2001
Archives juives
Dossier : L’Alliance israélite universelle après 1945
La reconstruction de la bibliothèque de l’Alliance israélite universelle, 1945-1955
Jean-Claude Kuperminc
Conservateur de la bibliothèque de l’Alliance israélite universelle.
When the Germans enter Paris in June 1940, the Alliance library is an internationally respected institution in the field of Jewish studies. It possesses rare written documents and is a useful instrument for academic searchers. From 1940 to 1944, the library is the victim of an organized plundering. At the same period, the occupying forces use it as a stocking place for their spoils. This article aims at showing how the Alliance managed to reorganize a library whose directors keep succeeding to one another. It insists on Edmond-Maurice Levy’s work and on several ambitious projects which proove its vitality.
L’ancienne salle de lecture de la bibliothèque donnant sur la cour du 45 rue La Bruyère (21 mai 1959).
Photo : Riss. Photothèque de l’AIU, nËš 1800.
Parmi les activités de l’Alliance, la bibliothèque occupe une place particulière. Présente dès les débuts de l’institution, elle affirme la croyance des fondateurs de l’AIU dans l’action culturelle et la documentation. Sans être le versant le plus spectaculaire de l’histoire de l’institution, elle maintient depuis cent quarante ans un haut degré de réussite et de notoriété. Paradoxalement, de nombreux anciens de l’Alliance ignorent le prestige de la bibliothèque, de la même manière que de nombreux lecteurs de la bibliothèque ignorent les apports de l’Alliance au judaïsme contemporain. Il nous a semblé intéressant d’essayer de comprendre, en utilisant les sources internes à l’Alliance
[1], comment la bibliothèque a réagi après les années noires de l’occupation allemande. Il s’agit en fait de montrer l’énorme effort entrepris entre 1945 et 1955 pour restaurer un des fleurons de l’institution, et de voir comment une association privée est parvenue à garder le contrôle d’une collection d’intérêt national.
La bibliothèque avant la guerre
Quelle est la situation de la bibliothèque de l’Alliance israélite universelle à la veille de la Seconde Guerre mondiale ? Créée par les premiers statuts de l’institution en 1860 et enrichie de collections remarquables, telles celles de Salomon Munk, du grand rabbin Zadoc Kahn, des manuscrits de Luzzatto, ou encore des fragments de la Guenizah du Caire acquis par le baron de Rothschild pour le consistoire de Paris, la bibliothèque est dès avant 1914 considérée comme une ressource incontournable pour les études juives. Elle a une audience internationale et joue un rôle central dans les sciences du judaïsme en France. Les autres institutions juives, comme le consistoire de Paris ou la Société des études juives, lui délèguent volontiers la conservation de leurs collections. Elle doit ces succès à l’attention et à l’ardeur de savants éminents, tels Salomon Munk, Isidore Loeb ou Israël Lévi qui, tour à tour, l’animent.
L’Alliance est très consciente des richesses et de la qualité des services de sa bibliothèque, puisqu’elle décide en 1937 de transférer les collections, jusqu’alors conservées dans les locaux de l’École normale israélite orientale à Auteuil après avoir été abritées rue de Trévise, au siège de la rue La Bruyère. Une construction spécifique répondant à tous les critères de la bibliothéconomie de l’époque voit le jour, avec une tour de huit niveaux de magasins de rangement entièrement équipés de rayonnages métalliques Strafor, et une salle de lecture aérée et éclairée donnant sur la cour intérieure de l’hôtel particulier du 9e arrondissement. Riche de cinquante mille volumes, la bibliothèque est déjà la première collection privée de Judaïca et d’Hebraïca en France et l’une des premières en Europe. Le rabbin Abraham Back dirige alors la bibliothèque, en compagnie de Bernard Chapira et de Jacob Gordin. Ce dernier, philosophe, grand érudit, formé au judaïsme traditionnel, aux sciences du judaïsme et à la philosophie occidentale, organise le déménagement des collections de la rue Michel-Ange vers le 9e arrondissement.
Alors que depuis la crise de Munich, en septembre 1938, les autorités françaises invitent les bibliothèques publiques à mettre leurs collections à l’abri, organisant la mise en caisses et le déplacement des collections dans des zones à l’abri du futur champ de bataille, il semble qu’aucune mesure n’ait été prise par l’Alliance pour sauvegarder son patrimoine. La bibliothèque Medem, par exemple, avait pris soin de vider ses rayonnages et d’enterrer une partie de ses collections. Aussi, quand les troupes allemandes entrent à Paris en juin 1940, elles investissent un bâtiment de l’Alliance encore rempli de ses trésors. Le récent article de Nicolas Reymes
[2] nous rappelle que, pour les nazis, les spoliations font partie de l’arsenal idéologique et de la machine de guerre. Le pillage des biens culturels obéit à une logique de rapine, afin de transférer dans le Reich des biens à haute valeur tant matérielle que symbolique, tout en étant considéré comme un moyen de punir et d’humilier les ennemis de l’Allemagne. Les victimes désignées des spoliations sont donc idéologiquement choisies, en particulier parmi les Juifs et les francs-maçons.
On connaît globalement le sort des livres pillés à la bibliothèque de l’Alliance et à celle du Séminaire israélite de France (SIF). Edmond-Maurice Lévy
[3], Jean Cassou ou Nicolas Reymes s’accordent à dire qu’entre 400 et 700 caisses de livres ont été expédiées depuis l’Alliance vers l’
Institut zur Erforschung des Judenfrage (Institut de recherche sur les questions juives) à Francfort-sur-le-Main. Le rapport dirigé par Jean Cassou
[4] indique l’arrivée à Francfort de 567 caisses provenant de l’AIU (sur un total de 656 caisses saisies) et de 165 caisses du SIF (sur 243). La bibliothèque ainsi constituée contient 550 000 volumes en 1943, dont plus de 27 000 catalogués. Mais le groupe d’Alfred Rosenberg (
Einsatzstab Rosenberg) ne se contente pas de piller ces deux collections. La politique nazie d’éradication de l’influence juive pousse à détruire les ressources et les réseaux intellectuels juifs, et la confiscation des bibliothèques participe de cet objectif. Les locaux parfaitement équipés de la rue La Bruyère accueillent donc de 1940 à 1944 les livres, les objets d’art et les instruments de musique destinés à être expédiés en Allemagne, au bénéfice le plus souvent de dignitaires du régime.
La situation à la libération de Paris est donc doublement dramatique : non seulement la bibliothèque est vidée de sa collection propre, y compris des archives de l’Alliance, mais, de plus, elle est le réceptacle de milliers de volumes provenant des rapines nazies, qui n’avaient pas encore été envoyés en Allemagne. Les années d’après-guerre voient donc le double travail de récupération des biens de l’Alliance et de distribution des biens spoliés. Dans cette tâche, l’Alliance est aidée par les services du gouvernement français. L’ampleur des pillages pousse en effet le gouvernement à créer dès novembre 1944 une commission de récupération artistique, qui se subdivise en sous-commissions, dont la sous-commission des livres (SCL). Là encore, Nicolas Reymes nous éclaire sur les mesures prises par cet organisme, et remarque que parmi toutes les collections spoliées, celle de l’Alliance bénéficie du plus fort taux de restitution. Plusieurs facteurs, peut-on supposer, ont concouru à ce résultat : restée groupée durant la guerre, la collection de l’Alliance a été entreposée par les troupes américaines dans le dépôt d’Offenbach, et tous ses volumes étaient estampillés. L’absence de marque d’identification sur les livres rend en effet quasiment impossible la restitution des ouvrages ordinaires à leur légitime propriétaire. D’ailleurs les magasins de la bibliothèque de l’Alliance accueillent pendant de nombreuses années des livres non identifiés en attente d’une éventuelle restitution. Le SCL a d’ailleurs à s’occuper de la répartition de ces masses de livres en déshérence, et un grand nombre d’entre eux sont répartis dans des bibliothèques juives. En 1949 par exemple, Paul Klein, dont nous parlerons plus loin, réclame l’envoi au lycée Bagrout de Jérusalem des livres scolaires et de culture générale dont les combles de l’AIU sont pleins
[5]. Dans les mêmes sources, il est fait mention d’un dépôt de livres laissé par l’administration des Domaines.
La préoccupation de l’Alliance au sortir de la guerre est d’abord de remettre en marche l’institution, de reprendre le contact avec les écoles isolées pendant le conflit, de redéfinir une politique intégrant le drame de la trahison française et l’émergence du judaïsme américain, ainsi que la nouvelle donne en Palestine. Mais dans tous ces efforts la bibliothèque ne fut pas oubliée. Le comité central de l’Alliance l’évoque dès sa séance du 13 décembre 1944
[6]. Le grand rabbin Maurice Liber souhaite que l’Alliance reconstitue sa bibliothèque, réunisse une documentation complète sur toutes les questions juives et reprenne contact avec les grandes associations juives anglaises et américaines pour l’aider à récupérer des livres et des périodiques. Lors de la réunion du 30 juin 1945
[7], le président Cassin souhaite demander aux organismes compétents un catalogue des travaux entrepris pour la récupération des bibliothèques enlevées par les Allemands afin de permettre la recherche de la bibliothèque de l’Alliance. Le 29 octobre de la même année
[8], Liber informe le comité central de ses démarches pour se rendre en Allemagne et récupérer la bibliothèque de l’Alliance qui a été retrouvée près de Francfort-sur-le-Main. Les autorités françaises et alliées se sont accordées pour restituer les biens spoliés en France à la condition formelle que les biens soient identifiés avec certitude et que le propriétaire des biens spoliés soit de nationalité française. Le président Cassin souhaite que le ministère des Affaires étrangères émette une attestation certifiant que l’AIU, « fondée en France et par des Français, et dont le siège est en France, est une association française et qu’elle a toujours été considérée et traitée comme telle par le gouvernement français ».
Maurice Liber, grand rabbin et directeur de l’École rabbinique de France (Séminaire israélite de France), parcourt donc l’Allemagne à la recherche des livres disparus des bibliothèques de l’AIU et du SIF. En 1946, il se rend au dépôt organisé par l’armée américaine à Offenbach et s’occupe d’identifier les manuscrits et livres prélevés dans les bibliothèques françaises. Sur les 2 500 000 livres réunis dans ce dépôt d’Offenbach (OAD), 323 836 sont renvoyés en France
[9]. Le retour des caisses de livres est organisé par des services français. Au ministère des Affaires étrangères, c’est l’Office des biens et intérêts privés, dont dépend le Service de récupération artistique et culturelle. La bibliothécaire de ce service, Madame J. Delsaux, informe l’Alliance du retour de caisses de livres
[10]. Les archives de ce service recèlent sans doute des informations précieuses sur le rythme des restitutions, mais elles sont malheureusement inaccessibles actuellement. Par exemple, Paul Klein signale le retour de 25 caisses en octobre 1948.
Edmond-Maurice Lévy apporte d’autres précisions en 1947 sur le sort des archives retrouvées à l’AIU et issues des spoliations allemandes
[11]. Celles-ci ont été triées et devront être rendues à leurs légitimes propriétaires vivants et pouvant prouver leur propriété. Pour les héritiers, la restitution se fera par l’intermédiaire des services de l’administration française. Les papiers confidentiels, tels que ceux des médecins ou avocats, seront rendus aux conseils de l’ordre de ces professions
[12].
Pour la récupération des livres en Allemagne, Jules Braunschvig informe le comité central qu’un service américain de récupération des trésors artistiques s’est constitué et qu’il convient d’entrer en relation avec lui. Le président Cassin demande qu’on fasse toutes les démarches pour récupérer tous les articles identifiés comme appartenant à l’Alliance avant qu’ils ne soient expédiés en Amérique.
Dans ces conditions difficiles, on peut se demander si la bibliothèque fonctionne réellement. En fait, on s’aperçoit que le service de la bibliothèque n’a jamais cessé durant toute cette période, malgré des disparitions et des départs qui en affectent la bonne marche.
Le personnage clé de toute cette période de l’immédiat après-guerre est bien sûr Edmond-Maurice Lévy. Ce grand érudit du judaïsme français est un bibliothécaire professionnel ; il est le conservateur de la bibliothèque du Conservatoire national des arts et métiers. Parfaitement au fait de toutes les techniques bibliothéconomiques, il accepte de diriger et de conseiller les bibliothécaires successifs. Il maintient une continuité dans les méthodes, à tel point que les principes appliqués dès les années 1945-1950 régissent encore la bibliothèque à la fin des années 1990.
Dans une séance du comité central du 12 décembre 1946
[13], Edmond-Maurice Lévy rappelle les conditions de la spoliation de la bibliothèque de l’AIU. À cette date, un peu plus de 100 caisses, soit environ 10 000 volumes, ont été rendus à l’Alliance et déballés. Leur état est présenté comme satisfaisant. Ils portent encore les numéros de l’ancien classement et il sera facile de les remettre en ordre. Edmond-Maurice Lévy estime que 4/5 du fonds est revenu. Il n’envisage pas d’ouverture au public avant la rentrée scolaire de 1947, mais pense que les livres reclassés pourront être utilisés immédiatement. Il indique que, l’état de santé du rabbin Back ne lui permettant pas de reprendre sa charge de bibliothécaire, il accepte avec plaisir de diriger les travaux de remise en état de la bibliothèque, à condition qu’on lui assure l’assistance de collaborateurs compétents, tels Gordin et Chapira. Le comité central décide de n’embaucher que Gordin pour un poste à mi-temps, celui-ci étant dans le même temps au service d’Isaac Schneersohn pour la création du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC). Cette position lui permettra, pense-t-on, de faciliter l’obtention par l’AIU de services de presse et de dons divers. Employé à la Bibliothèque nationale, Chapira, quant à lui, ne pourrait consacrer que peu d’heures à l’AIU. Pour les acquisitions, Edmond-Maurice Lévy décide de s’en remettre aux dons et de ne procéder à des achats qu’en l’absence de toute autre solution. Edmond-Maurice Lévy suggère l’embauche d’un employé de bibliothèque pour aider à la manipulation des livres et éventuellement à la rédaction du catalogue. Il rappelle que le bâtiment de l’AIU contient encore de nombreux livres pillés par les Allemands dans les bibliothèques israélites. Ces livres devront être enlevés par l’administration des Domaines, qui autorise néanmoins l’Alliance à prélever sur ce fonds les livres qui l’intéressent. Enfin, la salle de lecture, qui est alors utilisée par les services de Maurice Moch au Centre de documentation du Consistoire central, devra être libérée pour permettre la réouverture de la bibliothèque
[14].
L’Alliance compte donc sur Jacob Gordin pour remettre la bibliothèque sur pied. Malheureusement, celui-ci succombe à la maladie au cours d’un séjour au Portugal dans l’été 1947. Il faut alors tout rebâtir. Lors du comité central du 1
er octobre 1947
[15], est annoncée la création d’une commission de la bibliothèque pour examiner l’avenir de celle-ci, surveiller son fonctionnement et prendre connaissance des candidatures au poste de bibliothécaire. Cette commission réunit Maurice Leven, Jules Braunschvig, Marcel Abraham, Edmond-Maurice Lévy, les grands rabbins Maurice Liber et Julien Weill, Louis Kahn.
Un mois plus tard, le 4 novembre, Edmond-Maurice Lévy a l’occasion de présenter un rapport détaillé sur le fonctionnement de la bibliothèque
[16]. Il souligne l’importance du travail accompli par Jacob Gordin. Edmond-Maurice Lévy estime que la bibliothèque peut renaître en s’appuyant sur son bâtiment moderne et adapté, et sur les collections revenues d’Allemagne. C’est pour lui l’occasion d’améliorer le système de classement existant. Mais il faut choisir un bibliothécaire pour succéder à Gordin. Edmond-Maurice Lévy dresse le portrait du futur bibliothécaire, qui aura la tâche considérable de refaire les catalogues : il devra être un professionnel, un homme de métier ayant une haute conception de son rôle social et une connaissance étendue des questions juives et des livres hébraïques. Paul Klein représente un profil intéressant : élève de l’École des chartes, licencié ès-lettres, il prépare un doctorat. Il a une bonne connaissance de la tradition et des études hébraïques et talmudiques, et travaille alors à la Bibliothèque nationale. À noter : parmi les candidats non retenus, on trouve les noms de Georges Vajda, un érudit de grand renom, et de Pascal Thémanlys, un publiciste connu, qui, ni l’un ni l’autre, n’avaient une formation en archivistique. Edmond-Maurice Lévy estime également qu’un homme seul ne suffira pas à la tâche.
Paul Klein débute comme bibliothécaire en chef en mars 1948 et le restera jusqu’en septembre 1949. Un long rapport daté de 1950 nous informe en détail du fonctionnement de la bibliothèque sous sa direction. Il y décrit les qualités et les limites de ses collaborateurs, Noé Richter, Emmanuel Rais, Justin Rothberg, ainsi que des aides magasiniers et secrétaires qui participent au travail. On voit que le personnel affecté à la bibliothèque est déjà relativement nombreux, même s’il est en partie partagé avec d’autres services de l’Alliance. Paul Klein juge que le travail de réorganisation de la bibliothèque justifie ce nombre, et pourrait même s’accélérer avec la présence supplémentaire d’un ou de deux universitaires. Avec le renfort de trois employés scientifiquement qualifiés, il estime à un an le temps nécessaire pour mettre en ordre tous les documents contenus dans la bibliothèque, acquérir le plus complètement possible tous les livres intéressants parus pendant et depuis la guerre. Si l’acquisition des productions françaises est bien avancée, la tâche de finir le catalogue sera plus longue. Ce catalogue devra comprendre un catalogue commun des auteurs Hebraïca et Judaïca, un catalogue des titres Hebraïca, et un catalogue matière analytique des Judaïca.
Le tri des livres laissés par les Allemands est terminé en 1950. Les magasins sont encore occupés par des livres scolaires, dont une grande partie doit aller aux écoles du Maroc. Les périodiques ont été séparés du reste des collections et reclassés. On compte environ 700 titres dont 150 vivants. La bibliothèque Zadoc Kahn, la bibliothèque Bernard Lazare et celle de la Société des études juives n’ont pas encore été inventoriées. Le récolement des cotes existant avant la guerre montre que les récupérations en Allemagne ont été assez complètes.
La salle de lecture reçoit les usuels, les dictionnaires, les encyclopédies, les ouvrages de référence. Elle abrite également les collections très demandées de la Revue des études juives, de la Revue sémitique, de la Revue d’histoire des religions, de L’Univers israélite, des Archives israélites et les publications de l’Alliance. Elle propose également les derniers numéros reçus de nombreux périodiques français et étrangers.
Les catalogues des manuscrits sont basés sur les travaux de Moïse Schwab. Rais a enregistré à nouveau les Hebraïca anciens, travail compliqué par de nombreuses erreurs bibliographiques et la rareté de certains livres. Richter a enregistré les Judaica. Il s’est également occupé de créer un registre des périodiques. Un problème persistant réside dans la circulation des journaux au sein des services de l’AIU.
Pour les acquisitions en France, on s’appuie sur les listes de La Bibliographie de la France et sur les relations avec le libraire Vichniac, peu fructueuses en réalité. La demande systématique de services de presse au nom des Cahiers de l’AIU a donné très peu de résultats. Le meilleur système a été de s’adresser directement aux éditeurs prêts à accorder des remises.
Pour les acquisitions à l’étranger, on scrute les bibliographies. L’acquisition est facilitée en Amérique par les American Friends de l’AIU, et de nombreux dons reçus d’institutions amies ont été expédiés depuis l’Afrique du Sud, la Hongrie, la Suisse, l’Amérique latine. La difficulté vient de la Grande-Bretagne et d’Israël, pourtant des producteurs majeurs dans le domaine des études juives. Les bons de l’UNESCO, symbole de l’aide internationale dont a bénéficié la bibliothèque, sont peu utiles en Grande-Bretagne et pas du tout en Israël. Les libraires spécialistes du livre ancien sont consultés pour reconstituer les collections, mais les limites financières sont étroites. Les livres recensés par la Revue des études juives ont, après accord avec Georges Vajda, son rédacteur en chef, trouvé le chemin de la bibliothèque.
L’accueil des lecteurs s’effectue depuis mars 1948 deux jours en semaine, plus le dimanche, avec une moyenne faible de deux lecteurs par séance. Les lecteurs sont des rabbins, des érudits français et étrangers, des professeurs d’université, des étudiants, des journalistes, des ecclésiastiques, et presque tous les élèves de l’École rabbinique. Le prêt est libéral, mais des non-retours poussent à demander une caution et à relancer régulièrement les emprunteurs. Enfin une liste de doubles pour échanges est établie.
On voit se dessiner ainsi le portrait d’une bibliothèque active, bien organisée, se débattant avec des contraintes financières et matérielles importantes. N’oublions pas que les années concernées sont encore celles des restrictions. En 1948, Paul Klein parle par exemple des difficultés à obtenir une machine à écrire avec des caractères hébraïques
[17].
Malgré cela, la bibliothèque renoue rapidement avec sa pratique de prêter des pièces à des expositions, comme par exemple « Un siècle d’enseignement à travers la caricature » organisée en 1952 par le Centre national de documentation pédagogique, ou encore « L’Abbé Grégoire » en avril 1955 au musée régional de Sarrebourg. Elle participe aussi au projet de microfilmage des manuscrits hébreux en faveur de la Bibliothèque nationale universitaire de Jérusalem. En 1955, elle accueille la conférence internationale qui préside à la création de l’Association des bibliothèques de Judaïca et d’Hebraïca en Europe, dont elle est un membre très actif.
Des fonds importants enrichissent la bibliothèque durant ces années : le retour des fragments de la Guenizah du Caire en 1950 est célébré comme il se doit. Les bibliothèques du grand rabbin Abraham Back et du cabaliste chrétien Paul Vuillaud sont acquises également.
Mais, après le décès de Jacob Gordin en 1947, la bibliothèque est privée de Paul Klein, parti pour Israël en 1949. Noé Richter lui succède, avant qu’il ne réussisse son examen de bibliothécaire et ne s’installe à Mulhouse en avril 1950. La même année, en septembre, décède Rothberg. Il faut donc tout reconstruire à nouveau et Edmond-Maurice Lévy reprend les rênes de la direction de la bibliothèque.
Ces aléas n’empêchent pas la soumission de projets. L’un d’entre eux, très ambitieux, est présenté par Edmond-Maurice Lévy dès 1947. Il s’agit de créer un centre bibliographique du judaïsme français comprenant une grande bibliothèque de conservation réunissant tous les manuscrits, incunables, livres précieux et périodiques appartenant au patrimoine du judaïsme français. Cette collection serait consultable sur place uniquement. Il faudrait lui adjoindre une collection de bibliothèque circulante, autorisant le prêt pour les ouvrages de travail les plus demandés, et donc comprenant un service moderne de reproduction photographique qui permette de créer des ouvrages de substitution pour les chercheurs et les étudiants. Le troisième volet serait un centre de documentation autour d’un catalogue collectif central des bibliothèques juives parisiennes. Le président Cassin insiste sur la coopération avec les autres bibliothèques parisiennes.
L’idée est reprise en juillet 1948. Le Conseil de l’éducation et de la culture juive en France propose la formation d’un comité de coordination des bibliothèques juives de Paris. André Chouraqui, secrétaire général du Conseil, assigne les buts suivants au comité de coordination : réaliser une enquête sur les bibliothèques juives parisiennes à partir d’un questionnaire rédigé par Paul Klein ; mettre en place un catalogue collectif par échange de fiches ; mettre en place un « dépôt légal » bénévole de chaque ouvrage publié en France et ayant pour thème le judaïsme, en réclamant aux éditeurs deux exemplaires, l’un destiné à une bibliothèque parisienne, l’autre à la Bibliothèque nationale et universitaire de Jérusalem. Dans sa proposition, André Chouraqui reconnaît qu’au cas où ces objectifs ambitieux ne seraient pas atteints, le bénéfice minimum à en attendre serait l’instauration d’une circulation de l’information entre les établissements
[18].
Lors du comité central du 11 juin 1951
[19], Edmond-Maurice Lévy lance le projet d’un organe bibliographique de l’Alliance en relation avec la bibliothèque. Avec l’aide de M. Namenyi, érudit et muséographe hongrois, il s’agit de publier régulièrement dans
Les Cahiers de l’AIU une bibliographie juive, rendant compte de l’actualité éditoriale dans le domaine des études juives et des sciences bibliques. Le projet est né d’une volonté du Congrès juif mondial de faire développer par chaque pays européen sa propre bibliographie juive. La partie française serait donc confiée à l’AIU, qui bénéficierait en outre pour sa bibliothèque de services de presse
[20]. En 1955, le premier bilan des bibliographies publiées dans
Les Cahiers de l’AIU montre que celle de l’année 1951, soit 1 027 références, a été publiée entre 1952 et 1954. Pour l’année 1952, la publication, terminée en mai 1955, couvre 527 références. Le problème est que la parution est lente et coûteuse
[21].
Pour financer ses activités, l’Alliance bénéficie de peu d’aides. La situation change en partie à partir de 1952, quand les effets de la
Conference on Jewish material claims against Germany, plus connue sous le nom de
Claims Conference, se font sentir
[22]. L’AIU est membre de la
Claims, Jules Braunschvig est un des vice-présidents, Saadia Cherniak (
American Friends of the AIU à New York), Marcel Franco et Eugène Weill comptent au nombre des membres du bureau des directeurs. La conférence, organisée en octobre 1951, réunit les représentants de 23 organisations juives concernées par le problème de la répartition de l’argent des réparations allemandes. Le budget général que la
Claims et l’
American Jewish Joint Distribution Committee ont accordé pour 1952-1972 à la France représente plus de 22 millions de dollars. Sur cette somme un budget spécial pour les affaires culturelles se monte à plus de 2 millions, consacrée en premier lieu à l’aide au CDJC. Les autres bibliothèques bénéficiaires sont l’AIU, le SIF et Medem.
Une somme de 4 500 000 francs est allouée à la bibliothèque sur la période 1955-1957. La subvention demandée en 1955 est de 47 500 $, soit 16 000 000 francs. Ont été reçus au total 4 500 000 francs, dont 500 000 francs en 1955, 2 000 000 francs en 1956 et 2 000 000 francs en 1957. Les sommes ont servi aux réfections du bâtiment (1 245 360 francs), à l’achat de mobilier (445 388 francs), à la reliure des ouvrages (740 646 francs), à l’achat de livres (334 260 francs), à la rédaction des catalogues (1 735 456 francs). Ce dernier poste représente essentiellement les frais de personnel de la bibliothèque
[23].
Disparitions et affaires en tous genres
Avant de conclure, il nous reste à évoquer un aspect particulier de ces opérations de déplacement des collections des bibliothèques juives. Après les spoliations nazies, il fallut subir de désagréables affaires impliquant des institutions juives américaines. Le cas des vols commis par l’historien Zosa Szajkowski est maintenant connu
[24]. On peut préciser que Szajkowski a été pris sur le fait dans les locaux de la Bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg et condamné pour vol en 1963. Dans les années 1949-1950, Szajkowski, qui se faisait aussi appeler Frydman, a fréquenté la bibliothèque de l’Alliance et des pièces importantes ont alors disparu. En mai 1950, les
American Friends de l’AIU informent le siège parisien que des livres appartenant à l’AIU ont été vendus par Szajkowski à la
New York Public Library et au
Jewish Theological Seminary (JTS) de New York.
Mais deux autres affaires illustrent combien la période de l’après-guerre put être trouble. La première est celle d’un certain Joseph Heller, qui se disait ancien interné des camps de concentration, et racontait avoir acheté en Allemagne en 1946 trois pièces pour 850 $ : le manuscrit 24, remarquable rituel de Roch Hachana et de Yom Kippour enluminé ; le manuscrit 26, rituel de Kippour ; l’incunable 5, impression Soncino de 1484 du Behinat Olam de Jedaia Penini. En fait, on retrouve chez Joseph Heller une dizaine de pièces précieuses. Heller ayant proposé ces trésors à la vente à New York, la bibliothèque du Jewish Theological Seminary, dirigée par Alexander Marx, en avertit les American Friends de l’AIU, qui demandent à l’Alliance à Paris d’identifier formellement et de réclamer la propriété sur les trois livres cités, ce qui est fait immédiatement. Les inscriptions sur les ouvrages, et l’existence de la description bibliographique publiée par le rabbin Moïse Schwab dans la Revue des études juives en 1904 constituèrent des preuves irréfutables. Quand, à une autre occasion, il est question de revendiquer un autre manuscrit ne portant pas de marques d’appartenance mais pouvant provenir des collections de l’Alliance, l’AIU préfère s’abstenir, prouvant ainsi son grand respect des règles légales. Les avocats américains de l’Alliance conseillent du reste de ne pas porter plainte et de traiter directement avec Heller. Ils pensent en effet qu’il est préférable de verser quelques centaines de dollars à cet individu pour récupérer ces objets précieux, plutôt que de se lancer dans les arcanes de la procédure judiciaire américaine, au coût nettement supérieur. Le conseil est suivi et les documents récupérés par les American Friends.
Parallèlement, un autre manuscrit, le n° 71, abrégé du
Livre des préceptes de Moïse de Coucy par Isaac de Corbeil, d’un intérêt évident pour le judaïsme français, refait surface. Il est vendu 150 $ au JTS par le rabbin Glenn de Kansas City, alors que le manuscrit portait le cachet de l’AIU. On est étonné devant l’attitude de l’acheteur qui aurait dû être plus méfiant face au prix dérisoire proposé. Les
American Friends proposent alors de faire don du précieux livre à la bibliothèque du JTS en reconnaissance de l’aide reçue d’Amérique, mais Edmond-Maurice Lévy s’y oppose. Au comité central du 11 janvier 1951 où ces questions sont discutées
[25], Marcel Franco intervient pour expliquer combien la situation est délicate. En effet, Alan Stroock, le président des
Friends, est aussi président du JTS. C’est un problème ardu de relations publiques. Le JTS souhaite conserver ce volume, alors que la propriété de l’AIU en est incontestable. Eugène Weill et Edmond-Maurice Lévy arguent que la courtoisie et l’usage veulent que, dans ce type de situation, une institution d’études rende l’objet à son légitime propriétaire.
Ce ne sera pas le cas. C’est le JTS lui-même qui a attiré l’attention de l’AIU sur ces ventes, font remarquer les
Friends. Le président Cassin est favorable à un geste d’apaisement de l’AIU, qui, ayant failli perdre la totalité de sa bibliothèque pendant la guerre, peut bien sacrifier quelques pièces entre des mains juives. Il demande à Marcel Franco de faire comprendre aux Américains l’étendue des ces sacrifices. Malgré les protestations d’Edmond-Maurice Lévy, la décision finale est d’abandonner le manuscrit au JTS, « en témoignage de notre reconnaissance pour tout ce que le judaïsme américain a fait pour le judaïsme français », comme l’écrit Edmond-Maurice Lévy à Alexander Marx le 11 octobre 1951
[26]. En échange, le JTS réalise un jeu de photostats du manuscrit. C’est cette copie qui figure encore aujourd’hui sur les rayonnages de la rue La Bruyère.
Le manuscrit 24, le 26 et l’incunable de l’affaire Heller retrouvent finalement leur place à l’AIU en août 1952, malgré les tentatives du JTS de les acheter pour son propre compte. Comme l’écrit Edmond-Maurice Lévy à Saadia Cherniak le 17 mars 1952
[27], « La bibliothèque de l’Alliance israélite universelle, qui demeure maintenant la principale bibliothèque juive d’Europe, a trop souffert des pertes subies à la suite du transfert de ses livres en Allemagne, pour pouvoir renoncer à la propriété de ses manuscrits les plus précieux. J’ajoute qu’il m’est douloureux de penser que des amis de l’AIU ne se rendent pas compte de ce que peut représenter pour l’Alliance une collection bibliographique constituée avec amour pendant près de 80 ans. »
On comprend l’amertume qu’a dû ressentir le conservateur après de tels épisodes. Pourtant, Edmond-Maurice Lévy ne se décourage pas et continue à tenir ses fonctions durant de nombreuses années. Autour de lui se forme l’équipe qui anime la bibliothèque de 1957 à la fin des années 1980, avec Colette Baer, Jeannine Harburger, Yvonne Lévyne, Georges Weill et le rabbin Édouard Gourévitch
[28]. En 1955, l’essentiel de l’organisation de la bibliothèque, son mode de classement, les principes de son catalogue, l’organisation des magasins, sont en place. Elle est présente dans les forums internationaux concernant les études juives. Les quarante années qui suivent voient se développer les études juives jusqu’à provoquer les grands travaux de rénovation de la bibliothèque en 1989. L’Alliance aura ainsi montré sa continuité et sa ténacité dans l’effort pour maintenir la qualité d’un instrument exceptionnel au service de la recherche et de la conservation du patrimoine.
À la bibliothèque, de gauche à droite : Yvonne Lévyne, Colette Baer et Edmond-Maurice Lévy (février 1957).
Collection Colette Baer. Photothèque de l’AIU, n° 1844.
La bibliothèque de 1955 est dans une certaine mesure renforcée par rapport à celle de 1940. Au regard de la disparition, ou de la mise hors d’atteinte des chercheurs, de grandes collections juives en Europe centrale et orientale, elle confirme sa place de première bibliothèque privée juive en Europe. Par sa réorganisation et l’appel constant à des bibliothécaires qualifiés, elle reste au contact des évolutions professionnelles, et est même en pointe sur certaines techniques comme le microfilmage. Elle est parfaitement incluse dans un réseau international, et reste indispensable au développement des études juives. L’Alliance a tenu son rôle dans ces évolutions, et la déchéance de la bibliothèque du Séminaire israélite de France, victime en même temps des mêmes exactions, montre cruellement à quel point ce soutien institutionnel est vital. On comprend également que la volonté de fédérer autour de la bibliothèque de l’Alliance un grand pôle français de documentation juive se heurte alors à de nombreuses résistances tant internes qu’externes. De ce point de vue aussi, on est frappé de la permanence des questionnements et des obstacles aujourd’hui encore. L’ère des technologies et un renouvellement des générations dirigeantes permettra peut-être d’avancer enfin dans la voie d’une coopération si difficile et pourtant si nécessaire entre les bibliothèques et centres d’archives en France. Il en va de la place des études juives françaises dans le paysage des bibliothèques, tant en France que face aux grands partenaires et parfois rivaux d’outre-Atlantique et d’Israël.
[1]
Les archives utilisées dans cette recherche sont des sources internes à l’Alliance israélite universelle : la série des procès-verbaux du comité central de l’Alliance signalée : PV CC ; Les archives du service de la bibliothèque, signalées Archives de la bibliothèque ; le Fonds Edmond-Maurice Lévy, signalé Fonds EML AP1.
[2]
« Le pillage des bibliothèques appartenant à des juifs pendant l’occupation : les livres dans la tourmente »,
Revue d’histoire de la Shoah, n° 168, janvier-avril 2000.
[3]
« La bibliothèque de l’Alliance israélite », dans
Les Cahiers de l’AIU, octobre-novembre 1947, n° 16-17, pp. 6-8.
[4]
« Le pillage par les Allemands des œuvres d’art et des bibliothèques appartenant à des juifs en France », Paris, Éditions du CDJC, 1947.
[5]
Fonds EML, AP1/76.
[6]
PV CC 13 décembre 1944.
[7]
PV CC 30 juin 1945.
[8]
PV CC 29 octobre 1945.
[9]
F. J. Hoogewoud, « The Nazi Looting of Books and its American «Antithesis» ; Selected Pictures from the Offenbach Archival Depot’s Photographic History and its Supplement »,
Studia Rosenthaliana 26,1-2 (1992) pp. 158-192.
[10]
Fonds EML, AP1/57.
[11]
PV CC 4 novembre 1947.
[12]
Il semble que ce tri n’ait pu être conduit à bien à l’époque puisqu’un grand nombre de ces archives se trouvent toujours rue La Bruyère où Mme Lévyne est occupée à les classer.
[13]
PV CC 12 décembre 1946.
[14]
Pour le compte à la fois de l’Alliance et du Consistoire, Maurice Moch s’occupe après guerre de réunir, par des dépouillements de presse, une documentation quotidienne sur l’antisémitisme et les questions juives, publiée dans un
Bulletin d’information.
[15]
PV CC 1
er octobre 1947.
[16]
PV CC 4 novembre 1947.
[17]
Fonds EML AP1/57.
[18]
Fonds EML, AP1/59.
[19]
Annexe au PV CC 11 juin 1951.
[20]
Fonds EML AP1/59.
[21]
Fonds EML AP1/57.
[22]
Twenty Years Later : Activities of the Conference on Jewish Material Claims against Germany 1952-1972, New York, 1972.
[23]
Archives de la bibliothèque AIU, boîte 18.
[24]
Yoram Mayorek, « Zosa Szajkowski and the Transfer of French-Jewish Archives to the US »,
Arkhiyyon 10-11 (1999).
[25]
PV CC 11 janvier 1951.
[26]
Archives de la bibliothèque AIU, dossier Manuscrits hébreux.
[27]
Archives de la bibliothèque AIU, dossier Manuscrits hébreux.
[28]
Voir
Les Cahiers de l’AIU, 21, 1999.