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Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche

2008/1 (n° 7)

  • Pages : 98
  • DOI : 10.3917/acp.007.0028
  • Éditeur : ACP-PR

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« C’est ainsi que des êtres humains imparfaits peuvent être d’assistance thérapeutique pour d’autres êtres humains imparfaits. »

(Rogers, 1959)

Introduction

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Dans ce qui suit, je voudrais vous faire partager, moment après moment, les expériences que j’ai faites avec un jeune client lors d’une séance de thérapie non-directive centrée sur le client. Les commentaires que j’ai introduits tout au long de la transcription intégrale de la séance concernent la relation thérapeutique, la congruence du thérapeute, l’établissement de limites, l’organisation du temps et l’intention de non-directivité. En post-scriptum, la thérapie d’enfants dans le contexte de la théorie rogérienne (Rogers, 1951, 1957, 1959) est au cœur de la discussion ; le regard qui est porté sur le concept de congruence en tant qu’attitude thérapeutique fait ressortir la tension qui peut exister entre l’intention non-directive de l’acceptation du client par le thérapeute et la réalité du travail avec un enfant qui s’est intensément embarqué dans une thérapie dirigée par le client.

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La psychothérapie d’enfants peut être une expérience décourageante pour les thérapeutes débutants. Ils peuvent se sentir désemparés lorsqu’ils sont face à la réalité de la rencontre avec un jeune client qui n’a pas décidé de s’asseoir sur une chaise et de discuter des problèmes de sa vie avec un counselor. La thérapie centrée sur le client repose sur les attitudes thérapeutiques qui facilitent le bien-être et la croissance. À l’intérieur de son modèle de croissance holistique elle inclut aisément un certain modèle de travail avec des enfants (Axline, 1947 ; Dorfman, 1951 ; Ellingwood & Raskin, 1993 ; Landreth, 1991 ; Moon, 2001 ; Moustakas, 1997 ; Kaczkowski & Patterson, 1975 ; Patterson, 1979). La tendance actualisante de chaque être vivant – à savoir le « …flot du mouvement sous-jacent vers l’accomplissement de ses possibilités inhérentes » dont Rogers a fait l’hypothèse (Rogers, 1977) – est la prémisse de la confiance que le thérapeute-centré-sur-le-client peut avoir en son client et de la possibilité qu’il a de le suivre dans une attitude respectueuse de compréhension empathique et d’acceptation. Pour qu’il y ait thérapie, Rogers postule que sont nécessaires trois conditions attitudinelles [2][2] Ndt : néologisme créé par Augustin Berset (communication... : la congruence, le regard positif inconditionnel et la compréhension empathique (Rogers, 1957). Je crois fermement que si un thérapeute est vraiment présent et disponible (congruence) dans une relation, qu’il accepte le client (regard positif inconditionnel) et qu’il cherche attentivement à comprendre les communications, les expériences et les intentions du client, il y aura croissance. Mon but est d’accepter l’enfant tel qu’il se présente sur le moment, moment après moment.

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L’attitude thérapeutique sur laquelle je m’attarde particulièrement dans le post-scriptum est celle de la congruence. Ma congruence personnelle de travail est intrinsèquement liée à mon choix de faire corps avec une attitude non-directive dans mes relations avec mes clients. Comme le dit Barbara Temaner Brodley : « Ce qui fait que les thérapeutes centrés sur le client sont uniques c’est l’importance de leur engagement à aider leurs clients sans leur enlever de leur pouvoir, [without disempowering their clients] » (1997). Lorsqu’à la manière d’être d’un client j’impose spontanément ou consciemment mes limites personnelles, je fais l’expérience d’un combat intérieur.

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Ce qui suit est le compte rendu de ce qui m’a traversé l’esprit pendant une demi-heure de thérapie, enregistrée sur audiocassette, avec un petit garçon que j’appellerai Davey. À l’époque de cette séance, j’avais derrière moi presque cinq années de pratique avec des enfants et j’avais travaillé avec Davey pendant 18 mois environ. Cette rencontre fut truffée d’attitudes et de réponses de la thérapeute que j’étais qui sont discutables. Cependant je pense que ce fut une séance bénéfique pour Davey. C’est le mélange de mes erreurs, de mes doutes, de mes inquiétudes dans le contexte de ce que je crois avoir été une séance constructive qui fait, à mon avis, que cette transcription est intéressante. S’y trouvent également beaucoup des questions qui font surface dans une thérapie d’enfants (limites de temps, fin imposée du temps de jeu, retards d’arrivée ou de départ (« collecte » parentale), relations avec les parents, problèmes de salle d’attente, limites relatives à une activité ludique dans un espace administratif, absence de contrôle de l’enfant sur ce qui l’entoure). Mes sentiments et mes pensées pendant cette séance disent un peu de la tension que j’ai ressentie entre mon désir de faire corps avec l’attitude d’acceptation non-directive du client et mon besoin de mettre des limites aux activités de l’enfant.

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Ces commentaires sont un peu comme une confession de ma part. Les circonstances mouvementées qui peuvent se présenter au cours de toute séance avec un jeune et vif garçon requièrent de la part du thérapeute des réactions évaluatives instantanées. Un thérapeute peut douter de lui. Il se peut qu’à certains moments le lecteur trouve mon autocritique trop sévère. Toutefois, je crois que l’auto examen par le thérapeute de ses attitudes et intentions est vital au développement de la manière responsable d’être thérapeutiquement présent avec ses clients. Suzan Pildes suggère que « l’autocritique est le feu qui forge le thérapeute » (communication personnelle, 15 septembre 2002) et Jerold Bozarth écrit que:

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« La condition de congruence facilitatrice dans la thérapie centrée sur la personne implique une exploration constante par le thérapeute de sa subjectivité et la correction de la ‹faillibilité› qui en découle ».

(2000)
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En écrivant ces commentaires j’ai le sentiment d’avoir élargi mon acceptation de moi-même en tant que thérapeute et préparé la voie sur laquelle je vais continuer à devenir une présence thérapeutique plus fiable. D’une certaine manière, je pense qu’il est nécessaire que chaque thérapeute d’enfants réinvente la roue et apprenne de ses propres erreurs. Néanmoins, j’espère que d’avoir mis au jour mes dilemmes, même s’ils ne sont pas tous résolus de manière satisfaisante, et de les avoir offerts à la lecture d’autres psychothérapeutes, permettra à d’autres de marcher sur des chemins tant soit peu plus faciles.

Le client

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Mes séances avec Davey ont été extrêmement satisfaisantes pour moi, même si parfois je me suis laissé prendre la tête avec des questions et des doutes concernant mon travail avec lui. Il venait de chez un autre thérapeute. Le degré et l’étiologie de ses handicaps physiques n’étaient pas clairs et ne le sont toujours pas. Il arrive toujours en retard et, de ce fait, les séances sont toujours écourtées. Je le vois immédiatement avant ou après son frère, sans avoir le temps de récupérer entre les deux. Davey utilise le temps de la thérapie d’une manière physiquement et verbalement intense. Il fonce dans le bureau et avant que je n’aie le temps de fermer la porte il se précipite sur le téléphone, farfouille dans mon sac ou fait des éclaboussures avec l’eau du lavabo. Aussi forte que soit devenue mon affection pour Davey, je ne peux envisager sans quelque appréhension l’implacabilité de la fatigue et de la physicalité que représente le mitraillage des séances consécutives avec les deux frères.

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À l’époque de cette séance Davey avait huit ans. Tout petit, un diagnostic d’incapacité de développement avait été posé à son sujet ; un peu plus tard, à la suite d’un bain, il fut hospitalisé pour une blessure sévère, extrêmement douloureuse.

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La salle de thérapie, qui est assez grande, a été conçue aussi bien pour des thérapies d’enfants que pour des thérapies d’adultes. Une moquette y a été posée jusque dans le placard, sous le lavabo. Au cours de cette séance Davey et moi-même avons plusieurs fois arpenté la pièce de long en large. Avec certains enfants je reste généralement assise tandis que l’enfant bouge dans la pièce. Avec Davey, lorsqu’il était plus jeune, je restais près de lui car il me semblait qu’il allait constamment trébucher, renverser de l’eau, faire des éclaboussures et me demander des tas de choses. Notre proximité physique devint quelque chose qu’apparemment il appréciait et qu’il apprécie encore. Le temps passant, Davey a grandi et s’est développé physiquement. Il porte des lunettes. En conséquence, à l’époque de cette séance, sa coordination physique et sa vue s’étaient grandement améliorées. Il était rare qu’il trébuchât. Je m’étais petit à petit habituée à le laisser aller seul jouer avec l’eau du lavabo ou encore avec le téléphone que je débranchais pendant les séances. Pourtant, lorsque je m’écartais pour lui faire de la place, il me demandait fréquemment de revenir près de lui.

La séance

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Les 25 minutes de cette séance sont typiques de la durée des séances avec Davey. Chaque commentaire que je fais dans la transcription est marqué d’un point d’interrogation. Il est vrai de dire que la plupart de mes remarques de thérapeute ont été faites sur un ton d’ouverture exprimant mon désir de vérifier autant que faire se peut la compréhension que j’avais de lui ; la bande enregistrée ne renvoie pas vraiment le ton interrogatif des questions. Je me suis retrouvée dans un mode de réponse presque séquence par séquence avec Davey. Ce n’est pas intentionnel et ce n’est vraiment pas représentatif de ma manière de travailler avec d’autres clients, enfants ou adultes, ou encore de leur répondre. J’ai pu voir que Davey aime ce genre de suivi verbal rapproché et d’ailleurs lorsque je me laisse aller, il me dit : « Dis-le ». En termes relationnels ce « Dis-le » est bien loin de la manière dont Davey me parlait il y a longtemps, lors de notre première séance, lorsque s’adressant au mur (mais je crois que les mots m’étaient destinés) il dit : « Ferme ta gueule ». Au moment de la séance rapportée ci-dessous, avec l’expérience de mes nombreuses rencontres précédentes avec Davey, je suis presque certaine qu’il ne s’est pas adressé à moi lorsqu’il commença en disant : « Pétasse ». En fait, il s’était déjà engouffré dans la séance de thérapie, avec « le style Davey » qui lui est bien personnel et il avait commencé son théâtral dialogue.

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Ce qui suit est la transcription de toute la séance à partir de l’audiocassette. Je l’ai parsemée de commentaires sur mes réflexions telles que je me les rappelais quelques jours après la session et dans la mesure où, de manière générale, elles ont trait à mon travail avec Davey et d’autres enfants.

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C1 : Pétasse.

T1 : Oui ?

C2 : J’vais la tuer ç’te pétasse. Ç’te pétasse.

T2 : Cette pétasse ?

C3 : Oui, ç’te pétasse. Ç’fils d’pute.

T3 : Fils de pute.

C4 : Ouais.

T4 : T’es… À qui est-ce que tu en as, ce fils de pute ? Tu veux dire qu’ils ont fait quelque chose que tu n’aimais pas ?

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Cette question, venant de moi, était quelque peu naïve. Elle illustre cette préoccupation permanente qui me fait croire qu’un autre thérapeute pourrait débuter un échange verbal thérapeutique avec plus de succès. Davey, comme beaucoup d’autres enfants, ne choisit pas de faire le lien entre le matériau propre à la séance et les activités de la vie réelle. Au fil de longs mois, il s’est développé au niveau interpersonnel et, aujourd’hui, il est plus capable de parler spontanément de la prochaine sortie d’école ou de la nouvelle voiture familiale. Mais lorsqu’il le fait, c’est habituellement sans lien avec les mots et les comportements grossiers et plus déterminés qui sont les siens en séances de thérapie. Ma question fut peut-être motivée par la prise de conscience que j’étais enregistrée, timide espoir qu’en étant enregistré le travail puisse paraître plus pertinent ou significatif, ou simplement paraître exister, qu’il ne l’aurait fait autrement. En termes de théorie centrée sur le client, il n’est pas nécessaire que j’interprète les expressions de Davey pas plus qu’il n’est nécessaire que Davey parle de ses problèmes pour grandir et devenir davantage capable de gérer ce qui empoisonne son existence. Selon la théorie, une relation dans laquelle le client se perçoit comme étant empathiquement reconnu et reçu est en soi catalytique d’une croissance personnelle. En cet instant précis où j’ai essayé de rattacher la formulation de Davey à la réalité de son monde réel, j’étais momentanément en dehors de la théorie centrée sur le client. Davey a énormément souffert pendant sa jeune vie et, de temps en temps, je suis inquiète : je me demande parfois si, au lieu de rejouer un traumatisme passé, sa pièce de théâtre si douloureuse n’est pas la description d’un mauvais traitement qu’il s’inflige à lui-même sur le moment. Ces inquiétudes peuvent me distraire et m’induire à douter momentanément de mon approche thérapeutique. Je me demande : « Est-ce que j’en fais assez pour ce client ? »

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C5 : Ouais, fils d’pute.

T5 : Fils de pute.

C6 : Où-ce qu’il est passé ç’fils d’pute ?

T6 : Ce fils de pute, est-il là dans cette caisse ?

C7 : Ouais.

T7 : Celui que tu cherches ? (Davey attrape un baby-doll au teint clair et se dirige vers le lavabo.) Je ferais bien d’enlever mon manteau de là. Tu vas le tuer ce fils de pute. (Après coup, je pense que je suis en train de répondre à ce que Davey disait en C2.)

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Depuis qu’à chaque séance, Davey joue avec l’eau, c’est devenu un rituel pour moi que d’enlever ma jaquette pendue au portemanteau près du lavabo. Il serait peut-être plus judicieux que je la sorte du placard avant le début de la séance, ce qui éliminerait au moins une remarque ou un geste indiquant le souci que m’occasionne ce jeu avec l’eau. Mais il n’y a logiquement pas d’autre endroit pour mon manteau et par ailleurs si, en me préparant pour la séance, je le posais sur la partie du divan la moins utilisée cela risquerait de poser des questions à Davey et de provoquer chez lui de l’anxiété.

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C8 : Fils d’pute (je ris).

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D’avoir ri à ce moment-là peut sembler inadéquat. Historiquement, aux yeux de Davey, il est évident que je prends un malin plaisir à l’entendre parler mal. À certains moments il y eut même une sorte de jeu entre nous : si je ne réagissais pas à ses gros mots, il s’arrêtait, se retournait et me disait « dis-le ». Notre complicité a peut-être un sens pour lui, et du fait que de ma part elle est authentique, je continue à me laisser aller à mon acceptation et à mon plaisir. Cette fois-ci, mon rire n’était vraiment pas destiné à Davey, mais il allait de pair avec le plaisir que je retirais de la véhémence avec laquelle il utilisait un langage ordurier, et ce rire exprimait ce plaisir. Or ce rire, expression du plaisir que me procurait le langage de Davey, signifierait peut-être que j’approuve ce langage. Si cela devait conduire le client à parler, hors des séances, d’une manière telle qu’il serait puni, il y aurait problème. Toutefois, je sais par expérience que beaucoup de gens aiment pouvoir utiliser un langage fort et injurieux, chargé de sentiments négatifs et que ça leur fait du bien. En tant que parent et counselor en écoles primaires, je ne pense pas que l’emploi de mots grossiers, avec une personne qu’il estime, fasse que l’enfant aura une propension à être grossier dans un contexte social inapproprié. Au contraire, je pense même que cela pourra l’aider à employer le langage qui convient à l’école comme dans des situations plus formelles. Le rire peut être une entreprise risquée si, mal interprété, le client le perçoit comme dirigé contre lui plutôt que d’être avec lui. Il y a douze mois, l’école avait demandé que Davey soit mis sous médicaments parce que trop récalcitrant. Ceci ne fut pas fait. Néanmoins, à la date de la séance d’aujourd’hui, les rapports de l’école et de la famille indiquent que sa conduite est plus satisfaisante, qu’il est moins dans l’opposition et plus coopératif. Je n’ai reçu aucune indication de ce que son comportement social se serait aggravé. Néanmoins mon soutien non déguisé au langage corsé de Davey me tracasse encore, même si cela tend à diminuer ; ce langage est devenu une partie de l’histoire de notre relation, comme l’expression de notre joie mutuelle procurée par les sentiments qu’il a d’être puissant.

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T8 : Tu l’as attrapé

C9 : Ouais, p’tit fils d’pute (Je ris à nouveau). (Davey crie) FILS d’pute. (Puis avec une petite voix) Non, j’ai pas dit « fils d’pute » (de nouveau avec sa voix normale). Oui tu l’as dit.

T9 : Va-t-il être puni pour avoir dit « pute » ?

C10 : J’dis « fils de pute ».

T10 : Il aime le dire, mais il a des problèmes quand il le dit ?

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Lorsqu’en C9, Davey parle avec une petite voix, comme pour jouer la comédie, j’essaie de répondre à la dualité de son expression. Dans mon effort pour deviner empathiquement ou m’enquérir (sur un mode plus compatible avec le travail social) si Davey est puni à la maison, ma première réponse en T9 est pour le moins maladroite. En T10, j’arrive un peu mieux à reconnaître à la fois le plaisir qu’il prend à mal parler et la petite voix qui, tout en se justifiant, a l’air plus effrayée.

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C11 : (S’adressant à la poupée) J’vais TUER l’cul noir de ç’t’enfoiré. J’vais t’tuer.

T11 : Tu vas tuer son cul.

C12 : J’vais t’ TUER.

T12 : Cul d’enfoiré.

22

En T12, je reviens en insistant sur ma première réponse qui incluait l’intention de tuer, mais non l’insulte « enfoiré ». Ce n’était probablement pas nécessaire. D’autres fois déjà Davey avait mis le doigt sur mes réponses insuffisantes en répétant ce que j’avais omis de dire et si je continuais à ne pas réagir il m’intimait l’ordre de « le dire ». Il serait donc probablement revenu sur ces mots s’il avait voulu que je les prenne en compte.

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C13 : Écoute, toi.

T13 : Tu es vraiment furieux contre lui. Il a des problèmes.

(Je réponds au ton menaçant de Davey et au ton apaisant de son autre voix, plus petite.)

C14 : J’vais t’tuer, tu m’entends, j’vais t’tuer. Ici, pute. Viens ici, pute. Viens ici, pute. J’vais t’TUER. J’vais t’TUER. J’vais l’HURLER ET HURLER ET HURLER TRÈS FORT. J’vais t’tuer. (Il se penche sur la poupée qu’il tient entre les jambes, le postérieur en l’air comme pour lui flanquer une rossée.)

T14 : Oh, tu vas vraiment le battre, hein ?

C15 : (Davey attrape un biberon fermé avec le capuchon comme pour le donner à la poupée.) (Et puis d’une voix radoucie, différente) Non, non, non, non, non, non, j’veux pas d’biberon. J’veux pas d’biberon. J’veux pas être un bébé. Non, j’veux pas être un bébé. (Le capuchon empêche Davey de mettre la tétine dans la bouche du bébé.)

T15 : Tu veux que je sorte la tétine pour toi ?… Non, tu l’as. Ok.

C16 : (Se dirigeant vers le lavabo) Non, non.

T 16 : Davey, veux-tu que je remonte tes manches ? Veux-tu qu’on évite que tu ne te mouilles les bras ?

C17 : J’veux pas salir mes nouveaux habits.

T17 : Non, alors je remonte tes manches ?

C18 : J’veux pas salir mes nouveaux habits.

C19 : Non, tu ne veux pas salir tes nouveaux habits. Puis-je t’aider ?

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Je me rends compte que c’est devenu une routine pour moi dans mon travail, que de proposer aux enfants de les aider. « Tu veux que je sorte la tétine pour toi ? » « Veux-tu que je remonte tes manches ? ». Un peu plus tard, dans cette séance, Davey dit qu’il a besoin de ciseaux, et je vais lui chercher des ciseaux, sans même lui demander s’il m’avait demandé de le faire. Il est possible que certaines de ces propositions soient un obstacle à l’auto direction du client, une violation de son cadre de référence ou pour le moins qu’elles dénotent un excès de préoccupation de ma part. Mais en même temps elles manifestent mon désir d’aider lorsque je perçois que l’intention de l’enfant est contrecarrée par un obstacle. Ici, par exemple, il était clair que Davey voulait mettre la tétine dans la bouche de la poupée. Or c’était un biberon neuf dont la tétine était encore à l’intérieur du capuchon, et ce n’était évident ni pour lui ni pour moi de savoir comment ôter ce capuchon. Mes offres d’aide seraient un problème si, de fait, elles étaient des manipulations plutôt que l’expression de mes limites. Par exemple – ce ne fut pas le cas lors de cette séance – je pourrais mentalement suivre une idée comme celle-ci : « Veux-tu que je lace tes souliers ? » Que se passe-t-il dans ma tête quand je pose une telle question ? Il est évident que je veux que les souliers soient lacés. Dans ce sens la demande est malhonnête. Il serait mieux de dire : « Je voudrais lacer tes souliers » ou encore : « S’il te plaît, je veux que tu arrêtes de faire ce que tu fais et que tu laces tes souliers ou alors laisse-moi le faire ». Je pourrais encore continuer sur ma lancée et dire : « J’ai peur que tu marches sur tes lacets, que tu tombes et te fasses mal » (que tu te cognes la tête contre le bras métallique du fauteuil, le radiateur, le bord de la caisse à jouets, ou sur le camion, etc.). Mais il est encore plus évident que je pense : « J’ai peur que si tu te fais mal – même si c’est peu probable – tes parents, les médecins et mes collègues me considèrent comme irresponsable ». Et encore plus évident : « J’ai peur qu’en quittant la salle de jeu, sans avoir lacé tes souliers, tu ne sois grondé devant moi par ta mère ou ton père, que je sente ta gêne et que je me demande comment gérer la situation dans la salle d’attente pour que ce soit juste et thérapeutique à la fois pour toi et pour ton parent ». Si c’est ça le fin fond de ma pensée, alors il conviendrait peut-être mieux de dire quelque chose comme : « Davey, tes lacets qui traînent me font du souci, puis-je lacer tes souliers ? » Ou encore : « Davey, je veux que tes souliers soient lacés. Je vais le faire, ou préfères-tu le faire toi-même ? » Mais, de fait, je ne veux pas lui demander de le faire parce qu’il est possible qu’il n’en soit pas capable et qu’il puisse avoir honte ou être embarrassé. Pour en revenir à cette séance, Davey s’étant mis à jouer avec l’eau du lavabo, j’ai commencé à craindre qu’il ne mouille sa chemise. On a beau être au milieu de l’hiver, ce qui me préoccupe le plus ce n’est pas vraiment son confort ou l’état de sa chemise. Je me fais plus de souci à l’idée du mécontentement de sa mère (et au fait qu’il puisse être grondé après la séance). Le travail que je fais avec Davey pourrait être rendu plus facile pour tous les deux si je parlais à sa mère. Je pourrais lui dire qu’il risque d’être mouillé quand il est avec moi et qu’il serait peut-être utile qu’il vienne avec une chemise de rechange. En fait, ce serait ouvrir la boîte de Pandore que je ne veux pas ouvrir. Je ne veux pas qu’elle me dise qu’elle ne veut pas que son fils se mouille quand il est avec moi ou bien qu’il ne devrait pas « jouer » avec moi (au lieu de parler de son mauvais comportement). Cette mère-là, en particulier, n’est pas de celles qui diraient cela. Mais cette mère-là est toujours surmenée et elle mène une vie infernale en essayant de bien s’occuper de ses quatre enfants. En ma présence, elle a toujours été gentille et respectueuse envers mon client. Mais venir aux séances, c’est un stress pour elle. Elle arrive toujours en retard avec plusieurs enfants à ses basques. Je ne veux pas ajouter à ses responsabilités quand elle amène son fils en thérapie. Je pense que je ferais mieux d’essayer de me détendre et de ne pas trop penser à ce jeu avec l’eau.

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C19 : J’veux pas être un bébé. J’veux pas être un bébé.

T19 : Non, tu ne veux pas être un bébé.

C20 : (Voix normale) Tu vas être tué. C’est pour aujourd’hui.

T20 : Non, l’autre (il s’agit de la manche de Davey).

C21 : (Petite voix) Non, mets pas ça dans ma bouche (tout en mettant le biberon dans la bouche de la poupée).

T21 : Oh, le bébé dit : « Non, non, ne fais pas ça ». Elle est mise ? (Je parle de la tétine du biberon que Davey a rempli d’eau.) Attends, juste une seconde. (Je fixe la tétine sur le biberon pour éviter que les 30 cl d’eau ne se renversent dans la caisse à jouets ou sur la moquette.)

C22 : Non, non.

T22 : Là.

C23 : Non ! Non ! Non, non, non, et non.

T23 : Le bébé dit « non » mais tu le lui donnes, hein ?

C24 : (Petite voix) Pourquoi qu’tu m’le donnes ? (et puis, à moi, de sa voix normale) Prends ç’biberon. (Davey veut que je tourne le biberon vers la bouche du bébé.)

T24 : Mm-mm. (J’essaie de prendre le biberon mais Davey le reprend.)

C25 : C’est mon bébé.

T25 : C’est ton bébé. Tu lui donnes son biberon.

C26 : (Petite voix) Pourquoi qu’tu m’donnes un biberon ? L’mets pas trop fort dans ma bouche.

T26 : Le bébé veut que tu sois gentil avec lui ?

C27 : J’veux pas d’pieds sur la table. (Il a couché la poupée sur la table.)

T27 : Oui, il veut pouvoir mettre ses pieds sur la table ? Bébé ne veut pas qu’on l’embête tout le temps, pas vrai ?

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La deuxième partie de T27 est une supposition empathique. J’ai comme le sentiment grandissant que, dans sa vie, Davey ne peut jamais être longtemps à l’abri des ennuis, des punitions ou des réprimandes.

27

C28 : Mes ch’veux sont mouillés.

T28 : Tes cheveux sont mouillés ? Tu t’es éclaboussé ? (Je touche les cheveux de Davey, ils m’ont l’air secs.) Non, je vois, c’est ton front que tu as éclaboussé.

C29 : J’veux, j’veux une tasse. Ça va être perdu. (Davey vide l’eau du biberon dans un verre en plastique.)

T29 : M-mm, m-mm.

C30 : J’vais en mettre un peu. (De sa voix douce il dit :) Non, non, j’veux pas qu’tu m’laves les ch’veux. (Puis d’une voix de commandement, il dit à la poupée :) Sur le dos. Tourne-toi. (Puis me parlant) J’vais lui laver les ch’veux. (Il prend la bouteille de savon et me la tend pour me la montrer.) C’est l’shampoing.

T30 : Oui, tu vas lui laver les cheveux, hein.

C31 : Donne-moi une serviette.

T31 : Un Kleenex, ça ira ?

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C’est ma paresse physique qui répond. La boîte de mouchoirs est à côté de moi. Pour donner une serviette à Davey, il faut que je me lève et que j’aille la chercher. D’habitude avant la séance, je fais attention à avoir une serviette à portée de main. Mais invariablement Davey la trempe dans l’eau et l’utilise comme lavette, et puis en demande une autre. J’aimerais bien avoir plein de jolies serviettes pour lui, mais si je les avais, je peux prédire qu’il les utiliserait toutes et que je n’aurais pas suffisamment de place dans la salle pour les étendre et les faire sécher après la séance.

29

Je me suis demandée si un thérapeute doit, sans contester, accepter et exécuter les ordres d’un enfant comme j’ai tendance à le faire ? En général, ça ne me pose pas trop de problèmes. Dans le cas de Davey, à nouveau, lui et moi avons notre histoire. Il avait l’habitude de me donner l’ordre de jeter à la poubelle les papiers qu’il avait réduits en morceaux. De temps en temps je le faisais en lui disant : « Tu veux que je sois celle qui le ramasse et le mette dans la poubelle ». Une autre fois, il m’est arrivé de dire : « Je vais mettre la corbeille près de nous » et de la poser de manière à l’atteindre facilement. Le temps passant, Davey jette fréquemment les choses lui même, mais me donne encore parfois des « ordres ». Pour le moment, ça me va. Cependant il y a des fois où je suis lasse. Alors je dis seulement : « Davey, je suis fatiguée. Je ne veux pas marcher jusqu’à la poubelle. Je jetterai ça plus tard. »

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C32 : Non, une GRANDE serviette.

T32 : Tu veux une vraie serviette. (Je me lève pour aller en prendre une.)

C33 : (Petite voix). M’les lave pas.

T33 : Tiens, j’en ai une bleue pour toi.

C34 : Ouais, bleue. Mets-la autour de… (inaudible)

T34 : Sa tête ? Ah, là.

C35 : Toi, gros fils d’pute. (Puis la petite voix dit :) Quand c’est qu’ils seront secs, mes ch’veux ? (Grosse voix) Il faut qu’j’aille travailler. J’ai appelé ta mère. Quand j’en aurai fini avec tes ch’veux. (Petite voix) Pourquoi qu’tu m’les coupes ?

T35 : Il dit « pourquoi qu’tu m’fais ça ? »

C36 : (Petite voix) Non, non ! J’ai mis… J’remets ma tête. J’la remets. (Il lave le bébé dans le lavabo, puis avec sa voix normale :) J’vais utiliser tout ç’savon.

T36 : Oui, ça va. Tu vas enlever le haut de la bouteille pour pouvoir tout verser, hein ?

C37 : (Davey me tend la bouteille de savon.) Pourquoi qu’t’l’ouvres pas complètement ?

T37 : C’est trop serré ? (J’ouvre la bouteille.) Voilà.

C38 : M’faut une serviette.

T38 : J’utilise un Kleenex, tu vois ? (Je ne parle pas de la serviette que Davey demande, je suis en train d’essuyer le dessus en bois de la caisse à jouets.)

C39 : Ouais. (Il prend la serviette et enveloppe le bébé. Davey utilise le dessus de la caisse à jouets comme plan de travail et veut verser l’eau du biberon dans la bouteille à savon. Il me regarde, l’air interrogateur.) Ok ?

T39 : Mm-mm. Tu essaies de le mettre dans la bouteille, c’est cela ?

C40 : Ouais.

T40 : D’accord. (Il verse.) Je pense qu’il vaut mieux ne pas tout mettre, c’est déjà pas mal plein comme ça.

C41 : Essuie la table. Nettoie ça.

T41 : Ok. Je vais le faire. Tu veux que je nettoie la partie mouillée de la caisse à jouets. (Par inadvertance, je laisse échapper un soupir.)

31

Je suis très frappée par le nombre de mes réponses qui expriment mon souci d’éviter que ne soient mouillés les vêtements de l’enfant, la moquette, les serviettes ainsi que mes propres vêtements. Dans le meilleur des espaces thérapeutiques, le thérapeute a la possibilité d’être détendu et de savourer l’expérience que l’enfant fait de la liberté. Un tel espace n’a tout simplement pas été disponible pour moi avec Davey. D’où cette question intéressante : quel est le genre d’espace qui physiquement offrirait le maximum de potentiel thérapeutique ? Selon moi, il est possible de faire avec des enfants un travail non-directif, très centré sur le client dans un espace relativement restreint, avec un minimum de matériel d’expression artistique ou de jeu. Mais avec Davey il me semble évident qu’un espace plus résistant à l’eau ainsi qu’aux gestes de l’enfant pourrait offrir à l’auto expression du client une aire de plus grande liberté ; de plus ce serait un gage de plus grande tranquillité d’esprit pour une thérapeute qui se bat avec les limites pendant qu’elle cherche à conserver un regard positif inconditionnel sur l’enfant. Mis à part le fait d’être simplement plus relaxant pour la thérapeute par l’élimination de la préoccupation des dégâts d’eau, je me demande comment un tel espace pourrait être géré de façon plus thérapeutique et plus libératrice tant pour la thérapeute que pour le client ? La façon dont je travaille avec Davey est vraiment un compromis significatif. À presque toutes les séances, il est attiré par l’eau. J’ai essayé différentes sortes d’arrangements entre nous : étendre une bâche imperméable sous une baignoire en plastique avec peu d’eau à l’intérieur, tout en veillant à maintenir très bas le niveau de l’eau, ou bien lui demander de ne pas jouer avec l’eau parce que ça mouille la moquette, etc. À chaque fois, il m’a semblé que la déception de Davey augmentait sans que mes soucis ne diminuent.

32

Quelques thérapeutes (Axline, 1969 ; Landreth, 1991 ; Moustakas, 1997) prétendent que la mise en place de limites dans la thérapie par le jeu constitue une partie importante de la thérapie parce qu’elles ancrent celle-ci dans le monde du réel. Avec Dorfman (1951), avec Ellingwood et Raskin (1993), je suis plus encline à penser que les limites sont plutôt à placer du côté du thérapeute car elles l’aident à maintenir son acceptation du client et à lui être attentif. Je préférerais ne mettre aucune limite à mes jeunes clients. Je pense qu’une thérapie idéale devrait permettre la liberté dans la relation, maximiser l’ouverture des choix pour le client et ses possibilités de créativité. Dans l’idéal ce qui serait le mieux, c’est que l’enfant puisse vraiment « être » et exprimer « qui » il ou elle est à ce moment-là, en présence d’un thérapeute congruent qui est en train de faire pleinement l’expérience du regard positif inconditionnel et de l’empathie.

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Pour ce qui est du jeu avec l’eau et de la manière dont j’ai l’air de harceler Davey, ce sont des limites et des contraintes que lui imposent mes propres limites dans le contexte matériel et interpersonnel de notre travail. Ce qui ajoute à la confusion c’est que nos limites ne sont pas complètement claires ni pour l’un ni pour l’autre. Quand « plein » devient-il « trop plein » avant que l’eau ne déborde ? Déborder un peu mais pas inonder. Oui, Davey peut jouer avec l’eau, ça ne fait rien s’il fait quelques éclaboussures, mais pas trop ou qu’il ne le fasse pas exprès ? Ça ne fait rien si Davey écrit dans mon agenda, mais seulement sur cette page-ci et pas sur celle-là. Je déteste mettre des limites, je déteste imposer au client ma propre insécurité, mais il faut que je le fasse parce que je suis « qui » je suis à ce moment-là. Je mets des limites et exprime mon inquiétude à l’intérieur du contexte de notre relation car je désire conserver mon propre confort pour pouvoir maintenir un regard positif inconditionnel sur mon client. Si les limites que je mets ancrent la thérapie à quelque chose, c’est bien à notre relation qu’elles l’ancrent, à savoir les désirs de Davey et sa relation avec moi, et ma relation avec lui.

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C42 : (Davey retourne au lavabo, dont le robinet coule toujours, et parle fort de sa voix normale.) Regarde tout ç’savon.

T42 : Oh, oui, regarde ça.

C43 : J’l’ai plus remplie.

T43 : Oui, tu l’as vraiment remplie ?

C44 : Regarde.

T44 : Je vois, c’est tout orangé.

C45 : C’est tout orange.

T45 : Oui, tu as fait encore plus de savon, Davey. Tu l’as vraiment remplie.

C46 : J’l’ai remplie de savon.

T46 : Hé, hé.

C47 : Houa ! Ça fait beaucoup d’eau.

T47 : Ça fait beaucoup d’eau, là-dedans ?

C48 : (Petite voix) J’veux pas qu’tu m’coupes les ch’veux. Ça fait mal. Ilz’ ont pas b’soin d’être coupés. (À moi) J’veux un coupe-ch’veux. J’peux avoir un coupe-ch’veux ?

T48 : Tu veux lui couper les cheveux. Il faut quelque chose qui coupe ? Voyons. (Je regarde autour de moi.) Voilà ! Je sais où ils sont. Juste une seconde. (Je lui tends des ciseaux.) Ça va ça pour couper ? Ça va ça ?

C49 : Ouais. (Au bébé) T’vas les avoir coupés, tes ch’veux. (L’eau coule toujours dans le lavabo. Il pose le bébé qui dégouline de partout sur la caisse à jouets.)

T49 : Davey, tu as de nouvelles lunettes ?

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D’où me vient cette question ? Où suis-je allée la chercher ? Comme si les intentions de Davey n’avaient pas été suffisamment dérangées durant ce qui est supposé être une thérapie non-directive centrée sur le client, à nouveau je l’éloigne de ses propres intentions.

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C50 : Ouais,

T50 : Oui. (Davey tape le bébé contre la caisse comme pour en faire sortir l’eau.) Tu le secoues, oh là, là ! Tu le secoues fort ? (Il continue de secouer le bébé. Je ris un peu.) Là. (Davey enlève ses lunettes.)

C51 : (Au bébé) Garde la tête en arrière. (Puis à moi) Surveille mes lunettes.

T51 : Je vais les surveiller. Je dois les tenir ? Oh ! Elles sont toutes éclaboussées. (Davey se frotte les yeux.) Davey, tu as du savon dans les yeux ? Tu as du savon dans les yeux ? Ça va ?

C52 : C’est l’doc qui m’les a données.

T52 : Ah, tu es allé chez le docteur et le docteur a dit que ce seraient tes nouvelles lunettes ?

C53 : Ouais, c’est ce cochon de… (inaudible) qui a tué mes lunettes et j’ai dû en avoir d’autres.

T53 : Ah, oui !

C54 : Tout à cause de toi.

T54 : Tu veux dire que c’est de ma faute ? Que je les ai trop tripotées ?

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Je pensais : « Peut-être que Davey est en colère contre moi parce que je lui ai posé une question qui le détournait de son jeu et le déconcentrait ». Si c’est ça, ce genre de question avait au moins l’intérêt de ne pas influer davantage sur son temps ou sa direction. Plus tard, en relisant la transcription, je pense que peut-être il me disait pourquoi il avait dû avoir de nouvelles lunettes.

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(Davey traverse la pièce en direction d’une autre caisse à jouets.)

C55 : Oh, une reine.

T55 : Tu as trouvé une couronne.

C57 : Une reine.

T57 : Une reine, oh la, la ! (Avec assurance, il se met la couronne sur la tête, à l’envers.) Eh bien ! Tout à fait le Roi Davey ?

C58 : Reine.

T58 : Reine Davey ?

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Quand j’ai dit « […] Roi Davey » j’ai été plutôt lente à comprendre. D’un certain point de vue je crois que je me suis laissée aller à utiliser le mot inexact, « roi », un peu comme un test car j’étais surprise que Davey emploie un terme féminin. Je regrette ce mot « roi ». Je me demande si Davey n’était pas en train dire « qui » il était. Je me le suis demandé à ce moment-là, mais après avoir utilisé ce terme impropre, j’ai décidé de ne plus m’imposer à lui en lui demandant de s’expliquer. Et en même temps, je me sentais mal de lui avoir imposé « roi » quand il avait dit « reine ».

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C59 : (Au bébé) Tu vas être lavé.

T59 : Il va être lavé, oh. Faut-il encore remonter tes manches ?

C60 : (Inaudible, peut-être :) Laisse-les.

T60 : Elles vont bien comme ça. Maintenant, hein ? Ça va.

C61 : (L’eau coule.) J’nettoie son cul noir. Hé, cul noir. (S’adressant à la poupée, claire de peau) Son CUL. L’cul noir de ç’t’enfoiré.

T61 : Le cul noir de cet enfoiré.

C62 : J’vais t’laver, pute… (D’une voix forte) Arrête d’m’appeler pute.

T62 : Mm-mm

C63 : Arrête d’m’appeler pute

T63 : Il ne veut pas être appelé comme ça ?

C64 : J’arrive, Mme White, j’m’dépêche. J’arrive. (Mme White est probablement l’une des enseignantes de Davey. Fréquemment, il fait comme s’il parlait ou téléphonait à l’un de ses enseignants, parents ou camarades de classe.)

T64 : Oui ?

C65 : Faut qu’j’me dépêche.

T65 : Davey, je crois que nous avons encore dix minutes. Ça va ?

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Mon « ça va ? » n’était pas nécessaire. Je l’informais qu’il restait dix minutes sur le temps qui nous était imparti. Si, en fait, un enfant me dit qu’il désire arrêter avant la fin de la séance, j’entends sa demande. Je dirais peut-être : « Nous avons encore dix minutes, devant nous. Mais peut-être que pour aujourd’hui, tu préfères arrêter maintenant ? » Si le parent de l’enfant n’est pas dans la salle d’attente, cela peut causer un petit problème pour l’enfant et pour moi. Cependant, quand c’est le cas, l’enfant choisit généralement de revenir jouer dans la salle de thérapie avec moi. Il y a des thérapeutes qui demandent que les parents attendent dans la salle d’attente. En ce qui me concerne, pour préserver la confidentialité – par peur d’une isolation phonique éventuellement insuffisante de la salle de thérapie – j’invite les parents à aller prendre un café ou à aller faire un tour et à revenir à une certaine heure. Toutefois, lorsqu’il s’agit d’une première séance, je préfère l’inverse, c’est-à-dire que les parents soient disponibles au cas où l’enfant désirerait arrêter en début de cette première séance, ce qui arrive de temps en temps.

42

C66 : Mme White m’attend.

T66 : Mme White t’attend ? (Davey est toujours au lavabo en train de laver.)

C67 : Faut qu’j’ finisse de laver c’te serviette. (Il continue de laver.) J’pars pas.

T67 : Non ?

(Davey lave toujours et parle d’une manière inaudible.)

C68 : Il est sec.

T68 : Oui ?

C69 : Plus qu’sec.

T69 : Je vais mettre le téléphone à l’abri de l’eau. Il est là, si tu en avais besoin.

C70 : J’la lave. (Il parle de la serviette qu’il plonge dans l’eau.)

T70 : Tu la laves. Bon.

C71 : J’peux utiliser tout l’savon, pas ?

T71 : Mm-mm, tu peux utiliser autant que tu veux de ce savon-là. Tu l’as remplie, vrai ?

C72 : Merci Kathy. J’peux tout utiliser ?

T72 : Oui, tu peux tout utiliser.

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Le savon et sa bouteille, c’est tout une histoire entre Davey et moi. Il y a un an, environ, Davey voulait utiliser d’énormes quantités de savon, de savon liquide. Quelle que soit la quantité à disposition, il voulait tout utiliser. C’était un problème pour moi car je devais pourvoir à son remplacement. La solution que je trouvai alors fut de laisser tomber et de ne pas conserver de savon dans la salle de thérapie. Toutefois, lorsque je me préparerais pour la séance avec Davey, j’en laisserais trois centimètres au fond de la bouteille et cacherais la réserve derrière des affaires, en haut d’un placard. Ainsi pourrait-il vider la bouteille sans que je manque de liquide à faire des bulles. Voici comment, pendant des mois, il y eut des restrictions de mousse pour Davey. Plus récemment, le réapprovisionnement étant devenu plus facile, j’ai pu refaire des réserves. Davey fut aux anges la première fois qu’il tomba sur le nouveau flacon distributeur. Toutefois, je me garde bien de remplir complètement ce flacon pour éviter que toute ma provision ne soit épuisée lorsque Davey décide de tout utiliser, sur le champ. Cette fois-ci, pour une raison quelconque, la quantité de liquide lui avait paru abondante, à moins qu’il ne se soit arrangé pour la rendre encore plus abondante.

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C73 : (Il continue à laver la serviette.) Ses tiroirs puent.

T73 : Oh, ses tiroirs puent ? Pourquoi ? Il a fait des saletés ?

C74 : C’est tout vide. C’est vide. (Davey parle du flacon.)

T74 : C’est vide, maintenant ; il n’y a plus rien ?

C75 : J’vais la nettoyer c’te pute. J’vais la nettoyer c’te pute.

T75 : Tu vas la nettoyer cette pute ?

C76 : J’vais finir d’la (la serviette) rincer. (Il est toujours affairé au lavabo.) Faut qu’elle sèche… (Il continue de rincer la serviette.) J’vais faire la vaisselle. Où est la vaisselle ? J’vais faire la vaisselle.

T76 : Voyons.

C77 : Tout vu.

T77 : Il se peut qu’elle soit ici, Davey. Il y en a dans les caisses à jouets. Regarde ici. C’est là qu’elle se trouve ? Tu vois de la vaisselle ? (Il regarde dans la caisse. Je vais voir avec lui.) Oh, oui, il y en a. Ici. Il y en a… (Davey soulève tout le carton de vaisselle pour le renverser dans le lavabo.) Oh, attends. (Davey renverse le carton dans le lavabo.)

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Avec cette exclamation « oh, attends » j’exprime ma fatigue, ma prise de conscience du temps qui reste et des dégâts d’eau à venir. Je réalise que lorsque toute la caisse de vaisselle est mouillée, j’ai toute la caisse à essuyer et à nettoyer plus tard. Et quand « plus tard » arrive, je fais fréquemment comme Davey : je prends le raccourci ; je flanque la vaisselle mouillée dans le carton et je rentre à la maison.

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C78 : J’vais la laver c’te putain de vaisselle.

T78 : Tu vas laver cette putain de vaisselle ? (Il lave la vaisselle pendant un moment.)

C70 : J’lave la vaisselle.

T79 : Oui, tu vas la laver. Tu vas juste la mettre ici pour la faire sécher… Quand tu as fini ?… Ok, Davey encore cinq minutes.

C80 : J’m’en vais pas.

T80 : Tu ne t’en vas pas ? Tu ne veux pas encore t’en aller, vraiment ? Tu veux continuer. Nous avons encore cinq minutes, tu sais ? (Il continue de laver.)

C81 : J’fais la vaisselle.

T81 : Oui, tu es vraiment très occupé, vrai. Beaucoup de vaisselle.

C82 : Plus tard (toujours en train de laver). J’suis très occupé, maintenant.

T82 : Oui, très occupé… (Il continue de laver.) Beaucoup de vaisselle. (Il sort du lavabo quelques pièces qu’il jette sur la moquette.)

C83 : Ramasse-les.

T83 : Davey, est-ce que ça va si je les ramasse plus tard ? (Il fait signe que oui de la tête…) Parce que tu es trop occupé, n’est-ce pas ? Tu ne peux pas prendre le temps de les ramasser toi-même parce qu’il ne te reste pas beaucoup de temps. (Il continue à laver pendant un certain temps.)

C84 : J’fais la cuisine.

T84 : Tu fais la cuisine.

C85 : (Inaudible) J’en veux beaucoup.

T85 : Tu en veux beaucoup.

(Davey commence à arranger la vaisselle mouillée sur la caisse à jouets en bois.)

C86 : J’te donne une assiette, une p’tite.

T86 : Une petite.

C87 : (Il continue de travailler.) Il n’me reste plus de temps.

T87 : Non, juste deux minutes… Tu essaies de finir…

C88 : Une fourchette.

T88 : Tu nous mets la table.

C89 : Pour les enfants.

T89 : Pour les enfants.

C90 : Mm-mm, mm… couteau.

T90 : Tu n’as pas assez de couteaux pour tout le monde ?

C91 : (Travaillant, inaudible.) Une fourchette. (Il travaille. Inaudible.) J’ai quatre enfants.

T91 : Quatre enfants, oui. Plus qu’une minute, Davey. (Il continue de travailler.)

C92 : Maintenant, plus que deux minutes.

T92 : Oui, tu voudrais qu’on ait plus de temps.

C93 : J’pars dans deux minutes.

T93 : Davey, je sais que tu voudrais avoir un peu plus de temps. Mais c’est fini. Il faut partir.

C94 : J’vais ranger ça.

T94 : Tu n’as pas le temps d’essuyer toute cette vaisselle. Je le ferai plus tard. D’accord ?

C95 : J’vais l’essuyer.

T95 : Oh, Davey, tu veux le faire, mais tu n’as pas le temps.

C96 : J’dois aller travailler.

T96 : Tu dois aller travailler. (Il empile la vaisselle mouillée dans son carton.) Tu veux être celui qui l’a rangée.

C97 : J’pars. Essuie la table.

T97 : Oui, je l’essuierai, d’accord ?

C98 : Tout d’suite. J’pars.

T98 : Oui, tu l’as rangée, parfait. Maintenant tu es vraiment prêt. La Reine Davey doit enlever sa couronne. Tu veux la voir avant de partir ?

47

Je voulais réparer ma précédente utilisation du mot « roi » en m’adressant à lui en tant que « Reine Davey ».

48

C99 : (Il passe sur ma suggestion de se regarder dans le miroir.) J’m’en vais. Dis à Mme White qu’j’arrive.

T99 : Ok. Tu veux que je le lui dise. (Je fais comme si je composais le numéro.) Mme White ? Mme White, Davey est en route. Il arrive. Oui, au revoir. (Je raccroche le téléphone, puis je dis à Davey :) Je te revois dans deux semaines… C’est ça, dans deux semaines.

C100 : Bonne nuit.

T100 : (Je ris parce qu’il fait vraiment jour.) Bonne nuit. (Davey se penche sur la caisse à jouets.) Allez, viens Davey. C’est l’heure de partir. (Il sort un sac de cubes avec lesquels il avait joué auparavant, le lançant par-dessus son épaule comme s’il partait travailler.) Oh ! Tu as le sac ici… Je sais que tu ne veux pas t’arrêter, c’est vrai. Mais c’est l’heure maintenant, allez, viens.

C101 : Ma m’man, elle est pas là. (J’ouvre la porte de la salle d’attente.)

La séance est-elle vraiment terminée ?

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T101 : Mm-mm, tu as raison, elle n’est pas là. Tu as de meilleures oreilles que moi.

C102 : Ferme la porte.

T102 : On la laisse fermée jusqu’à ce qu’elle arrive ? (Davey tourne les pages de mon agenda.)

C103 : Je reviens le 15.

T103 : Oh…, ok, oh… (Davey commence à écrire dans mon agenda.) Merci, c’est dans deux semaines.

C104 : Ouais.

T104 : Oui. Alors je te revois mercredi dans deux semaines.

C105 : Ouais, les mercredis, les mercredis.

T105 : Ok. Oui, je te vois les mercredis. Davey, j’aime te voir les mercredis. J’aime bien te voir les mercredis.

50

Cette dernière remarque est une expression de mon affection pour Davey. Elle ne m’aurait probablement pas échappé si je n’avais été surprise de ce que sa mère soit en retard pour venir le chercher à la fin de la séance. Davey et moi, nous sommes ensemble dans la salle de thérapie, mais nous ne sommes plus « en séance ».

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C106 : Mercredi prochain, l’3 mars.

T106 : Le 3 mars.

C107 : Oui, l’24.

T107 : Et le 24. Tu aimes venir ici, n’est-ce pas ?

Cette supposition ou suggestion empathique n’était pas nécessaire.

T107a : (Davey écrit quelque chose dans l’agenda et puis efface.) Tu effaces ça pour écrire autre chose ?

C108 : L’8 mars, l’8 mars.

T108 : Ok, le 8 mars.

C109 : L’8 mars.

T109 : Tu fais un cercle autour de ce jour-là ?

C110 : J’peux pas venir l’8 mars.

T110 : Non ? Non pas ce jour ou oui ce jour ?

C111 : Ce jour, l’24 mars. Ok, l’24 mars ?

T111 : Oui, Ok.

C112 : Rappelle-moi.

T112 : Te rappeler ? Tu veux que je te confirme ce rendez-vous ?

C113 : Demain ou aujourd’hui.

T113 : Demain ou aujourd’hui ?

C114 : Dans deux semaines.

T114 : Ok.

C115 : J’peux pas venir ici pendant les deux semaines.

T115 : Non ?

C116 : Aujourd’hui, j’pars.

T116 : Très bien. Nous en avons fini pour aujourd’hui, d’accord ?

C117 : Demain j’vais pas être ici. J’pars.

T117 : Mm-mm. Demain tu seras parti donc tu ne pourras pas être ici.

C118 : J’vais t’montrer. (Il détache une feuille d’un bloc de formulaires.) J’suis pas là le 24.

T 118 : Ah, oui, tu vas me l’écrire. Comme ça, je m’en souviendrai.

C119 : Oui.

T119 : Tu me facilites vraiment la vie.

C120 : (Il me tend le papier.) Le 24.

T120 : Voici ta maman. Oh, merci. Ça va m’aider à m’en souvenir. Le 24, c’est juste ? Au 24.

C121 : Ok. Au 9.

T121 : Ok. Merci, Davey. Vas-y. Elle est là.

52

Davey ne sait pas lire et il commence tout juste à apprendre les chiffres. La date de cette séance-ci était le 8 mars. Au fur et à mesure que nous avancions dans le dialogue, j’ai pensé qu’il était dans la plus grande confusion quant aux chiffres et aux dates et j’ai décidé de ne pas corriger la date de notre prochaine rencontre. Je ne sais vraiment pas s’il a ou non le sens du temps ou « des mercredis » quand il est loin de moi, dans sa vie réelle. Cela ne fait pas longtemps que Davey et moi avons troqué nos rencontres hebdomadaires pour des rendez-vous tous les quinze jours. Il m’a traversé l’esprit qu’il eût peut-être été plus raisonnable de ma part de répondre davantage en « éducatrice », et de corriger avec exactitude les plans qu’il faisait pour nos prochaines séances. Finalement, je me suis ravisée et je m’en suis tenue à sa bravade péremptoire et autoritaire. Corriger ses confusions de jours et de dates aurait pu faire qu’il se sente moins en contrôle de sa thérapie et moins au faîte de notre séance qui se terminait. Il est évident, je le sais bien, qu’il n’a aucun contrôle en la matière. En réalité, il n’avait pas participé à la mise en place du nouvel arrangement bimensuel de nos rencontres. J’espère simplement que le fait de ne pas avoir à l’amener toutes les semaines diminuera le stress de sa mère et que, à la fin du compte, je le verrai aussi fréquemment que par le passé étant donné ses retards et absences continuels. Plus tard en regardant de plus près mon agenda, je me suis aperçue que la date à laquelle Davey avait fixé notre prochaine rencontre n’était qu’à deux jours de celle qui avait été préalablement établie. Par contre j’avais encerclé le 24 pour quelque chose de tout à fait différent et c’est la date sur laquelle il était tombé, approximativement à deux semaines de cette séance-ci.

53

C123 : Où est mon manteau ?

T123 : (À la mère) Avez-vous le manteau de Davey ?

La mère 1 : Je pense qu’il est dans la voiture.

C124 : J’ai oublié qué-qu’chose.

T124 : Oh, il est dans la voiture, Davey, il n’est pas ici. Je ne le vois pas. (Le plus jeune des frères de Davey fait son apparition dans la salle d’attente.) Salut, Ronny.

T125 : (À la mère) Alors, à dans deux semaines.

La mère 2 : Très bien. Merci.

T126 : Voilà. À bientôt, Davey.

(Ronny se faufile et entre dans la salle de thérapie.)

La mère 3 : Viens, Ronny.

T127 : Oh, Ronny, je sais bien que tu voudrais avoir ton tour, toi aussi, n’est-ce pas ? Tchao, tchao. (Je reconduis Ronny avec ma main sur son épaule.)

Ronny 1 : J’peux avoir un morceau de papier ?

T128 : (Je lui tends plusieurs feuilles de papier.)

Ronny 2 : J’peux avoir encore une ?

La mère 4 : Non, tu n’en as pas besoin.

C125 : Au 8.

T129 : Ce sont de vieux prospectus, de l’année dernière. Il peut les avoir.

La mère 5 : Ah, c’est bon.

54

Je me suis mordue la lèvre après avoir parlé en T129. J’espère que la mère ne s’est pas sentie contredite ou rejetée par moi devant son fils Ronny. Mon désir était d’étendre la permissivité de la salle de thérapie à la salle d’attente pour ce petit garçon. Je voulais être thérapeutiquement présente autant pour la mère que pour Ronny.

55

C126 : Au 8.

Ronny 3 : J’peux écrire d’ssus ?

La mère 6 : Oui, tu peux écrire dessus.

T130 : Oui, tu peux écrire dessus.

L’aîné des frères 1 : J’peux prendre ça ?

C127 : Au 8.

56

Davey a dit trois fois « Au 8 ». Ou bien je ne l’ai pas entendu, ou bien je n’ai pu y faire attention parce que j’étais en train de répondre aux autres membres de la famille.

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T131 : Oui, sûr, tu peux prendre ça.

L’aîné des frères 2 : Qu’est-ce qu’c’est ?

T132 : C’est une réclame de magasin. (Sa mère est à l’autre bout du couloir, près de l’ascenseur et elle appelle Davey.) (À Davey :) Ta mère est déjà à l’ascenseur. Allez, tu pars.

C128 : J’pars.

T133 : Allez, pars vite. Bye-bye, bye-bye, Davey. Ils t’attendent. Dépêche-toi.

C129 : Au 24.

T134 : D’accord, je m’en souviendrai. (Davey me fait un grand sourire et un geste de la main.) Au revoir.

58

Dans ma pratique, la scène de la salle d’attente, avec ses bonjours et au revoir, est fréquemment chaotique. Quelquefois, les parents veulent me parler de leur enfant. Généralement, j’essaie de les inviter à me téléphoner le soir pour leur permettre de le faire s’ils le désirent. Dans le cas de la famille de Davey et celui de plusieurs autres familles, ce qui fait que ces arrivées et ces départs sont si éprouvants, c’est que je ressens la détresse de tous les enfants (et quelquefois aussi celle de leurs parents). Le petit frère de Davey trouve toujours le moyen de se faufiler dans la salle de thérapie. Mais il n’y a pas assez d’argent pour lui. Dans l’idéal les deux grands frères devraient être suivis par deux thérapeutes différents ; le plus jeune devrait rester à la maison et ne devrait pas avoir à attendre pendant que les deux autres prennent du plaisir à faire ce dont lui a tant envie et qu’il ne peut avoir. Si l’on avait plus de temps, lui aussi pourrait avoir sa séance. Une fois, j’ai essayé de proposer une séance de thérapie familiale, mais cette initiative a visiblement troublé et inquiété les deux enfants que je rencontre individuellement. Tous les deux aiment beaucoup leur temps individuel. Si l’espace réservé à la thérapie était plus grand, si d’amener ses enfants en counseling n’était pas aussi stressant pour la mère, si la famille n’était pas toujours en retard, si les deux grands pouvaient venir à des jours différents… Aucune de ces solutions souhaitées ne peut être envisagée sans créer davantage de stress pour la mère. Or c’est elle qui, après tout, est centrale dans la guérison qui s’opère. Pour aussi difficile que cela puisse être, je pense que c’est une bonne chose que le thérapeute essaie d’étendre les attitudes thérapeutiques à la salle d’attente et à la famille de l’enfant.

Post-scriptum

59

Plus de deux ans se sont écoulés depuis l’enregistrement de cette séance. Au cours des séances récentes, Davey n’a que rarement juré ou parlé d’une voix douce ou cruelle. Il peut se passer des mois sans qu’il ne baigne le bébé, mais il fait fréquemment la vaisselle et semble souvent imiter les voix et les accents de ses maîtresses d’école. Il donne beaucoup de mauvaises notes aux devoirs qu’il me fait faire.

60

Les limites qui sont mises aux activités de Davey pendant nos séances sont encore parfois du domaine de la confusion. Chaque semaine il nous faut revoir ensemble comment nous allons procéder. Depuis que j’ai écrit les commentaires précédents, j’éprouve bien moins d’anxiété à l’idée que la moquette va se mouiller, que les réserves vont s’épuiser et que Davey va être rendu à sa mère avec une chemise mouillée ou des lacets défaits. À cela il y a probablement deux raisons : d’une part, l’accroissement de ma confiance en moi en tant que thérapeute et d’autre part le développement continu de la maturité physique et émotionnelle de Davey.

61

Ce qui m’a aidée à me sentir plus fermement intégrée et entière lorsque je travaille, c’est en partie la prise de conscience continue de ce que signifie être en relation avec un client et l’acceptation que des dilemmes puissent surgir éternellement. J’en suis venue à comprendre, en particulier avec la cocasserie spontanée qui peut se produire avec certains clients, que je ne peux être que qui je suis. Être thérapeute semble impliquer sans fin des réactions évaluatives immédiates. Je suis moins préoccupée maintenant par l’idée de prendre la « bonne » décision ; par ailleurs j’accepte que les moments de thérapie et la relation soient fluides et en processus. Faire de mon mieux pour rester dans une position d’acceptation qui me permette de chercher à être présente à mon client et à le suivre dans la relation, tel est mon travail.

La congruence du thérapeute dans le contexte de la thérapie d’enfants

62

Avec le temps, il y eut plusieurs facteurs qui m’ont permis de ressentir que j’avais plus de confiance en moi dans mon travail avec les clients. Il y eut peut-être deux événements qui sont intervenus directement dans ma relation avec Davey. Le premier fut un changement de thérapeutes avec lesquels je partageais l’espace réservé à la thérapie. Pendant presque toute la première année de mon travail avec Davey, j’ai partagé cet espace avec des thérapeutes qui avaient plus d’années d’expérience que moi. J’avais peur qu’ils ne critiquent les dommages, quels qu’ils fussent, causés au local par ce que j’autorisais pendant les séances. Le temps passant je suis devenue « thérapeute-senior » dans cet espace thérapeutique ; du coup je me suis sentie comme seule responsable du local et par conséquent plus libre. Au même moment, je suis tombée sur un livre qui avait pour titre « Difficult moments in Child Psychotherapy » [ndt : Moments difficiles en Psychothérapie enfantine] (Gabel, Oster & Pfeffer, 1988). Ma conscience personnelle se trouva libérée et ma confusion dissipée à la lecture de toutes les anecdotes rapportées par des thérapeutes chevronnés. La comparaison de mes propres réactions face à l’inattendu avec celles de cliniciens plus expérimentés augmenta ma confiance en moi en tant que thérapeute responsable et compatissante.

63

Je crois que le temps que l’enfant et moi passons ensemble, dans une relation facilitée par les conditions nécessaires et suffisantes énoncées par Rogers, aide l’enfant à rassembler ses propres ressources pour faire face aux contraintes de son existence dans la vie réelle. Et cela est vrai, qu’il exprime ou non pendant la thérapie ce qui est difficile pour lui dans sa propre vie et/ou qu’il manifeste qu’il en a pris conscience. Rogers a repris en 1977 ce qu’il avait déjà dit en 1940 :

64

Le but n’est pas de résoudre un problème en particulier mais d’aider l’individu à grandir afin qu’il puisse faire face d’une manière mieux intégrée au problème actuel et à ceux qui émergeront plus tard.

65

En 1951, Rogers décrit le counseling comme offrant l’opportunité au client de prendre des décisions pour lui-même. Ces mots de Rogers résonnent en moi en ce qui concerne la séance dont il est question dans cet article :

66

[…] il est entendu qu’il [le client] est capable de prendre des décisions pour lui-même. C’est ainsi que dans chaque série d’entretiens le client fait des centaines de choix concernant ce qu’il doit dire, croire, refuser, faire, penser, ou encore ce qui est relatif aux valeurs qu’il peut attribuer à ses expériences. La relation devient alors aire de pratique continue dans le faire des choix qui progressivement mûrissent et se font plus responsables.

67

Au cours des séances j’essaie de vérifier avec le client si je comprends ses intentions et si ce que nous faisons est bien ce qu’il veut que nous fassions. Alors que Rogers s’interrogeait sur les effets d’une attitude empathique, acceptante et non-directive de la part du thérapeute, il écrivit :

68

Qu’est-ce qui est capital dans l’attitude du counselor, est-ce son désir absolu de permettre au client d’exprimer une attitude quelle qu’elle soit ? Si oui, la permissivité est-elle le facteur le plus important ? Cette question peut difficilement paraître adaptée au contexte du counseling et pourtant dans la thérapie par le jeu il semble qu’elle puisse souvent être prise pour base. Le thérapeute peut parfois ne jamais parvenir au cadre de référence interne de l’enfant. L’expression symbolique de celui-ci est si unique ou si complexe que le thérapeute n’arrive pas à la comprendre. Et pourtant, l’acceptation du client ne pouvant être complète que si le counselor est d’abord capable de le comprendre, la thérapie avance en grande partie, semble-t’il, sur la base de la permissivité.

(1951)
69

Quand un thérapeute d’enfants pratique la permissivité pour permettre à l’enfant d’exister dans la relation avec le maximum de présence de son self, la séance peut devenir sauvage, imprévisible, avec de fréquentes manifestations très physiques. Et la question de mettre ou non des limites peut se poser. Le dilemme pour le thérapeute réside dans le désir d’être permissif d’une part et le sentiment du manque d’authenticité que lui crée sa préoccupation des conséquences de ce qu’il permet, d’autre part.

70

En 1951, Rogers n’avait pas encore introduit le terme de congruence. (Ce n’est qu’en 1957 que ce terme semble être apparu, sous forme publiée, en référence à la première des trois attitudes centrales du thérapeute-facilitateur. Cf. Barrett-Lennard, 1998.) Cependant, en 1951, Rogers parlait déjà de la « troisième caractéristique » de la thérapie non-directive qu’il avait définie sous une forme préliminaire en 1946 et qui dès 1956 a été connue sous le terme de « congruence » :

71

Ce type de relation (relation thérapeutique caractérisée par l’acceptation du client et une compréhension empathique de celui-ci) ne peut exister que si le counselor est profondément et authentiquement capable d’adopter ces [deux] attitudes. Le counseling centré sur le client, pour être efficace, n’est ni un truc ni un outil. Ce n’est pas une manière subtile de guider le client tout en prétendant le laisser se guider lui-même. Pour être efficace, il doit être authentique. C’est cette « centration sur le client[3][3] Ndt : anglais « client-centeredness ». Néologisme proposé :... » dans la relation thérapeutique que je considère comme la troisième caractéristique de la thérapie non-directive qui la met si nettement à part des autres approches.

72

En ce qui me concerne, cela veut dire que pour être profondément, authentiquement, sensiblement et sincèrement centrée sur le client, j’ai besoin d’être suffisamment confortable dans mon rôle de thérapeute pour être capable de me plonger dans la tâche thérapeutique, et de vivre l’acceptation empathique pendant la séance. En 1957, définissant la congruence, Rogers écrivit : « […] dans la relation, il [le thérapeute] est librement et profondément lui-même ». Dans sa formulation théorique de 1959, il décrivit la congruence comme une « ouverture à l’expérience ». Pour moi, cela signifie que lorsqu’un thérapeute est disponible à lui-même, ouvert à lui-même, il est plus immédiatement réceptif à son client et sensible aux nuances de ses intentions.

73

Il semble que l’état de congruence soit souhaitable autant pour le thérapeute que pour le client. Bozarth (1998, 2001) attire notre attention sur ce que Rogers dit de l’application de la théorie centrée sur le client à la vie de famille. Dans le parallèle que celui-ci fait entre la relation parent-enfant et la relation thérapeute-client, il lui semblerait que ce soit l’acceptation par le parent de ses propres sentiments dans sa relation avec l’enfant qui permette à l’enfant de s’accepter lui-même et de bien s’adapter (1959). Il s’ensuit que c’est à travers la congruence, qui découle de son ouverture à sa propre expérience par l’acceptation-de-soi-sur-le-moment, que le thérapeute est le plus apte à suivre pleinement et ouvertement le client. Ressentant l’intérêt authentique et réel que le thérapeute porte scrupuleusement à la compréhension et à l’acceptation empathiques, le client, dans l’état de croissante congruence qui est le sien, fait l’expérience de l’accroissement de l’acceptation de soi et de l’ouverture à soi comme aux autres.

74

Dans la séance de thérapie transcrite plus haut, un jeune garçon fait un usage intense du temps thérapeutique. En tant que thérapeute je fus moi-même mise en question par l’utilisation que le client fit du temps, de l’espace, du matériel et de l’eau. En 1959, Rogers écrivait encore :

75

Il est encore important de noter que l’accent est mis sur l’expérience dans la relation. On ne s’attend pas à ce que le thérapeute soit tout le temps une personne complètement congruente. En vérité, si cela était une condition nécessaire, il n’y aurait pas de thérapie. Mais il suffit que, dans ce moment particulier de la relation immédiate avec cette personne spécifique, le thérapeute soit complètement et entièrement lui-même et que son expérience du moment soit exactement symbolisée et intégrée dans l’image qu’il a de lui-même. C’est ainsi que des êtres humains imparfaits peuvent être d’assistance thérapeutique pour d’autres êtres humains imparfaits.

76

Pour Ellingwood et Raskin (1993) :

77

Dans la thérapie d’enfants, la congruence du thérapeute est souvent mise à l’épreuve car l’enfant peut se conduire d’une manière qui stimule chez le thérapeute des sentiments fortement négatifs. Cela peut arriver très vite. […] Parfois les sentiments du thérapeute, révélés par l’expression du visage, le ton de la voix, les mouvements du corps, peuvent être communiqués à l’enfant avant que le thérapeute ne soit pleinement conscient de ses sentiments.

78

Je crois que l’on peut voir cela à plusieurs reprises dans la séance avec Davey. J’ai été plusieurs fois consternée, en tant que thérapeute, par le niveau de mon malaise et de la manière dont j’accablais mon client avec ce malaise. Il me semble que, dans cette séance, je me sentais assiégée ; à certains moments, je repoussais plutôt que je n’acceptais mon malaise et mon désarroi. Cela diminua quelque peu ma capacité de suivre et d’accepter mon client de manière régulièrement empathique. Cependant sur le moment j’ai pensé, et je le pense encore, que ce fut pour Davey et pour moi, une séance bonne et constructive. Il est vrai que je me tourmente et que j’angoisse avec mes clients. Néanmoins, je peux dire que les deux parties de mon être, à savoir ma manière de mettre en œuvre les attitudes de base avec Davey et la prise de conscience de mon questionnement continu, furent présents pendant la séance, même si elles ne le furent pas toujours parfaitement.

79

Dans l’extrait du poème qu’il a intitulé « Le Regard Positif Inconditionnel, Une Ouverture Profonde », Armin Klein (2001) s’exprime ainsi :

80

Tout d’abord, mon ouverture – quand je peux l’atteindre – semble petite et sur la défensive.

Effrayé, comme je le suis devant de nouvelles interactions, et effrayé, comme je le suis, particulièrement,

Face à l’inconnu – sans structures.

En essayant de m’ouvrir, je ne suis pas dupe qu’il n’y ait un endroit

Où je vais qui ne soit autre que l’inconnu et l’imprévisible.

Alors j’ai peur, même si j’ai grandi confortablement avec mes peurs, impressionné par la croissance qu’elles me promettent.

81

Soit ! Je suis anxieuse, mais je deviens de plus en plus capable d’accepter cette inquiétude et de lui rester ouverte. Ce faisant, je deviens plus libre de poursuivre mon expérience, ma pensée et mon développement en tant que thérapeute.

Conclusion

82

Le client et moi, nous travaillons ensemble aussi bien que nous en sommes capables. Il y a moi, simplement, guidée par la théorie que j’ai choisie et par mon intention d’être au service du client de manière responsable et facilitatrice, et il y a le client, qui essaie d’être, d’exister dans ce monde difficile qui est le nôtre. Je me souviens qu’il est « nécessaire et suffisant » (Rogers, 1957) pour le thérapeute d’être authentique, chaleureux, sincère et sensible, attitudinellement disponible dans la relation thérapeutique, suivant et acceptant le client empathiquement. Dans la relation, le thérapeute est ouvert à sa propre expérience dans la mesure où il s’attache à être ouvertement acceptant et empathiquement présent avec le client. Ces instructions sont simples, et pourtant elles sont considérables.


Références

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  • Axline, V. (1969 Rev. Ed., 1947). Play Therapy. New York : Ballantine.
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  • Rogers, C. R. (1977). Carl Rogers on Personal Power : Inner Strengh and its Revolutionary Impact. New York : Delacorte Press.

Notes

[*]

Note de l’auteur : sans les conseils si généreusement consentis de Barbara Brodley, Jerold Bozarth, Suzan Pildes, Garry Prouty et Bert Rice, cet article n’aurait jamais vu le jour.

Publié sous le titre « A Dearth of Suds » in The Person-Centered Journal, 2002, Vol. 9, N° 2, pp. 113-139. Il s’agit du texte révisé de la conférence donnée par l’auteur, en l’an 2000, lors du Congrès de l’ADPCA à La Jolla, en Californie. Par respect pour l’auteur, l’orthographe américaine a été utilisée en français là où l’anglais s’imposait.

[2]

Ndt : néologisme créé par Augustin Berset (communication personnelle).

[3]

Ndt : anglais « client-centeredness ». Néologisme proposé : centrativité sur le client.

[**]

Traduction        Françoise Ducroux-Biass, révisée par l’auteur

Résumé

Français

Cet article est le récit d’une séance de thérapie avec un enfant, émaillé de nombreuses réflexions et interrogations de l’auteur. Il comprend la transcription intégrale de la séance ainsi que les commentaires de la thérapeute sur son déroulement, sur les échanges, ses propres réactions et questions à propos de son accompagnement. Elle montre comment elle est interpellée par sa propre congruence dans la thérapie, l’organisation du temps, l’établissement des limites et l’intention de non-directivité.
Les problèmes de fin de séance avec un enfant souffrant de handicaps sérieux, tant sur le plan physique que comportemental, des rapports avec les parents comme avec la fratrie sont également illustrés et discutés, avec le voile d’anxiété que cela soulève pour une thérapeute dont le désir est avant tout de répondre aux critères de la relation thérapeutique non-directive.
Finalement, dans un post-scriptum écrit plus de deux ans après cet enregistrement, Kathryn Moon évoque l’évolution positive de Davey (langage et comportement). Elle relève aussi son évolution professionnelle vers une plus grande confiance, avant de revenir sur les conditions fondamentales de la thérapie centrée sur la personne dans le cadre de la thérapie d’enfants.

Mots-clés

  • congruence du thérapeute
  • thérapie d’enfants
  • conditions nécessaires et suffisantes
  • non-directivité
  • organisation du temps
  • permissivité
  • limites

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. Le client
  3. La séance
    1. La séance est-elle vraiment terminée ?
  4. Post-scriptum
    1. La congruence du thérapeute dans le contexte de la thérapie d’enfants
  5. Conclusion

Pour citer cet article

Moon Kathryn A., « " Des restrictions de mousse pour Davey " ou Les pensées d'une thérapeute pendant une séance de thérapie d'enfants », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 1/2008 (n° 7), p. 28-59.

URL : http://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2008-1-page-28.htm
DOI : 10.3917/acp.007.0028


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