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Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche

2006/1 (n° 3)

  • Pages : 96
  • DOI : 10.3917/acp.003.0026
  • Éditeur : ACP-PR

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L’une des grandes expériences de ma vie consiste à observer l’ouverture, le déploiement d’un coquelicot.

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Je fais cela chaque année. Aujourd’hui, cela s’est passé pour la première fois au printemps. Il faut une heure ou deux.

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Ma femme m’a appelé alors qu’elle se trouvait sur la colline. J’ai couru pour ne pas manquer l’événement, mais je dus attendre vingt-neuf minutes.

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Le coquelicot se cache à l’intérieur d’un cône vert, son « bonnet ». Lorsque la fleur enfle, la boursouflure pousse le cône vers le haut. Le coquelicot est replié en spirale, le bonnet tourne légèrement sur lui-même comme pour se hisser doucement au sommet.

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Il ne semble pas faire une révolution complète. Pendant que le cône monte, à la base du coquelicot apparaît une couleur flamboyante, humide, fascinante et tendre. Vous avez envie d’en voir plus.

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Vers la fin, je suis vraiment tenté de « jouer au docteur », d’aider dans cette naissance. En fait, le coquelicot n’a pas besoin de moi. Il a sa propre force et son propre rythme. C’est seulement ma vanité, mon impatience qui me poussent à agir. Mais une sorte d’interdiction arrête le témoin : laisse cette chose se déployer !

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La manière est exquise : adaptation ou création ? La recherche sur des poussins nous indique que le petit a besoin de briser la coquille depuis l’intérieur pour gagner sa pleine force. Connaître la tentation, oui, mais pourquoi intervenir ? Qui en a besoin ? (Moi, mais pas tant que ça, j’ai déjà observé la scène des tas de fois.)

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Finalement le bonnet se détache ; le vent l’emporte et la fleur somptueuse s’ouvre sous mes yeux. Je ne sais pas si elle fait autre chose pour elle-même ou pour son monde à elle, mais pour moi elle fait acte de beauté.

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J’ai raconté l’événement à un petit garçon. Il voulait savoir comment la plante acquiert ses muscles. J’ai essayé de lui expliquer le transfert chimique (sodium/calcium ?) à travers la membrane. En vain.

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Quelqu’un sait-il ?

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Je me souviens de Tichener qui disait que l’empathie étire les muscles de son esprit… Il me semble que l’esprit n’a pas plus de muscles que la plante et que l’idée de muscle est une métaphore que l’on met sur le dos de la plante, de l’esprit, du moteur ou de n’importe quoi pour « expliquer », avec les mots de notre propre expérience physique, un autre phénomène qui a sa propre phénoménologie.

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Peut-être pensez-vous que je parle de psychothérapie, ou de quelque chose comme ça ?

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Non – juste d’un coquelicot.

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Allez voir.

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Traduction :   Françoise Ducroux-Biass

Pour citer cet article

Shlien John M., « Certificat de naissance », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 1/2006 (n° 3), p. 26-27.

URL : http://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2006-1-page-26.htm
DOI : 10.3917/acp.003.0026


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