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Annales de Normandie

2016/1 (66e année)


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Philippe Charon, « Autour des Évreux-Navarre », avec un mémoire inédit Un roi vassal au xive siècle Charles II roi de Navarre, comte d’Évreux (1332-1387), compte rendu de la soutenance du dossier d’habilitation à diriger des recherches, 29 janvier 2016, Université de Caen Normandie

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Le jury était composé d’Eloïsa Ramirez Vaquero, professeur d’histoire médiévale à l’université de Navarre ; Olivier Mattéoni, professeur d’histoire médiévale à l’université de Paris-I ; Mathieu Arnoux, professeur d’histoire médiévale à l’université de Paris-VII-EHESS ; Olivier Guyotjeannin, professeur à l’École nationale des chartes ; Xavier Hélary, professeur d’histoire médiévale à l’université de Lyon III ; Véronique Gazeau, professeur d’histoire médiévale, à l’université de Caen Normandie ; Élisabeth Lalou (garante), professeur d’histoire médiévale, à l’université de Rouen, Normandie université.

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À l’invitation du jury, Philippe Charon prend la parole afin de présenter son dossier d’habilitation. Le dossier qu’il présente comprend trois volumes : une biographie de Charles II, un itinéraire de Charles II sous forme de cd-rom, et une édition de 122 actes. S’y ajoute un volume d’articles. M. Charon commence par retracer son itinéraire professionnel. Archiviste paléographe, il n’a jamais cessé ses activités de recherche malgré son métier de conservateur du patrimoine, dans lequel il s’investit beaucoup. Il dirige actuellement les Archives départementales de Loire-Atlantique. Il n’a jamais encadré de travaux universitaires mais des stages de l’Institut National du Patrimoine et a été responsable pédagogique d’une formation en archivistique. En outre, il a donné des cours de paléographie et quelques cours à l’université. Il revient sur le fait qu’il a découvert sa vocation très jeune, en venant aux archives dès douze ans pour des recherches généalogiques. Il rappelle aussi que la recherche est une affaire de patience et de rigueur. Concernant Charles II « le mauvais », il a souhaité reprendre le dossier à zéro. Il a pour cela effectué de nombreux dépouillements à la Bnf, aux Archives nationales de France, aux Archives de la Couronne d’Aragon, et aux Archives Royales et Générales de Navarre. Outre une biographie, le but de ses recherches consistait aussi à s’interroger sur un lignage, en fonction des grandes tendances historiques actuelles.

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Le jury évalue unanimement ce travail de recherche comme rigoureux et de qualité. Sur le fond, au-delà des qualités soulignées, quelques critiques en forme d’attentes ou d’échanges scientifiques ont été formulées.

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Élisabeth Lalou, garante, est la première à prendre la parole. Elle rappelle qu’une étude moderne concernant Charles II manquait aux historiens normands. Elle revient aussi sur le fait que malgré ses activités professionnelles, Philippe Charon n’a jamais abandonné ses recherches. Très enthousiaste, elle estime que c’est une biographie impressionnante, qui se lit d’un seul trait. Elle trouve le chapitre concernant la famille de Charles fort intéressant, notamment en ce qui concerne les relations entre Charles, son épouse et ses enfants. Elle s’intéresse aussi tout particulièrement à l’itinéraire de Charles ; une publication à part de cet itinéraire s’avérerait intéressante. Élisabeth Lalou se pose aussi la question sur la transmission des informations entre Normandie et Navarre : écrivait-il à sa famille, et comment se transmettaient ces messages ? Philippe Charon lui répond que Charles de Navarre envoyait régulièrement des messages à son frère et que les déplacements étaient rapides en Navarre. Il envoyait aussi des messages au gouverneur ou à ses lieutenants afin de gouverner à distance.

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Eloïsa Ramirez Vaquero félicite Philippe Charon pour ses capacités de recherche et sa constance, ainsi que pour son travail de prosopographie. Selon elle, le premier mérite de ce travail est de combler une lacune. Le chapitre cinq concernant la royauté l’a particulièrement intéressée. Elle ajoute que Charles est le premier roi qui s’est vraiment installé en Navarre et qui a de ce fait joué un rôle crucial dans cette royauté. Elle précise qu’il faut considérer que les actes de Charles II ne sont pas seulement les résultats d’une volonté d’imiter le roi de France ; il était déjà roi et avait beaucoup de charisme. Elle considère qu’il serait intéressant d’élargir la réflexion sur les serments. En outre, Madame Ramirez Vaquero a apprécié les cartes mais il faudrait les remettre dans le système moderne de cartographie ; la carte de la Navarre serait aussi à compléter et il faudrait y ajouter une cartographie de l’itinéraire de Charles en exploitant davantage certains éléments comme par exemple ses villes ou ses territoires préférés.

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Xavier Hélary a été frappé par l’attention particulière que Philippe Charon a portée à la documentation, conformément à la diplomatique pratiquée à l’École des chartes. Il pense que c’est un travail bien écrit et bien composé. Toutefois, quelques parties auraient pu être davantage développées, comme par exemple celle qui concerne la modification par Charles II du système du service militaire. Il ajoute qu’un point mériterait d’être discuté en ce qui concerne l’utilisation du terme « France » ; il adopterait plutôt l’expression « roi de France » ou « gouvernement royal ». Selon lui, il faudrait aussi traiter avec la même attention tous les événements. Certains faits manquent dans le mémoire ou sont simplement cités, comme la victoire remportée sur les Jacques, qui nécessiterait un traitement plus approfondi.

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Olivier Guyotjeannin a apprécié le style clair et fluide du mémoire qui se fait l’écho de courants historiques récents. Il estime cette étude et ses annexes de qualité ; toutefois, il aurait apprécié qu’elle soit mise en perspective avec d’autres études renouvelées comme par exemple celles de Stéphane Péquignot, Isabelle Lazzarini ou Pierre Chaplais. Le recueil d’articles l’a aussi beaucoup intéressé et démontre la bonne maîtrise des sources de Philippe Charon. Selon M. Guyojeannin, cette étude a l’avantage d’aborder des questions ou des angles d’attaque qui n’avaient pas été illustrés dans son doctorat, notamment par le biais du volume d’articles.

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Pour Olivier Mattéoni, cette étude est une biographie érudite qui s’appuie sur une vaste documentation et embrasse toutes les facettes de Charles II. Il aurait toutefois aimé que Philippe Charon argumente davantage sur certains sujets, notamment sur son choix de la biographie ; il aurait aussi apprécié que le mémoire s’articule différemment. Selon lui, les apports de cette étude sont nombreux, particulièrement à propos de ce qui touche aux institutions et aux relations entre Charles et le roi de France (par exemple sur la question bourguignonne, point de friction fort). M. Mattéoni s’interroge sur les pratiques diplomatiques : qui négocie, en quelle langue, etc. Il estime aussi que la construction d’un espace sacral aurait mérité un développement. D’après lui, un autre point fort de cette étude est l’attention que Philippe Charon a portée aux hommes. Il prend pour exemple le long article sur Louis de Navarre, qui montre son action au service des ambitions de son frère puis se cherche un destin propre.

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Mathieu Arnoux prend la parole. Il s’estime en marge du dossier par sa spécialité mais émet quelques suggestions : sur le plan économique et social, par la spécificité du duché de Normandie, aussi bien les élites que les habitants se sont trouvés face à des choix de rupture à plusieurs reprises. Cela pose la question de l’appartenance à un territoire et comment celle-ci se crée ou pas. M. Arnoux ajoute que les terres du comté d’Évreux étaient extrêmement riches ; on trouve l’expression de cette richesse dans les travaux qui ont pu être menés dans la cathédrale d’Évreux qui fut embellie à cette période. La Normandie était pour Charles II un véritable puits de ressources, et des rentes venaient remplir ses caisses. Il semble toutefois se cramponner à certaines terres pour en délaisser d’autres. Concernant l’espace régional, M. Arnoux a l’impression que la Normandie occidentale a longtemps été la plus fidèle à Charles.

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Véronique Gazeau prend la parole en dernier. Elle estime que cette étude est un ensemble magistral, impressionnant et qui reflète le goût de l’archive de Philippe Charon. À propos de la biographie, elle se demande pourquoi il n’a pas fait d’hypothèses sur la formation de Charles II. Nous pouvons supposer qu’il a été formé à des traités de politique et qu’il a été influencé, et entouré par sa mère. Elle insiste sur le fait que Charles a été très marqué psychologiquement par sa captivité de plus de un an et demi. D’après F. Autrand il aurait été torturé. Véronique Gazeau considère aussi qu’il faudrait creuser un peu plus « les hommes neufs » qui apparaissent dans l’entourage de Charles et qui ne figuraient pas dans celui de Jeanne de Navarre.

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Après quelques minutes de délibération, le jury confère à Philippe Charon, à l’unanimité, l’habilitation à diriger des recherches.

Titres recensés

  1. Philippe Charon, « Autour des Évreux-Navarre », avec un mémoire inédit Un roi vassal au xive siècle Charles II roi de Navarre, comte d’Évreux (1332-1387), compte rendu de la soutenance du dossier d’habilitation à diriger des recherches, 29 janvier 2016, Université de Caen Normandie

Pour citer cet article

Jouenne Tatiana, « Soutenance de dossier d’habilitation à diriger des recherches », Annales de Normandie, 1/2016 (66e année), p. 127-129.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2016-1-page-127.htm
DOI : 10.3917/annor.661.0127


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