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Annales de Normandie

2013/1 (63e année)


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La réduction d’une abbaye en prieuré est un acte rare mais pas exceptionnel. Trois motifs semblent pouvoir entraîner un changement de statut : la mise sous tutelle d’un établissement religieux, consécutive à un relâchement spirituel, par une autre abbaye (venue réintroduire l’observance de la discipline monastique) qui absorbe alors l’établissement religieux en changeant le statut de ce dernier [1][1] En 1149, à la suite d’une « grave faute », l’abbaye.... Une abbaye considérée comme le bien patrimonial d’un seigneur est offerte à une autre abbaye qui en fait un de ses prieurés [2][2] En 1096, l’abbaye Saint-Vigor de Bayeux est donnée.... Enfin, dans le contexte du renouveau monastique, certaines abbayes franques en partie détruites et abandonnées lors des raids scandinaves sont l’objet de restauration en prieurés [3][3] L’abbaye de Deux-Jumeaux en est un exemple : L. Musset,....

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En Normandie, durant la période ducale, il semble qu’il n’y ait eu que deux cas de réduction : l’abbaye Saint-Vigor de Bayeux en 1096 et l’abbaye Saint-Hélier, dans l’île de Jersey, entre 1185 et 1187, devenue prieuré dépendant de l’abbaye du Vœu (Cherbourg). Le premier cas de réduction entre dans le cadre d’une abbaye considérée comme un bien patrimonial offert à une autre abbaye [4][4] V. Gazeau, Normannia…, op. cit., t. I, p. 40.. Le second cas ne correspond à aucun des trois schémas énoncés plus haut, et se révélerait avoir un caractère unique. En effet, comme on le verra plus en détail, il paraît s’agir, selon les chartes du roi Henri II et des archevêques de Rouen, d’une fusion de deux abbayes dont le développement économique aurait échoué, avec la réduction d’une des deux abbayes en prieuré [5][5] Cartulaire de Jersey, [puis] Guernesey et les autres....

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Cette union a été évoquée à diverses reprises par les historiens, comme une conséquence des affrontements entre l’ordre des chanoines réguliers d’Arrouaise, dont relevait l’abbaye Saint-Hélier, et celui de Saint-Victor de Paris, dont dépendait l’abbaye de Cherbourg [6][6] L. Milis, L’Ordre des chanoines réguliers d’Arrouaise,.... Néanmoins le théâtre de ce conflit n’aurait pas concerné l’ensemble des territoires où les deux ordres étaient installés, pas même l’espace Plantagenêt, mais seulement la Normandie [7][7] S. Hasquenoph, Histoire des ordres et congrégations..., puisqu’en Angleterre les deux ordres sont bien implantés, sans qu’aucun des deux ne domine l’autre. De même, la politique religieuse d’Henri II ne s’oppose en rien au développement d’Arrouaise [8][8] P.-R. Gaussin, « Y a-t-il eu une politique monastique.... Plus qu’une opposition volontaire entre ces deux ordres, il faut davantage se poser la question de l’attractivité de ces deux modèles, et puisque Saint-Victor supplante Arrouaise à Eu (avant 1148) [9][9] J. Châtillon, Le mouvement canonial au Moyen Âge…,... puis à Saint-Hélier, se demander si Arrouaise a encore les moyens de se défendre, d’exister en dehors de la Picardie et des Pays-Bas, ses aires d’influence naturelle. Ludo Milis explique que l’ordre d’Arrouaise a été conçu en fonction d’une implantation rurale et s’est vite retrouvé concurrencé par les cisterciens et les prémontrés. Cette concurrence provoque des difficultés dès la mort du dynamique abbé Gautier en 1193, lequel avait su obtenir la protection de Rome. Il ajoute qu’Arrouaise ne put jamais vraiment surmonter ces difficultés, conjuguées aux conséquences de la guerre entre Philippe Auguste et Philippe d’Alsace, comte de Flandre, qui ruinèrent l’abbaye [10][10] L. Milis, L’Ordre des chanoines réguliers…, op. ci.... Et pourtant, vers 1140-1180, l’ordre a connu un dynamisme : la fondation en Angleterre des abbayes de Dorchester (Oxfordshire) vers 1140, de Warter (Yorkshire) vers 1140-1141, de Lilleshall (Shropshire) entre 1143 et 1148, de Notley (Buckinghamshire) vers 1162, d’Hartland (Devon) vers 1161-1169 et de Lessnes (Kentshire) en 1178 [11][11] D. Knowles, The Heads of Religions Houses : England... ; le choix du cardinal Étienne de Bar, évêque de Metz, de ce même ordre pour fonder en 1149 la puissante abbaye d’Autrey, distante de 380 km d’Arrouaise, affirme encore le prestige de l’ordre à ce moment [12][12] E. Chognot, Notice sur l’abbaye d’Autrey : d’après.... L’attractivité d’Arrouaise, si elle est plus faible que celle de Saint-Victor, est encore réelle au xiie siècle [13][13] R. Foreville, « Tradition et renouvellement du monachisme… »,..., et l’influent abbé Gautier maintient son abbaye dans ses prérogatives.

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La méconnaissance relative des abbayes du Vœu et de Saint-Hélier de Jersey a sans doute causé une simplification des enjeux de la réduction de Saint-Hélier. Un retour sur la fondation de Notre-Dame du Vœu de Cherbourg et Saint-Hélier de Jersey est donc d’abord indispensable. On évoquera ensuite les patrimoines de ces deux abbayes pour comprendre enfin la nécessaire union de ces deux maisons.

Retour sur la fondation de Notre-Dame du Vœu de Cherbourg et de Saint-Hélier de Jersey

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La date de fondation de « Notre-Dame du Vœu près de Cherbourg », œuvre de Mathilde l’Emperesse, est inconnue. La Gallia Christiana et la Neustria Pia proposent toutes deux l’année 1145, sans aucune justification [14][14] Gallia christiana in provincias ecclesiasticas distributa,.... Les sources médiévales fournissent des renseignements apparemment contradictoires à propos de la fondation de l’abbaye [15][15] Une charte, conservée aux Archives de la Manche (détruite..., et ont conduit certains historiens à voir en l’abbaye du Vœu une re-fondation de la collégiale du château de Cherbourg instituée par Guillaume le Conquérant [16][16] M. Chibnall, The Empress Matilda. Queen consort, Queen..., en reconnaissance de sa guérison [17][17] Le cartulaire du chapitre cathédral de Coutances, J. Fontanel.... Or, la collégiale du château de Cherbourg continue d’exister après 1145 indépendamment de l’abbaye du Vœu. Ainsi, la collégiale reçoit de Richard de Bohon, évêque de Coutances (1151-1179), le tonlieu de Cherbourg que ce dernier possédait [18][18] Ibid., n° 290, p. 431. L’acte est daté de 1164-117... ; de même en 1200, Jean sans Terre ampute la collégiale d’une prébende en faveur de Blanchelande [19][19] Arch. dép. Manche, H 185 (détruit). Bibl. Beaux-Arts.... L’abbaye du Vœu et la collégiale du château de Cherbourg sont donc deux établissements distincts.

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On possède en fait deux chartes des débuts de l’abbaye : d’une part la charte par laquelle Mathilde l’Emperesse commande à Osbert de la Heuse de donner à l’abbé de Cherbourg des terres à Beaumont-Hague, qui doit être datée entre 1148 et septembre 1151 [20][20] Regesta Regum Anglo-Normannorum 1066-1154 (maintenant... ; d’autre part, une charte de Richard de Bohon, évêque de Coutances (décembre 1151-1179), adressée à Mathilde, renseigne sur l’abandon fait par lui en faveur de cette dernière d’un lieu situé à Cherbourg pour faire établir en l’honneur de Dieu et de la sainte religion l’ordre religieux qu’elle voulait [21][21] Arch. dép. Manche, 136 J : « Diximus vobis, karissima..., ce qui semblerait suggérer que les moines n’y ont été installés qu’après 1151 [22][22] Marjorie Chibnall propose, à partir de ces deux mêmes.... Néanmoins, l’abbaye comme les chanoines ne sont pas installés à Cherbourg mais à Équeurdreville, comme le rappelle bien Henri II : « canonicos meos de Esquedrevilla » [23][23] Recueil des actes de Henri II…, op. cit., t. I, n° CCCXL,... ; et avant 1161, ce dernier rappelle qu’il a concédé l’île du Hommet, où l’abbaye est située [24][24] Ibid., t. I, n° CXXXV, p. 243.. Une autre charte confirme que la croûte du Hommet est le site de l’abbaye [25][25] L’abbaye du Vœu était située à la limite de Cherbourg... : il s’agit d’un échange entre l’abbaye de Saint-Lô et celle de Cherbourg dans lequel la première cède sa part de dîme du Hommet où l’abbaye du Vœu est située, en échange d’une acre de terre vers la Bucaille [26][26] Arch. dép. Manche, H 2736. L’échange est aussi évoqué.... Surtout, un passage de la chronique de Robert de Torigni, contemporain de la fondation du Vœu, prouve que cette fondation est antérieure à l’épiscopat de Richard de Bohon ; en effet, Robert de Torigni note en 1151 la mort d’Algare, évêque de Coutances, et dit de ce dernier : « c’était un homme vraiment religieux, qui établit les chanoines réguliers dans l’église Saint-Lô en Cotentin et dans l’église Saint-Lô à Rouen ainsi que dans celle de Cherbourg » [27][27] Chronique de Robert de Torigni, abbé du Mont-Saint-Michel,.... Ce passage paraît en contradiction avec la charte de Richard de Bohon citée plus haut. En fait, le nécrologe de l’abbaye du Vœu permet de comprendre cette apparente contradiction ; le rédacteur note au sujet d’Algare : « sur ses exhortations les Victorins furent établis dans cette église dès son commencement, il fut aussi le promoteur de l’ordre des chanoines dans son diocèse. C’est de son temps et par son œuvre que les chanoines réguliers sont introduits dans l’église Saint-Lô en Cotentin » [28][28] R. Toustain de Billy, Histoire ecclésiastique du diocèse.... Le rédacteur établit ainsi une nette différence entre le cas de Saint-Lô et celui de Cherbourg : c’est sur les conseils d’Algare que les Victorins furent établis à Cherbourg, mais cette action n’est pas forcément réalisée sous Algare, alors que pour Saint-Lô c’est sous son épiscopat et à son initiative que les chanoines sont introduits. Mathilde dut consulter Algare sur le choix des religieux à introduire à Cherbourg et ce dernier proposa les chanoines réguliers. Mathilde dut ensuite reprendre la discussion avec le successeur d’Algare, Richard de Bohon, qui comme on l’a vu plus haut, laissa toute liberté à l’Emperesse.

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Une comparaison avec l’abbaye homonyme [29][29] Outre, ces deux abbayes (Cherbourg et le Valasse) nommées... du Valasse, autre fondation de l’Emperesse, avec qui l’abbaye de Cherbourg est quelquefois confondue [30][30] Dans le Monasticon Anglicanum de Dugdale, sur les six..., renseigne un peu plus sur les débuts de Cherbourg. Répondant toutes deux au nom de « abbatia de Voto », elles auraient pour origine un vœu de Mathilde, peut-être le même d’ailleurs. La signification du vœu de Mathilde relatif à la fondation du Valasse varie selon les sources : il s’agirait, selon la chronique du Valasse, de celui que l’Emperesse fit au moment du siège d’Oxford en 1141, où cette dernière s’échappa finalement d’une manière « miraculeuse » ; toutefois, la chronique de l’abbaye de Mortemer, établissement dont sont issus les premiers moines du Valasse, évoque un autre vœu : la promesse faite par Mathilde, alors qu’elle était en mer et que son navire était en péril, de fonder une abbaye si elle atteignait la terre [31][31] Chronique de Mortemer, p. 159.. Ce dernier vœu est parfois vu comme un moyen utilisé par les moines de Mortemer pour marginaliser le co-fondateur du Valasse [32][32] A. Avenel (dir.), Le Valasse, Rouen, Éditions des Falaises,..., ennemi de Mathilde, Galéran de Meulan, qui fit vœu d’édifier une abbaye s’il réchappait de la tempête dans laquelle son bateau était pris, alors qu’il était de retour de croisade [33][33] Chronicon Valassense…, op. cit., p. 8-9.. Néanmoins si on accepte l’idée que Mathilde a fait deux vœux, dont les moines de Mortemer auraient ensuite choisi celui qui servait le mieux leurs intérêts du moment, la création de deux abbayes se comprend, chacune répondant à un vœu [34][34] Selon l’auteur du Neustria Pia, le vœu lié à la fondation.... Mathilde ayant le projet de l’abbaye du Valasse à partir des années 1149-1152 [35][35] Arch. dép. Seine-Maritime, 18 H 1, fol. 35-36v ; Chronicon..., on peut penser que la fondation de l’abbaye du Vœu de Cherbourg est contemporaine et donc postérieure à son retour en Normandie (1148). Le choix d’implanter une abbaye au Valasse paraît résulter de la volonté de Mathilde de supplanter Galéran (qui avait été un des plus grands soutiens d’Étienne [36][36] D. Crouch, The Beaumont Twins: the Roots and Branches...) dans sa fondation. Une logique similaire peut avoir conduit Mathilde l’Emperesse à choisir Cherbourg : ce fut en effet un des lieux de résistance à la cause angevine qui ne tomba qu’en 1143 [37][37] Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. I, p..., après le siège du château tenu par Richard de La Haye [38][38] Chroniques des comtes d’Anjou et des seigneurs d’Amboise,.... L’abbaye du Vœu de Cherbourg a donc été fondée après 1143 et avant 1151, sans doute entre 1148 et 1151.

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La seconde abbaye, Saint-Hélier, fondée, selon Robert de Torigni, par Guillaume fils Hamon est très mal connue [39][39] Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. II, .... On ne sait pas comment l’ordre d’Arrouaise prit pied dans cette abbaye, même s’il a été proposé que l’introduction de cet ordre soit à chercher du côté de l’Angleterre où Guillaume fils Hamon avait des biens [40][40] L. Milis, L’Ordre des chanoines réguliers…, op. cit.,.... La date même de la fondation de Saint-Hélier fait débat. Ni la Neustria Pia, ni la Gallia Christiana ne proposent de date, mais les érudits des xviiie et xixe siècles [41][41] T. Corneille, Dictionnaire universel, géographique..., puis à leur suite, Ludo Milis, Jean Châtillon et Mathieu Arnoux [42][42] L. Milis, L’Ordre des chanoines réguliers…, op. cit.,... prennent comme date de fondation 1125. Certains historiens comme Wendy B. Stevenson ou John Le Patourel estiment, sans donner de justification, que l’abbaye fut fondée vers 1155 [43][43] W. B. Stevenson, « English Rules in the Channel Islands..., voire 1160 [44][44] J. Le Patourel, « Le monachisme normand dans les îles.... Cette hypothèse découle sans doute du fait que Guillaume fils Hamon est censé avoir fondé cette abbaye avec le conseil et l’aide du roi [45][45] Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. II, .... Or si on retrouve bien les donations d’Henri II, celles d’Henri Ier sont inexistantes. La fondation devrait alors être datée du règne d’Henri II, Judith Everard accordant même à ce dernier le rôle de fondateur [46][46] J. Everard, « Les îles normandes en 1204 : le rôle.... Ce problème de datation est important car si on place cette création vers 1155-1160, l’abbaye Saint-Hélier de Jersey ne peut avoir participé à la fondation de l’abbaye du Vœu (v. 1148-1151) [47][47] Sur ce point, voir plus bas, Des moines de Saint-Hélier.... Outre l’absence d’Henri Ier, parmi les bienfaiteurs de Saint-Hélier, la dédicace de l’abbaye en faveur d’un saint local [48][48] Hélier (vie siècle) quitte son pays natal (l’actuelle... est peut-être un indice d’une fondation liée à Henri II. En effet, Edina Bozoky rappelle que ce roi utilisa le culte des saints et des reliques, notamment locaux, pour légitimer et territorialiser son autorité [49][49] E. Bozoky, « Le culte des saints et des reliques dans... : il utilise les reliques des saints irlandais à partir de 1170-1171, pour mieux imposer son pouvoir en Irlande ; il assiste à la translation de saint Brieu et prend l’initiative de la translation de sainte Frideswide à Oxford [50][50] E. Bozoky, La politique des reliques de Constantin.... De même, Emma Mason montre l’utilisation du culte de saint Amadour, développé par Henri II, pour tenter de se concilier ses sujets aquitains [51][51] E. Mason, « “Rocamadour in Quercy above all other churches”:.... Ne faudrait-il pas voir dans le choix de dédicacer une abbaye à saint Hélier, surtout présent dans les diocèses de Coutances et de Rennes, un moyen de se concilier les Bretons, récemment soumis, et dont le sénéchal n’est autre que le [co-]fondateur de Saint-Hélier, Guillaume fils Hamon [52][52] Outre à l’abbaye à Jersey, saint Hélier est présent... ? Le choix de Jersey peut aussi s’expliquer par la nouvelle place qu’occupent les îles Anglo-Normandes dans l’espace Plantagenêt : les navires reliant l’Angleterre à la Bretagne ou à l’Aquitaine passent et s’arrêtent désormais à Jersey ou Guernesey [53][53] J. Le Patourel, « Guernsey, Jersey and their environment.... La présence d’une abbaye dédiée à un saint qui passa sa vie à lutter contre les pirates pouvait être appréciée par les marchands et autres marins fréquentant ces routes commerciales.

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La bulle pontificale octroyée à Saint-Hélier confirme cinq églises en Angleterre et en Écosse, mais ne mentionne pas les bienfaiteurs : ainsi l’acte atteste trois églises en Angleterre : l’église d’Hustone avec toutes ses dépendances, les églises de Rechborne et de Blontendone avec leurs dépendances [54][54] Papsturkunden in Frankreich, J. Ramackers (éd.), Neue.... En fait, une recherche dans le Domesday Book permet avec une quasi certitude de localiser ces trois églises : en effet, il existe (et il s’agit de la seule occurrence) un manoir nommé Blontesdone dans le Wiltshire, qui doit correspondre à l’église de Blontendone. Cette hypothèse est renforcée par le nom des manoirs qui entourent celui de Blontesdone : on trouve, à quatre kilomètres, les domaines de Redborne et de Hantone qui doivent correspondre aux églises de Rechborne et d’Hustone[55][55] Domesday Book, a complete translation, Ann Williams....

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Le fondateur de l’abbaye, Guillaume, fils Hamon, est très mal connu. John Le Patourel lui consacre deux pages dans Feudal Empires, Norman and Plantagenet[56][56] J. Le Patourel, Feudal Empires, Norman and Plantagenet,..., mais semble ignorer tout des origines et des possessions de Guillaume (il lui suppose des biens là où l’abbaye Saint-Hélier de Jersey est possessionnée) et hésite sur la date de sa mort [57][57] John Le Patourel indique que la mort de Guillaume fils.... Il signale seulement que Guillaume est un témoin régulier des actes d’Henri II dès 1149, et qu’il devait être accrédité à la cour de Bretagne [58][58] J. Le Patourel, Feudal Empires…, op. cit., ch. X, .... En fait, Guillaume apparaît chaque année comme seigneur de Warminster dès 1156 [59][59] The Great Rolls of the Pipe for the Second, Third,..., puis ajoute à ce titre celui de gardien du château de Salisbury de 1158 [60][60] Ibid., p. 116. à 1170-1171 [61][61] The Great Roll of the Pipe of the twentieth year of.... Il est aussi sénéchal de Bretagne jusqu’en 1175 [62][62] J. Le Patourel, Feudal Empires…, op. cit., ch. X, .... Guillaume fils Hamon meurt en 1175, année où chacune de ses charges est redistribuée [63][63] Robert Mauduit, chambellan royal, remplace Guillaume..., et où Sybille, sa femme doit payer à la Couronne 40 marcs pour avoir son douaire [64][64] Great Roll of the Pipe for the twenty-first year of.... Ce douaire, constitué de Stourmouth [65][65] Sturmetha. Stourmouth, comté du Kent., permet de connaître les origines de Guillaume fils Hamon : il est le fils d’Hamon, lui-même fils de Vital de Shofford [66][66] W. Urry, « The Normans in Canterbury », Annales de.... La famille est possessionnée dans le Kent, surtout autour de Canterbury, mais pas seulement [67][67] Ibid., Guillaume fils Hamon a ainsi donné l’église.... Guillaume fils Hamon est donc issu d’une famille seigneuriale de moyenne importance, sans grande fortune, mais qui en soutenant Henri II, avant son accession au trône, réussit une brillante carrière au service de la Couronne qui lui octroya, à titre viager, des revenus disséminés dans tout le domaine Plantagenêt. Ce statut lui permet de fonder une abbaye avec l’aide d’Henri II, ce dernier étant habitué à récompenser les soutiens du premier jour de cette façon [68][68] Voir plus bas au sujet de la fondation de l’abbaye....

Les patrimoines des abbayes du Vœu de Cherbourg et Saint-Hélier de Jersey

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Ces patrimoines ont une origine atypique comparée à celui des autres abbayes du diocèse de Coutances : il doit presque tout aux faveurs royales.

La formation des patrimoines des abbayes de Cherbourg (v. 1148 /1151-1186) et Saint-Hélier de Jersey

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Les patrimoines de ces deux abbayes sont difficiles à établir : une bulle pontificale d’Alexandre III de 1180 attribue aux moines de Saint-Hélier l’île de Herm et l’église de Hagh[69][69] Papsturkunden…, op. cit., p. 304-306, n° 205. Hagh,... ; pourtant on va voir que l’île d’Herm aurait été donnée par Henri II à Cherbourg ; de même, l’église de Hough (plus tard prieuré dépendant de Cherbourg) serait une aumône d’Henri II [70][70] W. Dugdale, Monasticon Anglicanum…, op. cit., t. VI,....

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La première charte conservée en faveur de l’abbaye du Vœu est un acte daté de 1148-1151 par lequel Mathilde l’Emperesse commande à Osbert de la Heuse de donner à l’abbaye de Cherbourg les terres de Beaumont-Hague qui appartenaient à Jocelin de Bohon, évêque de Salisbury, et à Thomas chapelain du comte d’Anjou [71][71] RRAN, t. III, p. 61, n° 168. Beaumont-Hague, dép. Manche,.... Puis, vers 1151, l’évêque de Coutances, Richard de Bohon, frère de Jocelin de Bohon céda le terrain où l’abbaye devait être édifiée [72][72] Arch. dép. Manche, 136 J ; BnF, ms lat. 10068, fol. 24 ;.... La participation de ces deux Bohon dans l’établissement de l’abbaye du Vœu symbolise le soutien de la famille à la cause angevine, ce dont témoigne encore leur présence fréquente en bas des actes de Mathilde et de son fils Henri. Par la suite on ne trouve aucune libéralité des Bohon ou de leurs vassaux en faveur du Vœu.

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Entre 1156 et 1160, Henri II donne à sa mère, Mathilde, pour qu’elle l’aumône ensuite à l’abbaye du Vœu, la chapellenie de Valognes ainsi que le domaine de Neuville-au-Plain, membre du domaine de Sainte-Mère-Église [73][73] Recueil des actes de Henri II…, op. cit., t. I, n° CXXXV,.... Peu après, il concède les églises de Beaumont-Hague et de Herqueville à l’abbaye de Cherbourg [74][74] Ibid., t. I, n° CCCLXXXIII, p. 515. Herqueville, dép...., et enfin toute l’île de Herm [75][75] Ibid., t. I, n° LX, p. 155-156 (1156-1158).. Plus tard, Mathilde achète pour l’abbaye tout ce que possède Roger de Magneville à Octeville (dont le patronage de l’église) [76][76] Ibid., t. II, n° DCCLVIII, p. 411 ; Arch. dép. Manche,.... Henri II offre aux chanoines de Cherbourg un bois près d’Octeville [77][77] Ibid., t. I, n° CCCXL, p. 483-484.. Le jour de la dédicace de l’abbaye, entre 1186 et 1188, Henri II cède les églises de Gatteville et de Barfleur (du moins ce qu’il en possède) [78][78] Ibid., t. II, n° DCCLXIV, p. 417..

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Mais à côté de ces faveurs royales, l’abbaye ne compte que peu de donateurs, et ces derniers sont surtout de petits seigneurs, tels Gautier de Chelk ou Richard du Pec. Ce dernier concède sa terre d’Arville contre une rente en argent [79][79] Ibid., t. II, n° DCX, p. 217-218 ; Arville, dép. Manche,.... L’abbaye doit en effet acheter une partie de son temporel, et ce dès le début de son existence, comme le confirme la bulle d’Alexandre III datée du 13 mai 1180 : quatre acres de terres dans la paroisse de Saint-Clément achetées à Alain du Mont, sept acres dans la paroisse de Grouville vendues par Guillaume de Seigleriz, une charruée de terre achetée à Jourdain de Barneville… [80][80] Papsturkunden…, op. cit., n° 205, p. 304-306 ; F. Dubosc,.... De même, une charte de l’archevêque de Rouen, Rotrou, rappelle que l’abbaye du Vœu a acheté une partie des biens du prieuré de Sausseuse dans le Cotentin [81][81] Arch. dép. Manche, H 3298 (détruit) copié dans Arch.....

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Un constat identique peut être fait pour l’abbaye Saint-Hélier de Jersey, qui doit la majeure partie de son temporel à Guillaume fils Hamon, son fondateur, et à Henri II, le reste venant d’achats [82][82] F. Dubosc, Inventaire sommaire…, op. cit., H 1971,... ou de donateurs occasionnels, voire exceptionnels, comme le montrent les possessions anglaises de l’abbaye. L’église d’Alyth en Écosse résulte d’une offrande du roi d’Écosse, David [83][83] The charters of King David I: the written acts of David I,... ; cette donation découle, sans doute, de la proximité entre les possessions de David dans le nord du Cotentin (notamment Querqueville) [84][84] David Ier, lorsqu’il n’était encore que comte de Cumbria,... et la localisation de Saint-Hélier, mais aussi du lien particulier qui unissait Arrouaise au roi d’Écosse [85][85] J. A. Green, The aristocracy of Norman England, Cambridge,.... L’église de Rodbourne, dépend du domaine royal sous Henri II [86][86] I. J. Sanders, English Baronies : a study of their..., c’est donc un don du roi. Les églises de Hampton et de Blunsdon appartiennent à l’époque de la rédaction du Domesday à Onfroy de l’Isle [87][87] Domesday Book…, op. cit., p. 182 (Hampton), p. 181..., puis passent à Renaud de Dunstanville, son gendre, et au fils de ce dernier, Robert [88][88] Onfroy de l’Isle a une fille, Adeline, qui hérite des.... Robert de Dunstanville († 1166-1167) étant un témoin régulier des actes d’Henri II [89][89] L. Delisle, Recueil des actes de Henri II…, op. cit.,..., on peut supposer que le don de Robert est consécutif à la donation par Henri II de l’église de Rodbourne, voisine des églises de Hampton et de Blunsdon, ou à la volonté de Robert de Dunstanville de doter une abbaye fondée avec le soutien d’Henri II.

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En 1185, les deux abbayes n’ont pas réussi à s’attacher le soutien d’une grande famille aristocratique locale. Elles doivent leur développement à la faveur royale qui diminue sous Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre [90][90] Richard Cœur de Lion, fils et successeur d’Henri II,....

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L’origine du temporel n’est pas le seul point commun que partagent les abbayes du Vœu et de Saint-Hélier : la tradition, reprise par certains historiens, veut que les deux abbayes aient eu le même premier abbé.

Des moines de Saint-Hélier pour fonder Cherbourg ?

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La Chronique de Robert de Torigni prête à Algare, évêque de Coutances, l’introduction de chanoines réguliers à Cherbourg [91][91] Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. I, p.... L’origine de ces chanoines n’est pas connue avec certitude ; deux propositions ont été avancées.

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Selon Ludo Milis, c’est à la demande de cet évêque que des chanoines de Saint-Hélier viennent peupler l’abbaye du Vœu [92][92] L. Milis, L’Ordre des chanoines réguliers…, op. cit.,... ; l’auteur justifie cette assertion par la Neustria Pia de Du Monstier [93][93] Neustria pia, p. 814., l’Histoire ecclésiastique de Trigan [94][94] C. Trigan, Histoire ecclésiastique de la province de... et l’Histoire du Cotentin et de ses îles de Dupont [95][95] G. Dupont, Histoire du Cotentin…, op. cit., t. I, ..., des ouvrages qui prennent comme argument un extrait du nécrologe de l’abbaye du Vœu : « VI calend. Februari : obiit Robertus abbas Sancti Helerii, qui dictum locum a fundamentis edificare cepit ». Le premier abbé de Cherbourg se nommant Robert, ces auteurs identifient le Robert, abbé de Saint-Hélier, avec le premier abbé de Cherbourg. Toutefois, cette seule citation ne permet pas une telle affirmation. « Le six des calendes de février (27 janvier) mourut Robert, abbé de Saint-Hélier, qui commença à bâtir le lieu depuis les fondements » [96][96] J’emprunte la traduction de ce passage à L.Couppey,... ; le texte est clair : le « dictum locum » fait référence à l’abbaye Saint-Hélier et non à l’abbaye du Vœu. La présence de cet abbé dans le nécrologe de l’abbaye du Vœu, comme la mention de Guillaume fils Hamon, fondateur de l’abbaye Saint-Hélier, s’explique par l’union des deux abbayes. Cette seule mention n’est pas suffisante pour faire du Robert abbé de Saint-Hélier, le premier abbé de Cherbourg, d’autant plus que lorsqu’un abbé fut en charge des deux communautés, le rédacteur du nécrologe le précise : ainsi l’abbé Benjamin est mentionné au dix des calendes de septembre (23 août) : « abbas Sancti Helerii et hujusque ecclesie Cesarisburgi ». La Gallia Christiana voit en Robert, premier abbé de Cherbourg, non pas l’abbé de Saint-Hélier, mais un chanoine de Saint-Victor de Paris [97][97] Gallia Christiana, t. XI, col. 941., conformément à ce que mentionne le Liber antiquitatum abbatiae regalis sancti Victoris Parisiensis[98][98] Liber antiquitatum abbatiae regalis sancti Victoris... et le nécrologe de l’abbaye Saint-Victor de Paris : « VII Cal. Febr. Anniversarium Roberti abbatis de Cherebore, canonici nostri professi » [99][99] A. Molinier, Obituaires de la province de Sens, Paris,....

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Accepter que l’abbé fondateur du Vœu soit un Victorin implique que ce monastère soit resté sans abbé jusque 1160, date généralement admise de l’introduction des Victorins à Cherbourg [100][100] R.-H. Bautier, « Les origines et les premiers développements..., ce qui est tout à fait possible ; ainsi, le Valasse que Mathilde fondait simultanément ne reçoit un abbé qu’en 1157 [101][101] A. Avenel (dir.), Le Valasse…, op. cit., t. 1, p. ....

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Un Robert de Cherbourg, chanoine de Saint-Victor, vit en Angleterre dans les années 1150, plus précisément dans l’abbaye d’Aymestrey, et rencontre régulièrement un des ses confrères, André de Saint-Victor, abbé de Wigmore [102][102] « The Chronicle of Wigmore Abbey », dans Three Anglo-Norman.... S’agit-il du futur abbé de Cherbourg ? Il semble que oui, puisque les archives de l’abbaye de Cherbourg ont conservé une lettre de Richard, abbé de Bristol (1148-av. 1176 / 1177) [103][103] The Cartulary of St Augustine’s Abbey, Bristol, D. Walker..., abbaye fondée à partir de moines de l’abbaye de Wigmore [104][104] Ibid., p. XXI., expliquant que leur « frère » Robert avait donné à l’abbaye de Bristol des biens à Cherbourg, mais qu’avec son autorisation et celle du convent il pouvait les reprendre pour en faire ce qu’il voulait [105][105] The National Archives, PRO 31/8/140B « Cartulaire de.... Cette lettre amène plusieurs interrogations : pourquoi un abbé rend-il à un de ses chanoines une de ses donations ? On peut supposer que cette donation du chanoine correspond à une partie des biens que ce dernier concéda lors de son entrée dans la communauté, pratique courante comme l’a montré Mathieu Arnoux [106][106] M. Arnoux, Des clercs au service de la réforme…, op. cit.,.... Rendre des biens à un chanoine de sa communauté paraît en contradiction avec la règle de saint Augustin qui précise que les chanoines n’ont pas le droit d’avoir de biens en propre [107][107] Règle de saint Augustin, chap. 8 (N’avoir rien en ..., et inopportun si le chanoine reste dans la communauté ; il faut donc en déduire que ce Robert, chanoine de Saint-Victor, qui possède des biens à Cherbourg, quitte l’abbaye de Bristol. Seconde interrogation : pourquoi en informer les religieux de Cherbourg ? Il semble que la seule explication soit qu’ils sont concernés (d’ailleurs le simple fait que cette lettre ait été conservée dans le chartrier de Cherbourg prouve qu’elle est dans leur intérêt). Robert, chanoine de Bristol, serait donc parti à Cherbourg.

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Il faut enfin remarquer que Bristol, pendant la guerre qui opposa Mathilde à Étienne, fut une des places fortes fidèles à Mathilde, choisie notamment pour garder Étienne prisonnier en 1141. L’abbaye Saint-Augustin de Bristol est d’ailleurs fondée en 1140, par Robert fils Harding (partisan de Mathilde qu’elle récompensa de la baronnie de Berkeley) [108][108] D. Sivier, Anglo-Saxon and Norman Bristol, Stroud,..., qui rappelle dans une confirmation à Bristol que cette dernière a été fondée « par la grâce de Dieu et par l’aide de son seigneur le roi [Henri II] » [109][109] W. Dugdale, Monasticon Anglicanum…, op. cit., t. VI,... . On peut alors supposer qu’une fois l’ordre des chanoines réguliers de saint Augustin choisi pour Cherbourg, avant 1151, Mathilde pensa aux chanoines de Saint-Victor qui depuis 1148 étaient installés à Bristol, chanoines qu’elle avait donc sans doute pu voir à l’œuvre avant son départ d’Angleterre. Si Robert a des racines autour de Cherbourg, on comprend facilement la décision de la part des Victorins de le choisir comme chef de la communauté de l’abbaye du Vœu : celui-ci, à travers sa famille, possède déjà un réseau local.

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L’introduction des Victorins à Cherbourg aurait, de plus, été facilitée par Henri II [110][110] M. Chibnall, The Empress Matilda…, op. cit., p. 18..., proche de l’abbé de Saint-Victor de Paris, un Anglo-Normand nommé Achard, déjà parrain d’Aliénor, fille de Henri II, et qui devint évêque d’Avranches en 1161 [111][111] J. Châtillon, Théologie, spiritualité et métaphysique....

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Le rôle des moines de Saint-Hélier, et notamment de son abbé Robert, est donc loin d’être établi dans la fondation de l’abbaye du Vœu. Il doit même sans doute être remis en question. Si l’action de Robert n’est pas connue avec certitude, celle de l’abbé Benjamin comme premier lien entre les deux communautés est incontestable.

Une première tentative d’union : l’abbatiat de Benjamin

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À la mort de Robert, vers 1168, il semble qu’aucun abbé n’ait été élu. On retrouve à la tête de l’abbaye de Cherbourg, Jonas [112][112] Jonas fut envoyé par son abbé Ernis à Cherbourg en..., un chanoine de Saint-Victor. Néanmoins, il ne fut jamais abbé, comme le montre une lettre qu’il écrivit à l’abbé de Saint-Victor, entre 1167 et 1172, dans laquelle il ne porte pas le titre d’abbé [113][113] Bibl. mun. Cherbourg, ms 214, fol. 4-5 (Liber antiquitatum.... Cette situation, d’une abbaye sans abbé, semble avoir perduré plusieurs années. Ainsi, Henri II écrit, avant 1172-1173, à l’évêque Richard de Bohon pour lui demander de confirmer l’église de Vasteville à l’abbaye et aux chanoines, et parle des affaires « du prieur et de l’abbaye du Vœu de Cherbourg » [114][114] Recueil des actes de Henri II…, op. cit., t. I, n° CCCCIX,.... Si un abbé avait été à la tête de Cherbourg, l’église aurait été confirmée à « l’abbé et à l’abbaye ». On conserve la charte de l’évêque, consécutive à la demande du roi : l’évêque précise qu’il remet l’église à l’abbaye de Cherbourg « per manum prioris ejus Baldoini » [115][115] Arch. dép. Manche, H 3843 (détruit), copié dans Arch..... Une autre charte appuie l’idée d’une absence d’un abbé à Cherbourg : un acte de Rotrou, archevêque de Rouen, confirme la vente concernant des biens dans le Cotentin, par le prieur de Sausseuse au prieur de Cherbourg [116][116] Arch. dép. Manche, 136 J (cf. n. 81 de cet article.... Aucun document ne mentionne un abbé à Cherbourg au cours des années 1170, alors que le prieur est évoqué à plusieurs reprises, comme on vient de le voir. Comme dans plusieurs abbayes bénédictines, le premier supérieur n’a pas toujours porté le titre d’abbé [117][117] V. Gazeau, Normannia…, op. cit., t. I, p. 13 et t. II,.... Avant 1180, Rotrou indique d’ailleurs que les deux monastères sont trop pauvres pour survivre et décide alors qu’il serait fait des deux un seul troupeau qui aurait un seul pasteur. Il remet l’abbaye de Cherbourg à Benjamin, abbé de Saint-Hélier, et réduit à l’état de prieuré cette dernière abbaye [118][118] F. Dubosc, Inventaire sommaire…, op. cit., H 1970..... La bulle pontificale datée du 13 mai 1180 et octroyée à Benjamin, abbé de Cherbourg, confirme cette transformation [119][119] F. Dubosc, Inventaire sommaire…, op. cit., H 1974..

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L’abbaye de Cherbourg n’ayant pas d’abbé, le choix de l’abbé de Saint-Hélier pour diriger les deux communautés paraît évident. Néanmoins Benjamin étant abbé de Saint-Hélier depuis au moins 1172 [120][120] Entre 1168 et 1172, Benjamin, abbé de Saint-Hélier,..., on peut se demander pourquoi Henri II et Rotrou n’ont pas agi dès la mort de Robert, « abbé » de Cherbourg. La date de l’union, entre 1172 et 1180, est peut-être à mettre en relation avec la mort du fondateur de Saint-Hélier, Guillaume fils Hamon, en 1175. On peut ainsi supposer qu’une fois le fondateur mort (sans descendant), il fut plus facile d’unir l’abbaye Saint-Hélier à l’abbaye de Cherbourg, fondée par la mère du roi.

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Dans un premier temps, cette union ne posa sans doute pas de problème : l’abbaye de Cherbourg trouvait un abbé, et celle de Saint-Hélier, si elle était réduite au rang de prieuré, pouvait compter sur l’abbé Benjamin pour défendre ses acquis et ses particularités. Toutefois, cette nouvelle communauté réunissait des chanoines de deux ordres différents, posant ainsi la question de la viabilité d’une telle union sur le long terme.

Unir Cherbourg et Saint-Hélier : un choix complexe mais nécessaire

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L’union de deux abbayes étant un acte rare, il faut s’interroger sur les causes qui ont poussé Henri II et l’archevêque de Rouen Rotrou à une telle politique, et se demander quels facteurs ont encouragé la soumission de Saint-Hélier à Cherbourg. S’agit-il d’une conséquence d’un dépérissement de la vie spirituelle, comme à l’abbaye d’Eu, seule autre communauté relevant de l’ordo d’Arrouaise en Normandie [121][121] J. Châtillon, Le mouvement canonial au Moyen Âge…,... ? L’absence de mention d’un relâchement spirituel, souvent utilisé notamment lors de la suppression des collégiales séculières au xiie siècle, indique que la raison est à chercher ailleurs.

Entre facteur économique et spirituel, les raisons du rassemblement des deux communautés

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Selon Ludo Milis, il s’agit d’une volonté « arbitraire » de remplacer, par des Victorins, les Arrouaisiens, qui n’étaient souhaités ni par le clergé séculier (l’archevêque notamment) ni par le pouvoir normand [122][122] L. Milis, L’Ordre des chanoines réguliers…, op. cit.,.... Le parti pris pour les Victorins ne peut pas être nié notamment de la part de l’archevêque de Rouen qui, selon Mathieu Arnoux, souhaitait regrouper les établissements canoniaux en réseaux plus ou moins hiérarchisés [123][123] M. Arnoux, Des clercs au service de la réforme…, op. cit.,.... Cette idée lui fait dire : « on [les Victorins] les trouve ainsi à Eu, malgré la présence des Arrouaisiens peu après l’arrivée de l’archevêque Hugues, puis à Cherbourg où de même, ils absorbent après 1145 le chapitre arrouaisien de Saint-Hélier » [124][124] Ibid., p. 28.. Selon Jean Châtillon la raison est non d’ordre politique mais économique : il explique ainsi que « l’abbaye [Saint-Hélier] devint très prospère, mais cette prospérité allait contribuer à sa ruine » [125][125] J. Châtillon, Le mouvement canonial au Moyen Âge…,.... Il précise plus loin que « la vie ne devait pas être très facile à Notre-Dame du Vœu. […] C’est pour y porter remède que le roi Henri II […] décida de réunir l’abbaye Saint-Hélier à celle de Cherbourg […]. La riche abbaye Saint-Hélier était ainsi réduite à n’être plus qu’un prieuré, dépendant de Notre-Dame du Vœu » [126][126] Ibid., p. 125.. L’idée que Saint-Hélier était une abbaye prospère vient d’un passage de la chronique de Robert de Torigni qui affirme que cette dernière abbaye était trois fois plus riche que l’abbaye de Cherbourg, tant en Normandie qu’en Angleterre [127][127] Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. II, .... Toutefois Henri II, dans sa charte, estime que les deux abbayes sont trop pauvres pour se développer séparément, et « sur le conseil de Rotrou et de beaucoup de vénérables et religieuses personnes ecclésiastiques », décide de réunir les deux communautés [128][128] F. Dubosc, Inventaire sommaire…, op. cit., H 1972 ;.... Il faudrait donc retenir le facteur économique comme raison principale. Même si le facteur politique ne peut être rejeté, il faut revenir sur le temporel des deux abbayes. La bulle d’Alexandre III, datée du 13 mai 1180, fait le point sur les possessions de Cherbourg, lui attribuant d’ailleurs déjà l’abbaye Saint-Hélier, tout en détaillant séparément les biens de cette dernière communauté [129][129] Papsturkunden…, op. cit., n° 205, p. 304-306.. Si la liste des biens donne un (léger) avantage à l’abbaye Saint-Hélier, l’idée d’un temporel trois fois plus important doit être écartée : l’abbaye du Vœu possède trois églises (patronage et dîmes) de plus que Saint-Hélier en Normandie, mais Saint-Hélier détient cinq églises en Angleterre et en Écosse, tandis que Cherbourg n’y a rien ; le domaine des deux abbayes semblent se valoir. Les deux abbayes sont de richesses « égales », mais cela ne permet pas pour autant de juger si ces deux abbayes sont pauvres ou non. Une comparaison sur la consistance des patrimoines des deux abbayes canoniales avec celui de Saint-Lô [130][130] Ibid., n° 277 (25 novembre 1186), p. 371-374 ; Recueil... (fondée au début des années 1130) et celui de Blanchelande [131][131] Papsturkunden…, op. cit., n° 227 (21 mai 1183), p. 324-326 ;... (fondée en 1154), deux autres abbayes canoniales, dans les années 1180, permet de se rendre compte que les abbayes de Cherbourg et de Saint-Hélier sont moins bien dotées.

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Deux autres points doivent être avancés : la qualité des bienfaiteurs des deux abbayes et la possibilité d’expansion de leur patrimoine. L’abbaye du Vœu compte deux bienfaiteurs principaux au début des années 1180 : le roi Henri II et Osbert de la Heuse. Le premier favorise Cherbourg car la fondatrice n’est autre que sa mère. Toutefois, comme le note Mathieu Arnoux, ses largesses concernent, d’une manière générale, peu les chanoines [132][132] M. Arnoux, Des clercs au service de la réforme…, op. cit.,..., et une comparaison avec d’autres abbayes, comme celles de Montebourg ou Blanchelande, montre que les donations reçues par Cherbourg n’ont rien d’exceptionnel. Quant à Osbert de la Heuse, il meurt en 1186, sans descendance connue. L’abbaye n’a donc aucun soutien durable. Pour l’abbaye Saint-Hélier, la situation n’est guère plus brillante. Elle est dotée surtout, outre par son fondateur, par les familles de Carteret [133][133] Cartulaire de Jersey, Guernesey et les autres îles... et de Barneville [134][134] Ibid., n° 239, p. 322-323., qui ne se sont que des familles de second ordre. Le fondateur, Guillaume fils Hamon, meurt en 1175, sans descendance connue. Une « faiblesse » importante ressort de ce constat : à la différence de l’abbaye de Montebourg qui se développe grâce à la puissante famille des Reviers-Vernon et ses vassaux, ou des abbayes de Blanchelande et Lessay, qui comptent parmi leurs bienfaiteurs, les La Haye et les Hommet, connétables de Normandie, les abbayes du Vœu et Saint-Hélier n’ont pas de bienfaiteurs capables de soutenir leurs développements. La marge d’expansion du temporel de ces deux abbayes est, en 1185, pourtant possible, comme le montre, par exemple, le taux encore important de patronage laïc dans la région : dans le doyenné de La Hague, 25 % des patronages sont aux mains des seigneurs laïcs [135][135] Voir les annexes 1 et 2.. Mais pourtant, Cherbourg et Saint-Hélier ne profitent pas de cette situation pour accroître leurs possessions. Deux raisons l’expliquent : tout d’abord, comme on vient de l’évoquer, l’absence d’une grande lignée aristocratique soutenant l’expansion de ces deux maisons, à laquelle s’ajoute la concurrence d’autres communautés religieuses : l’abbaye de Montebourg contrôle le nord-est du Cotentin (Val-de-Saire), les deux seules églises relevant pour partie de Cherbourg, Barfleur et Gatteville, sont des donations d’Henri II [136][136] Recueil des actes de Henri II…, op. cit., t. II, n° DCCLXIV,.... L’aire d’influence « naturelle » de l’abbaye du Vœu, comme celle de Saint-Hélier, reste le nord-ouest du Cotentin (La Hague), où là aussi la concurrence est rude : des prieurés extérieurs à ces monastères sont bien établis. Certains précèdent la fondation de Cherbourg et Saint-Hélier, comme celui d’Héauville fondé au xie siècle [137][137] L. Couppey, Notes historiques sur le prieuré conventuel..., mais d’autres sont postérieurs aux fondations des dites abbayes. C’est le cas du prieuré de Vauville, fondé au début des années 1160 par les Vauville [138][138] C. Mauduit, Étude d’une famille de l’aristocratie normande :..., famille sur laquelle Guillaume le Conquérant s’est appuyé pour fonder sa collégiale castrale de Cherbourg [139][139] M. Fauroux, Recueil des actes des ducs de Normandie.... Ces derniers ne confient pas le nouveau prieuré à l’abbaye de Cherbourg, ce qui souligne un peu plus son manque d’attractivité auprès des seigneurs locaux, mais à l’abbaye de Cerisy, qui possédait déjà deux patronages dans Jersey et un patronage dans l’ouest du Cotentin [140][140] R. Toustain de Billy, Histoire ecclésiastique du diocèse…,.... Dans le sud de la Hague, les abbayes de Cherbourg et de Saint-Hélier sont en rivalité avec l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte [141][141] L’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte à la fin du xiie siècle..., déjà bien établie et qui possède aussi cinq des douze patronages de Jersey. Il y a donc peu de place pour Cherbourg et Saint-Hélier.

Une seule abbaye, mais laquelle ?

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Alors que l’abbaye Saint-Hélier possède un temporel légèrement supérieur à celui de l’abbaye de Cherbourg, le choix de réduire Saint-Hélier en prieuré de Cherbourg peut surprendre. Pour Jean Chatillon, l’explication tient dans le réseau de relations que possède chaque communauté et relève le soutien du clergé séculier pour l’abbaye du Vœu. On doit y ajouter Henri II, en tant que fils de la fondatrice. À un niveau plus local, Osbert de la Heuse, connétable de Cherbourg dès 1154 et bailli du Cotentin dès 1172, est un bienfaiteur important de l’abbaye, faisant bâtir dans l’abbaye même, sur ordre du roi, une maison « avec des communs adaptés à son usage, où il passe tout le temps que ne lui prend le soin de sa charge » [142][142] Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. II, .... Il choisit d’ailleurs de finir sa vie comme chanoine de l’abbaye du Vœu (il meurt en 1185) [143][143] Ibid., t. II, p. 135.. De par son appartenance à Saint-Victor de Paris, Cherbourg a aussi le soutien du clergé séculier, comme on l’a déjà évoqué. De son côté, l’abbaye de Saint-Hélier ne peut compter que sur son fondateur, proche du roi Henri II : Guillaume fils Hamon, sénéchal de Bretagne, mais celui-ci meurt en 1175. L’abbaye Saint-Hélier se retrouve ainsi sans doute sans protecteur au moment où la fusion entre les deux abbayes est envisagée peu avant 1180. Par ailleurs, la position géographique de l’abbaye Saint-Hélier est sans doute une contrainte importante : elle est la seule abbaye établie dans les îles Anglo-Normandes, loin de tout centre de pouvoir ; la distribution géographique des possessions de Saint-Hélier rend difficile leur exploitation par une petite communauté (une petite moitié du temporel se trouve en Angleterre et en Écosse). Enfin, on peut se demander si la dédicace de l’abbaye en l’honneur de saint Hélier, un saint local, a peut-être aussi joué un rôle dans la décision de la réduire en prieuré : l’abbaye de Cherbourg, à l’inverse, est dédiée à la Vierge, dont le culte prend progressivement une place privilégiée au cours du xiie siècle.

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L’union, nécessaire, ne prévoyait pas, semble-t-il, quelle règle devraient suivre les chanoines des deux communautés, l’archevêque de Rouen n’ayant rien spécifié. L’abbé Benjamin, ancien abbé de Saint-Hélier, permit vraisemblablement aux chanoines de Saint-Hélier de continuer à vivre selon la tradition arrouaisienne.

Une abbaye, un abbé, une règle : le rappel à l’ordre du roi et de l’archevêque de Rouen (1185-1187)

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À la mort de Benjamin, sans doute vers 1184, les deux maisons religieuses durent s’affronter. Henri II note dans une charte datée de 1185 que l’union réalisée par Rotrou en 1179, n’avait pas fonctionné comme espéré [144][144] Recueil des actes de Henri II…, op. cit., t. II, n° DCLII,.... Devant une telle situation, le nouvel archevêque de Rouen, Gautier de Coutances, avec l’appui du roi Henri II réaffirma l’union des deux abbayes en 1185 [145][145] Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. II, p. 133-134..... Pour clore le problème de l’observance religieuse, il fut décidé que l’abbaye de Cherbourg devait suivre la règle de Saint-Victor de Paris. Sans doute, pour s’assurer de la réussite de cette deuxième entreprise, l’archevêque plaça comme nouvel abbé de Cherbourg, son chapelain, Richard, qui était aussi chanoine de l’abbaye de Saint-Victor de Paris [146][146] Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. II, p. 134..... La volonté de faire disparaître les Arrouaisiens de Saint-Hélier ne suffit pas à décourager ces derniers. Ainsi ils envoyèrent une lettre au nouveau pape, Urbain III, qui par une bulle datée du 24 août 1186, confirma l’appartenance de l’abbaye à l’ordre canonial, dans la fidélité à la règle de saint Augustin et aux coutumes d’Arrouaise [147][147] Papsturkunden…, op. cit., p. 365-368, n° 274..

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Toutefois, les Arrouaisiens ne purent pas profiter longtemps de la protection pontificale, puisque le même pape envoya une seconde bulle, en 1187, qui cette fois prescrivait de suivre les décrets des archevêques Rotrou et Gautier, c’est-à-dire de suivre l’observance du rit victorin [148][148] Gallia Christiana, t. XI, Instrumenta, col. 250-25....

Conclusion

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La réduction de l’abbaye Saint-Hélier de Jersey en prieuré en 1180 dépendant de l’abbaye du Vœu de Cherbourg est la conséquence d’enjeux qui dépassent le simple résultat de l’affrontement entre Victorins et Arrouaisiens suggéré par l’historiographie traditionnelle. Il est vrai qu’en 1186, les Arrouaisiens ont été éliminés du Cotentin.

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La survie des deux jeunes communautés, dont on a proposé une révision des circonstances de la fondationla première, Cherbourg, fondée entre 1148 et 1151, la seconde, Saint-Hélier de Jersey, vers 1155-1160fut rapidement en jeu. Mathilde l’Emperesse s’est pourtant appuyée sur un ordre puissant de chanoines réguliers, qui a mis à la tête de la communauté un supérieur expérimenté : les Victorins envoient à Notre-Dame du Vœu un de leurs religieux, Robert de Cherbourg, qui s’est notamment formé en Angleterre, vivier important de futurs abbés ou évêques normands [149][149] À la même époque, plusieurs ecclésiastiques vinrent....

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Le rôle et l’intérêt du pape Alexandre III dans l’union de ces deux abbayes, peu importantes, doit être souligné. Il envoie une bulle dès 1180, soit moins d’un an après la première union, à l’abbé Benjamin. On a ainsi l’impression que le pape soutient fermement la décision d’unir les deux abbayes [150][150] Je remercie ici Véronique Gazeau de m’avoir suggéré....

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Le cas de l’union de Cherbourg et de Saint-Hélier montre finalement que le développement d’une abbaye ne résulte pas de la volonté des seuls fondateurs, mais procède d’une suite d’événements complexes. Un établissement religieux s’insère le plus souvent dans un environnement local déjà marqué par une occupation humaine et des structures ecclésiales et politiques antérieures. Son devenir dépend étroitement du contexte régional : émulation aristocratique, concurrence entre les différents types de maisons religieuses, dynamisme économique.


Annexe

Les patronages d’églises dans le Cotentin septentrional en 1180

Abréviations

40

Actes de Henri II… : L. Delisle, Recueil des actes de Henri II, roi d’Angleterre et duc de Normandie concernant les provinces françaises et les affaires de France, Paris, Imprimerie nationale et C. Klincksieck, 1916-1927, 3 vol.

41

Calendar… : J. H. Round, Calendar of Documents Preserved in France: 918-1206, Londres, Eyre and Spottiswoode, 1899.

42

Cartulaire de Bricquebec… : C. Bréard (éd.), Cartulaires de Saint-Ymer-en-Auge et Bricquebec, Rouen, Lestringant, et Paris, Picard, 1908.

43

Cartulaire de Cormery… : Cartulaire de Cormery, précédé de l’histoire de l’abbaye et de la ville de Cormery d’après les chartes, J.-J. Bourassé (éd.), Tours, Société Archéologique de Touraine, 1861.

44

Cartulaire des îles normandes… : Cartulaire de Jersey, [puis] Guernesey et les autres îles normandes : recueil de documents concernant l’histoire de ces îles conservés aux Archives du département de la Manche, Société Jersiaise (éd.), Saint-Hélier, Beresford, 1918-1924.

45

Cartulaire du chapitre… : Le cartulaire du chapitre cathétral de Coutances, J. Fontanel (éd.), Saint-Lô, Archives départementales de la Manche, 2003.

46

Cartulaire normand… : L. Delisle (éd.), Cartulaire normand de Philippe Auguste, Louis VIII, saint Louis et Philippe le Hardi, Caen, Société des antiquaires de Normandie, 1882.

47

Cartulary of Mont-Saint-Michel… : The Cartulary of the Abbey of Mont-Saint-Michel, K. Keats-Rohan (éd.), Donington, Shaun Tyas, 2006.

48

Charters of King David… : The charters of King David the written acts of David king of Scots 1124-1153 and of his son Henry earl of Northumberland 1139-1152, G. W. S. Barrow (éd.), Woodbridge, Boydell Press, 1999.

49

« Chartes normandes… » : P. Marchegay (éd.), « Chartes normandes de l’abbaye de Saint-Florent près Saumur (710-1200) », Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, t. XXX, 1880, p. 663-711.

50

Grestain… : C. Bréard, L’abbaye de Notre-Dame de Grestain, de l’ordre de Saint-Benoît, à l’ancien diocèse de Lisieux, Rouen, A. Lestringant, 1904.

51

Héauville… : L. Couppey, Notes historiques sur le prieuré conventuel d’Héauville à La Hague, Imprimerie de l’Eure, Évreux, 1898.

52

Histoire ecclésiastique… : R. Toustain de Billy, Histoire ecclésiastique du diocèse de Coutances, Rouen, C. Métérie, 1874-1886, 3 vol. [151][151] René Toustain de Billy, religieux du xviie siècle,....

53

Histoire du Cotentin… : G. Dupont, Histoire du Cotentin et de ses îles, Caen, Le Blanc-Hardel, 1870-1885, 4 vol.

54

« Magni rotuli… » : A. Léchaudé d’Anisy (éd.), « Magni rotuli Scaccarii Normanniae », Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, t. XV, 1846, p. I-X, 1-356.

55

Papsturkunden… : Papsturkunden in Frankreich, J. Ramackers (éd.), Neue Folge, II, Normandie, Göttingen, Vandenhoeck, 1937.

56

« Polyptychum… » : « Polyptychum dioecesis Constantiensis », Recueil des historiens des Gaules et de la France, L. Delisle (dir.), Paris, V. Palmé, 1840-1904, t. 23, p. 493-542.

57

Priory of Bruton… : Two Cartularies of the Augustinian Priory of Bruton and the Cluniac Priory of Montacule in the County of Somerset, Londres, Harrison and Sons (Somerset Record Society, vol. 8), 1894.

58

RADN : M. Fauroux (éd.), Recueil des actes des ducs de Normandie de 911 à 1066, complété d’un index rerum par Lucien Musset, Caen, Caron, 1961.

59

Rotuli Chartarum… : Rotuli chartarum in Turri Londinensi asservati, T. D. Hardy (éd.), Londres, Public Records, 1937.

60

S.S.V. : L. Delisle, Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-Le-Vicomte suivie de pièces justificatives, Paris, Auguste Durand, 1867.


Possessions des patronages et dîmes d’églises dans le Cotentin septentrional en 1180
Les possessions de l’abbaye Saint-Hélier en Angleterre et en Écosse en 1180

Notes

[*]

CRAHAM, UMR 6273, Université de Caen Basse-Normandie, F 14032 Caen. Je tiens à remercier Madame Véronique Gazeau, pour ses pistes et ses conseils précieux, ainsi que pour ses relectures attentives.

[1]

En 1149, à la suite d’une « grave faute », l’abbaye de Baume est réduite en prieuré dépendant de Cluny (D. Riche, L’Ordre de Cluny à la fin du Moyen Âge. « Le vieux pays clunisien », xiie-xve siècles, Saint-Étienne, Presses universitaires de Saint-Étienne, 2000, p. 121). C’est aussi le cas de l’abbaye d’Amesbury, où les mœurs des religieuses conduisirent, en 1177, Henri II à dissoudre l’abbaye pour en faire un prieuré dépendant de Fontevraud (R. B. Pugh, E. Crittall (éd.), A History of the County of Wiltshire, Londres, Victoria County History, 1956, vol. 3, p. 242-259).

[2]

En 1096, l’abbaye Saint-Vigor de Bayeux est donnée par l’évêque de Bayeux à Saint-Bénigne de Dijon, qui la réduit en prieuré (V.Gazeau, Normannia monastica, Caen, Publications du CRAHM, 2007, 2 vol., t. I : Princes normands et abbés bénédictins (xe-xiie siècle), p. 40). Autre exemple, l’abbaye Saint-Hippolyte de Combertault (dép. Côte-d’Or, cant. Beaune), dépendant de l’abbaye Saint-Étienne de Caen est échangée à la fin du xie siècle contre divers biens normands de l’abbaye Saint-Bénigne de Dijon, qui la réduit en prieuré (J.-M. Bouvris, « La date de l’échange des biens normands de Saint-Bénigne de Dijon (à Saint-Aubert-sur-Orne et à Longchamps) contre la possession bourguignonne de Saint-Étienne de Caen (à Combertault) », dans J.-M. Bouvris (dir.), Dans les marais du Cotentin à la fin du xie siècle, Caen, Société des Antiquaires de Normandie, 2009, p. 121-126).

[3]

L’abbaye de Deux-Jumeaux en est un exemple : L. Musset, « Notes sur l’ancienne abbaye de Deux-Jumeaux. […] Sa restauration et sa réduction à l’état de prieuré dépendant de Cerisy au xiie siècle », Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, t. 53, 1957, p. 405-421 ; L. Musset, « Monachisme d’époque franque et monachisme d’époque ducale en Normandie : le problème de la continuité », dans L. Musset (dir.), Aspects du monachisme en Normandie, Paris, J. Vrin, 1982, p. 64-65.

[4]

V. Gazeau, Normannia…, op. cit., t. I, p. 40.

[5]

Cartulaire de Jersey, [puis] Guernesey et les autres îles normandes : recueil de documents concernant l’histoire de ces îles conservés aux Archives du département de la Manche, Société Jersiaise (éd.), Saint-Hélier, Beresford, 1918-1924,, n° 229, p. 308-309 (charte de Rotrou), n° 230, p. 309-310 (charte de Gautier). Recueil des actes de Henri II, roi d’Angleterre et duc de Normandie concernant les provinces françaises et les affaires de France, L. Delisle (éd.), Paris, Imprimerie nationale et C. Klincksieck, 1916-1927, 3 vol., t. II, n° DCLII, p. 267-268.

[6]

L. Milis, L’Ordre des chanoines réguliers d’Arrouaise, Bruges, De Tempel, 1969, p. 173-177 ; J. Châtillon, Le mouvement canonial au Moyen Âge. Réforme d’Église, spiritualité et culture, Turnhout, Brepols, 1992, p. 119-128 [Id., « Arrouaisiens et Victorins en Normandie », Recueil d’études normandes en hommage au docteur Jean Fournée (Cahiers Léopold Delisle, numéro exceptionnel, 1978), Nogent-sur-Marne, 1979, p. 83-91].

[7]

S. Hasquenoph, Histoire des ordres et congrégations religieuses en France du Moyen Âge à nos jours, Paris, Champ Vallon, 2009, p. 366 : « En Normandie, […], les chanoines d’Arrouaise se disputent la prééminence avec les Victorins. Il est vrai que ces derniers sont très dynamiques et même offensifs. […] [Ils] parviennent à éliminer les chanoines d’Arrouaise ».

[8]

P.-R. Gaussin, « Y a-t-il eu une politique monastique des Plantagenêt ? », Cahiers de civilisation médiévale, 29e année, n° 113-114, janvier-juin 1986, Y a-t-il une civilisation du monde plantagenêt ?, Actes du Colloque d’Histoire médiévale, Fontevraud, 26-28 avril 1984, p. 83-94 ; R. Foreville, « Tradition et renouvellement du monachisme dans l’espace Plantagenêt au xiie siècle », Ibid., p. 66-72 (L’entrée en jeu de Henri II Plantagenet après 1170).

[9]

J. Châtillon, Le mouvement canonial au Moyen Âge…, op. cit., p. 120-121.

[10]

L. Milis, L’Ordre des chanoines réguliers…, op. cit.

[11]

D. Knowles, The Heads of Religions Houses : England and Wales, 940-1216, Cambridge, Cambridge University Press, 1972, p. 162 (Dorchester), p. 164 (Hartland), p. 171 (Lessnes et Lilleshall), p. 179 (Notley) et 188 (Warter).

[12]

E. Chognot, Notice sur l’abbaye d’Autrey : d’après des documents inédits, Épinal, Imprimerie de V. Collot, 1884 ; Autrey (dép. Vosges, cant. Rambervillers).

[13]

R. Foreville, « Tradition et renouvellement du monachisme… », op. cit., p. 61, 66.

[14]

Gallia christiana in provincias ecclesiasticas distributa, in qua series et historia archiepiscoporum, episcoporum et abbatum regionum omnium quas vetus Gallia complectebatur ab origine ecclesiarum ad nostra tempora deducitur, et probatur ex authenticis instrumentis ad calcem appositis, Congrégation de Saint-Maur (éd.), Paris, Imprimerie royale, 1759 (maintenant Gallia Christiana), t. XI, col. 940 ; A. Du Monstier, Neustria pia, seu de omnibus et singulis abbatiis et prioratibus totius Normaniae, Rouen, J. Berthelin, 1663 (maintenant Neustria Pia), p. 813.

[15]

Une charte, conservée aux Archives de la Manche (détruite en 1944) et copiée par Gerville comme par Léchaudé d’Anisy (The National Archives, PRO 31/8/140B « Cartulaire de Basse-Normandie » par Léchaudé d’Anisy, 3 vol., vol. 2, p. 99-100, n° 1) pose problème pour la datation de la fondation de l’abbaye du Vœu : en effet, cet acte est une donation du seigneur d’Aurigny à l’abbaye du Vœu datée de 1122. En fait, la date est manifestement fausse, puisque la donation comporte notamment une rente de deux sous angevins (Ibid. : duobus solidos Andegaventium annuatim libere quiete et absolute ab omnibus que ad me pertinent) ; or la première mention de cette monnaie en Normandie date de 1139 et elle ne devient « monnaie officielle de l’empire plantagenêt » qu’en 1174 (F. Dumas, J. Pilet-Lemière, « La monnaie », dans M. d’Onofrio, Les Normands peuple d’Europe, 1030-1200, Paris, Flammarion, 1994, p. 60-63 ; F. Dumas, « Les monnaies normandes (xe-xiie siècles) avec un répertoire des trouvailles », Revue numismatique, t. 21, 1979, p. 97). L’acte date sans doute de la seconde moitié du xiie siècle (le donateur appose son sceau, élément dont sont dépourvus les plus grands des seigneurs du Cotentin au milieu des années 1150), sans plus de précision possible, puisqu’aucune des chartes de confirmation, tant épiscopales que royales, n’évoque cette donation.

[16]

M. Chibnall, The Empress Matilda. Queen consort, Queen mother and Lady of the English, Oxford et Cambridge, Blackwell, 1991, p. 179 : « Using her own personal resources, she re-founded the house of secular canons (Notre-Dame-du-Vœu) established at Cherbourg by her grandfather ». L. Milis, L’Ordre des chanoines réguliers…, op. cit., p. 176.

[17]

Le cartulaire du chapitre cathédral de Coutances, J. Fontanel (éd.), Saint-Lô, Arch. dép. Manche, 2003, n° 339, p. 483-489 (1063-1066).

[18]

Ibid., n° 290, p. 431. L’acte est daté de 1164-1173.

[19]

Arch. dép. Manche, H 185 (détruit). Bibl. Beaux-Arts Caen, fonds Mancel, ms 299, fol. 82-88 (copie de Charles Duhérissier de Gerville).

[20]

Regesta Regum Anglo-Normannorum 1066-1154 (maintenant RRAN), t. III, Regesta Regis Stephani ac Mathildis imperatricis ac Gaufridis ac Henrici Ducum Normannorum, 1135-1154, H. A. Cronne et R. H. C. Davis (éd.), Oxford, Oxford University Press, 1968, p. 61, n° 168. Les éditeurs justifient cette datation en supposant que cette charte a été envoyée une fois Mathilde revenue en Normandie (1148) et avant la mort de son mari le comte Geoffroy (septembre 1151), car un des chapelains de ce dernier est évoqué dans la charte ; il faut néanmoins noter que la charte ne précise pas le lieu. On ajoutera qu’il est fait mention de terres appartenant à Jocelin de Bohon, évêque de Salisbury, concédées à l’abbaye ; or ce dernier fait la paix avec Mathilde le 10 juin 1148 à Falaise (Ibid., p. 291-292, n° 794).

[21]

Arch. dép. Manche, 136 J : « Diximus vobis, karissima domina, et dicimus, dictumque nostrum presenti scripto designamus, ut de loco illo qui est apud Cesaris Burgum Deo et sancte religioni prepositus et dicatus, et abbatia Voti dicitur, pro beneplacito voluntatis vestre faciatis. Liberum enim reddimus eum vobis et quietum, cum omnibus pertinentiis ejus tam prebendis quam elemosinis aliis, ad faciendum inde in honore Dei et sancte religionis in quocunque ordine sublimitati vestre placuerit, salvo jure Constanciensis ecclesie » ; BnF, ms lat. 10068, fol. 24 ; J. H. Round, Calendar of Documents Preserved in France: 918-1206, Londres, Eyre and Spottiswoode, 1899, vol. 1, no 933, p. 334.

[22]

Marjorie Chibnall propose, à partir de ces deux mêmes chartes, l’année 1151 pour la « refondation » de l’abbaye du Vœu. M. Chibnall, The Empress Matilda…, op. cit., p. 159, n° 77.

[23]

Recueil des actes de Henri II…, op. cit., t. I, n° CCCXL, p. 483-484 ; Équeurdreville, dép. Manche, cant. Cherbourg.

[24]

Ibid., t. I, n° CXXXV, p. 243.

[25]

L’abbaye du Vœu était située à la limite de Cherbourg et d’Équeurdreville, limite symbolisée jusque 1786 par la rivière Chantereyne et ses marécages. Cette rivière présente, à plusieurs reprises, une bifurcation dont les deux bras se rejoignent formant une île, d’où l’expression d’île du Hommet. Le terme d’ancien français « croûte », dans les chartes latines crypta, signifie lieu souterrain (grotte) ou lieu caché. Les divers aménagements du château de Cherbourg au xviie siècle ont supprimé ce paysage. J. Vastel, Étude toponymique de trois communes du nord de la Manche : Cherbourg, Équeurdreville, Hainneville, Mémoire de maîtrise (dactylographiée) sous la direction de René Lepelley, Université de Caen, UFR de lettres modernes, 1973.

[26]

Arch. dép. Manche, H 2736. L’échange est aussi évoqué dans une charte d’Henri II confirmant les biens de l’abbaye de Saint-Lô (Recueil des actes de Henri II…, op. cit., t. II, n° DCCXXXV, p. 365). Dans la même volonté, reposant sans doute à ce que le lieu où l’abbaye est établie, et tout ce qui en dépend, n’appartienne qu’aux chanoines du Vœu, l’évêque de Coutances, Richard de Bohon, à la demande de Mathilde, fait une nouvelle donation où il concède deux parties des dîmes de tous fruits dans sa paroisse d’Équeurdreville et dans toute leur [celle des chanoines] croûte du Hommet (Arch. dép. Manche, H 2739 (détruit), copié par Paul Le Cacheux, Arch. dép. Manche, 136 J : « concedimus vobis et presenti scripto conferimus, intra parochiam nostram de Esquedrevilla, duas partes decimorum universorum fructum totiusque cryptae vestrae quae dicitur de Hometo » ; la charte date d’entre 1165, puisque figure parmi les témoins Henri, évêque de Bayeux (1165-1205), et 1167, année où Mathilde, évoquée dans la charte, meurt).

[27]

Chronique de Robert de Torigni, abbé du Mont-Saint-Michel, suivie de divers opuscules historiques de cet auteur et de plusieurs religieux de la même abbaye, L. Delisle (éd.), Rouen, A. Le Brument et Ch. Métérie, 1872-1873, 2 vol., t. I, p. 257.

[28]

R. Toustain de Billy, Histoire ecclésiastique du diocèse de Coutances, Rouen, C. Métérie, 1874-1886, 3 vol., t. I, p. 202-203.

[29]

Outre, ces deux abbayes (Cherbourg et le Valasse) nommées « du Vœu », une troisième et dernière abbaye répond à ce nom : l’abbaye de Tintern (comté de Wexford, Irlande) fondée par William Marshall, comte de Pembroke, en 1200, à la suite d’un vœu qu’il avait fait alors que son bateau était pris dans une tempête (D.Robinson, Tintern abbey, 4e éd., Cardiff, Cadw Welsh Historic Monuments, 2002).

[30]

Dans le Monasticon Anglicanum de Dugdale, sur les six chartes consacrées à Cherbourg, trois concernent en fait le Valasse (W. Dugdale, Monasticon Anglicanum : a History of the Abbies and other Monasteries, Hospitals, Frieries, and Cathedral and Collegiate Churches, with their Dependencies, in England and Wales, Londres, Longman, Hurst, Rees, Orme & Brown, 1817-1830, 6 vol., t. 6, p. 1110-1112, n° I à III). De même, dans une lettre de Jean de Salisbury, destinée à Thomas Becket, archevêque de Canterbury, il est indiqué que Mathilde l’Emperesse a envoyé l’abbé de Notre-Dame-du-Vœu auprès du pape Alexandre III, afin qu’il lui dise qu’elle allait convaincre le roi de se ranger à l’avis du pontife (W.J. Millor, C. Brooke (éd.), The Letters of John of Salisbury, Volume Two : The Later Letters (1163-1180), Oxford, Oxford University Press, 1979, n° 144, p. 30-31.). De quel abbé s’agit-il ? Celui de Cherbourg ou celui du Valasse ? Pour l’abbé Couppey, qui écrit l’histoire de l’abbaye du Vœu à travers ses abbés, nul doute que cet abbé est celui de Cherbourg (L. Couppey, L’Abbaye de Notre-Dame du Vœu près Cherbourg (Manche) : Chronique des abbés, Évreux, Imprimerie de l’Eure, 1913, p. 5-6). La Gallia Christiana accorde, elle aussi, le rôle de messager de l’impératrice à l’abbé de Cherbourg (Gallia Christiana, t. XI, col. 941) ; la dernière édition des lettres de Jean de Salisbury préfère y voir l’abbé du Valasse, sans meilleure raison toutefois (W.J. Millor, C. Brooke (éd.), The Letters of John of Salisbury…, op. cit., n° 144, p. 30-31). Les auteurs justifient ce choix en utilisant la chronique du Valasse (Chronicon Valassense truncatum a R. P. Arturo du Monstier in sua Neustria pia, integrum necnon variis adnotationibus vindicatum ac illustratum de novo edidit, F. Somménil (éd.), Rouen, Lebrument et Fleury, 1868 p. 113). Or, la page 113 de l’ouvrage ne correspond pas à la chronique elle-même, mais aux notes de l’auteur concernant la chronique, ici une courte biographie de l’abbé du Valasse (Richard de Blosseville), où F. Somménil, s’appuyant sur la Neustria Pia (Neustria Pia, p. 856) affirme que cet abbé fut celui choisi par l’impératrice Mathilde pour rencontrer le pape. Le problème est que l’auteur de la Neustria Pia utilise la lettre de Jean de Salisbury pour justifier son assertion. Néanmoins de nouveaux arguments permettent de valider le choix de l’abbé du Valasse comme messager auprès du pape (V. Gazeau, « Jalons pour une enquête prosopographique : les abbés cisterciens en Normandie », dans J. Quaghebeur et S. Soleil (dir.), Le pouvoir et la foi au Moyen Âge en Bretagne et dans l’Europe de l’Ouest, Mélanges en mémoire du professeur Hubert Guillotel, Rennes, PUR, 2010, p. 85).

[31]

Chronique de Mortemer, p. 159.

[32]

A. Avenel (dir.), Le Valasse, Rouen, Éditions des Falaises, 2009-2010, 2 vol., t. 1, p. 59.

[33]

Chronicon Valassense…, op. cit., p. 8-9.

[34]

Selon l’auteur du Neustria Pia, le vœu lié à la fondation de l’abbaye de Cherbourg est la promesse faite par Mathilde, alors qu’elle était en mer et que son navire était en péril, de fonder une abbaye si elle atteignait la terre (Neustria Pia, p. 813).

[35]

Arch. dép. Seine-Maritime, 18 H 1, fol. 35-36v ; Chronicon Valassense..., op. cit., p. 59-60.

[36]

D. Crouch, The Beaumont Twins: the Roots and Branches of Power in the Twelfth Century, Cambridge, Cambridge University Press, 1985, p. 74, 77.

[37]

Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. I, p. 229.

[38]

Chroniques des comtes d’Anjou et des seigneurs d’Amboise, L. Halphen et R. Poupardin (éd.), Paris, Auguste Picard, 1913, p. 229-231.

[39]

Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. II, p. 133-134.

[40]

L. Milis, L’Ordre des chanoines réguliers…, op. cit., p. 177. Pour appuyer cette hypothèse, il faut savoir que Guillaume fils Hamon (comme l’abbaye Saint-Hélier plus tard) a des biens dans le Lincolnshire ; or l’évêque de Lincoln, Alexandre (1123-1148), est un grand bienfaiteur d’Arrouaise : il fonde l’abbaye arrouaisienne de Dorchester (Oxfordshire) en 1140, à 50 km des possessions anglaises de Saint-Hélier (A. G. Dyson, « The Monastic Patronage of Bishop Alexander of Lincoln », The Journal of Ecclesiastical History, vol. 26, janvier 1975, p. 1-24).

[41]

T. Corneille, Dictionnaire universel, géographique et historique, Paris, Jean-Baptiste Coignard, 1708, t. II, p. 184 ; A.-F. Lecanu, Histoire des évêques de Coutances : depuis la fondation de l’évêché jusqu’à nos jours, Coutances, J.-B. Voisin, 1839, p. 140 ; G. Dupont, Histoire du Cotentin et de ses îles, Caen, Le Blanc-Hardel, 1870-1885, 4 vol., t. I, p. 319.

[42]

L. Milis, L’Ordre des chanoines réguliers…, op. cit., p. 174 ; J. Chatillon, Le mouvement canonial au Moyen Âge…, op. cit., p. 123 ; M. Arnoux, Des clercs au service de la réforme…, op. cit., p. 21.

[43]

W. B. Stevenson, « English Rules in the Channel Islands in a period of transition (1204-1259) », Société Guernésiaise, Report and Transactions, t. XX, 1977, p. 237.

[44]

J. Le Patourel, « Le monachisme normand dans les îles de la Manche pendant le Moyen Âge », dans L. Musset (dir.), Aspects du monachisme en Normandie (ive-xviiie siècle), Paris, J. Vrin, 1982, p. 109.

[45]

Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. II, p. 134.

[46]

J. Everard, « Les îles normandes en 1204 : le rôle décisif de l’aristocratie normande », dans 1204, La Normandie entre Plantagenêts et Capétiens, A.-M. Flambard Héricher, V. Gazeau (dir.), Caen, Publications du CRAHM, 2007, p. 218.

[47]

Sur ce point, voir plus bas, Des moines de Saint-Hélier pour fonder Cherbourg ?

[48]

Hélier (vie siècle) quitte son pays natal (l’actuelle Belgique) pour rejoindre le monastère de Nanteuil (dép. Manche, cant. Montebourg), dirigé par (saint) Marcouf, qui l’envoie avec un compagnon à l’île de Jersey dont les habitants demandaient de l’aide contre les attaques de pirates. Hélier s’installe alors sur un rocher d’où il voyait les voiles des navires des pirates au loin et pouvait signaler aux habitants de se sauver. Après 13 ans de prières et de miracles, les pirates s’emparent de l’ermite et le décapitent. Selon la légende, le saint prit sa tête dans ses mains et les pirates terrorisés s’enfuirent. L. Delisle, « Lettre à monsieur de Caumont, en réponse à la 1ere question d’histoire », Congrès scientifique de France, t. 27, 1861, n° 2, p. 157 ; Acta sanctorum julii : ex latinis et graecis, aliarumque gentium monumentis, servata primigenia veterum scriptorum phrasi, Société des Bollandistes (éd.), Bruxelles, Société des Bollandistes, 1719-1731, t. IV, p. 148-152.

[49]

E. Bozoky, « Le culte des saints et des reliques dans la politique d’Henri II et de Richard Cœur de Lion », dans La cour Plantagenêt (1154-1204). Actes du colloque international, Thouars, 30 avril-2 mai 1999, M. Aurell (dir.), Poitiers, Centre d’Études Supérieures de Civilisation Médiévale, 2000, p. 277-291.

[50]

E. Bozoky, La politique des reliques de Constantin à Saint Louis : protection collective et légitimation du pouvoir, Paris, Beauchesne, 2006, p. 161.

[51]

E. Mason, « “Rocamadour in Quercy above all other churches”: the Healing of Henry II », Studies in Church History, t. 19, 1982, p. 51.

[52]

Outre à l’abbaye à Jersey, saint Hélier est présent aujourd’hui dans la Manche à Querqueville (cant. Équeurdreville-Hainneville) avec une statue, à Omonville-la-Roque (cant. Beaumont-Hague) avec une peinture murale, à Bréville-sur-Mer (cant. Bréhal) avec une statue, et dans de nombreuses chapelles du diocèse de Coutances ; en Bretagne, à Rennes (église Saint-Hélier), à Saint-Jouan-des-Guérets (dép. Ille-et-Vilaine, cant. Saint-Malo) avec une fontaine, et dans de nombreuses chapelles du diocèse de Rennes ; mais aussi à Beuzeville (dép. Eure, ch.-l. cant.) avec une église, à Monhoudou (dép. Sarthe, cant. Marolles-les-Braults) avec une église, à Challain-la-Potherie (dép. Maine-et-Loire, cant. Candé) avec une statue et une fontaine.

[53]

J. Le Patourel, « Guernsey, Jersey and their environment in the Middles Ages », dans Feudal Empires, Norman and Plantagenet, Londres, Hambledon Press, 1984, p. 435-461 ; J. Everard, « Les îles normandes… », op. cit., p. 218-219.

[54]

Papsturkunden in Frankreich, J. Ramackers (éd.), Neue Folge, II, Normandie, Gottingen, Vandenhoeck, 1937, n° 205, p. 304-306.

[55]

Domesday Book, a complete translation, Ann Williams & Geoffroy Haward Martin (éd.), Londres, Alecto historical Editions, 1992, p. 181 (Blontendone, Blunsdon, Wiltshire), p. 183 (Rechborne, Rodbourne, Wiltshire), p. 182 (Hustone, Hampton, Wiltshire). Voir l’annexe 3.

[56]

J. Le Patourel, Feudal Empires, Norman and Plantagenet, Londres, Hambledon Press, 1984, ch. X, p. 117-118 (appendix 1 : Guillaume fils Hamon, premier sénéchal de Bretagne).

[57]

John Le Patourel indique que la mort de Guillaume fils Hamon est « survenue presque certainement en novembre 1172 » (J. Le Patourel, Feudal Empires…, op. cit, p. 117). À la suite de John Le Patourel, Judith Everard et, après elle, Katharine Keats-Rohan choisissent 1172 comme date de mort de Guillaume fils Hamon (J. Everard, Brittany and the Angevins: province and empire, 1158-1203, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, p. 207 ; K. S. B. Keats-Rohan, Domesday Descendants : A Prosopography of Persons Occurring in English Documents 1066-1166II : Pipe Rolls to Cartae Baronum, Woodbridge, Boydell & Brewer, 2002, p. 903). Léopold Delisle écrit que Guillaume fils Hamon « figure dans presque tous les Pipe Rolls de la série jusqu’ici publiée et qui s’arrête à l’année 1176 » (L. Delisle, Recueil des actes de Henri II, roi d’Angleterre et duc de Normandie concernant les provinces françaises et les affaires de France, Paris, Imprimerie nationale, 1909, vol. Introduction, p. 479). En fait, ces deux auteurs se trompent : jusqu’en 1173-1174, le Pipe Roll contient bien le nom de Guillaume fils Hamon (The Great Roll of the Pipe of the twentieth year of the reign of the king Henry the second, a.d. 1173-1174, The Pipe Roll Society (éd.), Londres, Wyman and sons, 1896, vol. XXI, p. 28), mais en 1174-1175 puis en 1175-1176, il ne s’agit plus de Guillaume fils Hamon, mais de sa femme. Guillaume fils Hamon serait ainsi mort en 1175, bien que sa femme ne soit pas qualifiée de relicta.

[58]

J. Le Patourel, Feudal Empires…, op. cit., ch. X, p. 117-118.

[59]

The Great Rolls of the Pipe for the Second, Third, and Fourth Years of the Reign of King Henry the Second, a.d. 1155, 1156, 1157, 1158, J. Hunter (éd.), Londres, H.M.S.O., 1930, p. 57.

[60]

Ibid., p. 116.

[61]

The Great Roll of the Pipe of the twentieth year of the reign of the king Henry the second, a.d. 1170-1171, The Pipe Roll Society (éd.), Londres, Wyman and sons, 1893, vol. XVI, p. 19.

[62]

J. Le Patourel, Feudal Empires…, op. cit., ch. X, p. 117-118.

[63]

Robert Mauduit, chambellan royal, remplace Guillaume fils Hamon, tant comme gardien du château de Salisbury que comme seigneur de Warminster (The Great Roll of the Pipe of the twentieth year of the reign of the king Henry the second, a.d. 1175-1176, The Pipe Roll Society (éd.), Londres, Wyman et sons, 1904, vol. XXV, p. 171). Guillaume fils Hamon fut remplacé comme sénéchal de Bretagne en 1175 (B.-A. Pocquet du Haut-Jussé, « Les Plantagenêts et la Bretagne », Annales de Bretagne, t. 53, n° 2, 1946, p. 22).

[64]

Great Roll of the Pipe for the twenty-first year of the reign of the king Henry the second, a.d. 1174-1175, The Pipe Roll Society (éd.), Londres, Wyman and sons, 1897, vol. XXII, p. 217 : « Sybilla uxorWillelmi filiis Hamonis redd’ comp’ […] pro habenda dote sua de Sturmetha » ; The Great Roll of the Pipe for the twenty-second year of the reign of the king Henry the second, a.d. 1175-1176, The Pipe Roll Society (éd.), Londres, Wyman and sons, 1905, vol. XXV, p. 208 : « Sybilla uxorWillelmi filiis Hamonis redd’ comp’ […] pro habenda dote sua de Sturmetha ».

[65]

Sturmetha. Stourmouth, comté du Kent.

[66]

W. Urry, « The Normans in Canterbury », Annales de Normandie, vol. VIII, n° 2, 1958, p. 131-132.

[67]

Ibid., Guillaume fils Hamon a ainsi donné l’église de Ditton (comté de Kent ; à 60 km de Stourmouth) au prieuré de Leeds, sa femme, Sybille, étant témoin ; il a aussi doté le prieuré Saint-Laurent de Canterbury (Ibidem).

[68]

Voir plus bas au sujet de la fondation de l’abbaye de Bristol.

[69]

Papsturkunden…, op. cit., p. 304-306, n° 205. Hagh, Hough-on-the-Hill, Lincolnshire.

[70]

W. Dugdale, Monasticon Anglicanum…, op. cit., t. VI, p. 1029, n° I (1165). Cette charte d’Henri II, datée de 1165, est douteuse puisqu’il s’y intitule notamment dominus Hiberniae, titre qu’il prend à partir de 1171, lors de la conquête de l’Irlande. Certaines chartes d’Henri II ont été retravaillées. Le but de cette réécriture est obscur, puisque l’abbaye de Cherbourg est effectivement propriétaire des biens cités (après la fusion avec Saint-Hélier) ; le seul « intérêt » est de taire son premier détenteur, Saint-Hélier.

[71]

RRAN, t. III, p. 61, n° 168. Beaumont-Hague, dép. Manche, ch.-l. cant.

[72]

Arch. dép. Manche, 136 J ; BnF, ms lat. 10068, fol. 24 ; J. H. Round, Calendar of Documents Preserved in France : 918-1206, Londres, Eyre and Spottiswoode, 1899, vol. 1, no 933, p. 334.

[73]

Recueil des actes de Henri II…, op. cit., t. I, n° CXXXV, p. 243. Valognes, dép. Manche, ch.-l. cant. ; Neuville-au-Plain, dép. Manche, cant. Sainte-Mère-Église.

[74]

Ibid., t. I, n° CCCLXXXIII, p. 515. Herqueville, dép. Manche, cant. Beaumont-Hague.

[75]

Ibid., t. I, n° LX, p. 155-156 (1156-1158).

[76]

Ibid., t. II, n° DCCLVIII, p. 411 ; Arch. dép. Manche, H 1960 (détruit), copié dans The National Archives, PRO 31/8/140B, « Cartulaire de Basse-Normandie » par Léchaudé d’Anisy, 3 vol., t. 1, p. 100-101, n° 2 : Sciant omnes tam presentes quam futuri quod ego Rogerus de Magnevilla vendidi domine imperatrici Mathildi quicquid habeo in Octevilla in ecclesia et capella et in feodo laico cum omnibus pertinentiis in bosco et in plano. Et hec venditio facta est pro sex viginti libris Andegavensibus quas domina imperatrix michi donavit. Hoc autem affidavi ad tenendum et ad warantizandum ego et heredes mei domine imperatrici et eis quibus ipsam terram illam dederit et concesserit. Et hanc conventionem […] stabilis et rata teneatur in perpetuum carta mea confirmavi. His testibus ex parte imperatricis : episcopo Constanciensi Ricardo, Ricardo de Humetis constabulario, Engueranno de Bohun, Ricardo de Haia, Hugone de Meheudin ; ex parte Rogerii : priore sancti Laudi Osberto, Jordano de Barnevilla, Ricardo de Sauceio, Johanne de Annevilla, Willelmo de Monasteriis, Rogero de Halla, Nicolao de Folin, Ricardo de Langetot, apud Pratum. Cherbourg-Octeville, dép. Manche, ch.-l. cant.

[77]

Ibid., t. I, n° CCCXL, p. 483-484.

[78]

Ibid., t. II, n° DCCLXIV, p. 417.

[79]

Ibid., t. II, n° DCX, p. 217-218 ; Arville, dép. Manche, cant. Quettehou, com. Sainte-Gene-viève.

[80]

Papsturkunden…, op. cit., n° 205, p. 304-306 ; F. Dubosc, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 : département de la Manche, t. II (abbaye de Cherbourg), Saint-Lô, A. Jacqueline, 1865, H 1971, p. 298-299.

[81]

Arch. dép. Manche, H 3298 (détruit) copié dans Arch. dép. Manche, 136 J : R. Dei gratia Rothomagensis archiepiscopus presentibus et futuris salutem. Pactionem factam inter dilectos filios nostros priorem Salicose et priorem Caesaris Burgi ratam esse volumus sicut facta fuit in presentia episcopi Constantiensis et sicut carta ejusdem testatur, scilicet de feodo Mabilie de Anfrevilla quem prefatus prifatus (sic) prior Salicose vendidit priori Caeris Burgi. Ut ergo pactio ista rata et inviolabilis permaneat presenti scripto et sigilli nostri munimine confirmamus.

[82]

F. Dubosc, Inventaire sommaire…, op. cit., H 1971, H 1975, p. 298-299.

[83]

The charters of King David I: the written acts of David I, king of Scots, 1124-1153, and of his son, Henry earl of Northumherland, 1139-1152, G. Barrow (éd.), Woodbridge, Boydell Press, 1999, n° 257, p. 166.

[84]

David Ier, lorsqu’il n’était encore que comte de Cumbria, reçut du roi Henri Ier, peu après 1106, des terres dans le Cotentin. R. Oram, David I. The king who made Scotland, Stroud, Tempus, 2004, p. 59-63. Il existe une statue de saint Hélier dans l’église de Querqueville (voir note 52).

[85]

J. A. Green, The aristocracy of Norman England, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, p. 406-407.

[86]

I. J. Sanders, English Baronies : a study of their origin and descent, 1086-1327, Oxford, Clarendon Press, 1963, p. 93 ; K. S. B. Keats-Rohan, « The Devolution of the Honour of Wallingford, 1066-1148 », Oxoniensia, t. 54, 1989, p. 311-318.

[87]

Domesday Book…, op. cit., p. 182 (Hampton), p. 181 (Blunsdon St Andrew). Sur Onfroy de l’Isle, v. K. S. B. Keats Rohan, Domesday People. A Prosopography of Persons Occuring in English Documents 1066-1166: I.Domesday Book, Woodbridge, Boydell & Brewer, 1998, p. 275.

[88]

Onfroy de l’Isle a une fille, Adeline, qui hérite des biens de son père (Ibid., p. 275). Elle se marie avec Renaud de Dunstanville. W. Dugdale, Monasticon Anglicanum…, op. cit., t. II, p. 66, n° III : Adeliza de Insula […] Reginaldi de Dunstanvilla viri sui.

[89]

L. Delisle, Recueil des actes de Henri II…, op. cit., Introduction, p. 441.

[90]

Richard Cœur de Lion, fils et successeur d’Henri II, accorde deux chartes à Cherbourg ; la première est une notification selon laquelle il a pris l’abbaye sous sa garde (C. Fagnen, Essai sur quelques actes normands de Richard Cœur de Lion, Thèse de l’École nationale des chartes, 1971, n° 90), la seconde est une confirmation des donations de son père (Le cartulaire du chapitre cathédral de Coutances…, op. cit., no 33, p. 131-132). Jean sans Terre ne donne qu’une charte de confirmation répétant celle de Richard Cœur de Lion (J. H. Round, Calendar of Documents Preserved in France : 918-1206, Londres, Eyre and Spottiswoode, 1899, vol. 1, n° 956), alors qu’il dote l’abbaye de Blanchelande à Jersey (Ibid., n° 873, 874).

[91]

Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. I, p. 257.

[92]

L. Milis, L’Ordre des chanoines réguliers…, op. cit., p. 176.

[93]

Neustria pia, p. 814.

[94]

C. Trigan, Histoire ecclésiastique de la province de Normandie, avec des observations critiques et historiques, Caen, Pierre Chapolin, 1761, 4 vol., t. IV, p. 255-256.

[95]

G. Dupont, Histoire du Cotentin…, op. cit., t. I, p. 358.

[96]

J’emprunte la traduction de ce passage à L.Couppey, L’Abbaye de Notre-Dame du Vœu près Cherbourg (Manche) : Chronique des abbés, Évreux, Imprimerie de l’Eure, 1913, p. 3.

[97]

Gallia Christiana, t. XI, col. 941.

[98]

Liber antiquitatum abbatiae regalis sancti Victoris Parisiensis, cap. XIII, p. 136 : « de fundatione abbatie de Chereborc in Normannia et ejus primo abbate Roberto Victorino ». On trouve une copie de ce manuscrit à la Bibliothèque municipale de Cherbourg : Bibl. mun. Cherbourg, ms. 214, fol. 2.

[99]

A. Molinier, Obituaires de la province de Sens, Paris, Imprimerie nationale, Recueil des historiens de la France, 1902, t. I, p. 538 ; J. Châtillon, Le mouvement canonial au Moyen Âge…, op. cit., p. 124.

[100]

R.-H. Bautier, « Les origines et les premiers développements de l’abbaye Saint-Victor de Paris », dans J. Longère (éd.) L’abbaye parisienne de Saint-Victor au Moyen Âge, Turnhout, Brepols, 1991, p. 62. R. Berndt, André de Saint-Victor ([d.] 1175) : exégète et théologien, Turnhout, Brepols, 1991, p. 35, n° 96.

[101]

A. Avenel (dir.), Le Valasse…, op. cit., t. 1, p. 58.

[102]

« The Chronicle of Wigmore Abbey », dans Three Anglo-Norman Chronicles, P.T. Ricketts (éd.), Manchester, Anglo-Norman Text Society, 2011, p. 11.

[103]

The Cartulary of St Augustine’s Abbey, Bristol, D. Walker (éd.), Gloucester, Gloucestershire Record Series, 1998, p. XXIII. Sur la fondation de l’abbaye : Ibid., p. XIV-XV.

[104]

Ibid., p. XXI.

[105]

The National Archives, PRO 31/8/140B « Cartulaire de Basse-Normandie » par Léchaudé d’Anisy, 3 vol., vol. 2, p. 110 : Richardus abbas Sancti Augustini de Bristod totiusque conventus Sancti Augustini de Bristod omnibus probis hominibus de Caraburgo salutem. Notum facimus vestre dilectioni nos concessisse Roberto canonico fratre nostro ut ipse terram nostram de Caraburgo, quam habuit ecclesia nostra de dono ejus, cui voluerit vendat, et quicquid ipse fecerit de terra illa vendenda, nos idipsum ratum habebimus et factum ejus super hoc ubique garantizabimus. Et si ille qui eam emerit, cartam nostram de ipsa emptione habere voluerit nos ei illam habere fecimus. Valete ; J. H. Round, Calendar of Documents Preserved…, op. cit., n° 942 (indique par erreur, que le chanoine se nomme Richard) ; F. Dubosc, Inventaire sommaire…, op. cit., H 2438.

[106]

M. Arnoux, Des clercs au service de la réforme…, op. cit., p. 157-162.

[107]

Règle de saint Augustin, chap. 8 (N’avoir rien en propre).

[108]

D. Sivier, Anglo-Saxon and Norman Bristol, Stroud, Tempus, 2002, p. 75-76 ; H. Barkly, « The Earlier House of Berkeley », Transactions of the Bristol and Gloucestershire Archaeological Society, vol. 8, 1883-1884, p. 193-223.

[109]

W. Dugdale, Monasticon Anglicanum…, op. cit., t. VI, n° III, p. 366.

[110]

M. Chibnall, The Empress Matilda…, op. cit., p. 180.

[111]

J. Châtillon, Théologie, spiritualité et métaphysique dans l’œuvre oratoire d’Achard de Saint-Victor : études d’histoire doctrinale précédées d’un essai sur la vie et l’œuvre d’Achard, Paris, Vrin, 1969, p. 84 (Cherbourg), p. 93-95 (parrain d’Aliénor) ; R. Foreville, « L’Église anglo-normande au temps du bienheureux Achard de Saint-Victor, évêque d’Avranches, 1161-1171 », Revue de l’Avranchin et du pays de Granville, t. 39, 1961, p. 153-176 ; V. Gazeau, Normannia…, op. cit., t. I, p. 326.

[112]

Jonas fut envoyé par son abbé Ernis à Cherbourg en disgrâce, pour n’avoir pas su gérer le prieuré d’Ambert (dép. Loiret, cant. Fleury-les-Aubrais, comm. Chanteau) dont il avait la charge. F. Bonnard, Histoire de l’abbaye royale et de l’ordre des chanoines réguliers de Saint-Victor de Paris (1130-1500), Paris, Arthur Savaete, 1904, 2 vol., t. I, p. 159, 230-231.

[113]

Bibl. mun. Cherbourg, ms 214, fol. 4-5 (Liber antiquitatum abbatiae regalis sancti Victoris Parisiensis). Il s’agit d’une lettre adressée à l’abbé Ernis (sur cet abbé, D. Lohrmann, « Ernis, abbé de Saint-Victor (1167-1172) », dans J. Longère (dir.), L’abbaye parisienne de Saint-Victor…, op. cit., p. 181-194).

[114]

Recueil des actes de Henri II…, op. cit., t. I, n° CCCCIX, p. 537-538.

[115]

Arch. dép. Manche, H 3843 (détruit), copié dans Arch. dép. Manche, 136 J ; R. Toustain de Billy, Histoire ecclésiastique du diocèse…, t. I, p. 235-236. L’abbé Couppey, dans son livre l’Abbaye de Notre-Dame du Vœu près Cherbourg (Manche) : Chronique des abbés a bien repéré Jonas, mais ignore le prieur Baudouin. Dans une charte d’Henri II adressée à l’abbaye de Saint-Lô (Recueil des actes de Henri II…, op. cit., t. II, n° DCCXXXV, p. 365), il est mentionné la donation suivante : « une acre de terre contre La Bucaille donnée par Baudouin, prieur, et le convent de Sainte-Marie du Vœu en échange de la partie de dîme que possédaient les moines [de Saint-Lô] sur la terre sur laquelle l’abbaye [de Cherbourg] est située ». Léopold Delisle identifie l’abbaye du Vœu comme étant celle du Valasse, alors qu’il s’agit de celle de Cherbourg comme l’indique le nom du prieur, et le fait que l’abbaye de Saint-Lô possède plusieurs biens à Équeurdreville, paroisse où est implantée l’abbaye du Vœu de Cherbourg (Papsturkunden…, op. cit., n° 28 (1145), p. 92-94, n° 167 (1177), p. 260-263).

[116]

Arch. dép. Manche, 136 J (cf. n. 81 de cet article).

[117]

V. Gazeau, Normannia…, op. cit., t. I, p. 13 et t. II, p. 133-134.

[118]

F. Dubosc, Inventaire sommaire…, op. cit., H 1970. Une bulle du pape Urbain III de 1186 énumérant les possessions de l’abbaye du Vœu de Cherbourg, confirme l’action de Rotrou : « le monastère de Saint-Hélier dans l’île de Jersey, dans les conditions auxquelles l’archevêque de Rouen, Rotrou, de bonne mémoire le concéda à votre église, d’une concession rendue authentique, tant par le rescrit qu’il donna à cette occasion, que par la charte dans laquelle son successeur notre vénérable frère Gautier vous a confirmé la possession de ce susdit monastère » (Gallia Christiana, t. XI, Instrumenta, col. 250).

[119]

F. Dubosc, Inventaire sommaire…, op. cit., H 1974.

[120]

Entre 1168 et 1172, Benjamin, abbé de Saint-Hélier, achète un bien à Jourdain de Barneville. F. Dubosc, Inventaire sommaire…, op. cit., H 1967.

[121]

J. Châtillon, Le mouvement canonial au Moyen Âge…, op. cit., p. 121.

[122]

L. Milis, L’Ordre des chanoines réguliers…, op. cit., p. 177.

[123]

M. Arnoux, Des clercs au service de la réforme…, op. cit., p. 70.

[124]

Ibid., p. 28.

[125]

J. Châtillon, Le mouvement canonial au Moyen Âge…, op. cit., p. 124.

[126]

Ibid., p. 125.

[127]

Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. II, p. 134.

[128]

F. Dubosc, Inventaire sommaire…, op. cit., H 1972 ; Recueil des actes de Henri II…, op. cit., t. II, n° DCLII, p. 267-268.

[129]

Papsturkunden…, op. cit., n° 205, p. 304-306.

[130]

Ibid., n° 277 (25 novembre 1186), p. 371-374 ; Recueil des actes de Henri II…, op. cit., t. II, n° DCCXXXV (1180-1189), p. 363-367.

[131]

Papsturkunden…, op. cit., n° 227 (21 mai 1183), p. 324-326 ; Recueil des actes de Henri II…, op. cit., t. I, n° XXXIV, p. 135-136, n° CCLXXVI, p. 423, n° CCCCXII, p. 540.

[132]

M. Arnoux, Des clercs au service de la réforme…, op. cit., p. 143 : « De fait le Plantagenêt [Henri II] ne se montre prodigue de ses actes que pour quelques établissements choisis : Cherbourg, Le Plessis-Grimoult ou le Mont-aux-Malades ».

[133]

Cartulaire de Jersey, Guernesey et les autres îles normandes, Société Jersiaise (éd.), Jersey, libr. Beresford, 1918-1924, n° 240, p. 323.

[134]

Ibid., n° 239, p. 322-323.

[135]

Voir les annexes 1 et 2.

[136]

Recueil des actes de Henri II…, op. cit., t. II, n° DCCLXIV, p. 416-17. Barfleur, dép. Manche, cant. Quettehou ; Gatteville, dép. Manche, cant. Saint-Pierre-Église.

[137]

L. Couppey, Notes historiques sur le prieuré conventuel d’Héauville à La Hague, Évreux, Imprimerie de l’Eure, 1898.

[138]

C. Mauduit, Étude d’une famille de l’aristocratie normande : les Reviers-Vernon (xie-xiiie siècle), mémoire de Master 2 sous la direction de Véronique Gazeau, Université de Caen Basse-Normandie, 2009, p. 59-60.

[139]

M. Fauroux, Recueil des actes des ducs de Normandie de 911 à 1066, Caen, 1961, n° 224 ; C. Mauduit, Étude d’une famille…, op. cit., p. 59.

[140]

R. Toustain de Billy, Histoire ecclésiastique du diocèse…, op. cit., t. I, p. 166.

[141]

L’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte à la fin du xiie siècle prétendait avoir des droits sur le prieuré Saint-Hélier. Le conflit entre Cherbourg et Saint-Sauveur-le-Vicomte alla jusqu’en cour de Rome, pour être finalement jugé en 1205 par Vivien, évêque de Coutances, Guillaume, abbé de Montebourg, et Pierre, abbé de Blanchelande, qui confirmèrent Cherbourg dans ses droits (H. Müller (éd.), Päpstliche Delegationsgerichtsbarkeit in der Normandie, 12. und frühes 13. Jahrhundert, Bonn, Bouvier Verlag, 1997, 2 vol., t. II, n° 143, p. 266-267).

[142]

Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. II, p. 134.

[143]

Ibid., t. II, p. 135.

[144]

Recueil des actes de Henri II…, op. cit., t. II, n° DCLII, p. 267-268.

[145]

Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. II, p. 133-134. F. Dubosc, Inventaire sommaire…, op. cit., H 1971.

[146]

Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., t. II, p. 134. Devenu abbé de Cherbourg, Richard continua de suivre l’archevêque de Rouen : on le retrouve ainsi comme témoin de plusieurs actes de l’archevêque Gautier : dans une charte pour l’abbaye de Pontoise (Cartulaire de l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise, J. Depoin (éd.), Pontoise, Société historique du Vexin, 1895, n° CCIII), dans une confirmation en faveur de Jumièges de 1201, datée de Déville (J.-J. Vernier, Les chartes de l’abbaye de Jumièges (v. 825 à 1204) conservées aux Archives de la Seine-Inférieure, 2 vol., Rouen-Paris, 1916, t. II, p. 197-199, n° CCXXX) et dans une charte de 1202, datée de Rouen pour l’abbaye de Saint-Wandrille (Gallia Christiana, t. XI, col. 942).

[147]

Papsturkunden…, op. cit., p. 365-368, n° 274.

[148]

Gallia Christiana, t. XI, Instrumenta, col. 250-252.

[149]

À la même époque, plusieurs ecclésiastiques vinrent d’Angleterre occuper des fonctions importantes en Normandie. Cet exemple s’ajoute à ceux, notamment, de l’archevêque de Rouen, Hugues d’Amiens, d’Algare, évêque de Coutances, et d’abbés bénédictins (V. Gazeau, Normannia…, op. cit., t. I, p. 224-227).

[150]

Je remercie ici Véronique Gazeau de m’avoir suggéré cette idée.

[151]

René Toustain de Billy, religieux du xviie siècle, copia de nombreuses chartes ou extraits de chartes pour illustrer les propos de son ouvrage. Lors de l’édition de son travail, par les archivistes de la Manche (qui ont reconnu la qualité du travail comme des copies), les chartes copiées par Toustain de Billy ont été identifiées selon la codicologie en vigueur dans les archives. La destruction des archives de la Manche en 1944 font de ces copies une source nécessaire pour l’étude du Cotentin médiéval.

Résumé

Français

L’historiographie traditionnelle a longtemps considéré qu’en Normandie, au xiie siècle, la concurrence que se livraient les chanoines réguliers de Saint-Victor et ceux d’Arrouaise avait eu pour effet la disparition des seconds et leur remplacement dans toutes leurs abbayes normandes par les premiers. Dans le Cotentin, l’abbaye c de Saint-Hélier de Jersey fut réduite en prieuré dépendant de l’abbaye victorine du Vœu de Cherbourg, sous l’impulsion de Rotrou, archevêque de Rouen. Une relecture attentive du dossier documentaire de ces abbayes pousse à s’interroger sur la possibilité d’autres causes ayant conduit à la soumission de Saint-Hélier à l’abbaye du Vœu et notamment la pauvreté de chacune de ces communautés, évoquée par l’archevêque de Rouen.

Mots-clés

  • abbaye
  • Vœu
  • Cherbourg
  • Saint-Hélier
  • Jersey
  • union
  • fondation
  • Henri II
  • archevêque
  • XIIe siècle

English

Was the loss of status of St. Helier’s Abbey the result of the conflict between different factions in the Augustinian order in Normandy ?Traditional historiography posits that the canons of St. Victor’s Abbey beat out their competitors from Arrouaise Abbey to dominate all Augustinian Norman abbeys during the 12th century. In western Normandy, Archbishop Rotrou of Rouen changed the status of the Arrousian abbey of St. Helier of Jersey to a priory subordinate to the Vow Abbey of Victorian persuasion in Cherbourg. A different reading of the documents suggests other explanations, notably the poverty of both communities mentioned by Rotrou.

Key words

  • AbbeyVows
  • Abbey
  • Cherbourg
  • St. HélierJersey
  • Union
  • Foundation
  • Henry II
  • Archbishop
  • 12th century

Plan de l'article

  1. Retour sur la fondation de Notre-Dame du Vœu de Cherbourg et de Saint-Hélier de Jersey
  2. Les patrimoines des abbayes du Vœu de Cherbourg et Saint-Hélier de Jersey
    1. La formation des patrimoines des abbayes de Cherbourg (v. 1148 /1151-1186) et Saint-Hélier de Jersey
    2. Des moines de Saint-Hélier pour fonder Cherbourg ?
    3. Une première tentative d’union : l’abbatiat de Benjamin
  3. Unir Cherbourg et Saint-Hélier : un choix complexe mais nécessaire
    1. Entre facteur économique et spirituel, les raisons du rassemblement des deux communautés
    2. Une seule abbaye, mais laquelle ?
    3. Une abbaye, un abbé, une règle : le rappel à l’ordre du roi et de l’archevêque de Rouen (1185-1187)
  4. Conclusion

Pour citer cet article

Mauduit Christophe, « La réduction de l'abbaye Saint-Hélier de Jersey en prieuré, une conséquence de l'affrontement entre Arrouaisiens et Victorins en Normandie ? », Annales de Normandie, 1/2013 (63e année), p. 53-91.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2013-1-page-53.htm
DOI : 10.3917/annor.631.0053


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