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Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche

2010/2 (n° 12)

  • Pages : 96
  • DOI : 10.3917/acp.012.0083
  • Éditeur : ACP-PR

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Marlis Pörtner : Écouter, comprendre, encourager – L’approche centrée sur la personne

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Carl Rogers : Psychothérapie et relations humaines – Théorie de la thérapie centrée sur la personne

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Herman Van Rompuy : Du personnalisme à l’action politique (conférence)

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Gaston Demaret : Apport de la thérapie centrée sur le client aux thérapies comportementales et cognitives

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Écouter, comprendre, encourager – L’approche centrée sur la personne. de Marlis Pörtner

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Le catalogue des Éditions Chroniques Sociales (Lyon) est riche de nombreux titres qui témoignent d’une ligne éditoriale d’une belle cohérence. Cette maison propose des ouvrages qui viennent enrichir la réflexion et la pratique de ceux qui travaillent dans les métiers de l’humain. Parmi les livres édités, on trouve notamment des textes, tantôt plus théoriques et tantôt plus pratiques, en lien avec le personnalisme, la philosophie et les sciences humaines, ou encore avec les pratiques relationnelles dans le champ des soins aux personnes, de la pédagogie ou de l’éducation. C’est donc naturellement que ce livre de Marlis Pörtner a pris place dans la collection « Comprendre les personnes ».

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La couverture de l’ouvrage est magnifique. En quelques traits de couleur, le graphisme en résume le concept : Écouter, comprendre, encourager. Il s’agit de quelques mots simples par lesquels l’Approche centrée sur la personne s’offre au lecteur avec justesse dans toute sa profondeur comme dans sa sobriété. Dès la seconde page, le lecteur comprendra cependant que ce titre n’exprime qu’une partie de ce qu’il trouvera dans le livre. Le titre complet est en effet plus large : Écouter, comprendre, encourager. L’approche centrée sur la personne dans l’accompagnement de personnes ayant un handicap mental et de personnes dépendantes. L’avant-propos, signé Claire Demaret, permet alors d’entrer dans le livre « comme on entre dans un jardin familier, un jardin déjà maintes fois exploré, où fleurissent les valeurs essentielles et les concepts de l’Approche centrée sur la personne ». De façon lumineuse, en résonance à Saint-John Perse, le lecteur perçoit que : « C’est toujours de l’Homme qu’il s’agit, qu’il soit soignant ou qu’il soit soigné, avec la souffrance, ses limites, mais aussi ses ressources ».

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Il s’agit là d’un ouvrage essentiel, concret, inspiré, pratique, novateur. Traduit de l’allemand par Odile Zeller, le texte a auparavant été édité en danois (2003), en tchèque (2009), en néerlandais (1998). Il a fait l’objet de deux éditions anglaises (2000 et 2006), tandis que la septième édition allemande vient de paraître récemment. Dans cet idiome le texte, sorti pour la première fois en 1996, a bénéficié d’un tirage considérable. Il s’agit d’un livre incontournable dans la formation des psychothérapeutes centrés sur la personne en Suisse, en Allemagne et en Autriche. Par ailleurs, des équipes éducatives et de nombreux professionnels travaillant quotidiennement dans le secteur du handicap, des soins aux personnes âgées, de l’autisme – tant avec des enfants qu’avec des adolescents ou des personnes adultes – y trouvent chaque jour une source d’inspiration concrète.

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Bien au-delà des diagnostics, des conseils psycho-éducatifs, des protocoles et des plans de soins individualisés, « Écouter, comprendre, encourager » se propose comme une démarche réflexive applicable tant dans le cadre d’une relation de personne à personne que dans le cadre institutionnel élargi. Cette démarche n’est cependant pas assimilable à la psychothérapie centrée sur la personne au sens strict du terme. S’adressant plus largement à toute personne impliquée dans le travail avec des personnes moins autonomes, elle s’appuie sur les fondements de l’Approche centrée sur la personne pour définir les critères qualitatifs de l’accompagnement et des soins du quotidien dans les institutions accueillant des personnes dépendantes ou en difficulté psychologique.

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Dans les premiers chapitres, l’auteur prend la peine de poser précisément et sans lourdeur aucune les bases de la conception qui sous-tend sa démarche : vision humaniste, centration sur la personne, théorie de la conception de soi. Ces fondements théoriques restent explicites tout au long d’un ouvrage qui aborde, en citant de nombreux exemples, les fondements pratiques du travail d’accompagnement de personnes ayant des besoins relationnels spécifiques. Les fondements pratiques (chapitre III) sont autant de balises qui permettent aux professionnels concernés de donner sens, avec créativité, aux situations qu’ils rencontrent sur le terrain et de modeler qualitativement leur travail en un sens concret. En tenant compte de l’équilibre nécessaire entre intervention personnelle et cadre institutionnel, en étant attentif aux ressources plus qu’aux déficiences des personnes avec lesquelles ils sont en relation, en restant confiant en la progression des petits pas accomplis, en sachant reconnaître les possibilités de développement existantes, en tenant compte du vécu subjectif de la personne dépendante, l’accompagnant est invité à s’engager dans une voie sur laquelle le chemin avec l’autre a autant de valeur que le but à atteindre.

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Après avoir explicité les valeurs de l’accompagnement centré sur la personne et en avoir illustré les fondements pratiques porteurs de sens, le livre en vient à exposer des directives pour le travail quotidien des accompagnants. Il expose un canevas, donne des fils conducteurs, des pistes de réflexion, des outils, des directives (chapitre IV) qui permettent d’orienter le travail quotidien en situation concrète, avec telle ou telle personne, dans tel ou tel cadre institutionnel précis. Il est remarquable que toutes les propositions faites par Marlis Pörtner soient issues de sa propre pratique. L’auteur a en effet longtemps travaillé en pratique privée avec des personnes intellectuellement déficientes. Elle a supervisé de nombreuses équipes et exerce en tant que formatrice ou consultante pour le développement de projets institutionnels. Les propositions contenues dans le livre correspondent ainsi au plus proche de la réalité de terrain. Le lecteur est rejoint dans son questionnement : comment améliorer la qualité de vie des personnes concernées, élargir leur possibilité de choix, aménager le travail de manière satisfaisante, faire face aux lourdeurs du travail en institution, etc.

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La démarche « Écouter, comprendre, encourager » ne fait pas l’économie d’un ancrage dans le système institutionnel. Les conditions qui garantissent la relation professionnelle impliquent, peut-on lire, que celle-ci soit rendue possible par l’ajustement du cadre professionnel et de la fonction impliquée, par la prise en compte des besoins du client, par les solutions apportées aux situations de dépendance. Quelques chapitres de l’ouvrage élargissent la réflexion à l’organisation du travail dans l’institution. Les conséquences de l’application d’un travail centré sur la personne pour les soignants sont ainsi évoquées (chapitre VI). On sait combien le travail institutionnel et le fait d’être confronté à des situations problématiques peuvent générer du découragement et amener à des situations d’épuisement professionnel. L’écoute compréhensive, la sensibilité et l’intérêt pour autrui, de même que la capacité de se détacher de ses propres représentations menant à l’impasse relationnelle, sont présentées comme des possibilités pour le soignant de se dessaisir d’une part excessive de responsabilité et de redonner du champ à la relation thérapeutique. À nouveau, l’ouvrage propose un outil de réflexion personnelle précis qui permet à l’accompagnant de réfléchir à des situations concrètes et de dégager des solutions de changement. Mais ce livre ne concerne pas uniquement les membres des équipes de base. Il prend aussi la peine d’interpeller les directions (chapitre VII) et de traduire la démarche qu’il propose en autant de critères de qualité qui découlent eux-mêmes des directives énoncées pour le travail. Il illustre et définit les conditions utiles à ce qu’une telle approche humaniste des soins puisse se développer en tant que projet institutionnel : soutien des directions, clarification des structures, supervisions et moyens mis au service d’une réflexion des pratiques relationnelles, etc.

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Au fil des pages, élargissant petit à petit le propos, Marlis Pörtner place sa démarche en regard d’autres approches. Un large chapitre est ainsi consacré à la pré-thérapie telle que développée par Garry Prouty (chapitre IX). En soi, cette partie de l’ouvrage constitue une introduction parfaite à la méthode de la pré-thérapie. Elle illustre le travail possible avec des personnes non accessibles à la thérapie qui, du fait d’un handicap mental, d’une hospitalisation chronique ou d’une maladie mentale, ne sont plus en mesure d’entrer en contact avec leur environnement. Dans la lignée du travail de pré-thérapie, l’auteur consacre également quelques pages (chapitre X) à illustrer les applications possibles du travail de contact en milieu psychiatrique. Enfin, un chapitre particulier de l’ouvrage situe la démarche en regard d’autres méthodes semblables dans le domaine des soins infirmiers (chapitre XI). Il y est notamment question de la validation de Naomi Feil et de divers modèles de nursing humaniste. Les conséquences pour la formation de base et la formation continue du personnel sont abordées (chapitre XIII).

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L’ouvrage de Marlis Pörtner se termine par une présentation de cas et par l’exposé du travail développé dans une institution allemande pionnière dans la mise en pratique de la méthode « Écouter, comprendre, encourager ». Cette démarche a fait ses preuves. Elle est profitable non seulement aux personnes accompagnées, mais également aux professionnels. Travailler de telle manière n’est pas plus exigeant mais plus satisfaisant. Il s’agit de mettre l’intégrité et la dignité de la personne au premier plan. Il n’est pas tant question de moyens supplémentaires que de changer de façon prioritaire la manière d’envisager les soins.

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Jean-Marc Priels

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Pörtner, M. (2010)

Écouter, comprendre, encourager – L’approche centrée sur la personne

Lyon, Éditions Chronique Sociale, 192 p.

www.chroniquesociale.com

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Psychothérapie et relations humaines. Théorie de la thérapie centrée sur la personne. de Carl Rogers

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Dans le domaine de l’Approche centrée sur la personne, la littérature, particulièrement anglo-saxonne, est très féconde mais rares sont les livres traduits et publiés en français. Plusieurs livres de Carl Rogers ne sont d’ailleurs jamais parus, ou sont aujourd’hui épuisés. C’est donc une initiative heureuse qu’a eue l’éditeur ESF que de publier une nouvelle édition, partielle, de cet ouvrage. Son contenu reprend telle quelle la deuxième partie du premier volume de Psychothérapie et relations humaines. Théorie et pratique de la thérapie non-directive, écrit par Carl Rogers et Marian Kinget en vue d’une diffusion en Europe et publié en 1962 aux Publications Universitaires de Louvain. Cette nouvelle édition reprend les pages théoriques rédigées alors par Rogers.

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Les deux premières parties de cet ouvrage composent la version française d’un article fondamental de Rogers, écrit au milieu des années 1950 et que l’auteur considérait comme son texte le plus abouti et le plus complet sur les plans universitaire et théorique. Cet article reste en effet un des textes théoriques les plus approfondis qu’il ait écrit, dans lequel il présente sa conception telle que développée dans le champ de la « thérapie centrée sur le client », avec ses « implications dans les domaines de la thérapie, de la théorie de la personnalité ainsi que des relations interpersonnelles » [1][1] Référence au titre de cet article de Rogers, « Theory....

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Peu lu et peu commenté à l’époque de sa parution en anglais, l’article de 1959 de Rogers est aujourd’hui une référence fréquemment citée par les praticiens et théoriciens de l’Approche centrée sur la personne. Il est de ce fait extrêmement positif qu’il soit à nouveau disponible aux lecteurs francophones. La seule ombre au tableau, bien réelle cependant, tient au fait que la traduction de 1962 aurait mérité une révision approfondie pour cette nouvelle édition.

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Pour revenir au texte, l’ouvrage présente une vingtaine de pages de définitions par l’auteur des notions psychologiques qu’il utilise, qui à la fois clarifient et précisent la perspective centrée sur la personne dans le domaine de la psychologie de la personnalité. Ces termes sont un langage en soi, complet, enraciné dans une longue pratique thérapeutique, et les définitions de Rogers sont précises et claires. Dans la deuxième partie de l’ouvrage, il présente sa théorie de la thérapie et du changement de la personnalité, suivie de sa théorie de la personnalité. Toutes deux sont écrites en des termes parfaitement compréhensibles, dans une présentation structurée qui permet au lecteur de suivre pas à pas les descriptions de l’auteur. Celui-ci construit sa présentation en énonçant tout d’abord sa théorie sur un domaine bien délimité, comme par exemple celui du processus de la thérapie ou, plus loin, du développement du moi. Il apporte ensuite des données provenant de la recherche qui renforcent son propos en l’étayant, puis commente souvent sa construction théorique, expliquant ce qui l’a amené à la faire de cette manière.

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Les champs couverts par Rogers dans cette présentation sont très larges, puisqu’il débouche ensuite sur une théorie des relations humaines, individuelles autant que collectives. Il propose de fait un schéma général de la personnalité, de son développement et des relations interpersonnelles, montrant comment l’état de la personne et la structure de sa personnalité influencent sur ces relations, et comment un développement constructif de la personne peut avoir un impact positif dans ces domaines.

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La troisième et la quatrième partie de cet ouvrage ne proviennent plus de l’article de 1959 cité, tout en poursuivant dans les mêmes sujets. Rogers aborde la question des « racines scientifiques » de son approche thérapeutique. L’importance qu’il a toujours attribué à la recherche et à la validation de ses énoncés par des recherches académiques est ici clairement mise en évidence. Profondément humaniste, Rogers ne rejetait nullement des outils de recherche parfois contraignants, voire potentiellement réducteurs. Il était bien plus intéressé à développer des procédures de recherches validées tout en respectant des critères humanistes.

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La partie finale, dans laquelle l’auteur présente son idée du « fonctionnement optimal de la personnalité », permet d’illustrer combien son travail comportait une vision bien plus large que l’idée d’une thérapie classique, médicale. C’est, pour Rogers, vers un développement le plus grand possible de la personne et de son potentiel que doit tendre une démarche thérapeutique ou de relation d’aide. Il dresse ainsi un tableau de la personne qui fonctionne pleinement et en souligne les caractéristiques, dont la première est une « attitude d’ouverture vis-à-vis de l’expérience ».

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Cet ouvrage n’est pas de l’ordre de ceux qui se lisent d’un trait, il est bien plutôt un objet d’étude et un support de réflexion. Les vues qu’il expose sont cohérentes et puissantes, et proposent un tableau de la personne humaine et de ses interactions dont bien des éléments n’ont à ce jour pas été intégrés dans nos systèmes sociaux, en particulier sur les plans éducatifs et thérapeutiques. C’est de ce fait un important support de réflexion pour tout un chacun impliqué dans ces domaines qui tend à une approche respectueuse de la personne humaine.

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Jean-Marc Randin

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Rogers, C. R. (2009)

Psychothérapie et relations humaines. Théorie de la thérapie centrée sur la personne

Issy Les Moulineaux, Éditions ESF, 210 p.

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Conférence. Du personnalisme à l’action politique. de Herman Van Rompuy

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Quel peut donc être le rapport entre la philosophie personnaliste et l’action politique ? Herman Van Rompuy, depuis peu président de l’Union Européenne, s’est penché sur la question. Il a prononcé une conférence dans laquelle il résume l’inspiration personnaliste à la base de son engagement politique. En préalable, il n’est pas inutile de rappeler que les visées personnalistes ont, ces dernières décennies, discrètement imprégné les convictions de bien des hommes politiques. Le personnalisme, en tant qu’inspiration philosophique, fait tout sauf nier l’importance de l’État.

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Le conférencier interpelle cependant en affirmant que la principale arrogance politique consiste à croire que l’on puisse créer, par le biais de la législation et de la réglementation, une nouvelle société, une nouvelle vision humaine et sociétale. Pour lui, c’est bien du contraire qu’il s’agit. L’action politique part plutôt d’une vision de l’homme et de la société. La politique ne se résume certainement pas, dit-il, à une lutte pour le pouvoir. Sans idéologie ni vision de l’homme, telle une girouette soumise au gré des circonstances du monde, l’homme politique ne pourrait que changer perpétuellement d’avis et ne ferait qu’adopter des décisions réparatrices au gré du moment. Or, en matière politique, c’est du bonheur concret des hommes qu’il s’agit. La politique a donc pour tâche de décider des mesures justifiées, portées par les hommes, au service des hommes. Il est dès lors essentiel, rappelle Herman Van Rompuy, que l’acte et la parole de l’homme politique n’empruntent pas des voies séparées.

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Au fil de sa conférence, l’orateur plaide pour une éthique de la responsabilité qu’il articule à une éthique de la conviction. Il se montre persuadé que le personnalisme est en passe d’être revalorisé en ces temps où règnent en maîtres la connaissance technologique et le concept scientifique. L’homme politique, dit-il, étant lui-même une personne, ne fonde jamais ses choix exclusivement sur des motifs rationnels. Les décisions objectives, basées sur des études et des chiffres, ne doivent en rien occulter que les hommes sont tout et que les mesures ne sont rien en comparaison. Le conférencier affirme par ailleurs, que dans la société, la prospérité matérielle n’est pas un objectif en soi. Elle est par contre une condition de base pour la qualité de vie. Fortune et possession, qui se transforment en vie riche, bien-être et raison ou technique sont donc tout aussi indispensables que l’émotion et la vision. L’orateur poursuit son argumentation en précisant que la vision personnaliste de la société n’est certainement pas celle d’un État tout puissant et autoritaire qui assumerait à lui seul le rôle d’entrepreneur du vivre ensemble. Cette vision porte attention à l’équilibre entre la liberté et la responsabilité de la personne. La liberté n’est pas la raison du plus fort, dit-il. Elle est un bien précieux qui renforce les hommes.

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En regard, pour Van Rompuy, la valeur la plus négligée à l’heure actuelle est celle de la responsabilité. L’homme, interpellé par ses semblables, n’est-il pas toujours responsable vis-à-vis de quelqu’un d’autre ? Les liens entre les hommes, dit l’orateur, élèvent l’individu au rang de personne. Dans un rapport de solidarité, c’est dans une combinaison de liberté et de responsabilité envers l’autre, de droits et de devoirs, que se façonne la dignité de l’homme. Ainsi la démocratie a-t-elle besoin d’être soutenue par des valeurs qui viennent de l’intime. Plus avant, l’orateur développe le fait que la pensée personnaliste suppose une tension constante entre la liberté individuelle du « je » et la responsabilité personnelle à l’égard du « nous », entre la vocation personnelle et les objectifs collectifs. Les aspirations constituantes de l’homme, le désir d’être et de devenir soi (la volonté et le droit à l’autoréalisation) autant que le désir d’appartenir à un groupe (le besoin de cohésion sociale) invitent à prendre en compte le capital social que sont les institutions dans lesquelles les personnes sont interconnectées. Il en est ainsi de la famille, de l’école, de la vie associative, etc.

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Par ailleurs, dit Van Rompuy, c’est souvent au sein de certaines formes d’auto-organisations que l’homme devient une personne et que l’action politique peut, par exemple via le mécanisme de subsidiarité, lui porter attention. Si la politique ne peut rendre les gens heureux, elle peut néanmoins espérer contribuer à leur bonheur, les aider dans leur recherche de mieux-être. Une action politique attentive à la réciprocité veille ainsi à doter de son soutien les personnes et associations qui œuvrent à la construction d’une société libre, solidaire et désireuse de créer des opportunités d’émancipation.

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En guise de conclusion, l’orateur insiste sur le fait qu’il importe d’humaniser le monde. La signification spirituelle d’une action qui vise au respect de la dignité humaine, à l’humanisation du monde par la liberté, à la responsabilité et à la liberté doit alimenter notre vie entière et notre vie en société avec cœur, esprit, sens et espoir.

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Jean-Marc Priels

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Van Rompuy, H. (2009)

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Du personnalisme à l’action politique

Conférence de M. Herman Van Rompuy. Grandes conférences Catholiques. Bruxelles, 7 décembre 2009.

Le texte intégral de cette conférence est accessible sur le site : www.grandesconferences.be, à la rubrique « Comptes-rendus ».

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Apport de la thérapie centrée sur le client aux thérapies comportementales et cognitives. de Gaston Demaret

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Voilà un texte à la croisée des chemins, une réponse à une demande, écrite comme une offre de dialogue. Il s’agit d’un article élaboré à la suite d’une conférence donnée à l’Université de Liège, en Belgique, à l’invitation de l’Association pour l’Étude, la Modification et la Thérapie du Comportement (AEMTC). Sa publication dans la Revue Francophone de Clinique Comportementale et Cognitive mérite d’être remarquée par les lecteurs d’ ACP Pratique et recherche. Notons d’emblée que, même s’il s’adresse prioritairement à un lectorat cognitivo-comportementaliste, l’article situe également, au passage, l’Approche centrée sur la personne en regard de l’approche dynamique. La vision de l’homme de l’approche humaniste, peut-on lire, ne se résume en effet pas à considérer la personne comme étant le support passif de tendances conflictuelles ou d’instincts invariablement placés sous une houlette inconsciente. Pour la thérapie humaniste, il s’agit d’abord de se centrer sur le vécu actuel du client. Elle ne réduit pas le processus de son intervention à une exploration systématique des événements de l’histoire de vie du client et ne l’invite pas à se focaliser outre mesure sur les situations de son passé. Selon une conception phénoménologique, les aspects conscients et inconscients peuvent cependant être reconnus comme présents – toujours là, déjà là – ensemble dans le vécu actuel présenté par le client.

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Si la relation est toujours présente quel que soit le type de thérapie, il n’en reste pas moins que les diverses théories ou orientations thérapeutiques de réfèrent à des visions de l’homme qui ne se recoupent pas nécessairement. Il en découle que les buts poursuivis par les thérapeutes de diverses orientations peuvent être différents : exploration inconsciente, élimination du symptôme, développement du potentiel du client, etc. Dans la première partie de son article, Gaston Demaret résume quelques fondements de l’approche humaniste : l’homme considéré et vécu comme unique, indivisible, complet, immédiat – la primauté de l’expérience vécue plutôt que celle de l’objectivation et de la construction théorique – l’autodétermination et la créativité dans le processus de réalisation de soi et de mise en œuvre de ses propres valeurs personnelles – le respect de la dignité humaine, etc. Il rappelle ensuite que la perspective humaniste en psychothérapie a été à l’origine de conceptions nouvelles quant à la compréhension des troubles psychiques : entrave à la capacité d’agir selon ses valeurs, baisse de la capacité de réalisation des potentialités personnelles, perte de congruence, perte du sens de l’être et de la vie face aux énigmes de la mort, de la liberté, de l’isolement existentiel, etc. Rappelant que le mouvement des thérapies humanistes a été influencé par le courant existentialiste, l’auteur attire l’attention sur le fait que le but de ces thérapies est notamment d’amener le patient à être plus conscient de son existence et d’agir plus pleinement en fonction de lui-même. Ainsi privilégient-elles une démarche compréhensive plutôt qu’une démarche tournée vers l’explication – enfermée dans un modèle cause-effet – des comportements et faits psychiques.

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Dans la suite de l’article, l’auteur explore plus avant la relation thérapeutique. Une première option, peut-on lire, consiste à voir ce type de relation comme un élément favorisant l’utilisation d’outils psychothérapeutiques. Dans ce cas, le thérapeute, dépositaire d’un savoir, peut par exemple développer l’alliance thérapeutique de façon utilitaire dans le but de favoriser la compliance du patient et de mettre ensuite en œuvre des techniques spécifiques. Une seconde option, illustrée dans le texte par une vignette clinique, consiste à considérer la relation comme étant – en soi – l’outil thérapeutique. C’est dès lors au travers de la relation que la personne est aidée. C’est la rencontre thérapeutique qui permet le changement. Les techniques, si elles devaient intervenir, ne sont alors que secondaires et toujours au service de la qualité de la relation. Le rôle du thérapeute travaillant selon des options de psychothérapie humaniste est, en se centrant sur le vécu actuel de la personne, de favoriser une relation aidante pour le client en s’appuyant sur les attitudes que sont la congruence, la considération positive inconditionnelle et l’empathie.

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L’auteur aborde longuement la notion de congruence au départ des travaux de Carl Rogers. Il en cite diverses définitions, rappelle qu’elle n’est jamais un état atteint une fois pour toutes mais qu’elle est de l’ordre du processus. La comprenant comme un mouvement de présenciation à soi dans le moment – ici et maintenant et à l’intérieur de soi – l’auteur effectue des liens entre congruence et pratique du Mindfullness (pleine conscience). Gaston Demaret en vient ensuite à aborder l’empathie, ou plus précisément la compréhension empathique. Il la présente comme une manifestation concrète de la considération positive inconditionnelle, en note les définitions et souligne qu’elle porte sur l’expérience immédiate du client. La compréhension empathique recouvre, écrit-il, deux composantes. L’une est cognitive et il s’agit de comprendre objectivement ce qui est exprimé par l’autre. La seconde est émotionnelle et le travail du thérapeute est alors de percevoir le sentiment tel qu’il apparaît à l’intérieur du client afin d’en faciliter la clarification au fil du processus thérapeutique. L’auteur prend soin de préciser la subtilité de la notion. L’empathie, approche phénoménologique de l’autre, est de l’ordre d’une communication au plus proche. Elle n’est pas identification, ni fusion affective ou phantasmatique. Elle est à la fois emprunte de présence et de distance. En reconnaissance d’autrui, elle communique l’intention de compréhension qui lui est portée. Elle est toujours de l’ordre d’un essai tant l’autre n’est jamais complètement accessible dans la totalité de sa personne.

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L’article de Gaston Demaret continue par un volet plus philosophique à propos des attitudes de base de la psychothérapie centrée sur la personne. Attitudes et non techniques, écrit-il, elles sont situées dans l’ordre de l’ontologie de la relation. Citant Binswanger et Buber, le texte insiste sur le fait que la rencontre – dialogique – de personne à personne est le cœur même de la psychothérapie. La relation est dans l’ordre de la réciprocité, de l’être ensemble. Le thérapeute lui-même est une personne réelle, transparente à bon escient et engagée dans la relation. Il importe qu’il ne soit pas simplement un prestataire de service, qu’il n’objective pas son client en le résumant à un tableau nosologique, qu’il n’en fasse pas une abstraction. La rencontre thérapeutique, face à face – de visage à visage – place la relation thérapeutique à un niveau de coprésence soutenue, au service de la personne écoutée. Elle est une forme particulière de relation humaine dans laquelle le thérapeute ne prend pas le pouvoir sur l’autre, ne s’appuie pas sur un statut de supériorité, ne s’épanche pas sur lui-même. Pour le thérapeute, il y est question de centration sur soi, de centration sur l’autre, de centration sur la relation. La relation thérapeutique est ainsi faite de qualité de présence et d’un dialogue qui s’effectue selon une balance entre attention à autrui et à soi-même, entre l’expression de l’autre et l’expression de soi.

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Très bien construit, solide, complet et écrit de façon claire, cet article de Gaston Demaret dont nous avons repris ici de nombreuses citations mérite d’être lu par tous ceux qui souhaitent connaître et approfondir les fondements des thérapies humanistes et plus précisément de l’Approche centrée sur la personne.

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Jean-Marc Priels

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Demaret, G. (2010)

Apport de la thérapie centrée sur le client aux thérapies comportementales et cognitives

Revue Francophone de Clinique Comportementale et Cognitive, décembre 2009, vol. XIV, n° 4, pp. 14-21.

Conférence plénière prononcée lors de la Journée scientifique de l’Association Francophone de Formation et de Recherche en Thérapie Comportementale et Cognitive, Liège, le 29 novembre 2008.

Notes

[1]

Référence au titre de cet article de Rogers, « Theory of therapy, personality, and interpersonal relationships, as developed in the client-centered framework », paru en 1959 dans un ouvrage collectif publié sous la direction de Sigmund Koch intitulé : Psychology : A study of a science : Formulation of the person and the social context (New York. Mac-Graw-Hill).

Pour citer cet article

« Recensions », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 2/2010 (n° 12), p. 83-94.

URL : http://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2010-2-page-83.htm
DOI : 10.3917/acp.012.0083


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