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Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche

2015/2 (n° 22)

  • Pages : 106
  • DOI : 10.3917/acp.022.0003
  • Éditeur : ACP-PR

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La psychothérapie centrée sur la personne est-elle universelle ? Est-elle applicable dans un milieu psychiatrique par essence directif ? Ou dans des pays de culture musulmane où la profession est peu développée et où la référence au Coran fait partie du quotidien des personnes ? Les différences culturelles ou d’environnement professionnel laissent-elles de la place pour des praticiens centrés sur la personne ? Les réponses ne sont pas évidentes tant elles sont liées à des situations pratiques spécifiques. L’Approche centrée sur la personne est exercée en Turquie, par exemple, avec un certain succès. Elle suscite également un réel intérêt dans un pays comme la Chine. Mais, à part au Japon où elle s’est développée depuis des décennies et où existe une importante littérature, il est difficile de se faire une idée claire de la manière dont elle est appliquée dans des pays aux cultures si différentes. Et, par suite, il n’est pas aisé de savoir si les valeurs essentielles de cette approche sont préservées ou si elles sont au contraire dénaturées.

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« En tant que praticiens centrés sur la personne nous sommes face à la question : ‘pratiquons-nous réellement ce que nous prétendons pratiquer ?’ » (p. 80). Par exemple dans un milieu psychiatrique directif, dans lequel « le thérapeute centré sur le client constatera probablement que, même si sa pratique non-directive est autorisée, elle n’est pas bien comprise » (p. 8). L’important est alors de rester attentif à son évolution dans sa pratique et d’avoir bien conscience tant des contraintes que des dilemmes qui ne manqueront pas de surgir. Il s’agit d’être au moins capable, si l’on s’éloigne de ses valeurs professionnelles, de le savoir clairement : « je pris cette décision avec le sentiment inconfortable de trahir et la philosophie centrée sur le client et ma cliente, et de me transformer en experte de la cliente parce que j’avais décidé de faire le pas d’interférer avec ce qu’elle trouverait être la meilleure décision pour elle » (p. 15). L’enjeu est important et la marge de manœuvre rapidement délicate, et c’est à chacun d’avoir l’éthique professionnelle permettant de garder toujours la rigueur nécessaire.

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C’est à ces conditions qu’il devient possible de tester des applications dans des environnements fort différents et nouveaux, et de toucher des personnes inaccessibles jusqu’alors : « pour l’œil occidental centré sur la personne, ces interventions peuvent ne pas paraître entièrement non-directives, mais dans le contexte dans lequel ce travail a eu lieu, la thérapie est révolutionnaire » (p. 56), car « le client est accepté comme autorité de son propre experiencing et encouragé à trouver son propre chemin » (p. 45). En étant clair sur ce que l’on fait, il est également possible de réfléchir à des applications de l’Approche centrée sur la personne dans d’autres domaines, en sachant que « les professionnels ont [alors] d’autres tâches et un autre rôle que les psychothérapeutes. Il faut en tenir compte et le rendre transparent » (p. 31).

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Depuis des décennies, le champ des possibles ne semble pas être véritablement limité. Ou plutôt, les limites dépendent plus des personnes et de leur capacité à « conserver et honorer leur position éthique, leur discipline professionnelle et leur ligne théorique tout en restant pleinement humains dans la relation » (p. 78) que de leur champ d’intervention. Ainsi, en milieu médico-social, « on n’échappe pas à l’obligation de s’interroger sur soi-même et de réfléchir à ses propres actions », tant « les personnes atteintes de handicap ou de troubles mentaux […] perçoivent immédiatement quand ce que nous disons ne correspond pas à ce que nous ressentons, et réagissent bien plus à nos sentiments sous-jacents qu’à nos mots » (p. 36). Il en va de même en entreprise où, si « la philosophie et la méthode singulière qu’elle [l’ACP] présente facilitent grandement chacune des étapes du processus de résolution des problèmes d’une organisation » (p. 63), la réussite d’une intervention dépendra de la volonté et des capacités du professionnel à « s’astreindre lui-même à une discipline exigeante » (p. 69).

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C’est la même nécessité éthique qui conduit de plus en plus de collègues, au niveau international, à présenter clairement les « similarités et les différences » entre « tout un éventail d’approches thérapeutiques [qui] s’est développé au cours de ces trente dernières années » (p. 84). Le temps où les appellations « Approche centrée sur la personne » et « thérapie centrée sur le client » étaient utilisées pour englober des démarches différentes semble de plus en plus révolu, au profit d’une perspective où chaque approche thérapeutique existe en elle-même, avec ses fondements théoriques propres. Une telle clarification semble ouvrir sur de plus grandes promesses de dialogue et une plus grande connaissance des diverses pratiques qui ont puisé leurs sources dans « le travail humaniste de Rogers » (p. 84) tout en prenant des routes différentes.

Pour citer cet article

Randin Jean-Marc, « Éditorial », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 2/2015 (n° 22), p. 3-4.

URL : http://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2015-2-page-3.htm
DOI : 10.3917/acp.022.0003


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