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Annales de Normandie

2013/2 (63e année)


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Les moines de Saint-Pierre de Jumièges auraient établi dans le sud du pays d’Auge un monastère (moutier), en fait un prieuré – dont l’Histoire et les archives ne possèdent aucune trace –, qui serait à l’origine même du gros bourg [1][1] 3 367 habitants en 1807. de Vimoutiers, ainsi qu’un prieuré à Crouttes (ou Crouptes), bien présent lui. En fait, les moines bénédictins de Jumièges seraient devenus seigneurs de Vimoutiers par la cession, en 994, de ce domaine par un noble danois qui l’aurait reçu peu de temps auparavant du duc de Normandie [2][2] A. Pernelle, Histoire de Vimoutiers, Vimoutiers, Impr..... Quoi qu’il en soit, l’abbaye de Jumièges exerce ses droits seigneuriaux à la veille de la Révolution au titre de la baronnie de Vimoutiers qui s’étend sur les paroisses de Vimoutiers, Crouttes [3][3] Dép. du Calvados, cant. de Vimoutiers, à quelques kilomètres... et Saint-Pierre-de-Meulles [4][4] Meulles, actuel département du Calvados, cant. d’Orbec,.... Elle possède également à proximité la baronnie de Coulonces [5][5] Dép. du Calvados, cant. de Trun, à quelques kilomètres... et, un peu plus loin, le prieuré de Dame-Marie [6][6] Dép. de l’Orne, cant. de Bellême, à quelques kilomètres....

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Les archives concernant l’abbaye de Jumièges se trouvant fort logiquement en Seine-Maritime, c’est donc à Rouen qu’on peut consulter celles qui se rapportent à la baronnie de Vimoutiers [7][7] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1286 à 1428. et au prieuré de Crouttes [8][8] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 740 à 759.. En dehors du terrier de 1782, de cinq gages-plèges [9][9] Registres des tenanciers avec leurs propriétés et leurs... (1649, 1687, 1741, 1750 et 1784) et de quelques liasses ayant trait aux dîmes et aux rentes seigneuriales (droit de coutume, chasse, pêche, étalage, franche moute [10][10] Mouture., moulins, banalités), le fonds de la baronnie de Vimoutiers est essentiellement constitué d’aveux, classés par ordre alphabétique des vassaux et s’étalant dans le temps de 1391 à 1785. S’y ajoutent plusieurs liasses portant sur l’extension de la seigneurie sur Meulles, les baux signés par le receveur de la baronnie, des litiges, un rôle des amendes de 1750, un dossier relatif à l’arpentage de la paroisse de Vimoutiers, des achats, donations, ventes, contrats de fieffe, saisies féodales… Le fonds du prieuré de Crouttes est nettement plus restreint : des aveux, des baux du prieuré, les plans du bâtiment construit dans les années 1770, des procédures et ce qui a trait aux bruyères de Creffy. Malheureusement, on ne dispose que d’un fragment, inutilisable, du plan terrier de Vimoutiers [11][11] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1286., d’esquisses réalisées par l’arpenteur dans les années 1760 [12][12] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1299. et rien ne subsiste de celui de Crouttes. En revanche, on possède le plan du fief Dubosc de Saint-Pierre-de-Meulles [13][13] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1424., ceux des bruyères du Chesnay à Crouttes [14][14] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 755. et celui de la maison construite dans les années 1770 au prieuré du même nom [15][15] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 745..

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Malgré ses lacunes, cette importante documentation permet de décrire assez précisément les différentes seigneuries de l’abbaye de Jumièges dans le sud du pays d’Auge, d’établir la répartition de la propriété entre les différentes catégories sociales de Vimoutiers et d’évoquer l’utilisation du sol au pays de Camembert qui a fait l’objet d’une recherche approfondie du Pôle rural de la Maison de la Recherche en Sciences humaines de l’université de Caen il y a plus d’une décennie. « Moins bien labourée par la recherche que sa partie septentrionale […], dotée d’un patrimoine archivistique de grand intérêt sur la propriété foncière depuis le xiiie siècle » [16][16] Jean-Marc Moriceau et Roger Calmès, « Autour de Camembert,..., la patrie de Marie Harel [17][17] Considérée comme l’inventrice du camembert, Marie Fontaine,... méritait ce regard approfondi auquel cette étude veut participer à partir de sources, certes classiques, mais provenant de l’autre Normandie.

Les seigneuries de l’abbaye de Jumièges

La baronnie de Vimoutiers

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La baronnie stricto sensu de Vimoutiers s’étend sur la paroisse du même nom, à savoir le bourg et plusieurs dizaines d’écarts [18][18] Cf. la carte de Vimoutiers, annexe 3. qui correspondent à l’occasion à des aînesses (Vaucanu, la Gosselinaie, Malvoue, la Heunière, les Monceaux…) mais pas toujours (le Vitou, Cutesson, Millaubourg, le Pont Percé, le Pont Vautier…). Faute d’indications précises, on ne sait d’ailleurs rien de la répartition entre aînesses [19][19] Partie de la seigneurie dont l’« aîné » doit rassembler... et nuements [20][20] Partie de la seigneurie ne dépendant pas d’une aîn.... Il faudrait pour cela dépouiller toutes les liasses d’aveux, un travail de bénédictin !

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Les religieux de Jumièges doivent défendre leur propriété contre les contestations des engagistes [21][21] Personne à qui le roi, qui peut le racheter, a délaissé... du domaine d’Alençon et celles de leurs propres vassaux. Le comte d’Alençon est débouté de sa revendication sur les baronnies de Vimoutiers et Coulonces [22][22] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1297. et l’abbé de Jumièges, qui prétend ne dépendre que du roi auquel il prête hommage, obtient de ne pas comparaître aux plaids [23][23] Réunions des vassaux. d’Exmes et d’Argentan [24][24] La Vie sépare la baronnie entre les bailliages d’Exmes,..., ainsi qu’à l’échiquier d’Alençon [25][25] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1297bis. L’échiquier.... En 1757, les religieux de Jumièges refusent de rendre hommage et de faire le dénombrement des biens de l’abbaye. Un accord est trouvé avec le curé de Vimoutiers pour partager les novales [26][26] Dîmes portant sur les terres nouvellement défriché..., deux tiers revenant à l’abbaye et un tiers au prêtre. Les habitants de Vimoutiers contestent les droits de coutume et d’étalage les jours de marché mais sont condamnés.

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Le 20 août 1786, Gilles Briant, receveur de la baronnie, donne aveu du domaine tant fieffé que non fieffé [27][27] Le domaine fieffé, sur lequel le seigneur exerce son... aux religieux de Jumièges [28][28] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1292.. Le premier s’étend sur Vimoutiers, Crouttes, Saint-Pierre-de-Meulles et « autres lieux circonvoisins ». Les religieux y ont droit de

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« justice basse et moyenne police qu’ils exercent au bourg de Vimoutiers, reliefs, treizièmes et autres droits et pour ce les vassaux sont tenus leur faire plusieurs rentes en deniers, grains, œufs, oiseaux, corvées, blains (sic) et autres faisances [29][29] Tout ce qu’un locataire s’engage à fournir en plus... et redevances avec la banalité du moulin et du four ».

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À Vimoutiers, où il n’y a pas ou plus de manoir seigneurial, le domaine non fieffé comprend deux halles, le moulin banal, le four banal, deux herbages (trois acres [30][30] 1 acre = 4 vergées = 160 perches. Une acre vaut 81...), les droits de marché le lundi, le droit de passage pendant 24 h au jour de la foire de Guibray [31][31] Importante foire qui se tenait en août aux portes de... ainsi qu’au Pont Percé [32][32] Pont sur la Vie, au sud de Vimoutiers., les deux tiers des dîmes en grains et sainfoin. À Crouttes, l’abbaye perçoit les grosses dîmes, à charge de payer 70 livres par an au curé, et à Saint-Pierre-de-Meulles un trait de dîme. Elle possède encore un droit de chasse dans toute l’étendue de la mouvance, le droit de pêche dans la rivière de Vimoutiers, sans compter des pièces de bois, prairie et une maison, de leur domaine non fieffé, « dont les religieux ne jouissent plus ».

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Les religieux sont représentés sur place par un sénéchal qui appartient depuis plusieurs décennies à la même famille. Richard Le Bis, sieur Duval, conseiller du roi, bailli de Gacé, juge gruger [33][33] Magistrat qui juge des délits concernant les bois. audit lieu, exerce la fonction aux environs de 1750. Il est remplacé par Joachim Le Bis, sieur de la Coste, sans doute son fils, auquel supplée en 1782, pour cause de maladie, René François Le Bis, avocat au Parlement. Le sénéchal de la baronnie de Vimoutiers tient régulièrement les réunions prescrites par le seigneur. Ainsi, le 12 novembre 1784, il déclare qu’il tiendra plaids et gages-plèges pour les biens de la baronnie de Vimoutiers dépendant du bailliage d’Exmes le jeudi 2 décembre suivant, à 9 h, au prétoire ordinaire. Ce sera le lendemain, à la même heure, pour ceux « dépendant du bailliage d’Orbec » [34][34] Argentan en fait., mais l’audience se tiendra chez la veuve Letourneur du Vaussery, receveur de la baronnie, rue du Perré. Les plaids et gages-plèges du fief Dubosc de Saint-Pierre-de-Meulles ont lieu le surlendemain, à 10 heures, au hameau de la Grandière, chez Thomas Dallet qui n’est pourtant que tisserand mais est l’un des trois seuls propriétaires de maison sur le fief. Les réunions sont organisées par « René François Joachim Le Bis, licencié ès lois, avocat au Parlement, pour absence cause de maladie de Me Joachim Le Bis, sieur de la Coste, sénéchal ordinaire de la baronnie, assisté de Me Jean Michel Gaugain, greffier ordinaire d’icelle » [35][35] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1290., en présence de Jacques Quévilly, feudiste [36][36] Ou féodiste, agent seigneurial qui rédige les terriers... de la baronnie, qui représente les religieux.

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Les vassaux sont tenus de venir payer leurs redevances en temps :

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« Tous les défaillants non excusés au présent gage-plège condamnés à chacun 5 sols d’amende pour leur non comparence. Les présents et défaillants condamnés aussi en chacun 18 sols 1 denier aux termes de la coutume faute pour eux d’avoir payé en recette leurs rentes seigneuriales dont et du tout exécutoir accordé à MM. les Prieur et Religieux de Jumièges, seigneurs patrons et barons de ce lieu, ainsi que les trois dernières années des susdites rentes seigneuriales à eux dues » [37][37] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1290..

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Les vassaux présents sont interpellés de nommer l’un d’entre eux pour le service de prévôté jusqu’aux prochains gages-plèges. Ils refusent, aussi bien ceux dépendant du bailliage d’Exmes que ceux du bailliage d’Orbec. Alors, le feudiste, qui représente les religieux, déclare que ces derniers nommeront un huissier ou un sergent pour assurer la fonction. Michel Pernelle est chargé de « fournir un lieu ou prison pour détenir les malfaiteurs pris dans l’étendue de la baronnie conjointement avec les cotenants de la maison nommée la Geôle ».

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Lors de leur prestation d’aveu [38][38] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1309., Jacques et François Alabarbe, fils de feu François, « avouent tenir sur la franche bourgeoisie » une maison, en fait l’auberge de la Tête Blanche, rue du Perré ou des Bonshommes, deux autres corps de bâtiments…, un lavoir commun avec le prêtre Picard et ses sœurs, une mare à fumier, un jardin de sept perches, pour lesquels ils sont sujets

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« à la banalité du four et du moulin, cens et vicomtages [39][39] Le vicomtage est une rente annuelle., foi et hommage, comparence aux plaids et gages-plèges et autres devoirs seigneuriaux » ; et hors la franche bourgeoisie « deux bâtiments dont un à usage de demeure…, un moulin à battre du tan » et plusieurs parcelles couvrant ensemble 6 acres 3 vergées et 14 perches (5,5 ha), pour lesquels ils sont « sujets à reliefs, treizièmes, aides, forfaiture, confiscation, aubaine, bâtardise, comparence aux plaids et gages-plèges, cour et usages, à la banalité du moulin et tous autres droits et devoirs seigneuriaux et coutumiers selon la coutume de cette province ».

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Le registre des amendes [40][40] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1291. jugées aux plaids et gages-plèges de la baronnie de Vimoutiers le 6 octobre 1750 par Richard Le Bis, à l’assistance de Me Jacques Girette, notaire audit lieu et greffier ordinaire, à la poursuite et diligence de Pierre Letourneur, sieur du Vaussery, receveur de la baronnie », contient 296 cotes. Tous les milieux sont concernés, d’un écuyer au curé de Vimoutiers, en passant par les différents groupes sociaux. Force est toutefois de reconnaître que les mauvais payeurs sont souvent des héritiers, de nouveaux acquéreurs, des représentants [41][41] Personnes qui représentent l’ancien propriétaire dont...…, à l’instar de Cavey, sieur du Bois, conseiller du roi et son lieutenant en la vicomté de Trun, qui représente le sieur de Fontenay, également écuyer, son père, lui-même représentant du sieur de Marescot. La plupart, qui avaient donc des problèmes de succession à régler, s’acquittent de leurs redevances comme il est fait mention en marge du registre, et échappent ainsi à l’amende et à la saisie.

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En 1759, l’abbaye décide de refaire le plan terrier de la baronnie de Vimoutiers, d’où le marché suivant [42][42] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1299., établi « entre dom Vincent Malet prêtre religieux et procureur de l’abbaye royale de Saint-Pierre de Jumièges et Jean Sevré, arpenteur aux forêts du roi, demeurant au Borout [43][43] En fait Le Bosc-Renoult, près du Sap, dans l’Orne,... », par lequel il

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« s’oblige de faire l’arpentage de toute la paroisse et baronnie de Vimoutiers et de chaque pièce d’héritage en particulier pour savoir ce qu’elle contient à la mesure ordinaire du lieu, qui est de douze pouces au pied et vingt-deux pieds pour perche, quarante perches la vergée et cent soixante perches l’acre. De dresser un plan géométrique de toute ladite paroisse, bien lavé (suivent les indications de couleurs à suivre). De dresser écrire et composer un registre bien écrit en forme de procès verbal… avec une table alphabétique à la fin dudit livre… De mettre dans ledit registre le plan par cantons en le divisant en autant de cantons que la forme du registre le demandera… ».

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L’arpenteur s’y engage par écrit le 10 décembre 1759 :

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« Je m’oblige de finir et livrer dans dix-huit mois de ce jour. Ledit Révérend père s’oblige de son côté… à me payer quinze sols par acre de terre ou héritage… dont il me payera en commençant deux cents livres, cent écus un an après que j’aurai commencé l’ouvrage et qu’il sera plus qu’à moitié fait, et le reste en livrant l’ouvrage parfait et accompli, m’obligeant de me nourrir moi et mon porte perche, de le payer de même que l’indicateur… ».

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La paroisse est alors estimée couvrir 700 à 800 acres, alors que le terrier de 1782 en donne plus de 1 500. Sevré reçoit immédiatement 400 livres. En mai 1762, il n’a pas fini et demande un délai qui lui est accordé. En 1763, il est condamné par le parlement de Rouen à rembourser les 400 livres, auxquelles s’ajoutent 100 livres d’intérêts et 300 livres de dédommagement. Il obtient un nouveau sursis jusqu’en mars 1765. À cette date, il n’a toujours pas achevé son ouvrage, pas plus qu’en novembre 1766 et en octobre 1768 où il promet de terminer dans les six mois. Il ne semble avoir finalement rien produit, si ce n’est quelques esquisses, et on peut penser qu’il a dû payer l’amende.

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Les archives contiennent la plupart des baux [44][44] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1296. conclus entre l’abbaye de Jumièges et les receveurs de la baronnie de Vimoutiers, ce qui permet de suivre les changements de preneurs, l’évolution de la durée et du prix du bail [45][45] Annexe 1.. Les preneurs appartiennent aux milieux économiques de Vimoutiers, tanneurs pour les Briant, marchands pour les Letourneur devenus entre-temps sieurs du Vaussery. Le bail reste durablement dans la même famille : les Letourneur se succèdent de père en fils, puis la veuve, de 1734 aux années 1780. Le dernier bail semble avoir été interrompu par le décès de la veuve Letourneur, auquel le fils n’aurait donc pas succédé, puisqu’en 1786, c’est Gilles Briant, sans doute descendant des tanneurs du début du siècle, qui est receveur de la baronnie. La durée du bail, qui s’était réduite à six ans, repasse à neuf ans à partir du milieu du xviiie siècle, ce qui confirme la tendance générale à l’allongement des baux. Enfin, le prix a varié dans le temps. En nette hausse par rapport au xviie siècle, il atteint son maximum en 1722 (5 300 livres auxquelles s’ajoutent 2 000 livres de pot-de-vin), il baisse ensuite nettement pour s’effondrer en 1775 (2 600 livres seulement, soit la moitié du chiffre de 1722), avant de retrouver son niveau de 1734 (3 400 livres) dans les années 1780. Est-ce affaire de conjoncture ? Il faudrait pouvoir le prouver par la comparaison avec d’autres baux. Le loyer est payable en deux termes, le 1er janvier et à la Saint-Jean-Baptiste (24 juin) ou au 1er juillet.

Le prieuré de Crouttes

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Dépendant de l’abbaye de Jumièges et de sa baronnie de Vimoutiers, la seigneurie du prieuré de Crouttes est affectée en particulier à un religieux du monastère. Pour en disposer, le prieur doit 50 sous de rente annuelle – appelée vicomtage – à payer à la recette d’Argentan, laquelle rente est perçue par le prévôt à la Saint-Michel. Les terres appartenant en propre au prieuré sont exemptes de dîmes.

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Cette seigneurie est décrite dans plusieurs états qui présentent malheureusement des situations variables du domaine non fieffé. On peut cependant retenir que ce dernier comprend l’enclos du prieuré avec manoir, chapelle, pressoir, grange, four, écuries, bûchers et 88 acres 2 vergées de terre. S’y ajoutent un bois taillis de 43 acres, 1 acre de pré sur Vimoutiers, un moulin à blé et un herbage de 3 vergées et demie, les bruyères de Creffy (tantôt données pour 271 acres, tantôt pour 450 arpents [46][46] Ce qui correspond pratiquement à la même surface, l’acre...) et les bruyères du Chesnay sur Vimoutiers (34 ou 32 arpents selon les sources). L’ensemble représenterait donc environ 425 acres (344 ha). Le domaine fieffé s’étend sur Crouttes et les paroisses voisines de Vimoutiers, Le Renouard et Lignerits [47][47] Ancienne paroisse, rattachée maintenant à Écorches,..., pour un total de 1 000 acres 2 vergées et 20 perches (810 ha). Les immeubles sont très rarement indiqués mais on sait qu’il y a un moulin à drap. Toutefois, le registre de dénombrement dudit fief, s’il ne donne pas la liste de tous les propriétaires, indique les différentes aînesses et nuements. Il y a ainsi seize aînesses couvrant 281 acres (228 ha) et cent onze nuements représentant 489 acres (396 ha) sur la paroisse de Crouttes, huit aînesses (101 acres, 82 ha) et neuf nuements (19 acres, 15 ha) sur Le Renouard, une aînesse (60 acres, 49 ha) et seize nuements (36 acres, 29 ha) sur Vimoutiers, huit nuements sur Lignerits (14 acres). Le manque d’informations concernant les aînesses (dont l’étendue varie de 6 à 30 acres) de Crouttes oblige à se contenter d’une brève analyse des nuements. Leur superficie est de quelques vergées ou quelques acres (145 ont moins de 10 acres, 8,1 ha), quelques-uns dépassant toutefois largement cette étendue : quatorze ont entre 10 et 20 acres, et quatre davantage, la plus vaste couvrant 51 acres (41 ha).

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Les textes des aveux et baux de concession du prieuré ne sont pas très différents de ceux qu’on rencontre ailleurs en Normandie mais ils méritent qu’on s’y arrête quelque peu car ils constituent un bon exemple du système alors pratiqué. Le 25 mai 1784, Thomas Giffard, religieux de Jumièges, prieur de Saint-Michel de Crouttes, rend

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« aveu et dénombrement à haut et puissant seigneur et prince François fils de France, duc d’Anjou et autres lieux… pour le fief terre noble et seigneurie tant en domaine fieffé que non fieffé s’étendant sur Crouttes, Vimoutiers, le Renouard, Lignerits, Escorches et environs pour lequel prieur a droit de percevoir toutes les grosses dîmes des blés et autres grains excroissant sur la paroisse de Crouttes.

It. droit de prendre les deux parts des oblations [48][48] Dons faits aux établissements religieux. par chacun an es églises de Crouttes et Lignerits aux fêtes de Saint Michel et Chandeleur.

It. droit de cueillir annuellement les deux parts des dîmes des blés et autres grains de la paroisse du Renouard sur les terres tenues de notre prieuré.

It. hommes tenus à foi et hommage avec juridiction, cour, usage, basse et moyenne justice, plaids et gages plèges.

It. reliefs, treizièmes, rentes seigneuriales, amendes, corvées de bêtes quand il échaut aux saisons de bleds et mars, regard de mariage, lesdites rentes seigneuriales existant en deniers, grains, œufs et oiseaux et autres rentes.

It. pêcherie et moulin à blé et moulin à foulon auxquels vassaux sont sujets à moudre.

It. droits et devoirs seigneuriaux et toutes les rentes des pâturages des bruyères de Creffy et du Chesnay, soit 12 deniers chaque feu à la Saint Michel pour les bruyères de Chesnay et 12 deniers par acre de nouvelle fieffe à la Chandeleur pour les bruyères de Creffy sous peine de 5 sous d’amende » [49][49] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 743..

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Le texte du bail accordé en 1782 [50][50] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 748. précise l’étendue du domaine non fieffé (manoir, moulin à eau et à blé, prés, broussailles, labours…) et la composition du domaine fieffé qui consiste en « rentes seigneuriales et hypothèques et tous autres droits seigneuriaux avec un sol par feu pour le droit de bruyères de Creffy et la Chesnaye (sic), fors et excepté le droit de patronage, à la réserve aussi des confiscations et aubaines ». Suivent de nombreuses obligations :

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Le prieur se réserve la grande chambre de la maison manable.

Le preneur s’engage à conserver et maintenir les possessions du prieur, à charge de faire tenir les plaids et gages-plèges, faire rendre les aveux et tenir registre.

Il poursuivra les procès pour ban et recevra les amendes des procès de première instance avec les vassaux mais celles d’appel iront au prieur.

Il sommera les contrats d’acquisition pour faire payer les treizièmes.

Il ne pourra surbrancher [51][51] Sous-louer. le présent bail en tout ou partie sans le consentement du prieur, sauf le moulin.

Il paiera au receveur des décimes [52][52] Taxe levée par le roi sur le clergé. de Lisieux 75 livres en plus du bail et il avancera le surplus qui lui sera remboursé mais il prendra 10 livres de rente sur les dîmes de la paroisse du Renouard.

Il paiera le chapelain qui viendra dire la messe chaque vendredi et se chargera des ornements, calices, aubes servant au service sacerdotal.

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À ces caractères proprement féodaux, s’ajoutent les clauses traditionnelles d’un bail de ferme, le preneur ayant souscrit pour les deux aspects :

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Il « résidera et fera sa demeure actuelle de la ferme pour y faire consommer les foins et pailles en provenant pour les engrais y rester et être portés sur les terres labourables, prés et loing (sic) tous les ans ».

Il devra « fouir et bêcher les pommiers et autres arbres fruitiers de trois ans en trois ans ».

Il aura « à son profit les arbres secs qui tomberont ou mourront, parce qu’il sera tenu de les remplacer de chacun une belle ente bien reprise ».

Il aura les coupes de bois taillis de la Fontelaye, selon les règlements royaux, mais devra tenir compte des bois réservés par le roi.

Il aura à son profit la tonte et émonde des haies en temps et saisons ordinaires en les tenant bien closes.

Il aura la coupe des arbres qui ont coutume d’être émondés.

Il entretiendra le pressoir à l’exception de la cage [53][53] Trou maçonné dans lequel descend le contrepoids et,..., le tournant [54][54] Roue. et montant du moulin.

Il est tenu de nourrir et donner à boire à ceux qui viennent faire les réparations.

Il fournira tous les ans un mille de tuiles et un demi cent de feurre long [55][55] Paille longue de seigle qui sert à couvrir les mai... (sic) qu’il fera employer à ses frais sur les bâtiments qu’il entretiendra de hourdier [56][56] Maçonnerie grossière..

Il entretiendra « de couverture volante la réparation du moulin », charroiera les bois nécessaires à la réparation de celui-ci, et est tenu de payer les vassaux charriant les meules (il en sera remboursé).

Il aura les branches et copeaux des arbres abattus pour réparer les bâtiments.

Il mettra une auge pour conduire l’eau de la fontaine Chastel sur le moulin.

Il charroiera les matériaux de réparations des murailles.

Il devra encore fournir des poids de 50, 25, 12 et 6 avec les bancards [57][57] Balances. de bois et lequille (sic) pour le moulin.

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Les bruyères de Crouttes étaient autrefois le bois de la baronnie de Vimoutiers. « Les religieux ont laissé leurs vassaux en user et en abuser moyennant 12 deniers par feu pour y faire paître leurs bestiaux et la coupe de quelques petits bois. Ils ont finalement totalement détruit le bois et réduit en pâturage appelé bruyères de Crouttes ou Creffy l’ancien bois » [58][58] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 756.. Ces dernières sont décrites, malheureusement sans plan, dans un procès-verbal de 1545 [59][59] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 755.. En 1762, les religieux s’opposent à ce que le roi les vende à titre d’accensement. Un jugement de 1781 [60][60] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 754. déboute de ses prétentions sur les bruyères de Creffy (450 arpents [61][61] Soit environ 225 ha., 225 ha) et du Chesnay (32 arpents, 16 ha) « Louis Stanislas Xavier, fils de France, duc d’Anjou, comte du Maine, M. frère du roi, apanagé du duché d’Alençon » : celles-ci ne font pas partie du domaine d’Alençon. Les bruyères du Chesnay font l’objet de deux plans visuels [62][62] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 755..

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Les vassaux de Crouttes doivent un cens en argent, la moitié à la Saint-Jean-Baptiste, l’autre moitié à la Saint-André [63][63] 30 novembre., foi et hommage, corvée de bêtes deux fois l’an, des volailles, œufs, des céréales (blé, froment, orge) et tous les autres droits seigneuriaux (reliefs, treizièmes, aides coutumières, comparence aux plaids et gages-plèges, cour et usages de la seigneurie). Ainsi, certains doivent 25 sols de relief quand l’aîné (de l’aînesse) passe de vie à trépas, de l’argent pour couper du bois, 12 deniers pour pâturage sur les bruyères de Creffy, le ban du moulin et l’entretien du tournant et le curage des biefs. Les ayants droit des bruyères du Chesnay doivent des redevances variables selon leur domicile : les sept vassaux de l’aînesse Vallabusc peuvent les utiliser moyennant 2 sols par an, les tenants du tènement des Champs Compère pour 12 deniers, les vingt-six personnes de l’aînesse du Droit Vassal contre 12 deniers et les huit de l’aînesse Maillot pour la même somme. Les dates de versement des redevances, qu’elles soient en argent ou en nature, sont nombreuses mais traditionnelles : Saint-Jean-Baptiste, Saint-André, Saint-Remy [64][64] 2 octobre, à l’époque., Saint-Michel [65][65] 29 septembre., Noël, Pâques, Chandeleur [66][66] 2 février..

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Le 12 septembre 1771, le religieux procureur de l’abbaye de Jumièges, porteur de procuration du titulaire du prieuré, promet de passer bail [67][67] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 745. pour la ferme et le revenu du prieur à un certain Pierre Pellerin, sieur Desfondis, pour 1 800 livres par an, à charge pour le preneur « d’entretenir le pressoir de toutes réparations, à l’exception de la cage pour ce qui concerne les murs et charpentes », d’entretenir les couvertures, le montant et le tournant du moulin, les barrières des prés, le four, les chemins, « de nourrir les ouvriers, charpentiers, maçons et autres qu’on pourrait employer à ladite ferme pour réparations ordinaires et de donner à boire seulement à ceux qu’on emploierait au x réfections ». Ces clauses sont habituelles [68][68] Cf. supra, le bail de 1782. mais il devra également construire « en neuf » un nouveau bâtiment suivant le plan visé et paraphé. En échange de quoi, on lui abandonne les 4 500 livres provenant de la vente des bois du prieuré dont il s’était rendu adjudicataire. Le bâtiment – dont le plan figure au dossier – comporte : au rez-de-chaussée, une cuisine avec cheminée, de 17 pieds sur 14, une chambre-cabinet, un cabinet, une salle avec cheminée, de 17 pieds sur 13, un corridor de 3 pieds de large et l’escalier ; à l’étage, une chambre à feu avec cabinet, une autre chambre à feu, un cabinet et l’escalier. Au total, la construction fait 50 pieds de façade et 20 pieds de largeur. L’épaisseur et la nature des matériaux à utiliser pour les murs sont indiquées.

33

Le 23 mars 1782, le bail [69][69] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 748. du « prieuré et baronnie de Crouttes » est de nouveau accordé au sieur Desfondis pour une durée de 9 ans et 2 200 livres de fermage annuel, toujours payable en deux fois (Noël et Saint-Jean), auxquelles s’ajoutent 1 200 livres de pot-de-vin. Le bail commence le 3 février, « ferme, bail et louage pour le temps de neuf ans et neuf dépouilles ». On lui accorde en plus le bail des dîmes de Crouttes pour 1 500 livres de fermage, 150 livres à payer au curé de Crouttes, réparation du chœur et « de chandelle » et 4 000 livres de pot-de-vin. Ce second bail est renouvelé en 1785, pour 9 ans et 1 400 livres payables au 1er janvier et à la Saint-Jean-Baptiste. Les religieux avaient abandonné (depuis combien de temps ?) le fractionnement des baux de dîmes qu’ils pratiquaient encore en 1722 où plusieurs traits de dîmes avaient été concédés, pour 6 ans et pour un total de 1 165 livres payables en deux termes (Saint-Michel et Noël), à quatre personnes : la veuve Quatrevaux (380 livres), Beauprey, marchand (260 livres), Forget, marchand de Saint-Germain-de-Montgomery (265 livres) et Dufour, marchand de Crouttes (260 livres). Chacun des preneurs devait une pension au curé de Crouttes mais en recevait quittance pour valoir sur le prix de son fermage, pratique qui subsiste dans le bail général accordé à Desfondis. Un autre bail, de 1786, fixe une redevance de 1 500 livres pour les dîmes et enjoint au preneur de donner un état des terres couchées en herbages depuis 1709. Le preneur doit entretenir le chancel de l’église paroissiale de réparations en tuiles, clous, lattes, chaulattes et verser 150 livres au curé de Crouttes dont il apportera quittance aux religieux.

34

Plus encore que dans le cas de la baronnie de Vimoutiers, la monopolisation par une même famille, en l’occurrence celle des Pellerin, marchands, devenus sieurs Desfondis, est caractéristique du mode de gestion du prieuré dont ils assurent la direction pendant un siècle et demi [70][70] Annexe 2.. Le loyer a naturellement beaucoup progressé depuis le xve siècle (il ne valait que 50 livres en 1476) mais, après une croissance régulière qui l’amène à 1 000 livres en 1636, il reste à ce niveau pendant 120 ans, avant de fortement grimper et même de doubler pratiquement d’un bail à l’autre : 1 000 livres en 1759, 2 000 livres en 1766, 2 200 livres en 1782 (et 1 200 livres de pot-de-vin). On se retrouve dans un cas de figure radicalement différent de celui de la baronnie de Vimoutiers, qui pourrait s’expliquer par une hausse du rendement des terres en raison de la mise en herbe.

Le fief Dubosc à Saint-Pierre-de-Meulles

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Les Archives départementales de Seine-Maritime possèdent aussi le registre [71][71] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1424. des « Pleds de gages-plèges et de recette du fief, terre et seigneurie du Bosc », dépendant de la baronnie de Vimoutiers. La propriété du fief Dubosc (ou du Bosc) a été disputée aux religieux en 1533 par un certain Guérin, au droit de sa femme. Cela justifie les explications de la création et de l’existence du fief en question, propriété que les religieux ont obtenu de se faire reconnaître. Les vassaux doivent foi et hommage, dîme, reliefs, treizièmes et tous autres droits et devoirs seigneuriaux. Le dossier comporte également des plans de la seigneurie qui ne possède pas de domaine non fieffé.

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Le fief Dubosc est minuscule : onze propriétaires, deux maisons, une maison-bâtiment [72][72] Correspondant sans doute aux bâtiments d’une ferme, 36 acres, soit 29 ha. Le sol est surtout occupé par les labours (28,5 acres), le reste se partageant entre les prés (5 acres) et les cours-jardins (2,5 acres). Le plus important propriétaire est le sieur Douesy, chevalier, seigneur de Montfort…, conseiller au parlement de Normandie, qui, du fait de sa femme Marie Anne Caroline des Molières de l’Omondière, est à la tête de près de 15 acres. Deux autres propriétaires habitent Orbec et possèdent respectivement 6,5 et 5 acres, ce qui laisse bien peu aux habitants du lieu. Legay, qui semble à la tête d’une exploitation, ne dispose que d’une maison-bâtiment et quatre parcelles couvrant moins de 3 acres. Le tisserand Dallet, chez qui se tient l’assemblée, n’a que sa maison et 21 perches de jardin.

Propriété et utilisation du sol dans la paroisse de Vimoutiers

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Les qualités ou professions des vassaux de Crouttes n’étant pas indiquées, on se contentera d’analyser le fief de Vimoutiers pour lequel les informations sont nettement plus abondantes, notamment grâce au registre-terrier de 1782 [73][73] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1290..

Les habitants de Vimoutiers et leurs activités

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Le terrier donne diverses informations sur la situation sociale des habitants de Vimoutiers. Il fait notamment état des surnoms portés par les vassaux, y compris des notables (le notaire Girette est dit « des Bois ») de Vimoutiers. Ils sont 57 à être ainsi surnommés la Bustière (un perruquier), la France, le Normand, Berry, la Rangée (un boucher), les Rosiers, les Vallées, Bruyère, la Londe, Blanchefosse, Destin, la Coste, la Croix, le Buisson, des Landes, Courchamp, la Moustière, Baspré, la Chesnaye… Les membres d’une même famille portent parfois le même surnom (Jean et Nicolas Colas dits les Rencontres) ou se distinguent (Jacques Géhenne dit la Poterie et Michel Géhenne dit Grandmaison). Ils sont quatre (Rogère, Huard, Robillard, Lehout), de familles différentes donc, à être appelés la Fontaine.

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Plus intéressant est le panorama social, malgré le fait que seulement 144 professions ou qualités de propriétaires soient indiquées, ce qui est bien peu pour une population de 3 000 habitants. Certains secteurs sont pratiquement inexistants, comme l’agriculture, mais on ne peut en déduire que seules les professions non liées à la terre seraient citées. Il faut également faire attention au fait que ce sont les propriétaires qui sont signalés, non les habitants, même s’il y a de fortes chances qu’il s’agisse souvent des mêmes personnes dont le domicile ne serait précisé que s’il est extérieur à Vimoutiers. Tout au plus peut-on dégager quelques tendances.

40

Le bourg possède de nombreuses professions représentatives d’une activité marchande, commerciale et artisanale importante, 88 personnes appartenant à ce milieu :

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35 marchands

5 aubergistes, chapeliers, cordonniers, bouchers

4 négociants, maréchaux

3 perruquiers, menuisiers, épiciers

2 tailleurs d’habits, rosiers [74][74] Fabricants de ros, peignes à tisser., boulangers, charpentiers, tourneurs

1 sellier, bourrelier, serrurier, couvreur, marchand-linotier [75][75] Travaille le lin., jardinier.

42

L’activité industrielle est représentée par 13 individus : cinq tisserands, quatre tanneurs et un compagnon tanneur, un marchand-drapier, un filassier et un blanchisseur. Les services sont peu présents : un médecin, un chirurgien et deux apothicaires pour les professions de santé ; deux huissiers, un avocat et un notaire pour le secteur juridique et judiciaire, naturellement faible dans un gros bourg qui ne compte aucune administration.

43

La « haute société » est représentée par sept écuyers, neuf « sieurs », un conseiller du roi et cinq prêtres. On ignore ce que fait le fils Letourneur du Vaussery dont la famille – de marchands – monopolisait la recette de la baronnie depuis une cinquantaine d’années.

44

L’agriculture n’est signalée que par la présence de trois journaliers et un marchand-laboureur.

45

Un cavalier de dragons complète la liste qui signale enfin la qualité d’une dizaine de horsains : cinq marchands, un notaire (frère de l’autre), un chirurgien, un prêtre et un procureur général près la Cour des comptes.

46

Ces données sont confirmées par la destination des bâtiments qui renseignent sur les activités non agricoles de Vimoutiers, qui se présente comme un gros bourg rural très actif. Ainsi, on compte pour la fonction marchande, commerciale ou artisanale :

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quatre-vingt-treize

boutiques sept boucheries

six lavoirs

quatre fonderies (épiceries)

trois auberges (de l’Écu, du Dauphin, de la Tête Blanche), trois magasins, trois forges

deux fours (en plus de celui du boulanger)

une menuiserie, une serrurerie

et des bâtiments « à différents usages », qui ne sont sûrement pas tous agricoles.

48

L’activité industrielle est représentée par six tanneries et un magasin, deux moulins à tan, une foulerie avec son magasin, une blanchisserie et cinq carrières. Enfin, quatre pressoirs et trois laiteries sont signalés, ainsi que neuf mares à fumier dans la « bourgeoisie ».

49

L’aisance de certains explique la présence de quelques grandes maisons (médecin, avocat, apothicaires, marchands, écuyers, curé…), d’un château (la Gosselinaie) et de trois maisons de maître (Millaubourg, les Thuileries et Val Héland). La plupart des propriétaires disposent d’un logement ou d’une maison mais beaucoup doivent se contenter d’une cuisine et d’une chambre. On peut s’étonner de la présence de nombreuses caves et greniers au hameau de la Heunière, ce qui pourrait s’expliquer par une fonction particulière mais laquelle ?

Propriétaires et propriétés

50

Le registre-terrier contient 2 013 lots, certains étant partagés ou imbriqués entre plusieurs propriétaires, ce qui explique qu’on dépasse largement le 1 830e et dernier numéro. Ils se répartissent entre les quatre statuts juridiques des différents quartiers de la paroisse, la rive gauche de la Vie dépendant du bailliage d’Exmes et la rive droite de celui d’Orbec, chacun des deux quartiers possédant sa « franche bourgeoisie », nettement plus étendue et plus peuplée toutefois sur la rive gauche.

Répartition géographique des immeubles et terres dans la seigneurie de VimoutiersA

A : Ou groupe d’immeubles.

51

En fait, en raison des doublons dans les différents quartiers, des propriétaires indivis qui le sont aussi individuellement, il faut ramener le nombre total des propriétaires à environ 670, ce qui laisse en moyenne trois lots à chacun. Mais, le plus souvent, on est propriétaire d’un lot ou deux (sa maison, un jardin, une parcelle), quelques-uns seulement disposant de plus d’une dizaine de lots, dix-sept pour Barbou, trente-trois pour le marchand Bazire.

52

Le tableau suivant établit la taille des propriétés. Il ne tient pas compte des cours ou jardins dépendant des habitations des bourgeoisies ou des hameaux lorsqu’elles ne possèdent pas de parcelles de terres. On a volontairement séparé les propriétés comprenant maison et bâtiment(s) « à différents usages », ce qui pourrait correspondre à une exploitation agricole, des terres sans immeuble, qui peuvent être mises en valeur par d’autres que leur propriétaire ou qui appartiennent à des habitants du bourg.

Taille des propriétés foncières dans la seigneurie de Vimoutiers
53

La répartition de la terre est donc inégale, sans l’être excessivement puisque treize seulement dépassent les 20 acres, deux les 50, le maximum étant de 76. Les trois domaines sans bâtiments et ayant de 10 à 20 acres appartiennent à l’Église [76][76] Il s’agit ici de l’Église comme institution et non... et à Mme de Marescot, qui les louent, ce qui est aussi sûrement le cas des exploitations ou des terres des non-agriculteurs, comme les marchands Bazire et Vivier, tous deux propriétaires d’au moins deux fermes chacun. La plupart des propriétaires doivent donc se contenter de quelques vergées, sans doute insuffisantes pour leur permettre de vivre, ce qui n’est possible – et encore – qu’avec plusieurs acres, cinq au moins. Or, ils ne sont que 72 sur 293, soit moins d’un quart, à disposer d’une telle superficie et autant ne possèdent même pas une acre, c’est-à-dire une petite parcelle en labour ou en herbe.

54

La répartition sociale de la propriété n’est pas très facile à établir en raison des nombreuses absences d’indication des professions, notamment pour les travailleurs de la terre. On peut cependant repérer assez bien les nobles, les ecclésiastiques, l’Église, les « sieurs », ainsi que les activités commerciales, artisanales, juridiques ou de santé.

Propriété des différentes catégories socialesA,B

A : CH = château, GM = grande maison, MBt = maison-bâtiment, M = maison, Bt =bâtiment.

B : Nombreu x bâtiments à usage commercial ou artisanal (boutiques, boucheries, auberges, magasins…), industriel (tanneries, foulerie…).

55

Au total, les individus signalés comme ne travaillant pas la terre en possèdent nettement plus de la moitié. Les privilégiés font figure de parent pauvre dans le sud du pays d’Auge, avec seulement un peu plus du sixième du sol, et les roturiers, comme c’est généralement le cas dans les lieux éloignés des grandes villes, s’imposent largement. Mais tous ne sont pas paysans. L’absence d’activité industrielle laisse en effet penser que les possesseurs d’un logement ou d’une maison sont majoritairement des journaliers agricoles, des domestiques, des ouvriers-artisans…

56

L’Église se contente de moins de 5 % des terres. Vimoutiers ne possède que deux modestes couvents, un de religieuses hospitalières, l’autre de bénédictines [77][77] Ce couvent a été fondé en 1651 et se consacre à l’enseignement... (moins de 16 ha chacun) et la cure n’est guère fortunée (5 ha). La faiblesse de la propriété ecclésiastique trouve son explication dans l’absence d’abbaye ancienne, notamment d’hommes, et l’éloignement d’un siège d’évêché. La propriété personnelle des ecclésiastiques est tout aussi médiocre.

57

Les neuf nobles (tous écuyers sauf le procureur général près la Cour des comptes et sa parente) disposent d’un pourcentage des terres significatif mais très modeste par rapport à ce que l’on estime être la propriété de l’aristocratie (un quart à un tiers du sol). Il est vrai qu’on est en présence d’une petite noblesse qui compte d’ailleurs des anoblis récents et dont une partie de la famille est encore roturière (les Berthelot ou les Vaumel, par exemple). Le plus riche, l’écuyer Étienne Philippe Auguste Berthelot des Thuileries habite le château du même nom et fait exploiter 34 ha, soit un peu plus que ses collègues de Livarderie (une ferme de 32 ha), Le Venois de Millaubourg (28 ha autour du château) ou Jean François Vaumel d’Esneval [78][78] Seigneur partiel de la paroisse voisine de Lisores,... (23 ha avec le château).

58

Chez les « sieurs », avec son château, sa ferme et 33 ha, Dufour, conseiller du roi et sieur de Montfort, domine les autres et notamment les Berthelot non anoblis : Jacques dit Les Parquets (une exploitation de 18 ha), Gilles, sieur de Lallemandière (8 ha) et Pierre, sieur du Manoir (une ferme de 8 ha aussi). Letourneur du Vaussery, fils de l’ancien receveur, dispose d’une grande maison, de bâtiments importants et de 11 ha.

59

Le groupe composite des non-agriculteurs (marchands, commerçants, artisans, tanneurs, médecin, avocat…) possède un peu plus du quart des terres. Les marchands dominent largement les autres catégories sociales. C’est dans leurs rangs qu’on retrouve les plus grandes propriétés : Pierre Bazire père (une grande maison-boutique, trois maisons-bâtiments et 28 ha), Pierre Vivier (deux maisons-bâtiments et 27 ha), Pierre Berthelot (18 ha)… Les tanneurs n’ont pratiquement pas de terres, pas plus que le médecin, les apothicaires ou les bouchers (une acre en moyenne). Le maréchal-ferrant Robillard se distingue avec sa maison-forge, deux maisons-bâtiments, une autre maison et 7 ha. L’avocat Le Bis, sieur de la Coste et sénéchal de la baronnie, atteint les 28 ha mais le notaire se contente de 2 ha.

60

Certaines familles comptent plusieurs représentants parmi les propriétaires. Ainsi des Berthelot qui cumulent une bonne centaine d’acres (84 ha). Le fils du marchand Pierre Bazire est négociant mais n’a qu’une grande maison avec un magasin neuf et une boutique. Charles Bazire dispose d’une maison et d’une acre et demie. Son fils tient l’auberge du Dauphin. La famille Harel est moins riche. Pierre Toussaint dit la Bustière, perruquier, n’a que sa maison-boutique et un jardin de 8 perches, Pierre une maison et un jardin d’une vergée, comme Gabriel. Pierre aîné et le Jeune, n’ont même pas de maison et se contentent d’une vergée douze perches et douze perches en cour et plant. Les frères Choix, dits le Normand, tous deux chapeliers, ont chacun leur maison avec boutique et « laboratoire ».

61

La quasi-totalité des propriétaires habite sur place, à Vimoutiers, dans le bourg ou dans les écarts. Sauf trente-quatre, pour la plupart domiciliés dans les villages limitrophes (douze) ou un peu plus éloignés (cinq), les autres venant de plus de 20 km mais de moins de 50 (onze), quelques-uns seulement étant domiciliés encore plus loin (Pont-Audemer, Honfleur, Paris, Pontoise). Les gens des villes sont également peu nombreux : quatre de Lisieux, deux d’Orbec et Alençon, les autres venant de Sées, Paris, Pontoise, Honfleur et Pont-Audemer, en tout treize personnes pour une dizaine d’immeubles et un peu plus de 20 ha, soit 1,6 % seulement du sol. Il est vrai que l’on se situe loin de toute ville d’importance, les plus proches, Lisieux et Alençon, étant à une trentaine de kilomètres. Tous ces horsains, ruraux ou urbains, ne possèdent que dix maisons-bâtiments, dix maisons, une boutique et 96 ha, l’essentiel (trois maisons-bâtiments, trois maisons et 62 ha) appartenant à Barbou dit Bois-Vallée, du village de Sainte-Foy-de-Montgomery, distant de seulement quelques kilomètres. C’est dire si la propriété foncière et immobilière est bien ici dans les mains des habitants de Vimoutiers.

L’utilisation du sol

62

Le registre terrier, s’il est souvent incomplet en ce qui concerne la qualité des propriétaires, est en revanche très précis dans la description des maisons de la bourgeoisie (dont il donne la fonction des pièces) et l’utilisation du sol. Il est donc possible de reconstituer celle-ci, comme la mise en herbe. On a séparé les différentes rubriques [79][79] Labour et plant, herbe et plant indiquent la présence... comme le registre le notait.

Utilisation du sol dans la seigneurie de Vimoutiers
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Les cours, masures, jardins occupent un peu plus du cinquième de la superficie. Les espaces entourant les habitations et autres bâtiments de la bourgeoisie sont petits, quelques perches le plus souvent, les propriétaires se partageant même parfois une cour commune. Quelques immeubles disposent toutefois de plus d’espace, comme le marchand Maillard, l’avocat Le Bis (0,6 ha) ou le marchand Lelasseur (près d’un hectare). Le couvent des bénédictines occupe deux acres (1,6 ha) mais celui des hospitalières seulement 23 ares. Hors bourgeoisie, les enclos sont souvent nettement plus grands et, dans ce cas, ce ne sont pas des espaces inutilisés : les jardins y sont plus vastes ; labour et plant, herbe et plant y tiennent une large place. À la Heunière, Jean Deshayes dispose d’un enclos de plus de 2 ha, comme Jean Lesieur, dit Longchamp, à proximité du bourg. Mais Chastel frôle les 8 ha au Buisson. Et cette taille est largement dépassée par Barbou à Vitou (11 ha), Rogère, sieur des Londes, aux Perrés (14 ha), Berthelot des Thuileries (16 ha) et les Livarderie (18 ha à la cour des Douits).

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Les bois, bruyères et broussailles ne couvrent que 66 ha et un peu plus de 5 % du sol. Et ils reculent devant les défrichements, perdant une dizaine d’acres les dernières années. On peut noter la faiblesse des étendues boisées. Il est vrai que les habitants avaient pris l’habitude (ancienne) de les détruire, comme ce fut le cas pour ce qui allait devenir les bruyères de Crouttes.

65

Les labours occupent moins du tiers de la superficie de Vimoutiers. Ils ont gagné moins de deux hectares aux dépens des taillis et bruyères, alors qu’ils ont reculé de 44 ha au profit de l’herbe. Celle-ci domine donc largement et s’accroît au détriment des labours donc, mais aussi des taillis (6,7 ha). Le sainfoin, qui marque une évolution vers l’élevage, occupe une bonne douzaine d’hectares. Le registre terrier précise souvent que les transformations des labours vers le pré ou l’existence de sainfoin sont récentes, comme le suggère la mention « depuis peu ». Et le bail des dîmes de Crouttes de 1785 enjoint au preneur de « donner un état circonstancié et détaillé des terres couchées en herbage depuis 1709 » et il donnera « le même état des terres couchées en herbage pendant le présent bail » [80][80] Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 745.. Preuve, s’il en fallait encore, de la tendance engagée depuis le début du siècle en faveur de l’herbe, aux dépens des labours et donc de la dîme. En fait, « depuis peu », les surfaces en herbe se sont accrues de 11 %, sans compter le sainfoin, et plus de 13 % avec. L’évolution vers une écrasante domination de l’herbe et de l’élevage est donc bien entamée. Les prés se trouvent naturellement dans les fonds de vallées de la Vie et de ses affluents, la Fontaine et la Souze sur la rive droite, la Viette sur la rive gauche.

66

Tout autant que la répartition de la propriété, il est intéressant de connaître la taille des exploitations mais le terrier ne renseigne pas spécifiquement sur cet aspect. Que penser de ces enclos avec maison et bâtiment « à différents usages », auxquels sont adjointes une ou deux parcelles ne dépassant pas l’acre ? On peut sans doute affirmer que l’enclos de Bénard, au hameau de Vitou, avec ses deux acres dix perches (1,7 ha) en cinq parcelles, constitue une (minuscule) exploitation qui permet à son propriétaire de survivre. Delabigne, dit Courchamp, peut subvenir à ses besoins avec sa ferme (cour, cinq parcelles et près de 4 ha) au hameau de la Fauvetière. De même pour Pierre et Jacques Boudin, avec respectivement 8 et 7 acres (6,5 et 5,7 ha). Cette taille, supérieure à 5 acres, semble être le cas le plus fréquent. Le seul laboureur indiqué (il est aussi marchand) est dans cette situation, avec une maison, une maison-bâtiment, quatre parcelles et 6 acres. Les fermes des marchands sont nettement plus grandes, respectivement 14 et 19 acres pour Vivier, 9 et 25 acres pour Bazire. Les 76 acres de Barbou sont partagées entre trois fermes, semble-t-il. Dans ces conditions, les plus vastes mais encore bien petites, sont celles des écuyers : Le Venois de Millaubourg (35 acres dont 20 de bruyères), de Livarderie (39 acres), Dufour et Berthelot des Thuileries (41 acres chacun).

67

La destination des parcelles composant les exploitations varie considérablement d’un cas à l’autre et selon la position géographique dans la paroisse. Une des fermes de Bazire comprend ainsi une parcelle en labour, le reste étant en herbe (6 acres) ou cour. L’une de celles de Vivier, voisine de la précédente, se consacre entièrement à l’herbe (14 acres). Mais toutes deux se trouvent en vallée, au hameau de Vaucanu. L’autre exploitation de Vivier, aux Monceaux, se partage entre l’herbe (13 acres) et les labours (4 acres), les cours et jardins occupant le reste. La ferme se situe sur le versant droit de la vallée et s’étend vers la rivière. La seconde ferme de Bazire, au hameau de Cutesson, ne sacrifie à l’herbe que deux acres, tout le reste (sauf un taillis de trois acres et plusieurs acres de cour-jardin) étant en labour. Mais on est, cette fois, loin de la vallée.

68

La taille des parcelles est aussi variable que celle des enclos, allant d’une dizaine de perches (50 ares) aux 15,5 ha de l’herbage appartenant à Dufour et aux 20,8 ha de la parcelle en labour de Chastel au Buisson. Mais, le plus souvent, elles couvrent quelques vergées ou acres ainsi que l’indique le tableau qui suit pour les parcelles hors bourgeoisie :

Nombre de parcelles selon leur taille et lutilisation du sol
69

La première constatation qui s’impose est que la partie de la paroisse dépendant du bailliage d’Exmes (rive gauche de la Vie) comprend nettement moins de parcelles que celle de la rive droite (bailliage d’Orbec). Mais, surtout, la première zone fait jeu égal, quant au nombre de lots, entre l’herbe et le labour, alors que ce dernier l’emporte nettement dans le second cas. La deuxième remarque porte sur la taille des parcelles qui sont plutôt petites, la moitié faisant moins d’une acre, mais la grande n’est pas absente (24 font plus de 5 acres) et c’est la taille 1-2 acres qui domine les autres catégories. L’égalité entre le nombre des prés et des labours de la première zone se retrouve pratiquement en termes de grandeur (entre une acre et demie et deux acres), avec un très léger avantage pour les labours, les prés bénéficiant de la présence de quelques très grands herbages. Cette situation se répète dans la deuxième région et permet aux prés d’être, en moyenne, nettement plus grands que les labours (près d’une acre et demie contre un peu moins d’une acre).

70

En dehors des faits caractérisant la seigneurie et qui ne sont pas bien nouveaux, de même que l’allongement des baux, les Archives départementales de Seine-Maritime renseignent sur la propriété et l’utilisation du sol dans le sud du pays d’Auge, à proximité immédiate de Camembert dont Vimoutiers est limitrophe. On peut constater la petitesse d’une propriété largement distribuée entre les habitants qui ne se laissent pas dominer par les horsains, les urbains ou les privilégiés que sont la noblesse et le clergé. Les paysans possèdent peut-être 45 % des terres, ce qui – si cela était confirmé par une analyse des vingtièmes fonciers, par exemple – serait plus important que dans beaucoup d’autres régions de France où la paysannerie se situait généralement entre 35 et 40 % du sol. Mais on est loin de villes importantes et la région ne compte ni abbaye ni siège d’évêché avec son chapitre, pas plus que ne sont présentes de grandes familles aristocratiques. L’utilisation du sol sacrifie naturellement aux labours mais l’herbe occupe la première place et augmente fortement sa part, contribuant au renforcement d’une économie agricole reposant de plus en plus sur l’élevage intensif de bovins, ce qui constitue une forme de révolution agricole.


Annexe

Calendrier des preneurs, de la durée et du montant du bail de la baronnie de Vimoutiers [81][81] Non compris le sol pour livre.


Calendrier des preneurs, de la durée et du montant du bail du prieuré de Crouttes

71

Le loyer est de 50 livres en 1476 et 120 à la fin du xve siècle.


Carte de Vimoutiers et de ses environs, avec les lieux-dits (d’après la carte au 1/25 000, avec les limites communales actuelles)

Notes

[*]

Professeur émérite d’histoire moderne à l’université de Rouen.

[1]

3 367 habitants en 1807.

[2]

A. Pernelle, Histoire de Vimoutiers, Vimoutiers, Impr. Cartois, 1903.

[3]

Dép. du Calvados, cant. de Vimoutiers, à quelques kilomètres à l’ouest de Vimoutiers.

[4]

Meulles, actuel département du Calvados, cant. d’Orbec, 12 kilomètres au nord-est de Vimoutiers.

[5]

Dép. du Calvados, cant. de Trun, à quelques kilomètres au sud-est de Trun, lui-même à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Vimoutiers.

[6]

Dép. de l’Orne, cant. de Bellême, à quelques kilomètres au sud-est de Bellême.

[7]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1286 à 1428.

[8]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 740 à 759.

[9]

Registres des tenanciers avec leurs propriétés et leurs redevances, ils ressemblent aux terriers.

[10]

Mouture.

[11]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1286.

[12]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1299.

[13]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1424.

[14]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 755.

[15]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 745.

[16]

Jean-Marc Moriceau et Roger Calmès, « Autour de Camembert, de l’an mil à l’an 2000 », Enquêtes rurales, no 6, Caen, Presses universitaires de Caen, 1999, p. 7.

[17]

Considérée comme l’inventrice du camembert, Marie Fontaine, épouse Harel, est née à Crouttes en 1761 et décédée en 1844 à Vimoutiers où elle a sa statue.

[18]

Cf. la carte de Vimoutiers, annexe 3.

[19]

Partie de la seigneurie dont l’« aîné » doit rassembler les redevances.

[20]

Partie de la seigneurie ne dépendant pas d’une aînesse.

[21]

Personne à qui le roi, qui peut le racheter, a délaissé un domaine en échange d’argent.

[22]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1297.

[23]

Réunions des vassaux.

[24]

La Vie sépare la baronnie entre les bailliages d’Exmes, rive gauche, et d’Argentan, rive droite.

[25]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1297bis. L’échiquier est une cour de justice.

[26]

Dîmes portant sur les terres nouvellement défrichées.

[27]

Le domaine fieffé, sur lequel le seigneur exerce son droit de propriété éminente, ne lui appartient pas en propre, contrairement au domaine non fieffé.

[28]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1292.

[29]

Tout ce qu’un locataire s’engage à fournir en plus du prix du bail.

[30]

1 acre = 4 vergées = 160 perches. Une acre vaut 81 ares, une vergée un peu plus de 20 ares et une perche 51 m2. Un arpent = 100 perches, soit 51 ares.

[31]

Importante foire qui se tenait en août aux portes de Falaise.

[32]

Pont sur la Vie, au sud de Vimoutiers.

[33]

Magistrat qui juge des délits concernant les bois.

[34]

Argentan en fait.

[35]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1290.

[36]

Ou féodiste, agent seigneurial qui rédige les terriers et recherche les droits perdus.

[37]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1290.

[38]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1309.

[39]

Le vicomtage est une rente annuelle.

[40]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1291.

[41]

Personnes qui représentent l’ancien propriétaire dont ils sont les héritiers, les acquéreurs…

[42]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1299.

[43]

En fait Le Bosc-Renoult, près du Sap, dans l’Orne, à une dizaine de kilomètres à l’est de Vimoutiers.

[44]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1296.

[45]

Annexe 1.

[46]

Ce qui correspond pratiquement à la même surface, l’acre valant 8 170 m2 et l’arpent 5 100 m2.

[47]

Ancienne paroisse, rattachée maintenant à Écorches, située à quelques kilomètres au sud-est de Vimoutiers.

[48]

Dons faits aux établissements religieux.

[49]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 743.

[50]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 748.

[51]

Sous-louer.

[52]

Taxe levée par le roi sur le clergé.

[53]

Trou maçonné dans lequel descend le contrepoids et, par extension, le contrepoids lui-même.

[54]

Roue.

[55]

Paille longue de seigle qui sert à couvrir les maisons.

[56]

Maçonnerie grossière.

[57]

Balances.

[58]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 756.

[59]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 755.

[60]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 754.

[61]

Soit environ 225 ha.

[62]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 755.

[63]

30 novembre.

[64]

2 octobre, à l’époque.

[65]

29 septembre.

[66]

2 février.

[67]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 745.

[68]

Cf. supra, le bail de 1782.

[69]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 748.

[70]

Annexe 2.

[71]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1424.

[72]

Correspondant sans doute aux bâtiments d’une ferme.

[73]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1290.

[74]

Fabricants de ros, peignes à tisser.

[75]

Travaille le lin.

[76]

Il s’agit ici de l’Église comme institution et non d’un bâtiment ou de membres du clergé.

[77]

Ce couvent a été fondé en 1651 et se consacre à l’enseignement des jeunes filles.

[78]

Seigneur partiel de la paroisse voisine de Lisores, il partit avec son père en 1765 à la chasse de la bête du Gévaudan. Il fut le premier maire de Vimoutiers en 1790.

[79]

Labour et plant, herbe et plant indiquent la présence d’arbres, sans doute des pommiers, dans les champs ou les prés. Mais le mot de verger n’est pas utilisé.

[80]

Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 745.

[81]

Non compris le sol pour livre.

Résumé

Français

L’abbaye haut-normande de Jumièges est baronne de Vimoutiers et possède le prieuré de Crouttes, dans le sud du pays d’Auge. Elle y exerce ses droits seigneuriaux jusqu’à la Révolution. Les dizaines de liasses de documents déposés aux Archives de Seine-Maritime permettent de décrire précisément ces seigneuries : domaine fieffé et non fieffé, aveux, redevances, baux des receveurs, amendes, propriété, taille des parcelles et des exploitations, utilisation du sol... Si les faits caractérisant la seigneurie ne sont pas nouveaux, l’intérêt de l’étude réside sans doute dans l’analyse de la propriété, de sa répartition sociale, et de l’utilisation du sol où l’herbe ne cesse de gagner du terrain et domine nettement les labours, favorisant le développement de l’élevage bovin au pays de Camembert.

Mots-clés

  • Abbaye de Jumièges
  • Vimoutiers
  • Crouttes
  • seigneurie
  • droits seigneuriaux
  • terrier
  • propriété
  • taille des parcelles
  • utilisation du sol
  • herbe

English

The Abbot of Jumièges, lord of CamembertThe Norman abbey of Jumièges owned the barony of Vimoutiers and the priory of Crouttes in the south of the pays d’Auge where it exercised manorial rights until the Revolution. Documents in the Seine-Maritime Archives give an exact description of these rights concerning all aspects of manor : ceded lands, demesne, censuses, dues owed, leases of tax collectors, fines, sizes of holdings, soil use... Little new light is shed on the nature of manorial administration but this study does illuminate the social distribution of property, soil use where pastures become increasingly important and dominate tillage, favouring dairy farming in the Camembert region.

Keywords

  • Jumièges Abbey
  • Vimoutiers
  • Crouttes
  • Manor
  • manorial rights
  • registry of deeds
  • property
  • size of holdings
  • land use
  • pasture

Plan de l'article

  1. Les seigneuries de l’abbaye de Jumièges
    1. La baronnie de Vimoutiers
    2. Le prieuré de Crouttes
    3. Le fief Dubosc à Saint-Pierre-de-Meulles
  2. Propriété et utilisation du sol dans la paroisse de Vimoutiers
    1. Les habitants de Vimoutiers et leurs activités
    2. Propriétaires et propriétés
    3. L’utilisation du sol

Pour citer cet article

Bodinier Bernard, « L'abbaye haut-normande de Jumièges, seigneur au pays de Camembert », Annales de Normandie, 2/2013 (63e année), p. 91-114.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2013-2-page-91.htm
DOI : 10.3917/annor.632.0091


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