombardements allemands [9][9] S. Dunkan, « Les Jeux de Londres de 1948 », lettre.... D’ailleurs, une partie de l’opinion publique, relayée par la presse britannique, juge inacceptable, à l’époque, cette charge face aux priorités du gouvernement de Georges VI [10][10] A. Guttmann, The Olympics, a history of the modern.... La gouvernance du Comité d’organisation de la XIVe Olympiade est alors confiée à Lord Burghley, homme politique conservateur et ancien champion olympique britannique d’athlétisme [11][11] The organizing committee for the XIVth Olympiad, The.... En 1947, soit un an avant les JO, Burghley semble néanmoins confiant dans la capacité des Londoniens à recevoir cet événement sportif en déclarant :

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« Il serait vain de suggérer que le chemin qu’il reste à parcourir sera facile. Au contraire, les difficultés ont été nombreuses et le seront encore. Après une telle guerre il est tout à fait normal qu’elles le soient. Mais nous surmontons les obstacles avec le même esprit de détermination qui nous anime depuis quelques années » [12][12] Ibid., p. 24..

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Autrement dit, malgré un contexte d’austérité, les Jeux de Londres symbolisent à l’époque une occasion d’espérance de paix et de renouveau olympique sur le vieux continent après ceux de 1936 (XIe Olympiade) qui avaient été attribués au IIIe Reich en dépit des protestations internationales et d’une campagne de boycottage menée en particulier aux États-Unis depuis 1933 [13][13] J.-M. Brohm, 1936, Les Jeux olympiques à Berlin, Paris,....

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Sur un plan géopolitique, les Jeux olympiques de 1948 s’inscrivent dans un contexte marqué par une double dynamique ; celle de la construction d’une paix durable dans une Europe occidentale unie [14][14] T. Judt, Après-guerre. Une histoire de l’Europe depuis... suite au Congrès de la Haye du 7 mai 1948 [15][15] Tenue sous la présidence de Winston Churchill. qui conduisit à la création du Conseil de l’Europe le 9 mai 1949, et celle de la Guerre froide. En effet, malgré la volonté de construire une stabilité entre les peuples européens, des tensions internationales existent entre notamment l’URSS, qui refuse à l’époque le plan Marshall, et les États-Unis. Le rideau de fer séparant alors les États européens placés sous influence soviétique comme la République populaire de Roumanie, la Hongrie, la Tchécoslovaquie (1948) et les États européens occidentaux, symbolise les années de Guerre froide à venir entre les blocs de l’Est et de l’Ouest. D’ailleurs, l’URSS fut absente des jeux d’été de la XIVe Olympiade n’ayant pas répondu à l’invitation comme la Bulgarie pour « circonstances imprévues » [16][16] L’Équipe, 29 juillet 1948, p. 3. ainsi que la Roumanie. Le comité d’organisation devait également enregistrer le forfait de la Palestine en raison de la première guerre israélo-arabe qui débuta, en présence des forces britanniques, le 15 mai 1948, soit le lendemain de la création de l’État d’Israël suite au vote du Plan de Partage. C’est dans ce contexte de fortes tensions internationales durant la Guerre froide (1947-1991) que les résultats obtenus par les nations, à l’issue des grands rendez-vous sportifs planétaires, tels que les Jeux olympiques, allaient donner à voir à ceux qui souhaitaient les apprécier comme un rapport de force quasi-guerrier, un classement de la valeur sportive de chaque pays [17][17] P. Milza, F. Jequier et P. Tetart (dir.), Le pouvoir....

Londres, « printemps universel de la jeunesse » et de la paix ?

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C’est donc dans une période de reconstruction d’après-guerre, marquée par l’assassinat de Gandhi le 30 janvier 1948 et le premier conflit israélo-arabe, que la presse sportive de l’époque et les laudateurs des valeurs de l’olympisme voyaient en ces jeux d’été de Londres une nouvelle occasion d’espérance de paix entre les peuples. D’autant plus que sur les 59 nations présentes à ces Jeux olympiques, 24 pays appartenaient au continent européen soit 40,5 %, contre 17 pays pour le continent des Amériques, 14 pour l’Asie, 2 pour l’Afrique et 2 pour l’Océanie [18][18] The organizing committee for the XIVth Olympiad, The....

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À titre d’exemple, les propos du journaliste Jacques Goddet, alors directeur du journal LÉquipe[19][19] Après avoir paru sous l’Occupation jusqu’au 17 août..., témoignent de cette volonté de faire, à nouveau, des Jeux d’été de Londres un moment de paix entre les peuples. Dans son article intitulé « Les Jeux à la recherche de la stabilité », paru dans le journal L’Équipe du 29 juillet 1948, il déclare :

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« Douze ans, déjà, que nous quittons Berlin et les metteurs en scène du monstrueux spectacle olympique, écœuré d’avoir assisté à l’asservissement d’une idée à la propagande d’une idéologie politique qui devait hélas commettre ses ravages. Londres, cité victorieuse, […] pour gagner maintenant la victoire morale de la paix dans un pays où le sport fait partie intégrante de chaque citoyen, de son éducation » [20][20] L’Équipe, 29 juillet 1948, « Les Jeux à la recherche....

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Ces propos montrent combien il était important et attendu de faire un autre usage de cette rencontre sportive internationale organisée, en principe, tous les quatre ans que celui fait par les acteurs du national-socialisme comme le souligne par ailleurs l’article du journaliste Gaston Bénac, dans le journal But et Club[21][21] But et Club, hebdomadaire sportif, est né en 1947 et... du jeudi 5 août 1948 :

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« Non, ces Jeux de Londres ne ressemblent en rien à ceux de Berlin. Pas plus d’ailleurs sur le plan de l’organisation que sur celui du spectacle ou de la technique sportive. Les lacunes, les lenteurs s’accumulent à Wembley et l’on ne songe pas à s’en plaindre en se rappelant les consignes de Berlin, la rigidité de l’organisation, les bêtises, les maladresses que l’on peut commettre au nom de la propagande » [22][22] But et Club, 5 août 1948, « Les Jeux Olympiques de....

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Ainsi, dans un contexte d’austérité et de fortes tensions internationales, les Jeux olympiques de Londres de 1948 symbolisent, à l’époque, une occasion d’espérance de paix et de renouveau olympique sur le vieux continent. Du côté des thuriféraires de l’olympisme et des valeurs du sport, nous retrouvons cette même espérance de paix que représentent les premiers Jeux de l’après-guerre. En attestent, par exemple, les écrits du chirurgien et athlète suisse Paul Martin [23][23] Par ailleurs invité à plusieurs reprises en France.... Dans son ouvrage Le Sport et l’homme de 1948, l’auteur fait l’apologie de l’olympisme et de la portée éducative et humaine du sport. Ce dernier voyait en ces Jeux de Londres une occasion « d’établir un printemps humain universel par la rénovation de la Jeunesse » [24][24] P. Martin, Le Sport et l’Homme, Principes de pédagogie.... Car suite aux malheurs de la Seconde Guerre mondiale :

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« qui pèsent encore lourdement sur l’Humanité, […] qui doit refaire sa santé physique, intellectuelle et morale […], il est réconfortant de constater qu’une multitude de penseurs, philosophes, sociologues, techniciens, éducateurs et sportifs, concentrent leurs réflexions sur l’aspect social humain que doit revêtir tout ce qui est fait par l’homme ou pour l’homme […] » [25][25] Ibid. p. 17. tel que le sport.

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En clair, les écrits de Jacques Goddet et du docteur Paul Martin – et bien d’autres encore – illustrent la manière dont les Jeux olympiques de Londres étaient souhaités dans le contexte de l’époque. C’est-à-dire comme étant ceux de l’espérance de paix entre les peuples et du renouveau de l’olympisme à distance de la politique des pays fascistes [26][26] Le Japon refusa d’envoyer une délégation aux JO de... qui s’étaient auparavant emparés de cet événement comme d’une arme nationaliste. Nonobstant, la conjoncture internationale était marquée par le début de la Guerre froide et, bientôt, par l’utilisation du sport d’élite et de la masse comme outil idéologique [27][27] J. Praicheux, Pour une lecture géopolitique de la performance....

1947-1948 : La renaissance sportive de Julien Le Bas

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Entre la saison sportive de 1947 et celle 1948, Julien Le Bas retrouve progressivement le chemin de la victoire en raison principalement de l’amélioration de son état de santé. Il espère alors pouvoir se qualifier pour les prochains Jeux olympiques d’été de Londres. Car, bien qu’il soit, en 1946, champion de France du 100 m sénior, et, lors des championnats d’Europe à Oslo, 5e du 200 m et 2e avec le relais 4 fois 100 m, sa participation aux jeux de la XIVe Olympiade (1948) de l’ère moderne est loin d’être acquise entre la fin de 1947 et le début de la saison sportive de 1948. Effectivement, 1947 est une très mauvaise année émaillée par un claquage, une furonculose et des conditions d’entraînement difficiles au stade de la Falaise à cause d’une piste d’athlétisme en piteux état. À l’échelon régional, bien qu’il soit battu en avril 1947 aux championnats de la Manche [28][28] Sports-Ouest, 10 avril 1947, « Le Normand Julien Le..., il gagne difficilement le 100 m à la mi-juillet aux championnats de Normandie en boitant et en étant talonné par Leroux. Néanmoins, à l’échelon national, les performances ne sont pas au rendez-vous, contrairement à ses adversaires parfois partenaires du relais 4 fois 100 m de l’équipe de France tels que Étienne Bally ou René Valmy recordman de France du 100 m en 10’5 depuis 1941. La presse sportive se fait alors l’écho de la méforme physique, des difficultés d’entraînement et des contre-performances de Julien Le Bas, comme l’atteste le Sports-Ouest du 3 juillet 1947 qui explique alors :

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« Les malheurs de Julien : le sympathique Julien Le Bas, champion de France du 100 m 1946, n’a certes pas retrouvé sa grande forme. J’éprouve de grandes difficultés pour m’entraîner. Je le fais absolument seul, sans conseils ni soins. C’est ma femme qui tient le chronomètre. Depuis trois ans une crise de furonculose m’a fatigué. En outre, depuis la semaine passée, je souffre d’une contracture à la cuisse droite » [29][29] Sports-Ouest, 3 juillet 1947, « Les malheurs de Julien....

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Toutefois, si la saison athlétique de 1947 est très médiocre pour Julien, en revanche, il demeure, selon le Sports-Ouest, un athlète méritant qui aurait grand besoin d’une meilleure piste pédestre pour pouvoir s’entraîner :

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« Mauvaise année pour le champion Julien Le Bas. Le Saint-Lois claqué au milieu de la saison s’en est ressenti de bout en bout. On le retrouvera l’an prochain, mais n’est-il pas désolant de voir un homme de sa valeur obligé de s’entraîner dans les conditions que l’on sait, sans la moindre piste potable » [30][30] Sports-Ouest, 11 septembre 1947, n° 28, « Mauvaise....

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C’est pourquoi, dans l’optique d’améliorer les performances de Julien Le Bas, Jean Étienne, directeur technique du stade Saint-Lois et entraîneur de Julien, attendait avec une certaine impatience que la municipalité de Saint-Lô se décide à lancer des travaux de rénovation du stade de la Falaise. Or, le conseil municipal de Saint-Lô, devant sans doute les priorités du moment, tardait à décider d’améliorer la piste pédestre d’entraînement de Julien, malgré les récurrentes critiques émanant d’une part, de la presse écrite et, d’autre part, de Jean Étienne. Ce dernier avait d’ailleurs fait paraître dans le journal La Presse cher-bourgeoise une lettre ouverte demandant aux conseils municipaux une nouvelle piste d’athlétisme pour ses champions [31][31] La Presse cherbourgeoise, 7 août 1948, « À propos de.... En outre, à la mi-juin 1948, Julien avait fait savoir, par le biais d’un entretien paru dans le Sports-Ouest du jeudi 17 juin 1948, son mécontentement concernant l’état de la piste d’athlétisme du stade de la Falaise :

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« Champion de la Manche et de Normandie en 1948 sur 100 et 200 m. Julien, hélas, n’a pas de piste pour s’entraîner ce qui lui cause un préjudice énorme. Si je ne fais pas un temps aux prochaines interrégionales ce qui m’enlèvera tout espoir de participer aux Jeux, m’a dit Julien qui semble découragé, je raccrocherai définitivement. Ces paroles ne sont pas des paroles en l’air. Si Le Bas les met à exécution, la municipalité portera, à l’égard du champion et des sportifs non seulement saint-lois, mais français, une lourde responsabilité » [32][32] Sports-Ouest, 17 juin 1948, « Il n’y a ni piste ni....

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Or, devant l’urgence de reconstruire la ville préfectorale en ruines et le déficit de l’Hôpital, qui dépassait déjà les trois millions de francs [33][33] Ouest-France, 10 août 1948, « Le conseil municipal... de l’époque, les conseillers municipaux de Saint-Lô décident de reporter à plus tard les travaux de remise en état de la piste estimés à 500 000 francs. C’est, hélas pour Julien, après les Jeux olympiques de Londres, en septembre 1948 que le conseil municipal considère que des efforts ont été faits pour entretenir au mieux le stade de la Falaise. Il décide à nouveau de surseoir à l’année prochaine l’éventuelle construction d’une nouvelle piste [34][34] Ouest-France, 24 septembre 1948, « Conseil municipal....

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Bien que Julien Le Bas n’ait pu bénéficier au début de la saison athlétique de 1948 de bonnes conditions matérielles pour préparer convenablement sa sélection au sein de l’équipe de France olympique (1948) d’athlétisme, l’amélioration progressive de sa condition physique, de son moral et de ses résultats l’encourage à persévérer dans ses efforts. À une époque où l’on pratique et consomme le sport au rythme des saisons, l’étude des journaux régionaux et locaux montre en effet que Julien allait de mieux en mieux au cours de la saison 1948 lui garantissant très certainement sa sélection aux Jeux olympiques au début de l’été de la même année. Donnons quelques exemples. Le 12 mai, lors d’une rencontre organisée sur la rapide piste d’Alençon « le sprinter Julien Le Bas s’est montré excellent » [35][35] Sports-Ouest, 13 mai 1948, « Le sprinter Le Bas s’est... en la présence d’Étienne Bailly champion de France en titre en 1947 du 100 m et 200 m. D’ailleurs, pour souligner sa bonne condition physique du moment, Julien Le Bas, en photo dans le Sports-Ouest, indique « Vous voyez, ma jambe tient » [36][36] Ibid., p. 4.. À la fin du mois de mai 1948, le 27 précisément, seules ses performances aux championnats de la Manche sont soulignées par la presse écrite :

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« Dans un ensemble de résultats d’une honnête moyenne, deux performances sortirent de l’ordinaire. Elles eurent pour auteur Julien Le Bas, qui, malgré un fort vent debout réussit les temps excellents de 11’’1 aux 100 m et 22’’7 aux 200 m. Julien Le Bas qui estime n’avoir pas atteint son maximum, peut espérer une belle saison » [37][37] Sports-Ouest, 27 mai 1948, « Malgré quelques belles....

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Au début du mois de juin 1948, après les championnats de Normandie à Vire où il gagne le 100 m et le 200 m, Julien considère qu’il est en très bonne condition physique. Ainsi, il espère, s’il est retenu, se présenter aux prochains championnats de France les 10 et 11 juillet à Colombes en pleine forme afin d’être sélectionné pour les Jeux : « Je suis plein d’espoir, confiant et en forme. Je pèse 74 kg 800, et il faudra que je descende à 74 et tout ira bien (…) J’espère me comporter fort bien à Londres mais les places seront chères » [38][38] Sports-Ouest, 10 juin 1948, « Les meilleurs athlètes.... Le vendredi 2 juillet 1948, le journal La Presse cherbourgeoise annonce alors que la commission technique de la Fédération française d’athlétisme l’a sélectionné aux championnats de France [39][39] La Presse cherbourgeoise, 2 juillet 1948, « Athlétisme :.... À Colombes, Julien surprend tout le monde, il fait coup double en battant sur le fil Valmy et Porthault sur le 100 m et remporte le 200 m. Comme le titre le Ouest-France du 12 juillet 1948, « Le Bas réapparaît aux Championnats de France » [40][40] Ouest-France, 12 juillet 1948, « Le Bas réapparaît.... Ces victoires lui valent alors sa sélection aux Jeux de Londres. Ainsi, il retrouve donc la confiance et la forme physique en renouant avec les performances de haut niveau. Le Sports-Ouest du jeudi 15 juillet 1948 ne manque pas l’occasion de souligner les victoires de Julien tout en mettant à l’honneur la Normandie : « Avec les nôtres au stade de Colombes. La Normandie à l’honneur. Le Bas, Lunis et Paris iront à Londres » [41][41] Sports-Ouest, 15 juillet 1948, « Athlétisme. Avec les.... Le commentaire du journaliste André Jorand, nourri par l’interview du sportif, donne la mesure de son état d’esprit et de sa valeur physique du moment :

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« J’avoue n’avoir jamais rencontré un athlète aussi confiant que Le Bas avant une épreuve d’importance extrême. Ne s’agissait-il pas à Colombes d’un dernier assaut à la sélection pour les Jeux. Mais écoutez Julien Le Bas. Aujourd’hui je gagne. Admirons sans réserve ce moral bien trempé et la double réussite d’un athlète dont on sait l’isolement et les difficultés d’entraînement » [42][42] Ibid., p. 5..

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À Londres, le 2 août 1948, Julien remporte sa série du 200 m en 22’’ devant le Brésilien Costa Ramo et Mc Kenzie de la Jamaïque. Mais, il sera éliminé en quart de finale terminant 5e. Les deux autres Français engagés dans cette épreuve, Bailly et Stéphan, sont éliminés dès les séries. Dans le relais 4 fois 100 m bien qu’il réalise une superbe course comme en atteste le Ouest-France du 7 et 8 août 1948 : « Le Bas est mieux encore dans le 3e relais et passe nettement en tête à Valmy. Hélas ! Ce dernier laisse tomber le témoin » [43][43] Ouest-France, 7 et 8 août 1948, Arch. dép. Manche,... ; l’équipe de France est par conséquent disqualifiée. Pas de finale, pas de podium, mais Julien Le Bas réalise à Londres les meilleures courses chez les sprinteurs français. Ses rêves s’envolent donc en dépit de bonnes performances chronométriques saluées à l’échelon national par le journal Miroir Sprint : « Notre compatriote Le Bas remporte sa série sur 200 m, c’est déjà une victoire pour le Normand » [44][44] Miroir Sprint, jeudi 5 août 1948, p. 8..

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Des Jeux de Londres, Julien Le Bas se souvient [45][45] Voir la note 8. surtout d’avoir été impressionné par la grandeur et la simplicité de la cérémonie d’ouverture au stade de Wembley en défilant devant plus de 80 000 spectateurs, le roi Georges VI, la reine Elizabeth et leur fille. Après avoir connu les restrictions et les pénuries engendrées par la Seconde Guerre mondiale, il se remémore l’excellente ambiance et les satisfaisantes conditions d’hébergement dans des baraquements à Uxbridge [46][46] À Uxbridge-Camp exactement., ville située à 24 km au nord-ouest du centre de Londres. Mais, la disqualification de l’équipe de France du relais 4 fois 100 m sonne toujours, pour Julien Le Bas, comme un drame sur un plan humain et sportif.

Julien Le Bas lors de la 5e série du 200 m plat des Jeux olympiques de Londres, le 2 août 1948, 1er en 22’’[47][47] Sports-Ouest, jeudi 05 août 1948, Arch. dép. Calvados,...
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On l’aura compris, entre 1947 et les Jeux olympiques de Londres de 1948, Julien retrouve la forme physique, le moral et le chemin de la victoire. Le sprinter normand est donc régulièrement félicité, par la presse écrite, et célébré, par les Saint-Lois, pour ses performances. Son courage et sa volonté sont donc fréquemment soulignés. D’autant plus qu’à Saint-Lô, il ne bénéficie pas de bonnes conditions d’entraînement contrairement à ces compatriotes comme Bally à Lyon ou Valmy à Tarbes. Donnons des exemples qui montrent qu’il fut couramment félicité et encouragé par les Saint-Lois et la presse écrite.

Les célébrations Saint-Loises de Julien Le Bas de 1942 à 1948

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Entre 1942 et les Jeux olympiques de 1948, la municipalité de Saint-Lô et les dirigeants du stade Saint-Lois avaient pris l’habitude de célébrer publiquement les victoires de Julien. Ces moments de célébration furent régulièrement rapportés par les médias locaux en rappelant souvent ses difficultés d’entraînement et son isolement pour s’entraîner. Par exemple, c’est suite à sa victoire sur 100 m aux championnats de France junior en 1942 que des Saint-Lois sont venus nombreux l’acclamer en présence des médias à son arrivée à la gare de Saint-Lô, en compagnie de deux autres camarades de club [48][48] J.-L. Gaziniaire et CDOS de la Manche, La Manche au.... Même événement en 1946. En l’espèce, le journal La Manche Libre du dimanche 8 septembre 1946 rapporte que Julien Le Bas en compagnie de Maryse Haber seront reçus officiellement le 9 septembre à l’hôtel de ville en raison de leur titre de champion de France et pour les remercier « d’avoir porté si haut et si loin les couleurs de leur cité » [49][49] La Manche Libre, 8 septembre 1946, « Les Championnats.... Le journal indique alors que « Julien Le Bas a déjà reçu du gouvernement un témoignage de satisfaction, la médaille de Bronze de l’Éducation physique » [50][50] Ibid., p. 2.. Nous ne savons pas s’il existe des photos de cette cérémonie officielle. En 1948, le Ouest-France des 13 et 14 juillet 1948, signale son retour victorieux dans la « Capitale des ruines » :

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« La victoire de Julien Le Bas annoncée dimanche soir sur le stade municipal a été célébrée comme on le pense. Le champion de France du 100 m et du 200 m plat est rentré à Saint-Lô par le train de 5 h 30. Il a été félicité à l’occasion d’un apéritif très simple auquel assistait (sic) M. Lavalley, maire de Saint-Lô vice-président du Conseil général de la Manche, Monsieur Maudouit, directeur sportif, Monsieur Lenormand secrétaire-adjoint, et de nombreux supporters, etc. » [51][51] Ouest-France, Édition de la Manche, 13 et 14 juillet....

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Le lendemain, le 15 juillet, le Sports-Ouest revient sur la réaction des Saint-Lois à l’annonce de ses résultats :

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« Lorsque dimanche, lors de la Fête des écoles publiques, qui se déroulait au stade de Falaise, Marcel Rabot annonça que Julien Le Bas venait de remporter la finale du 100 m il y eut un moment de surprise puis une explosion de joie […]. Car tous les sportifs présents se réjouirent du succès du Stadiste qui se voit ainsi récompenser de tous ses efforts et de sa persévérance, à Saint-Lô notre champion n’a pas de piste pour s’entraîner » [52][52] Sports-Ouest, 15 juillet 1948, « Athlétisme. Avec les....

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Devant un tel succès et la joie manifestée par bon nombre de Saint-Lois, le journaliste décide personnellement de féliciter les parents du tout nouveau champion de France :

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« Soir de Victoire. Ayant appris le double triomphe de Julien, je me devais d’aller porter à son épouse et à ses parents les félicitations de Sports-Ouest […] Bientôt arrivèrent M. Georges Lavalley, maire de Saint-Lô et président d’honneur du stade Saint-Lois puis un confrère, venus aussi apporter leurs félicitations » [53][53] Ibid., p. 5..

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Le journaliste annonce alors qu’une cérémonie plus officielle sera donnée ultérieurement. En effet, un mois plus tard, pour saluer les excellents résultats de Julien, la municipalité et le club du stade Saint-Lois font paraître, dans le Ouest-France du 16 août 1948, une demande de souscription « afin de marquer leur gratitude au champion de France sélectionné olympique » [54][54] Ouest-France, 16 août 1948, « Une souscription du stade.... Il s’agissait de lui offrir un souvenir. Quelques temps plus tard, La Manche libre du 31 octobre 1948 annonce que Julien s’est vu remettre son cadeau, un superbe fauteuil en cuir, en présence d’officiels tels M. Georges Lavalley maire de Saint-Lô et vice-président du Conseil général de la Manche et des dirigeants sportifs locaux [55][55] La Manche libre, 31 octobre 1948, « Julien Le Bas a.... Au travers de ces moments de félicitations rendus publics à l’échelon local et interrégional, qui vient-on célébrer en définitive ? Il est patent de constater que Julien Le Bas incarne l’enfant du pays qui a su grâce à sa ténacité et à son courage vaincre les ennuis physiques et les difficultés d’entraînement à Saint-Lô pour accéder au plus haut niveau et contribuer ainsi au rayonnement de sa cité natale la « Capitale des ruines » et « Porte de la victoire ». En témoignent certains articles du journal La Manche Libre. Notamment celui de 2 mai 1948 qui insiste sur ses origines saint-loises et souligne sa fidélité à sa ville qui l’a vu naître et progresser :

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« Nous avons la chance de posséder à Saint-Lô un authentique champion de classe internationale. Non pas un champion d’importation venu en notre ville pour y recueillir quelques avantages pécuniers mais un gars bien de chez nous puisqu’il y a vu le jour […]. Un grand champion qui aime tellement son patelin » [56][56] La Manche Libre, 2 mai 1948, « Qu’en-pensez-vous ? »,....

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Ou encore celui du 18 juillet 1948, qui rapporte que suite aux deux titres sur 100 et 200 m « tous les sportifs Saint-Lois sont fiers de toi […] qui porte si haut le bon renom sportif de la Capitale des Ruines. Bravo Julien » [57][57] La Manche Libre, 18 juillet 1948, « Sports. Julien....

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Ainsi, il apparaît clairement que la presse écrite a, à l’époque, salué le difficile parcours de Julien Le Bas dans une ville meurtrie (Saint-Lô) en raison des bombardements alliés. Il est alors décrit par les médias comme un athlète courageux et tenace. Sa sélection et ses résultats aux jeux d’été de la XIVe Olympiade (1948), symboles de paix et de reconstruction européenne, ont été largement rapportés par la presse écrite locale et interrégionale. C’est dire si ses performances à ses Jeux de Londres sonnent comme une victoire pour le Normand resté fidèle à sa ville natale, malgré les très mauvaises conditions d’entraînement. Dès lors, ne peut-on pas penser que la presse écrite ainsi que les autorités saint-loises et départementales ont développé, concernant la personne de Julien Le Bas, un processus d’héroïsation faisant de lui une figure d’exemple pour la jeunesse manchoise et dans sa ville préfectorale, anéantie et libérée par les forces alliées ?

Héros sportif et mythe du phénix dans la ville en reconstruction

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Le concept du héros a fait l’objet de nombreux travaux réalisés notamment en sociologie, en histoire et en littérature allant de l’analyse du héros antique (Ulysse, Hercule, Achille) au héros moderne (D’Artagnan, Cyrano de Bergerac, les résistants, les comics), en passant par celle liée au héros médiéval (le roi Arthur, Jeanne d’Arc, Roland). D’une manière générale, un héros, en fonction des cultures, renvoie à un demi-dieu ou à un personnage de légende. Il incarne alors, soit un surhomme soit simplement une personne courageuse capable d’abnégation. Dans bien des cas, il constitue un idéal comme étant une figure d’exemple ou totémique. Le sport moderne a lui aussi ses héros [58][58] R. Holt et J.-A.Mangan, European Heroes: Myth, Identity,.... Le plus souvent ces derniers sont mis en scène par les médias pour de multiples raisons et pour servir divers enjeux : éducatifs, sociaux, politiques, économiques. Ainsi, si la définition du héros est ambiguë et varie en fonction des époques, des individus et des domaines, comme l’a montré l’exposition sur les héros « d’Achille à Zidane » à la Bibliothèque nationale de France (BnF) en 2007 [59][59] O. Faliu et M. Tourret, (dir.), Héros, d’Achille à... ; pour autant, le processus de construction du héros sportif moderne [60][60] Dans le monde sportif actuel, l’image est de plus en... repose sur un ensemble d’ingrédients notamment identifiés et décrits dans les travaux de Georges Vigarello et de Pascal Duret [61][61] P. Duret, L’ héroïsme sportif, Paris, PUF, 1993 ; G..... Selon eux, si la victoire participe bien souvent à façonner le héros sportif, en revanche, elle ne suffit pas et doit être accompagnée d’autres éléments comme l’admiration du public et les discours médiatiques. La fabrique du héros sportif est alors sous-tendue par un ensemble d’étapes : une performance souvent couronnée par un podium, un public admiratif, une forte personnalité porteuse de valeurs comme le courage, le travail, l’honnêteté, la ténacité, et enfin une attitude qui focalise l’attention des médias. Car, l’athlète ne devient héroïque qu’à partir du moment où le public l’acclame, l’admire, se reconnaît et s’identifie à lui. Mais, pour rendre possible cette identification, il faut que l’athlète soit notamment mis en scène par les discours médiatiques au travers de son histoire alors racontée et diffusée au plus grand nombre. Dès lors, la fabrication du héros renvoie à une construction, comme étant le produit d’un discours à une époque donnée dans un contexte donné. Ainsi, le héros, construit par les médias, mobilise l’imaginaire et marque les mémoires. Il a donc une fonction sociale en s’incarnant dans un contexte qui l’a vu naître ou renaître. En ce qui concerne la personne de Julien Le Bas, on peut écrire que sa trajectoire sportive a été sous-tendue par un processus d’héroïsation médiatique contenant les ingrédients classiques qui permettent d’accéder au statut de héros sportif ; c’est-à-dire des performances couronnées par des podiums, un public admiratif, une forte personnalité porteuse de valeurs comme le courage, le travail, l’honnêteté, la ténacité, et enfin, un comportement qui polarise les médias et le public.

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Il est évident que son parcours sportif, entre notamment 1947 et les Jeux olympiques de Londres (1948), contient les ingrédients qui, comme nous venons de l’indiquer supra, sous-tendent le processus d’héroïsation mis en scène par la presse écrite et les autorités saint-loises pour en faire finalement une figure héroïque locale, une valeur d’exemple pour la jeunesse manchoise. Effectivement, bien qu’il n’ait pas été médaillé à ces Jeux d’été de Londres ses excellentes performances constituent, comme l’indique le journal Miroir Sprint du 5 août 1948 « Une victoire pour le Normand » ; régulièrement décrit comme un athlète ayant une forte personnalité doublée par une force de travail exemplaire. Ce processus médiatique peut être illustré par trois exemples. Le Sports-Ouest du 25 juin 1947 mentionne ainsi :

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« Notre champion Le Bas, trop isolé à Saint-Lô, n’est pas encore au point. Mais il n’a rien perdu de ses qualités et comme il est sérieux et volontaire il ne fait pas de doute qu’il défendra ce titre âprement et sa place dans l’équipe nationale » [62][62] Sports-Ouest, mercredi 25 juin 1947, « Journée du souvenir....

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Le même journal y revient le 17 juin 1948 :

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« A tout seigneur tout honneur. Les journaux ont dit et redit les mérites de Julien Le Bas. Je me contenterai de rappeler les principaux titres et records du champion Stadiste dont le sérieux, la volonté et le courage méritent tous les éloges […]. Hélas il n’a pas de piste pour s’entraîner » [63][63] Sports-Ouest, jeudi 17 juin 1948, « Il n’y a ni site....

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Enfin, le Ouest-France des 24 et 25 juillet 1948 indique :

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« Le temps semble devoir bien faire les choses. Le Bas ira à Londres. N’est-ce pas le principal. Il a consacré son hiver à l’entraînement, lutté seul contre l’adversité… le ciel lui devait bien une compensation » [64][64] Ouest-France, 24 et 25 juillet 1948, « Le coin des....

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On peut légitimement supposer que ces exemples d’appréciations médiatiques ont contribué à faire de Julien Le Bas un héros sportif local, par ailleurs, régulièrement acclamé, admiré et honoré par de nombreux supporters ainsi que par le maire de Saint-Lô M. Georges Lavalley et ses conseillers municipaux. Toutefois, il nous apparaît qu’on ne peut pas faire l’analyse de son parcours héroïque sans tenir compte de l’histoire de la ville de Saint-Lô entre juin 1944 et août 1948. Car, comme le souligne l’exposition de 2007 à la BnF, les héros reflètent les valeurs du lieu et de l’instant où ils prennent corps [65][65] O. Faliu et M. Tourret, (dir.), Héros…, op. cit.. « Capitale des ruines » et « Porte de la victoire », la première pierre de la reconstruction de Saint-Lô est posée le 6 juin 1948 rue Saint-Thomas par le président de la République Vincent Auriol accompagné de M. Édouard Lebas [66][66] Édouard Lebas est nommé préfet de la Manche par de... préfet de la Manche surnommé « le préfet des ruines ». Au tournant de l’année 1948, la renaissance sportive de Julien Le Bas s’inscrit donc dans ce contexte de désolation puis de reconstruction. C’est pourquoi, au travers de la mise en avant des ennuis physiques, des délicates conditions d’entraînement et des performances réalisées par Julien Le Bas pendant les Jeux olympiques d’été de 1948, n’a-t-on pas joué à nouveau le récit imaginaire du mythe antique du Phénix [67][67] S. Fabrizio-Costa (éd.), Phénix : mythe(s) et signe(s),... en associant son parcours sportif à la reconstruction de la ville de Saint-Lô ? En atteste par exemple l’article du Sports-Ouest du jeudi 10 avril 1947 intitulé :

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« Deux champions de France dans un pays en ruines » : « De la coquette préfecture de la Manche, il ne reste plus rien ou presque rien. Un désert a fait place aux ruines animées. Malgré cela la vie continue, les habitants, accrochés à leur malheur, ont décidé de faire ressusciter leur ville et le sport n’est pas le dernier à donner son impulsion à la cité renaissante » [68][68] Sports-Ouest, 10 avril 1947, « Deux champions de France....

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Ainsi, comme l’a montré Roland Barthes [69][69] R. Barthes, Mythologies, Paris, Éditions du Seuil,..., dans le domaine du sport le mythe moderne total se joue entre le réel, c’est-à-dire ici les ruines, les difficultés d’entraînement, les blessures et les victoires ; et l’utopie autour de jours meilleurs pour l’entraînement des athlètes du stade Saint-Lois et la reconstruction rapide de leur ville. Bien qu’il ne symbolise pas à proprement parler un mythe moderne, largement mis en scène par les médias, ne retrouve-t-on pas au travers du parcours héroïque de Julien Le Bas le signifiant du mythe du Phénix ? Car, finalement, il incarne auprès de la jeunesse manchoise cette figure d’exemple qui réapparaît sur un plan sportif, entre 1947 et 1948, au même moment que renaît la ville de Saint-Lô auparavant meurtrie et détruite par les bombardements alliés de juin 1944. Julien, un athlète fidèle à sa ville, qui resurgit sportivement sur la scène internationale lors des Jeux de Londres de 1948 lorsque Saint-Lô renaît de ses cendres.

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Après avoir été célébré à plusieurs reprises par les dirigeants de la municipalité de Saint-Lô (1946, 1948) et acclamé par les supporters du stade Saint-Lois pour notamment ses performances aux Jeux olympiques de Londres de 1948, Julien Le Bas continue à être commémoré par les médias pour ses victoires. C’est notamment à l’occasion des Jeux de la XXXe Olympiade de 2012 à Londres qu’il a été interviewé pour raconter à nouveau son parcours sportif [70][70] La Manche Libre, supplément Sports Magazine, 28 juillet... dans un contexte historique fortement marqué à l’époque par les conséquences de la Seconde Guerre mondiale (destructions urbaines, privations, rationnement) et le début de la Guerre froide qui annonçait l’utilisation du sport comme outil idéologique. Les autorités locales ont également continué à le féliciter comme lors de la cérémonie officielle organisée par le Conseil général de la Manche en 2000 destinée à honorer les sportifs de ce département comme des figures d’exemple auprès de la jeunesse manchoise [71][71] J.-L. Gaziniaire et CDOS de la Manche, La Manche au.... Au travers de ces commémorations médiatiques, il est évident que la presse, ainsi que les acteurs politiques locaux, ont cherché à propager et à prolonger le parcours héroïque de Julien Le Bas pour transformer, en quelque sorte, une continuité en une éternité en l’associant alors au destin tragique de sa ville natale lourdement frappée par les destructions urbaines et les pertes humaines occasionnées par les bombardements alliés de juin 1944. En sémiologie, la transformation d’un événement en une quasi-éternité est caractéristique du mythe, en l’occurrence perpétué ici par les médias. Finalement, et en écho à l’exposition de 2007 à la BnF sur les héros d’hier à aujourd’hui, nous constatons qu’au travers de l’exemple de Julien Le Bas, le héros sportif peut aussi se conjuguer à l’échelon local entre mémoire et histoire.

Notes

[*]

Professeur agrégé d’EPS, docteur en STAPS, Université de Caen Basse-Normandie, UFR STAPS, F 14032 Caen, CRIS, EA 647, Université de Lyon 1.

[1]

La Manche Libre, 18 février 1945, « Saint-Lô et sa région. Saint-Lô Capitale des ruines par l’abbé Bernard Jacqueline, causerie donnée à la radio », Arch. dép. Manche, 2/JAL/85, p. 2.

[2]

Ouest-France, 7 juin 1948, « Parcourant la Normandie meurtrie. Vincent Auriol a visité Caen, Saint-Lô, Cherbourg et les plages du débarquement. Saint-Lô Capitale des Ruines et porte de la victoire », Arch. dép. Calvados, 13/TI/176.7, p. 1-2.

[3]

M. Boivin et B. Garnier, Les victimes civiles de la Manche dans la bataille de Normandie, 1er avril – 30 septembre 1944, Centre de Recherche d’Histoire Quantitative, Caen, Éditions du Lys, p. 29-33.

[4]

C. Prime, « Les bombardements du jour J et de la bataille de Normandie », dans B. Garnier, J.-L. Leleu, F. Passera et J. Quellien, Les populations civiles face au débarquement et à la bataille de Normandie, Actes du colloque international, Centre de Recherche d’Histoire Quantitative, CNRS-Université de Caen, Caen, Le Mémorial de Caen, 2005, p. 39.

[5]

Arch. dép. Manche, série JAL.

[6]

Arch. dép. Calvados, série 13/TI.

[7]

Il s’agit de deux lettres manuscrites datées du 1er et du 26 décembre 2011 et d’un entretien téléphonique en date du 10 janvier 2012. Au moment de cette étude, Monsieur Julien Le Bas n’était pas en bonne santé.

[8]

G. Debord, La société du spectacle, Paris, Gallimard, 1992.

[9]

S. Dunkan, « Les Jeux de Londres de 1948 », lettre d’information du Comité international olympique, n° 26-27, novembre-décembre 1969, p. 651-654.

[10]

A. Guttmann, The Olympics, a history of the modern games, Champaign, Illinois, The University of Illinois Press, 2002.

[11]

The organizing committee for the XIVth Olympiad, The official report of the organizing committee for the XIVth Olympia, London 1948, Londres, McCorquodale & Co. Ltd, 1951, [en ligne] : http://www.la84foundation.org/5va/reports_frmst.htm

[12]

Ibid., p. 24.

[13]

J.-M. Brohm, 1936, Les Jeux olympiques à Berlin, Paris, André Versailles éditeur, 2008, (première édition : Bruxelles, Éditions Complexe, 1983).

[14]

T. Judt, Après-guerre. Une histoire de lEurope depuis 1945, Paris, Armand Colin, 2007.

[15]

Tenue sous la présidence de Winston Churchill.

[16]

L’Équipe, 29 juillet 1948, p. 3.

[17]

P. Milza, F. Jequier et P. Tetart (dir.), Le pouvoir des anneaux. Les Jeux olympiques à la lumière de la politique, Paris, Vuibert, 2004 ; T. Terret, Histoire du sport et géopolitique, Paris, L’Harmattan, 2011.

[18]

The organizing committee for the XIVth Olympiad, The official report…, op. cit., p. 542-543.

[19]

Après avoir paru sous l’Occupation jusqu’au 17 août 1944, le journal sportif L’auto est frappé d’interdiction de parution. Jacques Goddet use alors de toutes ses relations avec la Résistance pour réhabiliter le journal sous un autre titre. L’Equipe, nouvelle formule, paraît le 28 février 1946 d’abord trois fois par semaine, puis quotidiennement, enfin, 6 jours sur 7 dès 1948.

[20]

L’Équipe, 29 juillet 1948, « Les Jeux à la recherche de la stabilité », p. 1.

[21]

But et Club, hebdomadaire sportif, est né en 1947 et avait à l’époque pour directeur Gaston Bénac issu du journal Paris-Soir. But et Club vient donc remplacer à la Libération le journal Miroir des Sports qui était interdit de publication depuis 1944 en raison de son soutien au Régime de Vichy. Le Miroir des Sports réapparaît en avril 1951 en sous-titre de But et Club.

[22]

But et Club, 5 août 1948, « Les Jeux Olympiques de Londres n’ont pas éclipsé ceux de Berlin », p. 6.

[23]

Par ailleurs invité à plusieurs reprises en France à l’Institut national des sports créé en 1946 pour y communiquer ses travaux en physiologie, en psychologie et en technique de l’entraînement.

[24]

P. Martin, Le Sport et l’Homme, Principes de pédagogie sportive, Genève, Cailler Éditeur, 1948, p. 12.

[25]

Ibid. p. 17.

[26]

Le Japon refusa d’envoyer une délégation aux JO de Londres (1948) ; et si l’Italie était présente à ces JO, l’Allemagne fut interdite.

[27]

J. Praicheux, Pour une lecture géopolitique de la performance olympique, actes du colloque Géopolitique et Sport, Besançon, Université de Franche-Comté, 1990, p. 197-207.

[28]

Sports-Ouest, 10 avril 1947, « Le Normand Julien Le Bas, premier sprinter français n’est pas champion de la Manche », Arch. dép. Calvados, 13/TI/175.1, p. 6.

[29]

Sports-Ouest, 3 juillet 1947, « Les malheurs de Julien Le Bas », Arch. dép. Calvados, 13/TI/175.1, p. 4.

[30]

Sports-Ouest, 11 septembre 1947, n° 28, « Mauvaise année pour le champion Julien Le Bas », Arch. dép. Calvados, 13/TI/175.1, p. 6.

[31]

La Presse cherbourgeoise, 7 août 1948, « À propos de la piste pédestre du stade municipal. Lettre ouverte à MM. Les conseilleurs municipaux de Saint-Lô », Arch. dép. Manche, JAL/400, p. 3.

[32]

Sports-Ouest, 17 juin 1948, « Il n’y a ni piste ni sautoir à Saint-Lô où l’athlétisme est en pleine renaissance », Arch. dép. Calvados, 13/TI/175.1, p. 4.

[33]

Ouest-France, 10 août 1948, « Le conseil municipal aux prises avec deux problèmes : Le stade Saint-Lois qui réclame une piste (coût 500 000 F) et le décit de l’hôpital qui dépasse les trois millions… », Arch. dép. Manche, JAL/200 art. 24, p. 3.

[34]

Ouest-France, 24 septembre 1948, « Conseil municipal de Saint-Lô », Arch. dép. Manche, JAL/200 art. 24, p. 4.

[35]

Sports-Ouest, 13 mai 1948, « Le sprinter Le Bas s’est montré excellent », Arch. dép. Calvados, 13/TI/175.1, p. 1 et 4.

[36]

Ibid., p. 4.

[37]

Sports-Ouest, 27 mai 1948, « Malgré quelques belles performances, les championnats de la Manche n’ont présenté qu’un modeste intérêt », Arch. dép. Calvados, 13/TI/175.1, p. 4.

[38]

Sports-Ouest, 10 juin 1948, « Les meilleurs athlètes de Normandie à Vire, Le Bas, Cousin, Paris, Voiment, Allix, etc. », Arch. dép. Calvados, 13/TI/175.1, p. 1-2.

[39]

La Presse cherbourgeoise, 2 juillet 1948, « Athlétisme : Le Bas sélectionné pour les championnats de France », Arch. dép. Manche, JAL/400 art. 17, p. 4.

[40]

Ouest-France, 12 juillet 1948, « Le Bas réapparaît aux Championnats de France ». Arch. dép. Manche, JAL/200 art. 23, p. 1.

[41]

Sports-Ouest, 15 juillet 1948, « Athlétisme. Avec les nôtres au stade de Colombes. La Normandie à l’honneur. Le Bas, Lunis et Paris iront à Londres », Arch. dép. Calvados, 13/TI/175.1, p. 5.

[42]

Ibid., p. 5.

[43]

Ouest-France, 7 et 8 août 1948, Arch. dép. Manche, JAL/200 art. 24, p. 5.

[44]

Miroir Sprint, jeudi 5 août 1948, p. 8.

[45]

Voir la note 8.

[46]

À Uxbridge-Camp exactement.

[47]

Sports-Ouest, jeudi 05 août 1948, Arch. dép. Calvados, 13/TI/175.1, p.1.

[48]

J.-L. Gaziniaire et CDOS de la Manche, La Manche au cœur des Jeux.1948-2004 : Nos athlètes aux Jeux olympiques, Union Européenne, 2005, p. 19. Il s’agit d’une photo datée de 1942 de Julien Le Bas, tenant dans ses bras un bouquet de fleurs, à son arrivée à la gare de Saint-Lô. Il est en compagnie de deux camarades du stade Saint-Lois entourés par une importante foule.

[49]

La Manche Libre, 8 septembre 1946, « Les Championnats de France. Julien Le Bas et Maryse reçus officiellement à l’hôtel de ville », Arch. dép. Manche, 2/JAL/85, p. 2.

[50]

Ibid., p. 2.

[51]

Ouest-France, Édition de la Manche, 13 et 14 juillet 1948, « Julien Le Bas est rentré hier matin à Saint-Lô », Arch. dép. Manche, JAL/200 art. 23, p. 4.

[52]

Sports-Ouest, 15 juillet 1948, « Athlétisme. Avec les nôtres… », op. cit., p. 5.

[53]

Ibid., p. 5.

[54]

Ouest-France, 16 août 1948, « Une souscription du stade Saint-Lois », Arch. dép. Manche, JAL/200 art.23, p. 3.

[55]

La Manche libre, 31 octobre 1948, « Julien Le Bas a reçu le cadeau offert par ses amis. », Arch. dép. Manche, 2/JAL/86, p. 3.

[56]

La Manche Libre, 2 mai 1948, « Qu’en-pensez-vous ? », Arch. dép. Manche, 2/JAL/86, p. 3.

[57]

La Manche Libre, 18 juillet 1948, « Sports. Julien Le Bas champion de France des 100 et 200 m », Arch. dép. Manche, 2/JAL/86, p. 3.

[58]

R. Holt et J.-A.Mangan, European Heroes: Myth, Identity, Sport, Londres, Frank Cass, 1996.

[59]

O. Faliu et M. Tourret, (dir.), Héros, dAchille à Zidane, catalogue d’exposition, Paris, BnF, 2007.

[60]

Dans le monde sportif actuel, l’image est de plus en plus importante, elle a démultiplié les marchés, diversifié les temps et les lieux, bouleversé les enjeux. Ainsi, le mythe du héros sportif, loin de disparaître, s’est amplifié avec l’émergence du sport-spectacle. En effet, selon Georges Vigarello, l’identification aux champions sportifs augmente l’excitation et confirme la réussite du sport concerné dans la société. Elle permet la fabrication des héros, ces êtres particuliers, proches et distants, insaisissables et familiers.

[61]

P. Duret, Lhéroïsme sportif, Paris, PUF, 1993 ; G. Vigarello, « Stades. Le spectacle sportif des tribunes aux écrans », dans A. Corbin, J.-J. Courtine et G. Vigarello (dir.), Histoire du corps, Paris, Le Seuil, 2005-2006, t. III, p. 343-369 ; G. Vigarello, Du jeu ancien au show sportif, la naissance dun mythe, Paris, Le Seuil, 2002.

[62]

Sports-Ouest, mercredi 25 juin 1947, « Journée du souvenir au stade Jean Bouin », p. 6, Arch. dép. Calvados, 13/TI/175.1.

[63]

Sports-Ouest, jeudi 17 juin 1948, « Il n’y a ni site ni sautoir convenable à Saint-Lô », p. 4, Arch. dép. Calvados, 13/TI/175.1.

[64]

Ouest-France, 24 et 25 juillet 1948, « Le coin des sportifs », p. 4, Arch. dép. Manche, JAL/200 art. 23.

[65]

O. Faliu et M. Tourret, (dir.), Héros…, op. cit.

[66]

Édouard Lebas est nommé préfet de la Manche par de Gaulle sur proposition du Conseil national de la Résistance en juillet 1944 jusqu’en octobre 1953, hormis sa nomination comme préfet de l’Orne entre le 25 mai et le 1er août 1946. Il n’y a aucun lien de parenté entre l’athlète Julien Le Bas et le préfet de la Manche Édouard Lebas.

[67]

S. Fabrizio-Costa (éd.), Phénix : mythe(s) et signe(s), actes du colloque international de Caen, 12-14 octobre 2000, Francfort, Peter Lang, 2001.

[68]

Sports-Ouest, 10 avril 1947, « Deux champions de France dans un pays en ruines », p. 6, Arch. dép. Calvados, 13/TI/175.1. Il s’agit de Julien Le Bas et de Maryse Haber championne de France junior du saut en hauteur en 1948.

[69]

R. Barthes, Mythologies, Paris, Éditions du Seuil, 1957, p. 111.

[70]

La Manche Libre, supplément Sports Magazine, 28 juillet 2012, « La grande histoire d’amour entre les JO et la région » ; Ouest-France, 26 juillet 2012, « JO : Julien Le Bas était à Londres en 1948 », p. 7.

[71]

J.-L. Gaziniaire et CDOS de la Manche, La Manche au cœur…, op. cit., p. 22.

Résumé

Français

Douze ans après l’opération de propagande nazie des Jeux olympiques de Berlin, ceux du retour à la paix à Londres en 1948 se voulaient une occasion de promouvoir à nouveau les supposées valeurs sociales et humaines de l’olympisme, d’autant que s’installait la Guerre froide. Dans ce contexte, les performances de l’athlète Julien Le Bas, seul sportif du département de la Manche sélectionné aux premiers Jeux olympiques de l’après-guerre, furent exaltées par la presse écrite et les autorités politiques locales pour en faire une figure d’exemple. Il s’agissait d’affirmer un printemps humain universel par la rénovation de la jeunesse dans un département fortement marqué par l’occupation allemande et les bombardements sur ses villes, en particulier Saint-Lô, ville d’origine du champion, qualifiée à la fois de « Capitale des ruines » et de « Porte de la victoire ».

Mots-clés

  • athlétisme
  • Julien Le Bas
  • Jeux olympiques
  • Saint-Lô
  • Capitale des ruines
  • bombardements
  • Guerre froide

English

Julien Le Bas, A model for the western French youth at the 1948 Olympic games12 years after the Nazi Berlin games, the London games hoped to promote new social and humanitarian values in the context of the Cold War. Julien Le Bas, the only athlete from western Normandy, was exalted by the local newspapers and local politicians. He became the idol of citizens degraded by the Nazi occupation and the allied bombing of St. Lô, his birthplace « capital of ruins » but also « the gateway to victory ».

Key words

  • athletics
  • Julien Le Bas
  • Olympic Games
  • Saint-Lô
  • Capital of ruins
  • Bombings
  • Cold War

Plan de l'article

  1. Les jeux olympiques de Londres et les tensions internationales
  2. Londres, « printemps universel de la jeunesse » et de la paix ?
  3. 1947-1948 : La renaissance sportive de Julien Le Bas
  4. Les célébrations Saint-Loises de Julien Le Bas de 1942 à 1948
  5. Héros sportif et mythe du phénix dans la ville en reconstruction

Pour citer cet article

Auvray Emmanuel, « Une construction locale d'un héros sportif : l'athlète manchois Julien Le Bas et les Jeux olympiques de Londres en 1948 », Annales de Normandie, 1/2013 (63e année), p. 137-153.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2013-1-page-137.htm
DOI : 10.3917/annor.631.0137


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