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Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche

2009/2 (n° 10)

  • Pages : 98
  • DOI : 10.3917/acp.010.0029
  • Éditeur : ACP-PR

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Considérer les erreurs comme des « maîtres » à penser et à apprendre peut être un beau principe de méthode pour agir créativement, écologiquement : car il implique « un regard positif » sur les choses, les êtres et les faits. Et les « faits » sont pour nous – n’est-ce pas – comme pour Carl Rogers, « toujours des amis ».

Ce principe heureux, édicté en vue de mieux apprendre, tire d’autre part sa légitimité, sa vérité efficace, d’un lointain adage, latin, culturellement reconnu et révéré : « Errare humanum est ! » (ne faut-il pas « rendre à César ce qui est à César ! »).

L’erreur « humaine »

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Oui, l’erreur, étant « humaine », mérite de ne pas être appréhendée comme un motif de découragement ou d’humiliation mais, au contraire, comme une occasion, un prétexte incitatif : de dépassement, d’amélioration, d’amendement, d’invention et de progrès. Elle peut avoir une fertile positivité à condition de bousculer toute fixation hostile et toute « persistance » à la reproduire (dénoncée comme « diabolicum » par nos pères latins !).

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Au diable donc les aigreurs sur les erreurs ! Mais, en revanche, entrons en recherche à partir du signe que nous fait toute erreur, amicalement ! Carlo Goldoni ne nous rappelait-il pas l’intérêt d’un tel signe, dès le Temps des « Lumières » : « Nous sommes tous des hommes sujets à nous tromper. Quand l’homme se reprend, la vertu du repentir enlève tout le démérite des fautes commises ». Fautes, erreurs, nous ne pouvons non plus oublier ce qu’en disait plus anciennement Saint-Augustin par un « etiam peccata » : même les « péchés » peuvent pousser à retrouver le bon chemin et les hauteurs, ainsi que Paul Claudel se plut à l’illustrer par l’immense aventure placée sous le signe d’un fragile « Soulier de Satin ».

Et, nous rappela aussi, aux « Lumières », le marquis de Beccaria : « L’histoire des hommes est une mer immense d’erreurs où l’on voit surnager ça et là quelque vérité mal connue » – ça et là, la vérité peut donc émerger, pour nous, par « plaques » solides, comme nous l’indiqua le philosophe des sciences Michel Serres ; de quoi nous permettre de ricocher et rebondir scientifiquement, de galet en galet, sur l’océan fuyant du Réel.

L’erreur et la science

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Car la Science dans sa mouvance s’illustre effectivement, de place en place, par des tâtonnements heureux de chercheurs qui, en raison d’une erreur commise par eux, – dans une situation, une manipulation maladroite ou une crispation rationnelle, – se retrouvent prendre pied sur une découverte s’avérant décisive.

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La philosophe Judith Slanger, réfléchissant sur « Les concepts scientifiques », en dresse, en conte, à ce sujet, un juste compte : « Charles Richet raconte comment la conception de l’anaphylaxie s’est présentée à lui en plein voyage au milieu d’un bateau surpeuplé. Haüy raconte comment un cristal de spath, brisé par inadvertance, en lui révélant sa structure, a ouvert la cristallographie. Nicole raconte comment c’est en enjambant les corps étendus arrêtés au seuil de l’hôpital qu’il a subitement perçu qu’elle était l’origine du typhus » [1][1] Isabelle Slengers et Judith Slanger, 1991, p. 74..

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Ainsi « racontent-ils »… Et je ne puis non plus oublier que c’est une maladresse ayant endommagé un appareil qui a mis les physiciens Davisson et Germer sur la voie de découvrir, de mettre en « lumière », fortuitement !, la diffraction des électrons par des cristaux, vérifiant en conséquence, expérimentalement l’exactitude, la vérité, des concepts, des hypothèses, de la Mécanique ondulatoire, formulée – n’était-ce révolutionnairement – par le prince Louis de Broglie.

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On conçoit sans peine que Judith Slanger puisse en toute généralité conclure, unissant erreurs et échecs à des révolutions scientifiques : « Les trois exemples canoniques sont ici Copernic, Lavoisier et Maxwell-Einstein. Dans ces trois cas typiques de révolution scientifique, l’émergence d’une perspective neuve a pour fond l’échec des théories en place » [2][2] Ibidem, p. 114. mais, par la suite, elle assure la confirmation d’essais théoriques originaux, inattendus, neufs ou en rebondissement.

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Erreurs, Echecs et… mat ?, peut-on dire pour et par la Science ? Karl Popper, en effet, traitant de La connaissance objective, va droitement à une scientifique recherche de l’erreur, se félicitant qu’un physicien, John Archibald Wheeler, ait pu reconnaître : « tout notre problème est de commettre les erreurs le plus vite possible » [3][3] Karl Popper, 1981, p. 372.. Humour, audace…, le plus vite… ! ?

Pour Popper et pour la Communauté scientifique avec lui, « la principale différence entre Einstein et une amibe […], c’est qu’Einstein recherche consciemment l’élimination de l’erreur. Il essaie de tuer ses théories : il est constamment critique à l’égard de ses théories et, pour cette raison, il essaie de les formuler de manière précise et non pas vague. Mais l’amibe ? » [4][4] Ibid. p. 70.. À votre avis que feraient ou penseraient les amibes ? Auraient-elles de la stupeur, ou bien de la révérence ? Optons pour celle-ci !

Paradoxe du réalisme par l’erreur

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L’erreur est vraiment à respecter, à honorer, par notre humour naturel et notre attention bienveillante – Popper insiste : au plan scientifique, il importe de rechercher, sur une théorie, sa « réfutabilité » en raison d’une « falsification » possible, donnant par l’erreur la preuve de sa scientificité garantie. « Car les falsifications sont de la plus haute importance… Elles nous enseignent l’inattendu, et elles nous rassurent » [5][5] Ibid. p. 309.. Est-ce sûr ?

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C’est un paradoxe réconfortant, n’est-ce pas, que nous propose et qu’étend longuement devant nous Popper : « C’est à travers la falsification de nos suppositions que nous entrons en contact effectif avec la ‹ réalité ›. La découverte et l’élimination de nos erreurs sont le seul moyen de constituer cette expérience ‹ positive › que nous retirons de la ‹ réalité › » [6][6] Ibid., p. 525.. Alors, erreurs, écarts, échecs et crises, à vos marques, prêts, partons… athlétiquement ou à la mode balistique !…

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Car on sait encore que, de l’inexactitude de tirs d’obus, les artilleurs, sous la conduite des scientifiques et des statisticiens, savent obtenir de l’efficacité : en atteignant leur zone visée grâce à la « dispersion » incertaine des projectiles, encadrée et maîtrisée en une fourchette escomptée avec précision, par la grâce du Calcul de Probabilités !

C’est bien à une « approche » (athlétique ou balistique ?) analogue que nous a conviés Carl Rogers, n’est-il pas vrai ?, en accueil des erreurs et en acceptation « inconditionnelle » de la « faillibilité » de toute « expérience » indispensable et toujours « positive » ! « Ce n’est pas parce qu’elle est infaillible que mon expérience fait autorité » [7][7] C. R. Rogers, 2005, p. 22. reconnaît-il, professe-t-il, dans « On becoming a Person », ajoutant : « Elle [l’expérience] est à la base de toute autorité parce qu’elle peut toujours être vérifiée par des moyens primaires. C’est pourquoi ses fréquentes erreurs – sa faillibilité – peuvent toujours être corrigées » [8][8] Ibid..

«Approche » rogérienne et « Approximations »

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Selon ce qu’explicite Carl Rogers dans Le développement de la personne, l’approche de la réalité ou de la vérité peut toujours être améliorée, d’approximations inexactes en approximations plus ajustées, comme peuvent nous y rendre sensibles les processus d’une évolution psychique, thérapeutique, positivement accompagnée, dont les étapes peuvent être signifiées éventuellement sur l’échelle des graduations d’un « q- sort », entre autres mesures possibles.

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L’expérience, intérieure autant qu’extérieure, ou mieux l’« experiencing » – selon l’inspiration de John Dewey qui a pénétré Rogers – est donc proposée dans sa « faillibilité », selon des dissonances perçues avec attention, suivant une suite tranquille, sans impatience ni brusquerie, d’essais de rectification et de découverte, apportant des résolutions aux complexités ou crises rencontrées en chemin, dans les rapports à soi et à autrui.

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La démarche située en une approche – centrée – sur la Personne s’établit bien sur une suite de tâtonnements et de rectifications, d’écarts apparus et/ou réciproquement ressentis. C’est une conception « cybernétique » de la conduite, à vue ou à l’oreille, en écoute et vue cordiales, qui est appliquée ; ou comme l’a dit encore Carl Rogers, c’est une « conduite en dérapage contrôlé ! » [9][9] I swing the wheel « with the skid », in C. R. Rogers,....

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En ces « conduites », dans des rapports interactifs, en accompagnement vigilant, on ne peut ignorer, cliniquement ou éducativement, ce qui s’exprime selon des glissements successifs, non réprimés. La communication ou aussi bien l’expérience intérieurement ressentie s’effectuent selon une suite d’approximations imparfaites, alourdies d’erreurs provisoires, de retouches corrigeant les involontaires « trahisons » ou « traductions » en suite de réexpressions empathiques. Personne ne saurait dire d’un seul coup sa pensée ni révéler son psychisme, de façon totale non plus qu’en toute exactitude ! A fortiori, si elle est en trouble intérieur ou en conflits complexes.

Positivité écologique et non-négativités

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La communication interpersonnelle, le développement de la personne, peuvent se fonder sur une succession d’esquisses de soi ou de syndromes, voire de regrets et de régressions qui, accueillis et soutenus positivement en dialogue et réverbération patiente, peuvent se remodeler, s’améliorer, s’ajuster. L’expérience intérieure et l’expression progressive, à proximité de quelque « miroir » bienveillant, peuvent se rectifier d’elles-mêmes : d’inexactitude en inexactitude, de détour en détour, de métaphore en métaphore. Évolutivement, écologiquement, peuvent alors se remettre en ordre naturel, en place : des indications, des sentiments plus ou moins pénibles ou écartés, des souvenirs oubliés ou refoulés, reclassés progressivement, comme selon le remaniement des chiffres dans un « Rubik’s cube » ! La personne se retrouve, se reprend, se réapprend ! Et souvent plus vite qu’on ne le pensait.

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À l’inverse, si une personne ressent, plus ou moins dans ce qu’elle exprime directement, suspectées et non admises, une inexactitude, quelque présentation erronée de faits – ou une dissimulation probable dans ce qu’elle tente d’exprimer – elle est irrésistiblement poussée à se « défendre », en se bloquant obstinément sur son « erreur ». La « défensivité » est mauvaise conseillère, son agressivité réflexe, n’instruit pas ; elle enferme en réactionnalité, détournant de l’« expérience » et de sa positivité directe ; elle se révèle comme un piège. Il convient toujours d’agir pour progresser et apprendre, et non point de réagir impulsivement, porté à la régression, entravé, en suspicion contre la suspicion pressentie !… et en perte de temps… Toujours en « non-défensivité » ! La « non-défensivité » est un paradigme de non-négativité qui peut servir à spécifier l’une des précautions inhérentes à l’« approche centrée sur la Personne », plus sagement que « non-directivité » ; j’en avais jadis parlé avec Carl Rogers. La négation d’une négativité est bien une positivité ! Et l’« erreur » n’est point faite pour nous fâcher contre quiconque ou contre soi !

Erreur et errance

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Alors, après cette première « reconnaissance », intéressons-nous davantage à l’« erreur », nous reportant jusqu’en ses racines. Qui dit erreur entend, étymologiquement depuis le latin, dire aussi « errer » ! Et voilà de ce côté un piège auquel je ne puis manquer de me laisser prendre : « errer », sur la pluralité des manières selon lesquelles on peut situer l’erreur, la draper, aussi bien qu’en apprendre, à condition de n’en point faire une « faute » appelant opprobre et condamnation ! Errons donc ! L’erreur serait-elle à situer dans une attitude, maladroitement ou effrontément adoptée par notre raison ou nos sentiments, face à des choses, à des faits ou à des êtres, selon des relations et par rapport à un contexte particulier ? S’effectuerait-elle par une affirmation ou une négation, une distance accusée ou une appropriation renforcée ? Résulterait-elle d’une plus ou moins claire « volonté de puissance », ou d’une hâte inopportune, ou d’une vanité… L’erreur potentielle se placerait-elle plutôt dans un comportement : un maniement maladroit ou indu d’objets et d’instruments ; ou bien l’oubli d’une consigne ou d’une réglementation ; le détournement d’un objectif ; l’omission de personnes par légèreté ou « acte manqué » ; un défaut d’attention ou d’écoute ; une indolence ou une impatience, une distraction… ?

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Il est également possible de voir l’erreur se disposer concrètement, à des niveaux variés de notre fonctionnement physique, sociétal ou mental, dans nos conduites. On ne peut ignorer des risques d’erreur dans des rangements, des manipulations, mais aussi dans des perceptions et dans des mesures. Ses possibilités peuvent se retrouver dans des imprécisions de perception, dans des maladresses d’intervention, dans des défauts de communication, dans des oublis de mémoire. Elles peuvent aussi provenir d’imperfections de codage ou décodage, de référence ou de repérage de compréhension ou de contextualisation, de raisonnement ou de méthode.

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Et encore ! Les erreurs à accueillir sont-elles consécutives à quelque aridité, à un découragement ou à une présomption, à un emballement ou à une fuite, à une fatigue ou à un ennui, à un refus de soi-même ou d’autrui, à une surprise ou à une lassitude, à un défaut de concentration, à une nervosité, à une crispation ou même à une peur (en quelque « crainte ou tremblement », selon Kierkegaard qu’appréciait Carl Rogers) ?…

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Erreur, donc errer : était-ce ce qu’il fallait « démontrer » ? Je ne sais pas si je viens de suffisamment, ou adéquatement « errer » ! Mais, de la variété des formes d’erreur appréhendées, ce que je puis retirer, en raison de telles « capacités », c’est le souci d’en tenir compte, et à nouveau positivement. Car, quelle qu’elle soit, l’erreur est une alerte pour une rectification possible, pour une progression, pour une remise en ordre : psychique et intellectuelle, sociale et culturelle, scientifique et civilisationnelle. Il faut savoir en pro- fiter et non s’en défier peureusement ou vindicativement.

Non à l’erreur de l’erreur

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Bien entendu, le rapport à l’erreur, par inversion de sa négativité apparente en positivité instructive, exige qu’en aucun cas on ne se laisse aller à la « diaboliser » ! Le pire travers qui menace tout responsable, vis-à-vis de soi ou d’autrui, serait de tomber dans l’erreur de l’erreur, c’est-à-dire dans la transformation de l’erreur en « faute » et de son auteur en « coupable » à blâmer et réprimer, en inepte diabolisation !

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Je suis souvent indigné de constater que des enseignants puissent traiter des erreurs d’orthographe ou de calcul, des étourderies ou des défauts de compréhension, des inexactitudes d’application d’une méthode, de façon faussement éthique en fautes, et taxer leurs enseignés, apprenants ou « s’éduquants », de nuls (!), piétinant leur personne. La sagesse traditionnelle prenait soin, au contraire, de préserver les personnes en indiquant la nature de l’erreur relevée afin de mettre en mesure de la rectifier et de progresser. Ainsi (soyons encore « latins ! »), on disait des erreurs lexicales ou grammaticales sinon rationnelles qu’il s’agissait, dans une version latine à traduire, de « barbarismes », de « solécismes » ou de « contre-sens », désignant les corrections langagières ou scripturaires à faire, sans contrition ni humiliations !

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Oui, toute erreur, quelle qu’elle soit, appelle non pas une culpabilisation erronée mais une positive évaluation : ce qui signifie, étymologiquement, faire émerger les valeurs, en soi ou pour soi, en autrui ou pour autrui. Oui, toute erreur est bonne à saisir pour l’inverser en hypothèse rectificative, en rééquilibrage affectivo-mental, en interactions fécondes entre des personnes… Elle est bonne à prendre : pour apprendre ? !

Apprendre ?

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Me voilà bien ramené à un passionnant projet : « apprendre par les erreurs ». Mais j’ai déjà vaillamment circulé autour de celles-ci, je pense ! Il me revient de tourner avec attention aux alentours du verbe interpellé !

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« Apprendre » : ce terme nous vint en français, à partir du latin populaire « apprendere » qui dérivait du latin classique « apprehendere », duquel nous reste surtout, touchant l’esprit, l’« appréhension ». Je note le préfixe « ad », tournant « vers » quelque chose ou quelqu’un. Mais le verbe « parare », par sa dérivation en français, au temps de l’Arioste, nous a donné le verbe « parer » qui veut aussi bien dire « se défendre » que « mettre en beauté, décorer » !

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Et je reviens vers le « ad », le « vers », qui insiste sur une direction, de contact ou de saisie, de sens, qu’il conviendra d’intérioriser aussi bien que d’extérioriser. Et je ne cesse de penser, en notre humaine et faillible condition, qu’on apprend pour soi et en soi mais aussi pour les autres et par les autres, avec les autres et pourtant seul : en paradoxes ou « dialogiques » à combiner et « parer », successivement et simultanément, nous mettant en « co-naissance au Monde et de soi-même », ainsi qu’osait l’écrire Paul Claudel, oui en « naissance » aux autres et à « soi-même » !

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Les « autres » ? Michel Serres nous réunit, nous englobe, nous habille en « Arlequin », grâce à eux : « Apprendre, c’est devenir gros des autres et de soi. Engendrement et métissage. Comme la troisième personne est esprit, le manteau et la chair d’Arlequin s’ensemencent d’esprits colorés : feux » [10][10] Michel Serres, 1991, p. 245..

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Ainsi, par sa métaphore de l’Arlequin, Michel Serres nous invite à nous souvenir que notre vêtement de vie – personnelle et collective, culturelle et sociale – est composé et orné de divers morceaux de savoirs et de valeurs, tissés et teintés par des maîtres et amis, aux couleurs et références contrastées… Il nous prévient donc d’épurer « notre désir de savoir […] de toute compulsion à la domination », et de pratiquer, en sentiment modeste des approximations, une « vergogne de la raison » [11][11] Ibid., p. 186.. Ajouterais-je : une indulgence et une reconnaissance ? ! Ou quelque réjouissance avec autrui !

Car – en écho et résonance au plaisir d’enseigner, ou d’accompagner, un apprenant (un « patient ») – « apprendre » c’est se préparer à « la Joie de connaître » que chanta (et joua) jadis le géologue Pierre Termier [12][12] Première et dernière phrase d’une lecture en séance... ; c’est s’accorder une satisfaction de « savourer » des « savoirs » apprêtés, goûtés par d’autres ; c’est conforter, élargir, nourrir même (!) notre recherche de compréhension des autres ou de nous-mêmes.

Connaissances perfectibles parce qu’imparfaites

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De cette quête de co-naissance et connaissances, de cet effort d’apprendre, aux fins d’accrocher, de coudre ensemble à nos expériences (intérieurement tissées en mémoire) les broderies et dentelles filant les découvertes et les opérations ou gestes multiples enregistrées par la Pensée, les Arts et les Sciences, nous ne pouvons écarter nos approximations, nos propres inexactitudes, non plus que les erreurs inhérentes à toute intelligence humaine comme à toute Culture.

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Intelligences et cultures, si hautes et si avancées soient-elles, sont limitées dans leur essor, dans leurs progrès (même inouïs, comme en sciences et en philosophie), mais restent perfectibles parce qu’imparfaites : comme en témoignent, de façon imparable, le théorème d’« incomplétude » ou d’« indécidabilité » par le mathématicien génial Kurt Gödel en 1931, ainsi que le Principe d’Incertitude établi par le grand physicien Werner Heisenberg, à la même époque (Prix Nobel en 1933).

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En ces perspectives, les Imperfections et Approximations – ocellées, incrustées d’Erreurs – ne sont pas faites, à notre niveau, pour nous décourager et nous porter à un pessimisme, encore moins pour nous aligner, nous arrêter, sur des pensées et des comportements négatifs et peureux ! Elles nous provoquent à agir (et non à réagir affectivement !) : en vue d’inverser en positivité à établir ce qui pourrait être trompeur et négatif.

C’est ce que peut signifier le « non » qui peut être mis en préfixe sur un terme signifiant une action ou une intention, pour désigner leurs limites et refuser leurs excès, leurs absolutisations. Ainsi fallait-il, faut-il comprendre le sens positif de la « non-directivité », énoncée dans les années quarante du XXe siècle par Carl Rogers. C’était bien dans l’esprit d’une « Philosophie du Non », élaborée en France à la même époque par le Philosophe Gaston Bachelard, traitant de « l’ankylose des intuitions premières », source d’abus et d’erreurs [13][13] G. Bachelard, La Philosophie du non, 1941 (2005), p. 104,... dont il faut se préoccuper, à temps, mieux que de les « déconstruire » à l’invitation de Derrida, d’en inverser les inerties, les ankyloses ou les excès et, au mieux ou au pire, les erreurs.

Paradoxes rogériens et Positivité

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Oui, inverser quand il le faut ! Un tel souci méthodologique, écologique, me ramène à la positivité fraîche des paradoxes rogériens !, comme j’en ai dressé, après d’autres amis comme Max Pagès, quelque liste, dans le souci de décrire La Présence de Carl Rogers auprès de nous.

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Ainsi en est-il, en toute relation, notamment professionnelle, d’une « présence-distance », ou présence non pressante et distance non éloignante, que j’ai souvent symbolisée par le jeu d’approches et d’éloignements que réalise un colibri pour recueillir le nectar d’une fleur sans l’importuner ou même la blesser. On peut aussi noter le paradoxe d’une centration attentive sur un interlocuteur qui se ferait cependant sans s’ex-centrer de soi, en non-oubli de sa propre congruence. On peut parler encore de l’effort pour entrer dans le monde perçu par une personne sans se mettre néanmoins à sa place, en un équilibre d’identification empathique et de non-identification respectueuse.

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Il est également possible de relever le non-perfectionisme à pratiquer dans le projet d’aider des individus à se diriger vers le perfectionnement sans fin d’un « fonctionnement optimal ». Il y a aussi la précaution, accompagnant les personnes et anticipant sur leurs réflexions, de ne pas les dépasser ou précéder dans leurs voies d’orientation : selon les formes d’un « apprentissage » soutenu pas à pas quoiqu’ouvert en « pleine liberté »[14][14] Cf. Rogers, Client-Centered Therapy, p. 48. Je traduis :....

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Il me semble qu’on doit parler d’une non-modélisation dans le modèle même d’expérience pédagogique exposé responsablement par Carl Rogers dans « Liberté pour apprendre »[15][15] Cf. chapitre III : « Ma façon de faire n’est d’aucune.... Cette antinomie vaut aussi pour l’approche de counseling et de thérapie qu’il a explorée, audacieusement et prudemment, expérimentalement et en incessante théorisation, en « expérienciation » intime et en communication discutée !

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J’ajouterai, pour m’en tenir là, non-moralisation ou non-manichéisme, et pourtant éthique respectée ; non-institutionalisme, mais aussi non-individualisme, non-enrôlement quoiqu’équilibré par un non-anarchisme[16][16] Cf. A. de Peretti, 1997, p. 277 et les deux pages ....

Rappelons encore non-défensivité en toute positivité ! Et non-rejet de l’erreur heurtée, nous souvenant, à ce propos, de Hegel assurant que « le savoir ne se connaît pas seulement soi-même, mais encore le négatif de soi-même ou sa limite » [17][17] F. Hegel, 1939, p. 311.. Il y a aussi la « non-violence » positive, efficace, gandhienne, non citée par Carl.

Rogers en avance sur l’époque !

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Au terme de cette énumération de négativités positives, il est juste de reconnaître l’avance qu’avait prise, sur notre vive actualité, Carl Rogers : en s’accommodant de multiples paradoxes. Les chercheurs, au plus haut niveau scientifique, sont planétairement confrontés à des antinomies, à des oppositions paradoxales, qu’ils cherchent désormais à « modéliser » suivant des « dialogiques »[18][18] Cf. Edgar Morin, vocabulaire de ses ouvrages La Méthode,... : selon une « non-séparabilité »[19][19] Le physicien Bertrand d’Espagnat, dans À la recherche... inéluctable scientifiquement, activant une « reliance » par tension entre les opposés, ou entre de contradictoires entités et forces, erreurs et inerties incluses.

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Il s’agit, désormais, de tenter de saisir, au plus près, les réalités matérielles ou vivantes, par des procédures interdisciplinaires et multiréférentielles, dans leurs liens et reliances indissociables, et dans leur complexité respectée, non désagrégée : correspondant de la sorte au principe « Distinguer pour unir » du philosophe Jacques Maritain, et à l’axiome « Tout ce qui monte converge » de l’anthropologue Pierre Teilhard de Chardin.

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La science positive (mieux que positiviste), comme la pensée philosophique et psychosociologique, sont de plus en plus contraintes à s’attacher à prendre ensemble, dans leurs tensions d’oppositions, les réalités et leurs négativités inséparables, inéluctables.

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L’urgence – ou l’impatience compétitive – d’unification et de convergence qui en résultent est encore amplifiée par la Mondialisation sous toutes ses formes, sociales, technologiques et culturelles. L’Évolution planétaire, à tous ses niveaux, implique en conséquence, logiquement et dialogiquement, le refus des dissociations radicales, autant que des disséminations disciplinaires et, par suite, le refus de l’effacement, de la dissimulation inacceptable, de tout ce qui gêne, peine, effraie ou indigne – de tout ce qui « révolte » dirait Albert Camus.

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Le défi fait à une Société devenue Monde, aussi bien qu’à chacun, reste visiblement celui de braver les erreurs pour progresser et apprendre. Il n’est pas question de déchoir dans une hypocrisie défensive ni dans un optimisme simplificateur, encore moins dans un « catastrophisme » manipulateur. Mais, par respect de la vie et de la dignité humaine, c’est une positivité qui doit dominer et permettre, courageusement, que soient soutenues, en leurs réciproques inversions et tensions, l’Unité à construire et les Différences à accueillir et à épanouir.

On pourrait toutefois objecter qu’en prônant cette positivité dominante, on risque d’éliminer, d’amoindrir par inversion, parmi les négativités contrariantes, celle dont on ne peut cacher qu’elle est la plus « insoutenable » et à laquelle on a donné le nom, masculin (!), de Mal – sous toutes les formes de souffrance et d’injustice, et à tous les niveaux physiques, psychiques, éthiques et métaphysiques, individuels et collectifs qu’il peut investir.

Le courage de l’optimisme rogérien

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Ce n’est certes pas à un optimisme de dissimulation ou de dérobade que nous emporterait l’Approche centrée sur la personne. La souffrance et la frayeur ou les « fautes » réelles ne sont pas ignorées, ne sont pas « voilées », même si un physicien, Bertrand d’Espagnat, nous invite à concevoir « Le Réel voilé » [20][20] B. d’Espagnat, 1994..

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Rogers a précisé avec dignité, à propos de son œuvre professionnelle majeure : « Cette œuvre est relative à la souffrance et à l’espoir, à l’anxiété et à la satisfaction dont est rempli le bureau du thérapeute […] Elle est relative au client chez moi qui est assis là au coin du bureau, luttant pour être lui-même, et cependant mortellement effrayé d’être lui-même […] » [21][21] Carl Rogers, 1951, au début de sa préface. N.d.l.r. :....

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Il pouvait ajouter : ce livre « est relatif à moi en tant que je déplore mon humaine faillibilité à comprendre le client et les défaillances occasionnelles à voir la vie comme elle lui paraît » [22][22] Ibid.. En allusion aux souffrances d’un accouchement et à sa conséquence heureuse, Carl pouvait cependant parler de la révélation de la Vie « avec sa puissance aveugle et sa terrifiante capacité de destruction, mais aussi avec son élan compensateur vers la croissance, si la possibilité de croître lui est fournie » [23][23] Ibid..

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Ainsi la « croissance » (le « growth ») l’emporte sur les destructions ! Par respect pour les nouvelles générations à ne pas décourager le moins du monde, mais au regard des épreuves terribles subies et maîtrisées par sa propre génération, Rogers nous invite alors à bien regarder la splendeur de la Vie dominant le Mal et la Mort : ainsi nous le montre aussi l’« apoptose » où la mort programmée des cellules permet la survie des organismes, en un existentiel et symbolique paradoxe [24][24] Cf. Jean-Claude Ameisen, 2003, page 444 : « l’évolution....

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Carl Rogers nous a conviés à honorer la dignité des « ressentis » individuels et collectifs, avec leurs imperfections, et à reconnaître avec respect ce que chacun construit en lui et apporte aux autres. Il a pu déclarer, face aux divagations pessimistes, que « nous sommes finalement plus sages que notre intellect », et que « notre organisme dans sa globalité possède une sagesse et une intentionnalité qui vont bien au-delà de la pensée consciente » [25][25] Carl Rogers, 1980 (extraits traduits en français par....

Notre organisme ne nous invite-t-il pas à « un engagement commun envers chacun en tant que personne légitimement différente, avec des réalités différentes » ? Et « la tendance naturelle humaine à prendre soin de l’autre » ne nous engage-t-elle pas à « vivre ensemble pour apprendre les uns des autres sans avoir peur » [26][26] Ibid.. Sans plus avoir peur ?… Apprendre !

La double hélice

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Il faut faire ici le point. Le dépassement indispensable, critique, des « peurs » (et des violences qui s’ensuivent) nous oblige à faire un compte équitable des positivités et des négativités, des gains et des pertes, qui se développent au ras de « la Condition humaine » aussi bien qu’en haut du « Destin des Civilisations » [27][27] Allusions à La condition humaine d’André Malraux et.... Mais ce dépassement nous conduit, d’autre part, à ne pas oublier, historiquement, que la « catastrophe » n’est pas le dernier mot de la Civilisation humaine : « Le pire n’est pas toujours sûr » dit un proverbe portugais que cita aussi Paul Claudel.

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Je suis de plus en plus convaincu que la vision sereine et nécessaire du Devenir de l’Homme et de toute l’Histoire est à placer, en connivence avec la structure de l’ADN, sur les enlacements d’une « double hélice ». Edgar Morin, avec qui je m’en étais entretenu, a, pour sa part, présenté dans le tome V de sa Méthode « la double hélice de l’ère planétaire » se déployant, selon lui, depuis le XVIe siècle et la Renaissance.

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Il a ainsi distingué « une première hélice que l’on peut considérer métaphoriquement dans le sens propulseur ainsi que dans le sens génétique de l’ADN », à laquelle « s’est adjointe progressivement une seconde hélice, complémentaire et surtout antagoniste » [28][28] E. Morin, 2001, p. 216.. La première hélice serait celle de la force, des conquêtes et des violences ; la seconde développerait « les potentialités universelles de l’humanisme européen » [29][29] Ibid..

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À cette profonde vision historique d’une double « Mondialisation » je préfère proposer, aux plans anthropologique et relationnel – mais aussi en partage de perspective avec Pierre Teilhard de Chardin et Carl Rogers – un schéma proche, même si j’inverse l’ordre des hélices.

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Sur la première hélice, il me semble juste, en effet, de voir se localiser, s’enregistrer, des marques et des signes de positivités et de progressions : techniques, scientifiques, sociologiques, mais aussi psychiques, civilisationnelles et culturelles. C’est l’hélice des Gains, des redressements, des intériorités, des originalités et des progrès. C’est l’hélice où s’intègrent les élans d’information et d’organisation avec les résultats de toutes les actions qui relèvent du fait d’apprendre afin de maîtriser les énergies.

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Mais à chaque point et signe, à chaque marque de cette première hélice sont accrochés, inséparablement, les marques et les signes de la seconde hélice. Ce seront ceux de négativités et de blocages corrélatifs, irrésistiblement associés à leurs inverses. C’est donc l’hélice des pertes et des coûts, des catastrophes, des déformations, des excrétions, des violences et des régressions, ou des doutes. C’est l’hélice où se disposent les inerties, les dégradations d’entropie, le Chaos, l’« apoptose » et les inévitables mais significatives erreurs.

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Selon cette double hélice, les oppositions en tension réciproque sont donc signifiées : en montée, ou en chute éventuelle, de complexité et de convenance dans le temps, d’accomodations dans l’espace.

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À tout gain, il y a une perte ou un coût. À tout progrès s’attachent des incertitudes ou des angoisses. À toute erreur se dispose une potentialité d’apprendre. Et de même, à toute inertie ou dégradation s’opposent des redressements et des élans, comme à tout blocage des desserrements. Et tout « chaos » est contré par des réorganisations et une « logique de Lois » [30][30] Cf. l’ouvrage Les lois du Chaos, du Prix Nobel de Chimie....

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Selon d’analogues revirements si, à tout moyen agrandi de connaissance ou d’action, un « potentiel de catastrophe » (Jacques Ardoino), accru, est accroché, il offre néanmoins des chances certaines de développement et d’enrichissement intellectuel ou matériel.

Car les positivités l’emportent toujours sur les négativités, autant que le monde continue d’exister et d’évoluer ; car autrement ?… L’hélice de l’Humanisme optimiste, et des gains de rapprochement et d’unité (dans les différences soutenues et respectées), est l’hélice gagnante, immanquablement !

Le courage de l’avenir à apprivoiser

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C’est dans cette optique optimiste que la vaillance rogérienne peut inspirer et soutenir : en vue de permettre de préserver l’espoir vivace d’un Devenir positif, surpassant toutes les difficultés, les « férocités » et les erreurs visibles ; assurant, dès lors, un « avenir apprivoisé »[31][31] Cf. Martine Lani-Bayle et François Texier, 2007., rassurant, aux plus jeunes générations présentes et futures, empathiquement accueillies !

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Et c’est sur cette image ascendante de cette « double hélice » que je veux m’arrêter, chers lecteurs, en vous demandant de bien accueillir et d’excuser, d’avance, les « erreurs » que j’ai pu commettre en mes propos, osant espérer qu’elles pourraient vous être profitables, dans votre volonté personnelle et originale, congruente, d’« apprendre » !


Références

  • Ameisen, J.-C., (2003), La sculpture du vivant. Le suicide cellulaire ou la mort créatrice, Paris, Seuil.
  • Bachelard, G., (2005), La philosophie du non, Paris, Presses Universitaires de France.
  • De Peretti, A., (1997), Présence de Carl Rogers, Ramonville Saint-Age, Erès.
  • D’Espagnat, B., (1979), À la recherche du Réel, Paris, Gauthier-Villars.
  • D’Espagnat, B., (1994), Le Réel voilé, Paris, Fayard.
  • Hegel, F., (1939), La phénoménologie de l’esprit, tome II, Paris, Aubier.
  • Lani-Bayle, M. & Texier, F., (2007), Apprivoiser l’avenir pour et avec les jeunes. Entretiens intergénérationnels avec André de Peretti, Paris, Mare et Martin.
  • Morin, E., (2001), La méthode, 5. L’Humanité de l’humanité, l’identité humaine, Paris, Seuil.
  • Popper, K., (trad. française 1981), La connaissance objective, Paris, Champs, Flammarion.
  • Prigogine, I., (2008), Les lois du Chaos, Paris, Flammarion.
  • Rogers, C. R., (1951), Client-Centered Therapy, Boston, Houghton Mifflin.
  • Rogers, C. R., (1972), Liberté pour apprendre, Paris, Dunod.
  • Rogers, C. R., (1980), A Way of Being, Boston, Houghton Mifflin/Mariner Books.
  • Rogers, C. R., (2005), Le développement de la personne, trad. Française de Liliy Herbert, Paris, Dunod-InterEdition.
  • Serres, M., (1991), Le Tiers-Instruit, Paris, François Bourin.
  • Slengers, I. & Slanger, J., (1991), Les concepts scientifiques, Paris, folio Essais Gallimard.

Notes

[1]

Isabelle Slengers et Judith Slanger, 1991, p. 74.

[2]

Ibidem, p. 114.

[3]

Karl Popper, 1981, p. 372.

[4]

Ibid. p. 70.

[5]

Ibid. p. 309.

[6]

Ibid., p. 525.

[7]

C. R. Rogers, 2005, p. 22.

[8]

Ibid.

[9]

I swing the wheel « with the skid », in C. R. Rogers, 1951, p. 514.

[10]

Michel Serres, 1991, p. 245.

[11]

Ibid., p. 186.

[12]

Première et dernière phrase d’une lecture en séance publique annuelle des Cinq Académies de l’Institut de France, le 25 octobre 1923 : « Des poètes, en grand nombre et souvent avec magnificence, ont dit la joie d’aimer ; brièvement et simplement, je dirai la joie de connaître. » Pierre Ternier disait aussi, comme règle de pensée et d’agir : « Prendre comme objet premier de ma réflexion toute objection qui m’est présentée ».

[13]

G. Bachelard, La Philosophie du non, 1941 (2005), p. 104, cf. p. 17 : « Il nous faudra en effet sans cesse rappeler que la philosophie du non n’est pas psychologiquement un négativisme […] Elle procède au contraire, en nous et hors de nous, d’une activité constructive ».

[14]

Cf. Rogers, Client-Centered Therapy, p. 48. Je traduis : « Est-ce que le thérapeute veut vraiment donner au client pleine liberté pour ses issues ? Veut-il sincèrement que le client organise et dirige sa vie ? Veut-il lui laisser le choix des buts sociaux ou antisociaux, moraux ou immoraux ? ».

[15]

Cf. chapitre III : « Ma façon de faire n’est d’aucune manière proposée comme un modèle à suivre […] J’expose ma façon de faire simplement pour sa valeur de stimulant. Il serait regrettable que quelqu’un s’efforce de donner son cours exactement comme moi ».

[16]

Cf. A. de Peretti, 1997, p. 277 et les deux pages finales.

[17]

F. Hegel, 1939, p. 311.

[18]

Cf. Edgar Morin, vocabulaire de ses ouvrages La Méthode, 5 et 6. Dialogique : « Unité complexe entre deux logiques, entités ou instances complémentaires, concurrentes et antagonistes qui se nourrissent l’une de l’autre, se complètent, mais aussi s’opposent et se combattent. À distinguer de la dialectique hégélienne ».

[19]

Le physicien Bertrand d’Espagnat, dans À la recherche du Réel, note que le concept de non-séparabilité a été « une découverte théorique avant d’être une découverte expérimentale » (1979, p. 43).

[20]

B. d’Espagnat, 1994.

[21]

Carl Rogers, 1951, au début de sa préface. N.d.l.r. : la traduction est de l’auteur ; voir aussi pour ce passage C. Rogers, 2001, L’Approche centrée sur la personne, Lausanne, Randin, pp. 27-28.

[22]

Ibid.

[23]

Ibid.

[24]

Cf. Jean-Claude Ameisen, 2003, page 444 : « l’évolution du vivant, depuis quatre milliards d’années, constitue un merveilleux modèle de construction de la complexité ». Et, pp. 444-445 : « nous permettre d’inventer, de choisir et de bâtir librement notre avenir dans le respect de l’altérité et de la dignité humaine ».

[25]

Carl Rogers, 1980 (extraits traduits en français par Maryline Beury).

[26]

Ibid.

[27]

Allusions à La condition humaine d’André Malraux et à l’ouvrage de l’ethnologue allemand Frobenius, Le Destin des Civilisations.

[28]

E. Morin, 2001, p. 216.

[29]

Ibid.

[30]

Cf. l’ouvrage Les lois du Chaos, du Prix Nobel de Chimie Ilya Prigogine, écrit en 1994.

[31]

Cf. Martine Lani-Bayle et François Texier, 2007.

Résumé

Français

Dans notre monde en évolution de globalisation et de complexité accélérées, les conduites d’apprentissage et de relations ou d’accompagnement impliquent une attention accrue aux « paradoxes » ou « dialogiques » à affronter : en équilibrant, par exemple, une logique de présence centrée sur les autres et une logique opposée de distance mais sans éloignement, car avec retour vers la présence ; ou encore une logique d’approximation par « essais-erreurs » dans nos compréhensions ou dans l’expression d’autrui et une logique d’approche progressive par accompagnement sans imposition de direction.
Carl Rogers nous a préparés à aborder positivement ces paradoxes ou dialogiques dans leurs négativités même, nous proposant un optimisme méthodique dans notre regard d’accueil du Devenir, inconditionnel, même si positivités et négativités sont indissolublement reliées selon une « double-hélice ».

Mots-clés

  • apprendre
  • erreur
  • approximations
  • incomplétude
  • non-négativité
  • croissance
  • optimisme

Plan de l'article

  1. L’erreur « humaine »
  2. L’erreur et la science
  3. Paradoxe du réalisme par l’erreur
  4. «Approche » rogérienne et « Approximations »
  5. Positivité écologique et non-négativités
  6. Erreur et errance
  7. Non à l’erreur de l’erreur
  8. Apprendre ?
  9. Connaissances perfectibles parce qu’imparfaites
  10. Paradoxes rogériens et Positivité
  11. Rogers en avance sur l’époque !
  12. Le courage de l’optimisme rogérien
  13. La double hélice
  14. Le courage de l’avenir à apprivoiser

Pour citer cet article

de Peretti André, « Apprendre par les erreurs, ou le courage de l'approche rogérienne », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 2/2009 (n° 10), p. 29-44.

URL : http://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2009-2-page-29.htm
DOI : 10.3917/acp.010.0029


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