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Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche

2005/1 (n° 1)

  • Pages : 98
  • DOI : 10.3917/acp.001.0003
  • Éditeur : ACP-PR

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Où en est l’Approche Centrée sur la Personne. , l’héritage de Carl Rogers, en ce début de XXIe siècle ? Qu’a-t-elle à apporter à la relation d’aide et aux professions de l’humain ? À notre monde en général ? Est-il illusoire de penser, avec Rogers, que nous connaissons un moyen d’améliorer nos relations avec nous-même et avec les autres ? Un moyen de participer à une construction active de notre environnement personnel et social ?

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Personne en définitive ne possède véritablement la réponse à ces questions. Sans prétendre à l’exhaustivité, il est cependant possible de relever certains éléments de réflexion. Un premier constat est sans doute que, presque vingt ans après la disparition de son fondateur, l’Approche Centrée sur la Personne reste bien vivante. Elle ne fait néanmoins pas l’objet d’une reconnaissance publique généralisée, et sa survie, sur le plan professionnel de la psychothérapie et de la relation d’aide, n’est pas garantie, sa notoriété et son attrait étant incontestablement moindres que ceux d’autres approches.

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Les raisons de ces états de fait sont sans doute multiples mais il semble que, souvent, l’Approche Centrée sur la Personne provoque une réelle attractivité, un grand intérêt en même temps qu’elle suscite doutes et scepticisme quant à ses effets, si ce n’est rejet sous prétexte d’une démarche trop simple pour pouvoir fonctionner, d’une conception naïve et irréaliste.

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Cependant bien des personnes l’appliquent dans leur pratique quotidienne. Elles parlent et témoignent de résultats comparables à ceux énoncés par Rogers, elles expérimentent le fait que cette approche permet un changement constructif tant sur le plan de la personne que de ses rapports à son entourage social. Ces témoignages émanent de différents métiers de l’humain : psychothérapie, enseignement, intervention et travail social, intervention au niveau d’une organisation, privée ou publique, management, pour en énumérer les principaux. Chacun d’entre eux décrit une parcelle de réalité, existante même si difficile à interpréter de manière adéquate tant les situations humaines sont complexes et composées d’une multitude d’éléments.

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Rejet et scepticisme, utilisation et témoignages du bien-fondé de ses principes, ces deux attitudes existaient déjà tout au long de la carrière de Carl Rogers et perdureront encore. Elles mettent en jeu des conceptions philosophiques différentes de l’être humain, qui se traduisent par des manières différentes d’aborder l’autre et la relation. Certains tentent des comparaisons, mesurent l’efficacité de ces deux conceptions. C’est le domaine de la recherche et des multiples questions qu’elle soulève, domaine présent très tôt dans la démarche de Carl Rogers et de ses proches collègues, qui ont eu à cœur de tester scientifiquement la pertinence de leurs découvertes et de leurs concepts.

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Un autre point essentiel et peut-être trop rarement exprimé doit être soulevé pour mieux saisir les réactions opposées que suscite l’Approche Centrée sur la Personne : il s’agit d’une démarche qui, historiquement, a d’abord consisté en une pratique de la relation d’aide, puis en une description conceptuelle de cette pratique et de ses caractéristiques. Si la critique théorique est toujours possible, elle est par conséquent incomplète si elle n’est pas doublée d’une pratique. La difficulté tient au fait que la pratique centrée sur la personne ne peut être valablement testée dans sa pertinence – ou sa non pertinence – sans être véritablement mise en œuvre. Il faut, dit Rogers, que certaines conditions définies soient présentes pour que les résultats décrits puissent exister. Le fait est que ces conditions ne peuvent se contenter d’une existence théorique ou d’une répétition d’un apprentissage théorique. Elles doivent être réellement présentes chez la personne qui les applique. Or cette application, et c’est là un des pièges de l’Approche Centrée sur la Personne, est d’une grande précision. C’est un « ou bien, ou bien ». Soit les conditions existent et alors nous sommes dans un cadre, une pratique centrée sur la personne. Soit ces conditions ne sont pas remplies – ou insuffisamment remplies, mais c’est là un autre débat – et nous ne sommes pas dans une relation centrée sur la personne.

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Ainsi, comme en font l’expérience tous ceux qui tendent à la pratiquer réellement, l’Approche Centrée sur la Personne est, derrière une apparente simplicité théorique, extrêmement rigoureuse. Elle requiert des conditions nommées et définies qu’il n’est absolument pas aisé de satisfaire. Ses attraits recouvrent une exigence peu mesurable et perceptible au premier abord.

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Peut-être est-ce là démarche illusoire, ou peut-être s’agit-il, tout au contraire, d’une conception en phase avec les réalités de notre monde actuel. Rarement en effet, de mémoire humaine, avons-nous eu un impact aussi grand sur notre environnement. Nous ne sommes plus majoritairement occupés, du moins dans les sociétés occidentales, par la lutte pour la survie. Nous consacrons du temps à d’autres choses qu’à assurer notre quotidien. Nous disposons d’une certaine liberté matérielle qui fait de nous des participants actifs de notre vie sociale et relationnelle. C’est un fait de civilisation somme toute récent qui nous demande de nous réinventer, de réinventer nos rapports sociaux et provoque de profonds bouleversements. Que savons-nous de ce qu’il en adviendra dans les décennies ou siècles à venir ?

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Carl Rogers avait acquis par expérience la conviction que chacun possède la capacité d’être ou de devenir constructif vis-à-vis de soi-même et de son environnement social. Nous aurions donc les moyens de construire un monde à visage humain et de créer des relations respectueuses avec nous-même comme avec les autres, et c’est à nous que revient le fait d’utiliser ou non ces moyens. L’Approche Centrée sur la Personne, quand elle est appliquée de manière correcte, favorise l’utilisation ou l’émergence de ces moyens. C’est une affirmation qui peut ou doit, pour reprendre une idée chère à son fondateur, être considérée comme une hypothèse, dont la validité demande à être testée sans cesse.

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Cette publication a pour but et comme raison d’être de participer à l’exploration de cette hypothèse, par la diffusion de témoignages écrits aboutis ou exploratoires, relevant de la pratique comme de la recherche.

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Nos remerciements vont à toutes celles et ceux, organismes ou personnes, qui ont contribué et contribueront à l’existence de cette revue, par leur travail, leurs idées, leur soutien logistique, leurs traductions, relectures ou transmissions d’articles, leurs souscriptions d’abonnements, et par-dessus tout leur précieux engagement.

Pour citer cet article

Randin Jean-Marc, Auzanne Colette, Bréhant Marie-Christine, Ducroux-Biass Françoise, Kremer Elisabeth, Pedevilla Sandra, Priels Jean-Marc, « Éditorial », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 1/2005 (n° 1), p. 3-5.

URL : http://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2005-1-page-3.htm
DOI : 10.3917/acp.001.0003


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