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S'inscrire Alertes e-mail - Archives de Philosophie Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezBulletin de Bibliographie Spinoziste XXXI
Revue critique des études spinozistes pour l’année 2008 [1] [1] Ce bulletin est rédigé par le Groupe de Recherches Spinozistes...suite
LIMINAIRE FIRST ANNUAL LEIDEN-DUKE EARLY MODERN WORKSHOP ON « FUNKY CAUSATION » 26 AU 26 SEPTEMBRE 2008, UNIVERSITÉ DE LEYDE
Comme le suggère le titre « Funky causation », le colloque portait sur la causalité qui apparaît énigmatique eu égard à sa notion traditionnelle. Ainsi sont abordées les diverses causalités « étranges » du XVIIe siècle : la causa sui fameuse pour sa monstruosité conceptuelle, les causalités immanente, formelle, éminente, reprises dans un nouveau système philosophique notamment par Descartes ou Spinoza, jusqu’à l’émanation newtonienne. C’est ce caractère anormal qui donne l’occasion de mesurer la portée métaphysique de la causalité qui s’affirme à cette époque.
2 La plus grande partie de la discussion est consacrée à la causalité spinoziste, ce qui témoigne de son caractère à la fois original et problématique. Yitzhak Y. Melamed met en cause le cadre de l’Inhérence-Causalité-Intelligibilité chez Spinoza, établi par Michael Della Rocca et basé sur l’homogénéité de l’intelligibilité. Le problème est en effet que l’inhérence (être en) n’est valable qu’en cas de connaissance complète par une cause complète, ce qui remonte au fond à la bifurcation de la causalité verticale et éternelle et de la causalité horizontale et temporelle. Il en résulte une dissymétrie ; même si l’inhérence implique nécessairement l’intelligibilité, l’inverse n’est pas soutenable. Dans une perspective différente, Noa Shein considère la causalité comme la détermination dans la série infinie des mode finis. En tenant compte du problème rencontré chez Descartes à propos de la relation entre le mouvement et l’individuation, elle voit le coup de force du spinozisme dans le fait que le mouvement remplit le véritable rôle de moteur de l’individuation des modes finis, sans présupposer des individus ou leur être inhérent. En revanche, Karolina Hubner promeut la causalité formelle, entendant par là que de l’essence de chaque chose toutes ses propriétés se déduisent. C’est elle, plutôt que l’efficience, qui sert de causalité fondamentale chez Spinoza, et cela non seulement dans la production des modes par la substance mais aussi dans celle des affects par les modes finis. Mogens Laerke, pour sa part, insiste sur l’extériorité « absolue » de tous les êtres dans la causalité spinoziste en l’opposant à l’inhérence leibnizienne. Ainsi, la causa sui constitue le paradigme de la causalité spinoziste en ce qu’elle est précisément « la causalité sans termes » – qui se résume à l’action sans subjectum. En posant ensuite littéralement l’identité de la cause immanente avec la causa-sui, il interprète l’immanence des modes « en » substance comme leur participation à son action dans laquelle ils se constituent.
3 Des questions anthropologiques sont également abordées. Amanda Parris examine la causalité immanente de Spinoza en terme de liberté. Face à l’accusation baylienne de monstruosité de la causalité immanente, elle invoque d’une part la productivité de l’imagination, et d’autre part la convertibilité de celle-ci dans la connaissance adéquate de la causalité qui consiste à se réinsérer soi-même dans le rapport causal dont l’homme s’isole d’une manière imaginaire. Quant à Wiep van Bunge, il aborde la question de l’étendue de la rationalité de l’esprit humain, étant donné l’universalité de la causalité par et dans laquelle l’esprit se produit. Pour cela, les trois enjeux concernés dans le TTP, à savoir l’imagination prophétique, l’origine de l’Écriture et le salut par l’obéissance sont examinés dans leur lien avec la métaphysique de l’Éthique. Enfin, du cas du Christ, exemple d’un philosophe qui reste un événement unique, il conclut que la distinction entre la philosophie et la croyance et, donc, la nécessité de la vraie religion, sont moins dues à l’impuissance des ignorants pour maîtriser la philosophie qu’au fait inévitable, déduit de la métaphysique de l’Éthique, qu’aucun esprit fini ne peut être plus qu’une partie de l’intellect infini de Dieu.
4 Tad M. Schmaltz met en lumière le résidu de la causalité de la forme substantielle suarézienne chez Descartes qui subsiste en dépit de sa réduction radicale de toute la causalité à l’efficience et en dépit de son dualisme. Geoffrey Gorham explore le problème de la causalité éminente chez Descartes et Newton, pour conclure au réalisme de l’éminence, s’opposant au réductionnisme. Andrew Janiak éclaire le sens de l’émanation et le statut ontologique de l’espace chez Newton pour distinguer l’émanation de l’espace de la causalité, et donc également de la causalité émanative d’Henry More. John Whippe, par le biais du rapport entre la causalité émanative et la création continue chez Leibniz, explore le problème de la dépendance causale des substance finies envers Dieu dans la continuation de leurs états.
5 Eun-Ju KIM
1. INSTRUMENTS DE TRAVAIL
1.1. « Bulletin de Bibliographie Spinoziste XXX », Archives de Philosophie, 71 (4), p. 689-716.
2. TEXTES ET TRADUCTIONS
6 Aucune publication n’est à signaler
3. RECUEILS COLLECTIFS
3. 1. Julián CARVAJAL, María Luisa DE LA CÁMARA (coord.) : Spinoza : de la física a la historia, Cuenca, Ediciones de la Universidad de Castilla-La-Mancha, 524 p.
7 Ce volume est le fruit d’un congrès international tenu en 2005 à l’initiative du Département de philosophie de l’Université de Castilla-La-Mancha ; dans le cadre des hommages rendus par la communauté scientifique internationale à Einstein cinquante ans après sa mort, il s’agissait de débattre de la contribution apportée par Spinoza aux relations entre la philosophie et la science dans la double dimension des sciences naturelles et sociales. En cohérence avec Einstein, la visée était d’élaborer une image théorique du monde rationnel, capable de penser de manière unifiée et systématique les phénomènes qui surgissent dans les différents champs de la réalité, selon une perspective déterministe et nécessaire, d’intérêt pratique.
8 Le rapprochement de la Physique et de l’Histoire permet d’expliciter combien la nature ne fut jamais pour Spinoza un simple réseau de particules mais un champ de potentialités infinies s’exprimant sous une infinité de modes ; et combien la culture (la société, ses institutions et ses lois) n’est pas une émanation spirituelle transcendant le monde mais un enchaînement de causalités dans la substance selon un ordre rigoureux et nécessaire. Nature et Histoire ne sont pas les deux pôles opposés d’une alternative, ou les deux extrêmes d’un processus linéaire à parcourir par l’espèce humaine, mais une « dualité complexe, dialectique, multidimensionnelle », porteuse d’une idée renouvelée de l’homme.
9 Les quelque trente contributions de l’ouvrage sont présentées en cinq parties : les fondements ontologiques ; la nature ; l’homme, connaissance et action ; culture et histoire ; Spinoza et autres perspectives (Heidegger, Peirce, Davidson, Hegel). Sans doute, et c’est la loi du genre, la diversité des contributions, quelle que soit leur richesse, ne permet pas de dégager une ligne très unifiée, mais les perspectives explorées quant à la réflexion autour de la notion d’histoire s’inscrivent utilement dans les recherches actuelles.
10 Henri LAUX
3.2. Charles HUENEMANN (ed.) : Interpreting Spinoza : critical essays, Cambridge University Press, 196 p.
11 Rassemble les contributions suivantes : Michael DELLA ROCCA : « Rationalism run amok : representation and the reality of emotions in Spinoza », p. 26-52 ; Don GARRETT : « Representation and Consciousness in Spinoza’s naturalistic theory of the imagination », p. 4-25 ; Daniel GARBER : « Should Spinoza have published his philosophy ? », p. 166-187 ; Michael GRIFFIN : « Necessitarianism in Spinoza and Leibniz », p. 71-93 ; Charlie HUENEMANN : « Epistemic autonomy in Spinoza », p. 94-110 ; Susan JAMES : « Democracy and the good life in Spinoza’s philosophy », p. 128-146 ; Steven NADLER : « Whatever is, is in God : substance and things in Spinoza’s metaphysics », p. 53-70 ; Michael ROSENTHAL : « Spinoza and the philosophy of history », p. 111-127 ; Tom SORELL : « Spinoza’s unstable politics of freedom », p. 147-165.
3. 3. Chantal JAQUET, Pascal SÉVÉRAC et Ariel SUHAMY (éds.) : La multitude libre. Nouvelles lectures du Traité politique, Paris, Éditions Amsterdam, 140 p.
12 Ce livre, publié dans la belle et dynamique collection « Caute ! » des éditions Amsterdam, est d’une telle richesse pour les amateurs et autres spécialistes de l’œuvre politique de Spinoza, que nous ne pourrons donner ici qu’une indication brève de son intérêt. Comme Fortitude et Servitude. Lectures de l’Éthique IV de Spinoza (Kimé, 2003) ou encore Spinoza, philosophe de l’amour (Publications de l’Université de Saint-Etienne, 2006), ce travail est le fruit du séminaire Spinoza que coordonnent depuis un peu moins de dix ans à l’Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne Chantal Jaquet, Pascal Sévérac et Ariel Suhamy. C’est donc désormais à la pensée politique de Spinoza que les coorganisateurs de ce séminaire ont consacré leurs travaux collectifs. Et les résultats sont plus que fructueux, pour au moins trois raisons.
13 Tout d’abord – une fois n’est pas coutume, nous commencerons par la fin – l’un des intérêts du livre est que l’on retrouve la plume d’Alexandre Matheron. C’est par un de ses textes inédits, rédigé pour une émission radiotélévisée et diffusée le 27 février 1975 à destination des enseignants, que l’ouvrage se conclut sans toutefois conférer un point final à la réflexion tant ce texte incite à reprendre le livre depuis le début et à l’accompagner du texte spinoziste. Après l’introduction exhaustive et lumineuse de Chantal Jaquet sur « l’actualité du Traité politique », et plus précisément sur l’actualité des recherches menées sur la question de la multitude, c’est peut-être, en raison de l’appréhension globale des problématiques soulevées par le système de la politique spinoziste qu’il rend possible, ce texte qu’il conviendrait de lire aussitôt. Car en faisant retour sur l’un de ses sujets de prédilection, le problème du « pouvoir politique chez Spinoza », Alexandre Matheron, dans ce court article final, affine sa lecture émérite, et nous fait redécouvrir, dans toute sa systématicité et son scandale par rapport à la tradition, le processus d’auto-reproduction de la société politique chez Spinoza.
14 Les lecteurs recueilleront aussi les analyses des commentateurs parmi les plus novateurs qui contribuent à percer tout au long de cet ouvrage ce que François Zourabichvili, à qui ce livre est naturellement dédié, appelle si bellement « l’énigme de la multitude ». Par quelle alchimie une multitude peut-elle devenir libre ? Telle est la question centrale de son texte, mais qui parcourt également tout l’ouvrage. L’énigme est ici d’abord lexicale. Comme le montre Paolo Cristofolini, le terme multitudo, contrairement aux apparences, est loin d’être évident à traduire. L’énigme ne peut donc commencer à être appréhendée que d’un point de vue intertextuel, en comparant l’usage spinoziste du mot à celui de ses prédécesseurs. Hobbes est bien sûr une référence attendue. Mais Vittorio Morfino souligne également combien la référence au « très pénétrant Florentin », Machiavel, s’impose de ce point de vue, dans la mesure où Spinoza lui-même la rend explicitement inévitable dans le Traité politique. Néanmoins, l’énigme se complique dès lors que l’on cherche à articuler la liberté avec la multitude. Car au fond, la liberté est-elle bien sa finalité ? Énoncer ainsi sa fin serait oublier le rôle de première importance accordé à la sécurité dans le Traité politique, dont Nicolas Israël se charge de faire l’étude précise, tout comme son envers, la logique de l’obéissance, dont s’occupe plus spécifiquement André Martins. Or la prise en compte des déterminations affectives ne résout pas définitivement l’énigme, car demeurent les implications de ce concept au-delà même du texte spinoziste, autrement dit la capacité propre à ce modèle de la puissance immanente du corps politique à inspirer rationnellement (les sciences sociales notamment) bien au-delà de ses conditions de production historique, comme le met en valeur Frédéric Lordon. Au fond, peut-être, le cœur de l’énigme, et sa solution, sont-ils dans ce que combat le concept : la servitude. Dès lors, seule une logique de front, celle de la lutte pour l’émancipation nationale animée par l’amour de la liberté, apparaît en dernier lieu comme une interprétation susceptible, aux yeux de François Zourabichvili, de mettre en adéquation le système conceptuel offert par Spinoza à la postérité avec le contexte d’occupation auquel fut réduite en son temps la république hollandaise.
15 Enfin, la pièce maîtresse et centrale du livre est probablement la retranscription du débat autour du Traité politique, organisé en Sorbonne le 9 mars 2006, entre les trois éditeurs et traducteurs français contemporains de l’œuvre, à savoir Laurent Bove, Pierre-François Moreau et Charles Ramond. Traduire implique toujours d’interpréter, et l’on retrouve en effet, au sein de l’école spinoziste française des visions nuancées du Traité politique, de son rapport aux œuvres antérieures, l’Éthique et le Traité théologico-politique, ou encore des notions principales qu’il véhicule. Ce débat, animé par Chantal Jaquet, met pour la première fois explicitement à nu les lignes de divergence qui existent entre ces trois héritiers d’Alexandre Matheron. Une telle richesse interprétative ne peut qu’inciter à poursuivre le débat et le commentaire de l’œuvre politique du philosophe hollandais.
16 Christophe MIQUEU
3. 4. C. PIAZZESI, M. PRIAROLO, M. SANNA (a cura di) : L’eresia della libertà. Omaggio a Paolo Cristofolini, Pisa, ETS, 268 p.
3. 5. « Spinoza and late Scholaticism », Studia Spinozana, vol. 16, Königshausen & Neumann, 331 p.
17 La dernière livraison en date des Studia Spinozana ne s’est pas donné une tâche facile quand elle a choisi d’aborder un domaine laissé encore largement inexploré par la recherche. Si les tentatives de confronter Spinoza à la scolastique tardive – plus précisément espagnole – sont rares, c’est que l’exercice s’avère parfois ingrat, tant les indices de la réalité d’une filiation attestée sont souvent minces. Pourtant, on ne peut plus aujourd’hui, comme y insiste la préface, sous-estimer le rôle décisif joué par la théologie de la scolastique tardive dans la modernisation de la philosophie, pas plus qu’on ne doit, comme le souligne Manfred Walther dans sa propre contribution, négliger le fait qu’un certain nombre de membres de la communauté marrane d’Amsterdam, au sein de laquelle Spinoza a grandi, ont été intellectuellement formés en Espagne. Une fois ces principes prometteurs et convaincants énoncés, ils ne suffisent pas, toutefois, à éclairer la nature exacte du rapport entretenu par Spinoza à l’égard de ce mouvement lui-même plus hétérogène qu’il n’y paraît : c’est l’ambition de ce volume trilingue (anglais/allemand/français) que d’aider à combler cette lacune en partant tantôt des notions du corpus, tantôt des auteurs cités et tantôt des problèmes rencontrés. Sans doute l’ensemble du volume est-il quelque peu disparate mais cet éparpillement relatif est le prix à payer de la part du lecteur qui est invité là à une démarche pionnière qui a le grand mérite de rendre plus complexe l’image qu’on se fait habituellement des sources de la pensée spinozienne.
18 Karin Hartbecke s’interroge d’abord sur les raisons qui ont poussé certains modernes, et singulièrement Spinoza, à utiliser le concept de « mode » alors qu’ils ont délaissé la majeure partie du vocabulaire scolastique (des « formes substantielles » jusqu’aux « qualités ») ; aussi retrace-t-elle l’histoire du concept jusqu’à d’Holbach en partant de Suárez et de la controverse entre les thomistes et les scotistes sur l’opportunité d’ajouter à la distinction réelle et à la distinction de raison un troisième type de distinction, la distinction modale. Dans un article complémentaire et remarquable, Alan Gabbey examine une invention conceptuelle propre à Spinoza : le, ou plutôt les « modes infinis ». Ces modes infinis, qui ne sont ni des universaux ni des lois, sont plutôt des puissances actives du point de vue de la physique cartésienne et surtout, d’un point de vue grammatical, des catégories logiques. S’autorisant de l’Einführung in die Metaphysik de Heidegger, l’A. trouve le sens originel de la formule dans les grammaires scolastiques et surtout dans la grammaire hébraïque telle que Spinoza l’explicite. La contribution de Francisco José Martínez commence par resituer le problème de la libre nécessité spinozienne relativement à la controverse entre Molina et Bañez sur l’articulation entre la prescience divine et la liberté humaine ; mais l’A. pointe également les limites de validité de cette transposition quand il considère que les notions ont un sens radicalement différent dans le contexte théologique d’une part et dans celui, sécularisé, de la science moderne d’autre part. La tentative de confrontation entre Luis de León et Spinoza à laquelle s’essaie Luciano Espinoza Rubio n’est qu’à moitié concluante puisqu’elle constate que les deux auteurs qui « offrent deux formes distinctes de la religatio avec l’absolu » (p. 81) restent, tant du point de vue de la méthode qu’ils utilisent que de celui des intentions qui les animent, surtout antagonistes – ou complémentaires. Après avoir établi que par la façon dont elle redéfinit le « bon » et le « mauvais », l’Éthique ne définit pas une morale mais une « méta-éthique », Robert Schnepf montre de son côté que, tout en s’opposant à un certain nombre de ses contemporains, Spinoza annonce à sa manière une certaine forme du réalisme moral qu’on trouve dans la philosophie analytique contemporaine. Manfred Walther rappelle dans le dernier article que c’est également dans le domaine politique que s’observe l’apport de la scolastique espagnole sur Spinoza, tout particulièrement à travers les fonctions que Suárez fait exercer à la multitudo pour rendre raison de la constitution de la cité et de son caractère naturellement démocratique. Signalons enfin, parmi les autres contributions de ce volume qui ne relèvent pas de la partie consacrée à la scolastique tardive (et dont il est impossible de rendre compte intégralement), les quelques pages que Jacob Adler consacre à l’influence que le Sefer ‘Elim de Joseph Solomon Delmedigo a pu exercer sur Spinoza du point de vue des propositions incomplexes.
19 Frédéric MANZINI
4. VIE, SOURCES, MILIEU CULTUREL
20 Aucune publication n’est à signaler.
5. ETUDES DU SYSTÈME OU DE PARTIES DU SYSTÈME
5. 1. Nimrod ALONI : « Spinoza as educator : from eudamonistic ethics to an empo wering and liberating pedagogy », Educational philosophy and theory, 40 (4), p. 531- 544.
5. 2. Paul J. BAGLEY : Philosophy, theology, and politics. A reading of Benedict Spinoza’s Tractatus theologico-politicus, Brill, 354 p.
5. 3. Miquel BELTRÁN : « El Adan de Spinoza », Convivium, 21, p. 197-212.
5. 4. Armando BRISSONI : Due cunicoli di Spinoza. L’infinito e il more geome trico, International AM, 276 p.
5. 5. Konrad CRAMER : « Gedanken über Spinozas Lehre von der All-einheit », in Substantia – Sic et Non : eine Geschichte des Substanzbegriffs von der Antike bis zur Gegenwart in Einzelbeiträgen, Holger Gutschmidt, Antonella Lang-Balestra, Gianluigi Segalerba (eds), Heusenstamm bei Frankfurt, Ontos Verlag, p. 301-326.
5. 6. William R. DARÓS : « El poder natural como derecho y el contrato social de racional utilidad en Baruch Spinoza », Pensamiento, 239 (64), p. 71-96.
5. 7. Michael DELLA ROCCA : Spinoza, Routledge, 360 p.
5. 8. Matthew KISNER : « Spinoza’s virtuous passions », Review of metaphysics, 61 (4), p. 759-783.
5. 9. Henri LAUX : « Une dimension du théologico-politique chez Spinoza : l’ap port de la religion à l’État », Dieu et la cité, le statut contemporain du théologico- politique, Philippe Capelle (éd.), Paris, Cerf, p. 91-100.
5. 10. Frank LUCASH : « False pleasures in Spinoza », Iyyun, 57, p. 265-282.
5. 11. Eugene MARSHALL : « Spinoza’s cognitive affects and their feel », British journal for the history of philosophy, 16 (1), p. 1-23.
5. 12. Christopher MARTIN : « The framework of essences in Spinoza’s Ethics », British journal for the history of philosophy, 16 (3), p. 489-509.
5. 13. Steven NADLER : « Spinoza and consciousness », Mind, 117 (467), p. 575- 601.
5. 14. Dominik PERLER : « Begriffliche und psychologische Ordnung bei Spinoza », Archiv für Geschichte der Philosophie, 90 (2), p. 188-215.
5. 15. Stephan SCHMID : « Wahrheit und Adäquatheit bei Spinoza », Zeitschrift für philosophische Forschung, 62 (2), p. 209-232.
5. 16. Emanuela SCRIBANO : Guida alla lectura dell’Ethica di Spinoza, Roma- Bari, Laterza 192 p.
21 Après un guide de lecture des Méditations métaphysiques de Descartes, Emanuela Scribano, professeur à l’Université de Sienne, nous offre aujourd’hui un guide de lecture de l’Éthique de Spinoza. Après avoir présenté la genèse de l’œuvre et sa structure, le livre propose une analyse détaillée de l’argumentation et des thèses principales des cinq parties, suivie d’un chapitre sur la fortune ultérieure de l’œuvre (XVIIIe-XIXe siècles surtout) et enfin une bibliographie analytique. L’analyse est, comme toujours chez E. S., très claire, très informée et pertinente : elle offre, en un nombre réduit de pages, les clés pour entrer dans l’œuvre en écartant les difficultés de lecture qui tiennent non seulement au style très particulier de cette philosophie mais encore à son vocabulaire. La proximité-distance avec Descartes est clairement explicitée (par ex. l’attribution de l’extension infinie à Dieu alors que Descartes n’accordait qu’un caractère indéfini à l’étendue pour n’attribuer l’infinité qu’à Dieu, ainsi que la relation aux thèses d’Aristote dans la cinquième partie. Si l’A. propose des explications internes à l’œuvre, elle ne masque pas non plus les difficultés, notamment dans le commentaire de la cinquième partie (comment penser l’âme sans le corps ? comment une âme qui demeure après son corps, sans mémoire, peut-elle constituer un ‘je’ ? [p. 154]).
22 Il ne faut pas attendre de ce livre une explication détaillée des propositions de l’Éthique (à la manière de ce qu’avait fait Pierre Macherey en cinq volumes) mais, comme le titre l’indique, un guide de lecture qui s’appuie à la fois sur une connaissance des travaux récents sur Spinoza et sur une maîtrise sans faille de la philosophie classique. E. Scribano montre par là de manière indiscutable qu’on peut être à la fois une chercheuse de renommée internationale et un grand professeur.
23 Jacqueline LAGRÉE
5. 17. Pascal SÉVÉRAC, Ariel SUHAMY : Spinoza, Paris, Ellipses, 108 p
24 Cet ouvrage de présentation, qui s’articule autour de sept textes ou groupes de textes – d’abord intégrés dans une synthèse continue puis expliqués pour eux-mêmes plus en détail –, procède d’une démarche pertinente et efficace. Les A. invitent à la philosophie de Spinoza à partir de son objectif constant : distinguer le savoir de l’ignorance, celle de Spinoza lui-même, celle, surtout, qui s’ignorant elle-même, constitue l’obstacle par excellence de « l’accès à la connaissance de l’homme et de la Nature ». À travers un souci d’explication génétique, les A. s’attachent à montrer les processus de déconstruction à partir desquels se forment et s’engendrent les grandes thèses de Spinoza, la façon dont ce dernier dissipe les édifices de l’ignorance (le libre arbitre, le finalisme, etc.) et débarrasse les concepts des pseudo-savoirs qui empêchent leur vraie compréhension et leur bon usage. Exiger la rationalité, produire le vrai et libérer sont inséparables d’une mise en lumière des causes et des effets de l’ignorance et des images.
25 Il est ainsi des obscurantistes, tels Boxel, Blyenbergh ou Burgh, chez qui l’ignorance et l’imagination (des spectres, du Diable) prennent d’autant plus corps qu’est soulignée l’impuissance de la raison. À ceux-là, Spinoza enjoint inlassablement de ne pas corrompre le savoir avec l’ignorance, celle des volontés de Dieu, qui fait le terreau de la superstition et de l’oppression.
26 Mais il est aussi une ignorance à partir de laquelle la pensée produit le savoir. De quelle façon ? Une idée vraie donnée permet de fabriquer d’autres idées vraies. Mais pas à n’importe quelle condition. Là encore, il faut d’abord débarrasser pour « forger » : débarrasser de ce qui, dans l’idée donnée du cercle, fascine, afin d’expliquer la figure ; débarrasser l’amour de la considération de son objet et de ses effets, pour celle de ses mécanismes. Comme pour le finalisme, restituer les causes, c’est expliquer l’illusion, lever ainsi son prestige et faire que la vérité se montre d’elle-même.
27 Il importe alors de forger l’idée de l’être le plus parfait, dont toutes les autres se déduisent. Mais on n’y parviendra, là encore, qu’en dissipant d’abord les prestiges d’un véritable « système de l’Ignorance » qui recouvre le mot de Perfection et vient bientôt détruire la perfection même de Dieu, projeter du vice dans les choses et du manque dans le désir. Voilà qui permettra de rapporter la perfection de Dieu à sa puissance infinie, et notre perfection à l’affirmation de notre nature propre, c’est-à-dire à la productivité du désir.
28 Mais savoir jusqu’où la nature humaine peut être parfaite, requiert de la connaître en vérité. Une telle connaissance demande à son tour de lever une illusion : celle du libre arbitre, d’où suit la doctrine du pouvoir de l’âme sur le corps. L’explication procède ici de l’ignorance – reconnue – de ce que peut le corps, et d’un passage des effets aux causes (du cours de nos pensées et des actions du corps), des images aux notions communes saisies par la raison.
29 C’est d’une ignorance peut-être plus funeste que sont habités les illuminés et les fanatiques qui s’arrogent le sens de la Bible. De là la définition d’une méthode d’interprétation de l’Écriture qui reconnaît, cependant, son impossibilité à faire toute la lumière sur ce texte. L’essentiel est de cerner l’enseignement moral de la Bible (pratiquer la justice et la charité), de comprendre qu’il ne contredit pas la raison. Ainsi, exclure une approche rationnelle de l’Écriture ne ferait qu’ouvrir la voie à la superstition, mais la vouloir totalisante serait se perdre dans le doute ou dans la curiosité.
30 Autre ignorance : celle de l’expérience et de la nature humaine, pour tous les utopistes et moralistes qui, contre Machiavel, pensent devoir normer la politique par de l’impossible. Cette ignorance, Spinoza entend la dissiper par une autre lecture du Florentin, qui offre de quoi penser non pas les vices mais les causes « qui font du Prince un tyran ». Une telle explication permet alors de montrer en quoi le tyrannicide n’est pas une solution, combien est inadéquate la conception de la relation entre souverain et peuple en termes de pouvoir et de soumission, et qu’il n’y a là, au fond, qu’une seule et même puissance et qu’un seul droit.
31 Enfin, aux « absolutistes » qui la défendent ou la rejettent tout d’un bloc, « Spinoza oppose une conception progressive de la liberté » : reconnaître d’abord le caractère imaginaire du libre arbitre, puis nous comprendre nous-mêmes dans les limites actuelles de notre puissance, enfin nous réjouir de cette compréhension, non pas dans un mépris des autres, mais en tant que nous sommes mus par « un nouvel amour (…) dont l’objet est la liberté même ».
32 Philippe DANINO
5. 18. Ariel SUHAMY & Alia DAVAL : Spinoza par les bêtes, Paris, Ollendorff & Desseins, Le sens figuré, 150 p.
33 Ce livre, petit seulement par la taille, est une mine de savoir, de surprises et d’émerveillements. Regardons d’abord soigneusement son titre : Spinoza PAR les bêtes et non pas « Spinoza ET les bêtes » ou « Le bestiaire de Spinoza », même si tout cela s’y retrouve. Il s’agit bien là d’un essai, pédagogique et savant à la fois, d’une « présentation des idées de Spinoza » qui suit en gros l’ordre de l’Éthique, « avec des images » (p. 42), sans jamais donner lieu à simplification ni à confusion entre idée et image ou entre argumentation et comparaison. Ce livre a bien deux auteurs : le premier est un philosophe, Ariel Suhamy, auteur d’une thèse sur la communication du bien chez Spinoza, qui écrit de manière élégante et subtile, entremêlant, de manière parfois imperceptible, une prose qui sonne spinozien et des citations explicites ; le second est une dessinatrice scientifique, dont les dessins ne sont pas tant une illustration qu’une interprétation parallèle, un peu décalée, avec un humour, une douceur et une justesse confondantes.
34 Chaque portrait d’animal évoqué fugacement par Spinoza sert ainsi à faire sentir la force d’une idée : l’araignée tissant sa toile fait voir et comprendre la puissance d’agir, les poissons dans la mer qui se dévorent entre eux : le droit naturel et la vie dans son propre élément, le cheval ailé : l’inconsistance et la stérilité de l’imagination laissée à elle même. Contrairement à ce qu’on aurait pu craindre, il n’y a pas de juxtaposition entre le texte philosophique et le dessin mais une véritable symbiose : ainsi p. 46-47 le dessin obombré et vague du cheval ailé suscite en écho le dessin précis de la plume dont on ne peut plus douter qu’elle ne soit bien une plume d’oiseau et non pas de cheval. Face au raffinement et parfois à la complexité du dessin, un commentaire concis, précis, écrit dans un style fluide, aérien, qui force l’admiration. Un exemple parmi bien d’autres à la fin du chap. 2, sur les deux chiens (le chien constellation céleste et le chien aboyant)
35
Dissipation des nuées de l’analogie et du vent de l’homonymie. L’esprit de Dieu n’est pas dans les confins ; sifflons le chien céleste ; il aboiera en nous » (p. 22).
36 Non seulement on ne peut jamais prendre A. Suhamy en défaut de connaissance du système ou de ses à-côté (lettres), mais il donne à redécouvrir des textes que, pour les avoir traduits, je croyais connaître par cœur, simplement parce qu’il focalise sur les résonances d’une image dont il poursuit les divers échos dans des textes multiples : ainsi l’éloge de l’entendement en Traité théologico-politique IV 12 donne lieu (p. 45) à ce commentaire :
37
38 Certes Spinoza n’a pas écrit cela, mais le lire renvoie au texte initial pour en faire jaillir de nouvelles résonances. On connaissait les « deux chemins de l’Éthique », celui des démonstrations et celui des scolies. A. S. en esquisse un troisième, celui du bestiaire. Non qu’il s’agisse de présenter un Spinoza ami ou ennemi des animaux ni d’élucider les droits respectifs des animaux et des hommes en fonction de leur puissance. Mais les animaux, au même titre que certains personnages typiques de la comédie ou de la vie ordinaire (l’enfant, l’ivrogne, le poète amnésique, le mélancolique), sont là pour exemplifier, rendre plus immédiatement sensibles, des constats que chacun sait faire quand il les regarde vivre ou qu’on lui raconte leur histoire (la jalousie des pigeons, la ruse du renard, la force du lion, la sexualité de l’étalon) mais qu’il ignore quand il s’agit de lui même ou qu’il devient dans ce cas incapable d’interpréter lucidement. A déplacer la perspective et sans jamais réduire la différence de nature entre l’homme et tel animal ou entre deux animaux différents, on permet de mieux voir ce que le préjugé empêche souvent de considérer.
39 Spinoza a trouvé en Ariel Suhamy son fabuliste, celui qui transpose la conclusion de la démonstration aride en leçon, toujours philosophique, de l’image. Ce livre, on l’aura compris, est un merveilleux cadeau à offrir de toute urgence à ceux de vos amis et de vos proches qui se demandent encore pourquoi vous passez tant de temps à lire un philosophe difficile. J’ai fait le test et mon lecteur, dont les études de philo n’ont pas dépassé le bac, n’a plus lâché le livre de la soirée et en est sorti en se sentant plus intelligent et délivré de quelques illusions. Mais avant de l’offrir, ne vous privez surtout pas du plaisir de le lire vous-même, car le bonheur n’attend pas.
40 Jacqueline LAGRÉE
5. 19. Justin STEINBERG : « Spinoza on being sui juris and the republican concep tion of liberty », History of European ideas, 34 (3), p. 239-249.
5. 20. Balthasar THOMASS : Être heureux avec Spinoza, Paris, Eyrolles, 178 p.
5. 21. Miriam VAN REIJEN : Spinoza, De geest is gewillig, maar het vlees is sterk, Uitgeverij Klement/Pelckmans, 231 p.
5. 22. Valtteri VILJANEN : « Spinoza’s essentialist model of causation », Inquiry, 51 (4), p. 412-437.
5. 23. Pierre ZAOUI : Spinoza, la décision de soi, Paris, Bayard, 447 p.
41 P. Zaoui se donne ici pour ambition de penser une décision de soi comme une rupture entre la vie passée et la vie à venir, qui permette de distinguer une vie bonne d’une vie mauvaise, sans pour autant être référée à un arrière-plan moral. Pour ce faire, il part de Spinoza, en tant que philosophe qui, selon lui, a poussé à son maximum l’exigence de toute philosophie (vivre mieux) sans pour autant céder sur la nature proprement philosophique de sa pensée (visée d’une vérité purement rationnelle et pleinement universelle) ; mais jamais il ne se cantonne à la littéralité des textes spinozistes. L’A. fait en effet sienne la maxime selon laquelle « il n’y a d’usage éthique des pensées autres qu’en assumant leur inévitable subversion par la pensée et l’histoire propre de celui qui en fait usage » (p. 34). Résulte alors de ce projet et de cette exigence, non pas un ouvrage académique ou un commentaire classique, mais bien plutôt un roman philosophique proposant, avec Spinoza et autour de lui, une pluralité de plans de vie possibles où se mêlent philosophie, littérature et sens commun, dans le but affirmé de faire de la décision de soi une « question ordinaire de la vie ordinaire » et de faire de ce livre une « machine pour mieux vivre, une machine à métamorphoses » (p. 12).
42 La première partie, intitulée « Avec Spinoza », a le grand mérite de se confronter aux problèmes et paradoxes posés par une décision de soi spinoziste : décider d’un projet de vie sans Dieu transcendant ni volonté autonome, changer de nature au sein de la Nature… Dans la première section, principalement appuyée sur une lecture attentive du prologue du TIE, l’A. tente de penser une façon d’ « être le même, mais autrement », en montrant qu’on jouit de renoncer non au mauvais mais au différent de soi, à ce qui est inadéquat à soi ; il ne s’agit pas ainsi d’opposer la raison aux désirs, mais d’opérer une sélection immanente au champ même de nos désirs. Tel est le moyen vivifiant et efficace grâce auquel nous serons à même de reconnaître des forces de changement au cœur de la vie elle-même, et donc de sortir de l’opposition paralysante entre volontarisme et nécessitarisme.
43 La deuxième section de cette première partie est alors consacrée à la formulation d’un « plan de vie » spinoziste ; l’A. prend la littéralité de cette expression très au sérieux, puisqu’il tente de traduire le problème de la décision de soi sur le mode géométrique d’un plan intermédiaire entre le plan de la vie commune et le plan de la vie divine. Cette réflexion donne ainsi lieu à de très belles pages sur une imagination qui ne soit plus de l’ordre de l’illusion, mais de l’invention qui travaille à même le réel, sur un réenchantement de monde qui ne soit pas sur le mode du « tout est bon », mais du « tout peut être bon, à sa façon, en son genre, une fois ramené en imagination à son seul poids d’être, poids infiniment léger » (p. 135) ; mais aussi sur l’homme, auquel il doit être aussi naturel de penser qu’il est naturel aux pierres de tomber ou au soleil de se lever. L’A. reste fidèle à son projet, consistant à ne pas s’enfermer dans un système philosophique, mais à sans cesse revenir au problème qui l’a constitué, et cette section est alors l’occasion d’une profusion d’idées et d’une richesse d’intuitions époustouflantes, quelque peu ternies toutefois par un souci constant de la formule qui a parfois tendance à réduire le propos.
44 La deuxième partie, intitulée « Autour de Spinoza », se donne pour objet un projet très ambitieux : penser d’autres voies possibles de décision de soi, compatibles avec la décision de soi spinoziste mais différentes d’elle, en ce qu’elles ne s’appuient plus sur la philosophie mais sur d’autres expériences de vie. L’A. justifie ce projet par l’étude de certains scolies d’Éthique V qui, selon lui, constituent une « certaine forme de catéchisme du spinozisme à l’égard des simples » (note 7, p. 419). Or, si cette troisième et dernière section suscite de grands espoirs, elle ne tient peut-être pas toutes ses promesses, en ce que ces différents plans de vie (plan de la cure psychanalytique, plan sensualiste, plan de l’œuvre, plan des associations politiques, plan amoureux et plan mélancolique) sont traités avec un bonheur inégal. On aurait ainsi souhaité, finalement, plus de radicalité de la part de l’A., ce qui aurait peut-être consisté à travailler ces plans pour eux-mêmes, sans brouiller le propos en tentant de les rattacher systématiquement aux textes spinozistes, et sans céder à une actualisation parfois peu convaincante du propos. On retiendra toutefois les beaux développements de style stendhalien concernant le plan amoureux ( « la forme la plus haute de la décision de soi », p. 306) et une réflexion riche, documentée et intéressante sur les ambiguïtés propres au plan de vie mélancolique. Il reste que cette intuition, consistant à s’attacher à d’autres expériences de vie pour renouveler la lecture de la pensée spinoziste, est brillante et riche de promesses.
45 Tout ce livre consiste donc en une suite de propositions de plans de vie possible, dont la pluralité et la juxtaposition témoignent du fait qu’un plan de vie est personnel tout autant que singulier, et qu’il ne saurait être imposé : on ne décide de soi que par « miracle », et le miracle « n’est que privé » (p. 361) ; chacun de ces plans de vie décline alors sa propre forme de « fermeté », sans jamais céder aux appels à la radicalité, qui sont « soit de stérilisants appels à l’imitation, soit de fantasmatiques et régressifs appels à la toute-puissance de soi » (p. 370). On l’aura compris, ce livre n’est ni un traité de morale, ni un commentaire universitaire conventionnel ; l’A. l’a lui-même souhaité comme une roman de formation, comme un roman philosophique de la vie humaine, et c’est probablement là ce qui le rend tout à la fois passionnant, provocant et parfois frustrant. Quoi qu’il en soit, son grand mérite est d’inviter constamment (jusque dans les notes, à lire absolument) à des méditations sans cesse renouvelées.
46 Julie HENRY
6. POLÉMIQUES ET INFLUENCES. PHILOSOPHIE COMPARÉE. RÉCEPTION
6. 1. Jeffrey BERNSTEIN : « Aggadic Moses : Spinoza and Freud on the traumatic legacy of theological-political identity », Idealistic Studies, 38 (1-2), p. 3-21.
6. 2. Yves CITTON : « Jacques le fataliste : une ontologie spinoziste de l’écriture pluraliste », Archives de philosophie, 71 (1), p. 77-93.
6. 3. Federica DE FELICE : Wolff e Spinoza. Ricostruzione storico-critica dell’in terpretazione wolffiana della filosofia di Spinoza, Aracne, 360 p.
6. 4. James JUNIPER and Jim JOSE : « Foucault and Spinoza : philosophies of immanence and the decentred political subject », History of the human sciences, 21 (2), p. 1-20.
6. 5. Irene KAJON : « Il concetto di Vertrauen nella Stella della redenzione : Rosenzweig e Spinoza », Teoria, 28 (1), p. 159-173.
6. 6. Mogens LAERKE : Leibniz lecteur de Spinoza. La genèse d’une opposition complexe, Paris, Honoré Champion, 1095 p.
47 Ce très grand livre, en tous les sens du terme, reprend une thèse soutenue en septembre 2003 à Paris IV, sous la direction de P.-F. Moreau. Mogens Laerke, chercheur danois qui écrit dans un français parfait, reprend le dossier, ouvert en 1945 par G. Gusdorf, des relations entre Leibniz et Spinoza, mais il le renouvelle complètement grâce à une parfaite maîtrise des progrès tant de l’édition que des recherches savantes sur les deux auteurs, ainsi qu’en raison d’une reformulation du débat concernant l’évolution de la doctrine leibnizienne. On comprendra qu’il est quasi impossible de rendre compte en détail d’un livre aussi riche, aussi dense et aussi complet, alors même que le support textuel initial est assez mince.
48 Mogens Laerke règle initialement le sort des concepts ou des thèmes qui ont fait l’objet de mésinterprétations ou de simplifications outrancières dans l’histoire du commentaire (par ex. le ‘parallélisme’, la physique des forces, la création et le possible). Une fois cet obstacle levé, il peut aborder de front la confrontation entre les deux philosophies. La perspective adoptée – la genèse d’une opposition – imposait en quelque sorte le plan en trois phases :
49
- la connaissance de Spinoza par ouï-dire, (I, 2 les premières rencontres)
- la première lecture de Spinoza : d’abord le TTP, (partie II) puis des lettres, et enfin les Opera postuma, (partie IV)
- une fois cette lecture faite, Leibniz ne relit plus Spinoza et réitère un argumentaire réfutatif bien mis au point (partie V).
50 Cela commence donc par un Leibniz à la fois curieux et inquiet devant la lecture très précoce (on le sait depuis les travaux d’Ursula Goldenbaum de 1997) du Traité théologico-politique. Leibniz s’oppose alors à Spinoza sur deux fronts : celui du naturalisme, concernant la théorie de la religion, et celui du contractualisme concernant tant les relations entre les hommes que le jus circa sacra et la relation entre l’homme et Dieu. A la fascination – répulsion pour le Spinoza « libertin » du Traité théologico-politique succède la grande confrontation métaphysique introduite par le séjour parisien et la correspondance avec Tschirnhaus, puis la rédaction du De summa rerum (1675-76), véritable « laboratoire métaphysique » (p. 439). Mais la lecture leibnizienne des Opera posthuma dès leur parution donne lieu à une confrontation beaucoup plus critique sur le langage, la substance et la causa sui, la relation substance-attributs, les démonstrations de l’existence de Dieu, la relation de causalité et le rôle de l’entendement divin et enfin la difficile question des modalités et de la relation entre contingence, nécessité et liberté divine. Une dernière partie du livre traite de la question du cartésianisme de Spinoza tel que l’analyse Leibniz et des Animadversiones ad Wachteri librum (plus généralement connu sous le titre Réfutation inédite de Spinoza, éditée par Foucher de Careil en 1854), remarques sur le livre de Wachter (Elucidarius cabalisticus de 1706) et la pensée cabaliste. L’ouvrage comporte, outre une abondante bibliographie, deux indices, nominum et rerum, permettant de se retrouver facilement dans l’abondance de ces pages.
51 Comme le soulignait Michel Fichant lors de la soutenance, la deuxième phase est décisive, même si la première permet déjà de reconnaître les signes de ce qui rendrait l’entente impossible. Mogens Laerke analyse très bien les moments de cette lecture : (1) juger le texte spinoziste obscur ; (2) le reformuler en y introduisant d’autres concepts et en remaniant les démonstrations ; (3) engager la dispute fictive avec ce Spinoza reformulé ; (4) réfuter la position ainsi attribuée à l’interlocuteur ; (5) opposer sa propre conception comme meilleure. Ce qui est d’ailleurs la manière dont Leibniz procède toujours, même avec des interlocuteurs dont il se sent beaucoup plus proche.
52 La plupart du temps, lorsqu’un commentateur aborde la question du rapport entre Leibniz et Spinoza, il prend parti pour l’un des deux auteurs, soit en affirmant que Leibniz n’a rien compris à Spinoza et que c’est ce dernier qui a raison, soit que Leibniz a définitivement réglé son sort à la prétendue déductivité des démonstrations de l’Éthique par sa lecture critique de ses onze premières propositions. Or ce qui est tout à fait remarquable dans ce travail magistral, c’est que non seulement l’A relève précisément tout ce qui apparaît comme une mésinterprétation mais que ce livre est à la fois une défense instruite et des thèses de Spinoza et de celles de Leibniz, de telle sorte qu’au bout du compte il n’y a ni vainqueur ni vaincu mais un grand livre sur la constitution de la philosophie leibnizienne qui défend Spinoza par un souci louable d’équilibrer les deux doctrines en dépit de la différence des corpus.
53 Déjà lors de la soutenance de thèse qui est l’origine de ce livre, les membres du jury avaient unanimement souligné l’importance et l’excellence de ce travail : celui-ci s’appuie sur l’ensemble des textes disponibles et sait articuler la progression chronologique et l’analyse conceptuelle, donnant lieu non pas à une traditionnelle comparaison, mais bien à une confrontation historiographique et théorique. Il articule les textes métaphysiques avec les thèses politico-religieuses, ce qui n’avait jamais été fait de cette façon. Enfin il restitue les contextes dans lesquels ces philosophies se sont élaborées et ne sépare pas l’analyse logique des arguments de l’analyse contextuelle de leur naissance et de leur pertinence. Dès lors le seul bémol à son achat immédiat réside dans son prix, dissuasif pour beaucoup (165 €). Il ne nous reste donc qu’à le faire commander à la bibliothèque la plus proche et à aller le lire de toute urgence car aucune recherche sérieuse sur Spinoza ou sur Leibniz ne pourra désormais en faire l’économie.
54 Jacqueline LAGRÉE
6. 7. Alexandre LEFEBVRE : The image of law : Deleuze, Bergson, Spinoza, Stanford University Press, 336 p.
6. 8. Monique SCHNEIDER : La cause amoureuse. Freud, Spinoza, Racine, Paris, Seuil, 330 p.
55 Cet ouvrage de la philosophe et psychanalyste Monique Schneider, bien connue dans le monde analytique pour l’originalité de ses écrits (en particulier Généalogie du masculin et Le paradigme féminin réédités en « Champs » Flammarion en 2006), constitue la reprise et l’extension d’un travail de fond et d’un article de référence dans les « études spinozistes » françaises, intitulé « Le fini, l’autre et le savoir chez Spinoza et chez Freud ». Cet article a été publié dans le fameux premier numéro des Cahiers Spinoza, paru à l’été 1977, avec des contributions d’A. Matheron, P-F. Moreau, A. Lécrivain et A. Igoin.
56 L’ouvrage porte sur la fascination perplexe de Freud vis-à-vis de l’amour, articulée à ce que l’auteur perçoit comme une « destitution de l’amour » chez Spinoza. La critique de l’idéalisation de l’objet d’amour unirait Freud à Spinoza et la figure de Lucifer Amor les éloignerait, autrement dit une certaine fascination freudienne pour les diverses formes de l’amour de transfert, décroché de toute référence à l’intellectualité. La psychanalyse resterait ainsi attachée à un horizon amoureux situé aux antipodes des thèses de Léonard de Vinci et de la conceptualité de la partie V de l’Éthique. Or, un point de convergence paraît tout aussi essentiel, autour de la définition de la méthode analytique (p. 101), et du sens freudien de la formule « l’amour n’est rien d’autre que ». Réduire l’amour à autre chose par l’analyse est présenté comme un trait de méthode de l’analyse, en tant que froide objectivation et réduction à autre chose : telle serait la dette freudienne à l’égard du spinozisme. Si Freud, primo, ne croit plus à l’état amoureux comme à l’amour de transfert qui est une erreur d’aiguillage, secundo, ne croit plus à la théorie de la séduction et se tourne vers la théorie du fantasme, tertio, ne croit plus à l’apparent ou à l’amour idéalisé, mais à un reste obtenu par objectivation, alors une conclusion paraît s’imposer : Freud est un incroyant de l’amour.
57 Néanmoins l’auteur ne se contente pas de souligner la réduction méthodologique de l’amour en vue de dissiper le mirage amoureux. L’œuvre de Freud témoigne d’un retour constant de la part amoureuse et ce retour est interrogé chez Spinoza à travers une mise au point sur le statut de l’altérité. Sensible à la constitution d’un autre spinozien à travers la figure de l’amour, l’auteur évoque la différence entre la distinction mode/substance et le rapport de terminaison entre les choses finies. Elle insiste sur l’autre chose de même nature et évoque les stratégies discursives de Spinoza où l’autre est comme un mirage à dissoudre. Ces figures problématiques de l’autre spinozien sont mises en perspective avec la perception du spinozisme comme philosophie sans altérité, écrite par un philosophe du conatus célibataire et solitaire. Mais elles sont surtout l’occasion de préciser le couplage Spinoza/Freud.
58 Entre Spinoza et Freud, une proximité décisive est soulignée concernant la menace pour la puissance d’agir. Mais une opposition diamétrale est perceptible à propos de la réponse à cette menace. Freud apparaît « dans les pas » de Spinoza, mais l’ouvrage retient l’attention sur une divergence entre, d’un côté, l’articulation spinozienne du leurre de la différence à une redistribution finale des causes, à un horizon éternitaire et politique, et, de l’autre, la mise en œuvre d’une logique différenciatrice et hiérarchisante chez Freud, qui s’achève par une « investiture amoureuse » dans la psychanalyse.
59 Hormis la précision et la finesse du jeu comparatif, il convient de souligner l’originalité de la démarche de l’auteur en psychanalyse : montrer qu’il est possible et fécond d’utiliser le spinozisme pour renouveler l’approche et les mots de la clinique. D’une part, Spinoza apporte les fondements philosophiques pour récuser l’usage illusoire de la haine dans le maniement de la cure. D’autre part, la perspective de Winnicott est adossée à une divergence et à un point de partage avec l’autoproduction de l’entendement spinozien. Au terme du dispositif de comparaison, la philosophie spinozienne apparaît comme un outil critique dans la psychanalyse et réciproquement, la psychanalyse se révèle toujours aussi féconde pour introduire ou saisir des aspects différenciateurs dans la philosophie.
60 Adrien KLAJNMAN
6. 9. Adam SUTCLIFFE : « Spinoza, Bayle and the Enlightenment politics of phi losophical certainty », History of european ideas, 34 (1), p. 66-76.
6. 10. Adriano VINALE : Organismo democratico, Milano, Ghibli, 150 p.
61 Les trois essais d’Adriano Vinale dans Organismo democratico constituent un rigoureux travail d’évaluation de présupposés philosophiques. Au lieu de faire une analyse des principaux textes de l’œuvre de Spinoza, ils se concentrent, entre autres, sur les concepts de vie, de passions, de pouvoir politique, de multitude, de loi, d’imperium, de droit et de contrat, pour les confronter avec la pensée de Thomas Hobbes. Adriano Vinale repère dans l’œuvre de Hobbes un des lieux fondamentaux où observer la relation entre passions (conatus) et politique. C’est là le couple conceptuel qui nous permettra de comprendre dans quel sens le pouvoir politique, à partir de la philosophie politique moderne, s’occupera de contrôle et de domination de la vie. Deux notions contemporaines orientent de façon subliminale les évaluations de l’œuvre de Hobbes : celles de biopolitique et d’état d’exception, respectivement extraites des ouvrages de Michel Foucault et de Giorgio Agamben. En soulignant l’originalité de l’ontologie politique spinozienne, l’A. montre que l’ordre politique conçu par Spinoza réalise en sa plénitude le principe de la vie et des passions qui est « la préservation de l’être dans l’existence », et qu’il est conforme à la forme démocratique du pouvoir. Un des points fondamentaux autour duquel se développe son argumentation est justement l’idée que la conception horizontale spinozienne du pouvoir et de la société va au-delà de la conception verticale de Hobbes. Le pouvoir politique ne doit pas résulter de la fiction du contrat, mais de la socialisation des affects et de la transindividualité en tant que procès d’expansion des individus dans la construction de la liberté. En ce sens il est évident que les essais de Vinale ne se limitent pas à une analyse historico-philosophique des textes classiques, mais qu’ils sont aussi une intervention dans le débat politique contemporain.
62 Douglas BARROS
SUPPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE POUR L’ANNÉE 2007
A. 2. 1. Baruch SPINOZA : Ética demostrada según el orden geométrico, traduction, introduction et notes de Vidal Peña, notes et postface de Gabriel Albiac. Madrid, Tecnos, 443 p.
63 Toute une génération de lecteurs espagnols de l’Éthique de Spinoza a eu la chance de pouvoir s’initier à la lecture du grand texte spinoziste grâce à une traduction exemplaire faite par Vidal Peña (Professeur à l’Université d’Oviedo) à partir du texte établi par Carl Gebhardt (1925). Cette traduction fut publiée par l’Editora Nacional en 1975, et depuis lors elle a été réimprimée plusieurs fois, sans changements significatifs, par plusieurs maisons d’édition différentes (Alianza, Orbis, etc.). Cette prolifération de rééditions était tout à fait justifiée, car il s’agissait d´une traduction qui facilitait la lecture du texte spinoziste en aérant le texte grâce au découpage des fragments les plus longs (préfaces, scolies, appendices) ; d’une traduction qui réussissait à reproduire un certain « style latinisant » ; et surtout d’une traduction qui transformait le texte latin de Spinoza en un texte espagnol très beau et extrêmement fluide, loin de toute réplique mécanique et interchangeable de mots. Le lecteur espagnol de Spinoza avait donc à sa disposition, outre une traduction scientifiquement remarquable où une attention toute particulière était prêtée au sens, à la signification et à l’usage spinoziste des concepts, une traduction littérairement impeccable. C’est-à-dire un texte éblouissant qui semblait originairement écrit en espagnol – en un espagnol classique et érudit – et qui en même temps reflétait la complexité et les choix lexicaux de l’écriture de Spinoza. Par ailleurs, le travail de Vidal Peña s’accompagnait d’une introduction historique et critique où l’auteur présentait pour le public espagnol la figure du philosophe et signalait notamment quelques difficultés internes à l’ontologie spinoziste, difficultés que Peña avait déjà solidement analysées dans son travail de thèse pionnier, décisif pour le renouveau des études spinozistes en Espagne dans les années 70 et 80 : El materialismo de Espinosa (Revista de Occidente, Madrid, 1972). Outre cette introduction, le traducteur éclairait plusieurs difficultés du texte spinoziste grâce à nombre de notes critiques portant aussi bien sur la traduction des termes techniques et leur cohérence interne dans une langue autre que le néo-latin, que sur l’interprétation strictement philosophique du texte.
64 En 2007, la maison d’édition Tecnos, loin de se limiter à réimprimer encore une fois cette traduction, a fait l’effort de publier une nouvelle édition du travail de Peña, où les soins apportés à la traduction, à l’introduction et aux annotations sont complétés par ceux d’un autre grand connaisseur de la philosophie classique en général et du spinozisme en particulier : Gabriel Albiac. Le résultat de cette rencontre intellectuelle entre Peña et Albiac est un ouvrage assurément nouveau composé par deux des plus grands spécialistes espagnols contemporains de la pensée spinoziste. L’effort éditorial a donc été double. En effet, d’une part l´ancienne traduction de Peña a été reprise, et son auteur a revisité son ancienne introduction historico-critique ainsi que les notes adjointes au texte de la première édition de 1975, lesquelles ont été augmentées. D’autre part, Gabriel Albiac – auteur d´un travail sur Spinoza (La sinagoga vacía. Un estudio de las fuentes marranas del espinosismo, Madrid, Hiperión, 1987, traduit en français aux PUF) qui, avec l’étude de Peña citée ci-dessus a constitué un véritable point de départ pour le renouvellement des études spinozistes en Espagne au cours des derniers années – s’est occupé de composer un appareil de notes critiques juxtaposées aux notes de Peña, extrêmement éclairantes et qui prennent en considération les résultats de la recherche spinoziste la plus récente, notamment celle faite en France et en Italie. À la fin du texte, Albiac offre aussi au lecteur une très belle postface où il analyse les rapports entre l’éthique et la politique chez Spinoza, et il clôt cette nouvelle édition sur une bibliographie qui s’avérera essentielle pour toute nouvelle étude approfondie du philosophe. On est donc devant un instrument de travail exceptionnel pour le public espagnol qui veut s’initier à une lecture scientifique de l’Éthique.
65 En somme, les nouvelles générations de lecteurs espagnols de l’Éthique sont désormais doublement chanceuses – trente ans après la première traduction du texte par Peña, et dans un pays où les efforts éditoriaux de ce type sont très rares (du reste il manque encore en espagnol une édition bilingue de l’Éthique) : celle de pouvoir accéder à l’ouvrage le plus connu de Spinoza non seulement à partir d’une traduction scientifique et philosophique tout à fait remarquable, mais aussi à partir d’une édition où deux des spécialistes de Spinoza les plus reconnus en Espagne et à l’étranger ont été finalement réunis pour nous offrir les résultats de longues années de travail sur un texte solide et difficile auquel tous deux ont consacré l’espace et les efforts de toute une vie intellectuelle.
66 Pedro LOMBA
A. 2. 2. Benedictus de SPINOZA : Tractatus theologico-politicus, Trattato teolo gico-politico, a cura di Pina Totaro, Napoli, Bibliopolis, 750 p.
67 Pour les lecteurs francophones, cette version bilingue (latin/italien) se présente à plusieurs égards comme le pendant italien du Traité théologico-politique paru en 1999 aux PUF et qui inaugura la nouvelle édition des Œuvres complètes de Spinoza actuellement en cours de publication sous la direction de Pierre-François Moreau. De fait, ce volume des Opere de Spinoza placé comme l’ensemble de la série sous l’autorité de Filippo Mignini profite intelligemment et pleinement de toutes les avancées récentes de la recherche internationale, à commencer par l’établissement du texte latin effectué par Fokke Akkerman, également retenu pour l’édition française : il en reprend non seulement le texte lui-même, mais également le découpage des différents chapitres en paragraphes, qui se voit ainsi adoubé et dont il ne fait aucun doute qu’en raison de sa pertinence et de sa commodité il va bientôt, si ce n’est déjà fait, s’imposer systématiquement chez tous les spinozistes. Pina Totaro a cependant opéré des choix propres, en reproduisant par exemple l’hébreu au sein de la traduction italienne ou en plaçant les différentes adnotationes en notes infrapaginales au lieu de les reléguer à la fin de l’ouvrage. En ce qui concerne la traduction, elle relève le défi d’être à la fois proche du texte original et élégante, en étant de surcroît peut-être même plus homogène que la version française du fait de l’unicité du maître d’œuvre. Mais c’est surtout par l’apparat critique que l’édition présentée par Pina Totaro se distingue : par rapport à l’édition française, les notes sont considérablement étoffées pour représenter pas moins de 220 pages denses, avec plus d’une centaine de références pour les chapitres les plus importants. En effet, là où J. Lagrée et P.-F. Moreau avaient choisi de s’en tenir à des indications de type historique ou philologique sans donner une interprétation philosophique, P. Totaro propose souvent une discussion des différentes traductions possibles (principalement celles de Giancotti, de Shirley et de Lagrée-Moreau) et esquisse quelques pistes pour un commentaire philosophique proprement dit. Ainsi le terme de potentia par exemple, tel qu’il apparaît au paragraphe [8] du chapitre VI pour établir que le miracle n’exprime jamais qu’une puissance déterminée et non infinie, est-il ramené par Pina Totaro à son acception physique par laquelle tout transfert énergétique comporte une perte d’énergie, puis renvoyé à la fois aux paragraphes 12 et 13 de Court Traité II, 24 ainsi qu’à l’ouvrage de Pieter Balling, Het licht op den kandelaar. Ce n’est là qu’une illustration concernant une note parmi d’autres mais elle montre le souci constant d’éclairer le lecteur du TTP en lui soumettant une interprétation possible d’une œuvre qui, il est vrai, reste difficile d’accès même pour le lecteur averti. Cette dimension critique présente un intérêt de premier ordre et elle contribue à faire du présent volume non seulement l’édition scientifique de référence en italien du Trattato teologico-politico (et ce pour plusieurs décennies sans doute), mais aussi un ouvrage de commentaire précieux pour tous les spinozistes en général. Cette publication est donc d’ores et déjà un précieux classique.
68 Frédéric MANZINI
A. 2. 3. SPINOZA : Ética, trad. et notes par Tomaz Tadeu, Belo Horizonte, Autêntica, 424 p.
69 Joaquim de Carvalho avait traduit l’Éthique en portugais du Portugal en 1950, et Livio Xavier en portugais du Brésil en 1957. Ces deux traductions étaient les seules disponibles en langue portugaise ; et toutes deux rencontraient les problèmes que tant d’autres langues ont connus : affectus traduit par passion, mens par âme, affectiones et affectus confondus, etc., ce qui s’expliquait par la volonté de rendre Spinoza plus compréhensible à des lecteurs peu habitués à l’originalité de sa pensée. Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, cependant, on a vu paraître des traductions en diverses langues, notamment en français, qui ont cherché à rester au plus près de l’original, pour permettre aux lecteurs de comprendre Spinoza dans sa lettre et d’expliciter ses idées sans les interpréter ou les rapprocher des traditions bien connues. Mais en langue portugaise, le XXe siècle s’est achevé sans offrir une bonne traduction de l’Éthique ; les spécialistes se sont contentés de travailler sur d’autres langues et sur l’original latin, en corrigeant oralement, pour les étudiants, les fautes des traductions portugaises disponibles…
70 Il faut donc louer la parution de cette traduction brésilienne extrêmement soignée : qualité de la traduction mais aussi de l’édition elle-même : bilingue, très belle, brochée sous une couverture rigide – décorée d’un fac simile stylisé de la couverture de l’original en latin –, enveloppée dans une jaquette noire ou rouge avec, à l’intérieur, une mise en page très élégante, rappelant les fresques du XVIIe siècle. De manière étonnante, cette édition bilingue de plus de 400 pages, assez chère, a été épuisée en une année ; on en est maintenant à une deuxième édition revue et corrigée, tandis qu’une troisième édition non bilingue, avec une couverture normale, vient de paraître. L’Éthique de Spinoza a envahi les vitrines des librairies au Brésil et s’est vendue comme peu de livres de philosophie, devenant une sorte de best seller inattendu, qui a éveillé l’intérêt des éditeurs. De façon tout à fait méritée, Autentica est désormais devenue une maison d’édition connue et respectée dans tout le pays, ainsi qu’au Portugal. Ce succès est dû sans doute à l’actualité de Spinoza en général, et à la reconnaissance de cette actualité par le public brésilien en particulier, qui voit chez lui un penseur de l’immanence, de la puissance et de l’affect et, par là, de la connaissance de soi pour mieux vivre, à contre-courant des manuels de bien-être.
71 La traduction ose le choix de la graphie Spinoza, au lieu d’Espinosa, ce qui est une innovation bienvenue en langue portugaise. Fils de parents portugais, l’auteur de l’Éthique n’a pourtant jamais signé Espinosa, avec un s, seulement Spinoza ou Espinoza, avec le E et le z. La graphie avec le E et le s soulignait son ascendance portugaise, mais avec la conséquence que la langue portugaise était la seule au monde à ne pas écrire « Spinoza ». Un tel choix, dans une traduction qui fait déjà référence, ouvre ainsi les études spinozistes en langue portugaise à la communauté internationale, avec des avantages évidents en ce qui concerne les citations et les références bibliographiques.
72 À la fin du volume, Tadeu explique que son choix a été de garder les mots en portugais les plus proches du latin, même si le sens de ces mots dans la langue courante actuelle n’est pas celui donné par Spinoza. Par exemple, ambitio veut dire non pas ambition au sens actuel du mot, mais (par le scolie de E III 29) désir de plaire, ou (par le scolie de E III 31 et par la définition 44 des affects) désir d’être approuvé. Ou pietas, qui n’a pas chez Spinoza le sens religieux de piété, mais celui de « désir de faire le bien » (par le scolie 1 de E IV 37), beaucoup plus proche de la bienveillance que de la compassion. Ou encore la beatitudo, qui n’a pas un sens religieux mais signifie plutôt la félicité. Si l’adjectif beatus était traduit par beato (sens religieux en portugais), il ne serait pas compris comme heureux, feliz en portugais ; aussi est-ce ce dernier terme qui a été choisi. Notons que ces explications se font sur les mots qui gardent leur sens religieux, sens que, justement, Spinoza veut redéfinir.
73 Tadeu offre aussi dans ces pages finales une table de correspondance avec la traduction donnée à chaque affect en latin, ce qui permet au lecteur de juger de ses choix. Il observe encore qu’il a été obligé de corriger six erreurs de l’édition de Gebhardt. (1) Dans E III 16, Gebhardt dit cause « afficiens » ; Tadeu a changé par « efficiens » (Pautrat a fait cette même correction dans sa traduction de 1988 revue en 1999, mais sans changer la version latine de Gebhardt). (2) Dans le scolie de E III 30, Tadeu entend que la gloire est une joie accompagnée de l’idée d’une cause intérieure et non pas extérieure, comme c’est indiqué chez Gebhardt (et gardé par Pautrat). (3) Dans le nota bene du scolie de E III 51, Gebhardt renvoie au scolie de E II 13 (tel que l’indique l’édition électronique Phronèsis), alors que Tadeu, tout comme Mignini dans sa traduction italienne, comprend que le renvoi doit être fait au scolie de E II 17 ; selon Pautrat, pourtant, Gebhardt aurait renvoyé au corollaire de E II 11. (4) Pour Gebhardt, dans la démonstration de E IV 31 l’original de Spinoza renverrait à l’axiome 3 de la même partie, mais il n’y a qu’un seul axiome ; Pautrat a gardé ce renvoi inexistant, alors que Tadeu a choisi d’adopter la solution de la traduction espagnole de Dominguez qui renvoie à la définition 1 de la même partie. (5) Dans le scolie de E V 4, Tadeu a décidé de changer le renvoi au corollaire de E III 31, par le renvoi au scolie de la même proposition (ce changement, d’ailleurs, ne nous paraît pas fondé). (6) Dans le scolie de E V 33, le renvoi est fait à la proposition précédente, alors que par le sens il devrait être fait à la proposition présente (ou, ajoutons, au corollaire de la précédente).
74 Finalement, Tadeu corrige en note deux passages de Spinoza : (1) Dans le scolie de E II 8, Spinoza écrit : « dans un cercle sont contenus une infinité de rectangles égaux entre eux » ; Tadeu observe que, tel qu’il est indiqué dans le théorème 35 du livre 3 des Éléments d’Euclide, cette égalité est limitée à chaque « paire » de rectangles, concerne l’ « aire » de ces rectangles, et vaut pour des droites qui se coupent sous n’importe quel angle et non seulement sous un angle droit. (2) Spinoza inverse, dans E III 31, les vers 4 et 5 de l’élégie XIX du livre II de Amores d’Ovide.
75 Tout indique que l’édition de Tomaz Tadeu restera pour longtemps une référence en langue portugaise.
76 André MARTINS
A. 3. 1. Daniela BOSTRENGHI e Cristina SANTELLINI (a cura di) : Spinoza ricer che e prospettive. Per una storia dello spinozismo in Italia, Napoli, Bibliopolis, 708 p.
77 Cet impressionnant volume, dirigé par Daniela Bostrenghi et Cristina Santinelli, est le recueil des actes des journées d’études dédiées à la mémoire d’Emilia Giancotti du 2 au 4 octobre 2002 à Urbino, enrichi de nouvelles contributions ; il a pour objet d’examiner le rapport entre la pensée de Spinoza et la tradition culturelle italienne. Il vise à explorer aussi bien les sources italiennes et latines de la pensée de Spinoza que son influence sur la culture italienne du XVIIIe siècle au XXe siècle. Précédées d’une courte préface et d’une introduction rédigée par Cristina Santellini, (p.13-20), les vingt cinq études rassemblées dans le livre sont organisées autour de deux grandes sections :
78
- Spinoza e l’Italia. Fonti, interlocutori, assonanze (Spinoza et l’Italie. Sources, interlocuteurs, assonances, p. 27-370).
- Spinoza in Italia. Letture del novecento (Spinoza en Italie, lectures du XXe siècle, p. 371-694).
79 La première partie, Spinoza et l’Italie, porte sur les sources et les interlocuteurs latins et italiens de Spinoza. Elle vise à repérer les inspirations ou les confrontations implicites et explicites entre Spinoza et les auteurs de langue latine ou italienne, y compris ceux dont les écrits ont contribué à répandre même indirectement des motifs spinozistes dans la culture italienne du XVIIIe au XIXe siècle. Elle comprend une série d’études consacrées à Spinoza et Lucrèce (V. Morfino, « Il mondo a caso. Su Lucrezio e Spinoza », p. 25-49), à Spinoza et Tacite (G. Lucchesini, « Spinoza e Tacito Paradigmi della modernità e classicità politica », p 51-83), à Spinoza et Pétrarque (P. Pozzi, « De vita solitaria : Spinoza lettore di Petrarca », p. 85-110), à Spinoza et Léon Hébreu (A. Domínguez, « El Amor Dei intellectualis en León Hebreo y Spinoza », p. 111-147), à Spinoza et aux aristotélismes de la Renaissance, (F. Piro, « Spinoza e gli aristotelismi del Rinascimento. Cesura storica e continuità indirette », p. 149-169). La première section s’intéresse également, dans la lignée des travaux de Y. Yovel aux antécédents italiens de l’hérésie spinoziste (P. Cristofolini, « Antecedenti italiani di un’eresia totale », p. 171-187), à Spinoza et Machiavel (E. Balibar « “La verità effettuale della cosa”. Spinoza et Machiavel », p. 189-209), Spinoza et Bruno, (F. Mignini, « Spinoza e Bruno. Per la storia di una questione storiografica », p. 211-271), Spinoza et Herrera, (G. Saccaro Del Buffa, « Herrera, Spinoza e la dialettica umanistica », p. 273-297), Spinoza et la science nouvelle : Galilée et Boyle (L. Simonutti, « Dalle “sensate esperienze” all’ermeneutica biblica. Spinoza e la nuova scienza : Galilei e Boyle », p. 299-327). Elle s’achève sur la confrontation entre Spinoza et certains auteurs italiens du XVIIIe siècle au sujet des droits fondamentaux (P. Totaro, « Nota sui ‘diritti fondamentali’ in Spinoza e in alcuni autori italiani del settecento », p. 329-349), et sur le rapport entre Spinoza et Leopardi (M. Biscuso, « Stratonismo e spinosismo. L’invenzione della tradizione materialistica in Leopardi », p. 351-370).
80 La seconde partie, Spinoza en Italie, est fondée sur les perspectives et prospectives ouvertes par le spinozisme. Elle examine sa fortune en Italie au XXe siècle et s’étend jusqu’aux tendances postfordistes les plus récentes ainsi qu’aux recherches dans le milieu psychanalytique. Ces lectures du XXe siècle s’ouvrent sur le Spinoza cabbaliste de Benamozegh (L. Amoroso, p. 373-388), Spinoza et Labriola (Daniela Bostrenghi, p. 389-404), Spinoza et Giuseppe Rensi, (A. Montano, p. 405-439), Spinoza et Martinetti (A. Vigorelli, p. 441-466), Spinoza et Erminio Troilo (Biasutti, p. 467-482). C. Santinelli nous fait découvrir les portraits de Spinoza entre 1900 et 1924, (p. 483-534) ; S. Visentin présente quelques interprétations du spinozisme politique, Solari, Ravà, Droetto entre Machiavel et Hobbes (p. 535-561). R. Bordoli se consacre aux traducteurs italiens des Lettres de Spinoza, Ubaldo Lopes-Pegna et Antonio Droetto, (p. 563-576). O. Proetti traite de Flavius Josèphe et du désaccord « marrano-sadducéen » en dialogue avec Arnaldo Momigliano (p. 577-611). Sont ensuite analysés le Spinoza de Teodorico Moretti-Costanzi, par C. Vinti (p. 613-644), et celui de Remo Cantoni par P. T. Grassi (p. 645-655). Le volume s’achève sur l’étude de Spinoza postfordiste par A. Illuminati (p. 657-672), et sur la signification de la philosophie de Spinoza dans la pensée de Lacan par S. Mistura (p. 675-694).
81 De par la richesse de ses approches et la diversité de ses contributions, cet ouvrage livre un excellent panorama des rapports entre Spinoza et la pensée italienne. Sans prétendre à l’exhaustivité, il se présente comme une véritable histoire du spinozisme en Italie, histoire qui n’en finit pas de s’écrire et d’ouvrir de nouvelles possibilités de réflexion. Ce travail collectif s’impose ainsi comme un ouvrage de référence, témoignant de la vitalité extraordinaire des recherches sur le philosophe hollandais en Italie.
82 Chantal JAQUET
A. 3. 2. R. CAPORALI, V. MORFINO, S. VISENTIN (ed) : Spinoza : Individuo e mol titudine, Il Ponte Vecchio, 408 p.
A. 3. 3. Eugenio FERNÁNDEZ, María Luisa DE LA CÁMARA (ed) : El gobierno de los afectos en Baruj Spinoza. Prologue de Juan Manuel Navarro Cordón, Editorial Trotta, Madrid, 610 p.
83 Cet ouvrage est issu d’un congrès international tenu en 2001 sur le gouvernement des affects, sous la direction de Eugenio Fernández, disparu en 2005 et auquel un vibrant hommage est rendu dans le prologue. Une trentaine de spécialistes de la pensée spinoziste, espagnols et européens, voire sud-américains, universitaires et chercheurs, tracent un « panorama de la vie sentimentale telle qu’elle fut pensée par Spinoza ». L’ouvrage est divisé en cinq parties. La première est consacrée à une réflexion générale sur la place des affects dans la philosophie spinoziste. La seconde examine plus en détail les conditions de la vie affective : puissance, corps et imagination. La troisième s’attache à décrire les principales figures de l’affectivité et constitue une « phénoménologie des sentiments ». La quatrième s’intéresse aux effets des affects et passions sur la vie politique et morale – lorsque le gouvernement des affects est confié à la religion ou à l’État. Enfin, une cinquième partie introduit des éléments de comparaison avec d’autres auteurs (Bruno, Descartes, Hobbes, Koerbagh, le Theophrastus redivivus ; mais aussi des contemporains comme Rorty et Foucault). On relève aussi une étude suggestive autour de la figure de Don Quichotte, par Leiser Madanes.
84 Il n’est pas possible de rendre compte de chacun des articles que renferme ce gros et riche volume. On en relèvera l’inspiration globale : l’affectivité n’y est pas abordée sous le seul angle des passions, mais la question de l’affectivité rationnelle fait l’objet d’une attention particulière, de la fortitude au troisième genre de connaissance.
85 Ariel SUHAMY
A. 3. 4. Spinoza as religious philosopher : Between Radical Protestantism and Jewishness. 2006 Conference Proceedings. The Conrad Grebel Review, automne 2007.
86 La revue mennonite canadienne publie les quatre conférences d’un colloque consacré à la situation religieuse de Spinoza. Graeme HUNTER, auteur d’un livre sur le protestantisme radical dans la pensée spinozienne : « Spinoza on Character and Community » ; Michael DRIEDGER : « Spinoza and the Boundary Zones of Religious Interaction » ; Willi GOETSCHEL : « Spinoza’s Jewishness » ; David NOVAK : « Spinoza’s Excommunication ».
A. 3. 5. André TOSEL, Pierre-François MOREAU et Jean SALEM (éds.) : Spinoza au XIXe siècle. Actes des journées d’études organisées à la Sorbonne les 9 et 16 mars, 23 et 30 novembre 1997. Paris, Publications de la Sorbonne (Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, Série « Philosophie » 15), 490 p.
87 Ce très riche collectif vient compléter la série d’études d’histoire de la réception de Spinoza entreprise à l’Université de Paris 1 durant les deux dernières décennies à l’initiative d’Olivier Bloch, et qui avait déjà donné lieu à la publication des volumes Spinoza au XVIIIe siècle (Paris : Klincksieck, 1990 – journées des 6 et 13 décembre 1987) et Spinoza au XXe siècle (Paris : PUF, 1993 – journées de janvier et mars 1990). On peut sans doute regretter le retard avec lequel paraît ce troisième volet (André Tosel s’en explique dans sa « Présentation », p. 7-18), mais on doit surtout se féliciter de disposer enfin d’un ensemble à ce point novateur et intéressant.
88 La place principale est légitimement donnée à la réception de Spinoza en Allemagne. Cette première partie s’ouvre sur l’article de Piet Steenbakkers, « Les éditions de Spinoza en Allemagne au XIXe siècle » (p. 21-32). Suivent deux articles consacrés au « Spinoza du Pantheismusstreit » : Pierre-Henri Tavoillot, « Signification et enjeu du retour à Spinoza dans la querelle du panthéisme » (p. 35-45) ; et Myriam Bienenstock, « Herder et Spinoza » (p. 47-61). La sous-partie suivante est consacrée aux rapports entre « l’idéalisme allemand et Spinoza ». Elle comprend quatre contributions : Jean-Marie Vaysse, « Spinoza dans la problématique de l’idéalisme allemand – historicité et manifestation » (p. 65-74) ; Thomas Kisser, « Spinoza et Schelling » (p. 75-85) ; Klaus Hammacher, « Spinoza et Fichte » (p. 87-98) ; et enfin Wolfgang Bartuschat, « Spinoza et le dernier Fichte » (p. 99-107). Sont ensuite abordés les « thèmes spinozistes dans la gauche hégélienne », dans un article de Gérard Bensussan, « Feuerbach et le ‘secret’ de Spinoza » (p. 11-123). Deux articles traitent ensuite des rapports entre « Spinoza, Marx et le marxisme » : André Tosel, « Pour une étude systématique du rapport de Marx à Spinoza – remarques et hypothèses » (p. 127-147) ; et Jean Salem, « Georges Plekhanov, lecteur de Spinoza » (p. 149-160). Le dernier thème abordé dans cette première partie évoque enfin « Spinoza à l’ombre du nihilisme », et comprend trois contributions : Christophe Bouriau, « Conatus spinoziste et volonté schopenhauerienne » (p. 163-180) ; Bernard Rousset, « L’image schopenhauerienne du spinozisme – causa sive ratio cur » (p. 181-191) ; et Philippe Choulet, « Le Spinoza de Nietzsche : les attendus d’une amitié d’étoiles » (p. 193-205).
89 La seconde partie de l’ouvrage, justement intitulée « Spinoza en France, en Italie, en Russie et ailleurs » regroupe toutes les autres communications. La réception de « Spinoza en France » rassemble neuf contributions : Jacques Moutaux, « Maine de Biran et Spinoza » (p. 211-220) ; Pierre-François Moreau, « Traduire Spinoza : l’exemple d’Emile Saisset » (p. 221-230) ; Jean-Pierre Cotten, « Spinoza et Victor Cousin » (p. 231-242) ; Chantal Jaquet, « La réception de Spinoza dans les milieux catholiques français » (p. 243-253) ; Pierre Macherey, « Spinoza lu par Victor Hugo » (p. 255-267) ; Christian Lazzeri, « Spinoza et Durkheim » (p. 269-280) : André Comte-Sponville, « Jean-Marie Guyau et Spinoza » (p. 281-294) ; Jean-Michel Le Lannou, « ‘Un temple pur’ – Léon Brunschvicg, lecteur de Spinoza » (p. 295-310) ; et Alexandre Matheron, « Les deux Spinoza de Victor Delbos » (p. 311-318).
90 Une partie intitulée « Spinoza et l’Italie » comprend quatre contributions : Alessandro Savorelli, « Bertrando Spaventa : Spinoza entre Bruno et Hegel » (p. 321- 329) ; Roberto Bordoli, « Notes sur le positivisme italien et Spinoza » (p. 331-344) ; Jean-François Braunstein, « Spinoza ‘génie juif’ ou criminel ? Spinoza jugé par C. Lumbroso, E. Ferri, P. Bourget » (p. 345-362) ; enfin Cristina Santinelli, « Rosmini et Gioberti, lecteurs de Spinoza – considérations en marge d’une polémique » (p. 33- 374).
91 La partie consacrée à « Spinoza et la Russie » comprend deux contributions : V. I. Metlov, « Spinoza dans la philosophie russe » (p. 377-386) ; et François Zourabichvili, « Le spinozisme spectral d’Anton Tchekhov » (p. 387-399).
92 Une partie intitulée « Spinoza en Espagne et dans l’Europe du Nord » regroupe quatre textes : Hélène Politis, « Les Papiers de Kierkegaard consacrés à Spinoza » (p. 403-414) ; Fokke Akkerman, « Jan Hendrik Leopold, poète et spinoziste » (p. 415- 425) ; Wiep Van Bunge, « Johannes Van Vloten et le ‘premier’ spinozisme néerlandais au XIXe siècle » (p. 427-439) ; et Atilano Dominguez, « Spinoza dans l’Espagne du XIXe siècle » (p. 442-452).
93 Une dernière sous-partie, « Politiques de Spinoza », regroupe deux textes : Manfred Walther, « La doctrine politique de Spinoza – la (re) découverte de la philosophie politique de Spinoza par Adolf Menzel » (p. 455-472) ; et Elhanan Yakira, « La pensée politique juive face à Spinoza » (p. 473-486).
94 L’ensemble est passionnant, et tout spécialiste comme tout amateur de Spinoza y trouvera à s’instruire, à s’étonner, à réfléchir et à reconsidérer ses certitudes. Seule l’absence incompréhensible d’un index des noms enlève à ce recueil, du fait même de sa profusion en ce domaine, une partie de sa valeur de référence.
95 Charles RAMOND
A.4.1. Roberto BORDOLI : « La ‘Lebensgeschichte Spinozas’ di Jakob Freudenthal », Giornale critico della filosofia italiana, 86 (3), p. 552-555.
A. 4. 2. Thijs WESTSTEIJN : « Spinoza sinicus : an asian paragraph in the history of the Radical Enlightenment », Journal of the history of ideas, 68 (4), p. 537-561.
A. 5. 1. J. Thomas COOK : Spinoza’s Ethics : a reader’s guide, London, Conti nuum international publishing group, 192 p.
A. 5. 2. Sherry DEVEAUX : The role of God in Spinoza’s metaphysics, London, Continuum international publishing group, 142 p.
A. 5. 3. Julieta ESPINOSA : « Spinoza 1665 : la filosofía y el filosofar », Signos filo sóficos, 9 (17), p. 31-61.
A. 5. 4. Alessandro GALVAN : Leggere l’Etica di Spinoza, Ibis, 189 p.
A. 5. 5. Sarah HUTTON : « Comments on Ayers ‘Spinoza, platonism and natura lism’ », Rationalism, platonism and God, Michael Ayers (ed.), New York, Oxford University Press, p. 79-89.
A. 5. 6. Paul JUFFERMANS : « Het raadsel van Spinoza’s christologie », Bijdragen, Tijdschrift voor filosofie en theologie, 68 (4), p. 375-398.
A. 5. 7. Michael LEBUFFE : « Spinoza’s normative ethics », Canadian journal of philosophy, 37 (3), p. 371-392.
A. 5. 8. Douglas LEWIS : « Spinoza on having a false idea », Metaphysica, 8 (1), p. 17-27.
A. 5. 9. Martin LIN : « Spinoza’s arguments for the existence of God », Philosophy and phenomenological research, 75 (2), p. 269-297.
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A. 5. 12. Homero SANTIAGO : « O filósofo espinosista precisa criar valores ? », Trans/Form/Ação : Revista de filosofia, 30 (1), p. 127-149.
A. 5. 13. Hasana SHARP : « The force of ideas in Spinoza », Political theory, 35 (6), p. 732-755.
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A. 5. 15. Andrew YOUPA : « Spinoza’s theory of motivation », Pacific philosophi cal quarterly, 88 (3), p. 375-390.
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A. 6. 3. Michael DELLA ROCCA : « Spinoza and the philosophy of scepticism », Mind, 116 (464), p. 851-874.
A. 6. 4. Federica DI FELICE : « Christian Wolff interprete della filosofia spino ziana », Dianoia : annali di storia della filosofia, 12, p. 133-162.
A. 6. 5. Bela EGYED : « Spinoza, Schopenhauer and the standpoint of affirma tion », PhaenEx, 2 (1), p. 110-131.
A. 6. 6. Ursula GOLDENBAUM : « Why shouldn’t Leibniz have studied Spinoza ? The rise of the claim of the continuity in Leibniz’s philosophy out of the ideologi cal rejection Spinoza’s impact on Leibniz », The Leibniz review, 17, p. 107-138.
A. 6. 7. Mogens LAERKE : « Contingency, necessity and the being of possibility : Leibniz’s modal ontology in relation of his reputation of Spinoza », Revue roumaine de philosophie, 51 (1-2), p. 39-62.
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A. 6. 9. Brandon LOOK : « Perfection, power and the passions in Spinoza and Leibniz », Revue roumaine de philosophie, 51 (1-2), p. 21-38.
A. 6. 10. Tammy NYDEN-BULLOCK : Spinoza’s Radical Cartesian Mind, Continuum international publishing group, 164 p.
A. 6. 11. Maria Antonietta PERNA : « Spinozean multitude : radical italian thought vis-à-vis sartrean existential marxism », Sartre studies international, 13 (1), p. 35- 61.
A. 6. 12. Jon ROFFE : « The errant name : Badiou and Deleuze on individuation, causality and infinite modes in Spinoza », Continental philosophy review, 40 (4), p. 389-406.
A. 6. 13. Hasana SHARP : « Melancholy, anxious, and ek-static selves : feminism between Eros and Thanatos », Symposium, 11 (2), p. 315-331. A propos d’une argumentation de Judith Butler.
A. 6. 14. Michael STRAWSER « The ethics of love in Spinoza and Kierkegaard and the teleogical suspension of the theological », Philosophy today, 51 (4), p. 438-446.
A. 6. 15. Floris VAN DER BURG : Davidson and Spinoza : mind, matter and mora lity, Adelshot, Ashgate, 116 p.
A. 6. 16. Valtteri VILJANEN : Spinoza’s dynamics of being. The concept of power and its role in Spinoza’s metaphysics, University of Turku, 306 p.
96 Valtteri Viljanen a écrit un livre original et engageant sur le rôle du concept de puissance dans l’Éthique. Bien qu’inspiré par des intuitions sur la philosophie de Spinoza provenant des commentateurs français, Alexandre Matheron notamment, l’approche de l’auteur est largement gouvernée par les débats dans la tradition anglo-saxonne, notamment américaine.
97 La première partie porte sur la théorie spinozienne de la causalité et la théorie de la puissance. Viljanen se propose d’abord de répondre à cette question épineuse : le spinozisme est-il un système qui se rattache au paradigme scientifique moderne en réduisant toute cause à l’efficiente, ou revient-il subrepticement à une certaine forme d’aristotélisme, en se rattachant aux catégories causales de la néo-scolastique ? Il opte pour la deuxième possibilité, en affirmant que la forme de causation fondamentale du système est une forme de cause formelle, tout en soutenant aussi que Spinoza s’inspire du paradigme néoplatonicien de l’émanation. Il en conclut que le système de Spinoza repose sur la conception originale d’une forme de « cause formelle-émanatrice » (p. 17-47). Une fois reconnus les attraits théoriques d’une telle approche, on peut toujours se demander si une analyse de la théorie spinozienne de la causalité qui ne mentionne pas une seule fois la causa sui peut bien être adéquate. En outre, nous avons des réticences par rapport à la grille de lecture scolastico-aristotélicienne adoptée pour élucider la théorie spinozienne. Viljanen affirme que c’est « une façon utile d’étudier la pensée de Spinoza en l’analysant du point de vue de la tradition scolastique » (p. 18). Certes, mais prendre ensuite comme point de départ pour une analyse de la théorie spinozienne de la causalité la classification aristotélicienne des causes n’est guère une opération interprétative suffisamment innocente pour que l’on puisse la justifier en affirmant simplement qu’il est utile de procéder ainsi.
98 Cela dit, les analyses de Viljanen contiennent, pour user d’une de ses propres expressions favorites, « beaucoup de bien », et elles constituent, à notre sens, la meilleure exposition à ce jour de ce type d’interprétation aristotélisante. Notamment, l’auteur décèle « un modèle essentialiste de la causation » constitué par la théorie spinozienne de la puissance (puisque l’essence de Dieu ainsi que des choses est leur puissance même). Ce modèle est celui qui fait de la théorie de Spinoza bien plus qu’un mécanisme conséquent, à savoir ce que l’auteur désigne, dans le titre de son ouvrage, comme une « dynamique de l’être ». On peut être d’accord ou non avec l’idée de réhabiliter, dans ce contexte, l’interprétation de Bennett selon laquelle l’étendue est identique à l’espace, en décrivant les dynamismes de l’attribut de l’étendue comme « un champ unifié de puissance spatial » (p. 117-35, p. 280). Nous paraît utile, en revanche, le « modèle de l’écluse », auquel Viljanen fait appel pour expliquer la façon donc la puissance causale de choses s’exerce par rapport aux autres choses (p. 97-103). En tout cas, l’A. parvient à démontrer le rôle absolument central du concept de la puissance dans la théorie spinozienne.
99 La mise en place du modèle essentialiste de la causalité permet ensuite de proposer, dans la deuxième partie de l’ouvrage, une réponse convaincante (et en l’occurrence négative) à une question très débattue entre chercheurs tels que Curley, Bennett, Garrett, Carriero et Lin, à savoir si la doctrine du conatus engage Spinoza à réhabiliter la téléologie dans l’explication des actions humaines, malgré son rejet des causes finales. Contre les interprétations qui voient, dans le principe du conatus, une simple transposition vers la métaphysique du principe physique de l’inertie, Viljanen montre comment ce principe est profondément enraciné dans la théorie de la puissance, et qu’il est un véritable principe actif par lequel une chose s’efforce à actualiser son essence. Par conséquent, « le conatus n’est pas seulement un principe de persévérance dans l’existence, mais un principe de persévérance-dans-l’existence-parfaite » (p. 222). Le conatus enveloppe donc un principe de perfectionnement et, par conséquent, il peut fournir un véritable principe éthique, mais sans pour cela qu’on revienne à l’affirmation d’un principe téléologique dans le sens aristotélicien.
100 Mogens LÆRKE
SUPPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE POUR L’ANNÉE 2006
B. 5. 1. Maria Cecilia FEREZ : Die Produktivität der Macht. Eine Analyse der politischen Theorie von Baruch Spinoza, Berlin, Logos Verlag, 335 p.
B. 5. 2. Marcos André GLEIZER : « Primeiras considerações sobre o problema da explicação teológica da ação humana em Espinosa », Cadernos de historia e filoso fia da ciencia, 16 : 3 (1), p. 163-198.
B. 5. 3. Maite LARRAURI : « Spinoza e as mulheres », Kalagatos, 3 (6), p. 209-244.
B. 5. 4. Sergio LEVI : Libertà e azione nell’etica di Spinoza, Università degli Studi di Milano, 280 p.
101 Comment concilier, chez Spinoza, le déterminisme et la liberté ? En abordant cette question classique, Sergio Levi entreprend un examen du concept d’action. Partant du constat que la liberté humaine n’est pas dans l’Éthique une donnée naturelle, mais un effort actif, et que celui-ci ne vise pas à obtenir une liberté « intérieure » (simple assurance psychologique), il se propose de décrire un « parcours de libération ».
102 Le livre est divisé en trois parties. La première, sous le titre de « Nécessité », explique comment fonctionne le concept d’action, destiné à organiser le rapport entre la nécessité de Dieu et les événements de l’existence humaine. La seconde, intitulée « Monisme », examine l’articulation entre le corps et l’esprit impliquée par l’opposition entre action et passion. La troisième, « Action », relie enfin l’activité de l’esprit à une liberté accessible à l’homme. L’impression de rigueur qui émane de cette architecture d’ensemble se confirme à chaque chapitre, même si certains termes apparaissent sans être expliqués.
103 Pour commencer, Levi remarque que le problème auquel il s’attache dérive d’un mélange complexe de prémisses, d’objections et de solutions d’ordre à la fois logique, métaphysique et éthique. Par là, il souligne que la difficulté de comprendre la pensée de Spinoza naît de ce qu’il assemble, dans l’Éthique, des positions relevant de différents champs du savoir, et dont la portée est souvent polémique.
104 Ainsi, la critique du libre-arbitre conduit l’auteur à soutenir que, chez Spinoza, « il suffit d’agir ‘comme si’ nous étions libres » au sens cartésien (p. 24), car cela détermine la liberté comme un « programme » (p. 34). En effet, les « essences des créatures » (sic) jouent un « rôle opératoire » et assument une « fonction explicative » par où elles prennent le relais de la nécessité divine.
105 C’est là qu’intervient le concept d’action : il s’agit de redistribuer parmi les « créatures » une liberté d’abord attachée à la seule cause de soi. Or, la définition du principe d’autonomie d’un corps, dont les opérations dépendent plus ou moins de lui, se présente comme graduelle. Mais la principale thèse du livre est de soutenir que la distinction entre action et passion est « essentielle ». Le premier argument avancé est que cette distinction assure la consistance de la notion d’individu qui, sans elle, serait perdue. Le second, que Spinoza s’écarte du couple grammatical agent/patient, pour fonder une différence épistémique entre les idées. C’est ainsi que la première partie ouvre sur la deuxième.
106 En effet, le couple agir/partir ne suppose aucunement un patient, mais met en question l’implication causale de l’esprit. Levi situe ainsi l’origine empirique des idées dans l’imagination, entendue comme « puissance réceptive » (p. 99). Assez finement, il observe que l’esprit trouve d’abord son identité en tant qu’idée du corps. Ensuite, que l’homme a le pouvoir d’assentir aux idées, mais n’a pas le choix d’as-sentir ou pas. Enfin, que les idées se forment dans l’esprit comme « la solidification théorique de ses opérations » (p. 127). Mais en ce point de son analyse, Levi rend maladroitement compte de la situation des affects : le corps semble exprimer la réalité des variations ( « notre niveau actuel de puissance ») tandis que l’esprit semble retenir une « représentation » de ces variations (p. 136-137). « A travers une idée confuse de l’affection corporelle, l’esprit reçoit une mise à jour de l’état actuel de la potentia agendi corporelle. » (p. 139) S’il fallait concevoir les passions selon cette hypothèse, qu’on peut appeler « réaliste », nous n’aurions aucun moyen d’y remédier.
107 Cependant, la principale originalité du livre est de soutenir l’irréductibilité de certaines notions mentales : chez Spinoza, ici opposé à Hobbes, le mécanisme physique n’est pas destiné à remplacer le jeu des idées, car la pensée pour lui n’est pas réductible à un rapport de mouvement/repos. Spinoza fonde ainsi une méthode fondamentalement « diachronique », corps ou esprit (p.181-182), qui fait de l’éthique une « science du comportement » (p. 240) destinée à faire prévaloir l’ordre de l’esprit. Cette remarque, déterminante pour situer Spinoza dans l’espace de la réflexion contemporaine, permet-elle d’initier l’homme à sa liberté ? « Grâce à un énorme effort d’autodiscipline, nous sommes devenus maîtres de nous-mêmes » (p. 249). À comparer avec E V, 41.
108 Maxime ROVERE
B. 6. 1. Hent DE VRIES : « Levinas, Spinoza, and the theological-political meaning of Scripture », Hent de Vries and Lawrence E. Sullivan (ed.), Political theologies, public religions in a post-secular world, New York, Fordham University Press, p. 232- 248.
B. 6. 2. Christof ELLSIEPEN : Anschauung des Universums und scientia intui tiva. Die spinozistischen Grundlagen von Schleiermachers früher Religionstheorie. Berlin, De Gruyter, 461 p.
B. 6. 3. Sergio RÁBADE ROMEO : Obras III. El racionalismo. Descartes y Espinosa, edición de María Luisa de la Cámara, Madrid, Editorial Trotta, 555 p.
109 Sergio Rabade Romeo est l’un des philosophes espagnols les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle. Professeur à l’Université Complutense de Madrid et directeur de l’Institut de Philosophie Luis Vives, il a consacré l’essentiel de son œuvre à la définition d’une « théorie générale de la connaissance humaine ». L’édition de ses Œuvres complètes doit rassembler la plupart de ses cours consacrés à cette thématique ainsi que ses travaux d’historien de la philosophie. Le volume III contient ses cours universitaires et ses publications portant sur Descartes et Spinoza depuis les années 70 jusqu’à la fin des années 90. Sergio Rabade Romeo y effectue plus spécifiquement une analyse extrêmement détaillée des Méditations métaphysiques de Descartes ainsi qu’une réflexion plus large sur le rapport entre « méthode » et « pensée » dans la modernité. En ce qui concerne la philosophie de Spinoza, on signalera en premier lieu une conférence sur la fonction du corps dans la définition des passions ainsi que la réédition de son essai de 1987 intitulé « Raison et bonheur chez Spinoza ». Ce troisième volume constitue une fois de plus la preuve de l’importance et du dynamisme de la philosophie espagnole des dernières décennies, en particulier pour ce qui a trait aux philosophies et aux systèmes de l’Âge classique.
110 Saverio ANSALDI
B. 6. 4. Maria Luisa RIBEIRO FERREIRA : « Relendo Baruch », in Levinas entre nos, Cristina Beckert (ed.), Ed. Centro filosofia univ de Lisboa, p. 211-223.
SUPPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE POUR L’ANNÉE 2005
C. 5. 1. Rüdiger BITTNER : « Freiheit durch Erkenntnis der Notwendigkeit bei Spinoza », Logical analysis and history of philosophy, 8, p. 123-132.
C. 6. 1. Jean-Christophe GODDARD : « Communication des inconscients et station hystérique : Spinoza dans l’Anti-Œdipe, de Deleuze et Guattari », Conjectura, 10 (1), p. 7-30.
C. 6. 2. Fernando CZEKALSKI : « Política e inimizade : uma aproximação entre Espinosa e Carl Schmitt », Contróversia, 1 (1), p. 1-6.
SUPPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE POUR L’ANNÉE 2004
D. 5. 1. Ulysses PINHEIRO : « Servidão e acrasia segundo Espinosa », O que nos faz pensar, 18, p. 195-212.
SUPPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE POUR L’ANNÉE 2003
E. 6. 1. Amalia BOYER : « Materialismo ontológico y política en Spinoza, Deleuze y Guattari », Eidos, 1, p. 93-106.
Notes
[1] Ce bulletin est rédigé par le Groupe de Recherches Spinozistes (CNRS/CERPHI) en collaboration avec l’Association des Amis de Spinoza ((www." target="_blank">http:// www. aspinoza. com). La coordination de ce numéro a été assurée par Henri Laux et Pierre-François Moreau. Le bulletin peut être consulté sur le site de la revue ((www." target="_blank">http:// www. archivesdephilo. com) ou sur celui de l’Association. Il est envoyé directement aux membres de l’Association (cf. informations en fin de bulletin). 
PLAN DE L'ARTICLE
- LIMINAIRE FIRST ANNUAL LEIDEN-DUKE EARLY MODERN WORKSHOP ON « FUNKY CAUSATION » 26 AU 26 SEPTEMBRE 2008, UNIVERSITÉ DE LEYDE
- 1. INSTRUMENTS DE TRAVAIL
- 2. TEXTES ET TRADUCTIONS
- 3. RECUEILS COLLECTIFS
- 3. 1. Julián CARVAJAL, María Luisa DE LA CÁMARA (coord.) : Spinoza : de la física a la historia, Cuenca, Ediciones de la Universidad de Castilla-La-Mancha, 524 p.
- 3.2. Charles HUENEMANN (ed.) : Interpreting Spinoza : critical essays, Cambridge University Press, 196 p.
- 3. 3. Chantal JAQUET, Pascal SÉVÉRAC et Ariel SUHAMY (éds.) : La multitude libre. Nouvelles lectures du Traité politique, Paris, Éditions Amsterdam, 140 p.
- 3. 4. C. PIAZZESI, M. PRIAROLO, M. SANNA (a cura di) : L’eresia della libertà. Omaggio a Paolo Cristofolini, Pisa, ETS, 268 p.
- 3. 5. « Spinoza and late Scholaticism », Studia Spinozana, vol. 16, Königshausen & Neumann, 331 p.
- 4. VIE, SOURCES, MILIEU CULTUREL
- 5. ETUDES DU SYSTÈME OU DE PARTIES DU SYSTÈME
- 5. 1. Nimrod ALONI : « Spinoza as educator : from eudamonistic ethics to an empo wering and liberating pedagogy », Educational philosophy and theory, 40 (4), p. 531- 544.
- 5. 2. Paul J. BAGLEY : Philosophy, theology, and politics. A reading of Benedict Spinoza’s Tractatus theologico-politicus, Brill, 354 p.
- 5. 3. Miquel BELTRÁN : « El Adan de Spinoza », Convivium, 21, p. 197-212.
- 5. 4. Armando BRISSONI : Due cunicoli di Spinoza. L’infinito e il more geome trico, International AM, 276 p.
- 5. 5. Konrad CRAMER : « Gedanken über Spinozas Lehre von der All-einheit », in Substantia – Sic et Non : eine Geschichte des Substanzbegriffs von der Antike bis zur Gegenwart in Einzelbeiträgen, Holger Gutschmidt, Antonella Lang-Balestra, Gianluigi Segalerba (eds), Heusenstamm bei Frankfurt, Ontos Verlag, p. 301-326.
- 5. 6. William R. DARóS : « El poder natural como derecho y el contrato social de racional utilidad en Baruch Spinoza », Pensamiento, 239 (64), p. 71-96.
- 5. 7. Michael DELLA ROCCA : Spinoza, Routledge, 360 p.
- 5. 8. Matthew KISNER : « Spinoza’s virtuous passions », Review of metaphysics, 61 (4), p. 759-783.
- 5. 9. Henri LAUX : « Une dimension du théologico-politique chez Spinoza : l’ap port de la religion à l’État », Dieu et la cité, le statut contemporain du théologico- politique, Philippe Capelle (éd.), Paris, Cerf, p. 91-100.
- 5. 10. Frank LUCASH : « False pleasures in Spinoza », Iyyun, 57, p. 265-282.
- 5. 11. Eugene MARSHALL : « Spinoza’s cognitive affects and their feel », British journal for the history of philosophy, 16 (1), p. 1-23.
- 5. 12. Christopher MARTIN : « The framework of essences in Spinoza’s Ethics », British journal for the history of philosophy, 16 (3), p. 489-509.
- 5. 13. Steven NADLER : « Spinoza and consciousness », Mind, 117 (467), p. 575- 601.
- 5. 14. Dominik PERLER : « Begriffliche und psychologische Ordnung bei Spinoza », Archiv für Geschichte der Philosophie, 90 (2), p. 188-215.
- 5. 15. Stephan SCHMID : « Wahrheit und Adäquatheit bei Spinoza », Zeitschrift für philosophische Forschung, 62 (2), p. 209-232.
- 5. 16. Emanuela SCRIBANO : Guida alla lectura dell’Ethica di Spinoza, Roma- Bari, Laterza 192 p.
- 5. 17. Pascal SÉVÉRAC, Ariel SUHAMY : Spinoza, Paris, Ellipses, 108 p
- 5. 18. Ariel SUHAMY & Alia DAVAL : Spinoza par les bêtes, Paris, Ollendorff & Desseins, Le sens figuré, 150 p.
- 5. 19. Justin STEINBERG : « Spinoza on being sui juris and the republican concep tion of liberty », History of European ideas, 34 (3), p. 239-249.
- 5. 20. Balthasar THOMASS : Être heureux avec Spinoza, Paris, Eyrolles, 178 p.
- 5. 21. Miriam VAN REIJEN : Spinoza, De geest is gewillig, maar het vlees is sterk, Uitgeverij Klement/Pelckmans, 231 p.
- 5. 22. Valtteri VILJANEN : « Spinoza’s essentialist model of causation », Inquiry, 51 (4), p. 412-437.
- 5. 23. Pierre ZAOUI : Spinoza, la décision de soi, Paris, Bayard, 447 p.
- 6. POLÉMIQUES ET INFLUENCES. PHILOSOPHIE COMPARÉE. RÉCEPTION
- 6. 1. Jeffrey BERNSTEIN : « Aggadic Moses : Spinoza and Freud on the traumatic legacy of theological-political identity », Idealistic Studies, 38 (1-2), p. 3-21.
- 6. 2. Yves CITTON : « Jacques le fataliste : une ontologie spinoziste de l’écriture pluraliste », Archives de philosophie, 71 (1), p. 77-93.
- 6. 3. Federica DE FELICE : Wolff e Spinoza. Ricostruzione storico-critica dell’in terpretazione wolffiana della filosofia di Spinoza, Aracne, 360 p.
- 6. 4. James JUNIPER and Jim JOSE : « Foucault and Spinoza : philosophies of immanence and the decentred political subject », History of the human sciences, 21 (2), p. 1-20.
- 6. 5. Irene KAJON : « Il concetto di Vertrauen nella Stella della redenzione : Rosenzweig e Spinoza », Teoria, 28 (1), p. 159-173.
- 6. 6. Mogens LAERKE : Leibniz lecteur de Spinoza. La genèse d’une opposition complexe, Paris, Honoré Champion, 1095 p.
- 6. 7. Alexandre LEFEBVRE : The image of law : Deleuze, Bergson, Spinoza, Stanford University Press, 336 p.
- 6. 8. Monique SCHNEIDER : La cause amoureuse. Freud, Spinoza, Racine, Paris, Seuil, 330 p.
- 6. 9. Adam SUTCLIFFE : « Spinoza, Bayle and the Enlightenment politics of phi losophical certainty », History of european ideas, 34 (1), p. 66-76.
- 6. 10. Adriano VINALE : Organismo democratico, Milano, Ghibli, 150 p.
- SUPPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE POUR L’ANNÉE 2007
- A. 2. 1. Baruch SPINOZA : Ética demostrada según el orden geométrico, traduction, introduction et notes de Vidal Peña, notes et postface de Gabriel Albiac. Madrid, Tecnos, 443 p.
- A. 2. 2. Benedictus de SPINOZA : Tractatus theologico-politicus, Trattato teolo gico-politico, a cura di Pina Totaro, Napoli, Bibliopolis, 750 p.
- A. 2. 3. SPINOZA : Ética, trad. et notes par Tomaz Tadeu, Belo Horizonte, Autêntica, 424 p.
- A. 3. 1. Daniela BOSTRENGHI e Cristina SANTELLINI (a cura di) : Spinoza ricer che e prospettive. Per una storia dello spinozismo in Italia, Napoli, Bibliopolis, 708 p.
- A. 3. 2. R. CAPORALI, V. MORFINO, S. VISENTIN (ed) : Spinoza : Individuo e mol titudine, Il Ponte Vecchio, 408 p.
- A. 3. 3. Eugenio FERNÁNDEZ, María Luisa DE LA CÁMARA (ed) : El gobierno de los afectos en Baruj Spinoza. Prologue de Juan Manuel Navarro Cordón, Editorial Trotta, Madrid, 610 p.
- A. 3. 4. Spinoza as religious philosopher : Between Radical Protestantism and Jewishness. 2006 Conference Proceedings. The Conrad Grebel Review, automne 2007.
- A. 3. 5. André TOSEL, Pierre-François MOREAU et Jean SALEM (éds.) : Spinoza au XIXe siècle. Actes des journées d’études organisées à la Sorbonne les 9 et 16 mars, 23 et 30 novembre 1997. Paris, Publications de la Sorbonne (Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, Série « Philosophie » 15), 490 p.
- A.4.1. Roberto BORDOLI : « La ‘Lebensgeschichte Spinozas’ di Jakob Freudenthal », Giornale critico della filosofia italiana, 86 (3), p. 552-555.
- A. 4. 2. Thijs WESTSTEIJN : « Spinoza sinicus : an asian paragraph in the history of the Radical Enlightenment », Journal of the history of ideas, 68 (4), p. 537-561.
- A. 5. 1. J. Thomas COOK : Spinoza’s Ethics : a reader’s guide, London, Conti nuum international publishing group, 192 p.
- A. 5. 2. Sherry DEVEAUX : The role of God in Spinoza’s metaphysics, London, Continuum international publishing group, 142 p.
- A. 5. 3. Julieta ESPINOSA : « Spinoza 1665 : la filosofía y el filosofar », Signos filo sóficos, 9 (17), p. 31-61.
- A. 5. 4. Alessandro GALVAN : Leggere l’Etica di Spinoza, Ibis, 189 p.
- A. 5. 5. Sarah HUTTON : « Comments on Ayers ‘Spinoza, platonism and natura lism’ », Rationalism, platonism and God, Michael Ayers (ed.), New York, Oxford University Press, p. 79-89.
- A. 5. 6. Paul JUFFERMANS : « Het raadsel van Spinoza’s christologie », Bijdragen, Tijdschrift voor filosofie en theologie, 68 (4), p. 375-398.
- A. 5. 7. Michael LEBUFFE : « Spinoza’s normative ethics », Canadian journal of philosophy, 37 (3), p. 371-392.
- A. 5. 8. Douglas LEWIS : « Spinoza on having a false idea », Metaphysica, 8 (1), p. 17-27.
- A. 5. 9. Martin LIN : « Spinoza’s arguments for the existence of God », Philosophy and phenomenological research, 75 (2), p. 269-297.
- A. 5. 10. Pedro LOMBA : « Los efectos históricos-políticos del odio », Endoxa, 22, p.163-179.
- A. 5. 11. Richard MASON : Spinoza : Logic, knowledge and religion, Aldershot, Ashgate, 232 p.
- A. 5. 12. Homero SANTIAGO : « O filósofo espinosista precisa criar valores ? », Trans/Form/Ação : Revista de filosofia, 30 (1), p. 127-149.
- A. 5. 13. Hasana SHARP : « The force of ideas in Spinoza », Political theory, 35 (6), p. 732-755.
- A. 5. 14. Valtteri VILJANEN : « Field metaphysic, power, and individuation in Spinoza », Canadian journal of philosophy, 37 (3), p. 393-418.
- A. 5. 15. Andrew YOUPA : « Spinoza’s theory of motivation », Pacific philosophi cal quarterly, 88 (3), p. 375-390.
- A. 5. 16. Jakob ZIGOURAS : « Spinoza and the possibility of error », Forum philo sophicum, 12 (1), p. 105-118.
- A. 6. 1. Anupa BATRA : « Freedom and the ethics of immanence : Deleuze on Spinoza », Southwest philosophy review, 23 (1), p. 97-104.
- A. 6. 2. Hent DE VRIES : « Levinas, Spinoza, et le sens théologico-politique de l’Écriture », Pardès, 42, p. 79-94.
- A. 6. 3. Michael DELLA ROCCA : « Spinoza and the philosophy of scepticism », Mind, 116 (464), p. 851-874.
- A. 6. 4. Federica DI FELICE : « Christian Wolff interprete della filosofia spino ziana », Dianoia : annali di storia della filosofia, 12, p. 133-162.
- A. 6. 5. Bela EGYED : « Spinoza, Schopenhauer and the standpoint of affirma tion », PhaenEx, 2 (1), p. 110-131.
- A. 6. 6. Ursula GOLDENBAUM : « Why shouldn’t Leibniz have studied Spinoza ? The rise of the claim of the continuity in Leibniz’s philosophy out of the ideologi cal rejection Spinoza’s impact on Leibniz », The Leibniz review, 17, p. 107-138.
- A. 6. 7. Mogens LAERKE : « Contingency, necessity and the being of possibility : Leibniz’s modal ontology in relation of his reputation of Spinoza », Revue roumaine de philosophie, 51 (1-2), p. 39-62.
- A. 6. 8. Christopher LAUER : « Spinoza’s third kind of knowledge as a resource for Schelling’s empiricism », Pli, 18, p. 168-181.
- A. 6. 9. Brandon LOOK : « Perfection, power and the passions in Spinoza and Leibniz », Revue roumaine de philosophie, 51 (1-2), p. 21-38.
- A. 6. 10. Tammy NYDEN-BULLOCK : Spinoza’s Radical Cartesian Mind, Continuum international publishing group, 164 p.
- A. 6. 11. Maria Antonietta PERNA : « Spinozean multitude : radical italian thought vis-à-vis sartrean existential marxism », Sartre studies international, 13 (1), p. 35- 61.
- A. 6. 12. Jon ROFFE : « The errant name : Badiou and Deleuze on individuation, causality and infinite modes in Spinoza », Continental philosophy review, 40 (4), p. 389-406.
- A. 6. 13. Hasana SHARP : « Melancholy, anxious, and ek-static selves : feminism between Eros and Thanatos », Symposium, 11 (2), p. 315-331. A propos d’une argumentation de Judith Butler.
- A. 6. 14. Michael STRAWSER « The ethics of love in Spinoza and Kierkegaard and the teleogical suspension of the theological », Philosophy today, 51 (4), p. 438-446.
- A. 6. 15. Floris VAN DER BURG : Davidson and Spinoza : mind, matter and mora lity, Adelshot, Ashgate, 116 p.
- A. 6. 16. Valtteri VILJANEN : Spinoza’s dynamics of being. The concept of power and its role in Spinoza’s metaphysics, University of Turku, 306 p.
- SUPPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE POUR L’ANNÉE 2006
- B. 5. 1. Maria Cecilia FEREZ : Die Produktivität der Macht. Eine Analyse der politischen Theorie von Baruch Spinoza, Berlin, Logos Verlag, 335 p.
- B. 5. 2. Marcos André GLEIZER : « Primeiras considerações sobre o problema da explicação teológica da ação humana em Espinosa », Cadernos de historia e filoso fia da ciencia, 16 : 3 (1), p. 163-198.
- B. 5. 3. Maite LARRAURI : « Spinoza e as mulheres », Kalagatos, 3 (6), p. 209-244.
- B. 5. 4. Sergio LEVI : Libertà e azione nell’etica di Spinoza, Università degli Studi di Milano, 280 p.
- B. 6. 1. Hent DE VRIES : « Levinas, Spinoza, and the theological-political meaning of Scripture », Hent de Vries and Lawrence E. Sullivan (ed.), Political theologies, public religions in a post-secular world, New York, Fordham University Press, p. 232- 248.
- B. 6. 2. Christof ELLSIEPEN : Anschauung des Universums und scientia intui tiva. Die spinozistischen Grundlagen von Schleiermachers früher Religionstheorie. Berlin, De Gruyter, 461 p.
- B. 6. 3. Sergio RÁBADE ROMEO : Obras III. El racionalismo. Descartes y Espinosa, edición de María Luisa de la Cámara, Madrid, Editorial Trotta, 555 p.
- B. 6. 4. Maria Luisa RIBEIRO FERREIRA : « Relendo Baruch », in Levinas entre nos, Cristina Beckert (ed.), Ed. Centro filosofia univ de Lisboa, p. 211-223.
- SUPPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE POUR L’ANNÉE 2005
- C. 5. 1. Rüdiger BITTNER : « Freiheit durch Erkenntnis der Notwendigkeit bei Spinoza », Logical analysis and history of philosophy, 8, p. 123-132.
- C. 6. 1. Jean-Christophe GODDARD : « Communication des inconscients et station hystérique : Spinoza dans l’Anti-Œdipe, de Deleuze et Guattari », Conjectura, 10 (1), p. 7-30.
- C. 6. 2. Fernando CZEKALSKI : « Política e inimizade : uma aproximação entre Espinosa e Carl Schmitt », Contróversia, 1 (1), p. 1-6.
- SUPPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE POUR L’ANNÉE 2004
- SUPPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE POUR L’ANNÉE 2003
POUR CITER CET ARTICLE
« Bulletin de Bibliographie Spinoziste XXXI », Archives de Philosophie 4/2009 (Tome 72), p. 701-730.
URL : www.cairn.info/revue-archives-de-philosophie-2009-4-page-701.htm.





