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Centre Sèvres

I.S.B.N.sans
240 pages

p. 255 à 267
doi: en cours

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Tome 65 2002/2

En janvier 1984, quelques mois avant sa mort, Foucault donnait [1] une lecture rétrospective de son Å“uvre dans laquelle il déclarait que le rapport entre subjectivité et vérité « fut toujours mon problème, même si j’ai formulé d’une façon un peu différente le cadre de cette réflexion. J’ai cherché à savoir comment le sujet humain entrait dans des jeux de vérité, que ce soit des jeux de vérité qui ont la forme d’une science ou qui se réfèrent à un modèle scientifique, ou des jeux de vérité comme ceux qu’on peut trouver dans des institutions ou des pratiques de contrôle. C’est le thème de mon travail dans Les Mots et les choses, où j’ai essayé de voir comment, dans des discours scientifiques, le sujet humain va se définir comme individu parlant, vivant, travaillant. C’est dans les cours au Collège de France que j’ai dégagé cette problématique dans sa généralité » [2].
Ainsi Foucault, relisant lui-même son Å“uvre à partir de son cours au Collège de France de 1981-1982, sur l’herméneutique du sujet, déclare qu’il n’a jamais eu d’autre projet que de définir les versions multiples du rapport entre le sujet humain et les jeux de vérité, c’est-à-dire les figures de la formation du sujet conformément à un ensemble de règles de production de la vérité :
« Le problème des rapports entre le sujet et les jeux de vérité, je l’avais envisagé jusque-là à partir soit des pratiques coercitives – comme dans le cas de la psychiatrie et du système pénitentiaire –, soit dans des formes de jeux théoriques ou scientifiques – comme l’analyse des richesses, du langage et de l’être vivant. Or, dans mes cours au Collège de France, j’ai essayé de le saisir à travers ce que l’on peut appeler une pratique de soi, qui est, je crois, un phénomène assez important dans nos sociétés depuis l’époque gréco-romaine – même s’il n’est pas très étudié » [3].
Autrement dit, l’ensemble de sa pensée devrait, selon ses propres termes, être relu comme une philosophie de la subjectivité. A son interlocuteur qui s’inquiète d’un éventuel effacement, dans cette nouvelle philosophie de la subjectivité, de la problématique du sujet passif ou, plus exactement, du sujet assujetti développée dans les textes qui portent sur les relations de pouvoir, effacement qui serait la contrepartie du primat nouveau accordé au sujet actif se construisant lui-même dans le souci de soi, à partir des cours sur l’herméneutique du sujet, Foucault semble lui-même, dans sa réponse, accepter l’effacement de cette différence en faisant du « sujet passif », par exemple le sujet fou, une modalité particulière de l’auto-constitution du sujet en fonction de règles particulières de production de la vérité du discours psychiatrique :
« S’il est vrai, par exemple, que la constitution du sujet fou peut être en effet considérée comme la conséquence d’un système de coercition – c’est le sujet passif – vous savez très bien que le sujet fou n’est pas un sujet non libre et que, précisément, le malade mental se constitue comme sujet fou par rapport et en face de celui qui le déclare fou. L’hystérie qui a été si importante dans l’histoire de la psychiatrie et dans le monde asilaire du XIXe siècle, me paraît être l’illustration même de la manière dont le sujet se constitue en sujet fou » [4].
Prenant la pleine mesure de ces positions théoriques qui seront les dernières, Foucault interprète en fonction du couple sujet/vérité un autre couple de concepts qui avait dominé à un autre moment sa pensée : pouvoir/savoir. Le dernier couple de concepts était central autour du milieu des années 70, lorsque Foucault écrivait le premier tome de son histoire de la sexualité, La volonté de savoir (1976), et lorsqu’il prononçait son cours au Collège de France sur « Il faut défendre la société » (1976). Les questions majeures de l’Histoire de la sexualité étaient en effet à l’époque les suivantes :
« Pourquoi a-t-on parlé de la sexualité, qu’en a-t-on dit ? Quels étaient les effets de pouvoir induits par ce qu’on en disait ? Quels liens entre ces discours, ces effets de pouvoir et les plaisirs qui se trouvaient investis par eux ? Quel savoir se formait à partir de là ? Bref, il s’agit de déterminer, dans son fonctionnement et dans ses raisons d’être, le régime de pouvoirsavoirplaisir qui soutient chez nous le discours sur la sexualité humaine » [5].
Or voici la manière dont Foucault réinterprète le rapport pouvoir/savoir en fonction du rapport sujet/vérité en 1984, dans l’entretien indiqué ci-dessus :
« Mon problème a toujours été, comme je le disais en commençant, celui des rapports entre sujet et vérité : comment le sujet entre dans un certain jeu de vérité [...] C’est ainsi que j’ai été amené à poser le problème savoir/pouvoir qui est pour moi non pas le problème fondamental mais un instrument permettant d’analyser de la façon qui semble la plus exacte le problème des rapports entre sujet et jeux de vérité » [6].
Il en ressort que la subjectivité fournirait le principe d’une lecture de toute l’Å“uvre qui serait donc une philosophie de la subjectivité, dont le contenu précis reste à déterminer. Il faut bien reconnaître que cette affirmation aurait semblé bien incongrue au lecteur de l’Histoire de la folie ou de Surveiller et punir aussi bien qu’à celui des Mots et des choses ou de l’Archéologie du savoir. Comment, en effet, reconnaître une pensée de la subjectivité dans l’analyse des procédures sociales, institutionnelles et des politiques d’assujettissement, de coercition et de dressage qui affectent les pratiques psychiatriques et pénitentiaires, ou dans une analyse des savoirs qui fait exploser l’idée d’un auteur dans la redistribution spatiale des énoncés du savoir, ou dans la reprise explicite du thème de la mort de l’homme ?
Mais plutôt que de rester sur une note critique qui verrait en Foucault un lecteur partial de sa propre Å“uvre, je préfère prendre acte de cette relecture et accepter au moins à titre d’hypothèse provisoire la réinterprétation qu’elle produit, à partir du cours sur l’herméneutique du sujet, pour essayer d’en mesurer la validité. En effet, la relecture que Foucault donne de son Å“uvre correspond également à un élargissement de ses premières perspectives historiques. L’Histoire de la folie et les Å“uvres postérieures concernant les temps modernes étaient pensées à partir d’une rupture se situant au XVIIe siècle, qu’il s’agisse du grand enfermement ou de l’émergence d’une épistémè de la représentation. En traitant de la subjectivité dans son rapport à la vérité, Foucault élargit considérablement sa perspective puisque son histoire de la subjectivité part désormais de l’antiquité gréco-romaine pour parvenir jusqu’à un certain nombre de considérations sur l’époque contemporaine.
La question qui se pose est donc de savoir si l’élargissement de la perspective ainsi réalisé (un élargissement de perspective avait été également effectué dans d’autres cours du Collège de France sur la bio-politique) permet d’entendre autrement ce qu’on pourrait appeler le « moment moderne » de la subjectivité. Je me sens autorisé à utiliser cette expression dans la mesure même où Foucault emploie lui-même la notion de « moment cartésien ». Quel type de compréhension l’histoire de la subjectivité permet-elle de fournir concernant le statut de la subjectivité moderne ? Se trouvent engagées dans cette question, d’une part, la relecture que le dernier Foucault donne de la subjectivité et, d’autre part, celle qu’il donne de l’époque moderne elle-même qui, désormais, doit pouvoir être conçue à partir d’une mutation dans l’histoire de la subjectivité. Pour tâcher de répondre à ces interrogations, j’examinerai trois points : 1/ La généalogie historique de la subjectivité; 2/ le moment moderne de la subjectivité; 3/ le rapport entre le sujet éthique et le sujet juridique. Enfin, je conclurai sur le passage d’une éthique à une esthétique de la subjectivité chez Foucault.
 
GÉNÉALOGIE HISTORIQUE DE LA SUBJECTIVITÉ
 
 
Que Foucault ait eu pour intention d’écrire une histoire de la subjectivité étudiée selon les différentes configurations des modalités d’accès du sujet à la vérité, il le dit très explicitement dans l’extraordinaire première leçon (6 janvier) du cours de 1982 :
« Vous avez enfin, avec cette notion d’epimeleia heautou, tout un corpus définissant une manière d’être, une attitude, des formes de réflexion, des pratiques qui en font une sorte de phénomène extrêmement important, non pas simplement dans l’histoire des représentations, non pas simplement dans l’histoire des notions ou des théories, mais dans l’histoire même de la subjectivité, ou, si vous voulez, dans l’histoire des pratiques de la subjectivité » [7].
Un peu plus haut, Foucault disait :
« Il me semble que l’enjeu, le défique doit relever toute l’histoire de la pensée, c’est précisément de saisir le moment où un phénomène culturel, d’une ampleur déterminée, peut en effet constituer, dans l’historie de la pensée, un moment décisif où se trouve engagé jusqu’à notre mode d’être de sujet moderne [8]. »
Pour comprendre ce que peut comporter de nouveau cette histoire de la subjectivité, il faut commencer par examiner la critique à laquelle Foucault soumet la notion traditionnelle du sujet, avant d’en venir à l’examen du souci de soi qui va constituer la notion clef de la nouvelle histoire de la subjectivité.
La critique du sujet anhistorique
Pour qu’une histoire de la subjectivité soit possible, il faut au préalable récuser toute conception anhistorique du sujet, comme celle du sujet de la phénoménologie ou celle du sujet de l’existentialisme : c’est-à-dire un sujet qui est toujours déjà donné à lui-même et devant lequel le monde se déploie.
« Ce que j’ai refusé, c’était précisément que l’on se donne au préalable une théorie du sujet – comme on pourrait le faire par exemple dans la phénoménologie ou dans l’existentialisme – et que, à partir de cette théorie du sujet, on vienne poser la question de savoir comment, par exemple, telle forme de connaissance était possible. Ce que j’ai voulu essayer de montrer, c’est comment le sujet se constituait lui-même, dans telle ou telle forme déterminée, comme sujet fou ou sujet sain, comme sujet délinquant ou comme sujet non délinquant, à travers un certain nombre de pratiques qui étaient des jeux de vérité, des pratiques de pouvoir, etc. » [9]
Il s’agit donc de remettre en cause toute théorie a priori du sujet, toute théorie du sujet constituant, pour analyser les diverses modalités de la constitution du sujet lui-même en fonction de son accès à la vérité et des rapports de pouvoir. Est donc ici en jeu le passage d’une figure anhistorique du sujet défini dans son essence et son identité aux multiples modes de la constitution des figures du sujet. Cette critique du sujet identique à lui-même et anhistorique se situe dans la droite ligne de Nietzsche, en particulier de la critique du sujet neutre et doté de libre-arbitre qui est au fondement de la vision morale du monde. Du reste, dans sa lecture explicite de Nietzsche, Foucault souligne comment la généalogie remet en question toute position d’identité à soi ou toute cohérence initiale du moi. Pour Foucault comme pour Nietzsche il y a une figure mensongère et illusoire du sujet qu’il importe de remettre en cause, non pour rejeter l’idée du sujet, mais pour ouvrir la problématique de sa constitution, et même de son auto-constitution (chez Foucault). Comme nous le verrons ce n’est pas là le seul point sur lequel l’histoire de la subjectivité selon Foucault comporte des caractères de la généalogie nietzschéenne [10]. Il importe cependant d’ajouter que les figures du sujet chez Foucault ne sont pas superposables à la différence majeure établie par Nietzsche entre le sujet aristocratique et le sujet du ressentiment.
Le sujet n’est donc ni une substance qui peut se penser comme identique à elle-même, ni une forme permanente. Le sujet est mobile, divers et multiple : il se constitue en fonction de ses rapports à lui-même et aux autres :
« Vous n’avez pas à vous-même le même type de rapport, lorsque vous vous constituez comme sujet politique qui va voter ou qui prend la parole dans une assemblée et lorsque vous cherchez à réaliser votre désir dans une relation sexuelle. Il y a sans doute des rapports et des interférences entre ces différentes formes de sujet, mais on n’est pas en présence du même type de sujet. Dans chaque cas, on joue, ou établit à soi-même des formes de rapports différentes. Et c’est précisément la constitution historique de ces différentes formes du sujet, en rapport avec les jeux de vérité, qui m’intéresse » [11].
Aux conceptions métaphysiques du sujet substance, du sujet forme et du sujet intentionnel dont l’identité est postulée comme a priori, Foucault oppose une conception historique du sujet qui se constitue lui-même dans une relation cognitive et pratique à soi. Le sujet n’est pas à l’origine, il apparaît à l’issue d’un travail sur soi pour s’atteindre soi-même.
La constitution du soi
L’histoire de la subjectivité entendue comme généalogie des modalités de la constitution du sujet, Foucault la réalise à la fois dans le troisième volume de son Histoire de la sexualité, Le souci de soi (1984), et dans ses cours de 1981-82 autour de la notion de souci de soi ou, plus exactement, autour d’une réélaboration du rapport entre le souci de soi (epimeleia heautou) et le connais-toi toi-même (gnôthi seauton).
La première thèse que Foucault tâche d’établir est que tout au long de l’histoire de la culture grecque, hellénistique, romaine et même chrétienne s’était établie une relation de subordination entre les deux principes. Depuis Platon en effet :
« Le gnôthi seauton (le connais-toi toi-même) apparaît d’une façon assez claire et encore une fois dans un certain nombre de textes significatifs, dans le cadre plus général de l’epimeleia heautou (souci de soi-même) comme une des formes, comme une des conséquences, comme une sorte d’application concrète, précise et particulière, de la règle générale : il faut que tu t’occupes de toi-même, il ne faut pas que tu t’oublies toi-même, il faut que tu prennes soin de toi-même. Et c’est à l’intérieur de cela qu’apparaît et se formule, comme à la pointe du souci, la règle ‘connais-toi toi-même’» [12].
Mais pourquoi privilégier ainsi le souci de soi dans l’histoire de la subjectivité ? Il y a à cela deux raisons. La première tient à la permanence du thème non seulement dans l’Antiquité mais également dans la période moderne quoique dans des conditions différentes. La seconde est plus fondamentale, elle consiste dans le fait qu’à travers le souci de soi se joue un rapport du sujet à la vérité. Schématiquement résumées, les caractéristiques principales de l’epimeleia heautou (souci de soi) sont :
  1. Une attitude qui consiste en une manière de se tenir à l’égard de soi, des autres et du monde.
  2. Une conversion du regard qui se porte de l’extérieur vers l’intérieur : « Le souci de soi implique une certaine manière de veiller à ce qu’on pense et à ce qui se passe dans la pensée » [13].
  3. L’epimeleia (le souci) n’enveloppe pas seulement un retour sur soi, mais aussi un certain nombre d’actions et de pratiques de soi sur soi, par exemple les techniques de méditation, de mémorisation du passé, d’examen de conscience, de vérification des représentations à mesure qu’elle se présentent à l’esprit.
Cette tenue, cette conversion, et ces techniques de soi, considérées dans leur rapport à la vérité, définissent ce que Foucault nomme la spiritualité :
« On appellera alors ‘spiritualité’l’ensemble de ces recherches, pratiques, et expériences que peuvent être les purifications, les ascèses, les renoncements, les conversions du regard, les modifications d’existence, etc., qui constituent, non pas pour la connaissance, mais pour le sujet, pour l’être même du sujet, le prix à payer pour avoir accès à la vérité » [14].
La conception éthique du soi développée à partir du souci de soi ouvre donc sur des pratiques de spiritualité. L’histoire de la subjectivité est ici une histoire de la spiritualité. Comment subjectivité et spiritualité s’articulent-elles ? Cette articulation est inscrite dans les trois déterminations qui caractérisent la spiritualité.
  1. La vérité n’est ni un droit, ni un donné. Le sujet n’est pas doté d’une capacité directe d’accès à la vérité.
  2. Si le sujet n’est pas d’emblée capable de vérité, il peut le devenir en opérant une conversion ou une transformation sur soi par laquelle il s’arrache à sa condition actuelle.
  3. En se transformant soi-même pour accéder à la vérité, le sujet ne devient pas seulement plus instruit par la connaissance du vrai mais illuminé par elle : « la vérité lui donne accès à la béatitude ».
« L’epimeleia heautou (souci de soi) désigne précisément l’ensemble des conditions de spiritualité, l’ensemble des transformations de soi qui sont la condition nécessaire pour que l’on puisse avoir accès à la vérité. Donc pendant toute l’Antiquité (chez les pythagoriciens, chez Platon, chez les stoïciens, les cyniques, les épicuriens, chez les néoplatoniciens, etc.) jamais le thème de la philosophie (comment avoir accès à la vérité), et la question de la spiritualité (quelles sont les transformations dans l’être même du sujet qui sont nécessaires pour avoir accès à la vérité ?), jamais ces deux questions n’ont été séparées » [15].
Si l’histoire du rapport entre subjectivité et vérité dans l’Antiquité se fait sur le mode de la transformation spirituelle du sujet, en est-il de même dans le monde moderne ? Quel éclairage peut être apporté sur le moment moderne de la subjectivité ?
Avant de passer à ce second point, je voudrais simplement remarquer en conclusion des analyses précédentes que si l’auto-constitution du sujet dans l’expérience spirituelle relève d’une éthique de la liberté, on voit assez mal comment l’accorder avec le concept politique du sujet assujetti que Foucault mettait au centre de sa réflexion lorsqu’il examinait le rapport du sujet au pouvoir, dans ses textes des années 70, en particulier le cours au Collège de France de 1976 « Il faut défendre la société » :
« Plutôt que de partir du sujet (ou même des sujets) et de ces éléments qui seraient préalables à la relation et qu’on pourrait localiser, il s’agirait de partir de la relation même de pouvoir, de la relation de domination dans ce qu’elle a de factuel, d’effectif et de voir comment c’est cette relation elle-même qui détermine les éléments sur lesquels elle porte. Ne pas donc demander aux sujets comment, pourquoi, au nom de quel droit ils peuvent accepter de se laisser assujettir, mais montrer comment ce sont les relations d’assujettissement effectives qui fabriquent des sujets » [16].
Entre le sujet qui se forme lui-même dans son accès à la vérité et le sujet fabriqué par la relation de domination, il semble bien qu’il y ait un clivage insurmontable. La théorie éthique dessine, semble-t-il, et malgré les déclarations explicites de Foucault, une autre figure du sujet que celle qui prévalait dans la théorie politique du sujet assujetti.
 
LE MOMENT MODERNE DE LA SUBJECTIVITÉ
 
 
Avant d’en venir à l’analyse que donne Foucault de la subjectivité moderne, je voudrais rappeler que les deux penseurs qui ont marqué le plus profondément sa pensée sur ce thème – et sur d’autres – sont Nietzsche et Heidegger [17]. Cela Foucault l’a reconnu lui-même à plusieurs reprises. Si je souligne ce point c’est que Nietzsche et Heidegger ont élaboré des thèses fortes sur le statut de la subjectivité dans le monde moderne. La question qui me servira de guide dans l’étude des positions de Foucault sur la subjectivité moderne sera la suivante : Foucault apporte-t-il une explication nouvelle de la naissance de la subjectivité moderne par rapport à ses prédécesseurs ?
En ce qui concerne Nietzsche, on peut dire que les couples de concept savoir/pouvoir et sujet/vérité (illusion) sont au centre de sa pensée. Foucault le montre du reste lui-même dans son article sur « Nietzsche, la généalogie, l’histoire » [18]. Ce qu’il retient de la généalogie, c’est d’abord la recherche d’un mode de constitution :
« Derrière les choses il y a ‘tout autre chose’: non point leur secret essentiel et sans date, mais le secret qu’elles sont sans cette essence ou que leur essence fut construite pièce par pièce à partir de figures qui leur étaient étrangères [...] Et la liberté serait-elle à la racine de l’homme, ce qui le lie à l’être ou à la vérité ? En fait elle n’est qu’une ‘invention des classes dirigeantes’. Ce qu’on trouve au commencement historique des choses, ce n’est pas l’identité comme présence de leur origine – c’est la discorde des autres choses, c’est le disparate » [19].
La critique des généalogistes utilitaristes de la morale, de style anglais, permet à Nietzsche de mettre en évidence le rapport puissance/ langage/savoir à travers lequel se constitue la morale aristocratique ou le rapport impuissance/langage/savoir par lequel se constitue la morale du ressentiment. Cependant, le point sur lequel Foucault se sépare nettement de Nietzsche concerne précisément la distinction opérée par celui-ci entre ce qui relève de l’aristocratique et ce qui relève du ressentiment. Il n’y a rien chez Foucault qui corresponde à une conception du monde moderne qui pourrait s’interpréter en termes de déclin des valeurs aristocratiques ou de nihilisme.
Le rapport de Foucault à Heidegger est aussi essentiel. Or, pour le second, le moment moderne de la subjectivité est déterminé en fonction du « tournant cartésien » :
« Les Méditations de Descartes, lesquelles traitent de ce qui distingue le subjectum homme en tant que res cogitans, considèrent l’être en tant que l’esse de l’ens verum qua certum [...] Ces Méditations sont le prélude, notamment le prélude décisif du débat proprement dit de la métaphysique déterminant les Temps modernes [...] C’est pourquoi la mens humana conformément à la marque distinctive de son état préjacent en tant que subjectum, revendiquera exclusivement pour soi le nom de sujet, de telle sorte que subjectum et ego, subjectivité et égoïté, auront une signification identique » [20].
Nous allons voir que, à une différence près qui est cependant importante, Foucault reprend l’analyse heideggerienne de ce qu’il désigne pour sa part comme « le moment cartésien ». Qu’est-ce qui caractérise, en effet, le moment moderne de la subjectivité ? C’est, selon Foucault, l’oubli, en tout cas, l’oubli partiel du souci de soi, alors même que celui-ci a traversé toute l’Antiquité et une partie de l’histoire du christianisme.
« La raison, me semble-t-il, la plus sérieuse pour laquelle ce précepte du souci de soi a été oublié, la raison pour laquelle a été effacée la place occupée par ce principe pendant près d’un millénaire dans la culture antique, eh bien cette raison je l’appellerai – d’un mot que je sais mauvais, qui est là à titre purement conventionnel –, je l’appellerai ‘le moment cartésien’» [21].
Ce moment cartésien avec « tout un tas de guillemets », comme dit Foucault, consiste en deux opérations :
  1. une requalification philosophique du gnôthi seautou (connais-toi toi-même),
  2. une disqualification de l’epimeleia heautou (souci de soi).
La requalification de la connaissance de soi tient à ce que celle-ci, donnée dans l’évidence et l’indubitabilité d’une réflexion sur soi, devient désormais un mode purement cognitif, purement intellectuel de la connaissance de soi. L’accès à la vérité loin d’exiger, comme précédemment, une transformation du sujet, lui est donné, pourvu qu’il conduise bien sa raison et respecte quelques autres conditions externes. Le sujet est ainsi par lui-même défini comme capable de vérité : celui devant qui la vérité se présente et qu’il reconnaît comme telle. Corrélativement le souci de soi est disqualifié par abandon des aspects pratiques et techniques du rapport du soi à la vérité. Le changement éthique-ontologique de soi n’a plus lieu d’être.
Un peu plus loin Foucault reviendra sur la responsabilité de Descartes dans le moment moderne de la subjectivité. Et il tâchera d’atténuer ses analyses antérieures, en montrant que la tradition du souci de soi ne disparaît pas au XVIIe siècle comme on le voit en particulier dans le Traité de la réforme de l’entendement de Spinoza. Ce thème est également présent plus tard aux XIXe et XXe siècles chez Hegel, Schelling, Schopenhauer et Nietzsche, Husserl et Heidegger. L’acte de connaissance se retrouve lié chez chacun de ces auteurs aux exigences de la spiritualité. Mais il n’en demeure pas moins que le moment moderne de la subjectivité, tel que Foucault l’interprète, est sur bien des points superposable à la conception que s’en faisait Heidegger.
Il y a cependant deux différences importantes : 1/ Foucault ne centre pas son analyse sur la mutation de la signification de la notion de subjectum. Il ne s’agit pas pour lui de montrer qu’il y a un passage métaphysique du sujet substance au sujet subjectif ou acteur. Le moment moderne de la subjectivité est défini seulement en fonction d’un changement de rapport du soi comme sujet à la vérité. 2/ Il resitue son analyse de la subjectivité dans la longue durée historique de sorte qu’on ne puisse pas parler d’une émergence du sujet à l’époque moderne, mais d’une simple modification dans l’économie de son rapport à la vérité.
Dans d’autres textes Foucault reviendra sur la disqualification cartésienne du souci de soi pour en atténuer la portée :
« Quand on lit Descartes, il est frappant de trouver dans les Méditations exactement ce même souci spirituel d’accéder à un mode d’être où le doute ne sera plus permis et où enfin on connaîtra; mais en définissant ainsi le mode d’être auquel la philosophie donne accès, on s’aperçoit que ce mode d’être est entièrement défini par la connaissance, et c’est bien comme accès au sujet connaissant ou à ce qui qualifiera le sujet comme tel que se définira la philosophie. Et, de ce point de vue-là, il me semble qu’elle superpose les fonctions de la spiritualité à l’idéal d’un fondement de la scientificité » [22].
Ainsi Descartes est-il désormais moins celui qui disqualifie la spiritualité que celui qui superpose aux fonctions de la spiritualité celle d’un idéal de fondement de scientificité. On peut donc conclure de là qu’il y a une certaine difficulté pour Foucault à caractériser la spécificité moderne de la subjectivité.
 
SUJET ÉTHIQUE ET SUJET DE DROIT
 
 
J’aimerais pouvoir ajouter quelques mots sur la difficulté chez Foucault à reconnaître un moment moderne dans l’histoire de la subjectivité. Je crois personnellement que cette difficulté tient essentiellement à ce qu’il sépare très fortement le sujet éthique et le sujet de droit. Le premier est largement théorisé par lui, comme on vient de le voir, tandis que le second fait l’objet d’une exclusion. Ce qu’il faut bien remarquer, c’est que cette exclusion est permanente. Avant d’intervenir dans son herméneutique du sujet, elle était présente dans ses travaux sur le sujet politique et sur le sujet d’intérêt. Tout se passe comme si Foucault avait examiné toutes les figures du sujet dans ses différentes Å“uvres, sauf une : le sujet de droit. Ou plus exactement, tout se passe comme si la seule figure idéologique, la seule figure illusoire et fictive du sujet était celle du sujet de droit.
Deux textes permettent de prouver cette exclusion du sujet de droit : l’un concerne la figure du sujet comme sujet assujetti et l’autre concerne le sujet du souci de soi.
Voici ce que Foucault écrit sur le sujet assujetti contre le sujet de droit des théories de la souveraineté :
« La théorie de la souveraineté entreprend nécessairement de constituer ce que j’appellerai un cycle, un cycle du sujet au sujet, de montrer comment un sujet – entendu comme individu doté, naturellement (ou par nature), de droits, de capacités, etc., – peut et doit devenir sujet, mais entendu cette fois comme élément assujetti dans un rapport de pouvoir. La souveraineté, c’est la théorie qui va du sujet au sujet, qui établit le rapport politique sujet au sujet [...] Au lieu de faire dériver les pouvoirs de la souveraineté, il s’agirait plutôt d’extraire historiquement et empiriquement des rapports de pouvoirs, les opérateurs de domination. Théorie de la domination, des dominations, plutôt que théorie de la souveraineté, ce qui veut dire : plutôt que de partir du sujet (ou même des sujets) et de ces éléments qui seraient préalables à la relation et qu’on pourrait localiser, il s’agirait de partir de la relation même de pouvoir, de la relation de domination dans ce qu’elle a de factuel, d’effectif, et de voir comment c’est cette relation elle-même qui détermine les éléments sur lesquels elle porte. Ne pas donc demander aux sujets comment, pourquoi, au nom de quels droits ils peuvent accepter de se laisser assujettir, mais montrer somment ce sont les relations d’assujettissement qui fabriquent des sujets » [23].
Voici maintenant la seconde mise à l’écart du sujet de droit, du point de vue de l’herméneutique du sujet cette fois :
« J’ai l’impression que dans la pensée politique du XIXe siècle – et il faudrait peut-être remonter plus loin, chez Rousseau et Hobbes –, on a pensé le sujet politique essentiellement comme sujet de droit, soit dans les termes naturalistes, soit dans les termes du droit positif. En revanche, il me semble que la position du sujet éthique est quelque chose qui n’a pas beaucoup de place dans la pensée politique contemporaine » [24].
Dans ce texte Foucault ne fait que noter la différence des registres du sujet de droit et du sujet moral, mais un peu plus loin il opère une opposition entre les deux perspectives.
« Si vous essayez d’analyser le pouvoir non pas à partir de la liberté, des stratégies et de la gouvernementalité, mais à partir de l’institution politique, vous ne pourrez envisager le sujet que comme sujet de droit. On a un sujet qui était doté de droits ou qui ne l’était pas et qui, par l’institution de la société politique, a reçu ou a perdu des droits : on est par là renvoyé à une conception juridique du sujet. En revanche, la notion de gouvernementalité, permet, je crois, de faire valoir la liberté du sujet et le rapport aux autres, c’est-à-dire ce qui constitue la nature moderne de l’éthique » [25].
Dans ce texte comme dans bien d’autres, Foucault réalise un acte de quasi-ostracisme à l’égard du sujet de droit; en tout cas il l’exclut de l’horizon du sujet de l’éthique. Cette position tient à ce que le sujet de droit ne lui semble pensable qu’à partir de l’État. Or, tel n’est pas nécessairement le cas. Comme j’ai essayé de le montrer ailleurs [26], dans la tradition philosophico-juridico-politique qui va de Grotius à Leibniz en passant par Pufendorf ou Locke on assiste à une constitution simultanée du sujet éthique et du sujet de droit. C’est sans doute là que se joue la détermination moderne de la subjectivité. En excluant l’idée du sujet de droit, Foucault se met dans l’impossibilité de définir le moment moderne de la subjectivité selon une perspective autre que celle de Heidegger.
Conclusion
Le projet explicite de Foucault dans son histoire de la subjectivité était de construire un concept éthique de la subjectivité comme éthique de la liberté. Le souci de soi définissait le mouvement par lequel le sujet se constitue lui-même en accédant à la vérité et en expérimentant sa liberté. Cependant, cette éthique dans laquelle chacun a la liberté de donner à sa vie la forme qu’il entend devient ultimement une esthétique. C’est ici que se révèle sans doute la vérité de l’ensemble des textes sur le souci de soi :
Je laisse donc le dernier mot à M. Foucault sur ce point, il déclare en effet dans un autre de ses derniers entretiens :
« Si je me suis intéressé à l’Antiquité, c’est que, pour toute une série de raisons, l’idée d’une morale comme obéissance à un code de règles est en train, maintenant, de disparaître, a disparu. Et à cette absence de morale répond, doit répondre une recherche qui est celle d’une esthétique de l’existence ».
Sur ce point également Foucault est resté fidèle à Nietzsche.
 
NOTES
 
[1]Dans le cadre d’un entretien avec H. Becker, R. Fornet-Betancourt et A. Gomez-Müller, le 20 janvier 1984, sur le thème « L’éthique du souci de soi comme pratique de la liberté ». Cet entretien a été d’abord publié dans la revue Concordia, no 6, juillet-décembre 1984, p. 99-116, puis dans Dits et écrits (=DE), vol. 4, Paris, Gallimard, 1994, p. 708 sq.
[2]Ibid., p. 708-709.
[3]Ibid., p. 709.
[4]Ibid., p. 719, souligné par moi.
[5]La Volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976, p. 19.
[6]DE, vol 4, p. 717-718.
[7]Michel FOUCAULT, L’herméneutique du sujet, Cours au Collège de France, 1981-1982, Paris, Gallimard/Seuil, 2001, p. 13.
[8]Ibid., p. 11.
[9]DE, vol. 4, p. 718.
[10]Voici ce qu’écrivait Foucault dans un article de 1971 : « Là où l’âme prétend s’unifier, là où le Moi s’invente une identité ou une cohérence, le généalogiste part à la recherche du commencement – des commencements innombrables qui laissent ce soupçon de couleur, cette marque presque effacée qui ne saurait tromper un Å“il un peu historique; l’analyse de la provenance permet de dissocier le Moi et de faire pulluler, aux lieux et places de sa synthèse vide, mille événements maintenant perdus », « Nietzsche, la généalogie et l’histoire », in Hommage à Jean Hyppolite, Paris, PUF, 1971, p. 145-172, in DE, vol. 2, p. 141.
[11]DE. vol. 4, p. 718-719.
[12]L’herméneutique du sujet, op. cit., p. 6.
[13]Ibid., p. 12.
[14]Ibid., p. 16-17.
[15]Ibid., p. 18.
[16]Il faut défendre la société, Cours au Collège de France, 1976, Paris, Gallimard/Seuil, 1997, p. 38-39, souligné par moi.
[17]Dans un entretien avec R. Martin de l’Université du Vermont, le 25 octobre 1982, Foucault, à la question « Qu’est-ce qui, intellectuellement, a influencé votre pensée ? » répondit : « J’ai été surpris lorsque deux de mes amis de Berkeley ont écrit, dans leur livre, que j’avais été influencé par Heidegger. C’est vrai, bien sûr, mais personne en France ne l’avait jamais souligné. [...] Heidegger – et c’est assez paradoxal – n’est pas très difficile à comprendre pour un Français. Que chaque mot soit une énigme ne vous met pas en trop mauvaise posture pour comprendre Heidegger. Etre et Temps est un livre difficile, mais les écrits plus récents sont moins énigmatiques. Nietzsche a été une révélation pour moi. J’ai eu l’impression de découvrir un auteur bien différent de celui qu’on m’avait enseigné. Je l’ai lu avec beaucoup de passion, et j’ai rompu avec ma vie, quitté mon emploi à l’hôpital psychiatrique, quitté la France : j’avais le sentiment d’avoir été piégé. A travers Nietzsche, j’étais devenu étranger à toutes ces choses. Je ne suis toujours pas bien intégré à la vie sociale et intellectuelle française », DE. vol. 4, p. 780.
[18]Art. cit.
[19]DE. vol. 2, p. 138.
[20]HEIDEGGER, Nietzsche, vol. 2, Paris, Gallimard, 1971, p. 347-348.
[21]L’herméneutique du sujet, op cit., p. 15.
[22]DE, vol 4, p. 723, souligné par moi.
[23]Il faut défendre la société, op. cit., p. 37-38.
[24]DE, vol. 4, p. 722.
[25]Ibid., p. 729.
[26]Cf. Yves Charles ZARKA, L’autre voie de la subjectivité, Paris, Beauchesne, 2000.
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Dans le cadre d’un entretien avec H. Becker, R. Fornet-Beta...
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[2]
Ibid., p. 708-709. Suite de la note...
[3]
Ibid., p. 709. Suite de la note...
[4]
Ibid., p. 719, souligné par moi. Suite de la note...
[5]
La Volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976, p. 19. Suite de la note...
[6]
DE, vol 4, p. 717-718. Suite de la note...
[7]
Michel FOUCAULT, L’herméneutique du sujet, Cours au Collège...
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[8]
Ibid., p. 11. Suite de la note...
[9]
DE, vol. 4, p. 718. Suite de la note...
[10]
Voici ce qu’écrivait Foucault dans un article de 1971 : « L...
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DE. vol. 4, p. 718-719. Suite de la note...
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L’herméneutique du sujet, op. cit., p. 6. Suite de la note...
[13]
Ibid., p. 12. Suite de la note...
[14]
Ibid., p. 16-17. Suite de la note...
[15]
Ibid., p. 18. Suite de la note...
[16]
Il faut défendre la société, Cours au Collège de France, 19...
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[17]
Dans un entretien avec R. Martin de l’Université du Vermont...
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[18]
Art. cit. Suite de la note...
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DE. vol. 2, p. 138. Suite de la note...
[20]
HEIDEGGER, Nietzsche, vol. 2, Paris, Gallimard, 1971, p. 34...
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[21]
L’herméneutique du sujet, op cit., p. 15. Suite de la note...
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DE, vol 4, p. 723, souligné par moi. Suite de la note...
[23]
Il faut défendre la société, op. cit., p. 37-38. Suite de la note...
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DE, vol. 4, p. 722. Suite de la note...
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Ibid., p. 729. Suite de la note...
[26]
Cf. Yves Charles ZARKA, L’autre voie de la subjectivité, Pa...
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