Archives Juives
Les Belles lettres

I.S.B.N.2251694080
144 pages

p. 74 à 97
doi: en cours

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Dossier : L'Alliance israélite universelle après 1945

Volume 34 2001/1

2001 Archives juives Dossier : L’Alliance israélite universelle après 1945

De nouvelles orientations du réseau scolaire ? Extraits d’un rapport de l’Alliance, avril 1948 – avril 1950

Texte présenté et annoté par  Anne Grynberg Professeur à l’INALCO, est notamment l’auteur de : Les Camps de la honte. Les internés juifs des camps français 1939-1944 (1991, rééd. 1999), La Shoah, l’impossible oubli (1995) et Vers la Terre d’Israël (1998).
In the years immediately following the war, the Alliance has to rebuild its school work while adapting to new sociopolitical conditions and redifining its conception of Jewish education. Hence, a great report about the situation between 1948 and 1950 is published in Les Cahiers de l’Alliance Israélite Universelle under the title « Educational Action » in may 1950. Its author chooses to focus on the situation in Morocco – a mission land for the Alliance, and in Israel – whose recent birth incites the head of the institution to develop the existing network. The main point then seems to be the need to train effective and devoted teachers in the Ecole Normale Israélite Orientale.
IMGIMGIMGIMFJacob Kaplan, grand rabbin de France, en visite à l’école de Demnate au Maroc (sans date).
Ittihad, Maroc. Œuvre scolaire. Photothèque de l’AIU, nËš 1493.
Au lendemain de la guerre, l’Alliance doit reconstruire son œuvre scolaire tout en s’adaptant aux conditions socio-politiques nouvelles et, parfois, en procédant à un réexamen de sa définition de l’éducation juive.
Dans le rapport sur la situation dans les écoles pour l’année 1948-1950, publié dans Les Cahiers de l’Alliance israélite universelle en mai 1950 sous le titre « Action éducative », les rédacteurs évoquent, certes, les établissements de Tunisie, du Liban, de Syrie, d’Irak et d’Iran. Mais deux pays phares apparaissent nettement : le Maroc, véritable « terre de mission » pour l’AIU, et Israël dont la création récente incite les dirigeants de l’institution à développer le réseau préexistant dans la région. L’accent est mis, d’autre part, sur la nécessité de former des enseignants compétents et convaincus de leur mission, dans ce fleuron que constitue l’École normale israélite orientale.
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« École normale israélite orientale
 
 
Le développement de l’école
Les années 1948 et 1949 ont été marquées par le développement de l’ENIO [1] dont l’effectif a triplé depuis novembre 1946 [2]. Rouverte en 1946 après une interruption de six ans, l’école accueille alors 21 élèves garçons. Elle compte, en octobre 1947, 32 élèves (28 jeunes gens et 7 jeunes filles) ; en octobre 1948, 49 élèves (31 jeunes gens et 18 jeunes filles) ; et en octobre 1949, 61 élèves (35 jeunes gens et 25 jeunes filles).
L’école offre, en principe, quatre ans d’études aux futurs instituteurs de l’Alliance : classes de Seconde, de Première, de Philosophie, plus une année de formation pédagogique. Mais elle admet un certain nombre de candidats plus avancés dans leurs études, pouvant entrer directement en classe de Première ou, s’ils sont munis de la première partie du baccalauréat, en Philosophie. Ceci explique que dès juin 1948, commencèrent les départs d’élèves ayant achevé leur formation. La première promotion massive quittera la rue d’Auteuil [3] en juin 1950 [4].
Les examens
Les épreuves de la première et de la deuxième parties du baccalauréat ont été passées par les normaliens et les normaliennes dans des conditions honorables. En 1949 : 18 élèves sur les 24 candidats présentés obtinrent la première partie du baccalauréat (dont deux avec la mention « assez bien ») ; 7 sur 13, la deuxième partie (dont deux également avec la mention « assez bien »).
L’année pédagogique
L’organisation des cours et des stages de l’année de formation pédagogique a été grandement facilitée à notre établissement par l’École normale d’instituteurs de la Seine, où nos élèves-maîtres sont admis en qualité d’élèves libres [5]. Dès juin 1950, ils pourront s’y présenter aux examens et bénéficier ainsi du diplôme officiel de la fin d’Études normales qui, depuis la Libération, habilite l’enseignement primaire.
L’enseignement juif
La plus grande attention a été prêtée depuis 1946 aux études hébraïques et aux disciplines du judaïsme [6]. Une ambiance de vie juive, à la fois moderne et traditionnelle, a été créée à l’École. En dehors de l’enseignement régulier, au cours d’entretiens hebdomadaires, les élèves sont initiés aux principales questions qui agitent le monde juif, aux problèmes particuliers que pose l’œuvre scolaire de l’Alliance.
Les élèves des grandes classes sont à même de se présenter à l’examen institué par l’université de Jérusalem pour les pays de la Diaspora. Cela indique un certain niveau que nous espérons dépasser au cours des années à venir.
L’installation
L’accroissement du nombre des élèves dans un bâtiment devenu trop petit a nécessité de nouvelles installations. Nous avons acquis du mobilier nouveau tant pour la maison d’Auteuil que pour l’internat de jeunes filles installé dans notre École normale de jeunes filles à Versailles [7]. […]
La vie à l’école
La vie à l’école depuis sa réouverture est basée sur une large confiance accordée aux élèves. Un appel pressant à l’autodiscipline, la participation des élèves aux responsabilités d’une vie collective – tels ont été les principes d’une vie qui nous semble seule digne de futurs éducateurs. […]
Ce que [cette expérience] a créé de plus certain, c’est un type d’élève d’allure franche et dégagée, au regard sans méfiance ne rappelant en rien le pensionnaire d’un établissement fermé, droiture de caractère et sentiment de dignité. Sur ce point, la méthode de l’enseignement mixte pratiqué depuis trois ans a été particulièrement favorable.
La présence de l’élément féminin sur les bancs de l’École d’Auteuil, le naturel qui s’est établi dans les relations entre jeunes gens et jeunes filles, même en dehors des heures de classe, tout cela a eu une influence heureuse sur les uns et sur les autres. Les garçons se trouvèrent préservés de ce laisser-aller dans le langage, la tenue, les manières, qui menace les collectivités de jeunes gens vivant toujours entre eux. Les jeunes filles sont associées à tout, même aux loisirs. Par petits groupes, elles viennent passer la journée sabbatique – jour de réunions et de distractions – à l’École.
La libre circulation dans Paris, la fréquentation de spectacles, la participation aux meilleures manifestations de la vie parisienne – française et juive –, l’ouverture de l’École elle-même sur le monde extérieur – combien de visiteurs qui étaient des commensaux n’a-t-elle pas reçus depuis sa fondation, de Paris, d’Amérique, d’Angleterre, d’Israël – donnent aux élèves ce sentiment de communiquer avec le monde, précieux entre tous.
Les visites et les paroles dont le président Cassin honore les normaliens et le normaliennes d’Auteuil tous les ans donnent chaque fois de la fierté, mais aussi matière à réflexion.
L’organisation des vacances enfin, s’inspire du même souci d’élargir – au sens propre et figuré des termes – l’horizon de nos futurs maîtres. Dans les étroites – trop étroites, hélas ! – possibilités du budget, les élèves entreprennent des voyages. Des camps volants sont formés par les élèves eux-mêmes qui, utilisant des moyens de transport de fortune, vont visiter la France. L’esprit d’aventure a même mené certains d’entre eux jusqu’à la Suisse, la Belgique, l’Angleterre, l’Espagne et Israël.
 
Maroc
 
 
L’Alliance israélite qui, au terme de chaque année, peut contempler avec satisfaction et orgueil la vaste et magnifique moisson des résultats obtenus, ne se contente pourtant pas de l’œuvre accomplie. Considérant les besoins toujours actuels, toujours impérieux, des populations qu’elle désire arracher par le moyen de l’instruction au spectre de cette vie dégradante où beaucoup d’elles végètent encore, où rodent la misère et la maladie, elle déploie des efforts sans cesse renouvelés et accrus en vue de développer son réseau scolaire [8]. C’est ainsi qu’elle peut présenter cette année, comme toutes les années précédentes, un bilan riche de nouvelles créations [9] permettant une augmentation toujours plus importante des effectifs scolaires.
Notre dernier rapport, publié en avril 1948, accusait une augmentation de 2 603 élèves sur l’année 1946, ce qui portait l’effectif de notre population scolaire au Maroc à 20 132 élèves, augmentation qui avait pu être réalisée grâce à des constructions scolaires effectuées alors et comprenant 33 nouvelles classes. Ces résultats, si réconfortants qu’ils aient été, n’étaient cependant pas suffisants. En effet, des dizaines de milliers d’enfants scolarisables ne purent être admis dans nos écoles faute de place.
1948
La rentrée scolaire de 1948 pouvait enregistrer 31 créations nouvelles, dont 2 cours complémentaires, 20 classes primaires, 5 classes d’apprentissage et 4 classes de Talmud-Torah, avec une population scolaire de 21 520 élèves, soit une augmentation de 1 388 élèves, garçons et filles, répartis dans 61 établissements.
Casablanca
Si l’on tient compte de divers facteurs, en particulier de la forte immigration de l’intérieur, il n’est pas étonnant que l’enfance juive de Casablanca ait occupé la vedette pour ce qui concerne la crise scolaire.
Cinq classes nouvelles, construites en étages à l’école Moïse Nahon (car le manque de place nous a obligés à utiliser toute surface disponible), ont permis de scolariser par régime de mi-temps 550 élèves, portant au maximum l’effectif des classes existantes, imposant au personnel – instituteurs et directeurs – une lourde tâche vaillamment acceptée. Au total, près de 900 nouveaux élèves ont été accueillis en 1948 dans nos différents établissements de Casablanca.
Autres centres
L’année 1948 a marqué l’ouverture des chantiers concernant 11 classes à Meknès, 4 classes à Agadir, 4 nouvelles classes à Fès.
Bleds
Dans le cadre de notre activité en faveur des petits centres si dignes de l’intérêt de l’Alliance [10], nous avons ouvert en 1948 les écoles de Rissani, à l’extrême sud-est marocain, d’El Kelaa et d’Amizmiz dans la région de Marrakech.
1949
La rentrée scolaire de 1949 a intéressé 63 formations de ville ou de bled, avec une population scolaire de 22 100 enfants, ce qui accuse une augmentation de 580 élèves.
Il est particulièrement réconfortant de constater que dans de nombreux centres, la situation au regard de la scolarisation s’est sensiblement améliorée et a atteint même le taux de 100 % [11]. Néanmoins, le problème reste préoccupant dans les grands centres, notamment à Casablanca, Fès, Rabat et Marrakech, où les mêmes scènes dramatiques se sont déroulées à la rentrée comme les années passées, nos directeurs se trouvant dans l’impossibilité d’admettre dans leurs écoles les innombrables candidats élèves.
Par suite des difficultés techniques intervenues, les programmes des constructions prévues pour la rentrée d’octobre 1949 ont été sérieusement entravés, nous obligeant à différer à la rentrée de 1950 une tranche relativement importante ; malgré cela, les créations déjà réalisées ou à intervenir dans le courant de cet exercice atteignent 35 classes.
Comme toujours, ce sont évidemment les grands centres qui, par l’importance des effectifs à scolariser, ont occupé la première place dans les problèmes divers posés par la scolarisation.
Casablanca
L’important groupe scolaire Moïse Nahon, qui compte 42 classes, s’est accru de 4 nouvelles classes, scolarisant par mi-temps près de 440 enfants. L’ensemble des admissions dans les classes primaires s’est élevé à environ 175 élèves.
Le cours complémentaire Narcisse Leven [12] s’est enrichi d’une section commerciale comprenant déjà deux classes. […] Cette section, vivement souhaitée, est appelée à rendre les plus grands services à la jeunesse marocaine, en lui ouvrant les carrières recherchées de sténo-dactylo, de secrétariat etc. Le même cours complémentaire a été pourvu d’une nouvelle année préparatoire d’enseignement général. À ce propos, il y a lieu de signaler que si l’école de l’Alliance est une école populaire, ouverte sans discrimination à toutes les catégories de la population juive, elle s’est toujours efforcée de répondre dans la mesure de ses moyens aux besoins des éléments désireux d’atteindre un degré d’instruction ou de spécialisation plus élevé. C’est à quoi visent nos cours complémentaires de Casablanca, Fès, Marrakech, Tanger et nos sections commerciales de Casablanca et de Tanger, en vue d’apporter une solution effective à la grave crise scolaire à Casablanca. La construction d’une école comprenant 20 classes de 50 élèves sur un terrain offert par la communauté de Casablanca, est envisagée.
Autres centres
En dépit du puissant mouvement d’émigration enregistré cette année, « la demande » est restée forte. Avec l’ouverture escomptée à brève échéance de 14 classes en cours de finition, la crise scolaire sera pratiquement résolue à Meknès.
Fès
Dans le très important groupe scolaire Sylvain Lévi, une première tranche de 4 classes est ouverte ; mais la situation continuant à réclamer un effort sérieux, de nouvelles classes sont prévues dans le programme afférant à 1950.
Marrakech
Une construction en cours, excellemment située entre le mellah et la nouvelle ville, permettra d’ouvrir dix nouvelles classes en octobre prochain.
Salé
La population israélite de Salé a bénéficié d’une importante initiative. D’accord avec la communauté, nous avons aménagé le local du Talmud Torah en vue de l’installation de classes modernes : cinq pièces vastes, aérées, ont été ainsi réalisées. Nous y avons créé 4 classes fonctionnant selon le système Talmud Torah rénové, soit une demi-journée d’enseignement général et une demi-journée d’hébreu, la cinquième classe formant une classe maternelle. Il serait difficile de reconnaître dans ce Talmud Torah modernisé l’ancienne institution : 240 enfants y sont accueillis pour être instruits, nourris, soignés.
Avec son important groupe scolaire de 12 classes auquel vient si heureusement s’annexer le Talmud Torah, la communauté israélite de Salé peut considérer résolu pour de longues années le problème scolaire.
Rabat
Nous avons ouvert à l’école de garçons une nouvelle classe, la quatorzième. Création modeste, eu égard aux besoins de la population juive de Rabat, mais le chantier déjà ouvert de 7 nouvelles classes nous promet une rentrée d’octobre 1950 sensiblement améliorée.
Agadir
L’école de l’Alliance d’Agadir vient de s’installer dans son nouveau bâtiment, construit dans un très beau site selon les dernières données du confort et de l’hygiène scolaire. Cette réalisation répond enfin à l’attente de la communauté d’Agadir constituée d’un élément d’immigration évolué issu de nos écoles et très attaché à l’Alliance.
Bleds
Dans le cadre de notre œuvre si attachante de bled qui intéresse aujourd’hui plus de 21 petites communautés, nous avons ouvert l’école de Kerrando dans le Tafilalet, au profit de 50 enfants.
La création d’une école à Missour et d’une école à Tinehrir (à 450 km au sud-est de Marrakech) est imminente. L’école de Tinehrir est appelée à jeter un pont entre les deux réseaux scolaires de l’Alliance de l’Est et de l’Ouest. […]
Enseignement de l’hébreu
Répondant aux conjonctures suscitées par la création de l’État d’Israël, comme aux aspirations des communautés ainsi qu’à l’idéal de l’Alliance elle-même, l’enseignement hébraïque, avec toutes les disciplines qu’il comporte, a continué à retenir l’attention de l’Alliance qui n’a cessé, au cours de ces deux dernières années, de donner à cet enseignement une importance de plus en plus grande, tant en ce qui concerne le nombre d’heures qui lui sont réservées qu’à l’amélioration de sa qualité.
Des progrès sensibles ont pu être enregistrés. L’horaire d’hébreu a été porté d’une heure à deux heures par jour et par classe. Le personnel enseignant est en voie de nette amélioration, à la fois pour ce qui concerne le nombre et la qualité. De plus, il a été décidé d’envoyer pour la prochaine rentrée un inspecteur au Maroc pour l’enseignement de l’hébreu. Une de ses fonctions consistera à unifier et à améliorer les programmes, qui sont actuellement laissés à l’initiative propre de chaque professeur.
L’École normale hébraïque [13], dont la première classe a été créée grâce au dévouement et à la clairvoyance de M. S.D. Lévy, en 1944, comme annexe de l’école primaire de Maghen David [14], et dont l’objet est de former des maîtres d’hébreu dont le savoir et les capacités tant hébraïques que générales soient sanctionnées par des diplômes, a connu un rapide développement. Cette école, dont le rôle culturel est si éminent et qui a vécu jusqu’à présent dans des conditions d’installation très précaires, se verra dotée d’un immeuble important. En effet, un projet de construction est en voie d’exécution. Sur l’initiative de M. le vice-président Jules Braunschvig, un terrain de 300 m2 bien situé à 5 km de Casablanca, est déjà acquis : les plans sont établis et l’ouverture du chantier est imminente [15].
Il s’agit là d’une réalisation d’une exceptionnelle importance appelée certainement par ses résultats à déborder le cadre judéo-marocain pour intéresser l’ensemble du judaïsme nord-africain.
En redonnant à l’enseignement de l’hébreu toute sa place, l’Alliance israélite tient à marquer que ses écoles sont à la fois françaises, marocaines et juives, donc attachées par définition à servir à la fois la France et le Maroc, et à sauvegarder les valeurs permanentes d’Israël. Cette place si éminente qu’occupe cet enseignement dans l’économie générale de notre activité réduit à néant certains jugements hâtifs ou malveillants d’une partie de l’opinion publique juive, et qui n’avait pour seule fin que de porter préjudice à l’œuvre générale de l’Alliance israélite.
Enseignement professionnel
Les populations israélites que l’Alliance s’est imposé la tâche de relever souffrent autant et plus de la misère que de l’ignorance et, si l’école est un admirable instrument de progrès et rénovation, si elle façonne et enrichit les intelligences, l’instruction que les enfants y reçoivent suffit rarement à leur fournir le moyen de gagner leur vie ; aussi l’apprentissage de métiers a-t-il toujours été considéré par l’Alliance comme le complément nécessaire de l’école.
Le développement de l’enseignement professionnel, considéré comme le complément indispensable de l’instruction primaire, a donc continué également à faire l’objet des préoccupations de l’Alliance. La nécessité de mettre la jeunesse à même de s’adonner à un travail productif est, en effet, tellement évidente qu’il n’est pas besoin d’insister autrement sur cette question [16].
Il y a lieu de signaler ici, en particulier, les efforts qui ont été poursuivis par l’Alliance dans le cadre de l’école ORT [17]-Alliance, créée en mars 1948, ainsi que l’ouverture du centre professionnel ORT-Alliance d’Ain–Sebaa à 8 km de Casablanca, dû à l’action ardente de M. Jules Senouf, président de l’ORT-Maroc. Nous donnons dans cet établissement l’enseignement général à environ 350 apprentis, ajusteurs et menuisiers. Quant aux filles apprenties de l’ORT, nous avons mis deux nouvelles classes à leur disposition à l’école Moïse Nahon filles, portant ainsi de 200 (effectif de l’année dernière) à environ 350 le nombre des apprenties scolarisées. Qu’il s’agisse de garçons ou de filles, la scolarisation des élèves de l’ORT est l’objet de notre attention vigilante et ne nous préoccupe pas moins que la scolarisation de notre clientèle habituelle. L’Alliance israélite met à la disposition des écoles ORT-Alliance ses meilleurs maîtres, animés d’un véritable esprit d’apostolat et conscients de la grandeur de l’œuvre de redressement et de réhabilitation.
Enseignement agricole
L’Alliance israélite universelle, considérant l’intérêt qu’il y a pour les Juifs de se familiariser avec la culture de la terre, a porté son attention également sur l’enseignement agricole et a créé ou développé non seulement en Israël, comme on le verra plus loin, mais aussi au Maroc, des sections agricoles. Parmi celles-ci, la section de Marrakech mérite une mention toute spéciale. Elle a pris, en effet, un tel essor qu’elle est devenue une formation autonome ; ainsi sa désignation de section, attribuée à l’origine pour une annexe d’apprentissage pratique attachée à l’école J. Bigart, ne correspondant plus à l’importance prise par cet établissement, cette formation porte désormais, et cela d’accord avec la direction de l’Instruction publique, la dénomination : école professionnelle agricole de l’Alliance israélite universelle à Marrakech.
L’Alliance se propose de donner à cet aspect de son activité une importance encore plus grande. Elle examine en ce moment les voies et moyens de développer et d’améliorer les conditions des villages juifs qui existent déjà et d’assurer l’avenir des élèves des écoles agricoles de l’Alliance en les installant dès leur sortie de ces écoles.
Il n’est pas douteux que la réalisation de tels projets affectera non seulement les conditions d’existence de nombreuses petites communautés, mais la situation économique même du judaïsme marocain rural.
Action sanitaire
On sait que les conditions d’hygiène dans lesquelles végètent dans le mellah les masses juives défient toute imagination. Rien d’étonnant dès lors que les enfants présentent des déficiences physiques et des maladies dont les plus courantes sont la gale, la teigne, le trachome et la tuberculose, qui constituent une véritable plaie et rendent par là même l’enfance juive particulièrement digne d’intérêt.
Aussi l’action de l’Alliance serait-elle incomplète si, à côté de la régénération morale et intellectuelle, elle ne se préoccupait de la régénération physique de cet élément infiniment pitoyable. Une vigilance rigoureuse s’exerce sur la propreté des élèves. Des inspections minutieuses concernant la propreté des enfants ont lieu tous les matins, les douches hebdomadaires sont obligatoires, des habitudes d’hygiène générale sont inculquées aux enfants. Qu’il s’agisse de bleds ou de grands centres, les moyens d’action dont nous disposons sont accrus constamment. Presque tous nos établissements ont été dotés d’infirmeries tenues par des infirmières qualifiées, et les infirmeries déjà existantes développées. Aussi est-il réconfortant de constater que le domaine de la maladie est de plus en plus efficacement circonscrit, la santé de nos enfants de mieux en mieux sauvegardée. Il y a lieu de rendre hommage ici à la collaboration précieuse que nous apportent sur ce plan l’American Jewish Joint Distribution Committee ainsi que l’OSE.
Dans le même ordre d’idées, il faut signaler que l’Alliance favorise de plus en plus la création de sections sportives en vue de faire bénéficier la jeunesse juive des bienfaits des sports.
L’école pour trachomateux
Dans le bilan de l’action éducative et sanitaire de l’Alliance, l’école spéciale pour trachomateux mérite une place particulière, tant la création de cet établissement représente une innovation en même temps qu’elle témoigne d’un dévouement hors ligne de tous ceux qui ont présidé à sa formation et qui y donnent leur collaboration [18]. […]
La création de cette école correspondait à une nécessité impérieuse, puisque aussi bien le trachome est un fléau dont est atteinte une proportion considérable de nos élèves et dont est victime principalement l’élément le plus déshérité de la population, l’élément le plus pauvre.
L’école des trachomateux a été ouverte au groupe scolaire de la rue Lesseps et compte 692 élèves (350 garçons et 342 fillettes), qui y sont soignés selon les techniques les plus modernes et qui peuvent espérer une guérison complète.
École-hôpital – formule tout à fait inédite –, cet établissement dispense en même temps que les soins, l’enseignement. Le caractère spécial de cette population scolaire pose naturellement des problèmes pédagogiques complexes et délicats sur lesquels les limites de ce rapport ne permettent pas de s’étendre davantage, et qui sont résolus de la façon la plus heureuse.
La création de l’école des trachomateux a marqué l’œuvre de l’Alliance au Maroc en la plaçant une fois de plus à l’avant-garde du progrès.
Œuvres de nourriture et d’habillement
L’Alliance israélite ne se contente pas seulement d’assurer à ses élèves l’instruction et la formation morale, mais se préoccupe avec la même sollicitude de leur bien-être physique. Vêtir ceux qui sont nus – le dénuement total dans lequel se trouvent les masses juives du mellah confère à cette locution le sens le plus littéral – et nourrir ceux qui ont faim est considéré par l’Alliance comme un devoir aussi impératif que dispenser l’enseignement. Un vaste réseau d’œuvres de nourriture et d’habillement annexées à l’œuvre scolaire de l’Alliance complète cette dernière très heureusement.
Les effectifs nourris par l’Alliance au Maroc s’élèvent à 9 973 élèves.
L’entretien de ces œuvres d’assistance n’est rendu possible que grâce aux concours conjugués de la Direction de l’Instruction publique, des communautés et de l’AJDC, dont les subventions massives ont permis l’amélioration considérable des repas et d’étendre le bénéfice de cette action de solidarité à la presque totalité du réseau scolaire de l’Alliance.
Dans ce domaine également, nos directeurs et directrices, nos instituteurs et institutrices montrent qu’ils ne limitent pas leurs fonctions à un rôle exclusivement pédagogique, mais qu’ils ont de leur mission la notion toute particulière que les dirigeants de l’Alliance voulaient leur voir accepter.
Gratuité de l’instruction
Une mesure dont nul ne méconnaîtra l’importance a été prise : la suppression des écolages, et cela d’accord avec la Direction de l’Instruction publique au Maroc et avec les communautés. Il est vrai que notre enseignement s’adressant essentiellement à l’élément pauvre des populations juives, l’Alliance n’avait jamais vu d’un bon œil la perception d’écolages, gênante tant au point de vue moral que pratique et que, s’y résignant uniquement par nécessité, elle s’était toujours efforcée de l’atténuer au plus vite [19]. Ainsi la gratuité de l’enseignement est réalisée, mettant sur le même plan nos enfants et ceux des autres établissements.
Une telle mesure n’a pas été, on s’en doute, sans poser des problèmes budgétaires graves qui risquaient d’entraîner des dommages sur le plan vital de la scolarisation. Mais les communautés, conscientes de l’ampleur de l’effort consenti par l’Alliance en faveur du judaïsme marocain, ont accepté, en un témoignage d’attachement qu’il convient de souligner, de relever les contributions qu’elles versaient à nos écoles, afin de compenser dans une certaine mesure le manque de ressources enregistré.
[Concours donnés par l’Alliance à d’autres institutions : outre l’ORT déjà citée, l’Alliance a conclu des accords avec Ozer ha-Torah, « institution d’enseignement de caractère strictement religieux » où elle assume l’enseignement général, ainsi qu’avec Em ha-Banim où elle a envoyé deux maîtres. Elle apporte en outre un soutien pédagogique dans plusieurs établissements talmudiques de Mekhnès, Sefrou et Marrakech et a détaché deux éducateurs à la garderie israélite de Casablanca, destinée à accueillir 120 enfants issus des milieux les plus défavorisés du mellah. Par ailleurs, l’institution s’emploie à lutter contre le « fléau social » que constituent à ses yeux les hedarim casablancais, « pour offrir à l’enfance juive des bâtiments scolaires modernes et de plus en plus nombreux ».]
 
Israël
 
 
L’Alliance israélite entretient en Israël un réseau scolaire comprenant 12 écoles avec une population scolaire de 4 000 enfants : 9 écoles primaires, notamment à Haïfa, Tel-Aviv, Jérusalem, Safed, Tibériade. En dehors des écoles primaires, l’Alliance entretient à Jérusalem un lycée, une école professionnelle et une école de sourds-muets ; près de Tel-Aviv, la ferme-école Mikveh-Israel.
Écoles primaires
Depuis près d’un siècle, c’est-à-dire peu après sa fondation même, l’Alliance israélite a créé un réseau scolaire en Palestine [20], grâce auquel une bonne partie de la jeunesse de ce pays a pu être instruite.
La présence de l’Alliance était aussi indispensable en Terre Sainte que dans les autres pays du Proche et du Moyen-Orient, ainsi qu’en Afrique du Nord et, là comme partout, l’Alliance a fait œuvre utile de redressement moral et social. Ses écoles en Palestine, qui étaient florissantes et comptaient parmi les meilleures de tous les établissements d’enseignement, ont puissamment contribué à la construction de l’État d’Israël.
On aurait pu supposer que la naissance de l’État d’Israël ait eu pour effet la fin de la mission de l’Alliance en Terre Sainte. Il n’en est évidemment rien. La nouvelle situation, loin de diminuer le rôle et la tâche de l’Alliance, l’a amenée au contraire à intensifier, s’il en était besoin, son action en Israël. C’est qu’elle considère de son devoir de participer, dans le cadre de ses activités et dans la mesure de ses moyens, à l’effort de construction et de consolidation du jeune État. Ayant une longue expérience des mœurs et des pays des immigrants qui ne cessent d’affluer en Israël, l’Alliance, mieux que toute autre organisation, est qualifiée pour faciliter à l’élément immigré la période de transition et d’adaptation.
D’autre part, l’enseignement étant devenu gratuit et obligatoire, les bâtiments existant étant insuffisants pour répondre aux besoins de la scolarisation, et les professeurs qualifiés pas assez nombreux, l’Alliance, avec ses magnifiques immeubles et son cadre enseignant, apporte un élément extrêmement utile à la solution complexe et ardue que pose le problème de l’instruction en Israël.
Un autre facteur encore rend la présence de l’Alliance incontestablement appréciable. Un pays, si riche que soient ses virtualités d’énergie et de capacité, ne saurait dans le monde actuel se permettre de se passer de l’apport de la culture française qui est universelle. Aussi est-il de l’intérêt même du jeune État de s’enrichir constamment de cette culture que l’œuvre scolaire de l’Alliance est pratiquement la seule à lui transmettre.
Du point de vue économique et culturel enfin, la connaissance de la langue française lui est de la plus haute utilité, Israël étant obligé d’entretenir des relations avec les pays voisins où l’élite parle le français.
La nécessité de la présence de l’Alliance en Israël ne saurait être mise en question, seul le problème de l’adaptation de son œuvre scolaire aux conditions nouvelles a pu se poser. Aussi l’Alliance et le gouvernement d’Israël ont-ils été amenés à étudier sous quelle forme cette adaptation pourrait se réaliser. Cette question, depuis de longs mois, fait, entre les deux parties, l’objet de négociations, lesquelles sont sur le point d’aboutir [21].
L’école de Haïfa
Les années de guerre n’ont pas été sans créer des perturbations dans nos différentes écoles. Pour notre école de Haïfa [22], elles ont été particulièrement pénibles. En effet, l’immeuble a été occupé par près de 120 familles de réfugiés chargées d’enfants. Cependant, l’enseignement a continué sans interruption dans des locaux mis à notre disposition par les autorités. En raison de l’insuffisance des classes, le programme a naturellement dû être élaboré pour la circonstance et quelque peu réduit.
Après l’évacuation par les réfugiés, des réparations urgentes ont dû être effectuées, leur séjour ayant occasionné des dégâts importants, et la magnifique construction, qui comprend 18 classes, imposante par son architecture et sa conception modernes, a repris son aspect antérieur.
Le programme de cette école, comme celui de nos autres établissements en Israël, est aussi riche que varié. En dehors des études proprement dites, qui comportent toutes les matières d’enseignement général, et les matières relatives aux disciplines juives, il comprend un cours d’enseignement ménager pour filles, un cours de travaux manuels pour garçons, un cours d’hygiène pour garçons et filles, et un cours d’exercices rythmiques pour les petites classes. L’école possède un groupe d’éclaireurs qui s’exercent sous la direction d’instructeurs spécialisés et sous la surveillance de nos professeurs.
Des repas consistant en trois plats substantiels sont servis journellement à près de 200 élèves nécessiteux. Ces repas, auxquels assistent à tour de rôle les professeurs, sont en même temps l’occasion pour ces derniers d’enseigner aux élèves les règles de savoir-vivre.
Le service d’hygiène est assuré par un médecin et deux infirmières, assistés par un groupe d’élèves organisés en brigades de santé.
Une expérience intéressante a été tentée à l’école de Haïfa en vue d’améliorer le travail. Toutes les classes étant doubles et parallèles, les élèves les plus avancés ont été groupés dans une classe, les retardataires dans l’autre. Une grande homogénéité a pu être ainsi atteinte et le travail mieux organisé.
L’école de Haïfa jouit, grâce à la qualité de l’enseignement qui y est dispensé, d’un prestige incontesté dans la ville et dans tout le pays.
Par l’heureuse union de l’enseignement des valeurs éternelles de la culture hébraïque et de celles de la culture universelle et en particulier de la culture française, le programme scolaire de nos établissements est de nature à élargir considérablement les horizons de nos élèves.
Les autres écoles primaires
Des observations analogues à celles qui précèdent peuvent être faites en ce qui concerne nos autres écoles primaires en Israël. Les limites de ce rapport ne nous permettent pas de donner un compte rendu de l’activité de chacune d’elles.
Cependant, une mention doit être faite au sujet des écoles de Tel-Aviv qui, lors des tragiques événements qui s’étaient abattus sur la Terre Sainte, ont été victimes d’attaques et de bombardements. L’école de garçons, qui comptait près de 800 élèves, et l’école de filles ont été gravement endommagées [23]. Des réparations partielles ont été effectuées à l’école de garçons, ce qui a permis l’aménagement de six classes. Le bâtiment de l’école de filles, dont les fondements restent ébranlés, présente des murs fissurés et lézardés, un escalier et une classe condamnés. La remise en état et la consolidation tant des fondations que des bâtiments sont actuellement à l’étude.
Le lycée de l’Alliance
Quelque fondamental que soit l’enseignement primaire donné dans les écoles de l’Alliance, il ne saurait suffire aux aspirations de l’Alliance et de l’État d’Israël. Les rapports culturels et économiques que le jeune État entretient avec les pays voisins où toute l’élite parle le français, rapports qui sont appelés à devenir un jour de plus en plus étroit, mettent en relief la nécessité d’un enseignement secondaire français.
L’Alliance israélite, de par son caractère et son expérience, était tout naturellement qualifiée pour prendre en main la création d’un lycée. À vrai dire, les bases de ce lycée avaient déjà été jetées grâce à la clairvoyance de M. Isaac Bassan, ancien directeur des écoles de l’Alliance en Perse, Bagdad, Alep et Jérusalem qui, dès 1938, avait fondé le lycée Bagrouth.
Fournir à l’Université Hébraïque des éléments ayant acquis des connaissances développées de la langue et de la culture françaises est apparu également comme un tribut précieux.
À la rentrée d’octobre 1949, l’Alliance a pris en main la direction de ce lycée qui comprend actuellement les quatre dernières classes secondaires, avec 90 élèves [24]. Appliquant le programme des études des autres lycées du pays, il se distingue par cette particularité que le français, qui était facultatif dans toutes les classes, est devenu obligatoire dans les deux premières, en attendant que l’école se spécialise en français comme première langue. Huit heures de français par semaine y sont données actuellement.
Ce lycée est destiné à prendre un développement de plus en plus important et à tracer le chemin vers la création d’autres établissements d’enseignement secondaire par l’Alliance.
L’école professionnelle de Jérusalem
Depuis sa réouverture en décembre 1947 [25], grâce aux efforts magnifiques de quelques bienfaiteurs, en particulier de M. Michel Polak et de M. Élie Eliachar et de sa famille, l’école professionnelle de Jérusalem a poursuivi son activité dont l’utilité n’est plus à souligner. Plus que jamais, les ouvriers spécialisés qu’elle forme sont indispensables au jeune État en plein développement.
Ne possédant pas tout l’outillage nécessaire pour l’enseignement des travaux manuels dans la branche de l’ajustage mécanique, et vu l’impossibilité de se procurer cet outillage en Israël même, des machines ont été achetées en France. En dépit de l’intérêt que l’État d’Israël porte à l’enseignement professionnel selon la déclaration aussi autorisée que celle de M. Ben Gourion, président du Conseil, il n’a pas encore été possible à notre école professionnelle de réintégrer les locaux qui lui sont destinés et qui se trouvent encore actuellement réquisitionnés par le ministère du Ravitaillement.
École de sourds-muets de Jérusalem
L’œuvre éducative de l’Alliance ne se limite pas aux enfants normaux. Elle étend son action aux enfants déficients. Dans son école avec internat, unique en Israël et même dans tout le Moyen-Orient [26], elle donne aux enfants sourds et muets l’éducation et l’instruction nécessaires pour leur servir de base en vue d’une culture plus étendue.
Alors que l’enfant à l’ouïe normale sait parler quand il entre à l’école et peut, par conséquent, commencer immédiatement l’étude des différentes matières de l’enseignement, l’enfant sourd-muet doit tout d’abord apprendre à parler pour être à même d’acquérir les diverses connaissances nécessaires à son développement.
Quand les enfants arrivent au jardin d’enfants, ils sont aussi timides et sauvages que n’importe quel animal captif ; ils n’ont jamais partagé la vie de leur entourage et nul ne savait comment y remédier. Cependant, peu à peu, ils se développent. Dans les deux sections du jardin d’enfants (jardin d’enfants proprement dit et classe préparatoire à l’école), les enfants jouent comme leurs camarades normaux et, de plus, des jeux spéciaux sont conçus pour éduquer et exercer leur voix.
Une instruction régulière pour la formation de la voix leur est donnée et l’aptitude de concentration et la lecture au moyen de mouvements des lèvres sont développés graduellement.
Avec les premiers éléments du langage, ils apprennent également les premières notions de morale et assez rapidement, les enfants sont capables de comprendre de petites histoires simples qui leur font saisir la différence entre le bien et le mal.
Le jardin d’enfants facilite beaucoup le travail de la première année d’école. Quand les enfants entrent à l’école, ils sont déjà habitués à la discipline et montrent pour l’étude de la langue beaucoup d’enthousiasme et d’intérêt, car ils ont compris l’importance de la fonction de la parole qui leur fait défaut.
En dehors de l’enseignement général qu’ils reçoivent, les enfants sont aussi préparés à la vie pratique par l’enseignement de la gymnastique, du dessin, des ouvrages à l’aiguille, des travaux manuels, du jardinage et des travaux ménagers.
Après avoir terminé leurs études, ils entrent en apprentissage. Il est particulièrement réconfortant de constater que les élèves ne se montrent aucunement inférieurs à leurs camarades à l’ouïe normale et qu’ils sont capables de subvenir à leurs besoins.
Les événements dus à la guerre n’ont pas laissé d’exercer une influence fâcheuse sur la marche des études. Du fait que les sourds-muets n’entendent pas l’alarme, les externes de l’école ont été obligés de s’absenter souvent et ces absences fréquentes ont eu pour effet de leur faire perdre le bénéfice des connaissances acquises et de gêner ainsi le cours normal de la classe.
Le bâtiment de l’école a été endommagé par les explosions et par des secousses, ce qui a causé, pendant quelque temps, l’interruption des cours. L’école n’a pu reprendre ses activités normales que le 14 septembre 1948.
Cette reprise a été accueillie avec une joie et une reconnaissance profondes de la part des parents et des enfants. Le fonctionnement de cette école […] correspond à une véritable nécessité.
Qu’un hommage soit rendu à la directrice, Mme Hoxter, qui, avec une compréhension et une patience émouvantes ainsi qu’avec une parfaite connaissance des méthodes d’enseignement moderne, dirige cette école.
Cette école n’a pas manqué de susciter l’intérêt et la sollicitude de personnalités américaines telles que Mme Irving M. Engel, présidente du Conseil national des femmes juives des États-Unis qui, à la suite d’une visite faite à cette école, a publié un article émouvant dans Alliance Review paraissant à New York, exprimant son admiration devant les réalisations qu’elle y a constatées. Ajoutons que le Conseil national des femmes juives fait bénéficier cette école également de l’envoi de colis de vêtements, de nourriture et de jouets.
Mikveh-Israel
Créée en 1870 par Charles Netter, l’un des fondateurs de l’Alliance israélite, Mikveh-Israel, la grande école agricole, a constitué la première manifestation du renouveau de la colonisation juive dans le pays [27]. C’est avec elle qu’a commencé l’histoire de la Palestine moderne. C’est elle qui a été le facteur décisif de tout le développement ultérieur en Terre Sainte. Conçue selon des principes modernes, employant les méthodes de travail les plus récentes, possédant une station et des laboratoires de recherches, Mikveh-Israel a formé depuis 80 ans des agriculteurs ayant acquis les connaissances les plus solides et une expérience profonde de la terre, et qui ont permis à Israël de tirer de son sol toutes les recherches et de l’exploiter de la façon la plus rationnelle.
De 1870 à 1950, près de 4 000 élèves ont passé par Mikveh-Israel après avoir bénéficié de l’enseignement dispensé par un personnel aussi compétent que dévoué. Une bonne moitié de ces 4 000 élèves sont établis dans les quelque 300 villages que compte Israël et détiennent les positions clés dans l’agriculture.
Années 1947-1948 : années de guerre
Les années de guerre en Israël, 1947-1948, ont été particulièrement dures pour Mikveh-Israel, celle-ci se trouvant en plein front et étant devenue de par sa situation un point stratégique de premier ordre [28]. Occupés jour et nuit avec l’aide des Forces armées à repousser les attaques venant de Jaffa et des villages voisins, les élèves et le personnel passaient à tour de rôle aux tranchées, fusil en main, pour sauvegarder les vies et les biens de l’école.
Après que les combats se furent éloignés de Mikveh, l’aviation ennemie a causé de nombreuses pertes matérielles. Des bombardements ont détruit une partie des bâtiments, heureusement de second ordre. Les abris installés par Mikveh ont préservé la population tant des attaques voisines que des bombes jetées par l’aviation étrangère. Il n’est pas étonnant que certaines branches de l’activité de Mikveh aient souffert, notamment la grande culture, le verger, le potager ; et la vigne, détruite en grande partie, a perdu pour des années plus de la moitié des récoltes. Les dommages de guerre se sont traduits ainsi les uns par des pertes de capitaux, les autres par des pertes en travail et enfin par des pertes de récoltes.
Cependant, au milieu de cette situation difficile et tragique, l’école a continué de fonctionner partout où l’insécurité ne l’en a pas empêchée. Le mouvement des élèves a été même intensif durant l’année 1947. 101 élèves nouveaux ont été admis, s’ajoutant aux 380 élèves restant et formant un total de 428 élèves. Le nombre des élèves qui ont quitté l’école, les uns avant la fin de leurs études pour s’enrôler, les autres après avoir terminé leurs études, a été de 516. Le nombre des élèves en 1947 a été de 450.
Le programme des études a été terminé sous une forme raccourcie, et 62 élèves sont sortis de Mikveh munis de diplômes et ont constitué par la suite deux groupes formant un noyau d’entraînement agricole.
En août 1947, 40 nouveaux élèves ont été admis à l’école dans le cadre de la Youth Immigration [29]. Originaires des Indes, du Maroc, de Turquie, ces élèves ont, de par la diversité de leurs origines et de leur langue, posé des problèmes très difficiles à résoudre au point de vue enseignement.
Années 1949-1950
L’année 1949 a été marquée par une convention intervenue entre le gouvernement d’Israël et l’Alliance israélite. C’est qu’Israël, aujourd’hui État souverain, s’est plu à reconnaître les services qu’a rendus dans le passé et que peut rendre à l’avenir, avec son appui, une institution comme Mikveh-Israel qui doit non seulement fournir au sol d’Israël les agriculteurs dont il a besoin, mais aussi répandre par delà ses limites ses méthodes et son rayonnement.
Les résultats obtenus dès la première année de l’entrée en vigueur de cette convention se traduisent par l’augmentation sensible des effectifs scolaires et l’attrait de plus en plus grand que cette institution exerce sur des candidats élèves de plus en plus nombreux. En effet, la rentrée de 1949-1950 a été marquée par une poussée exceptionnelle d’élèves venant des villes et villages vers Mikveh-Israel.
110 élèves nouveaux répartis en trois classes ont été inscrits dans la section des Israéliens. Une classe de 30 élèves qui avaient quitté l’école en mai 1948 pour satisfaire à leur devoir militaire a été rétablie. Dans l’ensemble, 140 élèves nouveaux ont été installés qui, avec les 100 restant de l’année passée, forment un effectif de 240 élèves. Afin de pouvoir loger tous les élèves, deux baraques ont dû être acquises. Le nombre d’élèves du secteur de la Youth Immigration étant de 320, l’effectif total de la population scolaire de Mikveh-Israel est donc à l’heure actuelle de 560 élèves.
Visites à Mikveh-Israel
Mikveh-Israel est devenue un véritable lieu de pèlerinage. Les personnalités de marque de passage en Israël, et venant d’horizons géographiques, sociaux et politiques les plus divers, tiennent toutes à honorer de leur visite notre institut agricole [30]. […] Tous ces visiteurs ont été vivement impressionnés par la conception, l’organisation, l’activité et les résultats de cette école et ont tenu à manifester sous différentes formes leur admiration pour cette institution.
Ce compte rendu sur Mikveh-Israel serait incomplet s’il n’était pas fait mention de celui qui dirige avec un dévouement exemplaire et une compétence remarquable cette importante école : M. Krause, et si un hommage ne lui était rendu.
Nous avons, enfin, l’agréable devoir d’exprimer ici notre profonde reconnaissance à Me Joseph Tchernoff, qui a bien voulu manifester son intérêt pour Mikveh-Israel par une magnifique donation faite à cet établissement ».
 
NOTES
 
[1]Les premières années, l’AIU recrute ses enseignants parmi les jeunes gens diplômés des principales écoles juives de France ou récemment sortis du Séminaire rabbinique, mais rapidement, elle décide de former elle-même ses futurs maîtres : c’est dans cet objectif que l’École normale israélite orientale est fondée en 1867. Le principe retenu est le suivant : faire venir à Paris les meilleurs élèves du réseau scolaire de l’Alliance, sélectionnés sur concours, et leur assurer une solide formation qui leur permette, au terme de trois ou quatre ans, d’aller « initier leurs jeunes compatriotes à la civilisation occidentale » (compte rendu de l’Assemblée générale du 10 juillet 1867, cité in André Chouraqui, L’Alliance israélite universelle et la renaissance juive contemporaine. Cent ans d’histoire, Paris, PUF, 1965, p. 178, n. 1). Dans la réalité, les jeunes enseignants devront faire leurs premières armes, souvent pendant de longues années, dans une tout autre région que leur pays d’origine (cf. Aron Rodrigue, De l’instruction à l’émancipation. Les enseignants de l’Alliance israélite universelle et les Juifs d’Orient, Paris, Calmann-Lévy, 1989. Édition anglaise revue et complétée : Images of Sephardi and Eastern Jewries in Transition : The Teachers of the Alliance Israelite Universelle, 1860-1939, Seattle, University of Washington Press, 1993).
[2]Date de sa réouverture après la guerre et l’Occupation.
[3]Après avoir été abritée dans plusieurs locaux successifs, l’ENIO s’installe en 1889 au n° 59 de la rue d’Auteuil, dans un très beau bâtiment acquis grâce à l’aide de la baronne de Hirsch, sur les instances de Narcisse Leven et de Jacques Bigart.
[4]Promotion formée par le philosophe Emmanuel Lévinas, devenu directeur de l’ENIO en 1946, quelques mois après son retour de captivité.
[5]Ce désir de coopérer avec les instances de formation des maîtres de l’enseignement public en France est une tradition de l’ENIO. Il faut souligner à ce propos l’influence de Ferdinand Buisson, professeur de français, de pédagogie et de morale dans les premières années d’existence de l’établissement et qui, par ailleurs, joua un rôle de premier plan dans la réorganisation de l’enseignement primaire.
[6]Dès septembre 1946, l’AIU prend l’initiative de réunir à Paris le premier congrès de l’Organisation internationale pour l’éducation et la culture juives en Europe, au terme duquel est fondé un Conseil de l’éducation et de la culture juives en France (CECJF) dont le vice-président de l’Alliance, Jules Braunschvig, assure la présidence. Le développement de l’enseignement de l’hébreu et des études juives est défini comme une priorité.
[7]Les jeunes élèves-institutrices de l’Alliance sont d’abord hébergées dans des pensions privées, à Auteuil et à Neuilly. En 1922, l’institution acquiert une maison à Versailles (au n° 64 de la rue de Montreuil), grâce à la générosité d’un ancien élève de l’école de Bagdad, Ezéchiel Shahmoon, et inaugure l’École normale israélite orientale de jeunes filles. Au lendemain de la guerre, les jeunes filles suivent les mêmes cours que les garçons à Auteuil, tout en restant pensionnaires à Versailles (jusqu’en 1956).
[8]Cf. Michael Laskier, The Alliance Israelite Universelle and the Jewish Comunities of Morocco, 1862-1962, Albany, SUNY Press, 1994.
[9]Pendant la Première Guerre mondiale, l’Alliance – à la suite de difficultés financières et techniques – cède au Protectorat ses écoles de Marrakech, Meknès, Salé, Sefrou et Azemmour, à la tête desquelles sont placés des enseignants français, non-juifs. En 1924, la direction de l’Instruction publique propose à l’AIU de lui restituer ces établissements et de l’aider à en fonder d’autres. Une convention est signée en 1928 avec le gouvernement chérifien, sur la base de deux principes essentiels : l’AIU est chargée de l’instruction primaire de la jeunesse juive au Maroc et le protectorat participe à ses dépenses de fonctionnement, notamment à la construction de locaux pour ses écoles. En 1948, les autorités du Protectorat français prennent l’engagement tacite d’aider chaque année à la scolarisation de 1 500 nouveaux élèves dans les établissements de l’Alliance. Grâce aux subsides que lui octroie également le Joint et au soutien financier des American Friends of the AIU, celle-ci a élaboré dès 1946 – sous l’impulsion de Jules Braunschvig – un programme quinquennal qui ambitionne de scolariser 10 000 enfants au Maroc (cf. A. Chouraqui, op. cit., pp. 168 et 335).
[10]Très tôt, l’Alliance ne se contente pas de veiller à la scolarisation des enfants juifs vivant en milieu urbain mais ouvre aussi des écoles dans de petites communautés isolées qu’elle a systématiquement répertoriées, dans les montagnes de l’Atlas et du Rif : El Ksar, Midelt, Demnat, Berrechid, Azemmour. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle étend son œuvre dans l’extrême sud marocain, jusqu’aux confins du Sahara.
[11]Tel est le cas par exemple, selon le tableau joint au présent rapport, dans les écoles de Mazagan, Berrechid, Azemmour, Boujad, Salé, Kenifra, Oujda, Tanger, Larache et El-Ksar. En revanche, le taux de scolarisation est de 56 % à Casablanca, de 61 % à Fès, 78 % à Rabat, 69 % à Marrakech.
[12]Construite au début des années vingt, l’école Narcisse Leven est dirigée à partir de 1926 par Ruben Tajouri, sous l’impulsion duquel l’établissement devient un véritable collège, le premier et, pour de longues années, le seul du réseau de l’Alliance au Maroc. Les élèves peuvent ainsi parvenir jusqu’au brevet élémentaire, diplôme qui ne pouvait jusqu’alors être préparé – pour de rares enfants juifs appartenant à des familles privilégiées – que dans les lycées français (cf. « L’école Narcisse Leven de Casablanca », Les Cahiers de l’Alliance israélite universelle, 20 – nouvelle série –, mai 1999, pp. 3-6).
IMGIMGIMGIMFRuben Tajouri, délégué de l’AIU au Maroc (1895-1960).
Photo prise par J. Bassan, directeur de l’école Y. D. Semach garçons de Casablanca. Photothèque de l’AIU, n° 1937.
[13]Il faut souligner le rôle essentiel du rabbin Isaac Rouche, qui anime le travail de la dizaine de jeunes gens réunis à partir de 1946 au sein de la Section normale hébraïque, centre de formation « destiné à façonner des militants, enseignants qualifiés capables de dispenser les connaissances fondamentales du judaïsme et d’assurer l’éducation juive en vue de régénérer le potentiel des écoles, des institutions, des communautés », qui préfigure la future ENH (cf. « L’École normale hébraïque », Les Cahiers de l’Alliance israélite universelle, 1 – nouvelle série –, décembre 1991, pp. 10-14 ; et « La vocation rabbinique de l’École normale hébraïque de Casablanca », ibid., 14, juin 1996, pp. 26-28).
[14]L’association Maghen David – dont les locaux se trouvent rue Cotterest – a pour objectif essentiel la diffusion de la langue hébraïque.
[15]Ces bâtiments, situés dans le quartier de l’Oasis, seront inaugurés officiellement le 8 avril 1951.
[16]Un tableau joint au rapport (p. 16) précise les formations enseignées : travail du bois et du fer, électricité, plomberie, cordonnerie, agriculture. Et pour les filles, la couture.
[17]Fondée en Russie en 1880, l’association Organisation-Reconstruction-Travail se consacre particulièrement à l’apprentissage et la formation professionnelle, afin de rendre les jeunes plus « productifs » et de les sortir des « métiers juifs » traditionnels. Au Maroc comme dans d’autres endroits, l’AIU a conclu un accord de coopération avec elle.
[18]Les docteurs Sakon, médecin-chef de l’école, et Merlin-Lemas, représentant à Casablanca de la Direction de la Santé publique ; Mme Soleil-Havoup, infirmière-chef ; M. et Mme Sikirdji, directeurs de l’établissement.
[19]À ce sujet, les avis des responsables de l’institution ont été souvent divergents, certains pensant que le paiement de frais d’écolage était un bon moyen d’impliquer les communautés et les familles dans le fonctionnement des écoles. Cela étant, les enfants de familles pauvres en étaient dispensés.
[20]La première école de l’Alliance en Palestine est celle de Jérusalem, ouverte en 1882 notamment grâce à l’apport financier de la Fondation Crémieux, créée après la mort d’Adolphe Crémieux. Nissim Behar en assure la direction, tandis que David Yellin et Éliezer Ben Yehouda y enseignent l’hébreu. Par la suite, d’autres écoles primaires sont fondées à Tibériade, Safed, Haïfa et Jaffa.
[21]Conclu quelques semaines plus tard entre le gouvernement israélien et la direction de l’Alliance, un accord stipule que le programme du ministère de l’Éducation et de la Culture devra désormais être appliqué dans les écoles de l’AIU. Le français sera reconnu comme étant la première des langues étrangères enseignées dans ces établissements. L’Alliance, on s’en doute, se préoccupe particulièrement d’endiguer quelque peu l’influence anglo-saxonne sur le système scolaire israélien.
[22]Cette école a été fondée en 1878 dans la partie basse de la ville, à l’initiative de la famille Halfon. M. Nahon en fut le premier directeur.
[23]Ces écoles sont situées dans le quartier de Jaffa, qui a durement souffert pendant la guerre de 1948.
[24]Il s’agit alors d’un très petit établissement, installé dans un appartement privé de quatre pièces. S’étant très vite considérablement agrandi, il changera de local dès 1951.
[25]Cette première école professionnelle de l’AIU a été fondée en 1882 et, sans nul doute, a joué un rôle important dans le développement de l’industrie à Jérusalem (cf. A. Chouraqui, op. cit., p. 365).
[26]L’École des sourds est créée par l’Alliance en 1932, grâce à la générosité d’un Juif de Shanghaï, Leone A. Levy. Dès 1948, elle est reconnue par le ministère israélien de l’Éducation et de la Culture qui loue ses méthodes pédagogiques novatrices et les chances d’intégration sociale et culturelle qu’elle offre aux enfants qui y sont scolarisés. La même année, l’établissement reçoit ses premiers élèves arabes, venus du village d’Abou Gosh (cf. « L’École des sourds de Jérusalem », Les Cahiers de l’Alliance israélite universelle, 14 – nouvelle série –, juin 1996, pp. 10-14).
[27]Cf. notamment Georges Weill, « Charles Netter ou les oranges de Jaffa », Les Nouveaux Cahiers, 21, 1970, pp. 2-36.
[28]Mikveh Israel se trouve à l’est de Tel-Aviv, sur la route de Jérusalem.
[29]L’Alyat ha-Noar a été fondée en 1934 dans le premier objectif de faire partir en Palestine de jeunes Juifs d’Allemagne – dont un premier groupe est parti le 19 février 1934, pour s’établir à Ein Harod. À la mi-1935, 600 jeunes gens étaient déjà installés dans onze kibboutzim, quatre écoles agricoles et deux centres d’apprentissage. On évalue à 62 000 le nombre de jeunes originaires d’Europe, d’Asie ou d’Afrique arrivés en Israël entre 1948 et 1958 dans le cadre de l’Alyat ha-Noar – dont l’une des grandes figures emblématiques est Henrietta Szold, décédée en 1945. Cf. Encyclopédie des sciences sociales, Tel Aviv, Sifriat Ha-Poalim, 1968, vol. 4 (en hébreu).
[30]Sont notamment cités dans le rapport : Franklin D. Delano Roosevelt, fils de l’ancien président américain ; Daniel Mayer ; Mme et M. Jules Moch.
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