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Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche

2011/2 (n° 14)

  • Pages : 96
  • DOI : 10.3917/acp.014.0003
  • Éditeur : ACP-PR

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Il existe un certain nombre de débats récurrents au sein des praticiens de l’Approche centrée sur la personne. L’un porte sur Rogers et sur son évolution au cours de sa carrière professionnelle. Certains estiment qu’il s’est éloigné de sa théorie de base, dont les principaux écrits datent de la fin des années cinquante, d’autres au contraire qu’il est toujours resté fidèle à sa conception et à sa pratique initiales.

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Et si cette question, parfois passionnée, n’était au fond qu’un faux débat, du fait de la nature même de la démarche de Rogers ? En effet, l’approche de la relation d’aide qu’il a appliquée et décrite ne relève, par essence, pas d’une technique. C’est dès le départ une pratique que Rogers et ses étudiants ont observée, puis élaborée et formulée en termes théoriques. Or cette pratique relève de compétences et de qualités humaines avec lesquelles il n’est pas possible de faire semblant.

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Au cours de 50 années d’activité professionnelle, Rogers a certainement évolué en tant que personne. Il a, osons l’espérer, augmenté, affiné ses compétences, est devenu plus perceptif, plus sensible dans son écoute. « Finalement, il en vint à s’appuyer sur ce qu’il appelait sa ‘présence’, une guérison, ‘presque une autre condition’, mais pas une condition qu’il pouvait invoquer à souhait, et encore moins un modèle devant être imité par d’autres » (p. 36). Mais le fond de sa démarche, de son attitude, de son approche des êtres humains est resté le même, a toujours été de la même nature. Il « croyait de façon assez catégorique qu’il était lui (une personne entière) quelle que soit l’activité dans laquelle il était engagé » (p. 58). Et c’est précisément ce qu’il était qui l’a amené à travailler de la manière qu’il a ensuite décrite et formalisée.

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Un autre élément sensible et source de divergence de points de vue, comme de pratiques, est le côté « nécessaire et suffisant » des conditions de la relation d’aide définies par Rogers. Leur base théorique est solide, bien établie, cependant elles semblent ne pas être si souvent pratiquées telles quelles, sans être mélangées à d’autres conceptions (p. 67). Pourquoi cela, alors qu’« un des pièges discursifs typiques qui risque de nous éloigner de sa théorie est l’abandon de la proposition fondamentale de l’approche sous prétexte qu’elle est insoutenable ou contestable » (p. 78) ? Pourquoi cette tendance forte à ne pas s’en tenir à ce qui fait l’essence de cette démarche thérapeutique, à vouloir proposer des conceptions qui ne sont « pas seulement une partie, mais également un avancement de l’Approche centrée sur la personne » (p. 41)? Est-ce par manque de compétences humaines à intégrer et éprouver les conditions? Par manque de foi en la personne, en soi-même? Par « manque de confiance dans la pratique, les convictions, la philosophie et les principes fondamentaux de la thérapie centrée sur le client » (p. 69)? Ou est-ce encore parce que « le plus grand défi, peut-être, pour le thérapeute centré sur la personne est d’essayer d’abandonner tout pouvoir sur les clients, dans un monde où demander de l’aide signifie habituellement se soumettre à l’autorité de ‘l’aidant’ » (p. 50) ?

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L’essence de cette approche de la relation d’aide trouve cependant de fortes confirmations dans les découvertes récentes des neurosciences, tant au niveau de sa valeur pour la construction de la personne que de sa finesse. Faire semblant n’est pas possible, car « lorsqu’un individu essaye de cacher ses véritables émotions celles-ci sont révélées par ce qui s’appelle des micro-expressions » (p. 21). À la question des conditions nécessaires et suffisantes, à la question « peut-on utiliser des techniques et être encore centré sur le client » (p. 78), la réponse, que cela plaise ou non, pourrait bien être qu’il « est évident que considérer les attitudes thérapeutiques de base comme une question d’apprentissage de savoir-faire est un malentendu significatif. Au contraire, pour qu’elles puissent déployer leur puissance de guérison, ces attitudes doivent être profondément enracinées dans la personne du thérapeute » (p. 21).

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Ainsi Rogers n’aurait-il pas dévié de sa route, en évoluant de définitions théoriques formelles à un langage mettant de plus en plus l’accent sur une manière d’être. Il aurait bien plus, en définitive, été « mené » par les conceptions mêmes qu’il décrivait, par leur logique et par son respect profond de ce qu’il pouvait constater et vivre professionnellement. Peut-être était-il en avance. Peut-être son approche est-elle toujours en avance sur notre capacité d’ouverture à l’autre, d’intérêt sincère, de « disposition à être touché émotionnellement par le client » (p. 21) et enfin d’acceptation que, dans le domaine de la connaissance de soi et des interactions humaines, nous sommes bien loin d’être les experts que, trop souvent, nous imaginons être.

Pour citer cet article

Randin Jean-Marc, « Éditorial », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 2/2011 (n° 14), p. 3-4.

URL : http://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2011-2-page-3.htm
DOI : 10.3917/acp.014.0003


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