Accueil Revues Revue Numéro Article

Annales de Normandie

2014/1 (64e année)


ALERTES EMAIL - REVUE Annales de Normandie

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Pages 5 - 12 Article suivant
1

« Nous ne disons plus aujourd’hui, d’un homme qui ne craint rien, que c’est un vrai “Richard sans Peur” [mais] on l’a dit longtemps, du moins en plaisantant » [1][1] N. Cazauran, « Richard sans Peur : un personnage en.... C’est par cette allusion à un Richard sans Peur proverbial que Nicole Cazauran ouvre sa belle étude sur Richard, un personnage dont elle dévoile le double visage, à la fois historique et légendaire.

2

Issu de l’histoire normande, Richard sans Peur est identifié à Richard Ier, troisième duc de Normandie, qui régna sur le duché de 942 à 996. Petit-fils de Rollon et fils de Guillaume Longue Épée, il apparaît dans les chroniques consacrées à l’histoire des Normands. La plus ancienne est celle du chanoine Dudon de Saint-Quentin qui rédige en latin, au tout début du xie siècle, le De moribus et actis primorum Normanniae ducum (Des mœurs et des actions des premiers ducs de Normandie)[2][2] Dudon de Saint-Quentin, De moribus et actis primorum... : Richard Ier, sans doute commanditaire de l’œuvre, y occupe une place privilégiée. Le texte de Dudon constitue la source principale de nos connaissances sur Richard, avec la chronique latine de Guillaume de Jumièges, les Gesta Normannorum Ducum[3][3] Nous utilisons l’édition d’E. van Houts, Gesta Normannorum..., achevée peu après 1072. Ce sont du reste ces deux auteurs, Dudon de Saint-Quentin et Guillaume de Jumièges, qui fournissent la matière de leurs récits à Wace et Benoît de Sainte-Maure lorsque, entre 1160 et 1175, ceux-ci mettent à leur tour en scène Richard Ier, respectivement dans le Roman de Rou et dans la Chronique des ducs de Normandie[4][4] Wace, Le Roman de Rou, A. J. Holden (éd.), Paris, A..... Toutes ces histoires médiévales déroulent les principales étapes de la vie et du règne de Richard Ier : sa naissance à Fécamp, son éducation, les années troubles de la minorité, les relations complexes avec Louis d’Outremer et Hugues le Grand, le conflit avec le vicomte de Tours Thibaud le Tricheur, enfin la pacification du duché.

3

Ancrée dans la réalité du passé normand, l’écriture des chroniques va glisser très vite dans la sphère de l’imaginaire, en particulier avec Wace et Benoît de Sainte-Maure, qui rapportent plusieurs anecdotes légendaires attachées à Richard Ier, puis au xive et xve siècles avec la Grande Chronique de Normandie, qui enchérit sur le merveilleux. De fait, le prince normand semble avoir exercé sur l’imagination une telle influence qu’il va devenir, au fil du temps, le héros de nombreux récits empreints de merveilles maléfiques : « Richard sans Peur a ses origines dans l’histoire de la Normandie, dont il s’éloigne progressivement pour répondre au schéma d’un héros imaginaire calqué sur les contes folkloriques de l’homme qui recherche la peur » [5][5] E. Gaucher et G. Labory, « “Fictionalisation de l’histoire”.... Le personnage va alors entrer dans la légende et se transformer en héros de romans d’aventures. Au tournant du Moyen Âge et de la Renaissance, dans l’édition du Roman de Richart[6][6] Richard sans Peur, edited from Le Romant de Richart..., rédigé en quatrains d’alexandrins par un auteur anonyme, il devient le fils de Robert le Diable et affronte une longue série d’épreuves toutes orchestrées par le démon, avant de « s’illustrer par des fondations pieuses et des exploits aux côtés de Charlemagne » [7][7] E. Gaucher, « Les “semblances” du diable dans Richard.... Les différentes adaptations et réécritures qui suivront, de la mise en prose du Roman de Richart au xvie siècle jusqu’aux versions de la Bibliothèque bleue, ne cesseront d’accentuer les brouillages temporels et généalogiques : Richard sans Peur rejoint le folklore et l’imaginaire au terme d’un long et subtil processus de « fictionalisation de l’histoire », selon la célèbre formule de Paul Ricœur.

4

Il n’est pas question de détailler ici les étapes et les enjeux du parcours historico-légendaire de Richard Ier ou Richard sans Peur : ils sont examinés avec soin dans les différentes contributions de ce volume. L’objectif, plus modeste, est de tracer, en guise d’introduction, un rapide portrait du duc de Normandie, en nous appuyant sur celui que propose Wace à l’ouverture de son Roman de Rou. Composé entre 1160 et 1174, le texte de Wace débute par la Chronique ascendante (que nous noterons CA), une pièce étrange de 315 alexandrins, qui remonte le temps depuis Henri II Plantagenêt jusqu’à Rollon, sous forme de généalogie inversée, en esquissant à chaque fois un rapide résumé de la vie des ducs.

5

Richard Ier s’y inscrit donc dans l’ordre (inverse) du lignage, comme le soulignent les vers qui encadrent sa présentation :

6
« Richart (II) fu fiz Richart donc je vous dirai ja,
bien le porra congnoistre qui l’estoire luira ;
c’est Richart li premiers qui Gonnor espousa
et qui fu fiz Esprote (Sprota) donc mainte gent parla ».
(CA, vers 235-238)
7

Le vers 283 conclut ensuite en précisant la filiation : « Richart li viex (c’est-à-dire Richard Ier) fu fiz Guillaume Longue Espee ». Entre ces deux formules généalogiques se dessine le portrait de Richard, un portrait essentiellement moral, mais dans lequel se glisse toutefois une notation physique qui n’est pas sans importance. Wace note au vers 266 : « Cheveleüre out bloie, mez a rousor troubla ». Héritée du père Guillaume Longue Épée, dont on nous dit qu’il avait « des cheveux blonds bouclés » (« cheveleüre bloie auques rechercelee » vers 295), cette chevelure blonde teintée de roux signe l’appartenance de Richard à la race des Vikings, souvent dotés de tignasses blondes ou rouges ! Du reste, Richard restera proche de ses ancêtres scandinaves, dont il apprendra, enfant, la langue à Bayeux et qu’il n’hésitera pas à appeler en renfort pour lutter contre ses ennemis. On peut cependant s’interroger sur la connotation négative associée au « roux », indice de trahison, et ce d’autant plus que Wace utilise l’adversatif « mais » : « il avait une chevelure blonde, mais teintée de roux ». Est-ce un signe de l’ambivalence de Richard, à la fois vaillant vassal, digne de toutes les louanges, et baron révolté contre son seigneur le roi de France ? Les poètes épiques, qui ont enrôlé le personnage sous des noms multiples, « Richard de Normandie », « Richard le Normant », « Richard le Vieux », « Richard le Roux » [8][8] Voir La Chanson de Roland, dans laquelle Richard est... l’ont certainement interprété ainsi. Quoi qu’il en soit, c’est le seul détail physique retenu par Wace, qui ne reprend pas ici les quelques éléments fournis par le texte-source. Dudon de Saint Quentin précisait : « remarquable par ses sourcils et l’éclat de son regard, possédant un nez et des joues superbes, une longue barbe blanche, il était d’une taille élevée… » [9][9] Dudon, De moribus, chap. 126, p. 292 de l’édition citée :... ; nous avons là un portrait symbolique, qui fait écho à la grandiose et rayonnante image de Moïse, et dont le principal objectif est d’assimiler Richard aux figures bibliques. Le chanoine de Saint-Quentin décerne en effet au duc de Normandie un véritable brevet de sainteté en le décrivant comme un exceptionnel homme de paix, doué d’un sens aigu des valeurs chrétiennes. Dans le De moribus, l’accent est mis sur l’œuvre religieuse du duc qui rétablit la hiérarchie ecclésiastique et renforce ce faisant la puissance de l’Église.

8

Si Wace renonce au style hagiographique de sa source, il ne manque pourtant pas de souligner à son tour la fonction sacrée du duc. Plusieurs mentions des saintes actions de Richard émaillent la Chronique ascendante, comme ces vers qui évoquent la restauration des églises et la construction de la collégiale de Fécamp, véritable réalisation terrestre de la Domus Dei[10][10] Sur ce point, voir P. Bouet, « Dudon de Saint-Quentin... :

9
« Saint Oiem de Roem, ou il moult repaira,
et le Mont Saint Michiel richement estora
et Saint Vandrille en Cauz de ses terres fieufa ;
le moustier de Fescamp fist fere et compassa,
clers y mist pour servir, rentes y aseia […] ».
(CA, vers 245-249)
10

ou encore les vers 279 et 280 :

11
« Primes mist a Fescamp ordre chaignonial,
Mez ses fiz y fist puiz metre ordre monnial »
12

avec une allusion à la communauté de chanoines installée par Richard Ier à Fécamp et remplacée, sous le règne de Richard II, par les moines de Guillaume Volpiano. Modèle de vertu chrétienne, Richard est également loué pour sa vaillance au combat :

13
« Richart fu prouz a pié et prouz a cheval,
mainte bataille fist et maint estour champal,
fier estoit et hardi en estour communal
comme sengler cachiez quant a donné estal ;
[…]
en toute la lignie n’out un meillor vassal ».
(CA, vers 273 sq.)
14

La comparaison avec le farouche sanglier vise à renforcer la stature guerrière du duc qui s’illustre dans de nombreux combats et sait résister à ses terribles ennemis de France. Finalement, Richard Ier semble bien réunir en lui les trois fonctions nécessaires à l’exercice de la souveraineté, selon l’idéologie indo-européenne, à savoir l’autorité religieuse, la prouesse guerrière et la fécondité. Pour illustrer cette dernière fonction, rappelons simplement qu’il ne laissa pas le royaume sans héritier puisqu’on lui attribue huit enfants légitimes et de nombreux bâtards…

15

Il faut enfin évoquer, pour terminer, un élément essentiel du portrait tracé par Wace dans sa préface, celui de l’homme sans peur, mentionné dès les premiers vers :

16
« Cil n’out onques poour ne ne s’en porpensa ;
mainte merveille vit, maint fantosme trouva,
onques de nulle rienz son cuer ne s’ezfroia,
par nuit autresi tost comme par jour erra » [11][11] Ces vers seront repris à l’identique dans la partie....
(CA, vers 239-242)
17

Les mots « merveille » et « fantosme » signalent l’entrée en fiction d’un Richard noctambule (« par nuit erra »), qui ne connut jamais la peur (« onques n’out poour », « onques son cuer ne s’ezfroia »). Et comme pour mieux imposer l’image fabuleuse de ce Richard sans Peur, Wace prend le temps, dans cet espace resserré de la préface, de raconter une anecdote qui occupe une quinzaine de vers sur les 50 consacrés au duc. Il s’agit de l’aventure du « diable dans l’église » ou du « diable dans le cadavre ». Entré de nuit dans une chapelle pour prier, Richard doit affronter un mort qui reprend vie : il l’abat d’un coup d’épée et, nullement effrayé, ressort de la chapelle avant d’y retourner pour récupérer ses gants oubliés sur l’autel. Relisons ces vers dans la Chronique ascendante :

18
« Par nuit vint au moustier, ourer vout, enz entra,
li cors iert en la biere, li quens outre passa,
devant l’autel s’en vint ; endementiers qu’il ora
le cors bras estendit, en estant se drescha.
Quant li dus out ouré et il se regarda,
vit le cors grant et gros, deables ressembla,
et Richart trait l’espee si essaie si parla,
un coup li a donné et le cors tresbuscha,
donc issi du moustier, en palefroi monta ;
la gent fist assembler, l’aventure montra,
puiz fist le cors garder et bani et rouva
que cors soul ne remainge par nuit se gent n’i a » [12][12] « De nuit, il arriva à l’église et comme il voulait....
(CA, vers 254-265)
19

Même si le prétexte est d’expliquer pourquoi Richard Ier instaura l’obligation de veiller les morts dans son duché afin d’éviter que le démon ne prenne possession des cadavres, l’intention du chroniqueur n’est pas historique, mais à coup sûr fictionnelle. En témoignent les effets de mise en scène et le surgissement du diable (« vit le cors grant et gros, deables ressembla ») dans ce canevas narratif promis à un riche avenir. Nous avons bien là un prélude aux diaboliques aventures de Richard, que les textes postérieurs ne cesseront de développer, au fil des réécritures. Dès les origines, la légende de Richard sans Peur est bel et bien prise aux pièges du démon et du merveilleux satanique…

20

*

21

Le présent recueil d’études, issu d’un colloque interdisciplinaire, s’articule autour de deux axes : dans la première partie sont abordées les questions touchant à l’ancrage géographique et historique du règne de Richard Ier, tandis que la seconde partie rassemble les réflexions littéraires et codicologiques que suscite la légende du duc de Normandie, dans l’examen de ses états successifs.

22

L’historiographie normande, dès ses débuts, laisse apparaître une grande diversité de points de vue dans les témoignages qu’elle nous livre sur la vie de Richard Ier. Dudon de Saint-Quentin recourt aux registres du panégyrique et de l’hagiographie pour souligner l’exemplarité chrétienne et la légitimité du lignage de Rollon dans la fondation du duché : en comparant la version des faits du chanoine de Saint-Quentin à celle de Guillaume de Jumièges, dont le style évoque davantage la sécheresse des annales, Pierre Bouet souligne comment un éclairage focalisé sur les crises politiques permet à Dudon de peindre un portrait idéalisé du troisième duc de Normandie. Wace, quant à lui, insiste davantage sur le cadre spatial où se déploient les épisodes de la vie de Richard Ier : Stéphane Laîné relève les nombreuses occurrences toponymiques contenues dans le Roman de Rou pour en déceler les enjeux narratifs et les caractéristiques linguistiques. Benoît de Sainte-Maure, pour sa part, accorde une attention soutenue à l’intervention des Danois dans la politique du duché ; Huguette Legros montre que leur image, suscitant des jugements contrastés, permet à la fois de rappeler l’origine des ducs de Normandie et de souligner la supériorité des Normands au regard de leurs ancêtres païens : Richard Ier apparaît comme une figure emblématique de ces relations normanno-danoises. Puis l’héritage de cette historiographie latine et vernaculaire commence à subir quelques infléchissements : désacralisée, la représentation du duc Richard s’assortit d’anecdotes légendaires, tout particulièrement dans la Grande Chronique de Normandie (xive-xve siècles) étudiée par Gillette Labory : par la surenchère qu’il opère sur les miracles et diableries déjà évoqués chez Wace, ce texte entérine, dans l’image du héros aventureux, la régression du message politique et moral au profit d’une dimension plus récréative. L’esthétisation de la figure ducale se confirme à partir de 1493, date à laquelle le libraire parisien Antoine Vérard publie son édition des Grandes Chroniques de France : si les gravures en noir et blanc qu’il ajoute au texte ne permettent pas d’individualiser Richard, les interventions des enlumineurs sur quelques exemplaires destinés à des bibliophiles fortunés, et dont Danièle Sansy retrace le programme iconographique, donnent désormais un visage au prince normand. Enfin, au xviie siècle, Richard entre dans l’histoire monastique : dom Guillaume Le Hule, auteur d’une histoire de l’abbaye de Fécamp, rend hommage à son fondateur, qu’il présente comme une figure tutélaire, auréolée de sainteté : Jean-Guy Gouttebroze éclaire les différentes compétences, tant matérielles que spirituelles, dont le sacristain gratifie le duc de Normandie, dans sa politique de soutien aux établissements ecclésiastiques.

23

Le second volet des études ici rassemblées concentre l’éclairage sur les représentations littéraires et légendaires de « Richard sans Peur ». Déjà, le relevé des formules véridictionnelles et l’examen des sources avancées par Wace amènent Jean Blacker à mettre en évidence les stratégies d’écriture qui tendent à légitimer, au xiie siècle, la place des anecdotes dans la biographie de Richard, au détriment des vérités historiques. De fait, le Roman de Rou puise dans un syncrétisme culturel dont Françoise Le Saux mesure la proportion scandinave : certaines des aventures rattachées à Richard, et notamment celles où interviennent les revenants, le monde de la nuit et des hallucinations, s’inscrivent en marge de l’histoire officielle et s’inspirent de récits islandais, de croyances nordiques, de modèles germaniques – autant de traits intégrés dans l’histoire normande par un processus d’acculturation et de fictionnalisation. Toutefois, comme le rappelle Françoise Laurent, ce style anecdotique, que l’on a pu qualifier de « petite histoire », participe encore de l’intention didactique qui sous-tend les panégyriques des grands hommes, tout en jouant, par la parodie du merveilleux, avec les goûts et les attentes d’un public amateur de romans ; l’étrangeté fantastique n’en reste pas moins inquiétante, et pas toujours conciliable avec l’apologie d’un héros sans peur et sans reproche. Un autre élément peut alors servir à glorifier le duc et son duché : les emprunts à la littérature mariale ; c’est ce que montre Denis Hüe qui, à partir d’un miracle attribué par Wace à Richard, éclaire le rôle civilisateur d’un duc appelé à faire régner l’ordre chrétien. Toutes ces fictions, qu’elles soient issues du merveilleux païen ou du miraculeux chrétien, prennent peu à peu le pas sur l’historicité du personnage. Au début du xvie siècle, Richard est définitivement entré dans la sphère du roman. Dès lors, sa postérité littéraire, que retrace Élisabeth Gaucher-Rémond, repose sur un constant remaniement structurel et sémantique des aventures diaboliques qui forment la trame de son « histoire » : la mise en prose, puis les livrets de la Bibliothèque bleue et, au xviiie siècle, la version lettrée de Castilhon scandent un long processus de réécritures, adaptant le modèle aux attentes idéologiques et esthétiques des publics visés, jusqu’au rationalisme des Lumières et au travail de sape de l’ironie. Le succès remporté par la légende de Richard sans Peur se révèle aussi à l’examen de sa tradition éditoriale. Jean-Dominique Mellot, en dressant l’inventaire des éditions normandes parues entre la fin du xvie et la première moitié du xixe siècle, met en lumière la « logique » des imprimeurs-libraires exerçant sur le marché de la littérature chevaleresque et distingue, à partir des modifications de fond ou de forme repérables dans le récit, deux grandes familles textuelles de la légende. Celle-ci, toutefois, ne semble pas avoir connu de faveur particulière en Normandie : comme le prouve l’enquête nationale menée par Marie-Dominique Leclerc sur la Bibliothèque bleue et ses illustrations entre le xviie et le xixe siècle, le titre de Richard sans Peur fait recette partout en France, malgré les obstacles liés à la censure ou aux restrictions économiques et matérielles qui entravent parfois la production des livrets de colportage. Populaire ou lettré, le personnage littéraire de Richard sans Peur séduit divers publics, jusqu’aux derniers collectionneurs épris de vieux récits.

Notes

[*]

Université du Havre - GRIC, EA 4314, dmathey@club-internet.fr ; université de Nantes - L’AMo, EA 4276, elisabeth.gaucher@univ-nantes.fr

[1]

N. Cazauran, « Richard sans Peur : un personnage en quête d’auteur », Travaux de Littérature, IV, 1991, p. 21.

[2]

Dudon de Saint-Quentin, De moribus et actis primorum Normanniae ducum, J. Lair (éd.), Caen, F. Le Blanc-Hardel, 1865 (ci après Dudon, De moribus).

[3]

Nous utilisons l’édition d’E. van Houts, Gesta Normannorum Ducum of William of Jumièges, Orderic Vitalis and Robert of Torigni, Oxford, Clarendon Press, 1992-1995, 2 vol.

[4]

Wace, Le Roman de Rou, A. J. Holden (éd.), Paris, A. et J. Picard (Société des anciens textes français), 3 vol., 1970-1973 (nous noterons la référence au Roman de Rou : RRou). Benoît de Sainte-Maure, Chronique des ducs de Normandie, C. Fahlin (éd.), Uppsala, Bibliotheca Ekmaniana ; t. I, 1951 ; t. II, 1954 ; t. III : glossaire revu et complété par O. Södergaard, 1967 ; t. IV : notes par S. Sandqvist, Acta Universitatis Lundensis s. 1, 29, Stockholm, 1979 (nous noterons la référence à la Chronique des ducs de Normandie : CDN).

[5]

E. Gaucher et G. Labory, « “Fictionalisation de l’histoire” et “historicisation de la fiction” : le cas de Richard sans Peur », dans Histoire et roman, Bien dire et bien aprandre, 22, Lille, Centre d’études médiévales et dialectales de Lille 3, 2004, p. 44.

[6]

Richard sans Peur, edited from Le Romant de Richart and from Gilles Corrozet’s Richart sans Paour, D. J. Conlon (éd.), Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1977.

[7]

E. Gaucher, « Les “semblances” du diable dans Richard sans Peur », Le déguisement dans la littérature française du Moyen Âge, Revue des Langues Romanes, tome CXIV, 2010, n° 2, p. 392.

[8]

Voir La Chanson de Roland, dans laquelle Richard est un conseiller de Charlemagne (vers 3 050), le Charroi de Nîmes (vers 193). Sur ce sujet, on se reportera à l’article de Ph. E. Bennett, « The Reign of Duke Richard I in the Roman de Rou », dans G. S. Burgess et J. Weiss (dir.), Maistre Wace. A Celebration, Saint-Hélier, Société Jersiaise, 2006, p. 41-54.

[9]

Dudon, De moribus, chap. 126, p. 292 de l’édition citée : superciliis acieque oculorum coruscus, naribus malisque splendidus, barba canifera et prolixa honoratus, statura procerus…

[10]

Sur ce point, voir P. Bouet, « Dudon de Saint-Quentin – Construction de la nouvelle collégiale de Fécamp (990) », dans F. de Beaurepaire et J.-P. Chaline (dir.), La Normandie vers l’An Mil, Rouen, Société de l’Histoire de Normandie, 2000, p. 123-129.

[11]

Ces vers seront repris à l’identique dans la partie en octosyllabes : « unkes de rien nen out poür / maint fantosme vit et trova / unques de rien ne s’esfreia », Roman de Rou, Troisième Partie, vers 276-278.

[12]

« De nuit, il arriva à l’église et comme il voulait prier, il entra ; le corps se trouvait dans le cercueil, le comte le dépassa et s’approcha de l’autel. Pendant qu’il priait, le corps étendit les bras et se redressa. Après avoir prié, le duc regarda autour de lui : il vit le corps grand et gros, qui ressemblait à un diable. Richard tira son épée, menaça le corps et lui donna un coup qui le fit tomber ; il sortit alors de l’église et remonta sur son palefroi. Il fit rassembler ses gens, leur révéla l’aventure, puis il fit garder le corps ; il proclama et ordonna qu’aucun corps ne devait demeurer seul de nuit sans surveillance ».

Résumé

Français

Cette introduction esquisse un portrait du duc Richard Ier ou Richard sans Peur, en s’inspirant de celui que propose Wace à l’ouverture de son Roman de Rou, dans la Chronique ascendante. Elle présente ensuite les différentes contributions du recueil.

Mots-clés

  • Roman de Rou
  • Wace
  • Chronique ascendante
  • portrait de Richard Ier

English

Portrait of Duke Richard the First known as Richard the FearlessThis introduction draws a brief picture of Duke Richard (933-996) based on the writings of Robert Wace in the ascendant genealogy of his Roman du Rou. It also presents the different sources of this compendium.

Keywords

  • Roman de Rou
  • Robert Wace
  • Ascendant genealogy
  • Duke Richard the Fearless

Pour citer cet article

Mathey-Maille Laurence, Gaucher-Rémond Élisabeth, « Portrait du duc Richard Ier ou Richard sans Peur », Annales de Normandie, 1/2014 (64e année), p. 5-12.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2014-1-page-5.htm
DOI : 10.3917/annor.641.0005


Pages 5 - 12 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback