Archives Juives
Les Belles lettres

I.S.B.N.2251694110
144 pages

p. 152 à 155
doi: en cours

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Dictionnaire - Lectures

Volume 35 2002/1

Joseph Shatzmiller, Shylock revu et corrigé. Les Juifs, les chrétiens et le prêt d’argent dans la société médiévale, traduit de l’anglais par Sylvain Piron, Paris, Les Belles Lettres, 2000, 322 pages dont deux annexes documentaires (pp. 172-222), abondante bibliographie (pp. 279-309), index, figures et tableaux, 21,34 euros

Dans la droite ligne des historiens juifs allemands de l’histoire économique médiévale du tournant des XIXe et XXe siècles, l’auteur adopte une position défensive vis-à-vis d’une certaine histoire antisémite présentant le prêteur juif médiéval comme la figure-type de la face la plus dure du capitalisme naissant : les Juifs sont des usuriers certes (rappelons que le terme usure désigne alors tout simplement le prêt à intérêt), mais de bons usuriers, indispensables au fonctionnement correct de l’économie, et de plus appréciés des personnes à qui ils font crédit. Autour d’un dossier datant de 1317 de témoignages chrétiens favorables au prêteur Bondavin de Draguignan, Juif de Marseille, l’auteur décortique les modalités du prêt et des procédures judiciaires, mesure la part du crédit dans l’économie, et celle des Juifs dans le crédit, analyse la position des gouvernants et l’influence de l’Église. L’ouvrage est composé avec tout le soin qui lui est habituel : publication du dossier lui-même (on aurait aimé cependant savoir si ce dossier, probablement en latin, ce que l’auteur ne nous dit pas, a été traduit directement du latin en français ou du latin en anglais et retraduit en français), appareil de notes et bibliographie très fournis.
Un reproche cependant : peut-on vraiment extrapoler d’une région d’implantation juive quasi « immémoriale », la Provence, à l’ensemble de l’Europe, particulièrement à l’Angleterre où la présence juive n’avait duré qu’environ deux siècles ? Peut-on comparer un dossier provençal du début du XIVe siècle, plusieurs décennies donc avant les émeutes antijuives de la Peste noire, à une figure théâtrale anglaise du début du XVIIe siècle ? L’auteur a-t-il cherché surtout un effet d’annonce dans son titre ? L’histoire des Juifs en Europe médiévale est à présent suffisamment documentée et décrite pour permettre de nuancer davantage le propos.
M. L. [*]
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Société d’histoire des israélites d’Alsace et de Lorraine. XXIe colloque (Strasbourg, 27 et 28 février 1999), Textes réunis par Anny Bloch, Jean Daltroff, Norbert Schwab et André Haarscher, Strasbourg, Imprimerie de l’université Marc Bloch, 2000, 95 p., illustrations, 75 francs

Fidèle à son propos, la Société d’histoire des israélites d’Alsace et de Lorraine s’attache à la description et à la publication de documents concernant les Juifs de ces deux provinces. Dans cette livraison nous trouvons : sous la plume d’Éliane Roos Schuhl la traduction (pp. 77-95) et un commentaire fourni (pp. 23-35) des deux carnets du circonciseur Moÿses Schuhl, tenus de 1740 à 1809 ; un examen général par Pierre Katz des conditions de délivrance des certificats de non-usure dans le Bas-Rhin en 1808 (pp. 52-56) ; une courte description par Uri Robert Kaufmann de la collection Alsace-Lorraine de l’Institut Leo Baeck de New York (pp. 73-74) – nous devons rappeler à ce sujet, ce que l’auteur semble ignorer, qu’il n’est pas nécessaire pour la consulter de faire le voyage de New York car la CFAJ possède des microfilms de cette collection, achetés naguère par Bernhard Blumenkranz à l’Institut Leo Baeck : ils peuvent être consultés à la bibliothèque de l’Alliance israélite universelle à Paris ! Dans le registre des études, nous trouvons une histoire, due à Françoise Job, de la famille Brisac de Lunéville aux XVIIe et XVIIIe siècles (pp. 48-51) ; une étude de Denis Ingold sur la communauté juive de Soultz et du Haut-Mundat au XVIIe siècle (pp. 39-47). L’iconographie de la cathédrale de Strasbourg fait l’objet d’un article fort original de Léopold Asch sur la célèbre représentation de la Synagogue et de l’Église dans cette cathédrale (pp. 13-22, nombreuses illustrations). Deux articles enfin se consacrent aux émigrés juifs alsaciens : émigrés en France étudiés par Jean-Marc Dreyfus dans le parcours de Jean-Richard Bloch, auteur du roman récemment réédité Et Compagnie (pp. 67-71), émigrés aux États-Unis étudiés par Anny Bloch autour du sujet épineux de l’esclavagisme (pp. 59-66).
Nous regrettons que la dureté des temps n’ait pas permis aux éditeurs d’améliorer la qualité des illustrations, en particulier celle de l’iconographie de la cathédrale. Puissent-ils à l’avenir trouver un mécène !
M. L. [*]
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Françoise Basch, Liliane Crips, Pascale Gruson (direction de publication), Victor Basch 1863-1944 : un intellectuel cosmopolite, Paris, Berg International Éditeurs, 2000, 273 p., 120 francs

Cet ouvrage collectif, préfacé par Madeleine Rebérioux, retrace la vie et l’œuvre de Victor Basch, président de la Ligue des Droits de l’homme de 1926 à 1940, assassiné par la Milice en janvier 1944. Les différentes contributions éclairent les principales facettes du personnage : l’universitaire et le philosophe imprégné de culture germanique ; l’intellectuel engagé, militant passionné des Droits de l’homme, socialiste de la première heure ; l’intellectuel juif enfin, fidèle à la mémoire de ses origines, sympathisant de la cause sioniste sans jamais abdiquer son idéal universaliste.
Victor Basch, dont la pensée nous est restituée grâce à quelques textes judicieusement choisis, apparaît comme une figure emblématique de la Troisième République : soulignons ici le rôle fondateur de l’affaire Dreyfus, qui motive son adhésion à la Ligue des Droits de l’homme, ou encore son patriotisme sans failles, qui le conduit à rallier l’Union sacrée en 1914. Le choix du socialisme est également essentiel : Victor Basch adhère à la SFIO de Jean Jaurès, puis devient l’ami de Léon Blum ; président du Rassemblement populaire, à partir de juillet 1935, il est l’un des artisans de la victoire électorale du Front populaire. Son combat antifasciste le conduit à soutenir l’Espagne républicaine en 1936, puis à dénoncer les accords de Munich en 1938, contre l’avis des pacifistes de son propre camp.
De l’affaire Dreyfus à la crise des années 1930, l’engagement de Victor Basch est aussi marqué par la lutte incessante contre l’antisémitisme. Né à Budapest en 1863, dans un milieu libéral partisan d’une assimilation nationale à la française, Victor Basch, comme Bernard Lazare, commence à éprouver un véritable sentiment de solidarité juive face aux attaques des antidreyfusards. Sous l’influence de ses amis, Max Nordau ou Alexandre Marmorek, il se familiarise par la suite avec les cercles sionistes parisiens. Dans leur contribution, Catherine Fhima et Catherine Nicault montrent que l’identité juive de Victor Basch est d’abord liée à une « solidarité de souffrance », qui se traduit assez vite par un sentiment d’orgueil et de fierté, comme s’il s’agissait de relever un défi face aux multiples agresseurs. Sa conversion tardive au sionisme, en 1911, s’apparente plutôt à un positionnement prosioniste : il s’agit de résoudre la question juive en Europe orientale, pas de susciter un sentiment national juif en Europe occidentale…
Fort de cette prise de conscience, Victor Basch a voulu jouer un rôle de premier plan dans la « politique juive » des années 1910 à 1930, tentant de s’imposer, maladroitement, comme l’une des figures incontournables du mouvement sioniste en France. Après les résultats mitigés d’une mission officielle auprès des Juifs américains, entre novembre 1915 et mai 1916, il contribue, après la guerre, à orienter le comité central de la Ligue des Droits de l’homme vers un activisme prosioniste, mais bon nombre de notables de la communauté juive préfèrent le maintenir en marge du mouvement tout au long des années 1920. Selon Catherine Fhima et Catherine Nicault, cette tentative d’incursion sur un terrain purement communautaire se solde donc plutôt par un échec.
Au cours des années 1930, le combat antifasciste, à la tête de la Ligue des Droits de l’homme, permet à Victor Basch de renouer pleinement avec l’universalisme du discours républicain : c’est pour tous les peuples qu’il se bat. Il n’en reste pas moins que le sionisme humanitaire auquel il semble avoir adhéré remplissait peut-être un objectif identitaire essentiel : confier aux réfugiés d’Europe orientale la tâche d’assurer la pérennité du judaïsme, sur le sol de la Palestine.
Philippe Moine [**]
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Madeleine Comte, Sauvetages et baptêmes. Les religieuses de Notre-Dame de Sion face à la persécution des Juifs en France (1940-1944), L’Harmattan, 2001, 219 p.

M. Comte consacre une recherche neuve à l’étude du comportement des religieuses de Notre-Dame de Sion pendant le second conflit mondial. Les archives consultées et une longue quête de témoignages permettent de répondre à deux questions essentielles sur l’action de cette congrégation durant la guerre : son rôle dans le sauvetage des Juifs et la question des baptêmes et de son action prosélyte dans ce contexte. Questions d’autant plus vives qu’elle se consacre depuis sa création au XIXe siècle à la conversion des Juifs.
L’auteur prouve amplement la participation de nombreuses religieuses au sauvetage et leurs connivences avec d’autres mouvements qui œuvrent en faveur des populations persécutées. Mais il s’agit souvent de personnalités qui entraînent derrière elles des complicités ou du moins des silences. La congrégation ne s’est jamais, en tant que telle, engagée dans le sauvetage. La maison-mère de Paris est extrêmement prudente alors que le pensionnat proche, sous les auspices de mère Francia et avec l’aide du père Devaux, est très actif. Les maisons de Lyon, Grenoble ou Marseille sont plus actives. La congrégation ne rentre donc pas en dissidence, elle est même largement pétainiste au moins jusqu’en 1942. La défaite de la France est une punition, le maréchal un sauveur, et l’ouverture d’une maison à Grenoble en 1940 est rendue possible par l’abrogation de la loi de 1904 sur les congrégations. Il est dommage de ne pas pouvoir mieux connaître les motivations qui poussent telle ou telle à participer à ces actions de secours et même parfois de résistance. La faiblesse des témoignages, le peu de traces laissées par ces actrices expliquent cela. Néanmoins dans un ouvrage d’une telle qualité, une typologie des engagements aurait été intéressante.
Ce sauvetage des corps se fit-il au prix des âmes ? Les années de la guerre sont aussi celles de l’explosion des baptêmes, 1 000 de 1939 à 1945, soit la moitié des baptêmes réalisés par la congrégation sur un siècle. Ce succès mêle un indéniable prosélytisme et la volonté des familles de préserver leur enfant. Néanmoins aucun baptême à la sauvette, sans préparation longue. Agir autrement serait aux yeux de la congrégation ternir la valeur de ce sacrement. Les rescapés expliquent aussi combien l’ambiance même de ces maisons d’accueil favorisait cette fusion et l’attrait exercé par ce refuge, dans un temps de haine, sur des enfants souvent sans éducation religieuse. Néanmoins, dès 1942, le nombre diminue. Les familles perçoivent que le baptême ne protège pas. L’auteur nous permet ainsi de répondre à la deuxième interrogation : il semble qu’à de rares exceptions près, et pour cette congrégation, l’aide fut largement altruiste.
Une évolution après guerre est perceptible. Si la congrégation retrouve son souci du sort matériel et spirituel des Juifs, elle réalise un « tournant apostolique » qui accompagne les mutations de Vatican II et abandonne son activité prosélyte au profit du courant de rapprochement judéo-chrétien.
F. G.
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Georges Weill, Émancipation et progrès, l’Alliance israélite universelle et les Droits de l’homme, préface d’André Wormser, Paris, Les éditions du Nadir, 2000, 211 p., 185 francs

Un fil conducteur : « les Droits de l’homme » pour une série d’articles épars, revus et annotés sur les 140 ans d’existence de l’Alliance israélite universelle. Une étude prosopographique des pères fondateurs qui d’Adolphe Crémieux à Charles Netter ont su mettre en commun leur culture, leurs idées issues de la philosophie généreuse et libérale de la révolution de 1848. Une vue synthétique de l’idéologie de cette jeune société philanthropique à travers les discours, les manifestes et les différents programmes à sa création en 1860.
Tel est le livre de Georges Weill, conservateur honoraire du patrimoine, qui a longtemps assuré la responsabilité de la bibliothèque et des archives de cette institution.
Il ne se prétend ni un bilan exhaustif, ni une énième histoire, mais veut apporter un éclairage particulier sur certains sujets qui intéressent la recherche actuelle. À quelles sources puisent les pères fondateurs ? Quels types de rapports contractuels l’Alliance a su tisser pour mettre en place un programme fidèle à la conception juive et universelle des Droits de l’homme ? la belle figure de René Cassin en est l’illustration, lui qui fut président de l’Alliance de 1943 à sa mort. Quelle fut la stratégie scolaire et humanitaire en vue d’une occidentalisation progressive des communautés juives du bassin méditerranéen élargi ? Et quelles furent enfin, les réactions de ses sociétés traditionnelles ? Toutes ces questions interrogent notre modernité et restent par bien des égards d’actualité. L’affaire Mortara qui est aux origines de l’Alliance et qui ouvre cette présentation est replacée utilement dans le cadre de la politique italienne de Napoléon III et plus globalement dans celui de la formation des concepts de solidarité civile et religieuse du XIXe siècle. On trouve des documents bien choisis : la liste des écoles de 1862 à 1994 par pays et par ordre alphabétique, des cartes utiles qui permettent de visualiser ce maillage impressionnant, des tableaux évolutifs et surtout une iconographique riche et émouvante. Bref un ouvrage utile pour les néophytes comme pour les chercheurs et qui éclaire en amont le dossier d’Archives juives n° 34/1 consacré à l’Alliance après 1945.
Katy Hazan [***]
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NOTES
 
[*]Monique LÉVY, agrégée de l’Université, est secrétaire générale de la Commission française des archives juives.
[**]Philippe MOINE, agrégé d’histoire, ancien élève de l’École normale supérieure, prépare une thèse sur Les socialistes français, l’État d’Israël et le mouvement sioniste. Il est membre du conseil scientifique de l’Association des amis de Jules Isaac.
[***]Kathy HAZAN, agrégé d’histoire, a publié Les Orphelins de la Shoah. Les maisons de l’espoir (1944-1960), Paris, Les Belles Lettres, 2000.
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