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Annales de Normandie

2013/1 (63e année)


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Aux alentours des années 1090, Robert de Bodiac, vicomte, son fils Raoul et son neveu, un certain Hasculf, apparaissent comme bienfaiteurs de l’abbaye de Marmoutier, qui reçoit l’église de Sacey, siège d’un prieuré [1][1] Sacey, dép. Manche, cant. Pontorson.. Les documents relatant ces faits ne nous sont parvenus que par des copies et s’avèrent par ailleurs être le résultat d’une réécriture complexe lors de la confection de notices narratives. Liés à l’évolution de l’établissement monastique, ils relèvent à la fois d’un souci de lisibilité et d’une volonté de conserver le souvenir des transactions [2][2] D. Barthélemy, « Note sur les cartulaires de Marmoutier.... Ils révèlent également le mécanisme de dotation du prieuré, où interviennent plusieurs membres de l’aristocratie normande et Marmoutier. L’abbaye ligérienne, qui joua un grand rôle dans le renouveau monastique du nord-ouest de la France au xie siècle, poursuivait ainsi son implantation priorale aux frontières de la Normandie. Peu présente dans cette partie du royaume, elle y exerçait néanmoins une grande influence et y avait la faveur des ducs. S’il met en avant la réussite de l’abbaye, le dossier documentaire sur le prieuré de Sacey présente, à travers une tradition complexe, la réécriture par les moines du lent processus aboutissant à la fin du xie siècle à la création d’une de leurs dépendances dans le diocèse d’Avranches. Il dévoile en outre, à travers la naissance d’une nouvelle relation le liant à l’établissement ligérien, l’ascension d’un seigneur laïc à la frontière du duché de Normandie, Hasculf de Saint-James [3][3] Saint-James-de-Beuvron, dép. Manche, ch.-l. cant. Dans.... Cette fondation priorale ainsi que les relations qu’il entretenait avec les grandes abbayes voisines, notamment Le Mont Saint-Michel et Savigny, mettent en lumière les stratégies de pouvoir local établies par Hasculf de Saint-James, seigneur frontalier de l’Avranchin.

Le récit de la fondation du prieuré de Sacey : un dossier documentaire complexe

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Le dossier portant sur la fondation du prieuré de Sacey repose sur trois documents, dont aucun n’est parvenu jusqu’à nous en original [4][4] Après la Révolution, et devant l’encombrement de ses.... Le premier d’entre eux, qui n’a fait l’objet que de transcriptions incomplètes, prend la forme d’une notice (doc. n? 1). Non datée, mais vraisemblablement rédigée peu avant 1090, elle relate les donations concédées à l’abbaye de Marmoutier alors que Robert de Bodiac se faisait moine. Elle mentionne en premier lieu les dons réalisés par lui-même – 60 acres de terre, des prés et une part de la dîme de l’église de Sacey –, la confirmation par son fils Raoul, puis les dons ajoutés par Hasculf – 60 acres de terre, des prés et deux parts de la dîme de l’église de Sacey – et le dapifer (sénéchal ?) de celui-ci, Evan Sequart – dix acres de terre. Cette notice revêt une forme particulière : de nombreux blancs apparaissent, sans que l’on puisse en imputer sûrement la responsabilité aux copistes, le premier d’entre eux, François-Roger Gaignières, notant par ailleurs à la fin de sa transcription que « les témoins sont en blancs » [5][5] Paris, BnF, ms lat. 5441[2], fol. 160.. Une place avait donc vraisemblablement été laissée à la fin de la notice, afin d’inscrire les noms des témoins, sans que cette opération ait pu être réalisée. Bien que l’on ne puisse véritablement parler de « brouillon », cette indication laisse supposer que le document a pu être rédigé par avance par les moines, puis laissé dans la forme qui nous est parvenue, la rédaction d’une notice narrative plus complète rendant sans doute caduque la transcription du nom des témoins [6][6] La pratique du brouillon, instrumentation rédigée à....

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Le second document (doc. n° 2), considéré comme la « charte de fondation » du prieuré de Sacey, a été rédigé peu après, aux alentours de 1090. Il ne nous est également connu que par copie. Il prend la forme d’une notice narrative, véritable récit ayant fait l’objet d’une réécriture complète et profonde, assemblant passages narratifs et multipliant repères temporels et spatiaux [7][7] Cette expression de « notice narrative » est utilisée.... Cette notice narrative relate l’historique des acquisitions faites par l’abbaye de Marmoutier depuis la prise d’habit de Robert de Bodiac, passant cependant sous silence certaines des donations transcrites dans le document n° 1 et omettant de mentionner les circonstances des donations postérieures [8][8] Si, dans le document n° 1, Robert de Bodiac donne 60.... Cette notice narrative rappelle d’abord très succinctement les dons effectués par Robert de Bodiac [9][9] Il est précisé à cette occasion qu’une charruée de..., Raoul et Hasculf, puis décrit les nombreux bienfaits réalisés ultérieurement par eux, la femme d’Hasculf, Mathilde, et quelques membres de leur familia[10][10] La liste des dons est bien plus étoffée que dans le.... La donation de ces biens est confirmée oralement par l’évêque d’Avranches Michel (1068-1094) dans le cloître de Saint-James devant Hasculf, deux moines de Marmoutier et Joceran, prieur de Saint-James [11][11] Le prieuré de Saint-James appartient à l’abbaye de.... Les circonstances particulières des différentes donations, faites dans des lieux et à des moments différents, n’ayant permis la réunion des témoins qu’en 1090, les dons sont ensuite confirmés la même année dans la domus d’Hasculf, vraisemblablement à Sacey [12][12] Hec omnia concessit Michael Abrincarum episcopus in.... La notice narrative se poursuit ensuite par l’annonce de neuf souscripteurs. Elle est suivie par une conventio précisant les modalités du don de la chapellenie que desservait le prêtre Alvereolus sa vie durant [13][13] Cette donation, faite par Hasculf et Raoul fils de.... Elle est ensuite complétée, sans notification, par l’ajout relatant six nouvelles donations, non datées, mais sans doute postérieures, mentionnant le donateur, la nature du bien et le ou les témoins. Par ailleurs, les copistes de cette notice narrative mentionnent tous la présence, au bas du parchemin, du sceau d’Hasculf, de type équestre, présentant un chevalier armé et portant la légende « Hasculf de Saint-James, seigneur de Saint-Hilaire ».

Copie du sceau d’Hasculf de Saint-James par François-Roger Gaignières, début du xviiie siècle
(BnF, ms lat. 5441[2], fol. 160)
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Le troisième document (doc. n° 3) est une note rédigée de la main de Dom Jérôme-Anselme Le Michel (1601-1644) consignée dans le recueil de commentaires qu’il a réalisé sur l’abbaye de Marmoutier, mélangeant les extraits de plusieurs documents [14][14] Paris, BnF, ms lat. 12875, fol. 416. Je remercie Richard.... Reconnaissant ignorer les circonstances exactes de la fondation du prieuré de Sacey, Dom Jérôme-Anselme Le Michel récapitule dans un premier temps, et de manière lapidaire, les dons réalisés en faveur de Marmoutier par Robert de Bodiac, le fils de ce dernier Raoul et Hasculf, en reprenant et en mélangeant les termes des documents n° 1 et 2. Ainsi, sont empruntés au document n° 1 la mention de la fonction de vicomte exercée par Robert de Bodiac, son entrée au monastère, la donation d’une part de la dîme de l’église et le consentement de son fils Raoul ; du document n° 2 sont issues l’explication qu’une charruée de terre vaut 60 acres, la mention des dons faits à divers moments par Hasculf, la confirmation de l’évêque d’Avranches Michel dans le cloître de Saint-James et la mention par deux fois de la date [15][15] L’emprunt à deux documents différents est encore perceptible.... Puis, Dom Jérôme-Anselme Le Michel mentionne « une vieille charte tombée entre [ses] mains », non datée – mais vraisemblablement antérieure à 1090 – dans laquelle Robert de Bodiac, Raoul et Hasculf reconnaissent avoir donné ensemble à l’abbaye de Marmoutier l’église de Sacey, deux charruées de terre et des prés [16][16] Incidit in manus meas vetus carta sine ullo anni indicio,.... Ce court passage contient des informations inédites : le don de l’église de Sacey [17][17] Les documents n° 1 et 2 parlent, quant à eux, uniquement..., des donations conjointes de Robert de Bodiac, Raoul et Hasculf [18][18] Alors que dans les documents n° 1 et 2, les dons de.... Ceci laisse supposer que nous sommes ici en présence de la transcription partielle d’un document plus ancien, aujourd’hui disparu [19][19] À moins que Dom Jérôme-Anselme Le Michel ait interprété.... Le document n° 3 se termine ensuite par un rappel de la date, identique à celui du document n° 2, répétant la même mention erronée du règne de Philippe Ier.

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Les documents en notre possession livrent donc une vision assez complexe des donations réalisées en faveur de l’abbaye de Marmoutier. Ils transmettent un récit élaboré, reposant sur des indications partielles et remaniées, mettant en avant la fondation d’un établissement religieux, à travers la piété d’un seigneur laïc et de ses proches. Par leur nature, ils témoignent d’une pratique monastique de l’écrit, les moines recomposant à partir d’une série d’actes s’étalant sur plusieurs années le récit d’une fondation, omettant et transformant certaines informations. La notice narrative (doc. n° 2), récapitulant les donations de Robert de Bodiac, de son fils Raoul et d’Hasculf, ajoutant celles de leurs proches, mentionnant plusieurs lieux de confirmation, complétée ensuite par une conventio, puis par d’autres offrandes, enrichit le récit de la première donatio (doc. n° 1), l’abondance de détails venant ainsi au secours de la memoria[20][20] D. Barthélemy, La société dans le comté de Vendôme…,.... Les deux documents omettent cependant de mentionner le don initial et conjoint de Robert de Bodiac, Raoul et Hasculf. Si la répétition, à plusieurs reprises, de la date de 1090 cristallise autour de cette année la création du prieuré ligérien, elle cache néanmoins encore une fois la complexité de la construction du récit et de la constitution de la fondation [21][21] Vivian Hunter Galbraith a déjà mis en lumière la complexité.... La réunion des trois documents et l’analyse de leurs informations respectives permettent cependant de proposer une vision des donations réalisées en faveur de l’abbaye de Marmoutier.

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Ainsi, après analyse des documents, plusieurs hypothèses peuvent être posées. Il est possible que la chronologie des bienfaits et de la rédaction des actes pour le prieuré de Sacey s’organise de cette façon :

  1. À une date inconnue, avant 1090, Robert de Bodiac, son fils Raoul et son neveu Hasculf réalisent ensemble une première donation en faveur de l’abbaye de Marmoutier : l’église de Sacey, deux charruées de terre et des prés [22][22] Si le document n° 3, par sa mention à un acte plus.... Cette dotation initiale a fait l’objet de la rédaction d’un acte aujourd’hui disparu, et dont la teneur partielle et remaniée a été uniquement retranscrite par Dom Jérôme-Anselme Le Michel.

  2. Suite à cette dotation initiale, et alors que Robert de Bodiac prend l’habit monastique, l’abbaye de Marmoutier reçoit de sa part 60 acres de terre, des prés et une part de la dîme de l’église [23][23] Robertus vicecomes de Bodioco (sic) ad ordinem monasticum.... C’est vraisemblablement à cette occasion qu’une notice est réalisée, mentionnant les donations de celui-ci, la confirmation de son fils Raoul, mais également les dons faits sans doute au même moment par son neveu Hasculf – 60 acres de terre, des prés et deux parts de la dîme de l’église – et le dapifer Evan Sequart – dix acres de terre [24][24] Arschoit […] de sua parte dedit terram arabile 60 acras....

  3. Le retrait du monde de Robert de Bodiac a vraisemblablement également été l’occasion, pour ses parents et sa familia, de nombreux dons confirmés par la suite (doc. n° 2) [25][25] On note à cette occasion qu’Hasculf et Raoul augmentent....

  4. Tous ces dons – ceux de Robert de Bodiac, d’Hasculf, d’Evan Sequart et de leurs proches – sont confirmés une première fois, sans doute sur la foi de renseignements verbaux [26][26] C’est ce que laisse suggérer l’expression audiente..., lors d’une rencontre dans le cloître de Saint-James, en présence de l’évêque d’Avranches Michel, réunissant Hasculf, les moines de Marmoutier Garin et Mainard et le prieur du lieu Joceran [27][27] Cette réunion est mentionnée dans le document n° 2....

  5. Les donations ayant été faites dans des lieux et à des moments différents, les témoins n’ont pu être réunis qu’en 1090 [28][28] Sed quia concessa sunt hec diversis temporibus et locis,.... Entre-temps ou à ce moment, une notice a dû être rédigée puis confirmée la même année et souscrite dans la domus d’Hasculf [29][29] In eodem videlicet anno confirmata est hec carta in....

  6. Peu de temps après, l’abbaye de Marmoutier précise par une conventio les modalités du don de la chapellenie que desservait le prêtre Alvereolus et reçoit d’autres dons. Peut-être consignés dans de courtes notices primitives [30][30] Les notices primitives, rédigées sur les lieux de la..., ils complètent la notice narrative qui nous est parvenue (doc. n° 2), ainsi postérieure aux faits et rapportant un récit considéré comme la fondation du prieuré de Sacey [31][31] Aucun indice ne permet de laisser supposer que cette....

  7. En guise d’authentification et sans doute bien tardivement, cette notice a été par la suite revêtue d’un sceau [32][32] L’utilisation d’un sceau par Hasculf semble très précoce....

Une chronologie des dons faits au prieuré de Marmoutier peut désormais être établie. Sans doute dans la décennie précédant 1090, Robert de Bodiac [33][33] À propos de Robert de Bodiac, les sources restent muettes...., son fils Raoul et son neveu Hasculf [34][34] Hasculf est qualifié de nepos Roberti et de cognatus... ont réalisé une première donation à l’abbaye de Marmoutier : l’église de Sacey, deux charruées de terre et des prés. Cette donation, qui a vraisemblablement fait l’objet d’un acte écrit qui ne nous est pas parvenu, peut sans doute être considérée comme une première dotation à l’abbaye de Marmoutier, servant de base ultérieure à la création du prieuré de Sacey : aux terres mentionnées, qui pouvaient tenir lieu de fonds suffisant pour l’entretien de quelques moines et qui devaient se situer à Sacey [35][35] Sacey pourrait faire partie de l’ancien honor de La..., s’ajoute l’église de la paroisse, sans doute restituée à l’occasion de la donation [36][36] Les termes employés lors de la contestation de la possession.... La conversion de Robert de Bodiac, vers 1090, renforce l’association qui existait entre sa famille et les moines, assurant notamment le service spirituel, et consolide ainsi l’assise territoriale de l’abbaye de Marmoutier [37][37] Aucun document ne le mentionne, mais il n’est pas exclu.... Hasculf et son dapifer Evan Sequart réalisent plusieurs bienfaits suite à cette seconde donation, rapidement complétée par les dons de leurs proches. Ces dons successifs mettent en lumière le lent processus d’acquisition de l’abbaye de Marmoutier autour des donations de Robert de Bodiac, Raoul et Hasculf, réunissant autour d’eux parents et amis. Un prieur est attesté à Sacey, après 1090, et la confirmation de l’évêque d’Avranches [38][38] Dans le document n° 2, Garin est d’abord nommé moine,..., tout comme la présence de moines dans les décennies suivantes [39][39] Monachis de Sacacio, Paris, BnF, ms lat. 5441[2], fol...., sont des signes tangibles de l’organisation du prieuré de Sacey dans la dépendance de l’abbaye de Marmoutier [40][40] Dès le début du xie siècle, le terme de prior se substitue.... Il n’y a donc pas, à véritablement parler, d’acte de fondation, mais plutôt un lent processus d’acquisition aux alentours de 1090, se déroulant sur plusieurs années – voire sur plusieurs décennies – et ayant finalement abouti à la création du prieuré de Sacey [41][41] Ce lent processus de formation a également été mis....

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La réécriture des actes de donation des années 1090 semble donc marquer une prise en main effective par l’abbaye de Marmoutier d’un patrimoine qui lui a d’abord été concédé par trois hommes dans le sud du diocèse d’Avranches, puis augmenté ensuite par eux-mêmes, leurs proches et leur familia. Elle met en scène un récit où l’accroissement des possessions du prieuré de Sacey est placé en avant, la notice narrative finale (doc. n° 2) validant la série de donations antérieures [42][42] D’autres exemples montrent que l’abbaye de Marmoutier.... Il s’agit pour les moines de faire de cette notice un véritable memorandum, exposant en détail leurs possessions et pouvant servir à la gestion de leur patrimoine et à la défense de leurs intérêts. Elle témoigne en outre du souci de l’abbaye de Marmoutier de construire un récit mettant en scène une fondation autour d’un homme, Robert de Bodiac, qui, devenu moine, apparaît désormais comme le garant des dons précédemment réalisés. L’entrée en religion de cet homme, autrefois vicomte, est le dénominateur commun aux trois actes étudiés. Le rappeler dès le début des documents minimise le rôle des autres seigneurs laïcs dans les bienfaits accordés à l’abbaye de Marmoutier : on insiste sur la portée religieuse qui s’étend à leurs proches et sur l’émulation qu’elle suscite. La rédaction de la notice narrative, aux alentours de 1090, laisse ainsi le sentiment d’un mouvement massif et spontané. Elle met en scène une accumulation progressive de biens, processus qui aboutit à la fondation du prieuré de Sacey. Omettant de mentionner la dotation initiale et malgré l’abondance des détails relatant les différentes donations, elle n’empêche cependant pas Ansger, petit-fils de Robert de Bodiac, de réclamer la possession de l’église de Sacey [43][43] La résolution du conflit avec les moines de Marmoutier,.... L’intervention de l’évêque d’Avranches Turgis (1094-1134) est nécessaire pour résoudre le conflit : l’église est finalement concédée aux moines de Sacey, avec l’accord d’Hasculf, et après une investiture solennelle dans l’église cathédrale d’Avranches [44][44] Ansgerius itaque Radulfi filius salubri sapientium....

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Depuis plusieurs années, les moines de Marmoutier s’étaient implantés en Basse-Bretagne, où ils avaient eu très tôt la faveur des comtes de Rennes, alliés des comtes de Blois qui contrôlaient l’abbaye, et en Normandie, où les ducs leur étaient par ailleurs favorables [45][45] O. Gantier, « Recherches sur les possessions et les.... Vers 1050-1060, Main de Fougères (ca. 1030-1060) avait déjà donné à l’abbaye l’église de Savigny qui relevait du duc de Normandie [46][46] Savigny-le-Vieux (dép. Manche, cant. Le Teilleul)..... En 1082, Marmoutier avait acquis du comte Robert de Mortain, frère utérin de Guillaume le Conquérant, le prieuré du Rocher [47][47] À Mortain (dép. Manche, ch.-l. cant.). Voir The Acta.... L’abbaye s’était par ailleurs fixée très tôt dans le diocèse de Rennes, à Sougéal, Saint-Sauveur-des-Landes, Vitré ou Fougères [48][48] Dép. Ille-et-Vilaine : Fougères, ch.-l. cant. ; Saint-Sauveur-des-Landes,.... Dans les années 1090, c’est d’ailleurs au sein de l’abbaye ligérienne que Raoul de Fougères (ca. 1064-ca. 1112 / 1113) choisit de recruter des moines pour remplacer les chanoines de l’église castrale Sainte-Marie de Fougères [49][49] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 6 H 16, n° 7, édité dans.... Marmoutier acquiert également la collégiale de Bellême en 1092 [50][50] Le prieuré de Saint-Léonard de Bellême (dép. Orne,.... Dans ce contexte, par la création du prieuré de Sacey, résultat des donations de bienfaiteurs laïcs, les moines de Marmoutier continuent leur implantation aux frontières du duché de Normandie, et plus généralement de part et d’autre du Couesnon. La confirmation des dons dans le cloître du prieuré de Saint-James ainsi que la présence de son prieur Joceran témoignent en outre de l’importance de Fleury-sur-Loire dans ce secteur du duché de Normandie. Elle peut s’expliquer à la fois par le passage de relais entre les deux établissements ligériens [51][51] Ces observations ont été notées pour le Val-de-Loire..., par les liens existant entre les grandes abbayes bénédictines du Val-de-Loire et la Normandie ducale dès le xie siècle [52][52] J.-M. Bouvris, « En scrutant les archives des grandes..., mais également par les relations qu’entretenaient Hasculf avec certaines d’entre elles [53][53] Outre le prieuré de Sacey, Hasculf est présent dans.... L’influence capétienne persistante à l’extrémité occidentale du duché de Normandie, visible notamment dans les enquêtes onomastiques, renforce en outre cette hypothèse [54][54] Ibid., p. 147-149. Cette influence a été mise en lumière....

L’émergence d’un seigneur laïc aux frontières du duché de Normandie

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Si la réécriture des documents relatifs aux débuts du prieuré de Sacey met en scène l’accroissement des possessions de l’abbaye de Marmoutier et la mise en avant des moines [55][55] Voir supra et notamment n. 38, sur la place de Garin,..., elle montre également en filigrane l’ascension d’un seigneur laïc, Hasculf de Saint-James, aux dépens de ses parents de branche collatérale. Robert de Bodiac, son fils Raoul et son neveu Hasculf apparaissent comme les trois principaux donateurs du prieuré de Sacey, lors de la dotation initiale peu avant 1090. Si, après l’entrée en religion de Robert de Bodiac, Hasculf et Raoul continuent de doter l’établissement, Hasculf est néanmoins le seul seigneur laïc présent lors de la confirmation des biens réalisés en faveur du monastère dans le cloître de Saint-James par l’évêque d’Avranches Michel. La validation finale des donations se fait dans sa propre domus, où il a, à cette occasion, réuni ses proches. Le lieu de cette seconde confirmation, où se concrétisent effectivement les différentes donations à l’abbaye de Marmoutier, chez un laïc et représentant de l’autorité, n’a vraisemblablement pas été choisi au hasard.

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Au commencement des dons réalisés en faveur de l’abbaye de Marmoutier, Hasculf apparaît comme bienfaiteur, au même titre que son oncle et son cousin : les trois hommes sont cités lors de la dotation initiale – l’église de Sacey, deux charruées de terre et des prés. Dans le document n° 1, Raoul, fils de Robert de Bodiac, approuve simplement les dons de son père et disparaît pratiquement au profit d’Hasculf. Ni Robert de Bodiac, devenu moine, ni son fils Raoul – pourtant donateur – ne témoignent ou n’apposent leur signature dans la notice narrative (doc. n° 2), malgré leur participation aux donations originelles, alors qu’Hasculf, sa femme Mathilde et le dapifer Evan Sequart figurent dans cette liste. L’absence de Robert de Bodiac s’explique sans doute par son entrée dans le monde régulier. Quant à son fils Raoul – dont le décès n’est jamais mentionné –, il est possible qu’il ait été évincé par Hasculf [56][56] Les informations manquent sur Robert de Bodiac et son.... Toute cette mise en scène fait ainsi rejaillir sur ce dernier le prestige du développement du prieuré de Sacey, à défaut d’en être l’unique fondateur. La réécriture des donations faites aux alentours de 1090 nous montre ainsi la naissance d’une nouvelle relation entre un seigneur laïc, Hasculf de Saint-James, et l’abbaye de Marmoutier, relation également entérinée à la fois par l’évêque d’Avranches et par les moines de Fleury-sur-Loire. Les stratégies d’écriture des moines de Marmoutier peuvent donc également apparaître comme un instrument de légitimation du pouvoir d’Hasculf : par la fondation du prieuré, il met en exergue, manifeste et consolide son autorité. La dépendance monastique, instaurée par un sentiment de piété, se révèle adaptée aux moyens dont il dispose et lui permet d’organiser l’un des pôles de son pouvoir et de rassembler sa clientèle, qui participe à la dotation du prieuré. Polarisant l’attention sur la formation du temporel, la notice narrative dévoile finalement un processus complexe, unissant les besoins de l’abbaye de Marmoutier, qui organise alors un pôle de gestion locale, et les ambitions d’Hasculf, dont elle enracine ainsi le pouvoir dans une fondation monastique.

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L’hypothèse de la confiscation des biens d’une des branches de la famille est confirmée quelques années plus tard lors d’un litige opposant Ansger, fils de Raoul, à l’abbaye de Marmoutier, à propos de la possession de l’église de Sacey [57][57] Paris, BnF, ms lat. 5441[2], fol. 161-162 (1094-11.... À cette occasion, Hasculf marque sa mainmise sur les biens de la paroisse – in presentia Harscuti de cujus fevo erat[58][58] Tout comme il l’avait fait quelque temps auparavant.... Il est probable qu’une fois Robert de Bodiac devenu moine, son fils Raoul a hérité du patrimoine paternel [59][59] Il confirme la donation de son père dans les documents.... Mais, les biens, pour une raison inconnue – éviction ou décès –, seraient ensuite passés entre les mains d’Hasculf, qui en profite pour écarter Ansger, le fils de Raoul, sans doute en bas âge [60][60] Il existe des exemples identiques d’enfant évincé par.... Quelques années plus tard, ce dernier avait élevé une réclamation, voulant vraisemblablement récupérer un bien familial. Il est cependant définitivement écarté – il devient moine à la suite de ce conflit – au profit de la famille d’Hasculf de Saint-James, qui apparaît dès lors non seulement comme protectrice du prieuré, mais également comme garante de ses biens, sur une paroisse où se situe son principal fief [61][61] Une partie des biens de la famille à Sacey provenait.... Dans ce document, Hasculf est deux fois qualifié de filius Eudonis. Le rappel de cette filiation, absente par ailleurs de tout autre document [62][62] Entre 1102 et 1110, un Hasculf fils d’Eudes témoigne..., laisse supposer qu’il lui fallait affirmer sa prépondérance et sa légitimité et assurer ses prétentions face à une branche familiale collatérale et aux revendications de l’un de ses membres.

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Cette substitution par Hasculf de Saint-James est encore appuyée par l’utilisation du titre de vicecomes qu’il porte dans quatre documents datés entre la dernière décennie du xie siècle et le tout début du xiie siècle [63][63] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 6 H 16, n° 7 et 12 ; Paris,.... Tout comme les biens de la famille à Sacey, il est fortement probable qu’il a récupéré ce titre après 1090 et l’entrée de son oncle Robert de Bodiac en religion [64][64] Robert de Bodiac est qualifié de vicecomes dans le.... Si les documents sont muets quant au ressort de cette vicomté, peut-être centrée autour de Saint-James-de-Beuvron, il ne fait aucun doute que cette fonction était d’origine normande [65][65] Sur le ressort de cette vicomté et son origine, voir.... Cette attribution place Hasculf de Saint-James parmi les grands seigneurs normands dont l’office comprenait notamment l’application des droits du duc ainsi que la gestion du domaine, la surveillance et la perception de ses revenus [66][66] M. Hagger, « The Norman vicomte, ca. 1035-1135: What.... Cet « héritage » par branche collatérale renforce donc l’idée d’un homme en pleine ascension [67][67] Bien que l’hérédité ne soit pas la règle, plusieurs.... L’emploi d’une titulature seigneuriale – dominus castelli Sancti Ylarii[68][68] Liber cartarum domus Savigneii, transcripta privilegiorum... –, parallèlement à l’établissement de la famille vers le site de Saint-Hilaire, sans doute aux alentours des années 1095-1106 ou avant, peu de temps après la construction d’une forteresse en 1084 [69][69] The Acta of William I, n° 252 (Guillaume le Conquérant..., corrobore également cette hypothèse.

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L’ascension d’Hasculf de Saint-James et l’éviction de certains membres de sa famille prennent une dimension plus large dans le contexte de luttes opposant les fils de Guillaume le Conquérant dans la dernière décennie au xie siècle. Henri Beauclerc avait, en effet, réussi à tisser ses réseaux d’influence, aux dépens de son frère Robert Courteheuse, au sein de l’aristocratie de la Normandie méridionale, à partir du Domfront et du Cotentin. Hasculf faisait sans doute partie de ses soutiens [70][70] C. Groud-Cordray, « Les premiers seigneurs de Saint-Hilaire….... Parallèlement à la fondation du prieuré de Sacey, tout ce faisceau d’indices montre donc clairement l’émergence à la fin du xie siècle d’Hasculf de Saint-James comme un membre important de l’aristocratie secondaire, relais de l’autorité publique dans l’Avranchin et homme de premier plan aux confins du duché de Normandie.

Entre trois grands monastères : les stratégies de dévotion d’Hasculf de Saint-James

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Au vu des différents documents qui sont parvenus jusqu’à nous, les stratégies de dévotion d’Hasculf de Saint-James semblent essentiellement tournées vers l’abbaye de Marmoutier [71][71] 53 % des actes dans lesquels Hasculf apparaît concernent.... Cette dévotion pourrait trouver ses origines dans un modèle princier – à l’instar du duc de Normandie Guillaume et de son demi-frère Robert de Mortain [72][72] Entre ca. 1052 et 1058, le duc Guillaume favorise l’établissement... – ou aristocratique – sur le modèle de Raoul de Fougères [73][73] Voir infra.. Si Hasculf est présent dans plusieurs documents témoignant de la pratique religieuse du seigneur breton, sa place parmi les souscripteurs laisse cependant plutôt supposer une importance particulière au sein du cercle des parents et des fidèles de Raoul [74][74] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 6 H 16, n° 7 (notice rappelant.... Par la proximité de leurs possessions respectives, les deux hommes, sans doute nés dans la même décennie, entretenaient des relations de voisinage et probablement d’amicitia. Les liens tissés entre eux pourraient trouver leurs origines dans les années 1050, lorsque la maison bretonne avait basculé du côté normand [75][75] F. Mazel, « Seigneurs, moines et chanoines… », op.... : leurs domaines respectifs aux abords du Couesnon auraient ainsi mis les deux familles en relation. Serait alors demeuré un lien personnel unissant Raoul de Fougères et Hasculf de Saint-James, lien que les sources nous montrent sans en dévoiler la véritable nature [76][76] Ce lien est renforcé par un autre indice. Evan Sequart,.... Par ailleurs, la logique de substitution monastique entreprise par Raoul de Fougères au début des années 1090 en faveur de l’abbaye Saint-Florent de Saumur [77][77] F. Mazel, « Seigneurs, moines et chanoines… », op.... – et aux dépens de Marmoutier – ne trouve aucun écho concret chez Hasculf de Saint-James. S’il est présent dans deux actes pour l’abbaye saumuroise [78][78] Paris, BnF, nouv. acq. lat. 1930, fol. 71r (charte..., puis lors de la donation de la forêt de Savigny à l’ermite Vital (ca. 1060-1122), il reste fidèle dans sa dévotion à l’abbaye de Marmoutier, et plus particulièrement attaché au prieuré de Sacey [79][79] Entre 1094 et 1121/1130, Hasculf donne au prieuré de....

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L’essentiel du patrimoine du Mont Saint-Michel est localisé sur le pourtour de la Baie du même nom, là où Hasculf de Saint-James possède la majorité de ses biens [80][80] J. Dubois, « Les dépendances de l’abbaye du Mont Saint-Michel.... Ses relations avec l’abbaye montoise concernent uniquement la possession de la villa de La Croix-Avranchin et de ses dépendances [81][81] La Croix-Avranchin et Villiers-le-Pré (dép. Manche,.... Ces biens avaient tout d’abord été donnés par le duc Robert (1027-1035) à l’un de ses milites prénommé Adelelme, en récompense de ses services. Quelques années plus tard, entre 1037 et 1042, ce dernier avait concédé l’offrande à l’abbaye du Mont Saint-Michel [82][82] Bibl. mun. Avranches, ms 210, fol. 30-31r, n° 8 (1.... Peu avant 1094, Hasculf avait récupéré « violemment » ces biens [83][83] Epistolæ pontificum Romanorum ineditæ, S. Loewenfeld.... Les moines montois avaient alors porté réclamation auprès du pape Urbain II (1088-1099), qui avait pressé Hasculf de se rendre à la cour de l’évêque d’Avranches Turgis, le 13 mai 1095, afin que justice soit rendue. Il est probable qu’une procédure de plaid ait alors été engagée, sans effet, à son encontre, et dont les évêques de Dol et de Rennes auraient été les arbitres [84][84] H. Müller, Päpstliche Delegationsgerichtsbarkeit in.... Malgré sa promesse faite à la délégation papale, Hasculf ne se présente pas le jour dit. Dès son avènement, Calixte II (1119-1124) réitère la demande de conciliation entre les deux parties à l’évêque d’Avranches [85][85] Epistolæ pontificum Romanorum…, op. cit., n° 161 (31.... Y eut-il des négociations pour la résolution du conflit ? Les sources n’en disent mot [86][86] Le 9 septembre de la même année, le pape Calixte II.... À la mort d’Hasculf, son fils et successeur du patrimoine normand, Pierre, garde la possession des biens revendiqués, qu’il considère dès lors comme un héritage. S’ensuit une série d’excommunications : la promesse faite du vivant du roi Henri Ier (1100-1135), sur l’autel de saint Michel et le bras de saint Aubert, de restituer le bien ; puis le déni de ce serment après 1135 ; et enfin, en 1142-1144, la restitution de la villa au Mont Saint-Michel [87][87] Avranches, Bibl. mun., ms 210, fol. 111, n° 116. Le....

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Pourquoi Hasculf de Saint-James a-t-il usurpé ces terres à l’abbaye montoise ? Adelelme pouvant être identifié comme l’un de ses ancêtres [88][88] Les deux nomina Adem et Hasculf sont notamment associés..., il est probable qu’il ait cherché à récupérer un héritage familial [89][89] À moins qu’il ne s’agisse des droits de sa femme Mathilde,.... Le conflit entre les deux parties fut long et sa résolution requit par deux fois, en vain, l’intervention du pape [90][90] L’important écart chronologique entre la donation originelle,.... Les relations d’Hasculf avec le Mont Saint-Michel apparaissent donc particulièrement conflictuelles. Si elles se résument à la possession d’un bien revendiqué, elles affectent sans nul doute ses stratégies de dévotion, puisque l’abbaye montoise, malgré sa proximité géographique, ne bénéficie jamais de sa bienveillance [91][91] Le seul don de la famille à l’abbaye du Mont Saint-Michel....

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Hasculf de Saint-James est par ailleurs associé à l’abbaye de Savigny dès ses débuts. Il est présent le 25 janvier 1113, lorsque Raoul de Fougères entérine la donation de la forêt de Savigny, faite sans doute l’année précédente à l’ermite Vital, pour qu’y soit fondé un monastère [92][92] Liber cartarum domus Savigneii, capitula cartarum in.... Cette charte n’est souscrite que par des laïcs, pour la plupart vassaux de Raoul de Fougères. Quatre noms précèdent cette liste : ceux des seigneurs de Mayenne et ceux d’Hasculf – portant alors le cognomen toponymique « de Saint-Hilaire » – et de son fils Philippe. Cette charte fait vraisemblablement suite aux négociations engagées avec l’évêque concernant le nouvel établissement fondé aux limites de son diocèse. À cette occasion, l’emplacement dans la forêt de Savigny avait sans doute été visité et les seigneurs voisins, ceux de Mayenne et de Saint-Hilaire, avaient donné leur accord à la donation. Quelques jours plus tard, le 2 mars 1113, Henri Ier Beauclerc confirme solennellement, dans la cité épiscopale d’Avranches, la fondation de l’abbaye de Savigny [93][93] Liber cartarum domus Savigneii, capitula cartarum in.... Hasculf souscrit alors sous les témoins du duc-roi. Le 9 septembre 1119, il est destinataire d’une lettre de Calixte II recommandant l’abbaye de Savigny à la sollicitude des évêques et des seigneurs laïcs voisins du nouvel établissement [94][94] Liber cartarum domus Savigneii, transcripta privilegiorum.... S’il est présent lors de la donation de Raoul de Fougères, c’est vraisemblablement en tant que voisin et membre de son entourage. Placé en position prééminente, il apparaît comme un personnage de premier plan dont on se devait de solliciter l’approbation et dont le réseau de fidèles pouvait enrichir le monastère naissant en biens et en droits. Sa présence dans la charte de confirmation d’Henri Ier indique sa place au sein de l’entourage royal et dans la sphère aristocratique anglo-normande quelques années après la bataille de Tinchebray, place entérinée par la recommandation papale de 1119 [95][95] Si la faiblesse d’une démarche portant uniquement sur.... Ces trois documents montrent le rôle joué par Hasculf auprès de l’abbaye de Savigny [96][96] C. Groud-Cordray, « Les seigneurs de Saint-Hilaire.... En tant que seigneur frontalier, il apparaît clairement comme un protecteur. Ce rôle est également mis en exergue par le fait qu’il ne fait jamais une seule donation à l’établissement fondé par Vital [97][97] Contrairement à ses successeurs, dont les aumônes restent.... Il apparaît dès lors comme un vecteur de stabilité pour l’abbaye naissante, dans une région où la famille était implantée depuis plusieurs décennies, l’établissement devenant par la suite l’un des supports au développement du pouvoir de la famille et de la seigneurie de Saint-Hilaire [98][98] L’association de l’établissement ecclésiastique et....

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Les stratégies de dévotion d’Hasculf de Saint-James s’avèrent en définitive fortement liées à sa place dans la société aristocratique, à la charnière des xie et xiie siècles. Son ascension dans les années 1090, ses relations au sein du monde anglo-normand et son implantation aux frontières du duché de Normandie, face à la Bretagne et au Maine, conditionnent fortement ses choix. L’enquête menée a mis en avant toute la logique seigneuriale dans la fondation du prieuré de Sacey : la cella monastique témoigne dès lors du prestige et de la puissance ascendante d’Hasculf. Son implication dans la dotation du prieuré – dont les possessions concordent avec son patrimoine – et l’éviction d’une branche familiale collatérale sont désormais pour lui l’un des moyens de s’imposer. La fondation du prieuré de Sacey – ou tout du moins sa protection – met clairement en lumière les stratégies de pouvoir local établies par Hasculf de Saint-James, dans le cadre d’un espace frontalier. Ses relations conflictuelles envers le Mont Saint-Michel ne sont qu’un des aspects visibles de cette manœuvre. Le rôle de protecteur d’Hasculf envers l’abbaye de Savigny, malgré sa faible implication personnelle, permet la croissance de son autorité et laisse toute latitude à ses descendants pour intervenir, développer leur seigneurie et protéger le patrimoine familial.


Annexe

Document n° 1

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[Peu avant 1090]

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Notice indiquant les dons réalisés à l’abbaye de Marmoutier par le vicomte Robert de Bodiac, lors de son entrée au monastère, la confirmation de son fils Raoul et les dons ajoutés par Hasculf et le dapifer Evan Sequart.

  1. Original perdu.

  2. Paris, BnF, ms lat. 5441[2], fol. 160 (copies et extraits des chartes de l’abbaye de Marmoutier, François-Roger Gaignières, début du xviiie siècle), copie partielle.

  3. Caen, Musée des Beaux-Arts, coll. Mancel, ms 300, fol. 239r, n° 98 (copies de chartes concernant les possessions de l’abbaye de Marmoutier dans le département de la Manche, Nicolas-François Dubosc, 1836-1838), copie partielle.

B mentionne que l’acte est une notice et que les témoins ont été laissés en blanc. B est la copie la plus complète.

Édition d’après B

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Notum sit prudentie […] fratrum Majoris Monasterii quod Robertus [99][99] Rotbertus C. vicecomes de Bodioco (sic) ad ordinem monasticum [100][100] monachatus C. veniens dederit nobis terram arabile 60 acras [101][101] arabilem LX acrarum C. (sic) et prata et unam [102][102] IV C. partem decime ecclesie de Saziaco (sic) quam habebat in dominio suo. […]. Ratdulfus [103][103] Rotdulfus C. filius ejus donum patris suis (sic) R[oberti] annuit […]. Hec utraque dona […] concessit Arschoit [104][104] Anschoit C. nepos Roberti [105][105] Rotberti C. et cognatus Rotdulfi et de sua parte dedit terram arabile 60 acras [106][106] arabilem LX acrarum C. (sic) et prata et duas partes decime supradicte ecclesie quas habebat in suo dominio et quicquid donaretur nobis de suo feodo. Preterea sciendum est quod Evanus dapifer Arschot Sancto Martino et monachis ejus dederit x acras terre arabile [107][107] arabilis C. (sic) et hujus rei testes sunt hi [108][108] Les témoins sont en blancs (sic) B..

Document n° 2

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[vers 1090]

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Notice narrative relatant l’historique des donations faites à l’abbaye de Marmoutier depuis la prise d’habit de Robert de Bodiac. Elle rappelle les dons effectués par celui-ci, son fils Raoul et Hasculf de Saint-James, ainsi que ceux réalisés ultérieurement par Mathilde, femme d’Hasculf, et quelques membres de leur familia. Ces biens sont confirmés par l’évêque d’Avranches, Michel, dans le cloître du prieuré de Saint-James, puis dans la domus d’Hasculf en 1090. La notice narrative se poursuit par une conventio concernant les modalités du don de la chapellenie du prêtre Alvereolus et la mention de six donations.

  1. Original perdu, scellé.

  2. Copie disparue de la fin du xviie siècle (par Jacques Hervieu, moine de Marmoutier).

  3. Avranches, Bibliothèque municipale, fonds chanoine Pigeon, ms 45, fol. 263-264 (Actae Sanctae Ecclesiae Abrincensis, copie du chanoine Guérin, xviiie siècle) (d’après A).

  4. Paris, BnF, ms lat. 5441[2], fol. 159-160 (copies et extraits des chartes de l’abbaye de Marmoutier, François-Roger Gaignières, début du xviiie siècle) (d’après A).

  5. Caen, Musée des Beaux-Arts, coll. Mancel, ms 300, fol. 238v-239r, n° 93-97 (copies de chartes concernant les possessions de l’abbaye de Marmoutier dans le département de la Manche, Nicolas-François Dubosc, 1836-1838), copie partielle (d’après A).

    1. Abbé E.-A. Pigeon, Le diocèse d’Avranches. Sa topographie, ses origines, ses évêques, sa cathédrale, ses églises, ses comtes et ses châteaux, Coutances, Imprimerie de Salettes, 1888 ; Marseille, Laffitte reprints (réimpr., 1981), p. 674-676 (d’après C).

Dans C, mais d’une autre main que celle du chanoine Guérin : « cette charte a été copiée par Jacques Hervieu, moine de Marmoutier » (à la fin du xviie siècle selon a). L’usure du manuscrit a rendu plusieurs lignes illisibles.

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D mentionne que l’acte est entier. D est la copie la plus complète.

Édition d’après D

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Notum sit omnibus quod, quando Robertus de Bodiaco factus est noster monachus, donavit Sancto Martino et monachis Majoris Monasterii terram ad unam carrucam, id est [109][109] idem C. LX [110][110] sexaginta C. acras terre ad Saciacum, et hoc quod ipse habebat in ecclesia de Saciaco, et Harscutus [111][111] Harcutus E. nepos ejus 2 [112][112] duas C. partes decime. Hec donavit Radulphus filius Roberti et concessit [113][113] et concessit omis dans E.. Donaverunt iterum [114][114] etiam E. nobis unam capellariam quam Alvereolus presbiter tenebat in elemosina. Illam eandem cappelariam [115][115] capellariam C. – eandem capellariam omis dans E. tenet modo Alvereolus de nobis in vita sua tantum. Post mortem vero suam erit nostra tota, nullo ex parentibus ejus hereditante. Donaverunt etiam nobis sclusam [116][116] selusam C. Bilehildis in Cosnonio, et Harscutus et Radulphus, filius Roberti, donaverunt nobis medietatem molendini Ebroinis [117][117] Ebroini in E. Dergia. Adhuc nobis dedit [118][118] dedit nobis C. Harscutus medietatem decime molendini de Feriatis in Cosnonio. Addidit etiam dare nobis decimam de his que sibi exeunt de Sancto Jacobo et de Abrincis, et decimam de molendino de Escheno et decimam de omnibus bergariis suis, ubicumque aliquam habuerit. Promisit etiam dare Sancto Martino decimam omnium rerum que [119][119] quas E. adquirere [120][120] acquirere C. poterit et quodcumque [121][121] quodcunque E. dabitur [122][122] dabitur nobis C. a suis hominibus de suo fevo concessit Sancto Martino et nobis. Et Mathildis [123][123] Mahildis CE. uxor ejus donavit nobis ex sua parte decimam medietariarum suarum in Saciaco et agriculture sue et decimam omnium bergariarum [124][124] decimam bergariarum omnium E. suarum ubicumque aliquam habuerit. Evanus Secar dedit nobis X [125][125] decem C. acras terre in parrochia Saciaci. Evanus iterum et Paganus cognatus ejus dederunt nobis mansuram Galterii septem menses [126][126] Galtii cognomento VII miles C.. Hec omnia concessit Michael Abrincarum [127][127] Abrincensis E. episcopus in claustro Sancti Jacobi audiente ipso Harscuto et Guarino [128][128] Garino C. monacho et Mainardo monacho [129][129] nostro C. et Joceranno priore de Sancto Jacobo. Sed quia concessa sunt hec diversis temporibus et locis, non potuerunt congregari testes subscripti usque in anno ab Incarnatione Domini M.XC [130][130] millesimo nonagesimo C. – 1090 E. indictione XIII [131][131] decima tertia C. – 13a E. et tertio [132][132] 3o E. anno Roberti ducis Normannie [133][133] Normannorum E., quo suscepit gubernacula 38 [134][134] trigesimo octavo C. anno Philippi regis Francorum. In eodem videlicet anno confirmata est hec carta [135][135] cartha C. in domo Harscuti et subter ascripti [136][136] subtus adscripti C. – super adscripti E. qui astipulaverunt. Signum Harscuti. Signum Mathildis [137][137] Matildis E. uxoris ejus. Signum Evani Sequart [138][138] Sequar C.. Signum Pagani filii Alberici. Signum Ascelini de Flaceth [139][139] Blaceth E.. Signum Adam filii Anscherii. Signum Bertiot fratris Judicali [140][140] Judical E.. Signum Roberti capellani nostri [141][141] Signum Ascelini de Flaceth. Signum Adam filii Anscherii..... Signum Herberti presbiteri. Sed illam capellariam quam predictus Alvereolus a nobis tenebat vita sua nobis reliquit liberam, pro quare [142][142] qua re C. ei de nostro dedimus [143][143] Alvereolo dedimus E. et in beneficio misimus testante [144][144] testibus E. Garino qui hanc conventionem fecit, Guillelmo fratre Garmundi presbiteri et aliis. Hugo filius Gorantonis [145][145] Gerantonus E. dedit nobis totam decimam de dominio suo et de dominio patris sui de Saciaco. Hoc autem viderunt et audierunt Garinus prior et Arscutus et alii. Gauterius filius Corferie [146][146] Torferiae C. dedit Garino [147][147] Guarino C. priore, monasterio et Sancto Martino, dimidietatem decime sue terre [148][148] terrae suae C. et filius Picus concessit. Ricardus Garsio dedit nobis totam decimam [149][149] nobis dedit decimam E. terre sue quisquislibet eam laboret [150][150] laboraret C. coram Garino [151][151] Guarino C. priore, Amato presbitero et aliis. Eudo Rufus dedit nobis decimam terre sue. Guillelmus Chonio dedit nobis [152][152] nobis dedit E. decimam terre sue de Saciaco. Paganus filius Alberici dedit nobis [153][153] decimam terre … dedit nobis omis dans E. decem [154][154] x E. acras terre ad Thelicum Saciaco [155][155] Saciaci E., adtestante [156][156] adstante C. – attestante E. Guarino [157][157] Garino E. priore, qui donum suscepit, Harscuto, Mathilde [158][158] Matilde E. uxore ejus.

Document n° 3

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Note mentionnant la confirmation par Michel, évêque d’Avranches, des dons concédés à l’abbaye de Marmoutier par Robert de Bodiac lors de sa conversion, ainsi que ceux réalisés avant cette date.

  1. Paris, BnF, ms lat. 12875, fol. 416 (recueil de Dom Jérôme-Anselme Le Michel, début du xviie siècle).

    1. Desroches, Jean-Jacques, Histoire du Mont Saint-Michel et de l’ancien diocèse d’Avranches depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, publiés d’après les chartes, cartulaires et manuscrits trouvés au Mont Saint-Michel, à la Tour de Londres et dans les bibliothèques de la France et de l’étranger, Caen, Mancel, 1838, t. 1, p. 264, n. 1.

Latent initia prioratus istius. Est vero situs in Abrincatensi diocesi in inferiori Normannia ad fines occidentis. Sed jam aetate Michaelis episcopi Abrencatensis anno 1090 quidam nomine Robertus de Bodiaco vicecomes, factus Majoris-Monasterii monachus, terram dedit apud Saciacum ad unam carrucam, id est, inquit, (quod maxime notandum) sexagenta acras, et decimam annuente filio ejus Rodulfo ; quibus etiam alia addidit diverso tempore Harscutus nepos Roberti. Quae omnia anno predicto 1090 Michael episcopus approbavit in claustro Sancti Jacobi presenti loci priore et aliis. Incidit in manus meas vetus carta sine ullo anni indicio, ubi dicebatur tres praedictos Robertum, Radulfum et Arschou ecclesiam de Saciaco dedisse Majori-Monasterio et duas carrucas terrae et prata [159][159] Le passage et decimam annuente… et prata est noté dans.... Atque cum praedicto anno Incarnationis indictio 13a adjicitur et tertius annus fuisse quo Robertus dux Normanniae gubernacula coepit et 38um (sic) Philippi regis Franciae.

Notes

[*]

Doctorante, CRAHAM, UMR 6273, Université de Caen Basse-Normandie, F 14032 Caen.

[1]

Sacey, dép. Manche, cant. Pontorson.

[2]

D. Barthélemy, « Note sur les cartulaires de Marmoutier (Touraine) au xie siècle », dans Les cartulaires. Actes de la table ronde organisée par l’École des chartes et le GDR 121 du CNRS (Paris, 5-7 décembre 1991), O. Guyot jeannin, L. Morelle et M. Parisse (éd.), Paris, École des chartes, 1993, p. 256 et D. Barthélemy, La société dans le comté de Vendôme de l’an mil au xive siècle, Paris, Fayard, 1993, p. 62.

[3]

Saint-James-de-Beuvron, dép. Manche, ch.-l. cant. Dans quelques documents, Hasculf porte également le cognomen toponymique « de Saint-Hilaire ».

[4]

Après la Révolution, et devant l’encombrement de ses archives, l’administration d’Indre-et-Loire avait jugé nécessaire de démembrer le fonds de l’abbaye de Marmoutier et d’envoyer dans chaque département où se trouvaient des prieurés toutes les pièces les concernant, C. Loizeau de Grandmaison, Archives ecclésiastiques antérieures à 1790. Inventaire sommaire de la série H (des archives départementales d’Indre-et-Loire), clergé régulier. H1-987, Tours, Archives départementales, 1891, p. 15-16. En l’an VI, elle adressa à celle de la Manche une caisse de titres concernant les prieurés de Sacey, du Rocher et d’Héauville… qui lui fut renvoyée, l’administration de la Manche refusant de payer des frais de port trop élevés. Si en l’an IX les documents se trouvaient toujours aux archives d’Indre-et-Loire, ils en avaient disparu une cinquantaine d’années plus tard : cf. N.-F. Dubosc, « Rapport annuel sur les archives départementales », Annuaire de la Manche, t. 26, 1854, p. 327.

[5]

Paris, BnF, ms lat. 5441[2], fol. 160.

[6]

La pratique du brouillon, instrumentation rédigée à l’avance par les moines, était fréquente à l’abbaye de Marmoutier dès les années 1060, D. Barthélemy, « Note sur les cartulaires… », op. cit., p. 256 et D. Barthélemy, La société dans le comté de Vendôme…, op. cit., p. 92.

[7]

Cette expression de « notice narrative » est utilisée par Dominique Barthélemy (ibid., p. 62-64 et 91-98) pour qualifier un nouveau style de notice qui apparaît dans les actes de l’abbaye de Marmoutier, à partir de 1060, puis qui se développe entre 1090 et 1130 : il s’agit de notices circonstanciées, très narratives, reconstituant un épisode, relatant des décisions judiciaires autant que des actes privés.

[8]

Si, dans le document n° 1, Robert de Bodiac donne 60 acres de terre, des prés et une part de la dîme de l’église de Sacey, dans le document n° 2, il cède 60 acres de terre et ce qu’il possède dans l’église. Quant à son neveu, Hasculf, sa donation dans le document n° 1 – 60 acres de terre, des prés et deux parts de la dîme de l’église – est réduite à deux parts de la dîme dans le document n° 2. Le don du dapifer Evan Sequart reste inchangé du document n° 1 au document n° 2.

[9]

Il est précisé à cette occasion qu’une charruée de terre vaut 60 acres, voir également L. Delisle, Études sur la condition de la classe agricole et l’état de l’agriculture en Normandie au Moyen Âge, Évreux, Imprimerie Hérissey, 1851, p. 298-301 et 538.

[10]

La liste des dons est bien plus étoffée que dans le document n° 1. La copie de ce dernier étant cependant incomplète, on ne peut réellement apprécier la part effective de la réécriture due aux moines de Marmoutier.

[11]

Le prieuré de Saint-James appartient à l’abbaye de Fleury-sur-Loire. L’église avait été donnée au début du xie siècle, en même temps que celle de Saint-Hilaire-du-Harcouët (dép. Manche, ch.-l. cant.), par Robert, comte d’Avranches et fils illégitime du duc Richard Ier : voir A. de Fleury, Vita Gauzlini abbatis Floriacensis monasterii, R.-H. Bautier et G. Labory (éd.), Paris, 1969, p. 48 et Regesta Regum Anglo-Normannorum. The Acta of William I (1066-1087), D. Bates (éd.), Oxford, Clarendon Press, 1998, n° 251 (désormais abrégé The Acta of William I) ; voir également C. Potts, « The earliest Norman counts revisited : The Lords of Mortain », Haskins Society Journal, t. 4, 1992, p. 29-30.

[12]

Hec omnia concessit Michael Abrincarum episcopus in claustro Sancti Jacobi audiente ipso Harscuto et Guarino monacho et Mainardo monacho et Joceranno priore de Sancto Jacobo. Sed quia concessa sunt hec diversis temporibus et locis, non potuerunt congregari testes subscripti usque in anno ab Incarnatione Domini M.XC indictione XIII et tertio anno Roberti ducis Normannie, quo suscepit gubernacula 38 anno Philippi regis Francorum. In eodem videlicet anno confirmata est hec carta in domo Harscuti et subter ascripti qui astipulaverunt. Les concordances sont cohérentes, hormis pour le règne du roi de France Philippe Ier (1060-1108). Si la date de 1090 est correcte, cela devrait correspondre à la trentième année de règne du roi de France Philippe, et non à la trente-huitième.

[13]

Cette donation, faite par Hasculf et Raoul fils de Robert de Bodiac, est énoncée précédemment dans le document n° 2.

[14]

Paris, BnF, ms lat. 12875, fol. 416. Je remercie Richard Allen pour m’avoir communiqué cette référence. Contrairement à ce qu’affirme Jean-Jacques Desroches, cette note n’est donc pas issue du cartulaire de Marmoutier pour la Normandie, perdu au xviiie siècle : voir D. Barthélemy, « Note sur les cartulaires de Marmoutier… », op. cit., p. 248, n. 8 et J.-J. Desroches, Histoire du Mont Saint-Michel et de l’ancien diocèse d’Avranches depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, publiés d’après les chartes, cartulaires et manuscrits trouvés au Mont Saint-Michel, à la Tour de Londres et dans les bibliothèques de la France et de l’étranger, Caen, Mancel, 1838, t. 1, p. 264, n. 1. Jean-Jacques Desroches a probablement recopié cette note à partir des copies de chartes originales et des extraits des cartulaires de Marmoutier réalisées par Dom Jérôme-Anselme Le Michel, en vue de la rédaction d’une histoire de l’abbaye. Elles étaient classées chronologiquement et réunies par quelques phrases d’introduction : Histoire de l’abbaye de Marmoutier par Dom Edmond Martène religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, voir C. Chevalier (éd.), Tours, Guilland-Verger et Georget-Joubert, 1874, t. 1 [Mémoires de la Société Archéologique de Touraine, t. 24], p. IX. Cette transcription se trouvait à la Bibliothèque de Tours sous la cote ms 1381 (« Extraits des chartes originales et des cartulaires de l’abbaye de Marmoutier »). Elle a disparu en juin 1940, lors de l’incendie de la bibliothèque. Une copie très sommaire et indicative de l’ouvrage de Dom Jérôme-Anselme Le Michel a été réalisée par Léopold Delisle, Paris, BnF, ms nouv. acq. fr. 21827, p. 528-580 et 21835, p. 1260-1261 et 1267.

[15]

L’emprunt à deux documents différents est encore perceptible dans le nomen d’Hasculf : il est à la fois désigné par la forme latinisée Harscutus, que l’on retrouve dans le document n° 2, et par Arschou, forme présente dans le document n° 1, mais également dans une charte d’achat du droit de militia sur la terre d’Hudimesnil (dép. Manche, cant. Bréhal) par les moines de Marmoutier à Raoul de Fougères, pour la somme de 1 000 sous, Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 6 H 16, n° 12, 1095-1106.

[16]

Incidit in manus meas vetus carta sine ullo anni indicio, ubi dicebatur tres praedictos Robertum, Radulfum et Arschou ecclesiam de Saciaco dedisse Majori-Monasterio et duas carrucas terrae et prata (doc. n° 3).

[17]

Les documents n° 1 et 2 parlent, quant à eux, uniquement des dîmes de l’église.

[18]

Alors que dans les documents n° 1 et 2, les dons de Robert de Bodiac et Hasculf sont faits séparément. Par ailleurs, dans le document n° 1, Raoul n’intervient pour sa part que lors de la confirmation.

[19]

À moins que Dom Jérôme-Anselme Le Michel ait interprété de façon erronée les documents qu’il lisait, il est peu probable que ce court passage mentionnant une « vieille charte » soit une copie du document n° 1.

[20]

D. Barthélemy, La société dans le comté de Vendôme…, op. cit., p. 31.

[21]

Vivian Hunter Galbraith a déjà mis en lumière la complexité de la fondation d’établissements monastiques, résultant d’un long processus et d’une réécriture des actes de donations. Elle apporte également un éclairage sur la difficulté de leur attribuer une date de fondation, V. H. Galbraith, « Monastic foundation charters of the eleventh and twelfth centuries », Cambridge Historical Journal, vol. 4, n° 3, 1934, p. 214-215.

[22]

Si le document n° 3, par sa mention à un acte plus ancien, est le seul à évoquer le don de l’église de Sacey, cette donation est contestée quelques années plus tard, entre 1094 et 1121-1130, par Ansger, fils de Raoul et petit-fils de Robert de Bodiac, Paris, BnF, ms lat. 5441[2], fol. 161-162. Ce conflit postérieur laisse supposer que les droits de l’abbaye de Marmoutier n’étaient pas solidement établis et que le fils de Raoul cherchait à en récupérer une partie.

[23]

Robertus vicecomes de Bodioco (sic) ad ordinem monasticum veniens dederit nobis terram arabile 60 acras (sic) et prata et unam partem decime ecclesie de Saziaco (sic) quam habebat in dominio suo (doc. n° 1) ; quando Robertus de Bodiaco factus est noster monachus, donavit Sancto Martino et monachis Majoris Monasterii terram ad unam carrucam, id est LX acras terre ad Saciacum, et hoc quod ipse habebat in ecclesia de Saciaco (doc. n° 2).

[24]

Arschoit […] de sua parte dedit terram arabile 60 acras (sic) et prata et duas partes decime supradicte ecclesie quas habebat in suo dominio et quicquid donaretur nobis de suo feodo. Preterea sciendum est quod Evanus dapifer Arschot Sancto Martino et monachis ejus dederit x acras terre arabile (doc. n° 1) ; […] Harscutus nepos ejus 2 partes decime. […] Evanus Secar dedit nobis x acras terre in parrochia Saciaci (doc. n° 2).

[25]

On note à cette occasion qu’Hasculf et Raoul augmentent sensiblement leurs bienfaits envers l’abbaye de Marmoutier.

[26]

C’est ce que laisse suggérer l’expression audiente ipso Harscuto et Guarino monacho et Mainardo monacho et Joceranno priore de Sancto Jacobo (doc. n° 2).

[27]

Cette réunion est mentionnée dans le document n° 2 (Hec omnia concessit Michael Abrincarum episcopus in claustro Sancti Jacobi).

[28]

Sed quia concessa sunt hec diversis temporibus et locis, non potuerunt congregari testes subscripti usque in anno ab Incarnatione Domini M.XC indictione XIII et tertio anno Roberti ducis Normannie, quo suscepit gubernacula 38 anno Philippi regis Francorum (doc. n° 2).

[29]

In eodem videlicet anno confirmata est hec carta in domo Harscuti et subter ascripti qui astipulaverunt (doc. n° 2).

[30]

Les notices primitives, rédigées sur les lieux de la transaction servaient de base à la notice rédigée plus tard à l’abbaye : voir P. Colmant, « Les actes de l’abbaye de Marmoutier… », op. cit., p. 54. Dans sa copie, Nicolas-François Dubosc détache les six derniers dons en les isolant par paragraphe et en les numérotant distinctement du reste de la notice narrative. On pourrait supposer qu’il a retranscrit la mise en page de la notice narrative originelle, laquelle aurait alors été rédigée en plusieurs temps. Cette hypothèse suppose que le scribe ait laissé de la place sur le parchemin pour ces ajouts, représentant un tiers de l’acte final. Il est également possible que ces dons, n’ayant fait l’objet d’aucun écrit, aient été ajoutés à la suite de la notice narrative, dans un souci d’étoffer le document et de compléter le souvenir des donations.

[31]

Aucun indice ne permet de laisser supposer que cette notice narrative a été confectionnée longtemps après les faits consignés. Bien plus, au xviie siècle, le chanoine d’Avranches Guérin note dans sa copie : « lad. charte sur parchemin d’une écriture auttour (sic) de la date au bas de laquelle est attaché un sceau », Bibl. mun. Avranches, fonds chanoine Pigeon, ms 45, fol. 264.

[32]

L’utilisation d’un sceau par Hasculf semble très précoce : vers 1100, seul un petit nombre de princes territoriaux en usent ; en Normandie, ce n’est qu’au milieu du xiie siècle que de nombreux seigneurs en adoptent un : voir J.-L. Chassel, « L’usage du sceau au xiie siècle », dans Le xiie siècle : Mutations et renouveau en France dans la première moitié du xiie siècle, F. Gasparri (dir.), Paris, Le Léopard d’Or (Cahiers du Léopard d’Or ; 3), 1994, p. 64-67. L’existence de ce sceau ne semble cependant pas devoir être remise en cause : tous les copistes de l’acte mentionnent ce détail. Plusieurs éléments accréditent cependant une datation plus tardive, sans doute de la seconde moitié du xiie siècle : caractéristiques stylistiques (forme du casque, face extérieure de l’écu visible, présence de l’épée), utilisation du terme seinur et ressemblance avec d’autres sceaux, dont celui de Jean comte de Mortain, daté aux alentours de 1189. Tous ces éléments laissent à penser que ce sceau pourrait être celui du petit-fils d’Hasculf, lui aussi prénommé Hasculf (II), mort en 1176. Ce dernier avait recueilli le patrimoine familial entre 1157 et 1168. Il est possible qu’il ait apposé sur la notice narrative de son grand-père son propre sceau, mentionnant les deux cognomina toponymiques portés par son ancêtre (Saint-James et Saint-Hilaire). S’affirmant ainsi comme héritier légitime, il renforçait par cet acte la validité des donations antérieures. Il est par ailleurs intéressant de noter qu’en 1168 Hasculf (II) confirme plusieurs dons faits au prieuré de Sacey par ses prédécesseurs, lors de la prise d’habit de son parent Carpentarius, Paris, BnF, ms lat. 5411[2], fol. 167-168. L’acte est également revêtu d’un sceau, assez proche stylistiquement de celui de la notice narrative de 1090, mais sur lequel Hasculf (II) est uniquement nommé « Hasculf de Saint-Hilaire ». L’une des hypothèses serait qu’Hasculf (II) ait possédé deux matrices différentes, dont l’une aurait servi à authentifier un acte de son grand-père. Ces lignes sont le fruit d’échanges avec Christophe Maneuvrier, auquel je tiens à exprimer toute ma reconnaissance pour l’aide apportée à la compréhension de la signification du sceau d’Hasculf.

[33]

À propos de Robert de Bodiac, les sources restent muettes. Son cognomen singulier semble renvoyer à une influence bretonne. Le cartulaire de Redon mentionne à une cinquantaine de kilomètres de l’abbaye un nom de lieu Bodioc (dép. Morbihan, cant. La Trinité-Porhoët, com. Mohon), qui pourrait lui être associé. Deux de ses descendants portent également un anthroponyme propre à la Bretagne : Ansger et Rivallon.

[34]

Hasculf est qualifié de nepos Roberti et de cognatus Rotdulfi. Si le terme nepos signifie à la fois neveu et petit-fils, aucune indication ne permet de privilégier le dernier sens. On connaît par ailleurs la filiation d’Hasculf, qui est qualifié à plusieurs reprises de « fils d’Eudes » (voir infra n. 56 et 62).

[35]

Sacey pourrait faire partie de l’ancien honor de La Croix-Avranchin, grand domaine hérité des structures carolingiennes, et dont la superficie, dans les estimations les plus larges, avoisinerait les 6 000 ha : voir D. Levalet, « Hypothèses sur le peuplement antique de la Croix-Avranchin (Manche) », Revue de l’Avranchin et du pays de Granville, t. 81, 2004, p. 385-391. Cette donation à l’abbaye de Marmoutier, sur un ancien domaine carolingien, s’inscrirait donc dans un schéma déjà mis en lumière par Daniel Pichot, où nombre de prieurés ont pu s’implanter dans une zone de peuplement ancien ; voir D. Pichot, Le village éclaté : habitat et société dans les campagnes de l’Ouest au Moyen Âge, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2002, p. 139 et D. Pichot, « Prieurés et société dans l’Ouest, xie-xiiie siècles. Éléments d’historiographie et premier bilan d’une enquête », dans Prieurés et sociétés au Moyen Âge, D. Pichot et F. Mazel (dir.), Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, Rennes, Presses universitaires de Rennes, t. 113, n° 3, 2006, p. 15.

[36]

Les termes employés lors de la contestation de la possession de l’église de Sacey par Ansger, fils de Raoul, laissent supposer que l’église avait été confisquée par la famille : Ansgerius itaque Radulfi filius salubri sapientium usus consilio ecclesiam de Saciaco quam hactenus jure hereditario injuste possederat cum uno cultello super altare S. Andree absque ullo retinaculo libere guerpivit, Paris, BnF, ms lat. 5441[2], fol. 161-162. Ce schéma de dotation initiale d’un domaine a également été mis en lumière pour d’autres prieurés de Marmoutier, notamment en Bretagne : voir A. Hénot, Les moines, le châtelain et les hommes. Le rôle politique et social des prieurés de Marmoutier près de Gahard et dans les seigneuries banales de Fougères et de Vitré (xie-xiiie siècle), Université de Rennes 2-Haute-Bretagne, mémoire de maîtrise, sous la direction de D. Pichot, 1998, p. 23.

[37]

Aucun document ne le mentionne, mais il n’est pas exclu que le prieuré de Sacey soit devenu la nécropole de la famille de Robert de Bodiac.

[38]

Dans le document n° 2, Garin est d’abord nommé moine, lors de la confirmation dans le cloître de Saint-James. C’est ensuite en tant que prieur, qu’il atteste les six dons copiés à la fin de la notice narrative, mais également le litige opposant Ansger, petit-fils de Robert de Bodiac, et le prieuré de Marmoutier (voir supra n. 22).

[39]

Monachis de Sacacio, Paris, BnF, ms lat. 5441[2], fol. 161-162.

[40]

Dès le début du xie siècle, le terme de prior se substitue à celui de praepositus dans la nomenclature et désigne le responsable d’une dépendance monastique, A.-M. Bautier, « De “prepositus” à “prior”, de “cella” à “prioratus” : Évolution linguistique et genèse d’une institution », dans J.-L. Lemaître (éd.), Prieurs et prieurés dans l’occident médiéval, Genève, Droz, 1987, p. 14.

[41]

Ce lent processus de formation a également été mis en lumière pour d’autres monastères par V.H. Galbraith, « Monastic foundation charters… », op. cit., p. 214-221.

[42]

D’autres exemples montrent que l’abbaye de Marmoutier acceptait des dons, même faibles, et se réservait la donation jusqu’à l’adjonction de nouveaux biens qui lui permettaient de fonder un prieuré. Un tel processus a été mis en valeur pour les prieurés de Louvigné-du-Désert (dép. Ille-et-Vilaine, ch.-l. cant.) : voir A. Hénot, Les moines, le châtelain et les hommes…, op. cit., p. 24, de Villeberfol (dép. Loir-et-Cher, cant. Marchenoir, com. Conan) et de Vieuvicq (dép. Eure-et-Loir, cant. Brou) : voir J.-F. Lemarignier, « Le domaine de Villeberfol et le patrimoine de Marmoutier (xie siècle) », dans Études d’histoire du droit privé offerts à Pierre Petot, Paris, édition Montchrestien, 1959, p. 356.

[43]

La résolution du conflit avec les moines de Marmoutier, puis l’entrée d’Ansger au monastère et les dons qui suivent font également l’objet de la rédaction d’une notice narrative, Paris, BnF, ms lat. 5441[2], fol. 161-162.

[44]

Ansgerius itaque Radulfi filius salubri sapientium usus consilio ecclesiam de Saciaco quam hactenus jure hereditario injuste possederat cum uno cultello super altare S. Andree absque ullo retinaculo libere guerpivit, Paris, BnF, ms lat. 5441[2], fol. 161-162.

[45]

O. Gantier, « Recherches sur les possessions et les prieurés de l’abbaye de Marmoutier du xie au xiiie siècle », Revue Mabillon, t. 53, 1963, p. 161.

[46]

Savigny-le-Vieux (dép. Manche, cant. Le Teilleul). Voir Recueil des actes des ducs de Normandie (911-1066), M. Fauroux (éd.), « Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie », t. 36, 1961, n° 162 (désormais abrégé RADN).

[47]

À Mortain (dép. Manche, ch.-l. cant.). Voir The Acta of William I, n° 205.

[48]

Dép. Ille-et-Vilaine : Fougères, ch.-l. cant. ; Saint-Sauveur-des-Landes, cant. Fougères ; Sougéal, cant. Pleine-Fougères ; Vitré, ch.-l. cant.

[49]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 6 H 16, n° 7, édité dans F. Mazel et A. Le Huërou, « Actes de l’abbaye de Marmoutier concernant le prieuré de la Trinité de Fougères, xie-xiie siècles : édition et traduction », dans Prieurés et sociétés au Moyen Âge, op. cit., acte n° 3. Voir également F. Mazel, « Seigneurs, moines et chanoines : pouvoir local et enjeux ecclésiaux à Fougères (milieu xie-milieu xiie siècle) », dans Prieurés et sociétés au Moyen Âge, op. cit., p. 120-121. Peu de temps après, entre 1092 et 1096, le seigneur de Fougères se détourne de l’abbaye de Marmoutier pour l’abbaye Saint-Florent de Saumur, qui connaissait alors un développement important, ibid., p. 127-128. Voir également infra.

[50]

Le prieuré de Saint-Léonard de Bellême (dép. Orne, ch.-l. cant.) fut fondé dans le premier tiers du xie siècle, puis confié à l’abbaye de Marmoutier en 1092 : voir G. Louise, « La seigneurie de Bellême, xe-xiie siècles : Dévolution des pouvoirs territoriaux et constructions d’une seigneurie de frontière aux confins de la Normandie et du Maine à la charnière de l’an mil », dans Le Pays Bas-normand, n° 199-200 / 3-4, 1990, p. 181, n. 2 et n° 201-202 / 1-2, 1991, p. 64-65.

[51]

Ces observations ont été notées pour le Val-de-Loire par M. Leroy-Ladurie, « Rôle des abbayes du Val de Loire dans la colonisation monastique normande (xe-xie siècles) », Revue Historique de Droit Français et Étranger, t. 31, 1953, p. 322-323.

[52]

J.-M. Bouvris, « En scrutant les archives des grandes abbayes bénédictines du Val de Loire du haut Moyen Âge : deux actes du xie siècle de Marmoutier et de Saint-Nicolas d’Angers relatifs aux abbayes ‘‘ornaises’’ de Saint-Martin de Sées et de Lonlay », Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie, 1990, t. 54, p. 31-46 et V. Gazeau, « Quelques exemples de carrières abbatiales en Normandie aux xie-xiie siècles », dans Family trees and the roots of politics : The prosopographical of Britain and France from the tenth to the twelfth century, K. Keats-Rohan (éd.), Woodbrige, the Boydell Press, 1997, p. 330.

[53]

Outre le prieuré de Sacey, Hasculf est présent dans plusieurs chartes en faveur de l’abbaye de Marmoutier, Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 6 H 16, n° 7 et 12, et de Saint-Florent-de-Saumur, Paris, BnF, nouv. acq. lat. 1930, fol. 71r ; Arch. dép. Maine-et-Loire, H 3515/IV. Un moine de Saint-Florent de Saumur est témoin lors du litige opposant Ansger, fils de Robert de Bodiac, à l’abbaye de Marmoutier. Il y a également de fortes probabilités pour que la famille d’Hasculf soit liée, au début du xie siècle, à celle des comtes d’Avranches, qui fondèrent en faveur de Fleury-sur-Loire les prieurés de Saint-James et de Saint-Hilaire : voir C. Groud-Cordray, « Les premiers seigneurs de Saint-Hilaire (fin xie-début xiiie siècle) », Revue de l’Avranchin et du pays de Granville, t. 88, 2011, p. 154-155.

[54]

Ibid., p. 147-149. Cette influence a été mise en lumière pour l’abbaye de Lonlay (dép. Orne, cant. Domfront, com. Lonlay-l’Abbaye) : voir G. Louise, « La seigneurie de Bellême… », op. cit., n° 199-200/3-4, 1990, p. 297. Elle a été reprise et affirmée pour l’Avranchin par É. Van Torhoudt, « Les Bretons dans les diocèses d’Avranches et de Coutances (950-1200 environ) : une approche onomastique de la question de l’identité », dans Bretons et Normands au Moyen Âge : Rivalités, malentendus, convergences, Colloque international de Cerisy-la-Salle, 5-9 octobre 2005, J. Quaghebeur et B. Merdrignac (dir.), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 153.

[55]

Voir supra et notamment n. 38, sur la place de Garin, qui apparaît presque systématiquement comme prieur après la rédaction de la notice narrative finale.

[56]

Les informations manquent sur Robert de Bodiac et son fils Raoul, ainsi que sur les liens qui les unissaient à Hasculf ou à Eudes, le père de ce dernier (voir infra n. 62). L’éviction de Raoul est-elle due à la ruine de son patrimoine ? Doit-elle être replacée dans le contexte plus large des luttes entre Robert Courteheuse et Henri Beauclerc, Hasculf I possédant des biens dans un espace où Henri pouvait exercer son influence et recruter des partisans (voir également infra) ?

[57]

Paris, BnF, ms lat. 5441[2], fol. 161-162 (1094-1121/1130).

[58]

Tout comme il l’avait fait quelque temps auparavant comme cela apparaît dans le document n° 1 : quas habebat in suo dominio et quicquid donaretur nobis de suo feodo.

[59]

Il confirme la donation de son père dans les documents n° 1 et 2.

[60]

Il existe des exemples identiques d’enfant évincé par son oncle, voir notamment D. Barthélemy, La société dans le comté de Vendôme…, op. cit., p. 512.

[61]

Une partie des biens de la famille à Sacey provenait également de Mathilde, femme d’Hasculf, qui y possédait des métairies, des bergeries et un domaine exploité directement : Et Mathildis uxor ejus donavit nobis ex sua parte decimam medietariarum suarum in Saciaco et agriculture sue et decimam omnium bergariarum suarum ubicumque aliquam habuerit (doc. n° 2). On ne connaît cependant pas les origines familiales de Mathilde.

[62]

Entre 1102 et 1110, un Hasculf fils d’Eudes témoigne au bas d’une notification du roi d’Angleterre Henri Ier, à propos de la possession de l’église de Corsham (Angleterre, co. Wiltshire) par l’abbaye de Marmoutier. Il est possible, mais sans véritable certitude, que cet homme puisse être Hasculf de Saint-James : voir Regesta Regum Anglo-Normannorum 1066-1154, C. Johnson et H. A. Cronne (éd.), t. 2 : « Regesta Henrici primi, 1100-1135 », Oxford, Clarendon Press, 1956, n° 593.

[63]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 6 H 16, n° 7 et 12 ; Paris, BnF, nouv. acq. lat. 1930, fol. 71r ; Arch. dép. Maine-et-Loire, H 3515/IV.

[64]

Robert de Bodiac est qualifié de vicecomes dans le document n° 1 (Robertus vicecomes de Bodioco). La titulature a disparu de la notice narrative finale (doc. n° 2).

[65]

Sur le ressort de cette vicomté et son origine, voir C. Groud-Cordray, « Les premiers seigneurs de Saint-Hilaire… », op. cit., p. 163-166.

[66]

M. Hagger, « The Norman vicomte, ca. 1035-1135: What did he do? », Anglo-Norman Studies, Proceedings of the Battle Conference, Woodbridge, The Boydell Press, t. 29, 2006, p. 83.

[67]

Bien que l’hérédité ne soit pas la règle, plusieurs (comme les Goz pour Avranches ou les Mont-gommery pour l’Hiémois) réussirent à transmettre la charge à leur descendance, M. de Boüard, « Le duché de Normandie », dans Histoire des institutions de la France au Moyen Âge. 1. Instituions seigneuriales, F. Lot et R. Fawtier (dir.), Paris, Presses universitaires de France, 1957, p. 19 et J.-M. Bouvris, « Une famille de vassaux des vicomtes de Bayeux au xie siècle : les Broc », Revue de la Manche, t. 19, fasc. 73, 1977, p. 6.

[68]

Liber cartarum domus Savigneii, transcripta privilegiorum romanorum, n° II, édité dans Vital l’ermite, prédicateur itinérant fondateur de l’abbaye normande de Savigny, J. Van Moolenbroek, Assen Maastricht, Van Gorcum, 1990, Revue de l’Avranchin, t. 68, 1991, p. 1-395, pièce justificative n° 7 (désormais abrégé Vital l’ermite).

[69]

The Acta of William I, n° 252 (Guillaume le Conquérant entérine un accord passé entre Robert de Mortain et l’abbaye de Fleury-sur-Loire, par lequel les moines permettent au comte de fortifier le site et de construire un castellum sur leur terre. La mise en valeur du site est complétée par la création d’un bourg castral). Il est intéressant de noter que cet accord du 9 janvier 1084 porte la souscription d’un Eudonis vicecomitis. Peut-être peut-on voir dans cet homme le père d’Hasculf ?

[70]

C. Groud-Cordray, « Les premiers seigneurs de Saint-Hilaire… », op. cit., p. 161-163. Doit-on relier l’éviction de Robert de Bodiac et de ses descendants à ce contexte plus large ? Les sources manquent pour orienter les recherches dans cette direction.

[71]

53 % des actes dans lesquels Hasculf apparaît concernent l’abbaye de Marmoutier, contre 16 % pour Savigny (fondée cependant au début du xiie siècle) ou le Mont Saint-Michel, 10 % pour Saint-Florent de Saumur, et 5 % pour Saint-Évroult. Par ailleurs, les dons réalisés par Hasculf de Saint-James le sont uniquement en direction de l’abbaye de Marmoutier ; pour les autres établissements, il intervient seulement en temps que témoin ou protecteur.

[72]

Entre ca. 1052 et 1058, le duc Guillaume favorise l’établissement des moines de Marmoutier sur l’île de Guernesey (île anglo-normande. Voir RADN, n° 141) et entre ca. 1050 et 1064, il confirme le don de Main de Fougères de l’église de Savigny-le-Vieux, aux frontières du duché (voir supra n. 46). À la veille de son départ pour l’Angleterre, en 1066, le duc Guillaume accède à la requête de l’abbé de Marmoutier, Barthélemy, et fait confirmer par son fils Robert toutes les donations qu’il avait accordées (RADN, n° 228). Après la bataille d’Hastings, il confie à l’établissement ligérien l’abbaye de Battle (Angleterre, co. East Sussex) qu’il venait de fonder (The Acta of William I, n° 17). En 1082, il confirme la concession à Marmoutier de la terre d’Helleville (dép. Manche, cant. Les Pieux. Voir The Acta of William I, n° 204) et du prieuré du Rocher par son demi-frère Robert de Mortain (The Acta of William I, n° 205). Après 1082, ce dernier donne également à Marmoutier plusieurs manoirs en Angleterre et biens en Normandie, (The Acta of William I, n° 207 ; Caen, Musée des Beaux-Arts, coll. Mancel, ms 300, fol. 244 ; fol. 245, n° 130 ; fol. 246, n° 132 et Paris, BnF, ms lat. 12878, fol. 287). Guillaume le Conquérant et sa famille maternelle manifestaient un fort attachement envers l’abbaye de Marmoutier, au point que l’on peut envisager une volonté politique de la part du duc-roi dans l’implication de l’établissement en Normandie. C’est d’ailleurs pendant les années de fort développement de l’établissement ligérien en Normandie que Grestain (dép. Eure, cant. Beuzeville, com. Fatouville-Grestain), abbaye fondée par le père de Robert de Mortain, se dote d’un premier véritable abbé : voir V. Gazeau, « Quelques exemples de carrières abbatiales… », op. cit., p. 320 et V. Gazeau, Normannia monastica, t. 1 : « Princes normands et abbés bénédictins (xe-xiie siècles) », Caen, Publications du CRAHM, 2007, p. 221-222.

[73]

Voir infra.

[74]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 6 H 16, n° 7 (notice rappelant la donation faite à Marmoutier par Raoul de Fougères de plusieurs églises, dont celle de Sainte-Marie de Fougères, de diverses terres et droits et de l’autorisation de fonder un bourg à Fougères [dép. Ille-et-Vilaine, ch.-l. cant.]. La donation est confirmée par Guillaume, comte de Mortain, pour tout ce qui relève du fief que tient de lui Raoul de Fougères, [1095-1106]) et n° 12 (voir n. 15. Cet acte est également confirmé par Guillaume de Mortain pour tout ce qui relève du comté) ; Liber cartarum domus Savigneii, capitula cartarum in episcopatu Abrincensi, n° I, édité dans Vital l’ermite, pièce justificative n° 2 : Raoul de Fougères fait donation, avec sa femme et ses fils, à Vital l’ermite de la forêt de Savigny comme emplacement pour l’établissement d’un monastère (1112-1113, 25 janvier).

[75]

F. Mazel, « Seigneurs, moines et chanoines… », op. cit., p. 111 et n. 30.

[76]

Ce lien est renforcé par un autre indice. Evan Sequart, dapifer d’Hasculf, donne à l’abbaye de Marmoutier, vers 1090, dix acres de terre arable, sans doute à Sacey (voir documents n° 1 et 2). Or, on retrouve, au milieu du xiie siècle, un homme nommé Sequart, possessionné en Angleterre : il est alors dapifer de Raoul II de Fougères (1150-1194) : voir Early Yorkshire charters, Charles T. Clay (éd.), Édimbourg, Ballantyne, Hanson and Co, 1935, t. IV, n° 45 et 47 et F. M. Stenton, Documents illustrative of the social and economic history of the Danelaw from various collections, Londres, Humphrey Milford, Oxford University Press, 1920, n° 162.

[77]

F. Mazel, « Seigneurs, moines et chanoines… », op. cit., p. 105-135.

[78]

Paris, BnF, nouv. acq. lat. 1930, fol. 71r (charte réglant un différend qui existait entre les seigneurs de Saint-Brice-en-Coglès [dép. Ille-et-Vilaine, ch.-l. cant.] et l’abbaye de Saint-Florent de Saumur, à propos de la possession des Pruniers, appartenant au prieuré de Saint-Brice-en-Coglès, [ca. 1080-ca. 1113]) et Arch. dép. Maine-et-Loire, H 3515/IV (charte de donation de Brien frère d’Auvray de plusieurs terres à côté du cimetière de La Tremblaye [dép. Ille-et-Vilaine, cant. Antrain] avec leurs coutumes au prieuré de Saint-Florent de Saumur à La Tremblaye [ca. 1080-ca. 1113]). Ces deux chartes pourraient également valider l’hypothèse d’un lien entre la famille de Saint-James et celle de Dol-Combourg, Hasculf étant témoin aux côtés des fils de Rivallon, Jean et Guillaume. La mention d’un Adem fils Harscut souscrivant en 1065-1066 une charte de restitution de Guillaume de Dol-Combourg à l’abbaye du Mont Saint-Michel pourrait établir un rapport supplémentaire entre les deux familles, Avranches, Bibl. mun., ms 210, fol. 42r, n° 18. La datation de cette charte est cependant chronologiquement incompatible avec Hasculf de Saint-James dont il est fait mention dans cet article.

[79]

Entre 1094 et 1121/1130, Hasculf donne au prieuré de Sacey l’église d’Argouges (dép. Manche, cant. Saint-James. Paris, BnF, ms lat. 5441[2], fol. 161-162). Au cours du xiie siècle, ses successeurs confirment la possession en Angleterre des dîmes de Ridlington (Angleterre, co. Norfolk. Paris, BnF, ms lat. 5441[2], fol. 165-166 : confirmation de Roger de Clare en 1152-1173) et de la dîme des manoirs dans un lieu inconnu (Paris, BnF, ms lat. 5441[2], fol. 166 : confirmation de Pierre de Saint-Hilaire, son fils, entre 1121 et 1142-1143). Hasculf apparaît également parmi les témoins de deux actes du comte de Mortain Guillaume en faveur du prieuré du Rocher, entre 1100 et 1104 (Paris, BnF, ms lat. 5441 [2], fol. 405 et ms lat. 12878, fol. 280).

[80]

J. Dubois, « Les dépendances de l’abbaye du Mont Saint-Michel et la vie monastique dans les prieurés », dans Millénaire monastique du Mont Saint-Michel, t. 1 : « Histoire et vie monastiques », J. Laporte (dir.), Paris, P. Lethielleux, Bibliothèque d’histoire et d’archéologie chrétienne, 1966, p. 648-649 et C. Groud-Cordray, « Les premiers seigneurs de Saint-Hilaire… », op. cit., p. 153-157.

[81]

La Croix-Avranchin et Villiers-le-Pré (dép. Manche, cant. Saint-James), Ballant (dép. Manche, cant. Pontorson, com. Vessey) et Saint-Georges (lieu non identifié, peut-être à Sacey ou à La Croix-Avranchin).

[82]

Bibl. mun. Avranches, ms 210, fol. 30-31r, n° 8 (1037-1042).

[83]

Epistolæ pontificum Romanorum ineditæ, S. Loewenfeld (éd.), Leipzig, Veit, 1885, n° 134 (13 octobre 1094).

[84]

H. Müller, Päpstliche Delegationsgerichtsbarkeit in der Normandie (12. und frühes 13. Jahrhundert), t. 2 : « Regesten und Edition », Bonn, Bouvier Verlag, 1997, n° 1 (1096-1099).

[85]

Epistolæ pontificum Romanorum…, op. cit., n° 161 (31 octobre 1119).

[86]

Le 9 septembre de la même année, le pape Calixte II avait pris l’abbaye de Savigny sous sa protection et avait recommandé le monastère à la sollicitude des évêques et des grands seigneurs laïcs du voisinage, dont Hasculf. Or, ce document a été rédigé à la fin d’un conflit qui a secoué une grande partie de la Normandie et qui vit l’effondrement progressif de la loyauté et de l’ordre dans le duché : voir J. Green, Henry I : King of England and duke of Normandy, Cambridge, Cambridge University Press, 2006, p. 138-164. Dans ce contexte, Hasculf de Saint-James était vraisemblablement resté fidèle à Henri Ier. Face à cette grave crise, il est possible que Calixte II n’ait pas donné suite à l’affaire concernant le Mont Saint-Michel : voir C. Groud-Cordray, « Les premiers seigneurs de Saint-Hilaire… », op. cit., p. 171-172.

[87]

Avranches, Bibl. mun., ms 210, fol. 111, n° 116. Le document, qui met un terme à une cinquantaine d’années de conflit, est le dernier exemple de notice narrative rédigée dans le cartulaire du Mont Saint-Michel : voir É. Van Thoroudt, « L’écrit et la justice au Mont Saint-Michel : les notices narratives (vers 1060-1150) », Tabularia « Études », n° 7, 2007, p. 111, n. 18. Ayant fait l’objet d’une réécriture, il relate de manière circonstanciée une part des événements – mais non l’ensemble –, relatifs à cette affaire. Par ailleurs, la restitution de la villa de La Croix-Avranchin intervient dans le contexte de la guerre de succession qui secoua la Normandie et l’Angleterre après 1135. Il est possible que Pierre ait profité de la mort d’Henri Ier pour revenir sur sa promesse de restitution. Les succès de Geoffroy d’Anjou en Normandie l’auraient ensuite incité à rechercher la concorde avec l’abbaye montoise, qui soutenait Mathilde l’Emperesse : voir A. Dufief, « La vie monastique au Mont Saint-Michel pendant le xiie siècle (1085-1186) », dans Millénaire monastique du Mont Saint-Michel, op. cit., p. 98. Au cours des années 1142-1143, deux des fils d’Hasculf récupèrent également des biens aux Loges-Marchis (dép. Manche, cant. Saint-Hilaire-du-Harcouët), sans doute confisqués à Ranulf de Chester, Arch. Nat., L 978-1352 (1135-1142/1143).

[88]

Les deux nomina Adem et Hasculf sont notamment associés dans un acte en faveur de l’abbaye du Mont Saint-Michel, vers 1065-1066. Pour une synthèse sur les origines de la famille d’Hasculf, voir C. Groud-Cordray, « Les premiers seigneurs de Saint-Hilaire… », op. cit., p. 143-152. Adelelme faisait vraisemblablement partie de l’entourage ducal et pouvait avoir été chargé de fonctions défensives dans la région. Peut-être auparavant liée aux Robertiens, la famille est l’une des bénéficiaires de la redistribution des terres héritées des structures carolingiennes, qui faisaient peut-être partie de l’ancienne marche franque : voir É. Van Torhoudt, Centralité et marginalité en Neustrie et dans le duché de Normandie : Maîtrise du territoire et pouvoirs locaux dans l’Avranchin, le Bessin et le Cotentin (vie-xie siècles), Paris, Université Paris-Diderot, Thèse en histoire du Moyen Âge sous la direction d’André Debord et Mathieu Arnoux, 2008, vol. 2, p. 534, n. 3 et C. Groud-Cordray, « Les premiers seigneurs de Saint-Hilaire… », op. cit., p. 150-152.

[89]

À moins qu’il ne s’agisse des droits de sa femme Mathilde, celle-ci possédant à Sacey un domaine, pouvant peut-être être identifié comme l’une des dépendances de La Croix-Avranchin.

[90]

L’important écart chronologique entre la donation originelle, au début du xie siècle, l’usurpation, puis la résolution du conflit, ainsi que la réécriture des événements par les moines montois dans leur cartulaire, peuvent expliquer les contradictions chronologiques et factuelles observées entre les différents documents, ainsi que les modes de rédaction, munis de nombreuses précautions.

[91]

Le seul don de la famille à l’abbaye du Mont Saint-Michel est réalisé à la fin du xiie siècle par Pierre, un des petits-fils d’Hasculf : il donne au prieuré de Pontorson (dép. Manche, ch.-l. cant.) l’église et les dîmes de Boucey (dép. Manche, cant. Pontorson), Avranches, Bibl. mun., ms 211 (Chronicon majus Sancti Michaelis de Monte), fol. 116 ; Paris, BnF, ms lat. 5430A, fol. 249-250 et G. Demay, Inventaire des sceaux de la Normandie recueillis dans les dépôts d’archives, musées et collections particulières des départements de la Seine-Inférieure, du Calvados, de l’Eure, de la Manche et de l’Orne avec une introduction sur la paléographie des sceaux et 16 planches photoglyptiques, Paris, Imprimerie nationale, 1881, n° 519.

[92]

Liber cartarum domus Savigneii, capitula cartarum in episcopatu Abrincensi, n° I, édité dans Vital l’ermite, pièce justificative n° 2.

[93]

Liber cartarum domus Savigneii, capitula cartarum in episcopatu Abrincensi, n° II, édité dans Vital l’ermite, pièce justificative n° 3.

[94]

Liber cartarum domus Savigneii, transcripta privilegiorum romanorum, n° II, édité dans Vital l’ermite, pièce justificative n° 7.

[95]

Si la faiblesse d’une démarche portant uniquement sur le simple comptage des souscriptions a été démontrée par D. Bates, « The prosopographical study of Anglo-Norman royal charters », dans Family trees…, op. cit., p. 90, l’analyse des ces trois documents, la prise en compte de leur forme diplomatique et de leur élaboration ainsi que l’étude de leur contenu autorisent cependant des hypothèses quant à la place d’Hasculf de Saint-James dans la société anglo-normande du début du xiie siècle.

[96]

C. Groud-Cordray, « Les seigneurs de Saint-Hilaire : une famille de l’aristocratie normande au prisme des sources de l’abbaye de Savigny », Recueil d’études offert en hommage à Emmanuel Poulle. Revue de l’Avranchin, t. 87, 2010, p. 559-576.

[97]

Contrairement à ses successeurs, dont les aumônes restent cependant quantitativement peu importantes, ibid., p. 567.

[98]

L’association de l’établissement ecclésiastique et de la seigneurie laïque témoigne également d’une volonté d’extension du duc de Normandie vers les confins méridionaux de la province et notamment vers le Maine, ibid., p. 569-572.

[99]

Rotbertus C.

[100]

monachatus C.

[101]

arabilem LX acrarum C.

[102]

IV C.

[103]

Rotdulfus C.

[104]

Anschoit C.

[105]

Rotberti C.

[106]

arabilem LX acrarum C.

[107]

arabilis C.

[108]

Les témoins sont en blancs (sic) B.

[109]

idem C.

[110]

sexaginta C.

[111]

Harcutus E.

[112]

duas C.

[113]

et concessit omis dans E.

[114]

etiam E.

[115]

capellariam C. – eandem capellariam omis dans E.

[116]

selusam C.

[117]

Ebroini in E.

[118]

dedit nobis C.

[119]

quas E.

[120]

acquirere C.

[121]

quodcunque E.

[122]

dabitur nobis C.

[123]

Mahildis CE.

[124]

decimam bergariarum omnium E.

[125]

decem C.

[126]

Galtii cognomento VII miles C.

[127]

Abrincensis E.

[128]

Garino C.

[129]

nostro C.

[130]

millesimo nonagesimo C. – 1090 E.

[131]

decima tertia C. – 13a E.

[132]

3o E.

[133]

Normannorum E.

[134]

trigesimo octavo C.

[135]

cartha C.

[136]

subtus adscripti C. – super adscripti E.

[137]

Matildis E.

[138]

Sequar C.

[139]

Blaceth E.

[140]

Judical E.

[141]

Signum Ascelini de Flaceth. Signum Adam filii Anscherii. Signum Bertiot fratris Judicali. Signum Roberti capellani nostri illisible dans C et omis dans a.

[142]

qua re C.

[143]

Alvereolo dedimus E.

[144]

testibus E.

[145]

Gerantonus E.

[146]

Torferiae C.

[147]

Guarino C.

[148]

terrae suae C.

[149]

nobis dedit decimam E.

[150]

laboraret C.

[151]

Guarino C.

[152]

nobis dedit E.

[153]

decimam terre … dedit nobis omis dans E.

[154]

x E.

[155]

Saciaci E.

[156]

adstante C. – attestante E.

[157]

Garino E.

[158]

Matilde E.

[159]

Le passage et decimam annuente… et prata est noté dans la marge.

Résumé

Français

Aux alentours des années 1090, le vicomte Robert de Bodiac, son fils Raoul et Hasculf de Saint-James donnent à l’abbaye de Marmoutier l’église de Sacey, siège d’un prieuré. Le dossier documentaire sur lequel s’appuie cette étude est le fruit d’une réécriture par les moines ligériens. Il présente, à travers une tradition complexe, le lent processus qui aboutit, à la fin du xie siècle, à la création d’une de leurs dépendances dans le diocèse d’Avranches. Il dévoile en outre, l’ascension d’un seigneur laïc à la frontière du duché de Normandie, à travers la naissance d’une nouvelle relation le liant à l’abbaye de Marmoutier. Cette fondation priorale, ainsi que les relations qu’il entretenait avec les grandes abbayes voisines, notamment Le Mont Saint-Michel et Savigny, mettent en lumière les stratégies de pouvoir local établies par Hasculf de Saint-James, seigneur frontalier de l’Avranchin, dont la dévotion s’avère fortement liée à sa place dans la société aristocratique à la charnière des xie et xiie siècles.

Mots-clés

  • seigneurs de Saint-Hilaire
  • abbaye de Marmoutier
  • prieuré de Sacey
  • abbaye de Savigny
  • Hasculf de Saint-James/de Saint-Hilaire
  • seigneur frontalier
  • vicomte de Saint-James
  • stratégies de dévotion

English

Hasculf of St. James and the priory of Sacey: considerations on religious foundations and the social ascension of a borderlands lord near Avranches around 1100About 1090, Viscount Robert de Bodiac, his son Raoul and Hasculf of St. James gave the priory church of Sacey to the abbey of Marmoutier. The documentary sources for this article are taken from a copy by the monks. It illustrates the complex process leading to the creation of a dependency near Avranches at the end of the 11th Century and the social ascension of a lay lord on the borderlands of Normandy. By studying this priory and its relations with neighbouring abbeys such as St. Michael’s Mount and Savigny, St. James’ local strategies to insure his power base in the religious and aristocratic milieu at the turn of the 12th Century are revealed.

Key words

  • Lords of St. Hilaire
  • Abbey of Marmoutier
  • Priory of Sacey
  • Abbey of Savigny
  • Hasculf of St. James
  • Borderlands
  • Viscount of St. James
  • Religious devotions

Plan de l'article

  1. Le récit de la fondation du prieuré de Sacey : un dossier documentaire complexe
  2. L’émergence d’un seigneur laïc aux frontières du duché de Normandie
  3. Entre trois grands monastères : les stratégies de dévotion d’Hasculf de Saint-James

Pour citer cet article

Groud-Cordray Claude, « Hasculf de Saint-James et le prieuré de Sacey. les enjeux d'une fondation et l'ascension d'un seigneur frontalier dans l'Avranchin (fin xie - début xiie siècle) », Annales de Normandie, 1/2013 (63e année), p. 27-51.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2013-1-page-27.htm
DOI : 10.3917/annor.631.0027


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