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Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche

2015/2 (n° 22)

  • Pages : 106
  • DOI : 10.3917/acp.022.0091
  • Éditeur : ACP-PR

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La Voie de l’Écoute, de Josette Lesieur

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Dans le secteur de l’édition, certaines sociétés déploient de nouvelles stratégies commerciales. Un segment de marché assez florissant est celui de l’impression de livres à la demande. Josette Lesieur compte parmi les nouveaux auteurs d’un catalogue qui va croissant, celui des Éditions Universitaires Européennes. Dans son livre, elle présente une nouvelle approche, l’Écoute Consciente, qu’elle a elle-même développée. Ses principales sources d’inspiration sont l’Eutonie (G. Alexander), l’Approche centrée sur la personne (C. Rogers) et la « Sagesse Ancienne » (A. Bailey). Pour ce qui concerne l’Approche centrée sur la personne, elle emprunte les notions de tendance actualisante, de sécurité et de liberté du cadre, de moments de mouvement, de congruence et d’authenticité, de compréhension empathique et de considération positive inconditionnelle. Le livre est d’allure éclectique. Il est construit sur la base d’un raisonnement systématique qui contraste avec une conception de la nature humaine qui se veut existentielle, holistique, globale, poétique, symbolique, vitaliste, ésotérique, etc. L’Écoute Consciente est un art qui cultive la conscience d’exister, la conscience individuelle et la conscience d’être ensemble. Corps, parole et intériorité s’y entremêlent. Sensoriel, psychologique et spirituel s’y croisent. Elle se décline comme une voie nouvelle et créative qui permet de rejoindre l’essence de l’être humain. La croissance personnelle y est de l’ordre d’une quête de sens, d’une découverte des voies qui sont offertes à la nature humaine pour rejoindre sa vitalité essentielle. L’esprit New Age imprègne cette démarche qui repose sur un travail de conscience émotionnelle, physique et mentale, sur un travail de conscience du corps et de la parole, sur une approche méditative du silence ou de l’intériorité. La compréhension théorique proposée dans le livre est entièrement expérientielle et des exercices sont librement proposés. Pour intéressante qu’elle soit, la démarche de l’Écoute Consciente se perd en complexité dans cet ouvrage dont la mise en page ne facilite guère la lecture.

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Lesieur, J. (2014)

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La voie de l’écoute. Pour vivre notre vitalité essentielle.

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Saarbrücken, Éditions Universitaires Européennes, 152 pages.

L’empathie : fondement de la communication et de la rencontre, de Claire Demaret & Gaston Demaret

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C’est au cœur d’un gros ouvrage qui s’attache à la compréhension du trouble autistique et qui fait état des données cliniques et scientifiques récentes, que l’on trouve cet article, écrit par Claire Demaret et Gaston Demaret. Quelques pages de l’ouvrage sont en effet consacrées à « l’empathie telle qu’elle se révèle aujourd’hui aux neuroscientifiques et aux psychologues ».

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Les auteurs, parfaitement documentés, débutent par un survol historique de la notion d’empathie depuis ses origines. Ils reviennent sur la racine grecque du mot, puis sur la notion de sympathie telle qu’elle a été conceptualisée au XVIIIe siècle (Hume, Rousseau, Smith) dans le cadre d’une philosophie de la perception et en lien avec la construction des connaissances. Ils consolident leur propos en rappelant qu’il revient à Robert Vischer d’avoir fait passer la notion d’« einfühlung » du domaine de l’esthétique à celui de la psychologie, et indiquent que c’est Titchener qui, en 1909, traduira cette notion par « empathy ». L’empathie s’est progressivement dévoilée comme étant un processus de connaissance intuitive, « une capacité de saisir de l’intérieur » se déclinant sur un mode autre que celui de l’acquisition cognitive rationnelle.

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L’article présente ensuite l’empathie dans sa dimension corporelle. Pour ce faire, il mentionne les apports du courant interactionniste : l’intercorporalité selon Merleau-Ponty, la synchronie interactionnelle selon Condom, l’échoïsation corporelle selon Brunel, Martigny et Cosnier. Il cite également l’apport des travaux de Decety, Damasio et de Wall. L’empathie est ainsi présentée comme « le résultat de notre évolution phylogénétique et ontogénétique ». Elle est un « moyen dont disposent de nombreuses espèces animales comme les mammifères sociaux ». Elle a une fonction de communication et de survie comme l’ont relevé les travaux de Plutchik. Il n’est donc pas surprenant que les phénomènes de contagion émotionnelle, de synchronisation corporelle soient évoqués, et que l’article se fasse l’écho de ce qui est scientifiquement observé dans les soins parentaux : la disponibilité maternelle selon Bowlby, l’accordage affectif selon Stein, l’attachement selon Ainsworth, etc. De même, est-il fait référence aux théories neuroscientifiques qui posent l’empathie comme un substrat dont nous sommes corporellement dotés, comme un outil de reconnaissance, et de reconnaissance des émotions et des sentiments, comme stimulation mentale consciente de la subjectivité d’autrui.

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Le cœur de l’article de Claire et Gaston Demaret présente ensuite l’empathie telle que l’envisage le courant humaniste en psychologie et en psychothérapie. Ils abordent plus particulièrement les conceptions de Carl Rogers qui, dans l’Approche centrée sur la personne, a mis en évidence l’importance plus particulière d’une empathie verbale. Il est alors question d’attitude empathique, d’une démarche consciente d’empathie intentionnellement mise en œuvre, de l’adoption volontaire d’une disposition intérieure et extérieure adoptée face à autrui. La compréhension empathique ainsi conçue est ontologique. Il s’agit d’une approche phénoménologique de l’autre qui implique l’être entier sans être jamais acquise. Elle ne se résume pas à un état de fixité. Elle est de l’ordre d’un processus mêlant de façon dynamique les conditions de base que sont la congruence et le regard positif inconditionnel tels que Rogers les a posés. Précisant quelques définitions de l’empathie en citant Rogers et de la Puente, les auteurs poursuivent en insistant sur la complexité du processus de la compréhension empathique. L’empathie nécessite un ajustement continuel de la part du thérapeute pour suivre le patient à son rythme et vérifier la justesse de ce qui a été perçu. En soi, elle permet et favorise le changement de la personne mais reste toujours en construction.

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Claire et Gaston Demaret apportent également un éclairage plus existentiel de l’empathie. Elle permet de briser l’isolement existentiel de l’être humain. En soi, toute personne est « un flux continuel d’émotions et de pensées qui se succèdent » et « la relation véritable suppose toujours des relations où l’autre n’est jamais complètement accessible à la connaissance ». L’empathie est donc également la pierre angulaire des relations interpersonnelles. Les auteurs citent ainsi Husserl qui « considérait l’empathie (einfühlung) comme le processus essentiel de l’intersubjectivité ». Enfin, ainsi que le souligne Yalom, l’empathie est « une fenêtre ouverte sur le monde de l’autre, autre avec qui il est nécessaire d’interagir, d’établir des relations pour pouvoir vivre ».

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Demaret, C. & Demaret, G. (2015)

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L’empathie : fondement de la communication et de la rencontre

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Debot-Sevrin, M.-R., Des enfants du spectre autistique et l’émotion

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Paris, L’Harmattan, pp. 95-110.

Carl Ransom Rogers, de Jean-Manuel Morvillers

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On se réjouira de lire ces deux petites pages qui présentent Carl Rogers. Dans une revue consacrée aux soins infirmiers en psychiatrie, elles viennent compléter les fiches de présentation d’une rubrique consacrée aux grandes figures de la psychiatrie telles qu’Henri Ey, Lucien Bonnafé, Georges Devereux, Donald W. Winnicot, etc. L’auteur reprend les lignes essentielles de la biographie de Rogers. Son article a le mérite de rappeler que la pratique de sa thérapie est structurée et que les critiques qui l’ont qualifiée de laisser-faire tombent mal à propos. Sur le fond, il est cependant à déplorer que le contenu manque de précision. Sans autre forme de nuance, il est par exemple question de reformulation en tant que technique de mirroring et d’effet miroir. Le texte retient l’idée de non-directivité intervenante et élude ce qui fonde le véritable esprit de l’Approche centrée sur la personne.

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Morvillers, J-M. (2014)

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Les grandes figures de la psychiatrie 6/7 : Carl Ransom Rogers

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Soins psychiatrie, n° 294, pp. 45-46.

La relation d’aide, Santé mentale, n° 195, 2015

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La revue Santé Mentale, mensuel français des équipes soignantes en psychiatrie, a publié un dossier fort intéressant consacré à la relation d’aide. Nous en livrons ci-dessous une synthèse. Le thème s’y décline au fil de huit articles et propose pas moins de 53 pages illustrées par des reproductions d’œuvres picturales de Najia Mehadji. En préambule à ce dossier, dans une rubrique intitulée « Classique du soin », la revue propose au lecteur une recension d’un livre de Carl Rogers, Le développement de la personne. Le commentaire précise qu’il s’agit d’un ouvrage qui présente un intérêt majeur pour les soignants. Avec ce livre, peut-on lire, « Rogers passe de la méthode psychothérapeutique pure à un mode de gestion des relations humaines ». Le ton est ainsi donné. La suite du dossier comporte des articles de Dominique Friard, Jean-Marc Randin, Nada Daou, Jean-Paul Lanquetin, Philippe Delmas et Coraline Stormacq, Jean-Marie Revillot, Emmanuelle et Michel Miazza, Pascale Carrère.

Relation d’aide : différencier aide et soin, de Dominique Friard (pp. 22-29)

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Dans cet article, Dominique Friard tente d’y voir clair dans ce qu’il appellera la « bouillie conceptuelle » des termes utilisés : aide, relation d’aide, relation d’aide thérapeutique, conseil non-directif, psychothérapie, aspect relationnel du soin, soin infirmier, relation infirmier-patient. Cet auteur note que « la relation d’aide, en tant que méthode, outil et concept, renvoie à Rogers à tel point qu’il apparaît difficile de différencier relation d’aide et relation d’aide thérapeutique ». Il exprime alors une question : « comment ce terme de relation d’aide en est-il venu à décrire toute relation avec un patient dans le champ du soin ? ».

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De l’avis de l’auteur, le terme « aide » n’est que trop général. Il s’agit d’un mot qui « n’a jamais décrit les aspects relationnels du soin ». On se surprend à lire que « les aidants, ce sont la famille, les proches, à la rigueur les travailleurs sociaux des structures d’insertion, mais pas les soignants ». Focalisant sa réflexion sur la spécificité du soin infirmer à l’hôpital, Dominique Friard propose de différencier aide et soin pour « réserver au soignant ce qui lui revient : le soin dans son triple aspect : technique, relationnel et éducatif ». L’argument s’appuie sur le fait que « le soin suppose une institution » qui donne une « légitimité autre qu’individuelle » à la relation qui en est une partie constituante. L’auteur différencie ainsi fermement aide et aspect relationnel soin.

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Dominique Friard différencie également psychothérapie et aspect relationnel du soin. Le point de départ de la réflexion est que, généralement, « la relation soignant-soigné décrite par le terme de relation d’aide ne se pense qu’à partir de Carl Rogers, qui développe, lui, une méthode psychothérapeutique ». Son observation est que le cadre d’une psychothérapie n’est pas celui des soins. L’argumentaire s’appuie sur les écrits de H. Peplau, théoricienne de la pratique infirmière : « le conseil non-directif repose sur une relation structurée de manière précise : le cadre d’une psychothérapie n’est pas celui des soins. Il suppose une rythmicité, un lieu, un demandeur, une méthode singulière, un thérapeute formé à la psychothérapie et enfin une supervision ». « La plupart de ces éléments sont absents du cadre hospitalier ». Par conséquent, « tous les infirmiers ne sont pas des psychothérapeutes en puissance » et l’aspect relationnel du soin n‘en est pas moins important.

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Nous retiendrons qu’au travers de cet article, l’auteur laisse apparaître sa préoccupation quant au fait que le soin ne se résume pas à une aide technique réalisée par un expert soignant. Le soin relationnel est une partie intégrante de la pratique infirmière. Dominique Friard note « une certaine paresse infirmière en matière de conceptualisation » et semble désolé que sa profession soit contrainte de penser la relation soignant-soigné à partir d’un cadre conceptuel extérieur à sa pratique. Pour lui, certains se réfèrent « mollement » à Carl Rogers, tandis que « d’autres, moins nombreux, identifient une modalité psychothérapeutique spécifique » comme les autres, à laquelle on peut se former.

La relation d’aide centrée sur la personne, de Jean-Marc Randin (pp. 30-35)

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Cet article considère la qualité, la nature et les caractéristiques de la relation telle qu’elle est au cœur de toute relation d’aide. « Bien que l’idée de relation puisse paraître secondaire par rapport à celle d’aide, elle ne l’est pas, et de loin ». L’auteur pose le principe que c’est dans une relation que l’aide peut survenir. Il s’appuie sur les textes fondamentaux dans lesquels Carl Rogers, en 1957 et 1959, a exposé sa conception de la relation thérapeutique. Les six conditions de base du processus thérapeutique, intimement et dynamiquement liées les unes aux autres dans un tout cohérent et indivisible, sont passées en revue et commentées. Outre une réflexion sur les conditions nodales de la thérapie, l’auteur insiste sur le cheminement de la personne qui consulte. C’est elle qui est au centre de la relation thérapeutique. Il importe, écrit-il, que la perception qu’a le client de son propre état d’incongruence, de vulnérabilité ou d’anxiété puisse trouver dans la relation thérapeutique le soutien, le support qui lui permettra de progresser dans son développement. L’Approche centrée sur la personne considère donc autant la personne qui est en relation thérapeutique que le thérapeute comme étant active à part entière dans la relation. La sixième condition du processus thérapeutique expose que « c’est sa perception de l’apport du thérapeute, de son accompagnement, de son état d’être, qui au final va déterminer sa manière de cheminer dans son exploration et sa perception d’elle-même ». L’auteur rappelle combien la théorie de la relation thérapeutique de Carl Rogers et sa pratique de la psychothérapie sont ancrées dans une conception de la personne humaine qui possède en elle le potentiel de son développement. La relation thérapeutique est confiante dans le potentiel des ressources inhérentes à la personne. Pour terminer, l’article mentionne que « le regard positif inconditionnel est peut-être l’attitude la plus soignante que l’on puisse trouver, celle dont la plupart des êtres manquent le plus : être considéré comme une personne digne de valeur, qui compte ». « Ce regard est la porte ouverte à la prise en charge personnelle ». En marge de l’article de J.-M. Randin, quelques encarts intéressants sont à retenir. Le premier présente la revue ACP Pratique et recherche. Le second rappelle que les traductions françaises des ouvrages de Carl Rogers sont « souvent emplies de contresens ou de faux-sens ». Il revient sur les termes de psychothérapie, counselling, etc. Il précise le sens de ces mots utilisés par Carl Rogers. Il rappelle que l’expression « helping relationship » a rarement été utilisée par Carl Rogers. Enfin, un dernier encart, écrit par Jean-Marc Priels, expose les bases de la pré-thérapie de Garry Prouty.

Se former à la relation d’aide en psychiatrie, de Nada Daou (pp. 36-40)

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À propos de formation à la relation d’aide en psychiatrie, Nada Daou propose un article très éclairant. S’appuyant sur sa propre expérience de formatrice, elle montre combien la formation à la relation d’aide dans l’Approche centrée sur la personne est quelque chose d’exigeant. « Être à l’écoute est exigeant. » Dans toute formation, il importe de sortir des confusions qui existent entre relation d’aide et d’autres courants thérapeutiques. Il convient de se dégager d’une représentation de l’aide qui reste souvent dans « le faire, l’agir ». Pour elle, la relation d’aide est trop souvent perçue comme « une sorte de fourre-tout aux contours flous. En forçant le trait, tout le monde ferait de la relation d’aide ». Nada Daou expose alors quelques aspects du cadre de la formation (écoute des demandes, objectifs et moyens méthodologiques). Elle explicite les axes théoriques et expérientiels qui caractérisent celui-ci. La relation d’aide telle que définie par Carl Rogers repose sur des fondements philosophiques : « une confiance fondamentale dans l’organisme et la vision humaniste de l’homme », « une confiance dans la personne », « une relation de personne à personne vivante et transformatrice », « des attitudes nécessaires et suffisantes ». Dans un cadre de formation continue, les demandes de formation à la relation d’aide reposent sur des motivations, des attentes, des niveaux de maturité et de connaissance parfois très différents. Pour certains, il s’agira de découvrir la relation d’aide, pour d’autres, de se remettre à niveau et approfondir, pour d’autres encore, de trouver réponse à des questions sur la pratique, d’aborder des situations relationnelles difficiles, d’échanger et de se confronter aux collègues, etc. Il est donc important de déployer une pédagogie centrée sur l’apprenant attentive à quelques ingrédients essentiels : réajustement et approfondissement des connaissances sur la relation d’aide, compréhension plus profonde de l’écoute, réappropriation de ses ressources, prise de conscience de l’importance du travail sur soi, resourcement et enrichissement personnel et professionnel.

L’alphabet de la relation, de Jean-Paul Lanquetin (pp. 43-47)

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Cet article place la relation d’aide en regard de la création du lien dans le quotidien du travail en unité de soins. Il part du fait que « la capacité principale de l’infirmier est la capacité d’entrer en relation avec les patients de manière rassurante ». « Au seuil de la relation d’aide thérapeutique ; les infirmiers déploient tout d’abord une fonction de « construction du lien » faite de petits riens destinés à amorcer, appuyer ou maintenir une ouverture à la rencontre et à la relation ». La construction du lien et de la relation se construit dans des situations de soins, mais aussi dans des échanges matériels ou symboliques, des transactions, et différentes formes d’attention. Cette construction se fait par petites touches successives, souvent désignées par les mots « petits riens », « petites choses » du soin. Ces nombreux petits riens ont en commun de reposer sur « une attention et une intention ». « Ces petits riens ouvrent à la relation et à sa personnalisation ». Il en est ainsi de la place du regard, d’un « bonjour pour un bon jour », d’une salutation qui signe toute l’attention et intentionnalité du soignant. « Il s’agit d’un don de simple humanité en renonçant temporairement à l’asymétrie du lien ». « L’utilisation de cet espace du quotidien pour initier un échange, nouer un contact, stabiliser les liens, contribue à la création d’un climat relationnel et d’une ambiance journalière ». « La construction du lien nous permet d’approcher des situations où les aspects intersubjectifs du contact ou d’une rencontre se déploient lors de moments informels. » L’auteur cite les écrits de W. Hesbeen, J. Oury, B. Ponet et P. Fustier et propose de retenir la dimension « carative » de J Watson pour qualifier ces actions informelles. Selon P. Fustier, « le soin infirmier en psychiatrie passe et s’appuie puissamment sur le quotidien, et ses actions sont de l’ordre d’une méta-professionnalité qui intervient après une professionnalité de premier niveau définie par le contrat de travail ». Un mouvement sociofuge (aller vers cet autre) vient alors équilibrer le mouvement sociopète des patients lorsque ces derniers viennent trouver les soignants, bien souvent en employant, lors de l’interpellation, le langage culturel de l’hôpital, c’est-à-dire le symptôme. « L’impact et l’orientation de cette relation vers une relation d’aide thérapeutique adviendront, en conséquence, seulement dans un deuxième temps ».

Relation d’aide et soins infirmiers, de Philippe Delmas et Coraline Stormacq (pp. 48-53)

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Dans cet article, il est question de la relation infirmière-patient. Les auteurs abordent le thème du point de vue des théories en soins infirmiers. Ils posent d’emblée le fait que « bien que Rogers ait été un des pionniers du développement de la thérapie centrée sur la personne, où la relation d’aide prenait un sens spécifique, son utilisation a souvent été détournée pour caractériser le type de relation que les professionnels entretiennent avec les personnes ayant un problème de santé ou autre ». Ils s’appuient ensuite sur les écrits de M. Kalman qui définit « la relation d’aide à l’intérieur de la relation infirmière-patient ». Cette définition souligne le déplacement que les soins infirmiers opèrent par rapport à la psychologie, en suggérant que la relation d’aide est une typologie de la relation, caractérisée par des attitudes et des comportements, mais qu’elle ne représente pas l’intégralité de la relation infirmière-patient, qui va devenir le lieu de professionnalisation des infirmières. Les auteurs défendent l’idée qu’il y a eu « transfert du concept de relation d’aide, qui représentait une variable centrale de la psychologie humaniste rogérienne, vers la discipline infirmière où il a été intégré à l’intérieur d’un concept beaucoup plus vaste, la relation soignant-soigné ». S’appuyant ensuite sur les écrits de M.-F. Collière, ils insistent sur « l’importance de la relation infirmière-patient comme activité permettant le développement de la profession infirmière ». De cette manière, ils entrevoient la relation d’aide comme « un processus, un outil afin de mieux contribuer au développement des savoirs infirmiers ». L’article de Philippe Delmas et Coraline Stormacq fait enfin la part belle aux idées de deux théoriciennes de la relation soignant-soigné : H. Peplau et J. Watson. L’idée principalement reprise de H. Peplau est que « les soins infirmiers contribuent au développement de la personnalité du patient dans le sens de la maturation par le biais de la relation interpersonnelle ». Cette théoricienne « considère que la personnalité de l’infirmière peut faire une différence substantielle sur ce que peut apprendre le patient de son expérience de santé. Elle met aussi l’accent sur la relation infirmière-patient comme moyen d’une meilleure connaissance de l’autre (le patient) mais aussi du soignant (l’infirmière), ce qui révolutionne la pratique infirmière en lui permettant d’entrevoir d’autres perspectives que celle qui dominait à l’époque, l’approche médicale du soin ». Enfin, les auteurs mentionnent que la notion de « caring » de J. Watson « s’appuie sur des valeurs humanistes qui influencent nos attitudes, lesquelles guident nos comportements, et notre pratique professionnelle devient humaniste. Dans cette perspective, l’infirmière est capable de développer des attitudes de compassion, d’écoute, de présence à l’autre, de compréhension, de soutien, de réciprocité, de collaboration afin de promouvoir la guérison et la santé ».

De la relation d’aide à la relation éducative, Jean-Marie Revillot (pp. 54-59)

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Cet article retient que la relation d’aide thérapeutique a une fonction curative, thérapeutique, d’assistance. Elle aide l’autre à progresser vers un mieux-être. L’auteur illustre de façon théorique le fait que le soignant incarne différentes postures au cours de la relation avec le patient. Tantôt guide, médiateur, accompagnateur… il se trouve souvent engagé dans une relation éducative. L’éducation à la santé passe par la relation de soin. L’auteur rappelle que toute « relation éducative interroge un rapport au savoir à partir de deux conceptions de l’éducation : l’information et la communication ». À partir de ces deux conceptions, il distingue trois modèles de l’éducation et de la santé (Eymard 2004) à la fois les plus répandus et les plus nommés : le modèle de l’instruction, le modèle du développement du sujet singulier, le modèle du développement de l’homme en tant qu’être social. Le premier de ces modèles se caractérise par sa tonalité plus intellectuelle qu’affective. Il y est question de modification du comportement, de socialisation dans son aspect normatif, du soignant qui détient un savoir technico-scientifique, de prescriptions et d’informations à partager. En contraste, le second modèle est celui d’une approche constructiviste plus en phase avec l’Approche centrée sur la personne. La construction des savoirs se réalise par l’expérience du sujet plus que par l’inculcation de savoirs savants. L’éducateur n’est alors pas le seul dépositaire officiel du savoir, mais en est une des sources possibles. Le statut du savoir se fonde sur l’expérience, le vécu, beaucoup plus que sur le savoir lui-même. La valorisation des significations subjectives et l’accent porté au cheminement du sujet sont mis en relief. Enfin, le troisième modèle retenu par l’auteur est celui du développement de l’homme en tant qu’être social. L’action éducative qui en découle est ici proche du socio-constructivisme. Elle passe par la nécessaire appropriation par le sujet d’un réel social. L’éducation change dès lors de statut : elle ne se limite plus à transmettre des données. La relation éducative en santé passe par la construction sociale. La libéralisation de ses capacités latentes de croissance est rendue possible par l’attitude non-directive et l’évolution de ses attitudes par l’utilisation de l’énergie du groupe, le professionnel se situant dans une posture de médiateur. L’insertion sociale est un point de départ et d’arrivée de tout acte éducatif. En conclusion, l’auteur retient que la relation éducative est la capacité à faire émerger de l’altérité dans une relation de parité asymétrique, c’est-à-dire faire exister un patient comme différent de soi, autonome, alter, autre.

Un jour j’ai accepté d’être aidée, d’Emmanuelle & Michel Miazza (pp. 60-65)

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Cet article est une partition écrite à quatre mains. Deux voix s’y expriment, celle d’une patiente en souffrance psychologique ayant été hospitalisée, et celle d’un infirmier référent. Chacun d’entre eux livre un témoignage personnel quant au déploiement de la relation de soutien dans le quotidien de l’hospitalisation.

Quand l’autre est digne de confiance, de Pascale Carrère (pp. 66-71)

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L’auteur illustre ici le fait que la relation d’aide est un support quotidiennement utilisé par les assistantes sociales. Le support théorique est celui d’une technique particulière d’entretien, celle du case-work. En soi, cet article se présente comme le compte-rendu d’un accompagnement psychosocial dans lequel le professionnel adopte un poste d’assistant de vie sociale et psychique. Un encart insiste sur le fait que c’est autour du case-work et de la relation d’aide rogérienne que les assistantes sociales ont construit leur professionnalité.

Titres recensés

  1. La Voie de l’Écoute, de Josette Lesieur
  2. L’empathie : fondement de la communication et de la rencontre, de Claire Demaret & Gaston Demaret
  3. Carl Ransom Rogers, de Jean-Manuel Morvillers
  4. La relation d’aide, Santé mentale, n° 195, 2015
    1. Relation d’aide : différencier aide et soin, de Dominique Friard (pp. 22-29)
    2. La relation d’aide centrée sur la personne, de Jean-Marc Randin (pp. 30-35)
    3. Se former à la relation d’aide en psychiatrie, de Nada Daou (pp. 36-40)
    4. L’alphabet de la relation, de Jean-Paul Lanquetin (pp. 43-47)
    5. Relation d’aide et soins infirmiers, de Philippe Delmas et Coraline Stormacq (pp. 48-53)
    6. De la relation d’aide à la relation éducative, Jean-Marie Revillot (pp. 54-59)
    7. Un jour j’ai accepté d’être aidée, d’Emmanuelle & Michel Miazza (pp. 60-65)
    8. Quand l’autre est digne de confiance, de Pascale Carrère (pp. 66-71)

Pour citer cet article

Priels Jean-Marc, « Recensions », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 2/2015 (n° 22), p. 91-102.

URL : http://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2015-2-page-91.htm
DOI : 10.3917/acp.022.0091


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