Archives Juives
Les Belles lettres

I.S.B.N.2251694099
144 pages

p. 17 à 29
doi: en cours

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Dossier : Juifs russes à Paris

Volume 34 2001/2

2001 Archives juives Dossier : Juifs russes à Paris

Un modèle de médiation culturelle et politique : la période parisienne de Solomon Abramovitch Dridzo, dit Alexandre Lozovsky (1909-1917)

Olivia Gomolinski Olivia GOMOLINSKI prépare une thèse à l’IEP de Paris sous la direction de Marc Lazar sur Alexandre Lozovsky (1876-1952). Parcours d’un dirigeant juif bolchevique. Chercheuse associée au Groupe d’études et d’observation de la démocratie (Université de Paris X-Nanterre), elle a publié plusieurs articles sur les relations entre communistes et anarchistes.
His image in historiography is blurred by the intricacies of the political process of Lozovsky, at one and the same time with the jewish immigrant workers, french trade-unionists and exiles Bolsheviks. The author then suggests a two-level readint of this period : first the study of the links which bring together these social-political spheres in Paris, and the part played by Lozovsky in each of them, the influence of his stay in Paris on his personnal progress, in which the jewish identity has been stated because of family heritage and because of his partnership in the Union of the makers of caps, although he was not in the least a workman. He asserts himself as a conciliator, before travelling back to Russia in 1917.
IMGIMGIMGIMFAlexandre Lozovsky vers 1910.
D.R.
Le parcours politique d’Alexandre Lozovsky est connu à des titres divers : dans la période de l’immigration parisienne (1909-1917) en tant que dirigeant du mouvement ouvrier juif et membre de groupes révolutionnaires russes en exil, puis dans la période soviétique en qualité de secrétaire général de l’Internationale syndicale rouge (1921-1937) et de vice-commissaire du peuple aux Affaires étrangères (1939-1946), ou encore comme l’une des victimes de la dernière purge stalinienne (il est exécuté le 12 août 1952). Cet itinéraire « classique » d’un vieux bolchevik qui a connu l’exil puis qui a assumé après octobre 1917 des responsabilités au sein des instances communistes internationales avant d’entrer dans l’appareil d’État soviétique, cache un cheminement où s’entremêlent différentes sensibilités culturelles et politiques – juive, russe, syndicale et bolchevique [1].
 
Un homme difficile à saisir
 
 
La difficulté à cerner le personnage de Lozovsky durant sa période parisienne tient d’abord à l’utilisation des témoignages, certes nombreux, mais tous partisans. Ces jugements tranchés découlent d’une part de l’évolution politique de Lozovsky après octobre 1917, et plus précisément de son ralliement tardif (en décembre 1919) [2] aux bolcheviks, et d’autre part des tensions nées de l’apparition du phénomène communiste en France et de ses conséquences sur le mouvement ouvrier. Les militants français qui ont connu Lozovsky à Paris ont postérieurement dressé de lui des portraits hostiles. Il s’agit d’hommes qui ont en effet soit refusé d’adhérer au communisme naissant par fidélité à la culture syndicale française, comme Alphonse Merrheim, soit rompu tôt avec celui-ci par opposition à la bolchevisation, comme Pierre Monatte, Alfred Rosmer ou Jacques Mesnil. Ainsi ce dernier oppose-t-il le révolutionnaire au bureaucrate que Lozovsky serait devenu ; cet « homme maigre, aux yeux fatigués et ardents, [ce] révolutionnaire passionné, qui du reste n’appartenait nullement au parti bolchevik » n’était plus le même homme, selon lui, en 1921 : « bien portant, d’aspect florissant, il s’était installé dans le régime, après avoir adopté les idées des vainqueurs » [3].
Les témoignages des anciens membres de l’immigration russe dépendent pour leur part de leurs évolutions politiques. Trotsky porte un jugement sévère sur la personnalité de son ancien collaborateur : « On ne peut dénier à Lozovsky, écrit-il de son exil à Constantinople, certaines aptitudes, une facilité d’orientation, un certain flair. Mais toutes ces facultés ont, chez lui, un caractère très fugace et superficiel. […] Conciliateur, internationaliste pendant la guerre, il milita avec moi, à Paris, à Nache Slovo (Notre parole) […]. En 1917, il fut le seul du groupe Nache Slovo à ne pas se joindre aux bolcheviks. […] Ce n’est pas un homme d’action révolutionnaire, c’est un pacifiste organique » [4].
De l’utilisation de l’autobiographie officielle de Lozovsky, écrite au milieu des années 1920 et qui paraît en 1927 dans l’Encyclopédie Granat, pour le dixième anniversaire de la Révolution d’octobre [5], découle une deuxième difficulté. Comme toute autobiographie, elle est le fruit d’une reconstruction. Cependant, dans le cadre bolchevique, il convient également de tenir compte à la fois de la valeur spécifique accordée à la biographie – en tant qu’instrument d’édification socialiste –, et de la nécessaire mise en conformité avec la politique du moment. D’où, comme le soulignent Georges Haupt et Jean-Jacques Marie, la discrétion de Lozovsky sur ses changements d’orientation politique [6]. D’où également son silence sur ses activités tournées vers les milieux ouvriers juifs émigrés en France. Ses fonctions de secrétaire du syndicat des casquettiers deviennent celles de « secrétaire général du syndicat des chapeliers français » ; dans la liste qu’il dresse des journaux auxquels il a collaboré ne figure pas Der Yiddisher Arbeter (Le Travailleur juif), bien qu’il en ait été le promoteur [7].
En dernier lieu, du fait de la diversité des activités de Lozovsky à Paris et de l’éclatement des domaines historiques, l’historiographie contribue à donner de lui une image fragmentée entre d’un côté le syndicaliste juif inscrit dans l’histoire des Juifs [8], et de l’autre l’opposant à la Première Guerre mondiale et le révolutionnaire russe en exil dans ses rapports avec le mouvement ouvrier français [9].
Ainsi l’image de Lozovsky souffre-t-elle de la confusion engendrée par la complexité de son itinéraire politique, à cheval entre les milieux ouvriers juifs émigrés, syndicalistes français et bolcheviks exilés. Il convient de dégager deux niveaux de lecture. Le premier a trait à l’analyse des liens qui unissent ces espaces socio-politiques et au rôle de Lozovsky au sein de chacun d’eux. Le deuxième cherche à mettre en perspective son étape parisienne dans son parcours personnel et à mesurer les apports de cette expérience sur les plans politique et syndical.
 
De Danilovka à Paris
 
 
Le parcours initial de Lozovsky est classique à la fois par son appartenance à la génération des vieux bolcheviks ayant adhéré jeunes à la social-démocratie russe naissante, et par sa place au sein de la catégorie des Juifs socialistes ayant rompu les premiers avec la foi de leurs parents en substituant au messianisme religieux un messianisme politique.
Solomon Abramovitch Dridzo est né en Ukraine orientale, dans le village de Danilovka, dans la province d’Ekaterinoslav (aujourd’hui Dniepropetrovsk), le 16 mars 1878. Ce fils de melamed (instituteur juif), issu d’une famille de sept enfants [10], est qualifié par Claudie Weill de plus juif des bolcheviks [11]. De fait, à la différence d’un Trotsky qui se borne à évoquer de façon lapidaire dans Ma Vie son rapport à sa judéité [12], Lozovsky n’hésite pas à donner quelques détails sur son milieu familial dans son autobiographie officielle : « Mon père était un pauvre instituteur juif […], ma mère avait un étalage de mercerie au marché le dimanche et les autres jours de marché. J’étudiai au heder (école primaire juive) » [13]. Lors de son procès, devant ses juges, Lozovsky revient sur ses origines : « mon père connaissait le Talmud, et l’hébreu. Il m’a appris l’hébreu, les prières et le russe. Le fait qu’un enseignant d’hébreu apprenne à son fils la langue russe prouve qu’il n’était pas un fanatique ». « J’ai cru en Dieu, déclare-t-il encore, jusqu’à l’âge de treize ans. J’étais obligé d’aller à la synagogue, de lire les prières, etc. », et il poursuit : « Notre génération, qui s’est construite entre les deux siècles, a eu une enfance religieuse » [14].
Lozovsky commence à travailler à l’âge de onze ans, d’abord comme garçon boucher, mais passe cependant, grâce à l’aide de son frère aîné, le certificat d’études secondaires. Dès 1901, il adhère au Parti social-démocrate de Russie. Présent à la première conférence bolchevique à Tammersfors en 1905, il y rencontre pour la première fois Lénine et Staline [15] ; c’est là qu’il adopte son pseudonyme [16]. Ses activités clandestines le conduisent notamment à Saint-Pétersbourg, où il est arrêté une première fois, à Kazan et à Kharkov. De nouveau incarcéré, il est condamné à la déportation le 6 mars 1908. Il s’enfuit, gagne Genève, et arrive à Paris en janvier 1909.
C’est sans aucun doute par le réseau familial que Lozovsky parvient à Paris, son frère, David Dridzo, y étant déjà installé. Mais ce choix de Paris comme terre d’asile est également motivé par la présence de nombreux exilés révolutionnaires russes. Paris possède au début du siècle une géographie très spécifique des étrangers : la ville compte d’une part le quartier des exilés politiques russes, situé dans un triangle formé par les quartiers de Port-Royal, des Gobelins et de Denfert-Rochereau, et d’autre part le quartier des immigrés juifs sur la rive droite, dans le quartier du Marais. « Lozovsky était, écrit Nancy Green, un des rares Russes juifs sociaux-démocrates qui traversait la Seine. Vivant dans la colonie des réfugiés [politiques] russes, sur la rive gauche, Lozovsky se sentait également chez lui parmi les immigrés de langue yiddish qui travaillaient dans le Marais » [17].
Si, sur sa déclaration de résidant, il se dit étudiant, il n’a jamais fréquenté les bancs de l’Université. Au cours de sa période parisienne, il exerce différents métiers, administre une école de monteurs électriques, dirige une coopérative de boulangers, devient secrétaire du syndicat des casquettiers, prend la direction d’un garage, travaille en usine, se fait publiciste. Cette instabilité professionnelle, caractéristique des révolutionnaires « professionnels », lui donne l’occasion de fréquenter des milieux très divers qui le conduisent notamment dans le quartier du Pletzl.
 
Un syndicaliste juif « au miroir français » [18]
 
 
C’est d’une manière un peu singulière, par le biais d’une activité tournée vers un milieu étroit et relativement isolé, que Lozovsky crée les conditions d’une intégration au mouvement ouvrier français. Cette curiosité marquée pour la culture politique révolutionnaire française est d’autant plus intéressante qu’elle constitue une démarche peu commune avant la guerre.
À la demande d’un groupe de casquettiers, Lozovsky devient, en 1911, le secrétaire du syndicat, bien qu’il soit étranger à la profession [19]. Son objectif affiché est d’en faire une organisation efficace. Le monde de la casquette possède des caractéristiques bien spécifiques. Culturellement homogène – « de la base au sommet, tout le monde, ou presque, [est] juif » –, il se répartit entre coupeurs, mécaniciens, bichonneurs et garnisseuses. Il possède une organisation syndicale corporative, fondée en 1896, membre de la Fédération des ouvriers chapeliers, elle-même rattachée à la Confédération générale du travail, dont le journal fédéral est L’Ouvrier chapelier [20].
En 1911, le contexte syndical est favorable au développement des activités en direction des immigrés. Dans la CGT se créent des comités intersyndicaux de langue, destinés à rassembler les ouvriers étrangers, quelle que soit leur corporation. Ainsi le comité intersyndical de langue juive se dote-t-il, en octobre 1911, sous l’impulsion de Lozovsky d’un organe en yiddish Der Yiddisher Arbeter. Composé en majorité d’articles traduits de la presse syndicale française, ce journal répond à une double volonté : organiser les milieux ouvriers juifs et les insérer dans le mouvement ouvrier français – ce qui nécessite de les former à la vie syndicale et de les tenir informés des débats et des actions menés. Lozovsky justifie sa démarche dans un article publié dans L’Ouvrier chapelier : « Ne connaissant que leur langue nationale, sans connaissance des conditions du travail, l’ouvrier étranger est un hôte désirable chez tous les exploiteurs. […] La nécessité de relever le niveau moral des travailleurs juifs, de les unir le plus étroitement possible avec le mouvement ouvrier français, de les mettre en garde contre tous les exploiteurs qui cherchent parmi les étrangers de la main-d’œuvre à bon marché est de mener la propagande de lutte de classe. Voilà ce qui a poussé les ouvriers fourreurs, tailleurs, maroquiniers et casquettiers à soulever la question d’un journal en langue juive » [21].
Le début des années 1910 correspond à une période de vives tensions dans le monde des casquettiers. En 1912, une importante grève est menée sous la conduite de Lozovsky pour l’obtention d’un tarif général. Elle s’inscrit dans les schémas classiques des actions syndicales : établissement d’un programme de revendications à partir de novembre 1911, puis, entre les mois de décembre et de mars 1912, préparation de la grève par une série d’assemblées syndicales et de meetings, enfin, courant mars, déclenchement de la grève dans différentes maisons. L’objectif est pleinement atteint et la grève, certes longue, se conclut par la signature de différents accords [22].
Les activités syndicales de Lozovsky sont axées à la fois sur la propagande et sur l’organisation. Lozovsky mène des campagnes sur des thèmes traditionnels, telle que la mise à l’index (le boycott par les ouvriers et les consommateurs) des maisons n’appliquant pas le tarif syndical, avance également des revendications plus novatrices et spécifiques, telle que l’exigence d’un salaire égal entre les hommes et les femmes [23]. Mais, ce qui prédomine chez lui c’est sa volonté organisatrice. Il justifie d’ailleurs ainsi son statut de permanent syndical, n’hésitant pas à rompre sur ce point avec la position traditionnelle de la majorité des syndicalistes français [24].
La grève des casquettiers a également donné l’occasion à Lozovsky de s’introduire dans la vie syndicale française tout en conservant sa culture propre de bolchevik. Au cours de l’année 1912, il est présent à deux congrès syndicaux en sa qualité de délégué du syndicat des casquettiers. Au 15e congrès national de la chapellerie qui se tient du 22 au 27 juillet à Bort-les-Orgues, pendant le conflit des casquettiers [25], Lozovsky intervient sur deux terrains. Dans le cadre de la lutte contre le chômage, il soutient la revendication de la semaine anglaise. En matière d’organisation syndicale, il s’oppose vivement à la proposition sur la non rééligibilité des fonctionnaires syndicaux au nom de l’efficacité [26]. Au congrès confédéral du Havre (du 16 au 21 septembre), Lozovsky fait valoir sa situation spécifique ; il intervient en sa qualité d’immigré pour rappeler dans le débat sur les retraites ouvrières que, si les étrangers payent des cotisations, ils n’en tirent aucun bénéfice. Mais sa prise de position touche aussi la question plus générale de l’État ; ce n’est pas à l’État mais aux patrons de payer les retraites, selon Lozovsky, s’inscrivant en cela dans une analyse de stricte lutte des classes et non de lutte contre l’État dans la tradition libertaire forte dans les syndicats [27].
Les positions de Lozovsky en matière organisationnelle se trouvent en phase avec les évolutions du moment. Depuis l’échec de la grève générale de 1906, le mouvement syndical est en pleine mutation. Un certain nombre de syndicalistes, réunis notamment autour de la revue La Vie ouvrière, véritable lieu de réflexion et de formation, cherchent des solutions nouvelles pour adapter le syndicalisme révolutionnaire aux transformations du monde du travail [28]. Ces hommes, Pierre Monatte [29], Alfred Rosmer [30], Alphonse Merrheim, tentent de convaincre des nécessaires aménagements du mouvement syndical, principalement par la transformation des syndicats de métier, issus du XIXe siècle, en syndicats d’industrie. Lozovsky, en accord avec leurs réflexions, se rapproche d’eux. Ses réseaux militants s’élargissent à la faveur de la porosité de la frontière entre les mouvements politiques et syndicaux : Lozovsky adhère parallèlement à la SFIO, où il retrouve une autre figure marquante du syndicalisme, Bourderon, un proche de Merrheim.
La guerre provoque des ruptures au sein de tous les milieux militants, mais, dans un mouvement inverse, elle soude les minoritaires isolés dans une nébuleuse politique extrêmement confinée, dont un des pôles est constitué par le journal de l’immigration russe, Nache Slovo. Lozovsky, par le biais de ses responsabilités au sein du journal, endosse le rôle de conciliateur entre les divers milieux et tendances opposés à la guerre.
 
Un conciliateur parmi les révolutionnaires
 
 
Les milieux d’opposants à la guerre ont été l’objet d’une surveillance étroite de la part des Renseignements généraux. Comme le note Annie Kriegel, les rapports témoignent « assez bien de la qualité de l’information que les services de police française avaient et du milieu révolutionnaire russe et du milieu pacifiste français » [31]. Les acteurs eux-mêmes avaient connaissance de cette situation : « Nous étions l’objet d’une surveillance suivie, témoigne Lozovsky ; on savait où nous allions, qui nous voyions, on connaissait nos moindres démarches » [32].
La déclaration de guerre fait s’égailler tous les militants. Lozovsky est dans la région de Montpellier et travaille comme ouvrier agricole pendant les vendanges quand il reçoit un journal russe, Golos (La Voix), édité à Paris : « on y sentait à chaque ligne l’esprit internationaliste. Dès que j’eus parcouru les premiers numéros, je pris le train pour Paris » [33]. Alfred Rosmer parle du journal comme d’« une cause d’émerveillement et d’envie » dans une période où il n’y avait « nulle possibilité d’aucune sorte de publier quoi que ce soit » [34]. C’est Vladimir Antonov-Ovseenko, un menchevik émigré à Paris depuis 1910, qui a lancé ce quotidien avec l’aide de Dimitri Manouilsky, un bolchevik en rupture avec Lénine. « Le journal se développa rapidement, écrit-il dans son autobiographie, et attira en son sein toute une série de leaders internationalistes célèbres de tous bords : Martov, Trotsky, Lounatcharski, M. Pokrovski, Volontaire, Lozovski, Vladimirov et d’autres » [35]. Antonov est l’âme du journal [36]. Mais au problème de financement s’ajoute celui de la censure et, après le cent unième numéro, Golos est interdit. Il renaît immédiatement, et devient en janvier 1915 Nache Slovo. En novembre 1916 le titre change à nouveau en Natchalo, et enfin en Novaja Epoha (Nouvelle époque) à partir de février 1917.
Le journal est également le théâtre d’âpres luttes de tendance. En effet, avec la guerre, comme l’explique Annie Kriegel, le socialisme russe se trouve encore plus divisé, « non tant sur des problèmes d’attitude pratique que sur l’interprétation des événements en cours et les perspectives politiques qu’ouvre la guerre mondiale au mouvement ouvrier » [37]. Le journal compte des mencheviks internationalistes, dont les chefs de file sont Martov et Axelrod, des bolcheviks, et des militants qui occupent une position intermédiaire, comme Trotsky. Quant à Lozovsky, il tient une place particulière, cherchant à rassembler l’ensemble des opposants à la guerre. Les divergences éclatent sur deux thèmes : la transformation de la guerre en révolution et la condamnation du socialisme démocratique rallié à la « bourgeoisie ». La radicalisation progressive des exilés, suite à la conférence de Zimmerwald qui tente, en septembre 1915, de définir une plate-forme d’opposition internationale à la guerre, aboutit à la rupture des liens de Martov avec le journal, Trotsky ayant multiplié les attaques contre lui.
Même s’il s’agit d’un journal en russe, fait par des émigrés russes, quelques Français y participent ; pendant un temps Rosmer, prenant le relais de Tchitcherine, donne, à la demande de Trotsky, un article hebdomadaire sur le mouvement britannique [38]. Plus généralement, le mouvement français et le journal mènent des actions conjointes. « Trotsky et moi, nous étions ceux qui avions le plus de rapports avec les Français, raconte Lozovsky. Dès le début, nous participâmes à la création des premiers groupes d’opposition au sein de la Confédération générale du travail » [39]. Ces relations entre Russes et Français sont attestées par un rapport de police du 6 mars 1916 : « il résulte que la campagne de propagande pacifiste et révolutionnaire menée par Bronstein-Trostzky dans Nache Slowo, se confond avec celle que Merrheim et Bourderon ont entreprise au lendemain de la conférence de Zimmerwald et pour les besoins de laquelle ils ont cru devoir utiliser La Vie ouvrière » [40]. Mais, si les Russes sont divisés, les Français le sont également. Sur la base du défaitisme révolutionnaire, le noyau de La Vie ouvrière prône, autour de Monatte et de Rosmer, la transformation de la guerre impérialiste en guerre de classe. Merrheim et Bourderon avancent une position pacifiste, les anarchistes, eux, revendiquant une position plus antimilitariste. Mais, face au durcissement de la position de Trotsky, notamment après la conférence de Kienthal, en juillet 1916, favorable à la création d’une nouvelle organisation internationale, le mouvement minoritaire français s’éloigne des positions des exilés russes.
Malgré ces nouvelles tensions, Lozovsky maintient les contacts, notamment par le biais des différents comités pacifistes qui se créent. Il participe à de nombreux débats, dans le cadre syndical au sein du Comité pour la reprise des relations internationales et du Comité de défense syndicaliste, dans le cadre politique au sein de la 12e section du Parti socialiste, et dans le monde intellectuel au sein de la Société d’études documentaires et critiques sur la guerre qui se réunit rue de la Sorbonne. Il anime à plusieurs reprises des meetings avec Merrheim et Bourderon. Une réunion autour de Friedrich Adler, l’assassin du président du Conseil d’Autriche-Hongrie, organisée par Lozovsky, Merrheim et Loriot le 29 novembre 1916, est interdite. Elle avait été annoncée notamment par des membres du groupe des casquettiers « Amis de Natchalo » [41].
Les liens entre Lozovsky et le mouvement ouvrier juif n’ont en effet jamais cessé. Ses relations avec les casquettiers lui servent de relais pour mener campagne contre la guerre dans les milieux juifs immigrés et les insérer davantage dans le mouvement révolutionnaire. Il participe ainsi, en septembre 1915, au premier numéro d’un journal en yiddish, La Tribune juive, envoyant des articles parus dans Nache Slovo dans un effort pour accroître leur diffusion ; dès le deuxième numéro pourtant, il donne sa démission, refusant de travailler avec des « socialistes patriotes » [42]. Il fait également des conférences en yiddish, notamment rue de Bretagne, dans la Maison commune, sur la situation du syndicalisme confronté au problème de la guerre.
Ce n’est cependant qu’après l’expulsion de Trotsky par les autorités françaises le 30 octobre 1916 [43], que Lozovsky, désormais seule personnalité d’envergure à demeurer en France (Manouilsky, malade, s’est retiré en Suisse), accède véritablement au devant de la scène. Cependant, il souffre encore de la comparaison avec son ancien collaborateur, comme en témoigne un rapport des Renseignements généraux : « Salomon Dridza (sic) n’a ni le talent ni l’autorité de Bronstein-Trotsky. C’est toutefois un homme très adroit qui sait conduire fort bien la barque kienthalienne dans les eaux troubles des milieux internationalistes parisiens » [44]. Lozovsky s’inscrit dans la poursuite du travail entrepris, et fonde le journal Natchalo.
Cependant, à la faveur de la Révolution de février, un grand bouleversement s’opère au sein de l’immigration révolutionnaire russe. La priorité devient le retour des exilés. Se constitue un Comité pour le rapatriement des Russes dont le comité central se trouve à Zurich. Tchitcherine est chargé d’organiser la filière à partir de l’Angleterre [45]. Dans un premier temps, la demande de visa est refusée à Lozovsky. « La Sûreté générale avait des listes spéciales où figuraient tous les internationalistes, expliquera-t-il, [et] comme nos noms s’y trouvaient, le gouvernement résolut de ne pas nous laisser partir ». C’est ce que confirment les rapports de police [46]. Lozovsky décide d’obliger l’État français à le laisser retourner en Russie. « Durant cinq ou six semaines, je me rendis chaque soir aux réunions des sections du Parti et aux assemblées ouvrières, où je parlai de la révolution russe, des Soviets et m’élevai catégoriquement contre la guerre. Ma propagande « nuisible » me tira d’affaire, et, de deux maux préférant le moindre, le Gouvernement se décida à me laisser partir » [47]. Lozovsky reçoit, sur ordre du ministre de l’Intérieur, au début du mois de mai, le visa qu’il avait sollicité, et rentre en Russie. Comme si ses deux identités avaient fusionné, lors d’une conférence du Parti bolchevik durant l’été, Lozovsky est chargé de représenter les ouvriers juifs de Lituanie.
Le parcours de Lozovsky éclaire l’imbrication des réseaux socio-politiques, des milieux juifs, des groupes révolutionnaires russes et du mouvement ouvrier français. Les rapports sont nombreux, bien que peu aisés. Lozovsky fait preuve à cet égard d’une infatigable volonté de conciliation. S’il occupe une place de médiateur, c’est qu’il possède les qualités requises. Son intégration dans différents cercles militants lui permet d’entreprendre l’élargissement des sphères d’intervention. Mais sa capacité ou son intérêt à s’introduire au sein de milieux variés tient aussi à son attachement à ses identités multiples. La question identitaire s’efface toutefois devant le primat du politique. Lozovsky demeure un révolutionnaire et un organisateur, pour qui compte avant tout le résultat.
 
NOTES
 
[1]Cette étude s’inscrit dans le cadre d’un doctorat en histoire consacré à « Solomon Abramovitch Dridzo dit Alexandre Lozovsky, itinéraire d’un dirigeant juif bolchevik (1878-1952) », Institut d’études politiques, Paris.
[2]Lozovsky est exclu du parti bolchevik en janvier 1918 pour ses condamnations répétées de la révolution. Il devient membre du petit Parti social-démocrate internationaliste. Mais sous son impulsion, ce parti se rapproche des bolcheviks pour s’auto-dissoudre en janvier 1920.
[3]Jacques Mesnil, « Les menteurs officiels contre Victor Serge », La Révolution prolétarienne, n° 184, 10 octobre 1934.
[4]Léon Trotsky, L’Internationale communiste après Lénine, Paris, PUF, 1979 (1969), pp. 472-474.
[5]Cf. le volume 41 de cette encyclopédie (en russe), Moscou, 1927. L’autobiographie de Lozovsky a été traduite en français et suivie d’un commentaire. Cf. Georges Haupt et Jean-Jacques Marie, Les Bolcheviks par eux-mêmes, Paris, François Maspero, 1969, pp. 277-282. La biographie de Lozovsky était destinée aux archives de l’Union des anciens déportés et exilés politiques. Cf. GARF (Archives d’État de la Fédération de Russie), fonds 533, op. 2, d. 1152, l. 67-72.
[6]Georges Haupt et Jean-Jacques Marie, ibid., p. 14.
[7]Pourtant dans cette même autobiographie Lozovsky n’hésite pas à décrire son milieu familial juif, mais il s’agit d’une inscription sociale et non militante.
[8]Cf. Nancy Green, Les Travailleurs immigrés juifs à la Belle Époque. Le « Pletzl » de Paris, Paris, Fayard, 1985.
[9]Cf. Annie Kriegel, Aux Origines du communisme français (1914-1920). Contribution à l’histoire du mouvement ouvrier français, t. I et II, Paris-La Haye, Mouton & Co, 1964.
[10]GARF, Fonds 102/5/1903/3398.
[11]Claudie Weill, « Autobiographie des socialistes juifs de l’Empire russe », communication au colloque « Écriture de l’histoire et perception du passé comme approche de l’identité juive ashkénaze, XIXe-XXe siècles », Paris, 30 novembre-1er décembre 1998. Nous remercions l’auteur qui nous a transmis sa communication à paraître.
[12]Ma Vie, Paris, Gallimard, 1953 (1929), p. 404.
[13]Georges Haupt et Jean-Jacques Marie, op. cit., p. 277.
[14]V.P. Naumov, Un jugement inique. La dernière exécution stalinienne. Sténogramme du procès judiciaire sur les membres du Comité juif antifasciste, Nauka, 1994, p. 142 (en russe).
[15]Cf. Nadedja Kroupskaïa, Souvenirs sur Lénine : « Il est peu probable que ceux qui furent délégués à cette conférence l’oublient jamais. Parmi les camarades présents se trouvaient Lozovsky, Baransky et Yarolavsky. Je me souviens d’eux parce que leurs rapports sur leurs localités furent captivants », cité in Bertram D. Wolfe, Lénine, Trotsky, Staline, Paris, Calmann-Lévy, 1951, pp. 111-112.
[16]V.P. Naumov, op. cit., p. 142.
[17]Nancy Green, op. cit., p. 210.
[18]L’expression est empruntée à Annie Kriegel, Communismes au miroir français, Paris, Gallimard, 1974.
[19]Ibid., p. 208.
[20]Nous empruntons ces informations à Nancy Green, op. cit., pp. 178-182, 207-212, 243-249.
[21]A. Lozovsky, « Un journal en langue juive », L’Ouvrier chapelier, n° 514, 20 juillet-18 août 1911.
[22]Pour le récit des grèves et leur résultat, cf. L’Ouvrier chapelier, n° 515, 18 août 1911-16 septembre 1911 et du n° 519, décembre 1911, au n° 529, octobre 1912.
[23]Ibid., n° 518, 21 novembre 1911.
[24]« Je suis obligé de dire quelques mots sur une question personnelle. On proteste contre un secrétaire payé. On peut facilement résoudre la question. Ceux qui protestent n’ont qu’à faire tout le travail nécessaire, qu’ils tiennent la comptabilité, la permanence etc. etc., en un mot qu’ils assurent tous les services du syndicat. Il est certain qu’ils perdront leur temps, mais ils sont si dévoués à la cause commune. Nous ne pourrons que les féliciter. Qu’ils le fassent le plus tôt possible », article d’A. Lozovsky, L’Ouvrier chapelier, n° 515, 18 août-16 septembre 1911.
[25]« La Fédération de la chapellerie envoie ses encouragements et son souhait de victoire aux camarades […] les casquettiers de Paris qui luttent actuellement contre leurs exploiteurs » et le congrès vote à l’unanimité une subvention de 1 000 francs à la grève, L’Ouvrier chapelier, n° 526, 1er août 1912.
[26]Ibid. La proposition est rejetée.
[27]CGT, XVIIIe Congrès confédéral du Havre, compte-rendu sténographique, Paris, Imprimerie confédérale, 1912, p. 167.
[28]Sur les évolutions du syndicalisme, cf. Georges Lefranc, Le Mouvement syndical sous la Troisième République, Paris, Payot, 1967, et Jacques Julliard, Autonomie ouvrière. Études sur le syndicalisme d’action directe, Paris, Gallimard/Seuil, 1989.
[29]Colette Chambelland, Pierre Monatte, une autre voix syndicaliste, Paris, L’Atelier, 2000.
[30]Christian Gras, Alfred Rosmer et le mouvement révolutionnaire international, Paris, Maspéro, 1971.
[31]Annie Kriegel, « Le dossier Trotsky à la Préfecture de police de Paris », Les Cahiers du monde russe et soviétique, vol. IV, juillet-septembre 1963, p. 280.
[32]« Comment pendant la guerre nous éditions des journaux internationalistes », Le Bulletin communiste, n° 43, 24 octobre 1924.
[33]Ibid.
[34]Alfred Rosmer, Le Mouvement ouvrier pendant la Première guerre mondiale, De l’Union sacrée à Zimmerwald, Paris, Librairie du Travail, 1936, p. 244.
[35]Georges Haupt et Jean-Jacques Marie, op. cit., p. 262.
[36]« il avait toutes les charges, la rédaction, l’administration, surtout celle de trouver les ressources indispensables », Alfred Rosmer, op. cit., p. 245.
[37]Annie Kriegel, « Le dossier Trotsky… », op. cit., p. 266.
[38]Alfred Rosmer, op. cit., p. 246.
[39]A. Lozovsky, « Comment pendant la guerre… », op. cit., n° 43, p. 1023.
[40]Archives de la Préfecture de police (désormais PP), BA 1545.
[41]PP, BA 1536, correspondant du correspondant 309, du 2 décembre 1916.
[42]PP, GA D15, rapport Blanc des Renseignements généraux du 14 septembre 1915. Copie de la lettre, interceptée et traduite, adressée à la rédaction et publiée dans La Tribune juive du 17 octobre. Cf. le rapport du 27 octobre.
[43]Le journal est fermé. Lozovsky raconte que Antonov-Ovseenko et lui-même figuraient aussi sur la liste des expulsables, « mais au dernier moment, le Gouvernement se ravisa et décida de n’expulser que Trotsky », « Comment pendant la guerre… », op. cit., n° 44.
[44]PP, BA 1709, rapport concernant le Parti social-démocrate russe (groupe parisien).
[45]PP, GA D15, copie d’une lettre de Tchitcherine à Lozovsky, interceptée et traduite du russe, 9 avril 1917 : « Il reste entendu que seront tout d’abord envoyés en Russie les réfugiés politiques bien connus et dans lesquels on aura toute confiance. […] Le public est prévenu qu’il ne peut partir avant que ne soient arrêtés tous les détails lui permettant d’accomplir le voyage selon les règles qui seront établies. Jusqu’alors personne ne part ».
[46]A. Lozovsky, « Comment pendant la guerre… », op. cit., n° 44, et PP, GA D15, lettre du Préfet de Police au ministre de l’Intérieur, du 13 avril 1917, et réponse du Ministère, 17 avril 1917.
[47]A. Lozovsky, ibid.
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[1]
Cette étude s’inscrit dans le cadre d’un doctorat en histoi...
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[2]
Lozovsky est exclu du parti bolchevik en janvier 1918 pour ...
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[3]
Jacques Mesnil, « Les menteurs officiels contre Victor Serg...
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[4]
Léon Trotsky, L’Internationale communiste après Lénine, Par...
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[5]
Cf. le volume 41 de cette encyclopédie (en russe), Moscou, ...
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[6]
Georges Haupt et Jean-Jacques Marie, ibid., p. 14. Suite de la note...
[7]
Pourtant dans cette même autobiographie Lozovsky n’hésite p...
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[8]
Cf. Nancy Green, Les Travailleurs immigrés juifs à la Belle...
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[9]
Cf. Annie Kriegel, Aux Origines du communisme français (191...
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[10]
GARF, Fonds 102/5/1903/3398. Suite de la note...
[11]
Claudie Weill, « Autobiographie des socialistes juifs de l’...
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[12]
Ma Vie, Paris, Gallimard, 1953 (1929), p. 404. Suite de la note...
[13]
Georges Haupt et Jean-Jacques Marie, op. cit., p. 277. Suite de la note...
[14]
V.P. Naumov, Un jugement inique. La dernière exécution stal...
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[15]
Cf. Nadedja Kroupskaïa, Souvenirs sur Lénine : « Il est peu...
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[16]
V.P. Naumov, op. cit., p. 142. Suite de la note...
[17]
Nancy Green, op. cit., p. 210. Suite de la note...
[18]
L’expression est empruntée à Annie Kriegel, Communismes au ...
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[19]
Ibid., p. 208. Suite de la note...
[20]
Nous empruntons ces informations à Nancy Green, op. cit., p...
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[21]
A. Lozovsky, « Un journal en langue juive », L’Ouvrier chap...
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Pour le récit des grèves et leur résultat, cf. L’Ouvrier ch...
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Ibid., n° 518, 21 novembre 1911. Suite de la note...
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« Je suis obligé de dire quelques mots sur une question per...
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« La Fédération de la chapellerie envoie ses encouragements...
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Ibid. La proposition est rejetée. Suite de la note...
[27]
CGT, XVIIIe Congrès confédéral du Havre, compte-rendu sténo...
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Sur les évolutions du syndicalisme, cf. Georges Lefranc, Le...
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Georges Haupt et Jean-Jacques Marie, op. cit., p. 262. Suite de la note...
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« il avait toutes les charges, la rédaction, l’administrati...
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Annie Kriegel, « Le dossier Trotsky… », op. cit., p. 266. Suite de la note...
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Alfred Rosmer, op. cit., p. 246. Suite de la note...
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