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Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche

2012/1 (n° 15)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/acp.015.0072
  • Éditeur : ACP-PR

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L’accompagnement des personnes âgées avec l’Approche centrée sur la personne, de Marlis Pörtner

« Tant que tu vis, continue d’apprendre à vivre »

Sénèque
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En 2010, Marlis Pörtner a consacré un livre à l’accompagnement des personnes ayant un handicap mental et des personnes dépendantes, vivant en institution. Cette nouvelle publication, dans le même esprit, est dédiée à l’accompagnement des personnes âgées.

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Avec autant de finesse que de sensibilité, l’auteur évoque le travail difficile, quotidien et concret, des soignants avec les personnes âgées devenues dépendantes et souvent institutionnalisées.

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Ce qu’elle place au cœur de leur relation, c’est la confiance indéfectible dans les ressources et les potentialités des personnes, même très âgées. Et au cœur du travail d’accompagnement, les attitudes telles qu’elles ont été décrites par Rogers : l’écoute compréhensive des personnes âgées, de ce qu’elles ressentent, en les acceptant telles qu’elles sont, en respectant et reconnaissant leurs limites mais aussi en favorisant, dans la mesure du possible, leur autonomie et leur liberté de choix. Ces attitudes favorisent la progression des personnes vers une responsabilisation accrue.

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Elle souligne aussi à quel point les soignants peuvent tirer profit de cet accompagnement centré sur la personne qui, en donnant du sens à ce qu’ils vivent sur le terrain, rend leur travail plus valorisant et passionnant.

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Des exemples cliniques concrets et pertinents permettent, tout au long du livre, de comprendre de l’intérieur les enjeux relationnels de cette approche fondamentalement centrée sur la personne.

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En prélude et avec congruence, Marlis Pörtner livre, dans un premier chapitre, quelques réflexions personnelles sur ce que signifie « devenir vieux » pour elle : étape positive de sa vie, période certes marquée par des deuils et des renoncements mais aussi temps de changement où des horizons nouveaux s’ouvrent et où l’inconnu, l’insoupçonné peuvent encore surgir, période de pertes mais aussi de libération, désagréments physiques certains mais liberté intérieure plus grande, besoin de se concentrer sur l’essentiel et veiller à la qualité puisque la mort est visible au bout du chemin…

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Dans le deuxième chapitre, elle reprend les fondements de l’Approche centrée sur la personne, approche qui permet pleinement l’accompagnement des personnes âgées en leur faisant confiance pour trouver leur propre chemin, en étant sensible à leur vécu subjectif, « en dégageant l’accès à leurs ressources laissées en friche, en prenant soin de leurs ressources encore disponibles », en ne faisant pas les choses pour elles mais avec elles et à leur rythme. Comme dans son livre précédent, Marlis Pörtner rappelle l’utilité et la richesse du travail de préthérapie initié par G. Prouty.

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De son expérience avec les personnes vieillissantes, elle dégage, dans un troisième chapitre, sept principes pour les accompagner :

  1. Faire preuve de clarté tant dans l’établissement du cadre que dans la manière de communiquer. Ne pas savoir se situer engendre inévitablement insécurité et peur. La clarté, au contraire, offre sécurité et confiance.

  2. Le vécu subjectif est une clé de compréhension qui permet d’aider la personne âgée à découvrir ses ressources et de chercher avec l’aidant des solutions à ses difficultés. De nouveaux comportements deviennent alors possibles.

  3. Ce ne sont pas les déficiences qui comptent mais les ressources qui « sont là maintenant », comme de développer des capacités émotionnelles ; ces ressources permettent de compenser les atteintes de l’âge.

  4. Considérer les changements de la dernière étape de la vie comme des étapes du développement de la personne ouvre des nouvelles perspectives très stimulantes.

  5. Assumer la responsabilité de ses actes est un besoin existentiel qui permet de s’éprouver comme une personne capable d’agir. Chez les personnes âgées, même très dépendantes, il existe toujours un domaine parfois très limité où elles peuvent assumer leur responsabilité. Ce qui augmente l’estime qu’elles peuvent avoir d’elles-mêmes et leur qualité de vie.

  6. Il est important d’aborder la personne âgée en ne la réduisant pas à son état actuel connu. Respecter la part d’inconnu en elle n’est pas dissociable de l’Approche centrée sur la personne.

  7. Prendre une personne âgée au sérieux, c’est pouvoir reconnaître que ses réalités intérieure et extérieure sont différentes des nôtres.

Ce qui compte au quotidien fait l’objet du quatrième chapitre.

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Des principes énoncés par Marlis Pörtner découlent des outils concrets pour le travail au quotidien avec les personnes âgées :

  • Il est important de prendre la personne âgée au sérieux dans sa manière d’être et son mode d’expression. Comprendre permet « d’éveiller des ressources qui sommeillent ou du moins de maintenir en éveil » celles dont elle dispose encore et éviter ainsi qu’elles ne s’étiolent.

  • Prendre la personne au sérieux, c’est aussi par exemple, prendre ses besoins et désirs au sérieux même s’ils ne peuvent pas être comblés, ne pas parler des personnes présentes mais parler avec elles.

  • Si écouter est la condition préalable pour comprendre ce qu’elle ressent et ce dont elle a besoin, il est tout aussi indispensable de trouver le langage privilégié de chaque personne âgée pour s’exprimer de manière à être compris.

  • L’accompagnement de la personne âgée doit intégrer son vécu subjectif alors que trop souvent les soignants se centrent sur les faits objectifs.

  • Respecter la dignité de la personne âgée se marque dans des petites habitudes de la vie quotidienne : frapper avant d’entrer, au sens propre comme au sens figuré, respecter son intimité, son individualité, lui demander son avis…

Marlis Pörtner insiste beaucoup sur l’attention à porter aux petits pas que peut encore faire une personne âgée, sur l’importance de lui offrir des appuis et des « choix maniables » pour qu’elle puisse encore agir de manière autonome, sur la nécessité de prendre ses sentiments et ses souhaits au sérieux et de les respecter.

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Elle souligne combien un accompagnement psychique est essentiel pour les personnes âgées. Il s’agit, écrit-elle, « de saisir les états d’âme d’une personne de manière différenciée et de ressentir son vécu de telle sorte qu’elle […] se sente comprise et acceptée ». L’auteur termine ce chapitre en mettant en évidence l’importance, en tant que soignant, de s’exprimer de manière à être compris par l’autre, de ne pas se laisser guider par un savoir préalable, de reconnaître sa propre implication.

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On ne s’improvise pas accompagnant de personnes âgées. Ce métier demande des compétences professionnelles et personnelles (chapitre V). D’autant que cet accompagnement présente des aspects particuliers dont les moindres ne sont pas l’inversion des rôles entre les générations et l’approche de la mort (chapitre VI).

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Marlis Pörtner poursuit par quelques considérations sur la réalité et ses différentes facettes (chapitre VII) et les pistes innovantes qui devraient se mettre en place (chapitre VIII).

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Le dernier chapitre est consacré aux personnes atteintes d’un handicap mental.

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Bien qu’il s’inspire des idées développées dans un ouvrage précédent, voilà un livre riche et intéressant. L’auteur échappe à la tentation du schéma binaire figé qui catégorise souvent les personnes âgées (celles qui sont identifiées à leurs manques, leurs insuffisances, et celles qui « réussissent » leur vieillesse). Elle tient compte autant de la réalité (pertes et deuils, angoisses existentielles exacerbées) que des ressources et des potentialités des personnes âgées. Elle n’oublie pas que chaque personne est une « exception » autrement dit une personne unique qui crée une mosaïque personnelle de ses forces et de ses fragilités.

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Ce livre est une invitation à se familiariser, à intégrer progressivement une façon de vivre autrement l’expérience d’accompagnement des personnes âgées : les considérer dans leur singularité et dans leur globalité.

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Ce livre enfin met l’accent sur des choses essentielles et que l’on a parfois tendance à oublier : le développement de la personne se déploie tout au long de la vie, de la naissance à la mort. Pour la plupart des personnes, il n’y a pas de basculement brutal dans la vieillesse. C’est un processus qui commence insidieusement bien avant de se sentir vieux ou considéré comme tel par les autres. « La vieillesse » n’existe pas. Il n’y a que des personnes vieillissantes qui vivent chacune la dernière partie de leur vie de manière singulière. Vieillir est une expérience nouvelle que chacun a à explorer. Chacun est concerné.

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En terminant la lecture de ce livre, on ne peut qu’espérer voir s’étendre cette façon très novatrice de travailler avec des personnes âgées, très éloignée de ce qui se fait actuellement même s’il existe de îlots de changement. On ne peut qu’espérer voir des personnes retrouver une meilleure estime d’elles-mêmes, s’ouvrir, sortir de leur enfermement, de leur subordination si elles peuvent bénéficier d’écoute, de compréhension, d’encouragement.

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Ce livre est une ouverture sur la vie, la vie telle qu’elle se révèle au jour le jour dans le processus qui se met en place quand un soignant accepte de s’impliquer dans une relation authentique, non condescendante, non infantilisante avec une autre personne, âgée et souvent démunie. Quand un soignant prend le temps d’écouter la musique intérieure qui se cache derrière les mots.

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À chacune des pages de ce livre se découvre la musique intérieure de Marlis Pörtner. Et se dévoile une personnalité riche, attachante, créative qui incarne avec tellement de justesse les valeurs de l’Approche centrée sur la personne.

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Un dernier petit mot pour remercier Odile Zeller qui, par sa traduction précise et nuancée, nous a permis de découvrir ce livre.

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Claire Demaret

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Pörtner, M. (2012)

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L’accompagnement des personnes âgées avec l’Approche centrée sur la personne

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Lyon, Chronique sociale, Collection Comprendre les personnes, 112 p.

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Avant-propos de Jean-Marc Priels

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Traduction d’Odile Zeller

Carl Rogers. Être vraiment soi-même. L’Approche Centrée sur la Personne, de Geneviève Odier

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Geneviève Odier présente, dans ce livre, l’Approche centrée sur la personne et les bases conceptuelles formulées par Carl Rogers, pour lui réattribuer la finesse des concepts qui la fonde et lui « rendre ses lettres de noblesse ». L’écriture restitue à la fois une description phénoménologique de la relation thérapeutique et une présentation conceptuelle de l’approche. Sa manière d’illustrer et de donner chair aux concepts permet au lecteur d’appréhender la complexité de cette approche dans le vécu de la relation thérapeutique.

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L’auteure destine ce livre aux professionnels soucieux de renforcer leur pratique d’écoute, aux psychothérapeutes, aux personnes en thérapie et à « ceux qui s’interrogent sur une vie harmonieuse ». Le propos s’appuie, d’une part, sur un important travail de recherche documentaire avec de nombreuses références, certaines peu courantes en français, et d’autre part, sur son expérience de psychothérapeute dont elle nous relate avec finesse les nombreuses subtilités.

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Si le titre de la couverture reste classique pour cette approche, le titre au verso « Vivre l’instant présent » peut interpeller. C’est après les premiers chapitres que le lecteur pourra faire le lien entre ces deux titres : l’Approche centrée sur la personne est à la fois une réponse au challenge de « vivre l’instant présent » pour la personne en travail thérapeutique, et à la fois détermine la posture du psychothérapeute lorsqu’il accompagne l’expérience intérieure de son client dans le présent de la relation.

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Après une introduction foisonnante d’idées, le premier chapitre décrit chronologiquement différents aspects de la vie de Rogers. La construction de l’approche semble se dessiner dans l’esprit du lecteur au fur et à mesure de la description des recherches et des rencontres de Rogers, les choix des événements biographiques étant particulièrement pertinents à cet effet.

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Le chapitre deux situe la naissance de l’approche, non plus du point de vue de l’histoire centrée sur le vécu de Rogers, mais dans le contexte des sciences de l’époque, comme une troisième voie, entre comportementalisme et psychanalyse. Une approche thérapeutique nouvelle qui crée un espace de compréhension de soi-même, qui favorise un pouvoir de décision par soi-même à travers les perceptions et les mouvements internes, aussi faiblement perceptibles et aussi contradictoires soient-ils.

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Geneviève Odier explore ensuite de nombreux points théoriques qui fondent la conviction de Rogers : l’humain est investi d’une énergie constructive, orientée vers une croissance qui vise la meilleure adaptation possible selon la conjoncture du moment. Loin d’un acte volontaire et prédéterminé, l’humain est poussé vers une conscientisation de lui-même toujours plus complexe, en adéquation avec son environnement et ceux qui l’entourent.

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« La méthode », titre du quatrième chapitre, est démystifiée : l’approche n’est pas simplement une technique, tout au plus le thérapeute est-il l’outil de la démarche dont il incarne les attitudes essentielles : congruence, regard positif inconditionnel et compréhension empathique. La description de celles-ci n’apparaissent qu’en page 68, montrant par-là le parti pris de présenter l’approche à partir des valeurs et des principes qui la sous-tendent plutôt qu’à partir des attitudes en jeu dans la relation thérapeutique.

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Les deux chapitres suivants concentrent l’attention du lecteur sur les qualités du thérapeute et sur les finalités de l’approche. L’auteure rappelle que la visée de celle-ci est de faire acquérir une capacité plutôt que de « s’attaquer » à un problème ou un symptôme particulier. Le lecteur pourra découvrir rapidement des sujets comme « l’intuition », le « respect » ou encore découvrir le point de vue de Rogers sur des notions telle que l’interprétation : « l’interprétation […] n’a de valeur que dans la mesure où elle est acceptée et assimilée par le client ».

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Le lecteur découvre ensuite l’approche à travers des vignettes d’entretien. Les premières interpellent en ce sens qu’elles mettent en évidence les influences négatives que peut exercer le thérapeute sur le processus du client. D’autres extraits viennent éclairer la subtilité de la démarche et notamment l’illustration de « moments de changement » [1][1] Appelés aussi « moments de mouvement » dans certains..., moments clefs de la thérapie.

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Le travail de recherche novateur de Rogers est placé astucieusement après celui sur la pratique, comme un clin d’œil à ses idées. Une rapide allusion au travail de groupe, aux applications dans d’autres champs d’activité et à l’évolution des concepts – dont la psychopathologie – clôture le propos de Geneviève Odier, qui rappelle que « l’œuvre de Rogers inspire et stimule. Sa richesse et sa puissance sont encore à explorer ».

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Cet ouvrage est comme une invitation et une ouverture à cette exploration souhaitée par Rogers. Bien construit et assis sur les fondements de l’approche, avec des références pertinentes, j’ai pu regretter que le fil conducteur de l’auteure n’apparaisse pas plus fortement et plus rapidement. J’ai pu aussi sentir que le propos, parfois destiné aux thérapeutes, parfois à des personnes en recherche d’elle-même, pouvait créer, par moment, un léger flottement quant au destinataire du message. Certains chapitres reprennent autrement des propos déjà exposés, comme des « remises de l’ouvrage sur le métier » pour une meilleure assimilation, mais peuvent faire naître le souhait d’une structuration plus marquée de l’écrit. Quelques concepts sont abordés à mon sens trop brièvement et, par exemple, la distinction entre « intuition » et « congruence » ne m’est pas apparue clairement.

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Ces quelques points n’altèrent aucunement l’intérêt global de cet ouvrage, sa justesse, et chaque lecteur est invité à s’en faire sa propre idée, dans cette navigation qui me semble réussie entre une description phénoménologique et conceptuelle de l’Approche centrée sur la personne.

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Christian Glaudel

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Odier, Geneviève (2012)

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Carl Rogers. Être vraiment soi-même

42

L’Approche Centrée sur la Personne

43

Paris, Editions Eyrolles, 204 p.

Notes

[1]

Appelés aussi « moments de mouvement » dans certains textes de Rogers.

Titres recensés

  1. L’accompagnement des personnes âgées avec l’Approche centrée sur la personne, de Marlis Pörtner
  2. Carl Rogers. Être vraiment soi-même. L’Approche Centrée sur la Personne, de Geneviève Odier

Pour citer cet article

« Recensions », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 1/2012 (n° 15), p. 72-78.

URL : http://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2012-1-page-72.htm
DOI : 10.3917/acp.015.0072


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