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Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche

2011/1 (n° 13)

  • Pages : 96
  • DOI : 10.3917/acp.013.0090
  • Éditeur : ACP-PR

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Monique Pindard-Langlat : L’Approche Centrée sur la Personne – Son adaptation dans une société multiculturelle. Exemple dans une école libre en Martinique. Jacques Grisart : Douleur chronique, histoires de rencontres…

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Adapter l’œuvre originelle de Carl Rogers aux pays de la Caraïbe en tenant compte de la culture du lieu, prolonger l’Approche centrée sur la personne en proposant des applications proches des valeurs déjà présentes dans la culture antillo-guyanaise, tels sont les buts que s’est fixés Monique Pindard-Langlat, psychothérapeute et formatrice en Approche centrée sur la personne d’origine martiniquaise et guyanaise. Dans cet ouvrage, l’auteure raconte comment son parcours de vie, tant personnel que professionnel, l’amène à engager des travaux de recherche visant à vérifier cette détermination initiale et à élaborer de nouveaux concepts au service du développement social des sociétés multiculturelles. Son engagement aboutira à la soutenance d’une thèse de doctorat et à la création d’une école libre en Martinique qui met en application cette pédagogie tout en respectant les programmes de l’Éducation Nationale française.

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Monique Pindard-Langlat commence par présenter le cadre conceptuel de sa réflexion. Certains fondamentaux de l’Approche centrée sur la personne, tels qu’ils sont définis par Carl Rogers, sont abordés. Il s’agit principalement des conditions nécessaires et suffisantes au changement thérapeutique, de la théorie du développement de la personnalité et des principes de la pédagogie centrée sur la personne.

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Avant d’envisager une application possible de cette approche dans un autre environnement culturel, le lecteur est invité à tenir compte d’une part du vécu de celle qui se propose d’en être le relais et d’autre part de la réalité du contexte. Monique Pindard-Langlat nous fait ainsi partager certains éléments autobiographiques de son enfance et de son parcours professionnel pour témoigner de son cheminement personnel mais surtout de sa propre expérience de la différence culturelle due à ses origines. Ce décalage, l’auteure l’a ressenti surtout durant sa formation en Approche centrée sur la personne à Paris, une expérience difficile qui l’a confirmée dans la nécessité d’adapter au mode de penser des antillo-guyanais les principes de l’approche de Rogers.

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Avec une expérience de plus de 20 ans en tant que psychothérapeute, Monique Pindard-Langlat, en reprenant le modèle de développement de la personne présenté par Rogers, montre comment le mode de penser antillo-guyanais diffère de celui des occidentaux. L’Approche centrée sur la personne est en soi une approche multiculturelle et peut donc s’adapter à la population martiniquaise. Les méthodes d’application et les techniques de formation doivent cependant être repensées, nous explique l’auteure. Nous découvrons alors qu’elle va engager ses premières recherches pour montrer que la notion de changement dans la personne « tant observé en Europe et aux États-Unis » fonctionne en Martinique. Monique Pindard-Langlat présente ensuite les grandes lignes de sa thèse de doctorat qui verra des applications concrètes dans le domaine de l’éducation, en particulier en ce qui concerne la formation des enseignants. Ceci est d’autant plus réalisable, selon l’auteure, que l’Approche centrée sur la personne est une approche basée sur des valeurs humaines déjà existantes dans la culture antillo-guyanaise.

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À partir de ces constats et de ces vérifications, Monique Pindard-Langlat nous présente son engagement dans la création de l’école libre du Centre EM’PEHEL grâce au prolongement et à l’adaptation de l’approche rogerienne. Sont ainsi expliquées les bases de la « Pédagogie Centrée sur la Personne aux Antilles Guyanne », une pédagogie visant à garantir un climat de respect et de confiance, qui cherche à rendre l’élève acteur de son parcours et qui tiendra compte des différents paramètres du contexte scolaire : valeurs portées par l’école, rôle et responsabilité respectifs de l’élève, des parents et de l’école, descriptions des stades de la démarche d’apprentissage, organisation spatiale et temporelle du dispositif, notion de facilitateur d’apprentissage et principes d’évaluation.

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La suite de l’ouvrage présente dans les faits l’évolution de l’ensemble des élèves durant deux années scolaires. Le lecteur est véritablement immergé dans la réalité scolaire et l’on comprend, avec l’auteure, les régulations qui ont été nécessaires au développement pédagogique de l’école. Des éléments statistiques permettent une analyse visant à la plus grande objectivité et invitent le lecteur à se rendre compte des avantages mais aussi des difficultés liées à cette pédagogie.

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Quelques situations d’élèves sont ensuite présentées. Elles permettent au lecteur de mieux réaliser l’impact d’une telle approche sur l’enfant, en portant un double regard sur l’investissement qu’il fournit et sur l’efficacité qu’il en retire.

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L’ouvrage se termine par les différents points de vue de parents à qui un questionnaire a été proposé. Ces témoignages complètent adéquatement la présentation de cette école en permettant au lecteur de réaliser l’importance du travail en partenariat.

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Le livre de Monique Pindard-Langlat est un livre de partage des expériences personnelles et professionnelles qui ont mené à l’élaboration d’une école nouvelle. Dans un réel souci d’authenticité, l’auteure nous livre ses réflexions où la pensée scientifique se mêle aux émotions liées au vécu personnel. Le lecteur peut parfois être décontenancé par le jeu d’alternance de ces deux approches, ne repèrant pas toujours la ligne directrice du propos. Cependant, la cohérence de l’ouvrage se construit progressivement et on appréciera en fin de lecture le caractère engagé de ce livre de pédagogie.

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Paul-Emmanuel Gross

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Monique Pindard-Langlat (2010)

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L’Approche Centrée sur la Personne

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Son adaptation dans une société multiculturelle

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Exemple dans une école libre en Martinique

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Paris, Éditions Connaissances et Savoirs, 222 p.

Douleur chronique, histoires de rencontres…, de Jacques Grisart

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Pour ce qui concerne le traitement de la douleur chronique, les approches cognitivo-comportementales ont actuellement pris le devant de la scène thérapeutique. Dans cet article, l’auteur, psychologue au centre de référence multidisciplinaire des cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles, exprime qu’un regard phénoménologique et une approche centrée sur la personne offrent une voie complémentaire au modèle bio-psycho-social de la douleur. L’Approche centrée sur la personne de Carl Rogers y est envisagée comme le pendant clinique des recommandations de la phénoménologie. L’auteur spécifie les éléments de base d’une philosophie de la relation thérapeutique et mentionne que l’approche humaniste procure des repères utiles pour réinventer la clinique de la douleur au contact du patient. Sa pratique se situe dans un cadre multidisciplinaire qu’il tente d’éclairer, en décalage par rapport au symptôme, à la lueur d’une invitation à mieux se centrer sur le discours du patient. Il s’agit de découvrir, écrit-il, pour chaque nouvelle personne rencontrée les modalités explicatives qui ne seront valables que pour elle seule, créer une relation et entreprendre le voyage thérapeutique. Face au modèle bio-psycho-social, envisagé comme une explication rationalisante, l’auteur rappelle que la douleur n’a pas le statut d’objet autonome. Elle est une expérience strictement subjective. Ce qui est vécu dans le corps d’une personne n’est pas réductible à ce qu’autrui peut en dire. La douleur est une expérience indissociable de ce qu’en dit le patient : « ce que je ressens dans mon corps me fait mal ». L’enjeu de l’accompagnement est donc de suspendre le jugement objectivant. Seul le patient sait ce qu’il vit à travers la douleur. Loin de le déposséder de sa douleur, c’est à partir de ce qu’il en dit que le travail clinique peut débuter.

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L’article concerne ce qu’il est convenu d’appeler le syndrome douloureux chronique résistant, type de problématique avec laquelle les succès thérapeutiques ne sont le plus souvent pas au rendez-vous. Dans un cadre de psychologie de la santé, l’auteur décrit alors les processus spontanés de contrôle, de recherche de maîtrise, de précaution qui sont souvent mis à mal chez les patients quand la douleur persiste. De même, il décrit les conséquences que sont l’isolement, le découragement, la tension insidieuse, les émotions négatives vécues, la limitation du quotidien, etc. Les approches cognitivo-comportementales suggèrent, dit-il, de modifier les réactions inadéquates pour installer un contrôle plus efficace sur la douleur et ses conséquences. Malgré les recommandations d’approches logiques, bien protocolées et dont l’efficacité a été démontrée, c’est la résistance au changement, note-t-il, qui est la plupart du temps au rendez-vous. À force de vouloir pousser la douleur chronique vers la sortie, c’est au contraire un supplément de frustration et de tension qui s’installe chez le patient. Les pistes thérapeutiques évoquées dans cet article sont alors celles des thérapies de l’engagement et de l’acceptation ou encore celle de l’entretien motivationnel, méthode centrée sur le patient, directive, proposant des techniques précises et dont le but est d’augmenter la motivation du changement par l’exploration et la résolution de l’ambivalence liée à ce changement. Si l’auteur s’inspire largement des bases phénoménologiques de l’approche rogérienne, le modèle pratique qu’il retient n’est en définitive pas celui de l’Approche centrée sur la personne au sens propre du terme.

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Plus avant, l’auteur insiste sur le fait que, dans la relation thérapeutique, il est important de ne pas faire l’impasse sur le vécu du soignant. Les soignants qui travaillent avec des personnes souffrant de douleurs chroniques sont perpétuellement confrontés à un phénomène qui ne se laisse pas simplement appréhender ni maîtriser. Il est dès lors important, note-t-il, de prendre en compte que les soignants eux-mêmes sont personnellement sollicités devant la souffrance et l’épreuve de la douleur. La remise en question provient du fait qu’une logique médicale linéaire n’a souvent plus cours : les résultats ne sont pas immédiats, les retours positifs peu nombreux et la performance attendue de l’intervention professionnelle est mise à mal. Le soignant est alors susceptible d’être confronté à l’irritation, à la fatigue, au sentiment d’impuissance, etc. Les ingrédients du burn-out, lorsqu’ils sont réunis, comportent le risque de tentatives de contrôler d’autant plus la relation thérapeutique. L’auteur souligne dès lors l’importance de la prise en compte du vécu du soignant et de l’offre de présence possible dans la relation thérapeutique.

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Arrivé au terme de son propos, l’auteur indique qu’avant même de mettre en œuvre des compétences médicales spécifiques, il est question de démarche d’accompagnement, d’écoute au rythme intérieur du patient, de chemin d’évolution, de lente progression au fil des contradictions personnelles. La qualité relationnelle du soignant n’a pas vocation de prendre pouvoir sur l’autre, ni de le materner, ni même de le porter plus qu’il ne le pourrait. Le seul pouvoir du soignant est, peut-on lire, d’aider l’autre à contacter le pouvoir propre qu’il a sur ses actes et ses choix. Il s’agit de promouvoir son autonomie.

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Ce texte, bien charpenté, montre combien les accents phénoménologiques contenus dans l’Approche centrée sur la personne peuvent éclairer de façon complémentaire les pratiques bio-psycho-sociales et le travail multidisciplinaire dans un champ spécifique de la psychologie de la santé.

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Jean-Marc Priels

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Grisart, J. (2011)

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Douleur chronique, histoires de rencontres…

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Douleur et analgésie, n° 24, pp. 38-45.

Titres recensés

  1. Monique Pindard-Langlat : L’Approche Centrée sur la Personne – Son adaptation dans une société multiculturelle. Exemple dans une école libre en Martinique. Jacques Grisart : Douleur chronique, histoires de rencontres…
  2. Douleur chronique, histoires de rencontres…, de Jacques Grisart

Pour citer cet article

« Recensions », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 1/2011 (n° 13), p. 90-94.

URL : http://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2011-1-page-90.htm
DOI : 10.3917/acp.013.0090


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