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Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche

2014/2 (n° 20)

  • Pages : 98
  • DOI : 10.3917/acp.020.0086
  • Éditeur : ACP-PR

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Vivre en couple, préventions et dépassements des difficultés, de Geneviève Valla-Chevalley

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Fidèle à sa ligne éditoriale, l’éditeur Chronique Sociale continue d’enrichir le catalogue de sa collection « Comprendre les personnes ». On ne s’étonnera pas d’y trouver ce magnifique petit livre qui se penche sur les bases de la vie partagée en couple. Ecrit par Geneviève Valla-Chevalley, il tient compte de la pluralité des situations existantes, qu’elles soient conjugales ou non, de la variété des orientations sexuelles, des âges ou des expériences de chacun. Concis et parfaitement bien structuré, cet ouvrage rappelle que chaque couple est une construction originale, unique et inachevée. Il aborde les questions rencontrées par les personnes dans l’évolution de leur vie commune : trajectoires personnelles et histoires des familles d’origine, attirance amoureuse, confrontations des valeurs, attentes mutuelles, ruptures et conflits, fragilités, frustrations, désirs et fantasmes, séparation, reconnaissance et gratitude, parentalité, moments d’adversité, dépassement des difficultés, etc. En illustrant chaque page de vignettes cliniques, l’auteure explore avec précision et pertinence les joies et les problématiques complexes rencontrées dans le quotidien des personnes ayant choisi de vivre ensemble. Il s’agit d’un ouvrage limpide et concret, dont chaque exemple, tiré d’une pratique sensible de l’écoute des couples, est commenté avec des mots soigneusement choisis. À la rencontre des parcours personnels et des histoires individuelles, le couple y est présenté comme un chemin vivant, parfois sinueux, parsemé d’étapes, et se construisant de façon continuelle et commune, mais aussi ouvert au développement personnel et autant que possible satisfaisant. Dans ce parcours, si l’auteure rappelle l’importance de l’expression personnelle et de l’écoute mutuelle, ses propos ne versent jamais dans la solution facile. Il y est question de la clarification des questions confuses, de la possibilité de prise de recul, de partage et d’ouverture à la connaissance de l’autre, d’équilibrage entre la place de l’autre et sa propre place dans une vie ensemble, de rencontre vivante et vivifiante, de responsabilité face à l’altérité et à la différence de l’autre, etc.

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À la croisée du counselling (tenir conseil ensemble), et plus précisément du conseil familial et conjugal, voire de la médiation, cet ouvrage encourage à la réflexion, à l’expression de paroles claires et à l’approfondissement de l’écoute. Il invite à mieux comprendre les ressorts cachés de la communication interpersonnelle à l’œuvre dans le couple. Le lecteur y retrouvera l’esprit et les fondements de l’Approche centrée sur la personne. Le livre est essentiellement imprégné de psychologie humaniste. Discrètement, quelques éléments systémiques ou psychanalytiques en égrainent le propos. L’auteure, Geneviève Valla-Chevalley, diplômée en histoire, en psychologie et en théologie protestante, est familière de la pensée de Carl Rogers. Elle n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle a publié auparavant d’autres ouvrages remarqués, dont Le conseil conjugal et familial, repères historiques, institutionnels et cliniques. [1][1] Paris, Editions Erès, 2009, 168 pages.

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Valla-Chevalley, G. (2013)

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Vivre en couple, préventions et dépassements des difficultés

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Lyon, Editions Chronique Sociale, 103 pages

L’écoute centrée sur la personne. Principes et pratique en relation d’aide, de Michel Hermier

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Dans ce livre, l’écoute présentée par Michel Hermier, s’inspirant de Carl Rogers, se définit comme centrée sur la personne. Il s’agit d’une écoute non-directive et néanmoins active. L’auteur a été formé au Groupe d’étude Carl Rogers. Il a tout d’abord fait l’expérience de l’écoute en tant que médecin (pédiatre), puis en tant que bénévole dans diverses associations telles que S.O.S Amitié et La Porte Ouverte (Lyon), qui accueillent et écoutent des personnes précarisées et en grande difficulté sociale, familiale et matérielle. Il annonce volontiers qu’il s’agit d’un livre pédagogique écrit par un bénévole et plus particulièrement destiné à des bénévoles en formation. Il s’agit du livre que l’auteur aurait aimé trouver à ses débuts d’écoutant.

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Pour les besoins de la formation, l’ouvrage propose quelques découpages didactiques qui, pour aussi artificiels qu’ils puissent sembler de prime abord, sont cependant parfaitement réfléchis. Ils sont ensuite plus méthodiquement repris dans plusieurs chapitres de l’ouvrage. Ainsi, par exemple, en est-il de la notion de personne et des registres de son discours. L’auteur invite à retenir qu’un même discours écouté peut porter sur divers registres à la fois, ou sur des registres différents d’un moment à l’autre de son développement. Il est alors question d’écouter ce qui est du registre des faits (problème, situation, difficulté exposée, etc.), de celui de l’état global de la personne (composé en proportion variable de trois états présents de ce qu’elle éprouve, pense, exprime) et de la personnalité (le fond permanent du psychisme qui s’est structuré au cours du développement et qui se décline sous les versants sensible, mental et comportemental). Ceci étant posé, il est plus précisément question de développer une écoute humaniste qui soit centrée sur la personne et non sur les problèmes qu’elle amène, ni sur les faits extérieurs ou les tiers évoqués dans la situation présentée, ni encore sur ce qui constitue des caractéristiques de personnalité, etc. Une véritable écoute évite ainsi la superficialité et se garde d’une interprétation trop rapide du sens des mots. L’écoute centrée sur la personne perçoit, reconnaît le mieux possible l’état subjectif singulier, la vérité, la réalité, l’être intérieur de la personne écoutée, souvent au-delà de la façon dont il se présente au premier abord. Elle permet à l’écouté de vivre l’expérience d’être accompagné dans une relation respectueuse, empreinte d’authentique et de profonde humanité, dans laquelle il se sent reconnu dans ce qu’il vit intérieurement. Faisant place au retentissement personnel intérieur des situations exprimées, l’écoute ainsi exercée va à la rencontre des besoins universels essentiels de la personne qui la sollicite : besoin d’exister, besoin de l’autre, besoin de présence vivante, d’estime, d’acceptation, de considération, de reconnaissance, de sécurité, de confiance, de profond respect, d’autonomie en même temps que d’accompagnement, etc.

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L’ouvrage ne manque pas de décrire divers aspects d’une attitude directive : posture supérieure et égocentrée, directivité interventionniste, jugement, évaluation, interprétation, enquête et interrogation, conseil et solutions, esquive du contenu, stimulation, etc. Il poursuit en évoquant quelques effets délétères de ces manières d’être hors-écoute : soumission, résistance, révolte, dévalorisation, retrait défensif, frein au cheminement intérieur personnel, etc. Revenant au cœur de son propos, il s’attarde ensuite à décrire les manières d’être propres à l’écoute : attitude d’accueil discret et prudent, d’ouverture et de disponibilité, d’accompagnement dans le respect du rythme de l’écouté, de regard positif inconditionnel, attitude valorisante, sécurisante et confiante, etc. Enfin, il aborde l’écoute centrée sur la personne, les manières d’être congruentes et l’attitude empathique faite de juste distance. Il en expose les effets positifs d’atténuation du sentiment de solitude, de sécurisation, de facilitation à l’accès au monde intérieur, de libération et d’émergence des ressources intérieures de la personne écoutée, etc.

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Le piège pour Michel Hermier aurait pu être de tomber dans le travers d’une instrumentalisation de l’écoute active. Or, pour cet auteur, il semble que si l’écoute véritable est active, c’est parce qu’elle repose sur des modalités d’intervention adéquates plutôt que sur la mise en œuvre de simples techniques. Divers chapitres consacrés à la pratique sont présentés comme un support didactique adapté aux bénévoles en formation. Le contenu se propose ainsi de répondre aussi concrètement que possible aux difficultés susceptibles d’être rencontrées par l’écoutant, à ses interrogations, à ce qu’il a à vivre lui-même dans la rencontre. Il est alors question de l’écoute du discours verbal et non verbal, de ce qui est exprimé ou implicite, de ce qui apparaît pertinent ou vain, etc. Il y est également question des types d’intervention possibles de l’écoutant : expression ou silence, types de reformulations, constats, types d’invitations à ouvrir la parole, types de clarification, positionnement personnel, interpellation d’autrui, etc. De brefs exemples illustrent chaque fois le propos et font état de la dynamique de la rencontre non-directive dans le cadre spécifique d’associations d’accueil et d’espaces d’écoute téléphonique anonyme. Enfin, l’ouvrage se termine par un chapitre exposant quelques situations particulières rencontrées : appels silencieux et silences en entretien, questions posées, personnes en état de crise, appels répétitifs d’habitués, accueil et écoute de jeunes en provocation, écoute du risque suicidaire ou de personnes délirantes, écoute de personnes à la rue, de situations d’urgence lors de violences subies, appels à contenu sexuel, etc.

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Écrire un tel ouvrage en s’inspirant des fondements de l’Approche centrée sur la personne est une véritable gageure. Si ce livre, consacré aux situations d’accueil et d’écoute, ne concerne pas la psychothérapie à proprement parler, il n’en reste pas moins que le formateur comme toute personne engagée dans une expérience pratique de l’écoute, qu’elle soit professionnelle ou pas, gagne à le consulter. Il ne remplace cependant en rien la nécessité d’une formation de base et d’une formation continuée dans des cadres d’intervision ou de supervision, la poursuite d’un travail approfondi sur soi-même, la réflexion continue quant à l’engagement personnel dans l’esprit de l’Approche centrée sur la personne, la compréhension adéquate de la théorie centrée sur la personne, l’intégration réelle des principes fondamentaux de l’approche non-directive, ou l’entretien d’une capacité réfléchie d’en transposer les attitudes de base dans la pratique. Ce livre fournit des points de repères utiles dans l’apprentissage et la pratique de l’écoute.

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Hermier, M. (2013)

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L’écoute centrée sur la personne. Principes et pratique en relation d’aide

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Lyon, Editions Chronique Sociale, 223 pages

L’écoute anonyme, une attention particulière, de Alain Mathiot

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Dans le cadre d’un volume ayant pour thème « Inattention : danger ! », la revue Esprit a retenu un article de réflexion et de témoignages. Il présente une pratique de l’écoute anonyme, téléphonique ainsi qu’au travers d’Internet, avec une exposition des principes directeurs de S.O.S Amitié. La charte de cette association, qui se définit elle-même comme une sorte de service public solidaire fonctionnant sur l’engagement de bénévoles, est explicite quant à la valeur d’une écoute imprégnée du respect absolu de l’anonymat, centrée sur la personne, non-directive et non-jugeante. Ainsi, la pratique des écoutants qui s’engagent à S.O.S Amitié, quand bien même anonyme et bénévole, ne s’improvise pas. Elle est, peut-on lire, « une compétence qui requiert un état d’être et qui nécessite un apprentissage ». Dans cette pratique, être non-directif, offrir bénévolement sa présence, prêter une attention particulière à l’autre, et écouter selon les concepts élaborés par Carl Rogers, passe par conséquent par une sélection rigoureuse des écoutants, une formation pratique et théorique, puis l’accompagnement et le soutien de ces bénévoles et leur supervision. On regrettera simplement au passage le glissement conceptuel communément malheureux, qui perpétue le risque de confondre la pratique de l’écoute menée dans l’Approche centrée sur la personne avec celle de l’écoute active.

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Sous un angle plus ample, l’article présente l’écoute comme se posant à contresens des habitudes de notre société hyper-communicante, dont les procédures chaque fois davantage contraignantes ou complexes nous conduisent trop souvent à confondre communication et relation. « Souvent – peut-on lire – connexion ou communication ne riment plus avec création de lien ». Ce à quoi il s’ensuit un accroissement global du sentiment de solitude ressentie et un appauvrissement du lien social. Pour l’auteur, en regard de cette tendance actuelle, les valeurs de l’Écoute centrée sur la personne reposent sur la rencontre empathique et compréhensive, laquelle facilitera l’émergence des considérables ressources pour le changement que la personne écoutée possède en elle-même. Dans le cadre de S.O.S Amitié, cette écoute est proposée comme un geste de solidarité et de fraternité. Porter attention étant déjà en soi créer du lien, tandis que recréer du lien social passe quant à lui par la relation directe entre personnes.

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Les missions de l’association S.O.S Amitié la définissent également comme un observatoire des souffrances psychiques. Au téléphone, seuls de nuit comme de jour, les écoutants anonymes sont confrontés à des propos emprunts de solitude, angoisse, mal-être, urgence, colère, désespoir, ennui, violence subie ou agie, culpabilité, victimisation, mais aussi silence, paroles délirantes ou irrationnelles, etc. Chaque partie de cet article offre un espace à des témoignages qui font état de ce que vivent et ressentent les écoutants en contact avec les personnes qui leur expriment leur souffrance. Sans pour autant confondre écoute anonyme et psychothérapie, il rappelle les exigences d’une véritable écoute.

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Mathiot, A. (2014)

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L’écoute anonyme, une attention particulière

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Esprit, n° 1, pp. 54-65

La Pré-Thérapie de Gary Prouty. Une approche et un outil de l’Approche Centrée sur la Personne (sic), de Jenny Strens

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Corrigeons d’emblée le titre en première page de couverture de cet écrit. Il faut comprendre qu’il s’agit de lire : « La pré-thérapie de Garry Prouty. Une approche et un outil de l’Approche centrée sur la personne ». Soudainement tombé du ciel, voici un texte abordant la pré-thérapie, publié en français dans le catalogue d’une maison d’édition allemande, et imprimé en Angleterre par Amazon.co.uk.ltd. Il n’en faut pas moins pour découvrir que les apparences sont trompeuses. Il s’agit en fait de la copie à peine remaniée d’un travail de fin de formation, écrit en 2005 par une étudiante en psychologie. La bibliographie officielle du Pre-Therapy International Network, régulièrement mise à jour par Dion Van Werde et Mathias Dekeyser (Pre-Therapy Reference List – www.pre-therapy.com), mentionne en effet un travail de fin d’études, écrit en français par l’auteure, mais sous un titre quelque peu différent : « La Pré-Thérapie développée par Prouty : un concept théorique et pratique au sein de l’Approche Centrée sur la Personne ». Il est remarquable que la publication dont nous présentons ici la recension ne cite pas qu’il s’agit d’une copie quasi intégrale de ce travail de fin d’études. Dans ce contexte, un tel livre mérite-t-il d’avoir été publié ? Quelques retouches ont été apportées, quelques statistiques vérifiées et remaniées pour l’occasion. La bibliographie n’a par contre pas fait l’objet d’une mise à jour. Elle ne reprend pas les articles et ouvrages relatifs la pré-thérapie qui ont été publiés depuis 2005, notamment en langue française. Il apparaît par ailleurs que les pratiques commerciales de la maison d’édition qui a commis cet ouvrage font l’objet de sérieuses mises en garde de la part des éditeurs de publications scientifiques. Elle contacte en effet des professionnels et des chercheurs pour leur proposer de publier leur thèse sans frais et dans un délai rapide. Les critères d’acceptation des manuscrits sont imprécis, la typographie et la mise en page sont approximatives, l’impression se fait à la demande, et la vente s’opère à un prix rédhibitoire. (www.puq.ca/blogue/2011/05/mise-en-garde-vdm-verlag-ou-editions-universitaires-europeennes).

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La publication recensée ici confirme bien cette réputation : ce qui correspondait au cahier des charges d’un travail de fin d’études, se présente désormais sous l’apparence d’un livre, sans toutefois répondre aux exigences de publication que méritent les travaux de Garry Prouty. Le texte comprend ainsi de nombreuses approximations relatives à l’Approche centrée sur la personne. Si l’auteure présente en effet une synthèse – un résumé d’allure systématique des développements conceptuels de la pré-thérapie – le fait est qu’elle conçoit essentiellement la pré-thérapie sous un mode opérationnel et technique. Ce sont ici les outils de la pré-thérapie qui aident le thérapeute à adopter une attitude thérapeutique visant à faciliter le changement. La seconde partie de l’ouvrage se présente comme un rapport de recherche dont la méthodologie est peu discutée, et dont les résultats ne permettent que des conclusions très parcellaires. Last but not least, le titre du volume que nous tenons en main ne fait tout simplement honneur ni à la personne ni à l’approche de Garry Prouty. Dès la première page de couverture, l’intitulé de son approche comme son prénom sont mal orthographiés (« La Pré-Thérapie de Gary Prouty »). On l’aura compris, sous bien des abords, toute méritante qu’ait été la personne qui a produit ce texte dans le cadre de ses études, ce livre est trop peu rigoureux.

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Strens, J. (2014)

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La Pré-Thérapie de Gary Prouty. Une approche et un outil de l’Approche Centrée sur la Personne (sic)

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Saarbrücken. Éditions universitaires européennes. 227 pages

Notes

[1]

Paris, Editions Erès, 2009, 168 pages.

Titres recensés

  1. Vivre en couple, préventions et dépassements des difficultés, de Geneviève Valla-Chevalley
  2. L’écoute centrée sur la personne. Principes et pratique en relation d’aide, de Michel Hermier
  3. L’écoute anonyme, une attention particulière, de Alain Mathiot
  4. La Pré-Thérapie de Gary Prouty. Une approche et un outil de l’Approche Centrée sur la Personne (sic), de Jenny Strens

Pour citer cet article

Dossier réalisé par Priels Jean-Marc, « Recensions », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 2/2014 (n° 20), p. 86-92.

URL : http://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2014-2-page-86.htm
DOI : 10.3917/acp.020.0086


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