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Annales de Normandie

2013/2 (63e année)


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L’historiographie met généralement en avant les hommes, peu nombreux, qui apparaissent, au regard des sources abondantes ou hors du commun conservées à leur propos, comme les véritables incarnations de la réforme ecclésiastique. Derrière ces acteurs de première importance, dont la pensée et les œuvres ont marqué profondément la conception et l’avancée pratique des idées réformatrices, les autres réformateurs, d’envergure plus « locale », passent en général au second plan et demeurent souvent assez mal connus. Surtout, si le réformateur n’est jamais totalement isolé, les rapports qu’entretiennent entre eux les acteurs de la réforme sont encore insuffisamment étudiés, même si l’étude récente de Jean-Hervé Foulon consacrée aux Pays de la Loire a ouvert la voie [1][1] J.-H. Foulon, Église et réforme au Moyen âge : papauté,.... Les notions mêmes de milieu réformateur et de réseau réformateur sont souvent employées comme des évidences, sans être véritablement définies [2][2] Par exemple : M. Arnoux (dir.), Des clercs au service.... Ces notions ne sont pourtant pas anodines. Elles devraient en effet permettre de rendre compte de la nature, de la vigueur et de la fonction des relations qui existent entre les hommes d’Église contribuant au mouvement de réforme.

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Milieu réformateur est pris ici au sens d’un ensemble d’hommes, en fonction à la même époque dans une région donnée et qui sont favorables aux idées de la réforme et à la diffusion pratique de ces dernières. Un réseau réformateur fait référence à un milieu organisé : on peut parler de réseau dès lors qu’il existe, entre des réformateurs, des interactions relevant d’une association consciente au service d’objectifs communs, se traduisant en général par des actions communes et concertées. Un réseau est nécessairement structuré et en général hiérarchisé, quelle que soit son organisation [3][3] Sur la notion de réseau, voir l’importante présentation....

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En Normandie, lorsqu’il s’agit d’évoquer la réforme ecclésiastique au xiie siècle, deux figures dominent : Hugues d’Amiens, archevêque de Rouen de 1130 à 1164 [4][4] T. Waldman, Hugh ‘of Amiens’, Archbishop of Rouen (1130-64),..., et Arnoul, évêque de Lisieux de 1141 à 1181 [5][5] F. Barlow, The Letters of Arnulf of Lisieux, Londres,.... Après 1130, l’historiographie résume souvent la réforme, dans le duché, à ces deux grands réformateurs, largement présentés comme des « amis » sans que leur relation ait véritablement été étudiée [6][6] F. Neveux, La Normandie des ducs aux rois xe-xiie siècles,.... Les autres dignitaires ecclésiastiques de la province, en particulier les autres évêques qui occupent les sièges normands entre 1130 et 1180, ne sont certes pas inconnus [7][7] Philippe d’Harcourt, évêque de Bayeux, a par exemple..., mais ils n’apparaissent en général pas comme des réformateurs importants. L’usage veut simplement qu’on distingue les « bons » et les « mauvais », en fonction de ce qu’en disent Arnoul de Lisieux et quelques chroniqueurs.

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L’objectif de cet article est par conséquent d’explorer les contours et le fonctionnement du milieu réformateur en Normandie à l’époque de l’archevêque Hugues d’Amiens, en se demandant si on peut véritablement parler de réseau réformateur et, le cas échéant, à quel moment celui-ci existe et comment il est structuré [8][8] Il est significatif que deux des principaux travaux.... Les sources utilisées seront principalement les sources diplomatiques – sous-exploitées jusque-là pour examiner les relations entre les évêques et, plus généralement, les thématiques liées à la réforme en Normandie –, les sources épistolaires et quelques sources littéraires. Il sera prioritairement question de l’épiscopat, qui regroupe les réformateurs les plus visibles dans les sources. D’autres dignitaires ecclésiastiques seront cependant croisés à l’occasion.

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Ces questions mettent directement en jeu une autre thématique, encore insuffisamment explorée : celle des relations entre le clergé normand et la papauté [9][9] On trouvera une présentation générale de quelques éléments.... Dans l’Occident chrétien, aucune grande figure réformatrice, aucun milieu réformateur n’est en effet isolé de la cour pontificale, principal centre des impulsions réformatrices. L’étude de ces relations fournit un outil indispensable pour dessiner les contours des réseaux réformateurs actifs dans le duché.

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En 1131, Hugues d’Amiens reçoit du pape Innocent II la mission de corriger les abus et de porter la réforme dans la province de Rouen, selon deux priorités : d’une part, le souci de « libérer » l’Église d’une emprise laïque jugée trop pressante et, d’autre part, le renforcement de la hiérarchie ecclésiastique sous l’autorité de l’archevêque métropolitain de Rouen, condition nécessaire à la construction de l’unité de l’Église sous le contrôle de plus en plus fort de la papauté [10][10] Sur le rôle et la place des métropolitains à l’époque.... Ces priorités heurtant directement les coutumes du duché et le pouvoir traditionnel du duc sur l’Église normande, les rapports entre le nouvel archevêque et le duc-roi Henri Ier se tendent rapidement, au point qu’Hugues doit s’éloigner de sa province – au service de la papauté – et que le milieu réformateur, traversé de conceptions différentes de la réforme, semble largement paralysé. La conception renouvelée de la réforme que promeut Hugues d’Amiens ne progresse donc que très peu dans les faits jusqu’en 1135 [11][11] G. Combalbert, « ‘Pro reparatione libertatis ecclesiarum.... À cette époque, il est impossible de parler de réseau réformateur en Normandie : Hugues d’Amiens paraît isolé et les sources ne témoignent d’aucune véritable interaction entre évêques dans une perspective réformatrice. Les choses ne commencent à changer que dans les dernières années de la décennie 1130, alors que la composition de l’épiscopat normand commence à connaître un renouvellement sensible. Des changements d’évêques ont lieu à Évreux en 1139, à Lisieux en 1141, à Bayeux en 1142, à Avranches en 1143 et à Sées en 1144. La plupart des nouveaux prélats entament alors une carrière épiscopale longue et stable : plusieurs d’entre eux côtoient Hugues d’Amiens jusqu’à la mort de ce dernier (ou presque), en 1164 [12][12] Dates des épiscopats : Rotrou de Warwick, évêque d’Évreux....

Les contours d’un réseau réformateur (v. 1140-1164)

Premier faisceau d’éléments : les relations des évêques normands et de la papauté

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Dans les années 1140-1150, certains évêques recherchent, beaucoup plus qu’auparavant et beaucoup plus que d’autres, le concours de la papauté pour soutenir leur action et les établissements religieux dont ils sont proches et qui relaient cette action. Ces prélats sollicitent l’émission de bulles pontificales. Après les deux bulles reçues d’Innocent II en 1131 [13][13] J.-P. Migne, Patrologiae Cursus Completus…, Series..., Hugues d’Amiens demande et reçoit deux nouvelles bulles dans les années 1140 et 1150, l’une d’Eugène III et l’autre d’Adrien IV, qui confirment les droits et les biens de la cathédrale de Rouen ainsi que la protection pontificale dont jouit cette dernière [14][14] Cartulaire de la cathédrale de Rouen, Bibliothèque.... Algare de Coutances (1132-1150), qui avait déjà été destinataire d’une bulle élogieuse d’Innocent II dès le début de son épiscopat [15][15] PL, vol. 179, col. 126 (1132). Dans cette bulle, Innocent..., obtient d’Eugène III deux bulles plaçant l’Église de Coutances sous la protection de saint Pierre et confirmant la totalité de ses biens [16][16] J. Fontanel, Le cartulaire du chapitre cathédral de.... Il demande également une bulle confirmant la régularisation de la communauté canoniale de Saint-Lô (sur la Vire) – obtenue en 1145 [17][17] F. Dubosc, Cartulaire de l’abbaye de Saint-Lô, Saint-Lô,... – et une autre confirmant la même opération pour Saint-Lô de Rouen. Cette dernière confirmation, obtenue entre 1145 et 1150, est demandée conjointement par Algare et Hugues d’Amiens [18][18] PL, vol. 180, col. 1408..

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À Évreux, quelques années plus tôt, en 1142, l’évêque Rotrou de Warwick (1139-1165) se voit accorder, à sa demande, la même protection et une confirmation générale en faveur de son église cathédrale [19][19] J. Ramackers, Papsturkunden in Frankreich, 2. Normandie,.... À ce moment, Rotrou recherche et obtient l’appui de la papauté dans toutes ses entreprises de réforme ou de reconstruction, les deux n’étant pas sans lien. Il reçoit par exemple, entre 1140 et 1143, une bulle soutenant son œuvre de reconstruction de la cathédrale d’Évreux et invitant les fidèles à faire des aumônes pour financer cette entreprise [20][20] Ibid., no 18. L’œuvre de Rotrou y est qualifiée de.... Alors qu’il contribue à organiser son chapitre cathédral et cherche à favoriser la prise de contrôle d’églises paroissiales du diocèse par les chanoines cathédraux, il demande l’appui du pape qui, en 1146, confirme aux chanoines d’Évreux trois églises paroissiales et une dîme que leur a données l’évêque [21][21] Ibid., no 43. Rotrou est le premier évêque d’Évreux.... Enfin, en 1142, ce dernier et le comte Galéran de Meulan réforment la collégiale de chanoines séculiers de Beaumont-le-Roger en y installant des moines du Bec [22][22] E. Deville, Cartulaire de l’église de la Sainte-Trinité.... Peu de temps après, deux bulles confirmant au Bec l’église de la Trinité de Beaumont précisent que la demande de confirmation émane de l’évêque d’Évreux et non des moines [23][23] P. Jaffé, Regesta Romanorum Pontificum, op. cit., vol..... Dans la réforme d’un établissement religieux comme pour ce qui concerne sa cathédrale, Rotrou recherche donc en permanence l’appui de la papauté. Même si l’évêque Audin avait contribué à ouvrir la voie en 1126 [24][24] J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., no 6., cela constitue, pour le siège d’Évreux, une réelle nouveauté.

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Le chapitre de Sées obtient également une confirmation de ses biens et de son statut régulier en 1153, mais la copie tronquée de l’acte ne permet pas de savoir si la bulle a été demandée par l’évêque Gérard (1144-1157) [25][25] Ibid., no 72.. Surtout, le nouvel évêque de Bayeux, Philippe d’Harcourt (1142-1163), recherche le soutien de la papauté dans son entreprise de recouvrement des droits temporels et spirituels de son Église, largement usurpés depuis la fin du xie siècle et plus encore juste avant son accession à l’épiscopat [26][26] Sur les conditions de l’arrivée de Philippe d’Harcourt.... Lucius II, Eugène III puis Adrien IV lui apportent un soutien extrêmement important, dont témoignent trente-six bulles conservées dans le Livre noir du chapitre de Bayeux [27][27] V. Bourrienne, Antiquus Cartularius ecclesiae Baiocensis..., qui confirment les droits de l’évêque et de l’Église de Bayeux, exigent la restitution des biens et des droits spirituels usurpés, mettent en demeure certains laïcs et certains établissements religieux d’obtempérer. Comme Rotrou de Warwick, Philippe d’Harcourt favorise la prise de contrôle des églises paroissiales du diocèse par son chapitre cathédral et fait confirmer par le pape plusieurs donations faites au bénéfice des chanoines. Plus que tout autre évêque normand, il mise sur la papauté pour l’aider dans la réforme de son diocèse [28][28] Il faut préciser, pour être complet, que le cas lexovien....

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Ces bulles sont parfois demandées et reçues à l’occasion de rencontres entre le pape et les évêques concernés. Les déplacements de ces derniers à Rome constituent alors une nouveauté pour l’épiscopat du duché. Philippe d’Harcourt effectue ainsi plusieurs voyages auprès du pape, à chaque fois pour évoquer la situation compliquée de sa cathédrale et obtenir l’appui pontifical. Il rencontre Lucius II dès le début de son épiscopat, en mai 1144 [29][29] P. Jaffé, Regesta Romanorum Pontificum, op. cit. vol..... Peut-être cette visite a-t-elle duré quelques mois puisque Philippe, accompagné d’Arnoul de Lisieux, est présent à Rome lors l’élection d’Eugène III sur le siège pontifical, en 1145 [30][30] H. Gleber, Papst Eugen III. (1145-1153) unter besonderer.... Philippe retourne certainement à Rome en 1146 [31][31] V. Bourrienne, Antiquus Cartularius…, op. cit., no... et peut-être en 1150 ou 1151 [32][32] Ces deux voyages à Rome sont indiqués par M. A. Rouse.... Il s’y trouve assurément en 1153 [33][33] V. Bourrienne, Antiquus Cartularius…, op. cit., no.... Cette dernière visite dure longtemps, semble-t-il, puisque le clergé de Bayeux et Arnoul de Lisieux doivent supplier le pape de laisser Philippe revenir en Normandie, où son action est jugée indispensable [34][34] F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 8..... Rotrou de Warwick et Richard de Subligny, évêque d’Avranches (1143-1153), se rendent également en Italie en 1146, pour un motif inconnu mais apparemment sans que cela réponde à la demande du duc [35][35] R.-N. Sauvage, La chronique de Sainte-Barbe-en-Auge,.... Plus tard, Rotrou retourne en Italie à trois reprises pour représenter le roi Henri II : en 1156, avec l’évêque du Mans et un abbé anglais [36][36] P. Jaffé, Regesta Romanorum Pontificum, op. cit., vol...., en 1159 [37][37] Ibid., vol. 2, no 105436 et 10546. puis en 1162 [38][38] Ibid., vol. 2, no 10719 et 10729. Philippe d’Harcourt.... Richard de Bohon, évêque de Coutances, est annoncé à Rome en 1152 [39][39] F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 7...., et Arnoul rencontre le pape Adrien IV en Italie vers 1158 [40][40] Ibid., no 14 et 15.. Les rencontres et les échanges entre les évêques normands et le pape sont évidemment favorisés par la venue du pape en France : Hugues d’Amiens, Rotrou et Philippe d’Harcourt assistent au concile de Reims en 1148 et tous les évêques normands sont présents au concile de Tours en 1163, sauf Philippe récemment décédé [41][41] H. Müller et J. Peltzer, « Der Nordwesten Frankreichs… »,.... Hugues d’Amiens est l’un des six prélats à y prononcer un discours préliminaire et c’est à Arnoul que le pape confie la tâche de faire le sermon introductif [42][42] R. Somerville, Pope Alexander III and the Council of.... Les rapports des évêques et du pape sont également épistolaires, comme l’atteste la correspondance de ce même Arnoul [43][43] Jusqu’en 1164, on conserve une lettre d’Arnoul adressée.... Si celui-ci entretient manifestement des rapports très cordiaux avec les papes de toute la période, il est particulièrement proche d’Alexandre III, dont il travaille à faire progresser la cause lors du schisme de 1159 [44][44] F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 23,... et avec lequel il correspondait déjà avant son accession au trône de Pierre, lorsque celui-ci n’était encore que le chancelier d’Adrien IV [45][45] F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 15.

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Les rapports des évêques normands avec la papauté se devinent également à travers les missions confiées par le pape aux évêques [46][46] Ces missions peuvent être de deux natures : le pape.... Avant les années 1140, il est très rare que le pape confie de telles missions à des évêques normands ou concernant des affaires normandes [47][47] Trois cas sont attestés au tournant des xie-xiie siècles,.... Les choses changent assez nettement à partir du milieu des années 1140 [48][48] H. Müller, Päpstliche Delegationsgerichtsbarkeit…,.... Pour la période correspondant à l’épiscopat d’Hugues d’Amiens, la documentation garde la trace de trente missions concernant des affaires normandes ou possiblement normandes [49][49] Le doute subsiste pour deux affaires, dont l’objet.... Sur ces trente missions, seules quatre sont confiées à des prélats extérieurs à la Normandie [50][50] Les deux conflits dont l’objet n’est pas connu ou n’est.... Toutes les autres missions pontificales concernant le duché sont confiées à des hommes d’Église normands [51][51] Dans une seule affaire, le nom et la fonction de celui..., presque uniquement des évêques, exceptionnellement des archidiacres [52][52] Les archidiacres ne sont mandatés que dans deux affaires.... Le pape fait donc confiance à l’épiscopat du duché, en tout cas à certains de ses membres, pour trancher des conflits en son nom ou participer à l’exécution de ses décisions, sans qu’il soit nécessaire de recourir à des prélats extérieurs.

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Le tableau 1, présenté en annexe, récapitule les missions confiées par le pape aux évêques normands, pour des affaires normandes et non normandes. Il montre qu’Hugues d’Amiens est et demeure l’interlocuteur privilégié du pape en Normandie. Lorsque des affaires normandes sont confiées à des prélats normands, il fait partie des délégués dans 70 % des cas. Il est aussi très régulièrement sollicité seul par le pape, contrairement à tous ses suffragants, pour lesquels une sollicitation « en solitaire » reste exceptionnelle. La majorité des missions pontificales confiées à Hugues d’Amiens est en lien avec la réforme en cours à Bayeux et avec la récupération des biens de l’évêché et de la cathédrale par Philippe d’Harcourt. Hugues fait donc figure d’intermédiaire pontifical incontournable dans l’accompagnement de cette réforme. Il se voit en outre déléguer deux affaires non normandes, ce qui n’a rien d’étonnant compte tenu de la confiance que lui témoigne la papauté et du prestige dont il jouit [53][53] Il s’agit de deux affaires concernant l’Angleterre....

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Parmi les autres évêques du duché, la plupart interviennent peu. Beaucoup ne figurent d’ailleurs pas dans le tableau parce qu’ils semblent ne jamais avoir été sollicités par le pape. Rotrou de Warwick et Arnoul de Lisieux sont les deux suffragants les plus souvent mandatés, même si le nombre des missions qu’ils reçoivent n’a rien de commun avec le nombre des missions confiées à Hugues d’Amiens. Ils semblent jouir d’une confiance et d’un prestige particuliers, puisqu’ils sont les seuls hormis l’archevêque à être délégués dans des affaires non normandes [54][54] En l’occurrence le conflit entre l’abbé de Saint-Augustin.... Plus globalement, dans les années 1140, seuls sont mandatés par le pape les évêques qui ont sollicité et obtenu des bulles confirmatives de leurs droits ou de ceux des établissements qu’ils soutiennent. Ces évêques sont toujours mandatés aux côtés d’Hugues d’Amiens, qu’ils assistent donc en particulier dans la réforme de l’Église de Bayeux. La seule mission que reçoit Philippe d’Harcourt, aux côtés de l’archevêque, est d’ailleurs la récupération des droits et des biens de son Église [55][55] J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., no 14.. Peut-être trop occupé par cette tâche d’importance, il est le seul à n’être jamais sollicité pour intervenir à l’extérieur de son diocèse.

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Au total, si on considère tous ces indicateurs, tous les évêques normands n’entretiennent pas des relations aussi poussées avec la papauté. Hugues d’Amiens demeure sans surprise le principal homme de confiance du pape en Normandie, mais Rotrou de Warwick, Philippe d’Harcourt, Arnoul de Lisieux et Algare de Coutances sont en contact régulier avec le pape, qui les rencontre, leur procure un soutien écrit et les sollicite pour régler des conflits soumis à la cour de Rome. Il existe entre le pape et ces cinq prélats une réelle proximité, en partie médiatisée par Hugues d’Amiens [56][56] On ne sait pas sur quels critères sont choisis les..., qui ne semble pas véritablement exister dans le cas des autres évêques normands et qui constitue globalement un fait assez neuf dans le duché. Ces premiers constats sont recoupés par d’autres indicateurs.

Second faisceau d’éléments : interactions et relations entre les évêques normands

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Pour bien cerner les contours, le fonctionnement et l’évolution du réseau réformateur actif dans l’épiscopat normand des années 1140-1150, il convient d’examiner aussi les rapports qu’entretient chaque évêque avec l’archevêque de Rouen et les rapports qu’entretiennent les évêques entre eux [57][57] Les travaux relatifs aux rapports entre les archevêques.... Les actes d’Hugues d’Amiens permettent d’approcher la place et le rôle des évêques normands dans l’entourage de l’archevêque. Les mentions de ces évêques dans les actes archiépiscopaux [58][58] Ont été pris en compte tous les actes édités dans T.... peuvent être de nature très différente. Le tableau 2, en annexe, les récapitule. Toutes les mentions répertoriées dans ce tableau n’ont pas exactement la même valeur. Certaines traduisent une véritable intervention du suffragant, physiquement présent aux côtés de son archevêque : elles font l’objet d’un sous-total séparé. Dans les autres cas, l’évêque est destinataire d’une lettre archiépiscopale dont la teneur peut être très différente d’un cas à l’autre, ou il est seulement cité pour une action qu’il a accomplie. De telles citations ne sont toutefois pas anodines.

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Ces mentions mettent en lumière une indéniable proximité entre Hugues d’Amiens et quatre évêques : Rotrou de Warwick, évêque d’Évreux, Arnoul de Lisieux, Philippe d’Harcourt, évêque de Bayeux, et Algare de Coutances. Tous les quatre rencontrent régulièrement l’archevêque, seuls ou à plusieurs [59][59] Concernant Rotrou, il faut ajouter aux mentions tirées.... Ces évêques sont, de très loin, ceux qui souscrivent ou témoignent le plus souvent dans les actes archiépiscopaux. Ils sont les seuls à aider Hugues d’Amiens à régler des conflits et même, parfois, à donner avec lui des actes écrits notifiant ces règlements [60][60] Dans la province de Reims, l’étude des souscriptions....

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Rotrou de Warwick est celui qui est le plus souvent présent auprès de l’archevêque, et il est peu probable que cela ne tienne qu’à la proximité géographique entre Évreux et Rouen, ou à l’éventualité d’un lien de parenté entre les deux prélats [61][61] Plusieurs documents indiquent qu’Hugues d’Amiens est.... Il semble être le seul à accompagner fréquemment Hugues dans ses déplacements, ce qui témoigne de la grande proximité entre les deux hommes. Entre 1152 et 1154, il est ainsi le seul suffragant, hormis l’évêque local, qui accompagne Hugues à la dédicace de l’abbatiale de Montebourg, dans le Cotentin [62][62] Cartulaire de Montebourg, BnF, ms lat. 10087, p. 1.... En 1156, il est avec Hugues lorsque celui-ci préside la cérémonie d’élévation de la tunique du Christ à Argenteuil [63][63] J.-F. Pommeraye, Sanctæ Rotomagensis ecclesiæ concilia.... Appelé par le pape à juger avec l’archevêque une affaire opposant l’abbaye de Troarn et les Templiers, il est présent avec Hugues à Lisieux en 1149 [64][64] Arch. dép. Calvados, H 7834., où est donné un acte suscrit par les deux prélats. Lorsque les actes évoquent un archevêque se déplaçant accompagné de deux suffragants, Rotrou en fait toujours partie. Il assiste ainsi avec Hugues et Algare à la dédicace de l’abbatiale de Saint-Denis en 1144 [65][65] T. Schlunz, Archbishop Rotrou…, op. cit., p. 82., et avec Hugues et Philippe d’Harcourt au concile de Reims en 1148. Pendant le concile, il donne un acte écrit, relatif au conflit qui oppose les évêques de Bayeux et de Salisbury dont le règlement a certainement été validé à Reims. Le texte de cet acte, hormis bien sûr l’intitulation, est intégralement identique à celui de l’acte donné à ce propos par l’archevêque [66][66] Pour l’acte d’Hugues d’Amiens : V. Bourrienne, Antiquus.... Le rapprochement des deux actes laisse penser que, lors de la première phase de règlement du conflit, avant le concile, Rotrou et Hugues se trouvaient ensemble à Rouen, et qu’ils ont certainement tous deux pris part à l’élaboration de ce règlement.

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Le lien entre Hugues d’Amiens et Arnoul de Lisieux est également très fort, même si le second ne semble pas accompagner le premier dans ses déplacements comme le fait Rotrou. Plus qu’avec ce dernier, on a l’impression d’une certaine complicité intellectuelle, voire affective, entre les deux hommes. Vers 1142, Hugues dédie ainsi à Arnoul son traité In Hexameron proposant une interprétation de la Création appuyée sur la Genèse. Il y qualifie Arnoul, « son fils très aimé », d’homme érudit (vir eruditus) et de savant en droit [67][67] F. Lecomte, « Un commentaire scripturaire du xiie siècle,.... En 1164, c’est cette fois Arnoul qui dédie à la mémoire d’Hugues, qui vient de mourir, une longue épitaphe [68][68] PL, vol. 192, col. 1118 : « Inter pontifices speciali.... Deux choses ont certainement contribué à rapprocher les deux hommes. D’une part, Arnoul a très tôt fait le choix d’une grande proximité avec la papauté, en particulier avec Innocent II. Alors qu’il n’est encore qu’archidiacre de Sées, pendant le schisme, il prend rapidement le parti d’Innocent, qu’il rencontre très probablement à Rouen en 1131 et pour la défense duquel il rédige un traité [69][69] Tractatus de schismate, PL, vol. 201, col. 173-194.... Dans les années 1130, il voyage en Italie, où il se fait remarquer par certains grands réformateurs proches de la papauté comme Bernard de Clairvaux et Pierre le Vénérable [70][70] C. Schriber, The Dilemma of Arnulf of Lisieux…, op..... Son horizon dépasse celui des autres évêques de sa famille [71][71] La proximité d’Arnoul avec Hugues d’Amiens ne peut..., des autres évêques normands de l’époque et se rapproche davantage de celui d’Hugues d’Amiens. Par ailleurs, Arnoul partage avec Hugues son hostilité au duc Geoffroy Plantagenêt [72][72] Voir infra.. L’un et l’autre avaient choisi le camp d’Étienne de Blois lors de la guerre civile. Ces choix ont pu créer les conditions d’une vraie proximité entre l’évêque de Lisieux et l’archevêque de Rouen.

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Quoi qu’il en soit, Rotrou et Arnoul apparaissent comme les plus proches collaborateurs d’Hugues d’Amiens, et les principaux auxiliaires de celui-ci dans ses entreprises à l’échelle de la province. Ainsi, lorsqu’en 1144 se déroule, au chapitre régulier de Sées, l’élection contestée de l’évêque Gérard, Hugues – à qui l’affaire a été déléguée par un légat certainement après l’appel du prieur du chapitre – mandate Arnoul et Rotrou pour aller enquêter à Sées sur les conditions de cette élection [73][73] RHGF, t. XV, p. 696, no 7. J. Peltzer, Canon Law, Careers....

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Contrairement aux évêques d’Évreux et de Lisieux, Philippe d’Harcourt ne sillonne pas la province aux côtés d’Hugues d’Amiens ou au service de ce dernier. Il est toutefois régulièrement présent auprès de l’archevêque et entretient peut-être avec lui, à l’image d’Arnoul, une forme de proximité intellectuelle. Il conserve ainsi, dans sa bibliothèque plus tard léguée à l’abbaye du Bec, un exemplaire du traité Contra haereticos écrit par Hugues d’Amiens [74][74] M. A. Rouse et R. H. Rouse, « Potens in Opere et Sermone… »,..., et il pourrait être le « Philippe », proche de l’archevêque, auquel ce dernier dédie sa dernière œuvre, le traité De memoria, vers 1160 [75][75] Ibid., p. 201.. Dans les actes d’Hugues, Philippe d’Harcourt a une particularité : plus fréquemment que pour ses autres suffragants, l’archevêque confirme ou mentionne des décisions de l’évêque de Bayeux, dont beaucoup ont un lien avec l’œuvre de réforme entreprise par ce dernier. Cela atteste une nouvelle fois qu’Hugues est le soutien privilégié de Philippe dans la réforme de l’Église de Bayeux et la restauration des droits de son suffragant. Il confirme par exemple les donations, faites par Philippe, d’églises paroissiales au bénéfice des chanoines cathédraux [76][76] V. Bourrienne, Antiquus cartularius…, op. cit., vol...., mais aussi d’une prébende du chapitre cathédral au prieur du Plessis-Grimoult, cet établissement de chanoines réguliers devenant ainsi une sorte d’annexe de la cathédrale dans le sud du diocèse, où les droits temporels et spirituels de l’évêque ont été largement usurpés [77][77] Cartulaire du Plessis-Grimoult, Arch. dép. Calvados,.... Par ailleurs, Hugues prend soin d’associer Philippe à certaines décisions de justice concernant les établissements du diocèse de Bayeux. En 1149, alors que le pape l’a chargé avec Rotrou de régler un différend entre les Templiers et l’abbaye de Troarn – alors en conflit ouvert avec Philippe pour d’autres raisons –, Hugues décide d’appeler Philippe auprès de lui pour qu’il aide les juges à prendre leur décision [78][78] R.-N. Sauvage, L’abbaye de Saint-Martin de Troarn au.... Cette association de Philippe est d’autant plus importante que l’objet du conflit se situe en Hiémois, une partie du diocèse très mal contrôlée par l’Église de Bayeux et dans laquelle Philippe tente de prendre pied [79][79] Sur ce point, voir G. Combalbert, Gouverner l’Église…,.... La collaboration entre les deux hommes est donc plus « ciblée » que dans les cas de Rotrou et d’Arnoul, avec un objectif primordial : la réforme dans le diocèse de Bayeux. Concernant enfin Algare de Coutances, celui-ci mène à bien avec Hugues, environ dix ans après en avoir reçu l’autorisation du pape, la réforme des communautés canoniales de Saint-Lô de Rouen de Saint-Lô (sur la Vire) [80][80] L’acte d’Algare relatif à la réforme de Saint-Lô (sur.... Il se trouve fréquemment dans l’entourage de l’archevêque [81][81] D’après les actes d’Hugues d’Amiens, Algare a rencontré....

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Rotrou, Arnoul, Philippe et Algare entretiennent des liens forts avec Hugues d’Amiens, mais des liens importants existent également entre eux. Ils se croisent (rarement tous les quatre) dans l’entourage d’Hugues, mais pas seulement. Arnoul et Rotrou semblent particulièrement proches. Le premier est aux côtés du second lorsque celui-ci confirme des donations faites à l’abbaye des Vaux-de-Cernay [82][82] L. Merlet, A. Moutié, Cartulaire de Notre-Dame des.... En 1144, ils interviennent ensemble à Sées pour enquêter, à la demande d’Hugues d’Amiens, sur les conditions de l’élection contestée de l’évêque Gérard [83][83] Voir supra.. Surtout, lorsqu’il part pour la croisade en 1147, Arnoul choisit Rotrou pour administrer le diocèse de Lisieux en son absence [84][84] R.-N. Sauvage, Chronique de Sainte-Barbe…, p. 40 :.... Philippe, quant à lui, est rarement attesté en présence des autres évêques en dehors de l’entourage de l’archevêque. La nature de ses relations avec eux ne fait pourtant aucun doute. Outre le fait qu’il a un lien de parenté avec Rotrou, il apparaît particulièrement proche d’Arnoul. Il est possible qu’il ait prêté l’un des ouvrages de sa très riche bibliothèque personnelle à l’évêque de Lisieux, pour que ce dernier le transmette au légat Henri de Pise [85][85] F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 27,.... Il est surtout le sujet de l’une des lettres d’Arnoul, en 1153. Ce dernier y fait un éloge sans réserve – ce qui n’est pas fréquent chez Arnoul – de la personnalité de son collègue et de l’action de celui-ci au service de l’Église de Bayeux [86][86] F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 8..

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Dans cette lettre, Arnoul affirme que Philippe est « nécessaire tant à l’archevêque qu’à tous les évêques de la province pour réprimer l’insolence des méchants et la repousser hors de l’Église » [87][87] Ibid. : « Homo enim consilii et fortitudinis est, potens.... Pour cette raison, l’évêque de Lisieux demande au pape d’accepter que Philippe, alors à Rome, revienne en Normandie. Même s’il ne donne pas de détails, Arnoul laisse donc lui-même entendre que l’épiscopat normand est un milieu réformateur cohérent dont l’efficacité repose, entre autres, sur la coopération et l’action coordonnée des évêques, sous l’autorité de l’archevêque. Cette assertion rejoint une précision remarquable, insérée dans l’acte d’Algare notifiant la réforme de la communauté de Saint-Lô (sur la Vire) : celui-ci précise que cette réforme s’est faite par le conseil non seulement de l’archevêque de Rouen mais aussi des évêques suffragants [88][88] F. Dubosc, Cartulaire de l’abbaye de Saint-Lô…, op...., comme si l’ensemble de l’épiscopat normand avait été associé à l’une des déclinaisons pratiques de la réforme dans le diocèse de Coutances. C’est un peu la même impression qui se dégage de l’intervention conjointe d’Arnoul et Rotrou après l’élection épiscopale contestée de Sées, en 1144, à la demande d’Hugues d’Amiens. Arnoul précise d’ailleurs à ce propos, dans une lettre adressée à Eugène III, que le comte d’Anjou, dénoncé pour son attitude, avait abandonné le traitement de cette affaire à l’Église et à « notre conseil, à savoir [celui] de l’archevêque et des évêques » [89][89] F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 3 :.... Là encore se dessine l’existence d’un épiscopat normand groupé de manière cohérente sous la direction de l’archevêque de Rouen, et capable d’intervenir pour réformer là où la situation l’exige, partout dans la province. Toutefois, même si Arnoul évoque « les évêques » ou « tous les évêques » et Algare « les suffragants », les éléments qui précèdent laissent penser qu’au sein de cet épiscopat, ce sont en fait surtout quatre évêques qui, aux côtés d’Hugues d’Amiens, sont étroitement associés dans l’action réformatrice et constituent le cœur d’un véritable réseau réformateur.

Aux côtés des évêques : partenaires et relais du réseau épiscopal réformateur

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Cette action coordonnée est en fait une action au service d’objectifs communs, qui transparaissent largement dans les chartes de ces évêques. Tous travaillent au renforcement du pouvoir épiscopal [90][90] Tous ces évêques ont développé et/ou renforcé la hiérarchie..., à l’établissement d’un contrôle sur les biens ecclésiastiques [91][91] Il s’agit en particulier de mieux contrôler les églises... et à la réforme des mœurs du clergé [92][92] Voir par exemple supra, la réforme de la collégiale.... L’existence d’objectifs communs n’exclut cependant pas des nuances dans la mise en œuvre, en particulier à propos des auxiliaires choisis par les uns et les autres pour les accompagner dans leur entreprise de réforme. Si Algare et Philippe d’Harcourt s’appuient largement sur les chanoines réguliers [93][93] Algare parvient à réformer les deux collégiales Saint-Lô..., qu’Hugues soutient aussi activement, Rotrou de Warwick ne recherche pas véritablement le concours de ces « clercs au service de la réforme ». Il entretient avec eux des rapports cordiaux, puisqu’il donne un acte confirmant des donations faites à la Chaise-Dieu-du-Theil [94][94] Acte perdu, connu par un inventaire des archives de... – un établissement influencé par la spiritualité canoniale [95][95] Sur sa fondation et ses liens avec Sainte-Barbe-en-Auge,... – mais aucune maison canoniale ne s’implante ni ne se développe dans le diocèse d’Évreux sous son épiscopat. À cette époque, ce sont les cisterciens qui s’installent dans le diocèse d’Évreux, peut-être avec le concours de l’évêque local. Philippe d’Harcourt utilise également les cisterciens dans son contrôle du territoire diocésain [96][96] C. Maneuvrier, « Actes de l’abbaye du Val-Richer »,..., alors qu’ils sont totalement absents des diocèses de Lisieux et de Coutances. De même, Hugues d’Amiens semble moins soucieux que ses quatre suffragants de renforcer le patrimoine de son chapitre cathédral et de rechercher le concours de celui-ci dans le contrôle des églises paroissiales [97][97] Seuls les archidiacres jouent un rôle non négligeable....

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Philippe, Rotrou et Hugues ont enfin pour point commun de rechercher l’appui de bénédictins réformés ou connus pour leur action réformatrice, sans pour autant s’adresser exactement aux mêmes acteurs. Philippe favorise l’implantation d’un prieuré accueillant des moines de Thiron [98][98] Voir ibid., p. 258-260, proposant de la fondation du.... Rotrou confie la réforme de la collégiale de Beaumont aux moines du Bec, dont il confirme également les biens [99][99] Philippe d’Harcourt fait également don au Bec de sa.... Quant à Hugues, il est le seul à s’appuyer sur les clunisiens, dont l’implantation en Normandie est par ailleurs extrêmement limitée. Il favorise ainsi très probablement l’installation d’abbés clunisiens à la tête de plusieurs abbayes du diocèse et de la province [100][100] L’action directe d’Hugues d’Amiens en ce sens n’est....

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Gautier et Fraterne, respectivement abbés clunisiens de Saint-Wandrille et de Saint-Ouen, sont d’ailleurs extrêmement proches d’Hugues d’Amiens. L’un et l’autre (pour Fraterne, avant son accession à l’abbatiat) sont ponctuellement qualifiés de chanceliers de l’archevêque et ont pu prendre part au processus d’élaboration de certaines chartes archiépiscopales [101][101] Pour Fraterne : BnF, ms lat. 18369, p. 28 ; Arch. dép..... Ces deux abbés sont, de très loin et hormis les chanoines de Rouen, les personnages qui témoignent ou souscrivent le plus souvent dans les actes d’Hugues d’Amiens : dix-sept fois pour Gautier et douze fois pour Fraterne [102][102] Ces totaux incluent leurs mentions comme chanceliers..... Ils font donc clairement partie du réseau réformateur organisé autour d’Hugues d’Amiens, dans l’entourage duquel ils rencontrent les autres évêques parties prenantes du réseau. Globalement, Hugues est le prélat le plus favorable aux bénédictins, qu’il utilise comme auxiliaires de la réforme y compris sur le plan paroissial, ce qui le distingue en partie des autres [103][103] G. Combalbert, Gouverner l’Église…, op. cit., vol.....

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Enfin, il faut remarquer que, dans les années 1140, un autre personnage important, qui n’est pas un évêque mais un chanoine régulier, est associé au réseau réformateur : Guillaume, prieur de Sainte-Barbe-en-Auge, l’une des plus anciennes communautés de chanoines réguliers de Normandie dont la réforme est fortement liée à la cathédrale de Rouen [104][104] Sur ce personnage dans les années 1120-1130, lors de.... En témoignant quatre fois dans les actes d’Hugues d’Amiens, dans les années 1140, il est le chef d’une maison régulière extérieure au diocèse de Rouen qui témoigne le plus souvent auprès de l’archevêque [105][105] Il ne témoigne ou souscrit toutefois qu’une seule fois.... Ses liens avec Hugues d’Amiens se devinent dès 1137 dans la confirmation générale des biens de Sainte-Barbe-en-Auge délivrée par le duc Étienne : cette confirmation est donnée à la demande, entre autres, de l’archevêque de Rouen, ce qui est une précision exceptionnelle dans les actes ducaux contemporains [106][106] H. Cronne, R. Davis (dir.), Regesta Regum Anglo-Normannorum,.... Par ailleurs, le prieur Guillaume fréquente les évêques du réseau et se déplace souvent à leurs côtés. Il est bien sûr présent à Rouen lorsque des chanoines de Sainte-Barbe sont introduits dans la collégiale Saint-Lô selon le souhait d’Hugues d’Amiens et d’Algare [107][107] R.-N. Sauvage, Chronique de Sainte-Barbe…, op. cit.,.... En 1146, il accompagne Rotrou et Richard de Subligny, évêque d’Avranches, à Rome. Ces derniers – Rotrou à l’aller, Richard au retour – acquittent les frais occasionnés par le voyage de Guillaume [108][108] Ibid., p. 30-31. La chronique de Sainte-Barbe raconte.... Deux ans plus tard, ce dernier prend la route de Reims, aux côtés et aux frais de Philippe d’Harcourt, pour aller assister au concile [109][109] Ibid., p. 35., où il retrouve également Rotrou et Hugues d’Amiens. Par ailleurs, d’après la chronique de Sainte-Barbe, c’est d’abord Guillaume qu’Arnoul, partant pour la croisade, choisit pour administrer le diocèse de Lisieux en son absence, avant même de solliciter Rotrou. Le prieur refuse finalement la demande épiscopale, sous la pression de ses chanoines, pour se consacrer à l’administration de Sainte-Barbe-en-Auge [110][110] Ibid., p. 39-40.. La proximité réelle et certainement l’amitié qui existe entre Guillaume et Arnoul transparaît enfin dans la présence du second aux funérailles du premier, en 1154. Apprenant la mort de Guillaume alors qu’il séjourne à Nonant, Arnoul accourt à Sainte-Barbe-en-Auge malgré les intempéries, afin de présider la cérémonie des funérailles [111][111] Ibid., p. 49. Nonant, Calvados, cant. Bayeux. Il s’agit.... Les quelques différends qui ont pu se faire jour ponctuellement et temporairement entre le prieur Guillaume et Philippe d’Harcourt ou Arnoul de Lisieux, sont, si on en croit la chronique, rapidement réglés [112][112] La chronique signale deux différends à propos d’églises.... Au-delà de la présentation – évidemment très flatteuse pour le prieur – faite par la chronique de Sainte-Barbe, Guillaume est manifestement en relation assez étroite avec tous les évêques constituant le réseau ou associés à ce dernier. Il peut donc incontestablement être considéré comme un membre actif de ce réseau réformateur dans les années 1140.

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Enfin, il est probable que certains dignitaires et chanoines des chapitres cathédraux normands – en particulier le chapitre de Rouen – sont associés au réseau réformateur. Mais cette association personnelle est difficile à détecter avec certitude, en particulier parce que de nombreux chanoines sont régulièrement témoins des actes épiscopaux sans qu’il soit possible de donner un sens très précis à ces témoignages. Laurent, archidiacre de l’Église de Rouen, pourrait jouer un rôle particulier auprès d’Hugues d’Amiens, qui le mandate à deux reprises, dont une fois aux côtés d’Arnoul de Lisieux, pour s’enquérir en son nom de la situation au chapitre de Sées lors de l’élection épiscopale contestée de 1144 [113][113] R HGF, vol. 15, p. 697. Sur ce personnage, voir D.....

Dynamisme et déclin du réseau. Éléments d’explication

Approche chronologique : les phases de dynamisme et de déclin

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Un certain nombre d’indices montrent que ce réseau réformateur n’existe pas de manière homogène et pérenne jusqu’à la fin de l’archiépiscopat d’Hugues. S’il est très actif dans la décennie 1140, il est moins cohérent et moins dynamique à partir de la première moitié de la décennie 1150. Les coopérations entre évêques sont moins fortes (ce qui ne signifie pas que l’action réformatrice de chacun dans son diocèse soit stoppée).

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La distribution chronologique des mentions des évêques suffragants de Rouen dans les actes d’Hugues d’Amiens, présentée dans les tableaux 3 et 4 en annexe, fournit un premier indice. Malgré les difficultés méthodologiques que soulève un tel tri [114][114] Le classement chronologique des actes pour lesquels..., il semble que les interventions des évêques constituant le cœur du réseau réformateur et les rencontres entre ceux-ci et l’archevêque soient, dans la dernière décennie de l’épiscopat d’Hugues, beaucoup moins fréquentes que dans les quinze années précédentes. Algare est mort en 1150 [115][115] Tout comme Gautier, abbé de Saint-Wandrille. Guillaume,.... Rotrou et Arnoul sont toujours ceux qui sont le plus souvent aux côtés de l’archevêque – Rotrou accompagne encore Hugues dans certains déplacements – mais le sous-total obtenu n’a rien à voir avec celui de la période 1138-1153. Concernant les témoignages et souscriptions, la comparaison en proportion est plus éclairante : au total, les évêques du réseau témoignent ou souscrivent dans 37 % des actes d’Hugues portant des témoins ou des souscripteurs connus entre 1140 et 1153, tandis que cette proportion ne s’élève qu’à 15 % pour la période 1154 et 1164 [116][116] Les actes ne portant que la souscription de l’archevêque.... Sur la foi de ces indicateurs, le réseau semble donc moins actif à la fin de l’archiépiscopat d’Hugues que dans la période 1138-1153.

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Par ailleurs, d’autres indices laissent penser que les rapports entre certains des membres du réseau sont ponctuellement tendus. Une lettre d’Arnoul de Lisieux, peut-être écrite vers 1159, montre que ce dernier a connu un désaccord avec Hugues d’Amiens, auquel il reproche, sans invective toutefois, d’avoir ouvert la porte, en agissant d’une manière inappropriée, à la contestation de son pouvoir épiscopal par l’abbaye de Fécamp [117][117] F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 21. Certainement en 1155, Hugues envoie à Philippe d’Harcourt une lettre lui enjoignant de cesser de contester à l’abbaye de Savigny les droits qu’elle possède sur les dîmes et d’autres revenus ecclésiastiques à Thaon [118][118] Sur cette affaire, voir T. Roche, « Philip of Harcourt… »,.... Le ton est sec [119][119] Musée des Beaux-Arts de Caen, coll. Moreau, ms 298,... sans être réprobateur mais l’archevêque s’oppose clairement à l’une des opérations menées par Philippe dans le cadre de la reconstitution du temporel de sa cathédrale [120][120] Ce n’est pas la première fois qu’Hugues rappelle Philippe.... Enfin, en 1160, lorsque Hugues demande à ses suffragants de l’imiter en reconnaissant officiellement et sans délai le pape Alexandre III, alors qu’Henri II diffère une reconnaissance officielle jusqu’au moment opportun [121][121] Voir infra à propos des événements liés au schisme..., il semble qu’aucun des évêques normands n’obtempère, pas même ceux qui ont assisté l’archevêque dans ses entreprises depuis de nombreuses années. Hugues d’Amiens ne semble plus alors véritablement en mesure d’impulser le mouvement et de guider la conduite de ses suffragants, même de ceux dont il est ou dont il a été le plus proche [122][122] Contrairement à ce qu’affirme R. Freeburn, Hugh of....

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Une évolution comparable s’observe également si l’on se place du point de vue des relations entre les évêques normands et la papauté. La première moitié des années 1150 semble marquer un tournant. À l’exception du cas bayeusain, presque toutes les bulles pontificales sollicitées par les évêques du réseau en faveur de leur église cathédrale sont antérieures à 1154 [123][123] Plus globalement, le nombre de bulles reçues – et donc.... À partir de 1155, les rencontres entre les évêques normands et le pape sont plus rares et ont lieu en général lorsque les évêques assurent une mission de représentation du duc, ce qui n’était pas le cas auparavant [124][124] Voir les éléments détaillés supra.. Quant aux missions confiées par le pape aux évêques normands, les tableaux 5 et 6, en annexe, permettent d’en rendre compte. Jusqu’en 1153, Hugues d’Amiens est concerné, seul ou non, par toutes les missions pontificales confiées au clergé normand [125][125] Il est toujours concerné seul sous le pontificat d’Innocent.... Après 1153, dans les dix dernières années de son archiépiscopat, Hugues est moins sollicité par la papauté : seules 40 % des délégations d’affaires normandes et 38 % des sollicitations adressées aux évêques normands le concernent. Après 1153, les auxiliaires locaux du pape se caractérisent également par une diversité un peu plus grande : on retrouve certes toujours Rotrou de Warwick et Arnoul de Lisieux, mais aussi Richard de Bohon, évêque de Coutances, deux évêques d’Avranches dont le célèbre Achard, et deux archidiacres. C’est à cette époque qu’interviennent, dans des affaires normandes, des délégués extérieurs à la Normandie. Bien que la récupération des biens de sa cathédrale soit largement avancée, Philippe d’Harcourt n’apparaît plus. Surtout, à cette époque, plus aucun évêque suffragant de Rouen n’est mandaté avec Hugues d’Amiens. Les évêques normands sont sollicités seuls ou avec un archidiacre et, lorsque l’archevêque intervient en binôme, c’est aux côtés d’évêques extérieurs à la Normandie [126][126] J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., no 97, J. Pflugk-Harttung,.... L’association des hommes constituant le réseau réformateur, fréquente avant cette date, tend donc à nettement se raréfier.

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Pour résumer, les relations entre les évêques normands – en particulier ceux du réseau – et la papauté sont un peu moins soutenues qu’auparavant et, surtout, les évêques travaillant au service de la papauté interviennent d’une manière moins collective et moins liée à la personne de l’archevêque, dont on peut dire qu’il médiatise de moins en moins le rapport de l’épiscopat normand à la papauté.

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Tous ces éléments montrent qu’à partir de la première moitié des années 1150, la cohésion du groupe formé par les cinq évêques réformateurs les plus proches de la papauté n’est plus aussi forte qu’auparavant, et que les actions menées par ces hommes sont de moins en moins collégiales ou coordonnées.

Éléments d’explications

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Cette évolution chronologique peut trouver de multiples facteurs d’explication. La mort de plusieurs membres du réseau au début des années 1150 doit être prise en compte. Le changement de pape qui a lieu en 1153 joue peut-être un rôle. C’est en effet à Eugène III que sont dues les nombreuses délégations conjointes des années 1145-1153. Par ailleurs, les matières suscitant l’intervention des réformateurs tendent à évoluer : après 1153, le traitement des épineuses questions liées aux droits de la cathédrale de Bayeux est bien avancé et ces questions polarisent moins exclusivement l’attention. On observe donc une diversification des objets de conflits délégués par le pape aux évêques. Il est cependant impossible d’imaginer que ces éléments suffisent à expliquer qu’un réseau réformateur aussi actif s’organise autour d’Hugues d’Amiens précisément dans les années 1140 et qu’il décline à partir du début des années 1150. Le facteur principal est certainement à rechercher dans l’évolution du contexte politique du duché.

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C’est pendant douze à quinze ans que le réseau réformateur organisé autour d’Hugues d’Amiens déploie son activité la plus intense, entre 1138/1139 et 1151/1154. Or ces termini ne sont pas sans signification sur le plan politique. C’est en 1138/1139 que le pouvoir du duc Étienne de Blois, qui a succédé à Henri Ier en 1135, commence à être militairement contesté par Mathilde, fille d’Henri Ier, et Geoffroy Plantagenêt, le mari de cette dernière [127][127] Voir M. Chibnall, « Normandy », dans The Anarchy of.... S’ouvre alors une période de guerre civile qui dure jusqu’en 1144. Entre 1138/1139 et 1144, le pouvoir ducal normand apparaît comme particulièrement faible. Étienne, progressivement replié en Angleterre, n’exerce plus véritablement le pouvoir en Normandie, mais l’affrontement entre ses partisans et ceux de Mathilde empêchent le camp Plantagenêt de véritablement s’imposer. À ce moment, plus aucune autorité n’est en mesure de fournir une protection efficace aux populations et aux églises, de garantir l’ordre public et de protéger les biens ecclésiastiques. Les élections épiscopales elles-mêmes ne sont plus toujours contrôlées, comme le montre le cas d’Arnoul, librement élu par le chapitre de Lisieux en 1141, sans que celui-ci ait pris soin de demander l’avis de Geoffroy Plantagenêt, auquel l’évêque Jean venait pourtant de soumettre l’évêché [128][128] Il s’agit de l’une des deux seules élections épiscopales.... C’est donc assez logiquement vers une autre autorité que se tournent les évêques mais aussi un grand nombre d’abbés, en se rapprochant de la papauté et en sollicitant sa protection. Mieux, dans cette situation troublée, les évêques les plus actifs s’organisent et coordonnent leurs efforts, autour de leur archevêque et sous l’égide de la papauté, pour prendre en charge eux-mêmes la défense de l’Église et de ses droits (en particulier dans le diocèse de Bayeux) et régler un certain nombre de conflits locaux.

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Le réseau réformateur naît-il pour autant seulement de la nécessité de remplir, en quelque sorte, un vide politique par un surcroît d’engagement ecclésiastique ? Il est permis d’en douter. Plusieurs évêques du réseau réformateur sont connus pour leur préférence en faveur d’Étienne de Blois et leur hostilité envers Geoffroy Plantagenêt pendant le conflit. C’est le cas en particulier d’Algare et d’Arnoul, auquel Geoffroy, maître de la ville de Lisieux, ne permet pas, en raison des conditions de son élection en 1141, de prendre possession du temporel de sa cathédrale avant 1143 [129][129] Ibid., p. 110 ; M. Chibnall, « The Empress Matilda… »,.... C’est aussi le cas d’Hugues d’Amiens lui-même, qui apparaît très proche du roi Étienne entre 1136 et le début des années 1140. Dès 1136, il accompagne la cour royale en Angleterre [130][130] RR AN, vol. 3, no 46, 271, 327, 944.. Lors de l’assemblée d’Oxford, il justifie, en s’appuyant sur le droit canon, la confiscation par Étienne des châteaux tenus par certains évêques anglais, ce qui amène Guillaume de Malmesbury à le qualifier de « plus grand défenseur du roi » [131][131] William of Malmesbury, The Historia Novella, K. Potter... et n’est pas sans rejoindre l’image que proposent les Actes des évêques du Mans : Hugues serait à la tête d’un épiscopat normand entièrement dévoué – y compris militairement – à la cause d’Étienne [132][132] Actus Pontificum Cenomannis in urbe degentium, G. Busson.... En 1141, Hugues fait partie de ceux qui, après la capture d’Étienne par Mathilde, proposent la couronne d’Angleterre et le titre de duc de Normandie à Thibaud, comte de Blois, frère d’Étienne [133][133] The Ecclesiastical History of Orderic Vitalis, M. Chibnall.... Hugues serait-il donc l’homme d’un parti ? En réalité, il n’exerce aucune fonction politique ou administrative particulière au service d’Étienne et ne se trouve que rarement à la cour ducale, même lorsqu’Étienne séjourne en Normandie [134][134] RR AN, vol. 3, no 327 (à Évreux) : c’est le seul témoignage.... Il n’est donc pas « l’archevêque d’Étienne », mais il accorde néanmoins au duc un soutien incontestable. Pourquoi ?

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Étienne, au début du conflit qui l’oppose à Mathilde, a reçu la reconnaissance du pape Innocent II dès 1136 [135][135] C. Holdsworth, « The Church », dans The Anarchy of... et de manière définitive, grâce entre autres au concours d’Arnoul qui a défendu sa cause contre les demandes de Mathilde au concile de Latran II en 1139 [136][136] M. Chibnall, « The Empress Matilda… », op. cit., p..... Il mène très tôt une politique d’ouverture à l’égard de la papauté réformatrice [137][137] Z. N. Brooke, The English Church and the Papacy from.... Surtout, dès avril 1136, il accorde – en présence d’Hugues qui témoigne dans cet acte – la fameuse charte dite des libertés de l’Église d’Angleterre [138][138] RRAN, vol. 3, no 271.. Cette charte très solennelle est une déclaration d’intentions qui, au-delà de la protection ducale accordée aux biens ecclésiastiques, met en avant deux éléments importants et nouveaux dans la bouche d’un roi d’Angleterre. D’une part, Étienne concède que l’Église soit libre (sanctam Ecclesiam liberam esse concedo), en particulier pour ce qui concerne les élections épiscopales, qui doivent se dérouler canoniquement, et toutes les questions relatives aux personnes et aux biens ecclésiastiques, qui relèvent uniquement de la compétence des évêques. D’autre part, le roi se place dans une position personnelle de soumission à l’égard de l’Église à qui il confirme la révérence due, en insistant sur le fait qu’il a été consacré par l’archevêque de Cantorbéry, légat pontifical, et « confirmé » par le pape [139][139] Ibid. : « Ego Stephanus Dei gratia, assensu cleri et.... Le roi d’Angleterre s’intègre ainsi à l’édifice d’une Église unie sous l’autorité du successeur de Pierre. La mise en avant de ces deux principes tranche considérablement avec la politique d’Henri Ier en matière ecclésiastique, mais s’accorde avec les perspectives réformatrices ambitieuses tracées par Hugues d’Amiens et Innocent II dès le début des années 1130 [140][140] Pour une présentation argumentée des positions de l’un.... On peut donc raisonnablement supposer qu’Étienne apparaît à Hugues comme un prince « compatible » avec sa conception de la réforme.

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À l’inverse, même si Marjorie Chibnall a cherché à corriger cette image dans l’historiographie [141][141] M. Chibnall, « Normandy », op. cit., p. 107-110 ; Ead.,..., Geoffroy Plantagenêt est vu par les réformateurs des années 1140 comme un prince hostile à la réforme. À la suite de l’interdiction faite à Arnoul de Lisieux, en 1141, de prendre possession du temporel de son évêché, Geoffroy est dépeint par Pierre le Vénérable et Bernard de Clairvaux – qu’Arnoul et Hugues d’Amiens connaissent bien – comme un « ennemi des bons, oppresseur de la paix et de la liberté de l’Église » [142][142] The Letters of Peter the Venerable, G. Constable (éd.),.... Évidemment, cette image n’évolue pas favorablement après l’intervention brutale de Geoffroy lors de l’élection épiscopale de Sées en 1144 [143][143] M. Chibnall, « The Empress Matilda… », op. cit., p.... – Arnoul pose à nouveau le problème en termes de « liberté de l’Église » [144][144] F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 3 :... – ni avec l’intervention maladroite de Mathilde, sa femme, dans l’élection épiscopale de Durham [145][145] En intervenant dans la nomination de Guillaume Cumin.... La vision qu’a Mathilde de la réforme, telle que l’a décrite Marjorie Chibnall et que la partage possiblement Geoffroy, est directement héritée de la conception réformatrice d’Henri Ier : c’est une vision traditionnelle accordant la priorité à la moralisation de l’Église et des clercs, à travers la lutte contre la simonie, le népotisme et le cumul des charges [146][146] M. Chibnall, « The Empress Matilda… », op. cit., p..... Pas plus que les conceptions réformatrices d’Henri Ier, elle ne s’accorde avec la conception réformatrice ambitieuse d’Hugues d’Amiens, visant d’abord la défense de l’unité et de la liberté de l’Église. La conjonction de ces éléments explique certainement pourquoi le réseau réformateur, au sein duquel Hugues, Arnoul et Algare jouent un rôle structurant, peut apparaître comme un instrument hostile aux entreprises de Geoffroy Plantagenêt et, à l’inverse, un facteur de soutien pour Étienne. Il faut probablement y voir non un parti pris politique pour un homme ou une faction, mais le choix du prince jugé le mieux à même de soutenir l’épanouissement des principes réformateurs les plus ambitieux.

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La défaite d’Étienne en Normandie en 1144, qui permet à Geoffroy Plantagenêt de prendre officiellement le titre ducal, aurait pu changer la donne pour le réseau réformateur. Il n’en est rien, dans la mesure où, on l’a vu, ce réseau demeure pérenne et actif jusqu’au début des années 1150, c’est-à-dire pendant tout le principat de Geoffroy (1144-1150). Il est vrai que l’ordre n’est pas revenu rapidement dès 1144. Surtout, la manière dont les évêques réformateurs considèrent Geoffroy n’a pas dû beaucoup évoluer [147][147] Malgré l’apaisement progressif des relations entre.... On peut le supposer dans la mesure où les sources montrent que les rapports entre les premiers et le second sont loin d’être chaleureux. Hugues d’Amiens, Algare et Arnoul ne reconnaissent Geoffroy comme duc qu’à contrecœur [148][148] M. Chibnall, « Normandy », op. cit., p. 103.. On peut même se demander si certains d’entre eux ne sollicitent pas, entre 1144 et 1150, des bulles de confirmation et de protection pontificales précisément pour protéger leur Église et leur patrimoine d’éventuelles entreprises du nouveau duc [149][149] J. Peltzer, Canon Law, Careers, Conquest…, op. cit.,.... Parmi les usurpateurs du patrimoine de la cathédrale de Bayeux contre lesquels luttent activement Philippe d’Harcourt, Hugues d’Amiens et les autres, avec l’appui du pape, figurent de nombreux seigneurs fidèles de Geoffroy, contre lesquels ce dernier tarde à intervenir [150][150] F. Neveux, La Normandie, des ducs aux rois…, p. 51.... Par ailleurs, aucun des évêques du réseau ne fréquente régulièrement la cour ni ne se met vraiment au service de Geoffroy. Même ceux qui ont été nommés par celui-ci dans un intérêt stratégique, comme Philippe d’Harcourt, ne se sont pas montrés très empressés auprès du nouveau duc. Les évêques normands ne souscrivent ou témoignent que très rarement dans les actes de Geoffroy et dans ceux de Mathilde [151][151] RR AN, vol. 3. Seuls les actes donnés avant 1151 sont.... Algare en est même totalement absent [152][152] La comparaison est saisissante avec les huit témoignages.... Aucun des évêques n’exerce, pendant son épiscopat, des fonctions politiques importantes au service de Geoffroy ou de Mathilde [153][153] Tous demeurent cependant des relais obligés du pouvoir.... En fait, Geoffroy ne semble pas véritablement contrôler l’épiscopat normand, qui s’organise à peu de choses près sans lui voire contre lui (ou pour se protéger de lui et de ses proches), autour d’un autre pôle de référence : Hugues d’Amiens, mandataire de la papauté. La faiblesse du pouvoir ducal et la sourde hostilité de certains évêques à l’égard de Geoffroy Plantagenêt, perçu comme une force hostile aux ambitions réformatrices contrairement à Étienne, expliquent donc certainement tout autant l’épanouissement d’un réseau épiscopal dynamique au service de la protection des églises locales et de la réforme que l’introduction massive de la papauté dans les affaires normandes à cette époque, l’un et l’autre de ces phénomènes étant intimement liés. De ce point de vue, l’idée, avancée par Marjorie Chibnall, d’un succès de Geoffroy dans le domaine ecclésiastique [154][154] M. Chibnall, « Normandy », op. cit., p. 109. trouve des limites.

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Le ralentissement de l’activité du réseau réformateur, selon les indicateurs retenus plus haut, s’observe à partir de 1151, et plus nettement encore à partir de 1154. Or Henri II Plantagenêt devient duc de Normandie à la fin de l’année 1150. Dès la fin des années 1140, il a les faveurs de la papauté. Assez vite, son pouvoir est reconnu et accepté par toute l’élite du duché, par les alliés comme par les anciens adversaires de son père, Geoffroy. Il impose assez rapidement son pouvoir et reprend le duché en main. Avant même de devenir roi d’Angleterre, en 1154, il attire autour de lui quelques hommes de confiance qui constituent le noyau dur de sa cour et le suivent dans ses déplacements. Parmi eux, Arnoul de Lisieux et Philippe d’Harcourt occupent indéniablement une place très importante dès le début du principat. Dans le bref laps de temps – environ un an – pendant lequel Henri ne porte que le titre de duc de Normandie, on les voit déjà souscrire les actes du nouveau duc [155][155] Deux actes souscrits par Arnoul et un par Philippe.... Arnoul faisait d’ailleurs état de son soutien à Henri dès 1149, dans une de ses lettres [156][156] F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 4.. Entre novembre 1151 et décembre 1154, avant qu’Henri devienne roi d’Angleterre, il est l’un des témoins les plus fréquemment cités au bas des actes ducaux (onze témoignages), tandis que Philippe témoigne six fois. En 1154, les deux évêques accompagnent Henri pendant plusieurs mois dans son voyage en Aquitaine. Cela signifie que deux des membres les plus actifs du réseau réformateur consacrent, à partir de 1150/1151 une grande partie de leur énergie et de leur temps au service du duc. Cela peut expliquer une implication apparemment moins grande aux côtés de l’archevêque ou d’autres évêques réformateurs. Le phénomène s’accentue en 1154, lorsqu’Arnoul est nommé justicier du duc-roi en Normandie [157][157] Ibid., no 80*., devenant ainsi l’un des principaux rouages de l’administration royale dans le duché. Philippe a peut-être lui aussi exercé cette fonction [158][158] C. Haskins, Norman Institutions…, op. cit., p. 167 ;.... De 1154 à 1158, Arnoul et Philippe voyagent aux côtés du roi dans les nombreuses provinces que celui-ci dirige, comme l’indiquent leurs témoignages au bas des actes royaux [159][159] Les actes dans lesquels ils souscrivent sont donnés,.... Jusqu’en 1156, ils sont manifestement les seuls évêques normands à servir aussi activement le roi. À partir du milieu des années 1150, un autre membre du réseau réformateur les rejoint. Rotrou, évêque d’Évreux, qui n’est jamais cité dans les actes royaux avant 1156, devient un témoin régulier à partir de cette date [160][160] Le premier acte daté dans lequel témoigne Rotrou date.... En 1157, il est également nommé justicier de Normandie, fonction qu’il conserve jusqu’à la fin de son épiscopat en 1165. Il effectue plusieurs missions de représentations pour le compte du duc-roi, à trois reprises à Rome et, en 1159 et 1164, auprès du roi de France [161][161] T. Schlunz, Archbishop Rotrou…, op. cit., p. 93.. Contrairement à tous les autres évêques normands, ces trois prélats témoignent dans un nombre d’actes royaux très important avant 1165, ce qui traduit leur proximité avec le duc-roi [162][162] Le nombre de témoignages d’évêques normands dans les....

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Dans le même temps, l’archevêque Hugues d’Amiens n’a visiblement pas choisi de jouer aux côtés de ce dernier un rôle politique en fréquentant sa cour, en l’accompagnant dans ses déplacements ou en occupant de hautes fonctions administratives. Il ne témoigne que dans deux actes royaux [163][163] Sachant que l’un de ces témoignages pose problème (L.... – dix-sept fois moins que Rotrou et vingt-sept fois moins que Philippe – et n’occupe aucune fonction particulière au service du roi. On peut toujours invoquer l’âge d’un archevêque vieillissant, mais cela ne peut être une raison suffisante : Hugues est actif dans son diocèse jusqu’à la fin de son archiépiscopat. Par ailleurs, il connaît un vif différend avec Henri II en 1160, lorsqu’il reconnaît officiellement Alexandre III comme pape, sans en référer au duc-roi et sans attendre la décision de ce dernier, dont il parasite ainsi les entreprises diplomatiques [164][164] D’après la Vie de saint Thomas écrite par Guillaume.... Hugues demande à ses suffragants de l’imiter, ce qui accroît encore la colère royale, mais il semble qu’aucun d’entre eux ne réponde à son appel [165][165] Materials for the History of Thomas Becket…, op. cit.,....

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Ces éléments paraissent témoigner, chez les membres du réseau réformateur qui avait été si dynamique dans les années 1140, de conceptions différentes ou d’une évolution différente dans la manière de concevoir les exigences de la réforme ecclésiastique et ce que doit finalement être un évêque ou un réformateur. Hugues considère certainement qu’il ne peut être en même temps au service actif du pape et de la réforme dans sa province, et au service du roi à la cour et dans la vie politique du duché [166][166] Encore une fois, cela n’empêche pas Hugues d’être un.... Le service du pape et de l’Église lui paraît manifestement prioritaire. Peut-être faut-il voir, chez lui, un attachement à une séparation assez nette des sphères laïque et ecclésiastique, jusque dans la personne même de l’évêque, qui ne peut intervenir de la même manière dans les deux sphères. Il y aurait là une cohérence avec l’ambition réformatrice qu’il a développée dès le début de son archiépiscopat, avec le soutien d’Innocent II [167][167] G. Combalbert, « ‘Pro reparatione libertatis ecclesiarum.... Il s’est opposé à Henri Ier dans un long conflit entre 1131 et 1135, comme il s’oppose en 1160 à la volonté d’Henri II : les motifs précis sont différents mais les principes qui sous-tendent la position d’Hugues sont les mêmes, en l’occurrence l’attachement à la liberté et à l’unité de l’Église sous l’autorité du pape [168][168] C’est dans le contexte du schisme, vers 1160, qu’Hugues.... Hugues veut finalement garder une totale liberté d’action lorsque l’intérêt de l’Église universelle ou de l’Église de Rouen lui semble l’exiger. Il apparaît comme un prélat indépendant à l’égard du pouvoir séculier, composant avec le pouvoir ducal, relayant localement ce pouvoir, le soutenant même lorsqu’il lui paraît de nature à accompagner ses ambitions réformatrices, mais se tenant à distance des hautes fonctions politiques et demeurant toujours un peu en retrait. Pendant toute sa carrière, même lorsqu’il a parfois apprécié et soutenu sans ambiguïté le duc, Hugues n’a jamais été l’homme du duc. Sur ce point, il se distingue de presque tous les évêques normands qu’il a côtoyés pendant trente-quatre ans. Il est en revanche toujours demeuré l’homme du pape, même lorsque, dans les années 1150-1160, il est moins actif au service de la papauté.

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À l’inverse, Philippe d’Harcourt et Rotrou partagent peut-être avec Arnoul de Lisieux l’idée que l’on peut servir aussi activement le roi et le pape, réformer et gouverner son diocèse tout en fréquentant la cour et en occupant des fonctions politiques et administratives de premier plan [169][169] Ce sont les données de départ qui, lorsqu’Henri II.... L’adhésion aux idées réformatrices, en particulier l’attachement à la liberté de l’Église – que tous défendent en pratique, dont Philippe s’est fait le champion à propos des biens et des droits de la cathédrale de Bayeux, et qu’Arnoul met en avant dans son sermon introductif au concile de Tours [170][170] R. Somerville, Pope Alexander III and the Council of... –, ne leur semble manifestement pas incompatible avec la position d’un évêque intervenant aussi largement dans la sphère du pouvoir ecclésiastique que dans celle du pouvoir séculier et se mettant activement au service et parfois aux ordres de ce dernier. Finalement, cela ne surprend pas vraiment de la part d’hommes issus de l’aristocratie du duché ou de familles historiquement liées au pouvoir ducal. Sans que cela soit certain, l’apparition un peu plus tardive de Rotrou aux côtés du roi dans les sources constituerait-elle le signe, dans un premier temps, d’une hésitation ou d’une réticence initiale de la part de celui-ci ?

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Enfin, l’affaiblissement du réseau réformateur tient aussi à une certaine reprise en main de l’Église et de l’épiscopat du duché par Henri II. Cette reprise en main transparaît largement en 1160 lorsque le duc-roi réunit les évêques normands à Neufmarché pour qu’ils reconnaissent officiellement Alexandre III comme pape [171][171] La reconnaissance officielle d’Alexandre III par les..., et en 1162 lorsqu’il les réunit à nouveau à Rouen pour les appeler au respect des canons du concile de Lillebonne (1080) et des prérogatives royales dans certaines affaires judiciaires impliquant des clercs ou des églises [172][172] C. Haskins, Norman Institutions…, op. cit., p. 170..... L’attitude d’Arnoul de Lisieux dans le premier de ces événements est symptomatique : bien qu’étant l’ami de Rolando Bandinelli devenu Alexandre III, il semble ne pas répondre à la demande de reconnaissance officielle formulée par Hugues d’Amiens mais attend l’aval d’Henri II, tout en militant auprès de ce dernier en faveur de son ami [173][173] F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 23. À partir de la fin des années 1150, le contrôle ducal sur l’épiscopat normand a donc véritablement pris le pas sur le contrôle archiépiscopal.

En périphérie, en marge ou à l’extérieur du réseau réformateur : les autres évêques normands

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Quelle place occupent, dans ce contexte, les autres évêques suffragants de la province ? Quel est leur lien avec le réseau organisé autour d’Hugues d’Amiens ? Dans les actes de ce dernier, la plupart des autres évêques suffragants de Rouen ne sont pas absents mais leur place est nettement plus restreinte que celle des évêques du réseau. Naturellement, la question ne peut être envisagée de la même manière pour les évêques en place dans les années 1140 et pour ceux qui le sont par la suite.

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Certains sont manifestement assez proches du noyau dur du réseau. Jean, évêque de Sées (1124-1144), témoigne à deux reprises dans les actes d’Hugues, auprès duquel il se trouve en 1140 [174][174] Il croise Algare de Coutances pour l’occasion. Arch.... et en 1142 [175][175] Il témoigne avec Arnoul et Rotrou dans une lettre adressée..., alors qu’il n’existe aucune trace d’interactions entre les deux hommes auparavant (hors de la cour ducale). Ces éléments sont maigres mais ils pourraient être interprétés comme le signe que Jean s’est rapproché d’Hugues d’Amiens à la fin de son épiscopat, lorsque le pouvoir ducal – dont Jean est très proche depuis 1124 – s’affaiblit et que le réseau épiscopal réformateur prend véritablement corps. Dans cette hypothèse, l’accession au siège de Lisieux en 1141 d’Arnoul, frère de Jean, très tôt proche l’archevêque, a certainement pu jouer un rôle.

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De la même manière, Richard de Subligny, évêque d’Avranches de 1143 à 1153, entretient visiblement de bons rapports avec l’archevêque et avec les évêques du réseau. Il est présent à Rouen, aux côtés d’Hugues d’Amiens, Algare et Rotrou lors du règlement d’un conflit entre les abbayes de la Croix-Saint-Leufroy et de Josaphat en 1149 [176][176] C. Métais, Cartulaire de Josaphat…, op. cit., no 1.... Il est possible que les trois suffragants aient aidé l’archevêque à régler l’affaire. Hugues délivre également la plus ancienne confirmation générale conservée des biens de la cathédrale d’Avranches dans un acte adressé à Richard et à son chapitre [177][177] Livre vert d’Avranches, Bibliothèque municipale d’Avranches,.... L’évêque d’Avranches accompagne Rotrou dans son voyage à Rome en 1146 [178][178] R.-N. Sauvage, Chronique de Sainte-Barbe…, op. cit.,.... Il est enfin probablement [179][179] La date de l’acte concerné (Musée des Beaux-Arts de... destinataire, avec ses archidiacres et son chapitre, d’un acte dans lequel l’archevêque, après avoir entendu dire que des hommes s’en prenaient aux biens de Savigny dans le diocèse d’Avranches, demande que ces biens soient protégés et que ces hommes soient châtiés. L’acte ne se présente pas explicitement comme une injonction, mais il s’y apparente. À demi-mot, Hugues demande à Richard de défendre les biens de Savigny, déplorant peut-être implicitement qu’il ne l’ait pas fait avec assez d’efficacité jusque-là. Le ton n’est toutefois pas celui du reproche. Manifestement, l’archevêque semble avoir confiance en son suffragant pour régler le problème. Richard de Subligny, qui ne fait visiblement pas partie du noyau dur du réseau, paraît donc tout de même associé à ce réseau. S’il n’est pas un collaborateur actif et régulier d’Hugues d’Amiens et de ses suffragants les plus proches, il semble être un relais et un collaborateur ponctuel.

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La place de l’évêque Gérard de Sées (1144-1157) dans l’épiscopat normand est beaucoup plus complexe à saisir. D’emblée, celui-ci ne semble pas incarner la réforme dans son propre diocèse, puisqu’il est séculier lorsqu’il est élu évêque de Sées par une petite faction d’un chapitre réformé par son prédécesseur, et dans des conditions très compliquées [180][180] Sur les conditions de l’élection de Gérard, voir J..... Pour cette raison, il s’attire immédiatement l’inimitié d’Arnoul de Lisieux, qui dénonce au pape sa personnalité et les conditions dans lesquelles il a été élu [181][181] F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 3..... Malgré cela, les actes du nouvel évêque de Sées montrent qu’il est réceptif au modèle diplomatique que constituent les bulles pontificales [182][182] Voir G. Combalbert, « La diplomatique épiscopale en.... C’est d’ailleurs sous son épiscopat que le chapitre de Sées reçoit, pour la première fois à en croire la documentation conservée, une bulle confirmative de ses biens. La chronique de Sainte-Barbe-en-Auge, qui évoque brièvement Gérard, lui attribue par ailleurs le surprenant qualificatif beatus[183][183] R.-N. Sauvage, Chronique de Sainte-Barbe…, op. cit.,....

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Ses relations avec Hugues d’Amiens ne sont pas plus faciles à cerner. En 1144, Gérard est présent à Rouen aux côtés d’Hugues d’Amiens et de Rotrou, autour du légat Imar de Tusculum [184][184] J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., vol. 2, no.... La même année ou peu de temps après, Hugues confirme aux moines de Saint-Benoît-sur-Loire une église paroissiale que leur a donnée Gérard [185][185] M. Prou, A. Vidier, Recueil des chartes de l’abbaye.... Enfin, en 1145, l’un des actes de ce dernier est daté par référence à l’archiépiscopat d’Hugues d’Amiens [186][186] P. Barret, Cartulaire de Marmoutier pour le Perche..., ce qui est un cas unique dans la documentation épiscopale normande. Ces éléments prouvent-ils l’existence d’une proximité entre Gérard et Hugues d’Amiens ? Ils laissent penser qu’Hugues d’Amiens a pu rapidement reconnaître la validité de l’élection de Gérard malgré l’opposition de Geoffroy Plantagenêt (peut-être justement en raison de cette opposition brutale) et l’hostilité d’Arnoul, si on admet que Gérard se trouve à Rouen en 1144 précisément pour défendre sa cause et recevoir la consécration épiscopale des mains de l’archevêque. Cette reconnaissance archiépiscopale rapide au milieu de l’adversité pourrait expliquer pourquoi Gérard date l’un de ses actes par référence à Hugues d’Amiens, potentiellement l’un des seuls à le reconnaître, à ce moment-là, comme évêque de Sées. Tout au plus peut-on donc supposer que Gérard souhaite entretenir une proximité avec Hugues d’Amiens dans les premiers temps de son épiscopat. Il est très difficile de dire si l’inverse est aussi vrai. En effet, la confirmation – qu’effectivement rien ne rendait obligatoire – du don fait par Gérard aux moines de Saint-Benoît ne s’expliquerait-elle pas au moins autant par l’identité du bénéficiaire, en l’occurrence Macaire, abbé de Saint-Benoît-sur-Loire, qui est le neveu d’Albéric, évêque d’Ostie et légat pontifical avec lequel Hugues d’Amiens est en contact à plusieurs reprises, non seulement à propos de l’élection contestée du nouvel évêque de Sées mais aussi de la lutte contre l’hérésie [187][187] Deux lettres adressées par Hugues à Albéric : RHGF,... ? Par ailleurs, la lettre écrite par Hugues d’Amiens à Albéric à propos de l’élection épiscopale de Sées [188][188] RHGF, t. XV, p. 696, no 7., dont Thomas Waldman pense qu’elle a pu être utilisée pour soutenir la cause de Gérard [189][189] T. Waldman, Hugh ‘of Amiens’…, op. cit., vol. 1, p...., ne donne aucun indice qui pourrait laisser penser à un soutien appuyé de l’archevêque de Rouen. Celui-ci, agissant comme juge délégué par le légat, y fait uniquement un résumé des éléments qu’il a pu réunir lors de son enquête, sans prendre parti. En fait, la seule certitude qu’autorisent ces pièces est le fait qu’en 1144/1146, Hugues ne partage pas à l’égard de Gérard l’hostilité farouche d’Arnoul de Lisieux.

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Après 1146, plus aucun élément ne permet de justifier l’idée d’une proximité particulière entre Gérard et Hugues d’Amiens. L’affaire, non précisément datée, des dîmes d’Épaney [190][190] Épaney, Calvados, cant. Morteaux-Coulibœuf (ancien... laisse même penser à une relation compliquée. Les dîmes en question sont disputées entre les moines de Saint-Évroult et ceux de Marmoutier, en faveur desquels Gérard, l’évêque diocésain, rend un jugement. Dans un premier temps, Hugues confirme ce jugement et demande à Gérard et à Arnoul de Lisieux (l’abbaye de Saint-Évroult étant dans son diocèse) de le faire exécuter. L’archevêque et son suffragant sagien semblent alors entretenir des rapports institutionnels tout à fait classiques. Mais, pour une raison inconnue, Gérard hésite dans cette exécution, ce qui lui vaut une seconde lettre de l’archevêque, cette fois pour lui reprocher son hésitation, dans des termes extrêmement inhabituels et négatifs, sa demande étant qualifiée d’« amusante et futile » [191][191] Cartulaire de Saint-Vigor de Perrières, Arch. dép..... Ce document laisse penser qu’en l’espèce, Hugues d’Amiens n’a pas vraiment confiance dans la capacité de Gérard à agir. Même s’il n’est certainement pas hostile à la réforme, Gérard est donc méprisé par l’un des membres du réseau – Arnoul – et manque peut-être d’énergie dans l’action. Au total, son intégration peut sembler assez limitée.

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Pour ce qui concerne les évêques entrés en fonction dans les années 1150, au moment où le réseau réformateur ne semble plus aussi dynamique et cohérent qu’auparavant, l’analyse est évidemment plus difficile. On peut toutefois relever quelques éléments concernant les rapports de ces évêques avec l’archevêque de Rouen et les suffragants les plus proches de ce dernier.

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Richard de Bohon, évêque de Coutances à partir de 1151, n’est pas totalement exclu du milieu réformateur. Dès le début de son épiscopat, il travaille activement à se rapprocher de la papauté, comme le souligne Arnoul lui-même en 1152 [192][192] F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 7.. C’est certainement pour cette raison qu’il est parfois sollicité par le pape comme juge délégué par la suite [193][193] Voir tableau 6.. Ces éléments pourraient laisser penser que Richard a cherché à s’intégrer au réseau réformateur, alors que celui-ci est encore assez actif, au début de son épiscopat. Mais le reste de la documentation offre une image assez différente : celle d’un évêque interagissant peu avec les membres de ce réseau et donc relativement en marge. Cela tient certainement en grande partie au fait que, même s’il a agi pour renforcer son autorité épiscopale, Richard n’est pas l’incarnation de l’évêque « réformé ». Lorsqu’il était doyen du chapitre de Bayeux, avant d’accéder à l’épiscopat, il a notamment encouru les foudres du légat Imar de Tusculum parce qu’il avait monnayé la bénédiction du nouvel abbé de Saint-Étienne de Caen [194][194] GC, vol. 11, instr., col. 80, no 11 ; T. Fujimoto,.... Il a également concédé en mort-gage des biens attachés à sa dignité décanale pour acheter la charge de chancelier ducal [195][195] D. Spear, The Personnel…, op. cit., p. 35.. C’est d’ailleurs probablement à cause de cela que la priorité de Richard devenu évêque est de rentrer en grâce auprès de la papauté. Malgré certains termes cordiaux, on sent poindre, dans la lettre d’Arnoul annonçant au pape la venue de Richard en 1152, un certain agacement devant l’empressement de ce dernier à se racheter une conduite à Rome [196][196] F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 7 :.... Richard n’est présent dans les actes d’Hugues d’Amiens qu’une seule fois aux côtés de ce dernier. Encore n’est-ce pas à Rouen mais dans son propre diocèse, à l’occasion de la dédicace de l’abbatiale de Montebourg, qu’Hugues préside en présence de Rotrou [197][197] Cartulaire de Montebourg, BnF, ms lat. 10087, p. 1.... Par ailleurs, l’archevêque lui écrit pour lui demander de veiller à ce que les droits de Savigny sur une église paroissiale soient respectés [198][198] Copie du cartulaire de Savigny, Musée des Beaux-Arts.... Hugues vient de régler un conflit à ce propos entre les moines et le prêtre de cette église, et il notifie ce règlement à l’évêque concerné : rien ici ne dénote une proximité particulière entre les deux hommes. Il est même très probable – la lettre évoque l’appelatio (sic) des moines – qu’en l’espèce, Hugues a jugé en appel une cause déjà jugée par l’évêque de Coutances, et qu’il a rendu une décision contraire à celle de son suffragant. Ce n’est d’ailleurs pas la seule fois qu’Hugues a pu être amené à casser une décision de Richard de Bohon : il autorise en 1155 l’incorporation des églises paroissiales dont le Mont Saint-Michel détenait le patronage dans le diocèse de Coutances, alors que Richard s’y était opposé [199][199] Richard s’était opposé à l’incorporation de l’église.... Globalement, on a l’impression que, pour différents motifs, certaines maisons de Normandie occidentale s’appuient sur l’archevêque pour contourner les décisions de l’évêque de Coutances dont dépendent leurs possessions. Il est difficile de dire si ces appels à l’archevêque sont pour partie à l’origine de la relation compliquée que semblent entretenir l’archevêque et son suffragant ou si ces appels existent parce qu’une relation tendue existe entre eux et qu’elle est connue des moines, qui tentent d’en profiter. Quoi qu’il en soit, ces appels ne doivent pas contribuer à renforcer les liens entre Hugues d’Amiens et Richard de Bohon. Par ailleurs, ce dernier connaît également des démêlés avec Philippe d’Harcourt, en raison du passif qu’il a laissé au doyenné de Bayeux. En 1153, Philippe se fait fort de rappeler en personne et de vive voix au pape que Richard a utilisé des biens ecclésiastiques pour acheter sa charge de chancelier royal [200][200] La bulle qui délègue le règlement du conflit à Hugues....

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Les remarques qui précèdent concernant la relation entre Hugues d’Amiens et Richard de Bohon pourraient certainement s’appliquer aussi à l’évêque Herbert d’Avranches [201][201] Sur Herbert et les motifs qui ont présidé à sa nomination.... Herbert n’apparaît dans les actes d’Hugues d’Amiens qu’à propos du conflit qui l’oppose aux moines du Mont Saint-Michel concernant la chapelle de Pontorson [202][202] Pontorson, Manche, ch.-l. cant., à laquelle le prélat refuse de conférer le statut d’église paroissiale. Le conflit est réglé en 1160, certainement par Hugues mais à la cour royale, en présence de Rotrou, de Philippe d’Harcourt et d’Herbert, débouté par l’archevêque après que le pape et le duc-roi ont déjà donné raison aux moines [203][203] J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., no 98 (1158).... Le ton de la lettre par laquelle Hugues notifie sa décision à Herbert – et dans laquelle il rappelle que ce dernier a refusé de céder aux trois injonctions qui lui ont été faites – est très froid. Là aussi, l’archevêque prend le parti des moines (et du pape) contre l’évêque local qui ne figure pas parmi ses proches. On ne sait rien par ailleurs des rapports d’Herbert avec les autres évêques.

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Parmi les prélats normands des années 1154-1164, deux ne sont jamais cités dans les actes d’Hugues d’Amiens et semblent ne jamais avoir mené d’actions coordonnées avec leurs collègues dans l’épiscopat en dehors de la cour royale : Froger de Sées et Achard d’Avranches. Froger a beau avoir été un temps au service d’Arnoul de Lisieux, il s’attire très rapidement les foudres de celui-ci. Séculier, il est nommé par Henri II sur le siège de Sées en 1159, après que le duc-roi a refusé la candidature d’Achard, abbé de Saint-Victor de Paris, pourtant élu par les chanoines cathédraux [204][204] J. Peltzer, Canon Law, Careers and Conquest…, op. cit.,.... Arnoul n’accepte pas cette nomination ni la décision rapidement prise par Froger d’attribuer l’un des archidiaconés de Sées à un séculier. Dans deux lettres, il dénonce donc Froger au pape Alexandre III dans des termes très durs. Il le présente comme un destructeur de l’œuvre de régularisation entreprise par l’évêque Jean, usant du népotisme et méprisant la foi, l’autorité du prince et les bulles des papes [205][205] F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 34 :.... Arnoul va jusqu’à le décrire comme un partisan de l’antipape, souhaitant la victoire des « ennemis de l’Église » [206][206] Ibid., no 35 : « Quod ego vobis in hoc facto vereor.... Malheureusement, on ne dispose d’aucun autre indice parlant sur les rapports de Froger avec ses autres collègues dans l’épiscopat. Les actes et l’action de Froger laissent toutefois penser que le jugement d’Arnoul est très excessif voire mensonger : l’évêque de Sées contribue à diffuser dans son diocèse les innovations juridiques à l’œuvre ailleurs dans la province de Rouen et il finit par entretenir des rapports cordiaux avec son chapitre régulier, auquel il fait des donations [207][207] S. Bidou, « La régularisation du chapitre de Sées »,.... Malgré cela, l’outrance d’Arnoul dans la dénonciation de Froger tout comme les conditions dans lesquelles celui-ci est arrivé sur le siège de Sées ne favorisent évidemment pas son intégration, au début de son épiscopat, dans le milieu réformateur.

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Dans les actes d’Hugues d’Amiens, l’absence d’Achard, qui a finalement obtenu le siège d’Avranches en 1161, pourrait peut-être paraître plus étonnante. Elle est en fait très difficile à interpréter, car Achard n’est en fonction que pendant trois ans sous l’archiépiscopat d’Hugues d’Amiens, à un moment où le réseau épiscopal réformateur a perdu l’essentiel de son dynamisme. Achard, chanoine régulier de renom, est un partisan de la réforme. Les missions qui lui sont dévolues par le pape ne favorisent pas son action conjointe avec d’autres évêques, puisqu’il est toujours sollicité seul. On a finalement l’impression qu’Achard est un peu en retrait des autres prélats réformateurs. Ses rapports avec Hugues d’Amiens ne semblent pourtant pas mauvais, pour autant que l’on puisse en juger puisque les sources les associent très rarement. Alors qu’il est amené à entendre, par délégation apostolique, un conflit entre des chanoines de Bayeux, Achard précise qu’il a reçu un « mandat et conseil » de l’archevêque avant d’entendre les témoins [208][208] H. Müller, Päpstliche Delegationsgerichtsbarkeit…,.... Familier du chapitre de Bayeux, il est possible qu’Hugues ait éclairé Achard sur les tenants et les aboutissants de la procédure en cours. Cela signifie, dans cette hypothèse, qu’Achard se serait adressé à Hugues pour lui demander conseil. Achard apparaîtrait donc en retrait d’un milieu épiscopal qui n’est plus véritablement un réseau réformateur, mais sans apparaître comme un réformateur isolé.

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Quelle que soit la proximité personnelle avec Hugues d’Amiens de ces évêques mal ou pas intégrés au réseau ou milieu épiscopal réformateur, tous semblent malgré tout subir une forme de contrôle de la part de l’archevêque. Celui-ci ne se prive pas, en effet, d’intervenir dans les diocèses de ces évêques comme il le fait dans les diocèses de ses proches. En l’absence de relation personnelle forte, il intervient simplement en usant des voies institutionnelles plus classiques, à la fois en vertu d’un droit métropolitain qu’il est le premier à mettre en avant dans ses actes [209][209] G. Combalbert, Gouverner l’Église…, op. cit., vol.... et en raison de l’autorité morale incontestable que lui confère sa proximité avec la papauté. En témoignent les jugements qu’Hugues est amené à rendre après appel de décisions des évêques de Normandie occidentale. En cassant certaines décisions de ses suffragants, Hugues œuvre lui-même hors de son diocèse pour accorder une protection aux moines bénédictins et cisterciens (considérés comme des agents de la réforme) qui font appel à lui. Cela lui permet également de s’imposer aux évêques locaux qui sont peu soumis à son influence personnelle. Il est tentant d’analyser dans le même sens, de manière indirecte, les documents s’apparentant à des « rapports » que certains des évêques mal connectés au réseau ou au milieu épiscopal réformateur adressent ponctuellement à Hugues d’Amiens à propos de leur activité en matière contentieuse et dont il subsiste quelques traces [210][210] Cela n’est pas sans rappeler quelques-uns des exemples.... En 1156 par exemple, Richard de Bohon, après avoir réglé, par délégation apostolique, un conflit entre deux chanoines de Bayeux, rapporte par écrit à Hugues d’Amiens la décision qui a été prise [211][211] H. Müller, Päpstliche Delegationsgerichtsbarkeit…,.... Gérard, évêque de Sées, fait la même chose après avoir tranché le conflit opposant Marmoutier et Saint-Évroult concernant les dîmes d’Épaney [212][212] Cartulaire de Saint-Vigor de Perrières, Arch. dép..... Rien, dans ces documents ni dans d’autres textes relatifs à ces affaires, ne justifie objectivement la nécessité d’un rapport à l’archevêque, qui n’a apparemment pas à connaître la cause en appel ni par délégation apostolique. Peut-être faut-il y voir des indices mettant en lumière le fait qu’Hugues d’Amiens cherche à exercer un contrôle assez prononcé sur l’activité des évêques de sa province, y compris au-delà du réseau réformateur au sein duquel des relations interpersonnelles chaleureuses dispensent d’un contrôle plus « hiérarchique » [213][213] Voir, pour les archevêques de Reims, des éléments de... ? Cela serait cohérent avec l’une des priorités promues par Hugues et Innocent II dès le début des années 1130, en faveur du renforcement de la hiérarchie ecclésiastique sous l’autorité du métropolitain lui-même soumis à Rome [214][214] G. Combalbert, « ‘Pro reparatione libertatis ecclesiarum....

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C’est d’ailleurs peut-être en ce sens qu’il faut aussi considérer le conventus episcoporum, réuni à Rouen, en 1154, autour d’Hugues d’Amiens [215][215] L. Delisle, Chronique de Robert de Torigni…, vol. 2,.... On ne sait pas grand-chose de cette réunion uniquement mentionnée par Robert de Torigni [216][216] Elle est mentionnée dans la continuation du cartulaire.... Elle ne semble pas constituer un concile ou un synode provincial au sens propre du terme, sans quoi Robert de Torigni l’aurait certainement signalé de manière plus explicite. On n’en conserve aucun canon ni aucun relevé de décisions. Son existence est d’autant plus intéressante qu’aucun véritable concile ou synode provincial n’est réuni pendant les trente-quatre années de l’archiépiscopat d’Hugues, hormis les deux réunions convoquées par Henri II en 1160 et 1162 [217][217] R. Foreville, « The synod of the Province of Rouen.... Tout au plus est-il assuré que c’est à l’occasion de ce conventus qu’Hugues autorise l’abbé du Mont Saint-Michel à passer outre la décision de l’évêque de Coutances à propos de l’incorporation des églises paroissiales dont il est le patron. On ne peut être certain qu’Hugues a lui-même pris l’initiative de convoquer cette réunion, mais l’hypothèse d’une convocation par le duc ou par un légat pontifical n’est pas la plus crédible, en l’absence de tout indice en ce sens. Si on admet donc l’hypothèse qu’Hugues est bien celui qui a pris l’initiative de réunir les évêques autour de lui, et compte tenu de ce que l’on sait de l’un des objets qui y ont été évoqués, il n’est pas impossible d’interpréter cette réunion comme un moment de contrôle « hiérarchique » des évêques normands par l’archevêque. Dans cette hypothèse, la date de 1154 a son importance : cette réunion – unique en tant que telle dans la documentation – a lieu au moment où le réseau réformateur commence sérieusement à décliner et où les rapports personnels de l’archevêque avec certains des suffragants dont il est le plus proche commencent à devenir plus lâches et nettement moins fréquents. Cette réunion pourrait donc être destinée non seulement au contrôle des suffragants dont Hugues d’Amiens n’est pas particulièrement proche, mais aussi au contrôle des membres du réseau réformateur – ou plutôt de l’ancien réseau – dont les relations personnelles avec l’archevêque sont en voie d’affaiblissement.

Conclusion

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Appelé en 1131 par le pape Innocent II à orchestrer la réforme de toute la province de Rouen, Hugues d’Amiens fédère autour de lui et coordonne dans un véritable réseau les principales énergies réformatrices du duché de Normandie, seulement à partir des environs de 1140. Au moins autant que la personnalité d’Hugues, ce sont les circonstances qui favorisent la constitution de ce réseau réformateur. Réellement observable dans les sources pendant douze à quinze ans, celui-ci se constitue lorsque la guerre civile éclate, c’est-à-dire au moment où le titre ducal est disputé militairement et où le pouvoir ducal est suffisamment affaibli pour n’être plus en mesure de contrôler véritablement l’Église ni de protéger les biens ecclésiastiques. Il demeure actif à côté du duc voire contre le duc pendant la montée en puissance et le principat de Geoffroy Plantagenêt, regardé par certains des membres influents du réseau comme un adversaire des ambitions réformatrices articulées autour de la liberté et de l’unité de l’Église. D’une certaine manière, dans cette période tourmentée, les prélats réformateurs les plus actifs s’organisent, en lien étroit avec la papauté, pour tenter de garantir localement la défense et la protection des églises et des biens ecclésiastiques, soutenant au passage le duc Étienne de Blois dont la politique en faveur des « libertés » de l’Église leur apparaît « compatible » avec les perspectives réformatrices ambitieuses qu’ils défendent.

59

Ce réseau réformateur associe non seulement Hugues d’Amiens et Arnoul de Lisieux, mais aussi d’autres figures épiscopales moins mises en avant dans l’historiographie de la réforme : Rotrou de Warwick, évêque d’Évreux, Philippe d’Harcourt, évêque de Bayeux, et Algare, évêque de Coutances. Il comprend également quelques chefs d’établissements réguliers, en particulier deux abbés provenant du milieu clunisien et Guillaume, prieur de la prestigieuse maison canoniale de Sainte-Barbe-en-Auge. Tous les évêques concernés travaillent séparément mais aussi de concert, sous la conduite de l’archevêque et en lien permanent avec la papauté, à la limitation du contrôle laïc sur les droits et biens d’Église, au renforcement de la hiérarchie ecclésiastique et du contrôle épiscopal, et à la réforme des mœurs cléricales et régulières. Si chacun emprunte parfois des voies qui lui sont propres, certaines sources montrent qu’il y a manifestement, au sein du réseau, la conscience d’une action collective concertée en faveur de la réforme. Cette action trouve en particulier à s’accomplir dans la nécessaire remédiation aux problèmes rencontrés par l’Église de Bayeux, qui doit être envisagée comme une véritable entreprise de réforme et non seulement comme une entreprise de reconquête de droits temporels.

60

L’évêque d’Avranches Richard de Subligny est associé à ce réseau de manière un peu plus lâche, tout comme peut-être Jean, évêque de Sées, à la fin de son épiscopat. Les autres prélats, dont l’activité réformatrice est parfois plus discrète et surtout limitée à leur propre diocèse, paraissent tantôt mal connectés à ce réseau, tantôt franchement marginalisés, souvent en raison de leurs conditions d’accès à l’épiscopat ou de leur apparent manque d’énergie dans l’action.

61

Ce réseau réformateur perd de son dynamisme à partir du début du principat d’Henri II Plantagenêt en Normandie, lorsque ses membres adoptent un positionnement différent à l’égard d’un pouvoir ducal redevenu fort et en mesure de bien contrôler l’Église normande. Deux puis bientôt trois des membres du réseau, issus de grandes familles aristocratiques du duché ou de familles proches du pouvoir ducal, prêtent un concours actif au nouveau duc en occupant à son service d’importantes fonctions politiques et judiciaires. De son côté, Hugues d’Amiens, fidèle à une conception qui le caractérisait déjà au début des années 1130, maintient une forme d’indépendance à l’égard du pouvoir ducal, certainement parce qu’elle est le gage de l’indépendance et donc de la liberté de l’Église et de l’homme d’Église à l’égard des puissances séculières. Bien qu’ils aient agi ensemble pendant de nombreuses années, qu’ils s’estiment mutuellement et qu’ils partagent certainement un même attachement aux grands principes de la réforme, la dynamique intellectuelle des évêques du réseau réformateur n’est donc pas homogène. Ce sont bien des lectures personnelles de la réforme et de la société qui convergent dans un contexte « favorable », avant que des nuances et des divergences s’affirment lorsque chacun doit se positionner à l’égard d’un pouvoir ducal prétendant de nouveau à un contrôle accru sur l’Église. Par conséquent, à la fin des années 1150 et jusqu’en 1164, il est difficile de continuer à parler d’un véritable réseau réformateur : il demeure des évêques réformateurs de premier plan mais dont l’action est beaucoup moins coordonnée qu’auparavant et entre lesquels certaines tensions se font même ponctuellement jour.


Annexe

Tableau 1 - Les délégations pontificales aux évêques normands pendant l’archiépiscopat d’Hugues d’Amiens (1130-1164)Tableau 1
Tableau 2 - Les mentions des évêques suffragants de Rouen dans les actes d’Hugues d’Amiens (1138-1164)*Tableau 2

* Lettre de reproche ou d’injonction après un désaccord.

Tableau 3 - Les mentions des évêques suffragants de Rouen dans les actes d’Hugues d’Amiens de 1138 à 1153Tableau 3
Tableau 4 - Les mentions des évêques suffragants de Rouen dans les actes d’Hugues d’Amiens de 1154 à 1164*Tableau 4

* Lettre de reproche ou d’injonction

Tableau 5 - Les délégations pontificales aux évêques normands entre 1140 et 1153Tableau 5
Tableau 6 - Les délégations pontificales aux évêques normands entre 1154 et 1164Tableau 6

Notes

[*]

Maître de conférences, Université de Caen Basse-Normandie, CR AHAM, UMR 6273.

[1]

J.-H. Foulon, Église et réforme au Moyen âge : papauté, milieux réformateurs et ecclésiologie dans les Pays de la Loire au tournant des xie-xiie siècles, Bruxelles, De Boeck, 2008. Des éléments nouveaux sur la réforme dans J. Barrow, F. Délivré, V. Gazeau (dir.), Autour de Lanfranc (1010-2010). Réforme et réformateurs dans lEurope du Nord-ouest (xie-xiie siècle), Caen, Presses Universitaires de Caen, à paraître.

[2]

Par exemple : M. Arnoux (dir.), Des clercs au service de la réforme. Études et documents sur les chanoines réguliers de la province de Rouen, Turnhout, Brepols, 2000, p. 17-20.

[3]

Sur la notion de réseau, voir l’importante présentation méthodologique et épistémologique qui introduit l’article d’I. Rosé, « Reconstitution, représentation graphique et analyse des réseaux de pouvoir au haut Moyen Âge. Approche des pratiques sociales de l’aristocratie à partir de l’exemple d’Odon de Cluny », Redes, 21, 2011, p. 199-272, en particulier aux p. 200-214, ainsi que l’abondante bibliographie fournie. L’auteur montre la difficulté d’appliquer les méthodes de la sociologie à l’approche des réseaux pour les périodes antérieures au xiiie siècle.

[4]

T. Waldman, Hughof Amiens’, Archbishop of Rouen (1130-64), Ph.D., University of Oxford, 1970, 3 vol. ; R. P. Freeburn, Hugh of Amiens and the Twelfth-Century Renaissance, Farnham-Burlington, Ashgate, 2011 ; P. Hébert, « Un archevêque de Rouen au xiie siècle : Hugues III d’Amiens, 1130-1164 », Revue des questions historiques, t. 64, 1898, p. 325-371.

[5]

F. Barlow, The Letters of Arnulf of Lisieux, Londres, Royal Historical Society, 1939 ; C. Schriber, The Dilemma of Arnulf of Lisieux. New ideas versus Old Ideals, Bloomington-Indianapolis, Indiana University Press, 1990.

[6]

F. Neveux, La Normandie des ducs aux rois xe-xiie siècles, Rennes, Ouest-France, 1998, p. 295-299.

[7]

Philippe d’Harcourt, évêque de Bayeux, a par exemple fait l’objet de plusieurs travaux qui lui sont spécifiquement consacrés. Il est décrit comme un « bâtisseur », un bon gestionnaire, mais jamais son action locale n’est analysée comme une grande œuvre réformatrice, peut-être parce qu’il n’a pas laissé d’autres écrits que ses chartes. G. H. White, « Philip de Harcourt, Bishop of Bayeux », Notes and Queries, 12 (10), 1922, p. 126-127 ; V. Bourrienne, Un Grand bâtisseur : Philippe de Harcourt, évêque de Bayeux (1142-1163), Paris, Naert, 1930 ; M. A. Rouse et R. H. Rouse, « Potens in Opere et Sermone : Philip, Bishop of Bayeux, and his Books », dans Authentic Witnesses : Approaches to Medieval Texts and Manuscripts, Notre-Dame, University of Notre-Dame Press, 1991, p. 33-59 ; T. Roche, « A bishop and his conflicts : Philip of Bayeux (1142-63) », dans P. Dalton, C. Insley, L. J. Wilkinson (dir.), Cathedrals, Communities and Conflict in the Anglo-Norman World, Woodbridge, The Boydell Press, 2011, p. 117-130 (et aussi S. E. Gleason, An Ecclesiastical Barony of the Middle Ages. The Bishopric of Bayeux, 1066-1204, Cambridge, Mass., 1936).

[8]

Il est significatif que deux des principaux travaux relatifs à Hugues d’Amiens et à Arnoul de Lisieux ne consacrent aucun chapitre aux relations entre ces personnages et leurs homologues dans l’épiscopat, alors que l’un comme l’autre incluent des chapitres ou de larges sous-parties sur les rapports entre ces personnages et le roi, entre ceux-ci et le pape, et sur leur activité dans leur diocèse (T. Waldman, Hughof Amiens’…, op. cit., vol. 1 ; C. Schriber, The Dilemma of Arnulf…, op. cit.). Parmi les travaux qui fournissent des pistes intéressantes sur les relations entre certains évêques : M. A. Rouse et R. H. Rouse, « Potens in Opere et Sermone… », op. cit. (en particulier sur les rapports entre Philippe d’Harcourt et Arnoul de Lisieux).

[9]

On trouvera une présentation générale de quelques éléments concernant les rapports entre la papauté et la Normandie (pas seulement les évêques normands) entre la fin du xie et le début du xiiie siècle dans H. Müller et J. Peltzer, « Der Nordwesten Frankreichs. Die Kirchenprovinzen Rouen und Tours », dans Rom und die Regionen. Studien zur Homogenisierung der lateinischen Kirche im Hochmittelalter, éd. J. Johrendt et H. Müller, Berlin, De Gruyter, 2012, p. 169-208. Sur la période avant 1130, voir surtout D. Spear, The Norman Episcopate under Henry I, King of England and Duke of Normandy (1106-1135), Ph.D. Thesis, University of California, Santa Barbara, 1982, p. 61-88 (chapitre 3). Pour la période postérieure à 1130, la question est parfois abordée de manière ponctuelle et dispersée dans les travaux relatifs aux ducs et duchesses de Normandie, par exemple dans M. Chibnall, « The Empress Matilda and Church Reform », Transactions of the Royal Historical Society, 5e série, 38, 1988, p. 107-130 (comprenant les principaux passages consacrés au rapport entre Mathilde et l’Église figurant dans M. Chibnall, The Empress Matilda, Queen Consort, Queen Mother and Lady of the English, Oxford-Cambridge (Mass.), Blackwell, 1991).

[10]

Sur le rôle et la place des métropolitains à l’époque de la réforme grégorienne, voir M. Schrör, Metropolitangewalt und papstgeschichtliche Wende, Husum, Matthiesen Verlag, 2009, p. 96-237. La période envisagée s’achève précisément avec le pontificat d’Innocent II (sur la période allant d’Urbain II à Innocent II, voir en particulier p. 214-228).

[11]

G. Combalbert, « ‘Pro reparatione libertatis ecclesiarum Normanniae’. Hugues d’Amiens, archevêque de Rouen, le duc Henri Ier et la réforme de l’Église : une reconsidération », dans J. Barrow, F. Délivré, V. Gazeau (dir.), Autour de Lanfranc (1010-2010). Réforme et réformateurs dans lEurope du Nord-ouest (xie-xiie siècle), Caen, Presses Universitaires de Caen, à paraître. Pour résumer (voir infra pour plus de détails), à la réforme traditionnellement orchestrée par le duc avec le concours d’évêques et d’abbés soumis à ce dernier, et essentiellement orientée vers la correction des mœurs du clergé, Hugues oppose une vision plus ambitieuse – en quelque sorte plus « pontificale » – cherchant à garantir en actes la liberté de l’Église sous l’autorité du pape.

[12]

Dates des épiscopats : Rotrou de Warwick, évêque d’Évreux de 1139 à 1165 ; Arnoul, évêque de Lisieux de 1141 à 1181 ; Philippe d’Harcourt, évêque de Bayeux de 1142 à 1163. Gérard est évêque de Sées de 1144 à 1159. Seul le siège d’Avranches connaît une succession de prélats plus rapide : Richard de Subligny (1143-1153), Herbert (1153-1161), Achard (1161-1170).

[13]

J.-P. Migne, Patrologiae Cursus Completus…, Series latina, Paris, Garnier, 1863-1890 (abrégé PL dans la suite), vol. 179, col. 99 et 102. Pour un commentaire récent de ces deux documents, voir G. Combalbert, « ‘Pro reparatione libertatis ecclesiarum Normanniae’… », op. cit. Cela ne compte pas la correspondance échangée pendant les années 1130 entre Innocent II et Hugues d’Amiens.

[14]

Cartulaire de la cathédrale de Rouen, Bibliothèque municipale de Rouen, Y 44, no 26 (P. Jaffé, Regesta Romanorum Pontificum, Leipzig, Veit et Comp., 1885, vol. 2, no 9234, délivrée en avril 1148 au concile de Reims) et 27.

[15]

PL, vol. 179, col. 126 (1132). Dans cette bulle, Innocent II approuve le projet d’Algare de régulariser les communautés canoniales de Saint-Lô de Rouen et de Saint-Lô (sur la Vire). Sur les conditions qui expliquent certainement l’impossibilité de réalisation de ce projet au début des années 1130, voir G. Combalbert, « ‘Pro reparatione libertatis ecclesiarum Normanniae’… », op. cit.

[16]

J. Fontanel, Le cartulaire du chapitre cathédral de Coutances, Saint-Lô, Archives départementales de la Manche, 2003, no 348 (en 1146) et PL, vol. 180, col. 1557 (date indéterminée).

[17]

F. Dubosc, Cartulaire de labbaye de Saint-, Saint-Lô, Jacqueline, 1882, no 4 (P. Jaffé, Regesta Romanorum Pontificum, op. cit., vol. 2, no 8716).

[18]

PL, vol. 180, col. 1408.

[19]

J. Ramackers, Papsturkunden in Frankreich, 2. Normandie, Göttingen, Vandenhoeck-Ruprecht, 1937, no 16.

[20]

Ibid., no 18. L’œuvre de Rotrou y est qualifiée de « tam sanctum opus ».

[21]

Ibid., no 43. Rotrou est le premier évêque d’Évreux à agir en ce sens.

[22]

E. Deville, Cartulaire de léglise de la Sainte-Trinité de Beaumont-le-Roger, publié daprès loriginal de la Bibliothèque Mazarine, Paris, Champion, 1912, no 47.

[23]

P. Jaffé, Regesta Romanorum Pontificum, op. cit., vol. 1, no 8328 et vol. 2, no 8962 ; PL, vol. 179, col. 633 et vol. 180, col. 1159.

[24]

J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., no 6.

[25]

Ibid., no 72.

[26]

Sur les conditions de l’arrivée de Philippe d’Harcourt sur le siège de Bayeux, voir la synthèse récente de l’historiographie sur ce point par T. Roche, « A bishop and his conflicts… », op. cit., p. 118-120 ; et J. Peltzer, Canon Law, Careers and Conquest. Episcopal Elections in Normandy and Greater Anjou c. 1140-c.1230, Cambridge, Cambridge University Press, 2008, p. 135-137. Sur les droits temporels de l’évêché de Bayeux, voir S. Gleason, An Ecclesiastical Barony…, op. cit. Sur les stratégies développées par Philippe pour recouvrer les biens de sa cathédrale, voir T. Roche, « A bishop and his conflicts… », op. cit. Pour l’usurpation des droits spirituels de l’évêque depuis la fin du xie siècle et sur les stratégies développées par Philippe d’Harcourt pour imposer son contrôle sur les églises et sur l’ensemble du diocèse : G. Combalbert, Gouverner lÉglise : évêques et paroisses dans la province ecclésiastique de Rouen (v. 1050-v. 1280), Thèse de doctorat d’histoire, Université de Caen-Basse-Normandie, 2009, 2 vol., 688 p. (dactyl.), au vol. 1, p. 197-265.

[27]

V. Bourrienne, Antiquus Cartularius ecclesiae Baiocensis (livre noir), Rouen-Paris, Lestringant-Picard, 1902. Ces bulles sont aussi reproduites dans J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit. no 14, 19, 22, 23, 24, 30, 31, 32, 33, 34, 36, 37, 41, 42, 46, 50, 64, 65, 67, 68, 69, 70, 71, 85, 86, 89, 90, 91, 94, 97, 101, 102, 103, 113, 117, 122.

[28]

Il faut préciser, pour être complet, que le cas lexovien n’est pas documenté, presque toutes les sources concernant la cathédrale de Lisieux au xiie siècle ayant disparu.

[29]

P. Jaffé, Regesta Romanorum Pontificum, op. cit. vol. 2, no 8612 et PL, vol. 179, col. 876.

[30]

H. Gleber, Papst Eugen III. (1145-1153) unter besonderer Berücksichtigung seiner politischen Tätigkeit, Iéna, Fischer, 1936, p. 11, suggère que Philippe, Arnoul et plusieurs autres évêques non-italiens présents ont pu jouer un rôle dans l’élection d’Eugène III. V. Bourrienne, Antiquus Cartularius…, op. cit., no 173.

[31]

V. Bourrienne, Antiquus Cartularius…, op. cit., no 207.

[32]

Ces deux voyages à Rome sont indiqués par M. A. Rouse et R. H. Rouse, « Potens in Opere et Sermone… », op. cit., p. 40.

[33]

V. Bourrienne, Antiquus Cartularius…, op. cit., no 200.

[34]

F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 8. Pour un commentaire plus détaillé de ce document, voir infra.

[35]

R.-N. Sauvage, La chronique de Sainte-Barbe-en-Auge, Caen, Delesques, 1907, p. 30 (préférable à l’édition plus récente dans M. Arnoux, Des clercs au service de la réforme…, op. cit., p. 275-293) ; T. Schlunz, Archbishop Rotrou of Rouen (1164-1183) : A Career Churchman in the Twelfth Century, Ph.D. Thesis in Medieval History, University of Illinois (Urbana-Champaign), 1973, 226 p. (dactyl.), p. 93 indique que ce séjour à Rome des évêques d’Évreux et d’Avranches a lieu en 1152. Plusieurs éléments prouvent qu’il s’agit d’une erreur et que c’est bien la date de 1146 qu’il faut retenir. À Viterbe, le 6 et le 10 décembre 1146, deux bulles sont données à la demande de Rotrou (l’une en faveur du chapitre cathédral d’Évreux, l’autre en faveur de l’abbaye du Bec : P. Jaffé, Regesta Romanorum Pontificum, op. cit., vol. 2, no 8961 et 8962). La chronique de Sainte-Barbe-en-Auge précise par ailleurs que le prieur Guillaume a accompagné les deux évêques en Italie (voir infra) et qu’à cette occasion, il a rencontré le pape à Viterbe, où il lui a demandé des « lettres » apostoliques. Une bulle confirmant les biens de Sainte-Barbe-en-Auge a été donnée par Eugène III à Viterbe le 7 décembre 1146 (J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., no 44).

[36]

P. Jaffé, Regesta Romanorum Pontificum, op. cit., vol. 2, no 10174.

[37]

Ibid., vol. 2, no 105436 et 10546.

[38]

Ibid., vol. 2, no 10719 et 10729. Philippe d’Harcourt devait accompagner Rotrou. Il en a finalement été empêché.

[39]

F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 7. Ce voyage est certainement motivé par une situation personnelle compliquée avec la papauté : voir infra.

[40]

Ibid., no 14 et 15.

[41]

H. Müller et J. Peltzer, « Der Nordwesten Frankreichs… », op. cit., p. 182 ; R. Somerville, Pope Alexander III and the Council of Tours (1163), Berkeley-Los Angeles-Londres, University of California Press, 1977, p. 28.

[42]

R. Somerville, Pope Alexander III and the Council of Tours…, op. cit., p. 14-18. La version écrite (a posteriori) du sermon d’Arnoul figure dans J.-D. Mansi, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, Florence, 1759-1798, vol. 21, col. 1167-1175.

[43]

Jusqu’en 1164, on conserve une lettre d’Arnoul adressée à Célestin II (F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 2), trois adressées à Eugène III (ibid., no 3, 7, 8), trois adressées à Adrien IV (ibid., no 14, 16, 17), et six à huit adressées à Alexandre III (ibid., no 24, 33, 34, 35, 38, 39, 40 ?, 41 ?, le doute portant sur la date de ces deux dernières lettres et non sur leur destinataire). Arnoul s’excuse à plusieurs reprises de n’avoir pu venir à Rome comme il l’aurait souhaité.

[44]

F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 23, 24, 27, 28 ; C. Schriber, The Dilemma of Arnulf of Lisieux…, op. cit., p. 42-43.

[45]

F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 15.

[46]

Ces missions peuvent être de deux natures : le pape peut déléguer à des acteurs locaux le pouvoir de trancher, par délégation, un conflit qui a été soumis à la curie romaine, ou confier à ces acteurs le soin de préparer ou de faire exécuter des sentences pontificales (convoquer des témoins, sanctionner ceux qui ont été condamnés…). H. Müller, pour la période antérieure à 1165, ne distingue pas clairement ces deux cas de figure (H. Müller, Päpstliche Delegationsgerichtsbarkeit in der Normandie (12. und frühes 13. Jahrhundert), Bonn, 1997, 2 vol.). Pour une présentation synthétique des modalités de la justice pontificale déléguée en Normandie, résumant les conclusions de l’ouvrage précité de H. Müller, voir H. Müller et J. Peltzer, « Der Nordwesten Frankreichs… », op. cit., p. 193-196 (pour tout le xiie et le début du xiiie siècle).

[47]

Trois cas sont attestés au tournant des xie-xiie siècles, et deux autres dans les années 1130 (1131 et 1138), ces deux missions étant confiées à Hugues d’Amiens (P. Jaffé, Regesta Romanorum Pontificum, op. cit., vol. 1, no 7511 ; Gallia Christiana in Provincias Ecclesiasticas distributa…, D. Samarthanus et al. (éd.), Paris, 1715-1865 (abrégé GC dans la suite), vol. 11, instr., col. 77). On entend par « affaires normandes » des conflits dont l’objet est situé en Normandie ou concerne la Normandie.

[48]

H. Müller, Päpstliche Delegationsgerichtsbarkeit…, op. cit., vol. 2, p. 3-80 a établi la liste chronologique des délégations pontificales qu’il a recensées. Toutes les affaires qu’il cite n’ont pas été retenues dans la présente étude, en particulier celles connues par des actes faux, ainsi que celles dont l’objet n’est pas « normand » et dont le règlement n’implique pas un évêque normand. Nous incluons en revanche des cas d’interventions épiscopales normandes sur mandat de l’autorité apostolique que H. Müller n’a pas retenus : P. Jaffé, Regesta Romanorum Pontificum, op. cit., vol. 2, no 10402 ; GC, vol. 11, instr., col. 77 ; A. Luchaire, Étude sur quelques manuscrits de Rome et de Paris, Paris, Alcan, 1899, p. 118 ; Copie du cartulaire de Savigny, Musée des Beaux-Arts de Caen, coll. Mancel, ms 302, p. 203 ; L. Delisle, E. Berger, Recueil des actes de Henri II, Paris, Imprimerie nationale-Klincksieck, vol. 1, p. 51 ; J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., no 14 et 41 ; Recueil des Historiens des Gaules et de la France, Paris, Palmé, 1878 (abrégé R HGF dans la suite), t. XV, p. 696, no 7. Nous avons laissé de côté les cas où le pape demande à un seul évêque de faire appliquer une décision ou une sentence explicitement dans son propre diocèse, car il s’adresse alors à l’évêque en sa qualité d’ordinaire et non en raison de la confiance particulière qu’il porte au titulaire de la charge. J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., no 14 est en partie dans ce cas (le pape demande à Hugues d’Amiens et à Philippe d’Harcourt d’agir pour récupérer les biens et droits usurpés de la cathédrale de Bayeux) : Philippe d’Harcourt est concerné en tant qu’évêque diocésain (il reçoit d’ailleurs des demandes identiques adressées à lui seul : ibid., no 19 et 31), mais le recours à l’archevêque de Rouen, dont le statut de métropolitain n’est pas évoqué dans la bulle, s’explique par la confiance particulière que le pape a pour Hugues d’Amiens.

[49]

Le doute subsiste pour deux affaires, dont l’objet n’est pas connu avec précision : S. Loewenfeld, Epistolae Romanorum pontificum ineditae, Leipzig, Veit, 1885, no 217 et F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 20.

[50]

Les deux conflits dont l’objet n’est pas connu ou n’est pas explicitement localisé en Normandie font précisément partie de ces quatre missions, dévolues à des évêques non normands.

[51]

Dans une seule affaire, le nom et la fonction de celui à qui est délégué le soin de régler le conflit entre l’abbaye de Fécamp et l’évêque Arnoul de Lisieux ne sont pas connus. F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 21.

[52]

Les archidiacres ne sont mandatés que dans deux affaires assez tardives et toujours aux côtés d’un évêque : H. Müller, Päpstliche Delegationsgerichtsbarkeit…, op. cit., vol. 2, no 14 (1156 – Patrice, archidiacre de Bayeux) et P. Jaffé, Regesta Romanorum Pontificum, op. cit., vol. 2, no 10402 (1158 – Philippe, archidiacre de Coutances).

[53]

Il s’agit de deux affaires concernant l’Angleterre et le pays de Galles, régions politiquement connectées à la Normandie et qu’Hugues connaît bien, compte tenu de son parcours personnel. Il intervient en 1131, aux côtés des archevêques d’York et de Cantorbéry, dans le vieux conflit opposant les évêques de Llandaff et de Saint-David’s, au pays de Galles (P. Jaffé, Regesta Romanorum Pontificum, op. cit., vol. 1, no 7511 et 7542, et A. Haddan, W. Stubbs, Councils and Ecclesiastical Documents relating to Great Britain and Ireland, Oxford, Clarendon Press, 1964 (rééd.), vol. 1, p. 342, no 13. Le choix pontifical de faire appel à Hugues d’Amiens dans cette affaire ne tient pas seulement au prestige de ce dernier, mais aussi au contexte normand de l’époque : G. Combalbert, « ‘Pro reparatione libertatis ecclesiarum Normanniae’… », op. cit.) et, en 1148, aux côtés d’Arnoul de Lisieux, dans le conflit opposant les abbés de Furness et de Savigny (H. Müller, Päpstliche Delegationsgerichtsbarkeit…, op. cit., vol. 2, no 6-8). Sur la première de ces affaires, voir entre autres J. R. Davies, The Book of Llandaf and the Norman Church in Wales, Woodbridge, The Boydell Press, 2003, p. 37-45.

[54]

En l’occurrence le conflit entre l’abbé de Saint-Augustin de Cantorbéry et l’archevêque local, qu’il tranche aux côtés de six évêques anglais en 1157. A. Morey, C. Brooke, The Letters and Charters of Gilbert Foliot, Cambridge, Cambridge University Press, 1967, p. 365, no 293.

[55]

J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., no 14.

[56]

On ne sait pas sur quels critères sont choisis les juges délégués par la papauté, mais il est possible que certains d’entre eux aient été recommandés par Hugues d’Amiens.

[57]

Les travaux relatifs aux rapports entre les archevêques français et leurs suffragants restent souvent inscrits dans une perspective essentiellement institutionnelle, autour de l’exercice de l’autorité métropolitaine. On trouvera des éléments intéressants sur ce point dans B. Galland, Deux archevêchés entre la France et lEmpire. Les archevêques de Lyon et les archevêques de Vienne du milieu du xiie siècle au milieu du xive siècle, Rome, École française de Rome, 1994, p. 102-103, et surtout dans P. Demouy, Genèse dune cathédrale. Les archevêques de Reims et leur Église aux xie et xiie siècles, Langres, Dominique Guéniot, 2005, p. 427-461, qui intègre la question des rapports interpersonnels à côté de l’aspect institutionnel.

[58]

Ont été pris en compte tous les actes édités dans T. Waldman, Hughof Amiens’…, ainsi que quelques actes qui n’avaient pas été inclus dans cette édition : Livre vert d’Avranches, Bibliothèque municipale d’Avranches, ms 206, no 23 ; Cartulaire du prieuré Saint-Vigor de Perrières, Arch. dép. Calvados, 1 J 117, fol. 15 (deux actes. Un autre acte, au fol. 13v, est illisible compte tenu de la dégradation de l’encre et du parchemin).

[59]

Concernant Rotrou, il faut ajouter aux mentions tirées des actes d’Hugues d’Amiens, sa présence aux côtés de l’archevêque et de l’évêque Gérard de Sées (sur ce point, voir infra), autour du légat Imar de Tusculum, de passage à Rouen en 1144. J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., no 27.

[60]

Dans la province de Reims, l’étude des souscriptions et témoignages des évêques suffragants au bas des actes archiépiscopaux (sur une période plus longue) fait globalement apparaître l’importance du facteur de la distance : les évêques les plus souvent présents sont ceux dont les sièges sont les plus proches de Reims. Toutefois, « les relations personnelles entre les hommes ont pu jouer un certain rôle dans les rencontres ». P. Demouy, Genèse dune cathédrale…, op. cit., p. 443-444.

[61]

Plusieurs documents indiquent qu’Hugues d’Amiens est parent de Gilles « du Perche », évêque d’Évreux de 1170 à 1179. Or Gilles est peut-être apparenté à Rotrou de Warwick, son prédécesseur sur le siège d’Évreux (GC, t. 11, col. 578 ; voir T. Waldman, Hughof Amiens’…, op. cit., vol. 1, p. 4-6). D. Spear, The Personnel of the Norman Cathedrals during the Ducal Period, 911-1204, Londres, 2006, p. 135, n. 4, précise qu’il n’a trouvé aucun élément permettant de prouver ce lien de parenté entre Gilles et Rotrou.

[62]

Cartulaire de Montebourg, BnF, ms lat. 10087, p. 19.

[63]

J.-F. Pommeraye, Sanctæ Rotomagensis ecclesiæ concilia ac synodalia decreta…, Rouen, Le Brun, 1677, p. 148.

[64]

Arch. dép. Calvados, H 7834.

[65]

T. Schlunz, Archbishop Rotrou…, op. cit., p. 82.

[66]

Pour l’acte d’Hugues d’Amiens : V. Bourrienne, Antiquus cartularius…, op. cit., vol. 1, p. 80 ; pour l’acte de Rotrou : ibid., p. 81. Chacun des deux suscrit seul. Aucune délégation pontificale n’est mentionnée. Il est impossible de dire si les deux actes ont été rédigés en même temps, ou si l’un a été copié sur l’autre.

[67]

F. Lecomte, « Un commentaire scripturaire du xiie siècle, le Tractatus in Hexaemeron de Hugues d’Amiens », Archives dHistoire Doctrinale et Littéraire du Moyen Âge, no 25, 1958, p. 235-294, à la p. 235 ; R. Freeburn, Hugh of Amiens…, op. cit., p. 119.

[68]

PL, vol. 192, col. 1118 : « Inter pontifices speciali dignus honore, / Hic nostra carnis Hugo resignat onus. / Consignata brevi clauduntur membra sepulchro ; / Non tamen acta viri claudit uterque polus. / Quidquid dispensat et compartitur in omnes, / Gratia praestiterat contuleratque vivo. / Fecundos igitur virtutum copia fructus / Fecit et ultra hominem et magnificatus homo. / Tandem post celebris felicia tempora vitae, / Sustulit emeritum flebilis hora senem. / Par, Martine, tibi consorsque futurus, eamdem / Sortitus tecum est commoriendo diem ». Traduction anglaise dans R. Freeburn, Hugh of Amiens…, op. cit., p. 224.

[69]

Tractatus de schismate, PL, vol. 201, col. 173-194 (écrit entre 1131 et 1138).

[70]

C. Schriber, The Dilemma of Arnulf of Lisieux…, op. cit., p. 2-11 et 40.

[71]

La proximité d’Arnoul avec Hugues d’Amiens ne peut s’expliquer par les origines familiales du premier. Il est certes issu d’une « famille cathédrale » importante, bien implantée à Lisieux et à Sées et qui a favorisé, avec le soutien d’Henri Ier, des entreprises de réforme tournée vers la qualité du clergé (M. Arnoux, Des clercs au service de la réforme…, op. cit., p. 44-50). Mais rien n’indique que ses parents, les évêques Jean de Lisieux (1107-1139, oncle d’Arnoul) et Jean de Sées (1124-1141, frère d’Arnoul), entretiennent des rapports de proximité avec Hugues d’Amiens. Au contraire, Jean de Lisieux est le seul évêque normand en fonction pendant au moins cinq ans en même temps qu’Hugues d’Amiens à ne jamais apparaître dans les actes de l’archevêque et pour lequel aucune interaction avec Hugues n’est documentée en dehors de la cour ducale. Il n’est pas impossible d’imaginer que, justicier et très proche d’Henri Ier, Jean de Lisieux partage la conception ducale de la réforme au début des années 1130, ce qui ne le dispose pas à entretenir de bonnes relations avec Hugues d’Amiens (G. Combalbert, « ‘Pro reparatione libertatis ecclesiarum Normanniae’… », op. cit.).

[72]

Voir infra.

[73]

RHGF, t. XV, p. 696, no 7. J. Peltzer, Canon Law, Careers and Conquest…, op. cit., p. 118 et K. Thompson, Power and Border Lordship in Medieval France. The County of the Perche, 1000-1226, Woodbridge, Royal Historical Society, 2002, p. 54-85 indiquent que le prieur de Sées a appelé les deux évêques à la suite de l’élection contestée, et ils cherchent à expliquer ce choix en particulier par les origines familiales des deux prélats. La lettre d’Hugues d’Amiens publiée dans le t. XV du RHGF indique clairement que ceux-ci interviennent à la demande de l’archevêque. Le choix d’Hugues se porte certainement sur Arnoul parce que celui-ci connaît très bien le chapitre de Sées mais il est difficile d’imaginer que l’engagement réformateur d’Arnoul et Rotrou n’ait pas aussi motivé la décision d’Hugues.

[74]

M. A. Rouse et R. H. Rouse, « Potens in Opere et Sermone… », op. cit., p. 43 ; R. Freeburn, Hugh of Amiens…, op. cit., p. 236, n. 6.

[75]

Ibid., p. 201.

[76]

V. Bourrienne, Antiquus cartularius…, op. cit., vol. 1, p. 126.

[77]

Cartulaire du Plessis-Grimoult, Arch. dép. Calvados, H non coté, fol. 113. Voir G. Combalbert, « Évêques et paroisses dans le sud du diocèse de Bayeux au xiie siècle », dans V. Gazeau, J. Green (dir.), Tinchebray 1106-2006. Actes du colloque de Tinchebray (28-30 septembre 2006), Flers, Le Pays Bas-Normand, no 271-272, 2009, p. 263-283.

[78]

R.-N. Sauvage, Labbaye de Saint-Martin de Troarn au diocèse de Bayeux, des origines au seizième siècle, Caen-Rouen-Paris, Delesques-Jouan-Lestringant-Champion, 1911, preuves, p. 374. L’acte notifiant le jugement cite Philippe à deux reprises. Au début de l’acte : « tandem apud Lexovium, evocato ex latere venerabili fratre nostro Philippo Bajocensi episcopo, multis eciam religiosis et sapientibus viris pariter convocatis ». Philippe est le premier témoin, dont l’acte précise qu’il a été associé à l’élaboration du jugement : « Presentes autem et testes fuerunt judicii et investiture primo dominus Bajocensis Philippus, nobiscum cooperator judicii ».

[79]

Sur ce point, voir G. Combalbert, Gouverner lÉglise…, op. cit., vol. 1, p. 208-226.

[80]

L’acte d’Algare relatif à la réforme de Saint-Lô (sur la Vire) précise explicitement que l’opération s’est faite avec l’accord d’Hugues d’Amiens. F. Dubosc, Cartulaire de labbaye de Saint-…, op. cit., no 2.

[81]

D’après les actes d’Hugues d’Amiens, Algare a rencontré l’archevêque au moins en 1140, en 1142 à Rouen (certainement à l’occasion de l’introduction de chanoines réguliers à Saint-Lô de Rouen), en 1145, peut-être en 1146, et au début de l’année 1149 à Rouen. C. Métais, Cartulaire de Notre-Dame de Josaphat, Chartres, Garnier, 1911-1912, no 166 ; R.-N. Sauvage, Labbaye de Saint-Martin de Troarn…, op. cit., p. 369 ; J.-F. Pommeraye, Histoire de labbaye royale de Saint-Ouen de Rouen, Rouen, Lallemant, 1662, p. 425 ; Arch. dép. Seine-Maritime, 14 H 661 ; Ibid., 16 H 14 ; F. Lot, Études critiques sur labbaye de Saint-Wandrille, Paris, Champion, 1913, p. 130 et 133 ; V. Bourrienne, Antiquus cartularius…, op. cit., vol. 1, p. 79.

[82]

L. Merlet, A. Moutié, Cartulaire de Notre-Dame des Vaux de Cernay, Paris, Plon, 1858, p. 2, no 6. L’évêque de Paris est également présent. L’abbaye des Vaux-de-Cernay se situe dans son diocèse. Dans les actes donnés par Rotrou seul, agissant comme évêque d’Évreux, Arnoul est le seul autre évêque normand cité.

[83]

Voir supra.

[84]

R.-N. Sauvage, Chronique de Sainte-Barbe…, p. 40 : « subrogato Lexoviensis ecclesie domino Ebroicense Rothroldo qui quamdiu custos episcopatus fuit ». La reconnaissance des droits de Sainte-Barbe-en-Auge sur une terre a lieu le 20 janvier 1148 à Lisieux in presentia domini Rotroci Ebroicensis episcopi Lexoviensis episcopatus curam mine agentis (C. Haskins, Norman Institutions, Harvard University Press, 1918, p. 322, no 2). Le choix d’Arnoul a sans doute reçu l’aval d’Hugues d’Amiens.

[85]

F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 27, d’après l’interprétation convaincante proposée par M. A. Rouse et R. H. Rouse, « Potens in Opere et Sermone… », op. cit., p. 55-56. L’ouvrage en question contient les travaux d’Ennode, évêque de Pavie à la fin du ve et au début du vie siècle.

[86]

F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 8.

[87]

Ibid. : « Homo enim consilii et fortitudinis est, potens in opere et sermone, in regalibus consiliis et negotiis ecclesiasticis acceptus et efficax, plurimumque tam ipsi archiepiscopo quam omnibus provincialibus episcopis necessarius ad reprimendam et repellendam ab ecclesia Dei insolentiam malignorum ».

[88]

F. Dubosc, Cartulaire de labbaye de Saint-…, op. cit., no 2 : « pie recordationis pape Innocentii auctoritate, et Hugonis Rothomagensis archiepiscopi suffraganeorumque etiam consilio, et cleri Constantiensis assensu, in ecclesia Sancti Laudi in qua clerici minus religiose vivebant, canonicos secundum regulam Beati Augustini Deo servituros constitui ».

[89]

F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 3 : « universam Ecclesie dispositionem archiepiscopi nostroque scilicet episcoporum consilio relaxavit ».

[90]

Tous ces évêques ont développé et/ou renforcé la hiérarchie diocésaine des archidiacres et des doyens ruraux.

[91]

Il s’agit en particulier de mieux contrôler les églises paroissiales, à travers des innovations ou des solutions parfois communes, parfois spécifiques (en particulier pour Hugues d’Amiens).

[92]

Voir par exemple supra, la réforme de la collégiale de Beaumont-le-Roger par Rotrou, et celle des collégiales de Saint-Lô (sur la Vire) et Saint-Lô de Rouen par Algare de Coutances avec le concours d’Hugues d’Amiens.

[93]

Algare parvient à réformer les deux collégiales Saint-Lô en y introduisant des chanoines réguliers (F. Dubosc, Cartulaire de labbaye de Saint-…, op. cit., no 2-4 et L. de Glanville, Histoire du prieuré de Saint-Lô de Rouen, Rouen, Cagniard, 1890-1891, vol. 2, p. 288) et Philippe d’Harcourt favorise très largement le prieuré du Plessis-Grimoult, historiquement et institutionnellement lié à la cathédrale de Bayeux (G. Combalbert, « Évêques et paroisses dans le sud du diocèse de Bayeux… », op. cit.), ainsi que, dans une moindre mesure, les abbayes d’Ardenne, de Notre-Dame-du-Val, et le prieuré de Sainte-Barbe-en-Auge (M. Arnoux, « Actes de l’abbaye Notre-Dame-du-Val », dans M. Arnoux, C. Maneuvrier, Deux abbayes de Basse-Normandie : Notre-Dame du Val et le Val-Richer (xiie-xiiie siècles), Le Pays bas-normand, no 237-238, 2000, p. 5-63, au no 2 ; V. Bourrienne, Un grand bâtisseur…, op. cit., p. 88-89 ; Arch. dép. Calvados, H 152 ; et G. Combalbert, Gouverner lÉglise…, op. cit., vol. 1, p. 250-252 et 260-261).

[94]

Acte perdu, connu par un inventaire des archives de la Chaise-Dieu rédigé en 1791, Arch. dép. Eure, H 1438, no 9.

[95]

Sur sa fondation et ses liens avec Sainte-Barbe-en-Auge, voir M. Arnoux, Des clercs au service de la réforme…, op. cit., p. 14-17.

[96]

C. Maneuvrier, « Actes de l’abbaye du Val-Richer », dans M. Arnoux, C. Maneuvrier, Deux abbayes de Basse-Normandie…, op. cit., p. 67-100, aux p. 73-74.

[97]

Seuls les archidiacres jouent un rôle non négligeable à ses côtés. T. Waldman, Hughof Amiens’…, op. cit., vol. 1, p. 75-79 ; G. Combalbert, Gouverner lÉglise…, op. cit., vol. 1, p. 303-311.

[98]

Voir ibid., p. 258-260, proposant de la fondation du prieuré de Montargis, une interprétation différente de C. Maneuvrier, « Actes de l’abbaye du Val-Richer… », op. cit., p. 73-74.

[99]

Philippe d’Harcourt fait également don au Bec de sa bibliothèque et choisit de se retirer puis de se faire enterrer dans cette abbaye. L. Delisle, Chronique de Robert de Torigni, abbé du Mont Saint-Michel, Rouen, Métérie, 1873, vol. 1, p. 344-345.

[100]

L’action directe d’Hugues d’Amiens en ce sens n’est pas prouvée, mais les seuls abbés clunisiens installés en Normandie au xiie siècle le sont précisément dans les années 1140-1150, sous l’archiépiscopat d’Hugues, et cinq d’entre eux le sont dans des maisons du diocèse de Rouen (les trois autres à Troarn et à Saint-Pierre-sur-Dives). Voir V. Gazeau, Normannia monastica, Princes normands et abbés bénédictins (xe-xiie siècle), Caen, Publications du CR AHM, 2007, vol. 1, p. 227-229.

[101]

Pour Fraterne : BnF, ms lat. 18369, p. 28 ; Arch. dép. Seine-Maritime, 16 H 14, fol. 191 ; BnF, ms lat. 13905, fol. 38v et 90 ; Pour Gautier : BnF, ms lat. 17044, p. 45 et R.-N. Sauvage, Labbaye de Saint-Martin de Troarn…, op. cit., p. 369. Voir V. Gazeau, Normannia monastica…, op. cit., vol. 2, p. 225-226 et 228 ; et T. Waldman, « Hugh of Amiens, Archbishop of Rouen (1130-64), the Norman Abbots and the Papacy : the Foundation of a ‘Textual Community’ », Haskins Society Journal, vol. 2, 1990, p. 139-153.

[102]

Ces totaux incluent leurs mentions comme chanceliers. Aucun autre abbé ne témoigne ou souscrit plus de trois fois dans les actes d’Hugues d’Amiens, la quasi-totalité des abbés présents ne témoignant qu’une seule fois.

[103]

G. Combalbert, Gouverner lÉglise…, op. cit., vol. 1, p. 348-358. Il est donc nécessaire de nuancer sérieusement le point de vue avancé par R. Freeburn, Hugh of Amiens…, op. cit., p. 95-96.

[104]

Sur ce personnage dans les années 1120-1130, lors de la régularisation de Saint-Barbe-en-Auge : M. Arnoux, Des clercs au service de la réforme…, op. cit., p. 12-17.

[105]

Il ne témoigne ou souscrit toutefois qu’une seule fois aux côtés d’autres évêques du réseau, en 1147/1149 : Arch. dép. Seine-Maritime, 16 H 14, fol. 283v (avec Philippe d’Harcourt et Rotrou). Pour les autres témoignages : R. Benson, R. Hatcher, The History of Modern Wiltshire : Old and New Sarum or Salisbury, Londres, Rowyer Nichols, 1843, p. 724 (1148, à Falaise) ; BnF, ms lat. 3211, no 3 (1144) et ms lat. 12884, fol. 199v (1144). Ces deux chartes ont été données au même moment en faveur du Bec.

[106]

H. Cronne, R. Davis (dir.), Regesta Regum Anglo-Normannorum, 1066-1154, Oxford, Clarendon Press, 1956 (ensuite abrégé RR AN), vol. 3, no 749.

[107]

R.-N. Sauvage, Chronique de Sainte-Barbe…, op. cit., p. 28-29. Les trois hommes sont alors réunis à Rouen.

[108]

Ibid., p. 30-31. La chronique de Sainte-Barbe raconte comment Guillaume est intervenu pour libérer les deux évêques qui étaient tombés aux mains de brigands, sur le chemin du retour. Rotrou et Richard sont, pour l’occasion, qualifiés de socii et patroni du prieur.

[109]

Ibid., p. 35.

[110]

Ibid., p. 39-40.

[111]

Ibid., p. 49. Nonant, Calvados, cant. Bayeux. Il s’agit d’un domaine appartenant à l’évêque de Lisieux, aux portes de Bayeux.

[112]

La chronique signale deux différends à propos d’églises paroissiales. Arnoul aurait, dans un premier temps, refusé de valider la donation de l’église d’Ouville, faite par le patron laïc de cette dernière au profit des chanoines. Il serait rapidement revenu à de meilleurs sentiments (ibid., p. 39 : « primum quidem renitente, sed postea favente, Arnulfo Lexoviensi episcopo »). Quant à Philippe d’Harcourt, la chronique indique qu’il a essayé d’usurper une église dépendant des chanoines, avant d’abandonner ce projet. Cela ne remet apparemment pas en cause les relations qu’il entretient avec le prieur. Dans le passage concerné, l’évêque de Bayeux n’est pas qualifié négativement. L’auteur souligne au contraire sa sagesse et sa détermination dans l’action, pour mieux mettre en valeur les qualités de Guillaume, qui est parvenu à le faire changer d’avis (ibid., p. 35) : « Philippum Bajocensem episcopum, virum cordatum suisque adversariis sola vultus feritate terribilem, ad hoc egit ut locum Sancti Albini, quem nobis auferre modis omnibus conabatur, non solum nobis liberum et quietum dimitteret, verum eciam priorem euntem ad Remense consilium, cui prefuit Eugenius papa, suis sumptibus honorifice duceret et reduceret ».

[113]

R HGF, vol. 15, p. 697. Sur ce personnage, voir D. Spear, The Personnel…, op. cit., p. 213.

[114]

Le classement chronologique des actes pour lesquels aucune date n’est mentionnée dans le texte pose toujours le même problème. Or, bien que beaucoup d’actes d’Hugues d’Amiens portent une indication de date, d’autres n’en portent pas : ceux-ci ont été classés au terminus ad quem. Pour la comparaison des chiffres absolus fournis dans les deux tableaux, il faut tenir compte de la distribution chronologique des actes : 87 actes pour la période 1138-1153 et 77 pour la période 1154-1164. Il faut également savoir que seul un tiers des actes d’Hugues d’Amiens donnés entre 1154 et 1164 portent des listes de témoins ou de souscripteurs (26 actes sur 77), contre la moitié des actes pour la période 1140-1153 (43 actes sur 87). Les lettres ne sont pas prises en compte dans ces totaux.

[115]

Tout comme Gautier, abbé de Saint-Wandrille. Guillaume, prieur de Sainte-Barbe, meurt en 1153 et Fraterne, abbé de Saint-Ouen, en 1157.

[116]

Les actes ne portant que la souscription de l’archevêque n’ont pas été pris en compte. Si l’on exclut les actes dont la fourchette de datation est à cheval entre les deux périodes considérées, les évêques du noyau dur du réseau réformateur témoignent ou souscrivent dans 38 % des actes portant des témoins ou des souscripteurs entre 1138 et 1153, et dans 18 % des actes portant des témoins ou des souscripteurs entre 1154 et 1164.

[117]

F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 21.

[118]

Sur cette affaire, voir T. Roche, « Philip of Harcourt… », op. cit., p. 127-128. Thaon, Calvados, cant. Creully.

[119]

Musée des Beaux-Arts de Caen, coll. Moreau, ms 298, fol. 51. L’adresse en particulier ne comporte aucune marque d’affection, alors qu’on trouve systématiquement de telles marques, par exemple, dans toutes les lettres adressées par Hugues à Algare de Coutances (puisque cet acte est connu par une copie, on ne peut totalement exclure que les passages concernant d’éventuelles marques d’affection aient été tronqués par le copiste, mais cela s’accorderait mal avec le ton du reste du texte).

[120]

Ce n’est pas la première fois qu’Hugues rappelle Philippe à l’ordre : en 1146 déjà, Hugues avait demandé à Philippe d’obtempérer après que le pape eut reconnu que l’action de celui-ci contre les moines de Troarn concernant l’église de Cléville était injuste (Chartrier rouge de Troarn, BnF, ms lat. 10086, fol. 97. C’est la seule trace d’un désaccord entre le pape Eugène III et Philippe. J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., no 57 et 58). L’affaire était toutefois isolée, Hugues soutenant activement Philippe dans toutes ses autres entreprises contre Troarn. Elle était surtout moins sensible et avait pris des proportions moins importantes.

[121]

Voir infra à propos des événements liés au schisme de 1159.

[122]

Contrairement à ce qu’affirme R. Freeburn, Hugh of Amiens…, op. cit., p. 207.

[123]

Plus globalement, le nombre de bulles reçues – et donc demandées – par les établissements religieux normands est plus important dans les années 1140 que dans les années 1150. Le phénomène est très nettement perceptible dans J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., alors que la documentation pontificale éditée est incomplète.

[124]

Voir les éléments détaillés supra.

[125]

Il est toujours concerné seul sous le pontificat d’Innocent II.

[126]

J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., no 97, J. Pflugk-Harttung, Acta pontificum Romanorum inedita, Tübingen-Stuttgart, Fues-Kohlhammer, 1881-1886, vol. 1, no 239. Hugues se voit aussi confier l’exécution d’une sentence que doit prononcer Guillaume de Passavent, évêque du Mans : PL, vol. 188, col. 1592.

[127]

Voir M. Chibnall, « Normandy », dans The Anarchy of King Stephens Reign, E. King (éd.), Oxford, Clarendon Press, 1994, p. 96-116, en particulier p. 101-102 ; D. Crouch, The Reign of King Stephen, 1135-1154, Harlow, Pearson Education, 2000 ; D. Matthew, King Stephen, Londres-New-York, Hambledon, 2002 ; E. King, King Stephen, New-Haven–Londres, Yale University Press, 2010.

[128]

Il s’agit de l’une des deux seules élections épiscopales « libres » en Normandie au xiie siècle, avec celle – probable – de Richard L’Évêque, élu évêque d’Avranches en 1170. J. Peltzer, Canon Law, Careers and Conquest…, op. cit., p. 108 et 154.

[129]

Ibid., p. 110 ; M. Chibnall, « The Empress Matilda… », op. cit., p. 119. Arnoul doit pour cela payer à Geoffroy une somme considérable de plus de 900 livres.

[130]

RR AN, vol. 3, no 46, 271, 327, 944.

[131]

William of Malmesbury, The Historia Novella, K. Potter (éd.), Londres-Édimbourg-Paris, Nelson, 1955, p. 28 : « Hec amplioribus rationibus et sermonibus agebat Hugo archiepiscopus Rothomagi, quantum illa facundia poterat, maximus regis propugnator ».

[132]

Actus Pontificum Cenomannis in urbe degentium, G. Busson et A. Ledru (éd.), Le Mans, Société des Archives Historiques du Maine, 1902, p. 446 : « Metropolitanusque Rotomagensis ceterisque regionis illius pontifices, in urbium et opidorum (sic) munitionibus provincialium, fortiores multosque, adversus comitem, milicie donativum suscepturos asscripserunt ».

[133]

The Ecclesiastical History of Orderic Vitalis, M. Chibnall (éd.), Oxford, Clarendon Press, 1969-1980, vol. VI, p. 548.

[134]

RR AN, vol. 3, no 327 (à Évreux) : c’est le seul témoignage d’Hugues au bas d’une charte d’Étienne donnée en Normandie. R. Helmerichs, « King Stephen’s Norman Itinerary, 1137 », The Haskins Society Journal, vol. 5, 1993, p. 89-97 s’intéresse aux principaux événements qui ont marqué l’unique séjour d’Étienne en Normandie mais n’évoque nulle part Hugues d’Amiens.

[135]

C. Holdsworth, « The Church », dans The Anarchy of King Stephens Reign, E. King (éd.), Oxford, Clarendon Press, 1994, p. 207-230, aux p. 209-211 ; RR AN, vol. 3, no 271.

[136]

M. Chibnall, « The Empress Matilda… », op. cit., p. 119.

[137]

Z. N. Brooke, The English Church and the Papacy from the Conquest to the Reign of John, Cambridge, Cambridge University Press, 1931, rééd. 1952, p. 175-190, nuancé entre autres par C. Harper-Bill, « The Anglo-Norman Church », dans A Companion to the Anglo-Norman World, C. Harper-Bill et E. Van Houts (éd.), Woodbridge, The Boydell Press, 2003, p. 165-190, à la p. 188, insistant sur le fait que l’ouverture à Rome observable sous Étienne est la poursuite d’une tendance déjà amorcée auparavant mais qui s’accentue.

[138]

RRAN, vol. 3, no 271.

[139]

Ibid. : « Ego Stephanus Dei gratia, assensu cleri et populi in regem Anglie electus et a Willelmo Cantuariensi archiepiscopo et Sancte Romane Ecclesie legato consecratus, et ab Innocentio Sancte Romane sedis pontifice postmodum confirmatus, respectu et amore Dei, sanctam Ecclesiam esse concedo, et debitam reverentiam illi confirmo. Nichil me in ecclesia vel rebus ecclesiasticis simoniace acturum vel promissurum promitto. Ecclesiasticarum personarum et omnium clericorum et rerum eorum justiciam et potestatem et distributionem bonorum ecclesiasticorum in manu episcoporum perhibeo et confirmo. (…) Dum vero sedes propriis pastoribus vacue fuerint, ipse et omnes earum possessiones in manu et custodia clericorum vel proborum hominum ejusdem ecclesie committantur, donec pastor canonice substituatur ».

[140]

Pour une présentation argumentée des positions de l’un et de l’autre : G. Combalbert, « ‘Pro reparatione libertatis ecclesiarum Normanniae’… », op. cit.

[141]

M. Chibnall, « Normandy », op. cit., p. 107-110 ; Ead., « The Empress Matilda… », op. cit., p. 120-125. Geoffroy admettrait l’élection sur un siège épiscopal d’un candidat qu’il n’a pas choisi mais il tiendrait à ce que le chapitre lui demande sa permission pour procéder à l’élection, et au droit d’investir le nouvel évêque du temporel de son évêché.

[142]

The Letters of Peter the Venerable, G. Constable (éd.), Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1967, vol. 1, p. 262 ; Sancti Bernardi Opera, Turnhout, Brepols, 1993, vol. 8 (Epistolae), p. 291, no 348 : « malleus bonorum, oppressor pacis et libertatis Ecclesie ».

[143]

M. Chibnall, « The Empress Matilda… », op. cit., p. 120 ; J. Peltzer, Canon Law, Carrers and Conquest…, op. cit., p. 115-120.

[144]

F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 3 : « neve adversus libertatem Ecclesie laborare credatur ». Arnoul atténue toutefois la responsabilité de Geoffroy, parce qu’il refuse l’élection de Gérard, le candidat brutalisé par les hommes du duc.

[145]

En intervenant dans la nomination de Guillaume Cumin sur le siège de Durham, dans un contexte politico-ecclésiastique compliqué, Mathilde s’oppose à un légat pontifical. Un chroniqueur local l’accuse d’avoir voulu réintroduire la pratique de l’investiture, ce que conteste M. Chibnall, « The Empress Matilda… », op. cit., p. 116. Quoi qu’il en soit, cette affaire contribue à lui attirer une réputation d’opposante à la réforme.

[146]

M. Chibnall, « The Empress Matilda… », op. cit., p. 129.

[147]

Malgré l’apaisement progressif des relations entre Geoffroy et Mathilde d’une part, et la papauté d’autre part. Ibid., p. 120-123.

[148]

M. Chibnall, « Normandy », op. cit., p. 103.

[149]

J. Peltzer, Canon Law, Careers, Conquest…, op. cit., p. 146 analyse en ce sens l’existence de la bulle confirmant les possessions de la cathédrale de Coutances : elle aurait été demandée pour protéger la cathédrale des interventions du duc de Normandie.

[150]

F. Neveux, La Normandie, des ducs aux rois…, p. 514-517.

[151]

RR AN, vol. 3. Seuls les actes donnés avant 1151 sont pris en compte dans les chiffrages qui suivent. Rotrou ne témoigne peut-être qu’une seule fois dans un acte de Mathilde (la large fourchette de datation ne permet aucune certitude : 1148/1157, no 824). En 1145, il témoigne encore, en Angleterre, dans un acte d’Étienne aux côtés du légat Imar de Tusculum (no 460). Arnoul ne témoigne que dans un acte de Mathilde (no 381, en 1144/1146 ou 1149/1150). Philippe ne témoigne que dans deux actes de Geoffroy (no 304 en 1144/1150 et no 381). Hugues d’Amiens témoigne dans trois actes de Geoffroy, dont deux concernent la récupération du patrimoine de la cathédrale de Bayeux, affaire dans laquelle il est très impliqué (no 53 et 57, probablement entre 1144 et 1147. Le troisième acte est le no 381, où il apparaît avec Arnoul et Philippe). Il témoigne aussi dans deux actes de Mathilde, probablement donnés en même temps, à Falaise, en 1148 (no 461 et 794).

[152]

La comparaison est saisissante avec les huit témoignages et souscriptions d’Algare dans les actes d’Étienne, dans les années 1130, auxquels s’ajoutent deux mentions de la présence d’Algare aux côtés du roi (RR AN, vol. 3, no 46, 366, 434, 435, 506, 594, 608, 718, 818, 944).

[153]

Tous demeurent cependant des relais obligés du pouvoir ducal, comme l’indiquent les douze actes de Geoffroy (auxquels s’ajoutent deux actes de Mathilde) adressés à Hugues d’Amiens et, le plus souvent, aux autres évêques normands ainsi qu’aux principaux agents laïcs du duc (sur le danger de ne fonder l’analyse que sur l’étude des souscriptions et la nécessité d’être attentif aux adresses des actes ducaux ou royaux, voir S. Marritt, « King Stephen and the Bishops », Anglo-Norman Studies, vol. 24, Proceedings of the Battle Conference 2001, J. Gillingham (éd.), 2002, p. 129-144). Ces actes ne signifient pourtant pas qu’Hugues d’Amiens et les évêques sont proches du duc Geoffroy, ni qu’ils le servent comme messagers, justiciers ou dans une autre fonction stratégique, ni qu’ils fréquentent régulièrement sa cour. Ils pourraient même être le signe d’un rapport difficile entre le duc Geoffroy et les évêques, Hugues d’Amiens en tête. S. Marritt, « King Stephen and the Bishops… », op. cit., p. 135 rappelle en effet que la mention des évêques dans les adresses des actes royaux (ou ducaux) n’est pas anodine : le roi (ou le duc) attend que son autorité soit reconnue par ceux à qui ses actes sont adressés. Nommer explicitement ces derniers ne pourrait-il donc pas contribuer à accroître la pression sur eux, pour qu’ils obtempèrent à l’ordre donné ou garantissent en pratique ce que l’acte notifie ou confirme ? Or on remarque, d’après les RRAN, qu’Étienne de Blois ne nomme que rarement Hugues dans les adresses des actes destinés à l’archevêque (ou aux archevêques normand et anglais), aux évêques et à d’autres administrateurs – Hugues n’est nommé que trois fois (RRAN, vol. 3, no 281, 282 et 609) – tandis que Geoffroy nomme systématiquement Hugues dans les adresses de ses actes destinés à l’archevêque seul ou aux côtés des autres évêques.

[154]

M. Chibnall, « Normandy », op. cit., p. 109.

[155]

Deux actes souscrits par Arnoul et un par Philippe (conjointement avec Arnoul) : L. Delisle, E. Berger, Actes dHenri II…, op. cit., no XI* et XIV*. Ces actes sont donnés à Rouen.

[156]

F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 4.

[157]

Ibid., no 80*.

[158]

C. Haskins, Norman Institutions…, op. cit., p. 167 ; L. Delisle, E. Berger, Actes dHenri II…, op. cit., no 120 et surtout no 153, où Philippe fait partie des justiciers (aliis justiciis) qui ont assisté Rotrou, qualifié de sénéchal de Normandie.

[159]

Les actes dans lesquels ils souscrivent sont donnés, pour la plupart, en Normandie, en Angleterre, mais aussi dans le Bordelais et près d’Orléans.

[160]

Le premier acte daté dans lequel témoigne Rotrou date de 1157 (L. Delisle, E. Berger, Actes dHenri II…, op. cit., no 35). Il apparaît également dans d’autres actes non datés dont le terminus a quo n’est pas antérieur à 1156 (Ibid., no 78, 101, 114, 117, 134).

[161]

T. Schlunz, Archbishop Rotrou…, op. cit., p. 93.

[162]

Le nombre de témoignages d’évêques normands dans les actes du roi Henri II antérieurs à 1165 se décompose ainsi : Philippe d’Harcourt (jusqu’en 1163) : 55 ; Arnoul de Lisieux : 44 ; Rotrou de Warwick : 35 ; Herbert évêque d’Avranches (jusqu’en 1160) : 5 ; Froger évêque de Sées (à partir de 1159) : 3 ; Hugues d’Amiens, Richard de Bohon et Achard évêque d’Avranches (à partir de 1161) : 2 chacun ; Gérard évêque de Sées (jusqu’en 1157) : 1.

[163]

Sachant que l’un de ces témoignages pose problème (L. Delisle, E. Berger, Actes dHenri II…, op. cit., no 18). En 1156, cet acte donné à Chinon porte comme premier témoin R., archevêque de Rouen. Les éditeurs du texte indiquent qu’il est nécessaire de corriger l’initiale, sans autre précision. L’autre acte au bas duquel témoigne Hugues concerne la fondation et la dotation par Henri et sa mère de l’abbaye cistercienne de Bordesley en Angleterre (Ibid., no 117).

[164]

D’après la Vie de saint Thomas écrite par Guillaume fils Étienne, Materials for the History of Thomas Becket, J. Robertson (éd.), New-York-Liechtenstein, Kraus reprint, 1965 (rééd.), vol. 3, p. 27. Sur la chronologie discutée de cette reconnaissance officielle d’Alexandre III par Henri II et sur les motifs qui poussent le roi à différer cette reconnaissance : M. Cheney, « The recognition of Alexander III : some neglected evidence », English Historical Review, vol. 84, 1969, p. 474-497 qui propose un bilan des différentes hypothèses et une lecture très séduisante (voir aussi F. Barlow, « The English, Norman and French Councils Called to Deal with the Papal Schism of 1159 », English Historical Review, vol. 51, 1936, p. 264-268).

[165]

Materials for the History of Thomas Becket…, op. cit., vol. 3, p. 27-28. Guillaume fils Étienne, dans sa Vie de saint Thomas, raconte qu’Hugues avait mandaté son neveu Gilles du Perche, archidiacre de Rouen, pour obtenir des autres évêques normands qu’ils reconnaissent également Alexandre III comme pape. Cela provoqua la fureur du duc-roi (rex vehementer commotus) qui fit détruire la maison de Gilles, parce qu’il craignait de s’en prendre directement à Hugues d’Amiens en raison de son grand âge et de son rang. L’auteur de la vie de saint Thomas ne mentionne aucune réaction positive des évêques normands après cet appel d’Hugues d’Amiens, alors qu’il signale juste après que l’évêque du Mans a, comme Hugues d’Amiens, fait le choix de reconnaître rapidement Alexandre III et encouru les foudres du roi. Il est donc très probable qu’aucun suffragant de Rouen n’a fait de même, pas même Arnoul qui travaille pourtant à plaider la cause d’Alexandre III auprès d’Henri II.

[166]

Encore une fois, cela n’empêche pas Hugues d’être un important relais local du pouvoir et des demandes du duc-roi, comme le montrent les actes d’Henri adressés à l’archevêque de Rouen (souvent accompagnés dans l’adresse de la mention des autres évêques de sa province).

[167]

G. Combalbert, « ‘Pro reparatione libertatis ecclesiarum Normanniae’… », op. cit.

[168]

C’est dans le contexte du schisme, vers 1160, qu’Hugues rédige son traité De memoria, dans lequel la thématique de l’unité de l’Église sous l’autorité du siège de Pierre occupe une place dominante. R. Freeburn, Hugh of Amiens…, op. cit., p. 201-202, 206-208 et 213-217. Pour les événements de 1131-1135, l’étude des principes prioritaires sur lesquels reposent l’ambition réformatrice d’Hugues et son conflit avec Henri Ier est proposée dans G. Combalbert, « ‘Pro reparatione libertatis ecclesiarum Normanniae’… », op. cit.

[169]

Ce sont les données de départ qui, lorsqu’Henri II entre en conflit avec Thomas Becket, rendent difficile la position d’Arnoul de Lisieux, lequel ne parvient pas véritablement à choisir. Ces données, qui fondent ce que Carolyn Polin Schriber appelle le « dilemme » d’Arnoul (C. Schriber, The Dilemma of Arnulf of Lisieux…, op. cit., 1990), semblent donc finalement se retrouver chez d’autres évêques normands contemporains de l’évêque de Lisieux. La position de Philippe et de Rotrou est toutefois plus difficile à préciser, faute de sources épistolaires aussi nombreuses que les lettres d’Arnoul.

[170]

R. Somerville, Pope Alexander III and the Council of Tours…, op. cit., p. 16-17 ; J.-D. Mansi, Sacrorum Conciliorum…, op. cit., vol. 21, col. 1169-1170. Dans le contexte du schisme, Arnoul met aussi en avant la thématique de l’unité de l’Église.

[171]

La reconnaissance officielle d’Alexandre III par les évêques anglais (réunis d’abord en 1160 à Londres) et normands inter vient certainement le 22 juillet 1160 à Beauvais. T. Waldman, Hughof Amiens’…, op. cit., vol. 1, p. 38 ; M. Cheney, « The recognition of Pope Alexander III… », op. cit., p. 486.

[172]

C. Haskins, Norman Institutions…, op. cit., p. 170. Cette réunion de 1162 constitue en quelque sorte un prélude aux Constitutions de Clarendon. Robert de Torigni (L. Delisle, Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., vol. 2, p. 239) mentionne une réunion d’évêques (conventus episcoporum) tenue à Rouen en 1154 autour d’Hugues d’Amiens, dont il sera question infra. Un conflit opposant l’abbaye du Mont Saint-Michel et l’évêque de Coutances y a été tranché par l’archevêque. On ignore par qui elle a été convoquée mais, à ce propos, Robert de Torigni n’évoque à aucun moment Henri II.

[173]

F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 23.

[174]

Il croise Algare de Coutances pour l’occasion. Arch. dép. Seine-Maritime, 16 H 14.

[175]

Il témoigne avec Arnoul et Rotrou dans une lettre adressée à Algare et concernant le prieuré Saint-Lô de Rouen (F. Dubosc, Cartulaire de labbaye de Saint-…, op. cit., no 3).

[176]

C. Métais, Cartulaire de Josaphat…, op. cit., no 166.

[177]

Livre vert d’Avranches, Bibliothèque municipale d’Avranches, ms 206, no 23.

[178]

R.-N. Sauvage, Chronique de Sainte-Barbe…, op. cit., p. 30.

[179]

La date de l’acte concerné (Musée des Beaux-Arts de Caen, coll. Mancel, ms 302, p. 203) n’est pas connue avec certitude. On ne peut donc être totalement certain que le Richard, évêque d’Avranches, auquel il est adressé est bien Richard de Subligny (et non Richard de Beaufou, prédécesseur de celui-ci). Toutefois, tous les actes d’Hugues d’Amiens pour Savigny sont postérieurs à 1148. Ils prennent la suite des bulles reçues par les moines dans les années 1140 pour leur assurer la protection pontificale. Il est donc très probable que Richard de Subligny soit bien le destinataire de l’acte en question, qui précise d’ailleurs qu’Hugues agit « par l’autorité du pape ».

[180]

Sur les conditions de l’élection de Gérard, voir J. Peltzer, Canon Law, Carrers and Conquest…, op. cit., p. 115-120.

[181]

F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 3. Cette dénonciation repose certainement autant sur le statut séculier de Gérard que sur la mise à l’écart de la famille d’Arnoul. Ce dernier est en effet le frère de Jean, évêque de Sées, prédécesseur de Gérard. Il est donc issu d’une famille qui a une grande influence sur l’évêché de Sées depuis la fin du xie siècle. Or Gérard a été élu sans le soutien de cette famille (voir J. Peltzer, Canon Law, Carrers and Conquest…, op. cit., p. 118). Bernard de Clairvaux partage l’hostilité d’Arnoul à l’égard de Gérard (The Letters of St Bernard of Clairvaux, Gloucester, Sutton Publishing, 1998, no 324).

[182]

Voir G. Combalbert, « La diplomatique épiscopale en Angleterre et en Normandie au xiie siècle. Essai d’une approche comparative », à paraître dans les actes du colloque international de Cerisy-la-Salle « Penser les mondes normands médiévaux (911-2011) », sous la direction de P. Bauduin et D. Bates.

[183]

R.-N. Sauvage, Chronique de Sainte-Barbe…, op. cit., p. 38.

[184]

J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., vol. 2, no 27.

[185]

M. Prou, A. Vidier, Recueil des chartes de labbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, Paris, Picard, 1900-1937, p. 317.

[186]

P. Barret, Cartulaire de Marmoutier pour le Perche (Notre-Dame du Vieux-Château, collégiale de Saint-Léonard de Bellême, prieuré de Saint-Martin-du-Vieux-Bellême), Mortagne, Meaux, 1894, p. 170.

[187]

Deux lettres adressées par Hugues à Albéric : RHGF, t. XV, p. 696-697, no 7 et 8. Hugues et Albéric se sont rencontrés au moins une fois, à Nantes en mai 1145. W. Janssen, Die päpslichen Legaten in Frankreich vom Schisma Anaklets II. bis zum Tode Coelesins III. (1130-1198), Cologne, Graz-Böhlau, 1961, p. 45.

[188]

RHGF, t. XV, p. 696, no 7.

[189]

T. Waldman, Hughof Amiens’…, op. cit., vol. 1, p. 96. La date de 1146 proposée pour cette lettre par Thomas Waldman est certainement trop tardive. Elle pourrait être avancée d’au moins un an puisque la première attestation datée de Laurent, archidiacre de Rouen, mandaté par Hugues d’Amiens dans l’enquête sur l’affaire sagienne, remonte à 1145 (Laurent a pu entrer en fonction avant cette date). D. Spear, The Personnel…, op. cit., p. 213.

[190]

Épaney, Calvados, cant. Morteaux-Coulibœuf (ancien diocèse de Sées).

[191]

Cartulaire de Saint-Vigor de Perrières, Arch. dép. Calvados, 1 J 117, fol. 15 : « H. Dei gratia Rothomagensis archiepiscopus, karissimo filio suo G. Sagiensi episcopo, salutem, gratiam et benedictionem. Quoniam nobis mandastis (sic), quia nostrum acceperas mandatum, ne justiciam ecclesiasticam exercere super ecclesias pertinentes ad abbatiam Sancti Ebrulfi, miramur quod tale aliquid ita ludicrum et frivolum mandare non abstinuisti. Nos enim istud nonquam cogitavimus, nec a priori mandato, videntes adhuc pertinatiam monachorum, destitimus, nec desistimus. Iccirco fraternitas tua semel ceptam super ecclesias eorum nullatenus non remmittat (sic) justitiam, donec ordine canonico satisfecerint, et super illos qui decimam de Espanaio memoratis monachis Sancti Ebrulfi donaverint, severitatem anathematis exerceatis ».

[192]

F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 7.

[193]

Voir tableau 6.

[194]

GC, vol. 11, instr., col. 80, no 11 ; T. Fujimoto, Recherche sur lécrit documentaire au Moyen Âge. Édition et commentaire du cartulaire de Saint-Étienne de Caen (xiie siècle), Thèse de doctorat d’histoire, Université de Caen-Basse-Normandie, 2012, 2 vol., 298 + 570 p. (dactyl.), au vol. 2, p. 201, no 115.

[195]

D. Spear, The Personnel…, op. cit., p. 35.

[196]

F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 7 : « Iterum autem ex veteri procedit audatia quod venientem ad vos venerabilem et dilectum fratrem nostrum episcopum Constantiensem precibus commendare presumo, quamvis pro eo plurimum facere videatur ad gratiam, quod inter initia novi episcopatus nichil faciendum potius reputavit quam romani pontificis gratiam querere, seque totum familiaritati romane ecclesie eo devotius quo velocius mancipare ».

[197]

Cartulaire de Montebourg, BnF, ms lat. 10087, p. 19.

[198]

Copie du cartulaire de Savigny, Musée des Beaux-Arts de Caen, coll. Mancel, ms 302, p. 202.

[199]

Richard s’était opposé à l’incorporation de l’église de Saint-Pair-sur-Mer (Manche, cant. Granville). L. Delisle, Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., vol. 2, p. 239. À propos des jugements en appel de la curia archiepiscopalis dans la province de Reims, voir P. Demouy, Genèse dune cathédrale…, op. cit., p. 443 et 448-449.

[200]

La bulle qui délègue le règlement du conflit à Hugues d’Amiens et Arnoul de Lisieux le précise explicitement. J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., no 70.

[201]

Sur Herbert et les motifs qui ont présidé à sa nomination sur le siège d’Avranches par Mathilde l’Emperesse et Henri, duc de Normandie, voir J. Peltzer, Canon Law, Careers and Conquest…, op. cit., p. 153.

[202]

Pontorson, Manche, ch.-l. cant.

[203]

J. Ramackers, Papsturkunden…, op. cit., no 98 (1158) et L. Delisle, E. Berger, Actes dHenri II…, vol. 1, op. cit., no 94 (1158).

[204]

J. Peltzer, Canon Law, Careers and Conquest…, op. cit., p. 121-123.

[205]

F. Barlow, The Letters of Arnulf…, op. cit., no 34 : « Verum episcopus iste qui ad presens, Domino permittente, successit, detestabilem concepisse predicatur affectum, scilicet plantationem hanc penitus evellendi, destruendique bonum quod fidelium devotio, quod auctoritas principum, quod sanctorum religio, quod Ecclesie romane privilegia duraturo in perpetuum anathemate firmaverunt. Quod si totum a discretione vestra non poterit impetrare, archidiaconatus saltem ad seculares studebit revocare personas, scilicet ut habeat carnalis affectio quod nepotibus tribuat et propinquis ».

[206]

Ibid., no 35 : « Quod ego vobis in hoc facto vereor accidisse, sicut sanctitati vestre postmodum evidentibus liquebit indiciis, cum ad aures vestras veridica relatione pervenerit, quanta malignitate et audacia predictus episcopus infirmitatem status vestri publice predicaverit, et hostium Ecclesie victoriam rediens dixerit imminere ».

[207]

S. Bidou, « La régularisation du chapitre de Sées », Bulletin de la Société historique et archéologique de lOrne, t. 106, no 3-4, 1987, p. 21-32 ; et L. Delisle, Chronique de Robert de Torigni…, op. cit., vol. 2, p. 331. D’après Jörg Peltzer, la création d’un archidiaconé séculier par Froger pourrait être une tentative, par ce dernier, de renforcer rapidement sa position face à un chapitre auquel il a été imposé par le duc-roi (J. Peltzer, Canon Law, Careers and Conquest…, op. cit., p. 123). Le jugement d’Arnoul est surtout motivé par l’admiration sans borne que celui-ci porte à l’œuvre de son frère, l’évêque Jean de Sées.

[208]

H. Müller, Päpstliche Delegationsgerichtsbarkeit…, op. cit., no 23 : « mandato tamen domni Hugonis Dei gratia Rothomagensis archiepiscopi et consilio, testium magistri Roberti depositiones ego et Bajocense capitulum recepimus ». Soit une procédure était engagée devant l’archevêque de Rouen, dont les juges devaient connaître l’issue pour procéder à l’audition des témoins, soit il s’agit véritablement d’un conseil demandé par ceux-ci à Hugues d’Amiens.

[209]

G. Combalbert, Gouverner lÉglise…, op. cit., vol. 1, p. 318-319.

[210]

Cela n’est pas sans rappeler quelques-uns des exemples rémois cités par P. Demouy, Genèse dune cathédrale…, op. cit., p. 449.

[211]

H. Müller, Päpstliche Delegationsgerichtsbarkeit…, op. cit., no 14 (acte conjoint de Richard de Bohon et de Patrice, archidiacre de Bayeux).

[212]

Cartulaire de Saint-Vigor de Perrières, Arch. dép. Calvados, 1 J 117, fol. 15. L’acte adressé par Gérard à Hugues d’Amiens précède l’acte que ce dernier envoie à Gérard (voir supra) pour lui reprocher son manque de fermeté dans la mise en œuvre de la décision concernant la dîme d’Épaney. Le « rapport » fait par Gérard à Hugues n’est donc pas une réponse à ce reproche mais apparemment une recherche de la confirmation archiépiscopale (donnée dans un autre acte d’Hugues d’Amiens conservé dans le cartulaire).

[213]

Voir, pour les archevêques de Reims, des éléments de comparaison dans P. Demouy, Genèse dune cathédrale…, op. cit., p. 451-454.

[214]

G. Combalbert, « ‘Pro reparatione libertatis ecclesiarum Normanniae’… », op. cit.

[215]

L. Delisle, Chronique de Robert de Torigni…, vol. 2, p. 239 ; Cartulaire du Mont Saint-Michel, bibliothèque municipale d’Avranches, ms 210, fol. 112v.

[216]

Elle est mentionnée dans la continuation du cartulaire du Mont Saint-Michel attribuée à Robert de Torigni. Sur ce texte, dont la forme est inhabituelle, voir C. Coutant, Le cartulaire du Mont Saint-Michel et ses additions (xiie-xive siècle). Édition critique et étude, Thèse de l’École nationale des chartes, 2009, vol. 2, p. 224-253 ; et T. Bisson, « The ‘Annuary’of Abbot Robert de Torigni (1155-1159) », Anglo-Norman Studies (Proceedings of the Battle Conference, 2010), vol. 33, 2011, p. 61-73.

[217]

R. Foreville, « The synod of the Province of Rouen in the Eleventh and Twelfth Centuries », dans C. Brooke, D. Luscombe, G. Martin, D. Owen (dir.), Church and Government in the Middle Ages. Essays presented to C. R. Cheney, Cambridge, Cambridge University Press, 1976, p. 19-39, aux p. 22 et 37. Sur les conciles de Neufmarché (1160) et de Rouen (1162), convoqués par Henri II, voir supra. Raymonde Foreville ne mentionne nulle part le conventus episcoporum de 1154, pas plus que les deux conciles appelés par le duc-roi.

Résumé

Français

Une dizaine d’années après le début de l’archiépiscopat d’Hugues d’Amiens à Rouen voit le jour, autour de celui-ci et sous son autorité, un véritable réseau réformateur, actif à l’échelle de tout le duché de Normandie, et au sein duquel quatre évêques suffragants jouent un rôle primordial, les autres évêques de la province étant pour la plupart peu associés à ce réseau voire marginalisés. Les sources gardent la trace des multiples contacts entre les prélats concernés. Tous nourrissent une proximité commune avec la papauté dont ils recherchent l’appui et dont ils relaient localement l’autorité. Ensemble, ils mènent à bien, au-delà de leurs nuances, des actions de réforme coordonnées. L’existence et l’évolution de ce réseau réformateur, dont le dynamisme s’affaiblit nettement dans les années 1150, sont intimement liées au contexte politique du duché et aux rapports différents et parfois complexes qu’entretiennent l’archevêque et ses suffragants avec le pouvoir ducal.

Mots-clés

  • réforme
  • réformateurs
  • évêques
  • papauté
  • Hugues d’Amiens
  • Normandie

English

Creation and Decline of a Reform Movement. Hugh of Amiens and the Norman bishops caught between the Pope and the Duke (1130’s-1164)A decade after the accession of Hugh of Amiens to the archbishopric of Rouen, a reform movement under his impetus developed. It was active throughout Normandy and four suffragan bishops played an important role whereas the others were marginalised. Sources show that these bishops coordinated their reforms and maintained close contact with the papacy whose support they sought and that they were relays for its authority. Together, despite slight differences, reforms were instigated. The existence and evolution of this reform movement, which weakened in the 1150’s, are linked to the political context of the duchy and the relations between the archbishop and other bishops with the Duke.

Keywords

  • reformation
  • reformers
  • bishops
  • papacy
  • Hugh of Amiens
  • Normandy

Plan de l'article

  1. Les contours d’un réseau réformateur (v. 1140-1164)
    1. Premier faisceau d’éléments : les relations des évêques normands et de la papauté
    2. Second faisceau d’éléments : interactions et relations entre les évêques normands
    3. Aux côtés des évêques : partenaires et relais du réseau épiscopal réformateur
  2. Dynamisme et déclin du réseau. Éléments d’explication
    1. Approche chronologique : les phases de dynamisme et de déclin
    2. Éléments d’explications
  3. En périphérie, en marge ou à l’extérieur du réseau réformateur : les autres évêques normands
  4. Conclusion

Pour citer cet article

Combalbert Grégory, « Formation et déclin d'un réseau réformateur. Hugues d'Amiens et les évêques normands, entre le pape et le duc (fin des années 1130-1164) », Annales de Normandie, 2/2013 (63e année), p. 3-48.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2013-2-page-3.htm
DOI : 10.3917/annor.632.0003


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