2001
Archives juives
Dictionnaire - Lectures
Lectures
• Le Trésor de Colmar, Éditions d’art Somogy, Paris, et Musée d’Unterlinden, Colmar, 1999, 146 pp., bibliographie, cartes, illustrations noir et blanc et couleur, prix 200 francs (30,49 euros)
Le Trésor de Colmar, Éditions d’art Somogy, Paris, et Musée d’Unterlinden, Colmar, 1999, 146 pp., bibliographie, cartes, illustrations noir et blanc et couleur, prix 200 francs (30,49 euros)
Ce magnifique ouvrage de format album a été réalisé avec le plus grand soin autour de l’exceptionnelle exposition de ce riche trésor au musée d’Unterlinden à Colmar au cours de l’été 1999. Exceptionnelle, car cet ensemble considérable de bijoux et de monnaies de la première moitié du XIVe siècle, découvert en 1863 dans le mur d’une maison particulière de l’ancienne rue des Juifs du Colmar médiéval, fut dispersé dès sa découverte ; la plus grande partie en fut vendue en 1923 au musée de Cluny par le fils du propriétaire de la maison, tandis que des objets soustraits par les ouvriers du chantier et revendus à des collectionneurs finirent par entrer au musée d’Unterlinden et au cabinet de numismatique de la bibliothèque municipale de Colmar. Certains n’ont pas encore été retrouvés. Le trésor était donc réuni et étudié à fond dans son ensemble pour la première fois. En raison du lieu de son enfouissement et de la présence en son sein d’une bague de mariage juive, on peut l’attribuer avec certitude à des Juifs, et en raison de la date de son enfouissement, attestée par les séries monétaires qu’il renferme et qui s’interrompent brutalement au milieu du XIVe siècle, à des Juifs vivant dans la crainte des persécutions, qui s’abattirent tout particulièrement sur eux en 1348-1349 au moment de la peste noire.
L’ouvrage, qui répond à des critères scientifiques et iconographiques exigeants, est construit autour des deux catalogues des objets exposés, celui des bijoux et celui des monnaies, chacun d’entre eux comparé à d’autres objets de la même époque et de la même aire culturelle, le trésor dans son ensemble étant replacé dans la perspective d’autres trésors rhénans contemporains. L’étude en a été confiée aux meilleurs spécialistes des objets d’art et des monnaies. Il se clôt par l’évocation du contexte historique, dû à Gerd Mentgen dans une perspective événementielle (« Les Juifs de Colmar et leurs coreligionnaires dans l’Alsace médiévale ») et à Freddy Raphaël dans une perspective plus sociologique (« Aux origines de l’aventure créatrice mais risquée des Juifs d’Alsace »). Tout ceci en fait un élément désormais indispensable de l’histoire des Juifs alsaciens au XIVe siècle.
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Patricia Hidiroglou, Rites funéraires et pratiques de deuil chez les Juifs en France, XIXe-XXe siècles, Paris, Les Belles-Lettres, 1999, 448 pp., bibliographie, 190 francs
En s’appuyant sur une documentation issue essentiellement des archives départementales et consistoriales, Madame Hidiroglou nous propose de suivre l’évolution des rituels funéraires au sein de la communauté israélite de Paris des années 1804 à nos jours. Après un rapide état de la question à la fin du XVIIIe siècle, elle retrace, tout au long de son ouvrage, la confrontation entre les nouveaux impératifs funéraires de la société française que nous pourrions résumer en deux mots, hygiène et sécularisation, et les pratiques funéraires traditionnelles de la communauté juive parisienne. Les inhumations programmées le samedi, l’imposition d’un délai de trois jours pour éviter les inhumations précipitées tant craintes au début du XIXe siècle, l’utilisation de la fosse commune ou plutôt des inhumations en tranchées pour les plus pauvres, la précarité des sépultures avec la menace constante et bien réelle des exhumations, constituaient et constituent encore autant d’aspects courants des funérailles françaises en complète contradiction avec les traditions juives. Confronté à une administration peu favorable à la préservation des particularismes, comme l’était tout particulièrement celle de la Seine, le consistoire de Paris fut amené à faire des choix, des compromis qui bouleverseront pour les israélites de la capitale les anciennes pratiques funéraires. L’un de ces compromis, mis en évidence par Madame Hidiroglou, entraîna l’abandon d’un principe clé du judaïsme : l’égalité devant la mort. Dans un tel contexte, des phénomènes de résistance virent le jour, au travers de la fondation de sociétés de secours mutuels qui tenteront d’offrir un recours aux plus pauvres. Des rituels survivront à ces changements mais leur sens sera profondément modifié. C’est tout ce tableau que Madame Hidiroglou a suivi et reconstitué, pas à pas, et qu’elle nous propose dans son ouvrage : le tableau de l’évolution des rites funéraires dans cette communauté parisienne tout à fait singulière.
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Monique LÉVY, agrégée de l’Université, secrétaire générale de la Commission française des archives juives.
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Isabelle MEIDINGER prépare une thèse sur l’histoire des cimetières juifs en France (1791-1904).