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Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche

2011/1 (n° 13)

  • Pages : 96
  • DOI : 10.3917/acp.013.0056
  • Éditeur : ACP-PR

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Notre civilisation est en train de subir une grave crise qui ne se décline pas seulement de façon économique et financière. Elle est menacée de dépérissement par la croissance exponentielle des risques de complexification, d’emprises et de rivalités extrêmes. Ces risques pèsent sur toutes les relations et constructions humaines et, en conséquence, sur la culture et la nature comme sur les libertés.

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Nos institutions et nos personnes sont, d’autre part, exposées aux conséquences désastreuses des pollutions irresponsables, des contagions et des pandémies, ainsi qu’aux diverses formes de terrorisme mafieux ou extrémiste qui disposent désormais de possibilités de corruption et de destruction aux dimensions planétaires.

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En raison de l’ampleur démesurée des dangers encourus par l’espèce humaine, devant l’accélération de leurs menaces, faut-il perdre toute espérance et nous laisser glisser, femmes et hommes, sur la pente d’un catastrophisme apeuré, d’un égoïsme accru, d’un défaitisme criard ? Serions-nous dépourvus de toute référence encourageante, de toute valeur appropriée à l’actualité, de toute voie d’optimisme responsable, prophétique ? Certainement pas !

Le message naturaliste et optimiste de Carl Rogers

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Ce ne saurait être à une attitude de crispation vis-à-vis de la nature et de la culture, ni à des options de comportements négatifs ou dépressifs voire méprisants à l’égard des gens ou de soi, encore moins à des visions cataclysmiques, que nous pourrions nous laisser aller : puisque nous sommes alertés, juste à temps, par l’optimisme vital, savant et paysan [1][1] N.d.l.r. : Rogers écrit par exemple : « Mon père voulait... de Carl Rogers !

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On ne saurait, en effet, oublier son axiome fièrement positif : « Les faits sont nos amis […]. Les faits sont toujours des amis » (Rogers, 2001, pp. 50-51). La confiance dans l’inversion en positivité d’une quelconque négativité [2][2] N.d.l.r. : l’auteur fait référence à Max Pages, qui... ou turpitude, toujours possible, s’impose donc naturellement à nous en une attitude fondamentale, personnalisante et libératrice, indispensable à notre temps troublé !

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Et cette attitude peut se confirmer, au plan comportemental, par l’assurance (que nous pouvons partager) avec laquelle Carl Rogers déclare : « je peux me fier à mon expérience » (ibidem, p. 48). Qui plus est : « je sais par expérience que chacun porte en soi une orientation positive » (ibidem, p. 52) et que « chez la plupart, sinon chez tous les individus, il existe des forces de croissance (growth forces), des tendances à l’autoactualisation » (Rogers, 1951, cité in de Peretti, 1997, p. 184) ! Nous pouvons aussi entendre, de sa part, une invitation personnelle à avoir comme lui du « plaisir à découvrir l’ordre au cœur de l’expérience » (ibidem, p. 49) et à convenir, en espérance pour notre temps, que « ce qui est très personnel est en même temps très général » (ibidem, p. 51), de telle sorte que l’avènement d’un humanisme universel semble possible : un humanisme « qui vient », nous assure, pour sa part, le philosophe Michel Serres (2002).

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Universalité et personnalisation, voici une alliance inéluctable ! À cette perspective d’avenir s’ajoute la confirmation basique, « darwinienne [3][3] Voir à ce propos la citation suivante : « L’homme est... » ou végétale (!), que « tout organisme est animé d’une tendance inhérente à développer toutes ses potentialités et à les développer de manière à favoriser sa conservation et son enrichissement » (Rogers, 2009, p. 33). Une constatation de cette « nature » a de quoi prendre le contre-pied du catastrophisme idéologique, trop à la mode en période de crise mondiale !

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Sans doute de telles convictions optimistes sont-elles « nées », paradoxalement, dans le cadre d’un travail thérapeutique où, « sage-femme d’une nouvelle personnalité », Carl Rogers assistait à « l’émergence d’un moi, d’une personne », précisait-il dans la préface de Client-Centered Therapy[4][4] N.d.l.r. : une traduction du passage de la préface... (1951). Ce livre, ajoutait-il, est « relatif à la fois au client et à moi dans la mesure où nous portons une attention émerveillée aux forces puissantes et ordonnées qui sont évidentes dans toute expérience, forces qui semblent profondément enracinées dans l’univers total [5][5] N.d.l.r. : voir Rogers, 1951/2003, p. XI. La traduction... ».

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Mais, bientôt, il a pu mettre en œuvre ces convictions vibrantes et respectueuses en dehors de son cabinet de thérapeute. Elles ont « trouvé [leur] place dans un ensemble de domaines très variés, fort éloignés de son point de départ – groupes intensifs, mariages, relations familiales, administration, groupes minoritaires, rapports interraciaux, interculturels et même internationaux » (Rogers, 1979, p. 5), observait-il dans les premières pages de son ouvrage publié en 1977, dix ans avant sa mort : On Personal Power, paru en français sous le titre Un Manifeste Personnaliste.

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Son message arrivait à propos pour éclairer et rehausser les indispensables modalités de relation, de médiation, de conseil, d’enseignement, d’éducation, de formation, de thérapie, de négociation : dans leur application maîtrisée, il concerne même les domaines les plus nobles de la politique et de la résolution de crises ! Il avait donc quelque chose à voir avec les besoins et les attentes de notre temps, de notre actualité en crise, assaillie de paradoxes !

Carl Rogers et l’« apprivoisement » des paradoxes

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Car notre époque ne peut plus se contenter d’une rationalité linéaire selon laquelle les réalités opposées, les différences, devraient être radicalement séparées, selon une logique « coupante », pseudo-cartésienne. Toute la plus haute science, depuis Max Planck [6][6] Max Planck (1858-1947), physicien allemand à l’origine... et Albert Einstein [7][7] Albert Einstein (1879-1955) fut prix Nobel de physique... mais aussi Enrico Fermi [8][8] Enrico Fermi (1901-1954), physicien italien qui fut..., nous invite, nous oblige à nous familiariser avec la non-séparabilité selon laquelle sont reliés – mis en « reliance » suivant le terme du sociologue belge Bolle de Bal [9][9] N.d.l.r. : voir notamment : Bolle de Bal, M. (1996),... – des phénomènes ou des conceptualisations complètement opposés et antagonistes aussi bien que contradictoires.

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Nous ne pouvons plus séparer scientifiquement matière et lumière, corpuscules et ondes, continu et discontinu, espace et temps, être et devenir, identité et différenciation, subjectivité et objectivité, biens et affranchissements, vide et possibilités !

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Nous devons accoupler des mesures précises à des dispersions ou incertitudes aléatoires, selon le principe d’incertitude d’Heisenberg[10][10] Werner Karl Heisenberg (1901-1976), physicien allemand..., qui nous indique l’impossibilité de mesurer, avec rigueur, simultanément la position et la vitesse d’une particule. Et il nous faut accepter, suivant la loi de Fermi-Dirac[11][11] Paul Dirac (1902-1984), physicien britannique qui reçut..., la probabilité d’une répartition multiple, sur divers niveaux d’énergie, des mêmes particules de spin « demi-entier » : des « fermions » ; autrement dit des électrons, protons, neutrons !

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Ainsi, la précision conduit à l’incertitude, l’unité à la pluralité, le continu au discontinu (et réciproquement !), paradoxes surprenants auxquels il faut nous accoutumer non seulement sur le plan phénoménologique et physique, mais aussi sur le plan organique et physiologique. Francisco Varela [12][12] Francisco Varela (1946-2001), biologiste, neurologue... nous a bien rappelé le paradoxe de la complémentarité entre la « clôture opérationnelle » par laquelle un organe s’enferme, et les « couplages structurels » avec d’autres organes qu’il rend possibles, afin de coopérer à la création et à l’animation d’organismes plus complexes.

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Mais l’acclimatation aux « compréhensions » paradoxales doit s’aventurer plus loin encore, entrant dans la complexité de l’ordonnance et de l’organisation sociétales, comme Umberto Eco nous prévenait déjà en 1965, dans son ouvrage L’œuvre ouverte : « L’ordre est devenu la présence simultanée d’ordres divers […]. L’univers est devenu mobile et changeant : contradiction et opposition ne sont plus le mal qu’il faut éliminer par les formules abstraites de l’ordre, mais le ressort même d’une vie qui exige sans cesse de nouvelles explications de la part de qui veut s’adapter pas à pas aux formes nouvelles que prennent les choses à la lumière de la recherche. » (Eco, 1979, p. 267.)

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En présence des paradoxes croissants de notre actualité que nous devons apprivoiser, nous pouvons témoigner que, pratiquement, dès la même époque, Carl Rogers nous a habitués et dûment préparés ! Et nous pouvons faire un tour rapide des paradoxes qui ont été relevés dans ses positions et dispositions, dès leurs premiers impacts.

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Lorsqu’il se présente à un « client », il le fait avec une candeur accueillante, sans a priori, mais non sans finesse subtile ni même ruse paysanne ! Il établit une méthode de modestie dans ses relations car il ne veut pas être un « gourou » : mais il entend « influencer » pour être, en retour, lui-même influencé, et aussi bien critiqué qu’« émerveillé » ! Il pratique une vérification et une correction incessantes de ses attitudes et comportements selon des recherches raffinées et complexes : son but est de s’assurer une disponibilité, plus libre, pour accompagner, en dialogue, une personne ou un groupe dans ses tâtonnements et incertitudes, sans lui imprimer de direction ni induire de culpabilisation ou d’infériorité. Et, en conséquence, sans allongement obligé (et rabaissement) sur un divan, ni mutisme obsédant ! Encore moins avec l’obsession d’une analyse alourdie par le ou les « transferts », ni avec un retour automatique vers le passé en anamnèse dominante !

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Il se met à la fois au plus près de ses interlocuteurs, cependant il modère sa présence au moment où elle pourrait devenir une pression, en se remettant à une certaine distance appropriée en fonction de chaque personne mais sans éloignement d’elle, afin de revenir sans tarder au contact, en présence de celle-ci. Pour ce paradoxe de présence-distance, je lui avais proposé dans son jardin en Californie, l’exemple, le symbole du « colibri », qui, selon un jeu incessant d’approches et d’éloignements d’une fleur, en tire, par son bec pointu, du nectar sans la piquer ! Il nous faut bien, en leur mémoire, entreprendre de « colibriller » n’est-ce pas !

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On peut dire encore, sur cette manière d’être humaniste de Carl Rogers, qu’elle est celle, mieux que de la non-directivité, de la non-défensivité, vigoureuse et positive (je lui en avais parlé ! [13][13] N.d.l.r. : voir de Peretti, 1997, p. 277.) ou de la non-réactionalité dans les situations difficiles pour éviter de basculer dans le piège de la violence ourdie ou non par autrui (le Président Bush aurait bien dû s’en inspirer !). Voilà bien tous les paradoxes des négations qui s’inversent en positivité, comme on a pu les relever à propos des rudes finesses rogériennes, qu’il nous faut rapidement énumérer : non-dogmatisme (et cependant, finesse de théorisations « ouvertes ») ; non-ritualisation de procédures (mais pourtant richesse en outils : enregistrements, films, multiples voies d’expérienciations et de recherches, de rencontres…) ; non-pessimisme (quoique fondé sur l’accueil précieux des souffrances et des crises) ; non-absolutisation ou non-engluement de ses points de vue sur autrui (et néanmoins fidélité positive aux ressentis intérieurs face aux autres, qui permet d’améliorer, en « approximations » successives, leur « approche » !). Il y a bien en tous ces « non-… » l’indication d’une riche contribution à la Philosophie du Non soutenue par Gaston Bachelard [14][14] N.d.l.r. : voir à ce propos : Bachelard, G. (1940).... en raison de sa positivité d’équilibre, quand le « non » est situé là ou il faut !

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Il y a aussi le paradoxe, typiquement scientifique, de rechercher, au terme de longues et persévérantes expérimentations sur des relations complexes, une simplicité dans les conditions d’attitude et d’expression, indispensables mais minimales, en vue d’obtenir une certaine efficacité tant dans nos rapports avec autrui qu’avec nous-mêmes. Nous pouvons bien reconnaître le résultat de la recherche, inlassable et subtile, de Carl Rogers : nous rogériens, nous devons – et cela doit nous suffire – faire preuve d’une vraie vigilance sur la sincérité de nos sentiments intérieurs (par vérification de notre « congruence »), au moment même où nous accueillons autrui sans condition ni restriction, mais positivement (selon un « regard positif inconditionnel ») en prenant garde toutefois de ne pas le bloquer dans son altérité, mais en nous approchant, sans insistance, d’une compréhension de son monde intérieur en un souci d’« empathie » !

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Paradoxes ! Ces trois « conditions », ou plutôt ces trois « concept-repères », pour vérifier ce qui se passe dans une situation relationnelle, doivent être observés un à un et pourtant en mutuelle relativisation, chacun l’un contre l’autre ! Et en toute relation interpersonnelle, universellement.

Une « révolution tranquille » (« Quiet Revolution »)

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Au point où nous voici, il faut en venir au paradoxe de la concordance nécessaire entre la personnalisation la plus assurée en elle-même et l’universalisation à laquelle chaque individu est désormais invité à apporter sa part pour la résolution de notre crise planétaire.

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Dans son livre intitulé On Personal Power, Carl Rogers, après la présentation d’un nombre de cas probants, peut assurer : « nous entrevoyons dans notre culture en décadence les contours flous d’une nouvelle croissance, d’une nouvelle révolution, d’une culture d’un genre tout différent. Je vois cette révolution non pas sous la forme d’un grand mouvement organisé, d’une armée avec des canons et des bannières, de manifestes et de déclarations, mais grâce à l’apparition d’un nouveau type de personnes en train de poindre à travers les feuilles et les tiges mourantes, jaunissantes, en putréfaction, de nos institutions en voie de dépérissement » (Rogers, 1979, p. 211).

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Et Carl Rogers justifie son optimisme personnaliste, en dépit de la dureté de ses vues : « […] des transformations radicales se sont opérées grâce à des personnes qui ont confiance dans leur propre pouvoir, ne ressentent pas le besoin d’éprouver un ‹ pouvoir sur ›, et sont désireuses de favoriser ou de faciliter le développement de la force latente existant chez l’autre personne. […] [Elles montrent] que les façons de faire habituelles se sont trouvées bouleversées grâce à une confiance fondamentale dans le potentiel de ressources positives de la personne » (ibidem, p. XII). Et notre ami peut conclure : « Une révolution tranquille est en marche dans presque tous les domaines. On peut espérer qu’elle nous fera progresser vers un monde plus humain, plus centré sur la personne » (ibidem, p. 235).

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Une telle perspective, s’écartant des lourdeurs du catastrophisme et de sa lâcheté, peut nous encourager à poursuivre nos activités de médiation et de remédiation dans la multiplicité des relations, proches ou planétaires, dans la complexité des interactions se développant à tous les niveaux de la société mondiale, suivant des échelles de grandeur croissantes, en ayant le souci de faire confiance à notre propre personnalité et aux ressources multiples auxquelles Rogers a contribué à nous rendre disponibles, qu’il s’agisse de conceptualisations fines ou de pratiques diversifiées, d’expérimentations ou d’approximations modestes, d’« apprivoisement » enfin des paradoxes créatifs !

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Mais, comme le disait jadis Kierkegaard (1969, p. 99), qu’appréciait Carl Rogers, « il ne faut pas penser du mal du paradoxe, cette passion de la pensée, et les penseurs qui en manquent sont comme des amants sans passion, c’est-à-dire de piètres partenaires » !

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Soyons passionnés, donc optimistes et, avec l’humour qu’il nous a montré, personnellement, originalement rogériens !


Références

  • Bachelard, G. (1940). La philosophie du « non » : essai d’une philosophie du nouvel esprit scientifique, Paris, PUF, 1940, 5e éd., 1970.
  • De Peretti, A. (1997). Présence de Carl Rogers, Ramonville-Saint-Agne, Erès.
  • Eco, U. (1979). L’œuvre ouverte, Paris, Seuil.
  • Kirkegaard, S. (1969). Riens philosophiques, Paris, Gallimard.
  • Pages, M. (1965). L’orientation non-directive en psychothérapie et en psychologie sociale, Paris, Dunod.
  • Rogers, C. R. (1951/2003). Client-Centered Therapy, London, Constable & Robinson.
  • Rogers, C. R. (1965). A humanistic conception of man. In R. Farson (Ed.), Science and human affairs, Palo Alto, Science and behavior books, pp. 18-38.
  • Rogers, C. R. (1968). Qui je suis. L’évolution de ma pensée personnelle et de ma philosophie professionnelle, in Le développement de la personne, Paris, Dunod, 2e édit. 1970, chap. I, pp. 3-25.
  • Rogers, C. R. (1972). Théorie et recherche, in Psychothérapie et relation humaines, Louvain, Publications Universitaires, vol. I, pp. 151-317. / Rogers, C. R. (2009). Psychothérapie et relations humaines, Issy Les Moulineaux, ESF.
  • Rogers, C. R. (1977). On personal power, New York, Delacorte Press.
  • Rogers, C. R. (1979). Un manifeste personnaliste, Paris, Dunod.
  • Rogers, C. R. (2001). L’approche centrée sur la personne, Lausanne, Randin.
  • Rogers, C. R. (2009). Psychothérapie et relations humaines, Paris, ESF.
  • Serres, M. (2002). L’humanisme universel qui vient. Le Monde du 5 juillet 2002.

Notes

[*]

Ce texte est celui d’une conférence donnée en Italie lors VII Congrès National ACP, qui a coïncidé avec le 30e anniversaire de l’IACP (Istituto dell’Approccio Centrato sulla Persona) et a eu lieu à Rome, du 17 au 19 octobre 2009.

[1]

N.d.l.r. : Rogers écrit par exemple : « Mon père voulait fonder sur la science la marche de sa nouvelle ferme. Aussi se procura-t-il de nombreux ouvrages consacrés à l’agriculture scientifique. […] J’en vins à étudier l’agriculture scientifique et ce n’est que depuis peu que j’ai compris le profond intérêt que la science, ce faisant, avait acquis pour moi. » (Rogers, 2001, p. 32.)

[2]

N.d.l.r. : l’auteur fait référence à Max Pages, qui a proposé une « loi d’inversion de mouvement » relative au processus thérapeutique : « Au fond, la thérapie non-directive repose sur l’hypothèse qu’il se produit chez le client une sorte d’inversion du ‹ mouvement ›, que la fuite se change en progression. Elle mise sur cette inversion du ‹ mouvement ›. Celle-ci n’est autre que ce que nous avons appelé le paradoxe central, le fait que l’acceptation, la valorisation de l’angoisse permet de la dépasser. » (Pages, 1965, p. 69.)

[3]

Voir à ce propos la citation suivante : « L’homme est une des nombreuses espèces d’organismes et comme tel a des caractéristiques qui lui sont inhérentes et qui le mettent à part des autres espèces. » (Rogers, 1965, pp. 18-38, cité in de Peretti, 1997, p. 179.)

[4]

N.d.l.r. : une traduction du passage de la préface d’où sont tirées ces citations se trouve in Rogers, 2001, pp. 27-28.

[5]

N.d.l.r. : voir Rogers, 1951/2003, p. XI. La traduction est de l’auteur.

[6]

Max Planck (1858-1947), physicien allemand à l’origine de la théorie des quanta.

[7]

Albert Einstein (1879-1955) fut prix Nobel de physique en 1921.

[8]

Enrico Fermi (1901-1954), physicien italien qui fut prix Nobel de physique en 1938.

[9]

N.d.l.r. : voir notamment : Bolle de Bal, M. (1996), Voyage au cœur des sciences humaines. De la Reliance. Tome I : Reliance et théories et Tome II : Reliance et pratiques, Paris, L’Harmattan.

[10]

Werner Karl Heisenberg (1901-1976), physicien allemand qui fut lauréat du prix Nobel de physique en 1932. Il a contribué aux fondements de la physique quantique.

[11]

Paul Dirac (1902-1984), physicien britannique qui reçut le prix Nobel de physique en 1933. Il a contribué aux fondements de la physique quantique. Avec Enrico Fermi, en 1927, il établit une statistique relative aux phénomènes de la mécanique quantique.

[12]

Francisco Varela (1946-2001), biologiste, neurologue et philosophe d’origine chilienne. Il a étudié la propriété que possède un système à se définir et à assurer lui-même son maintien.

[13]

N.d.l.r. : voir de Peretti, 1997, p. 277.

[14]

N.d.l.r. : voir à ce propos : Bachelard, G. (1940). La philosophie du « non » : essai d’une philosophie du nouvel esprit scientifique, Paris, PUF, 1940 : 5e éd. 1970, p. 104. Voir également La philosophie du non et le néo-personnalisme, in de Perreti, 1997, pp. 276-279.

Résumé

Français

La crise actuelle est à la fois politico-sociale, économique et financière. Cet état de fait doit-il pour autant nous inciter à adopter une position de méfiance radicale vis-à-vis d’un mouvement planétaire en complexification constante ? Loin de sombrer dans la facilité du catastrophisme, l’auteur invite à considérer qu’il y a désormais ici-bas des possibilités accrues de développement et de croissance autant que de virtualités menaçantes d’instrumentalisation et d’exploitation. Evoquant quelques principes de base de la physique quantique, cet article rappelle que la dispersion, l’incertitude, les paradoxes font fondamentalement partie de l’organisation cohérente de l’univers. Enfin, s’appuyant sur le message tranquillement révolutionnaire de Carl Rogers, l’auteur rappelle l’orientation fondamentalement positive des personnes et leur importance dans le développement du monde en devenir.

Mots-clés

  • crise mondiale
  • humanisme
  • paradoxes
  • personnalisation
  • universalité

Plan de l'article

  1. Le message naturaliste et optimiste de Carl Rogers
  2. Carl Rogers et l’« apprivoisement » des paradoxes
  3. Une « révolution tranquille » (« Quiet Revolution »)

Pour citer cet article

de Peretti André, « L'actualité de l'Approche centrée sur la personne face à la crise actuelle », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 1/2011 (n° 13), p. 56-64.

URL : http://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2011-1-page-56.htm
DOI : 10.3917/acp.013.0056


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