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Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche

2011/2 (n° 14)

  • Pages : 96
  • DOI : 10.3917/acp.014.0088
  • Éditeur : ACP-PR

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Métamorphoses au fil de l’Approche de Gérard Mercier

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Dans son livre Métamorphoses au fil de l’Approche, Gérard Mercier laisse perplexe, tant par le genre que prend son ouvrage que par ce qu’il tente de partager. Comme l’auteur le dit lui-même, son essai est une gageure. En effet, il se propose de décrire, dans un style très particulier, l’émergence post-thérapeutique du processus de vie des clients et l’impact que la relation thérapeutique occasionne chez le thérapeute. Il nous invite, au fil d’une écriture fluide et insolite, à suivre ses errances créatives comme autant de voyages « oniriques du lien », pour employer son expression, en utilisant un langage où la poésie rivalise avec les métaphores, ce qui n’est pas sans contraste avec le langage clair de Carl Rogers.

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Sa vision abstraite de l’Approche centrée sur la personne risque de nous en faire perdre l’essence. Pourtant, malgré ses élucubrations poétiques, cette créativité a son côté séduisant. Il y a dans ses descriptions bucoliques et picturales des parallèles intéressants et audacieux avec les attitudes, qu’il détaille, sinon d’une manière systématique, avec une certaine rigueur. Sous une forme qui peut paraître allégorique, les valeurs de l’approche sont abordées avec subtilité. Gérard Mercier nous entraîne dans une danse étourdissante où réflexions pertinentes, convictions personnelles et nouveaux concepts se mêlent aux principes de l’approche. C’est avec un imaginaire débordant qu’il nous immerge dans son univers fertile où, hélas, ses métaphores parfois hasardeuses nous éloignent de son objectif. Bien que Gérard Mercier nous promène dans un monde surréaliste, son essai a l’avantage de nous proposer un exposé pour le moins original de l’Approche centrée sur la personne et de ses effets.

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Geneviève Odier

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Mercier, G. (2011)

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Métamorphoses au fil de l’Approche

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Nantes, De l’Écrit au Livre, 87 p.

Articles récents Dossier préparé par Jean-Marc Priels

Empathie. De l’autre côté de ton regard… de Christophe Engels (sous la direction de Mauro Sbolgi et du Comité de rédaction du Siréas)

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Attentif aux aspects de société, le secteur Education permanente du Siréas (Service International de Recherche, d’Education et d’Action sociale), s’est mis en réflexion sur le thème de l’empathie. Il en ressort un texte attrayant et bien charpenté. L’article cite bien entendu Carl Rogers, mais les auteurs rappellent tout d’abord les mots du philosophe taoïste chinois Tchouang-Tseu : « L’être tout entier est à l’écoute. On parvient alors à saisir directement ce qui est là, devant soi, ce qui ne peut jamais être entendu par l’oreille ou compris par l’intellect. » Ils soulignent ensuite que l’empathie a fait l’objet de multiples regards, poètes, écrivains, philosophes, phénoménologues s’étant depuis longtemps exprimés sur la question. Le texte mentionne enfin les théories neuroscientifiques les plus actuelles qui, à grand coup d’imagerie médicale, en viennent à désigner les neurones-miroirs sous le nom de neurones empathiques.

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Si les mesures des processus neuronaux permettent de jauger l’empathie à l’idée qu’il faut avoir fait l’expérience d’une situation pour la comprendre, la question qui se pose est alors de savoir comment la compréhension mutuelle reste possible au-delà des différences, notamment culturelles. Ces préalables étant posés, le mérite de l’étude est d’en venir à considérer l’empathie comme une porte d’accès à autrui, comme le socle de relations interpersonnelles et de choix éthiques qui débouchent sur la création d’un monde commun. Le texte s’inscrit alors à l’encontre des propos récents d’Alain Touraine, sociologue influent, pour qui « la société n’existe plus […] ».

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En effet, la lutte des classes ayant été rangée aux oubliettes de l’histoire, des questions se posent. Ne resterait-il que fragmentation, désolidarisation, délitement des relations sociales, repli sur soi et désengagement généralisé? La société est-elle susceptible d’évoluer? Et le monde qui est le nôtre n’a-t-il pas, plus que jamais, besoin de lien social? La conclusion est nette : pour contrecarrer les excès de l’individualisme consumériste et discriminatoire ambiant, notre époque ne fera pas l’économie d’un recours à l’empathie.

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Engels, C. (sous la direction de M. Sbolgi et du Comité de rédaction du Siréas)

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Empathie. De l’autre côté de ton regard

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Bruxelles, Siréas asbl, Analyses & Etudes. Société, 2011/05, 8 p.

Empathie. De l’autre côté de ton regard… de Christophe Engels

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Dans cet article plus court que le précédent, c’est dans un style journalistique bien à propos que Christophe Engels interroge le thème de l’empathie. Il invite à la considérer autrement qu’un illusoire vestige d’efforts consentis pour se mettre dans la peau de l’autre. Dans cet article très personnel, son questionnement reste ouvert. S’agit-il essentiellement d’une qualité de l’écoute pleinement authentique ? Le texte invite à retenir que, selon l’Approche centrée sur la personne, l’empathie fonde l’expérience d’une rencontre – notamment thérapeutique – de l’autre. On comprend dès lors qu’il est difficile d’énumérer un catalogue de tous les aspects contenus dans cette attitude. Peut-on, sans être réducteur, la résumer à un triptyque de composantes affective, cognitive et régulatrice? En regard, la démarche neuroscientifique présente l’empathie comme l’existence d’une propriété neurocognitive générale qui permet la reproduction mentale de l’activité mentale d’un individu à celle d’un autre[1][1] Georgieff, N. (2011). L’empathie et les neurosciences,.... L‘auteur note que ces deux approches de l’empathie, sans être concordantes, sont des points de vue complémentaires de la compréhension de l’humain. Carl Rogers quant à lui décrivait l’empathie comme un voyage objectif dans l’univers d’autrui. Parce qu’elle incite à la prudence et qu’elle ne peut se réduire à un processus rationnel, ne serait-elle alors pas une condition éthique de l’écoute dans toute forme de thérapie? Pour déjouer les pièges de l’identification, de la sympathie, de l’hyper-empathie ou de la contagion des émotions, l’article retient que, dans le cadre d’une écoute compréhensive, l’empathie est indissociable de la congruence et du regard positif inconditionnel, c’est-à-dire d’un cadre d’attitudes de référence. Centration sur l’autre autant que prise en compte de soi-même en sont les éléments corollaires. Poursuivant son argumentation, Christophe Engels s’appuie enfin sur Edgard Morin et sa conception anthropologique de l’altérité, du différent et du semblable. L’empathie autorise à tenir compte de ce que ressent et pense la personne écoutée. En ce sens, au-delà du dissemblable, porteur d’une potentialité hostile, elle considère l’humanité de l’autre et devient le vecteur d’une potentialité fraternelle. En final, elle est présentée comme un voyage aller-retour entre les personnes. Elle invite à une découverte, celle de l’autre qui, au mieux, sortira enrichi de la compréhension qui lui est offerte. En retour, c’est notre façon de penser et le regard porté sur l’autre qui en est renforcée. À moins qu’elle ne soit le fondement de l’intersubjectivité et ne débouche, au-delà de la pensée unique, sur la création d’un monde plus chaleureux.

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Honorine Tangi et Jean-Marc Priels

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Engels, C. (2011)

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Empathie… De l’autre côté de ton regard

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L’observatoire, Revue d’action sociale et médico-sociale, n° 70, pp. 67-70.

La relation empathique selon Rogers de Gérard Lamboy

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Publié dans une excellente revue destinée aux soignants en santé mentale, cet article vise à rappeler que, selon Carl Rogers, l’empathie est conçue comme « compréhension empathique » (empathic understanding) du cadre de référence interne du client. Dans le contexte de la psychothérapie, il ne convient donc pas seulement d’écouter les représentations ou les croyances personnelles du client, ni de seulement l’entrevoir comme « sujet » de la relation qu’il entretient avec lui-même. Il convient aussi de le considérer comme partie prenante dans l’élaboration et la mise en œuvre de la relation thérapeutique. Il revient au thérapeute de créer les conditions propices à l’échange en même temps que de laisser au client toute sa part de responsabilité au cœur du dispositif thérapeutique. La personne étant un organisme qui possède des ressources, la tendance à l’actualisation des forces de croissance qui existent en elle est agissante comme facteur essentiel d’une thérapie centrée sur la personne.

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Plus avant, l’auteur insiste sur la nécessité de développer l’écoute comme un art du non-savoir. Il importe, peut-on comprendre, de laisser au patient tout le champ de liberté qui lui permet d’évaluer le processus de la thérapie selon ses propres critères. L’inconditionnalité de l’écoute renvoie aux notions de non-jugement, de non-comparaison. Ainsi, dans une attitude de disponibilité respectueuse, exempte de jugement quant aux capacités de la personne écoutée, la compréhension empathique se veut accueil, sans déformation, des paroles de l’aidé. L’enjeu est donc d’écouter au-delà du savoir objectivant, de se départir de ce qui interfère sur l’écoute directe et de ce qui déforme les perceptions. L’art du non-savoir est présenté comme une invitation à explorer plutôt qu’à définir, à ressentir plutôt qu’à raisonner. Dégagé d’idées et d’interprétations préconçues, il est ouverture à l’accompagnement de l’autre et engage le patient à une écoute renouvelée de lui-même.

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Revenant sur le fait que Rogers avait lui-même constaté l’utilisation trop technique de la reformulation ou du reflet du sentiment, l’auteur invite à se départir d’une application trop réductrice de l’empathie. Celle-ci n’a pas simplement pour effet de valider, ici et maintenant, le client dans la vision péjorative qu’il aurait de lui-même, ni de littéralement reconnaître ou figer l’émotion qu’il exprime dans la situation actuelle. Il s’agit plutôt de considérer l’empathie comme essai de compréhension, vérification d’impressions. Car c’est l’ajustement de la perception du thérapeute à celle du client, au plus juste de ce qu’il est en train de vivre et de ce qu’il exprime, qui permet de faire avancer le processus thérapeutique. L’empathie ne se contente donc la plupart du temps pas de simples reformulations en miroir. Elle se situe à un niveau de compréhension plus complet de ce que vit et met en œuvre la personne aidée pour trouver son chemin. L’auteur insiste alors sur le fait que le thérapeute empathique développe le plus souvent une « double écoute » de son client. Celui qui sollicite une relation d’aide n’amène en effet pas seulement des difficultés, des préoccupations. En consultation, il vient aussi présenter des ressources, des compétences et des capacités pour survivre. La présomption de compétences du thérapeute envers son client permet de ne jamais figer la personne dans une vision d’avenir péjorative et d’entrevoir le possible changement.

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Pour terminer, l’auteur note que, dans l’écoute, la relation à l’autre et la relation à soi se réalisent et se construisent simultanément. Il ne s’agit pas seulement de processus d’ajustement interpersonnel entre le thérapeute et son client. En effet, si ce dernier sent l’importance qui est accordée à ce qu’il vit et que le thérapeute lui permet de porter sans cesse plus d’attention à ses propres critères de référence interne, alors il pourra faire plus confiance à son expérience et aux sources d’informations émergentes en lui-même pour évaluer et réajuster sa représentation de la réalité. La thérapie n’est donc pas seulement une question de contenu. Elle est une expérience vécue, un processus aidant la personne à se réapproprier ses propres repères, sa capacité d’évaluation interne. Il y est surtout question du processus d’autonomisation de la personne et son développement.

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Lamboy, G. (2011)

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La relation empathique selon Rogers

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Santé mentale, n° 158, pp. 52-55.

Découvrir son potentiel de guérison avec la relation d’aide de Eric Pagani

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Dans un style qui lui est propre, l’édition française de la revue Psychologies Magazine a récemment consacré deux petites pages à l’Approche centrée sur la personne. Exposant succinctement une situation clinique, cet article met en exergue les impressions d’une personne ayant bénéficié d’un entretien de relation d’aide : qualité d’écoute, qualité de présence, impression de confiance, véritable échange, liberté de l’expression. Dans son article, le journaliste synthétise ensuite quelques propos de la thérapeute qui s’est livrée à l’exercice de style proposé. Exprimées dans un langage adapté au grand public, quelques réflexions théoriques et cliniques présentent l’Approche centrée sur la personne.

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Pagani, E. (2010)

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Découvrir son potentiel de guérison avec la relation d’aide, Psychologies Magazine, octobre 2010, pp. 228-230.

Notes

[1]

Georgieff, N. (2011). L’empathie et les neurosciences, Santé mentale, n° 158, pp. 46-51.

Titres recensés

    1. Métamorphoses au fil de l’Approche de Gérard Mercier
  1. Articles récents Dossier préparé par Jean-Marc Priels
    1. Empathie. De l’autre côté de ton regard… de Christophe Engels (sous la direction de Mauro Sbolgi et du Comité de rédaction du Siréas)
    2. Empathie. De l’autre côté de ton regard… de Christophe Engels
    3. La relation empathique selon Rogers de Gérard Lamboy
    4. Découvrir son potentiel de guérison avec la relation d’aide de Eric Pagani

Pour citer cet article

« Recensions », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 2/2011 (n° 14), p. 88-93.

URL : http://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2011-2-page-88.htm
DOI : 10.3917/acp.014.0088


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