Archives Juives
Les Belles lettres

I.S.B.N.2251694110
144 pages

p. 44 à 59
doi: en cours

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Dossier : Se convertir

Volume 35 2002/1

2002 Archives juives Dossier : Se convertir

L’intégration par la liberté des consciences et l’égalité des cultes.

L’exemple de l’affaire Bluth-Mallet (1861)

Danielle Delmaire Docteur d’État et professeur à l’université de Lille III, a consacré l’essentiel de ses travaux à l’histoire des communautés juives de France aux XIXe et XXe siècles, à l’antisémitisme, aux relations entre Juifs et chrétiens ainsi qu’à la Shoah. Elle a publié Antisémitisme et catholiques dans le Nord pendant l’Affaire Dreyfus, Lille, Presses universitaires de Lille, 1991 et dirige Tsafon, revue d’études juives du Nord.
In 1861, canon Mallet, from Cambrai diocese, is put to trial under the accusation of abduction of Jewish children and their conversion without theit parents’ assent. On this matter, the public authority and the religious one have totally conflicting opinions. The first one stand for the freedom of conscience and the rights of the parents, while the other side claims that it works for the salvation of souls. With the occurrence of the Mortara case in Italy and the birth of the Alliance israélite universelle, the Jews of France become then aware that after Mallet was sentenced, they have gained freedom of religion.
IMGIMGIMGIMFLe père Théodore Ratisbonne (1802-1884), converti en 1827 et fondateur en 1843 de la congrégation de Notre-Dame de Sion.
D.R.
« Dès huit heures et demie du matin une foule nombreuse et impatiente stationne aux abords du Palais de justice. Ce n’est pas le public habituel des audiences d’assises qui montre cet empressement insolite et qui se prépare à prendre d’assaut l’espace destiné aux places réservées. [...]
La Cour d’assises de Douai a donc aujourd’hui à juger une de ces affaires qui passionnent l’opinion publique, et qui font d’autant plus de bruit, quand vient l’heure où la justice ordonne de rompre le silence, que l’on a cherché à contenir l’explosion. »
Telles sont les premières lignes du compte-rendu d’audience du procès du chanoine Mallet, accusé de détournement de jeunes filles juives mineures [1]. Ce procès qui se déroula les 1er, 2 et 3 mars 1861 fit grand bruit effectivement et attira les curieux avides de sensationnel. Il clôt treize ans de lutte épuisante pour une mère qui refusait la conversion de ses enfants et met en évidence deux faits : l’un coutumier de l’Église, à savoir sa propension à couvrir toute tentative de conversion fût-elle forcée, l’autre récemment adopté par le droit français, à savoir la défense de la liberté de conscience quelle que fût la personne. Ainsi, l’intégration des Juifs dans la société française progressait grâce à l’application stricte de cette législation égalitaire ; l’idée même de cette intégration pénétrait peu à peu dans l’esprit des gens.
 
« L’affaire Bluth-Mallet » : les faits [2]
 
 
En 1847, l’aînée des enfants Bluth, Anna, vint à Paris pour trouver une place d’institutrice. Elle quittait une famille juive unie et appréciée par sa communauté à Sarrelouis. Le père, Jacob, enseignait depuis seize ans à l’école juive et la mère, Sarah, s’occupait de ses huit enfants : Anna (Siona), née le 10 juillet 1825, Adolphe, né le 25 mai 1828, Minchon (Gabrielle), née le 21 mai 1830, Isidore, né le 18 mars 1832, Louise (Philomène), née le 3 octobre 1835, Sophie Thérèse, née le 5 juin 1839, Élisabeth, née le 1er mai 1842, Louis, né le 1er février 1846.
Très rapidement, Anna rencontra Théodore Ratisbonne qui avait fondé une congrégation féminine (Notre-Dame de Sion) dans le but de convertir puis d’instruire les jeunes filles juives pauvres. Elle fut baptisée sous le prénom de Siona. En 1848, Minchon puis le père firent un séjour à Paris et, sous l’influence de Siona, acceptèrent tous deux le baptême. Minchon devint Gabrielle. Pour le père, la conversion signifiait la perte de son emploi et, pour toute sa famille, l’exclusion de la communauté de Sarrelouis. Si bien que la mère vint rejoindre son mari, à Paris, avec le reste de ses enfants. Ce fut alors au tour des trois filles cadettes d’être baptisées.
Siona finit par trouver une place à Cambrai [3] où elle fit la connaissance du chanoine Mallet qui l’aida dans son œuvre de conversion. En décembre 1853, son frère Adolphe gagnait Cambrai où Mallet le confia au supérieur de la maison des Missions apostoliques. Peu après, il était converti. La mère refusait énergiquement d’abandonner la religion de ses pères et le prosélytisme débordant de sa fille la désolait. Elle était soutenue par son fils Isidore qui fut le seul de ses enfants à refuser le baptême. En 1854, elle se réfugia à Londres avec ses deux plus jeunes enfants et Isidore. Elle plaça Élisabeth dans une riche famille juive qui acceptait de lui assurer une éducation juive. Cette même année 1854 le père s’en allait vivre à Cambrai et Adolphe devenait professeur d’allemand dans un collège catholique, à Douai.
Le but de Siona, secondée par le chanoine Mallet, était de retirer Élisabeth de la famille londonienne pour empêcher un retour au judaïsme. Adolphe et son père, affligé par toutes ces difficultés mais toujours catholique, firent le voyage à Londres et parvinrent à ramener Élisabeth à Paris ainsi que la mère et le jeune Louis. Isidore était déjà revenu en France. Mallet prit alors en charge la famille et acheta pour Gabrielle un fonds de commerce en mercerie à Cambrai. Louise et Sophie se trouvaient dans la maison de la congrégation de Sion, à Paris. Élisabeth était confiée aux Bernardines de Cambrai et le petit Louis était placé dans un institut catholique à Valenciennes. Vaincue par tant d’adversité, la mère finit par se rendre à Cambrai pour se rapprocher de ses enfants. Elle découvrit alors, en 1854-1855, que les relations de sa fille Siona avec le chanoine Mallet étaient particulièrement intimes et provoquaient des rumeurs inconvenantes dans la ville. Elle préféra fuir et retourner à Paris, mais cette fois elle avait réussi à entraîner son mari et son fils Adolphe. Le père revint au judaïsme mais non pas Adolphe qui toutefois cessa d’être catholique.
Dès 1855, les parents, aidés d’Adolphe, tentèrent de récupérer leurs filles et le jeune Louis. C’est alors que Siona et Mallet cachèrent les enfants Bluth pour les soustraire aux recherches. En 1856, Louise qui atteignait sa majorité sortit de la maison de Sion pour vivre chez ses père et mère. Elle avait reçu le conseil de Ratisbonne même de les quitter dès que des propos hostiles au catholicisme seraient prononcés. Quelques jours plus tard, elle s’enfuit et, par des relais d’amis, parvint à retourner chez Mallet qui fit le déplacement à Paris pour la récupérer. Elle séjourna, en Belgique, dans une maison des sœurs de la Sainte-Union qui échouèrent dans leurs efforts pour la convaincre de prendre l’habit de religieuse. Aussi revint-elle chez Mallet à Cambrai. Elle découvrit la nature des relations entre sa sœur et le chanoine, qui d’ailleurs se montrait entreprenant envers elle également. Elle retourna donc chez ses parents après plus de deux ans de séparation. En mai 1856, le couple Bluth, aidé par un représentant du consistoire israélite, obtint que son fils Louis sorte de l’institution de Valenciennes et lui soit rendu. Dépitée, Siona, soutenue par Mallet mais aussi par le Vicaire général de l’évêché et le Supérieur de la maison des Missions apostoliques, entreprit de cacher Élisabeth. Sous de faux noms, elle fut transférée, de couvent en couvent, de chez les sœurs de la Sainte-Union de Douai en divers lieux de Belgique. Par le truchement de lettres envoyées d’Égypte, on fit même croire aux parents qu’elle était partie en Terre Sainte. Finalement, ces derniers retrouvèrent Élisabeth dans un établissement public pour aliénés, à Lille, en 1860. C’était le préfet qui les avaient prévenus d’une demande d’admission pour leur fille dans cette maison. Élisabeth retrouva la raison et put répondre aux enquêteurs. À l’heure du procès, tous les enfants avaient quitté leurs convertisseurs et se regroupaient autour des parents sauf Sophie, toujours disparue en 1861, et Siona qui avait elle aussi perdu la raison à la suite d’une grossesse et de la mort de son enfant [4]. Elle était soignée en Belgique.
 
L’intégration selon l’Église catholique : la conversion
 
 
Selon l’idée, solidement ancrée dans les esprits catholiques du XIXe siècle, qu’en dehors de l’Église il n’y a point de salut, tout le clergé se mobilisait volontiers pour venir en aide aux convertisseurs. Le chanoine Mallet acheva l’œuvre prosélyte entamée à Paris par Théodore Ratisbonne. Il trouva des emplois pour les enfants Bluth afin de remplacer le salaire du père, perdu du fait de la conversion. Il plaça Adolphe dans une maison missionnaire et aida Siona à maintenir dans le catholicisme ses jeunes sœur et frère, Élisabeth et Louis, contre la volonté de la mère et même celle du père, quand celui-ci fut revenu auprès de sa femme. Dans cette détermination d’imposer coûte que coûte leur catholicisme, Siona et Mallet n’étaient guère isolés. Ils trouvèrent la complicité spontanée de congrégations comme celle des Bernardines de Cambrai et surtout des Dames de la Sainte-Union, congrégation très influente dans la population du Nord grâce à un solide réseau d’écoles [5]. Les appuis vinrent de plus haut encore : le Supérieur de la maison des Missions apostoliques prit en charge Adolphe puis permit à Siona d’obtenir des relais pour cacher Élisabeth ; le vicaire général Vallée couvrit toutes ces démarches et même délia sa bourse pour pourvoir aux frais de pension :
« Combez [missionnaire apostolique] reconnaît que Siona est venue […] lui dire qu’elle avait l’intention de retirer Elisabeth des Bernardines. Sur la prière de Siona, il obtint de la supérieure de cette maison un congé pour le lendemain dimanche en faveur de la jeune fille. Il n’ignorait pas que Siona avait un projet mais il n’en savait pas plus. Le 11 mai, jour de la Pentecôte, Siona se faisait remettre sa sœur. À 9 heures du matin, elle était avec Elisabeth chez M. Combez dont, en s’agenouillant, elles sollicitaient la bénédiction.
Elles vont ensuite chez M. Vallée, vicaire général, puis se retirent dans la maison de M. Mallet […].
La pension d’Élisabeth se montant à 300 f par an fut payée, par tiers, par MM. Vallée, Bance et Mallet, la première année qui suivit le détournement [6]
L’archevêque partageait l’engagement de son clergé dans cette œuvre missionnaire. Il défendit avec opiniâtreté la cause des sœurs de la Sainte-Union lorsque celles-ci furent menacées d’interdiction à la suite du procès [7]. Il les lava même de toute faute dans deux lettres circulaires envoyées au clergé de son diocèse :
« La maison de Douai est loin d’avoir pris, comme a pu le croire V. Exc., une part active, et surtout une part coupable, au détournement des mineures Bluth… [8] »
« On insiste sur la participation coupable des Dames de la Sainte Union au détournement des mineures Bluth.
Nous le répéterons encore une fois : entre toutes les Dames de la Sainte-Union une seule a été impliquée dans cette affaire, et cette unique inculpée a été mise hors de cause par l’arrêt d’une Cour souveraine. De quel droit et avec quelle justice peut-on, après cela, soutenir que la Congrégation a été coupable !
On fait grand bruit de l’admission successive d’Élisabeth Bluth dans plusieurs couvents de la Belgique. […] La pauvre enfant fut d’ailleurs traitée partout comme les élèves qui payaient leur pension. Nous l’avouerons toutefois, en lui donnant ainsi, à la prière de sa sœur, du pain et de l’instruction, il y eut de la part des Dames de la Sainte-Union, charité trop peu défiante. Mais leur culpabilité ne dépassa pas cette limite [9]. »
L’archevêque ne décelait aucune faute chez ses ouailles dès lors que celles-ci travaillaient à maintenir dans l’Église catholique des enfants qui avaient été baptisés. Les abandonner au judaïsme représentait probablement, à ses yeux, une faute plus grave que de violenter les consciences des parents. Ses sentiments furent clairement exprimés par son biographe, aux intentions hagiographiques, peu de temps après sa mort : « Il s’agissait, non pas de soustraire l’enfant [Élisabeth] à l’autorité du père que l’on pouvait encore croire catholique fervent, mais de la mettre à l’abri d’un second enlèvement de la part de la mère et des juifs » [10].
Lorsqu’il devint notoire que Mallet entretenait des relations coupables, pour un prêtre, avec Siona, Adolphe se rendit auprès de l’archevêque pour qu’il «interpose son autorité». Rien n’y fit, Adolphe en témoigna au procès : « Mgr me dit “ Je sais ce qui se passe chez M. Mallet, je ne puis rien faire, l’affaire a été trop mal menée ” [11].» Le zèle missionnaire aveuglait Mgr Régnier et ses collaborateurs. Ce sentiment de se trouver dans son bon droit mais d’être empêché d’agir fit que les protagonistes de l’affaire prirent des allures de conspirateurs. Mallet se déguisa pour venir chercher Louise à Paris, il obligea Élisabeth à emprunter de faux noms pour mieux se cacher dans les couvents de Belgique, un courrier fut posté d’Égypte pour déjouer les recherches des parents [12]. L’impression d’être persécuté habitait tout ce clergé, obligé de se cacher, comme au temps des catacombes, pour aider des néophytes à vivre leur foi [13].
Mgr Régnier pensait d’autant plus être dans son bon droit qu’il considérait volontiers le droit religieux comme supérieur au droit civil, et son autorité devait au moins égaler celle du préfet. Il se montrait particulièrement jaloux de cette autorité préfectorale dès lors qu’elle s’exerçait sur son clergé : « Régnier est un angevin, modéré en matière ecclésiastique, mais intransigeant vis à vis du pouvoir civil. […] Il reproche à l’administration préfectorale de vouloir surveiller elle-même le clergé au lieu de s’en remettre à l’autorité épiscopale, et d’être bienveillante pour les congrégations [14]. »
On comprend alors aisément cette sorte de rivalité qui s’exerçait entre l’autorité religieuse et l’autorité civile. Ni l’archevêque ni le représentant du ministère public ne pouvaient plier mais le droit civil, désormais, s’imposait à la volonté des hommes, quelle que fût l’appartenance religieuse des citoyens. L’égalité devant la Loi, telle était l’importante acquisition apportée par la Révolution Française et mise en pratique durant tout le XIXe siècle. Mais cette égalité s’exerçait, parfois, aux dépens des intérêts missionnaires de l’Église. Elle en éprouvait donc un fort ressentiment. Aussi, convaincue que, hors d’elle, les citoyens se trouvaient dans l’erreur, elle pensait devoir convertir les Juifs pour les intégrer à la France catholique et rien ne devait s’opposer à cette mission.
 
L’intégration selon la Justice civile : la liberté de conscience
 
 
Avant même la séparation des Églises et de l’État (1905), les représentants de la Justice se montrèrent le plus souvent indépendants à l’égard des religions. L’abandon du serment more judaïco (1846) plaçait les Juifs devant la même juridiction que leurs concitoyens. Encore fallait-il que leurs plaintes et leurs causes fussent entendues équitablement.
Dans cette affaire Bluth-Mallet, Camescasse, le procureur général, assumait gravement son rôle de représentant du ministère public. Avec fermeté, il entendait protéger les familles contre tout fanatisme religieux : « La mère est nécessaire à l’enfant, rien ne remplace la famille » est la première phrase de son réquisitoire. Plus loin il dénonçait l’action de l’Église : « Je sais que, si l’autorité paternelle a été méconnue, c’est au nom d’influences saintes. […] Ces saintes influences, je les respecte en leur principe, je les respecterai dans leurs conséquences, mais à une condition, c’est que pour les exercer, on respectera la loi ». Et il concluait son réquisitoire par un appel à la défense du droit des familles : « Je parle de la famille, MM. les jurés. C’est qu’en effet ce n’est pas seulement l’intérêt de la loi que je remets entre vos mains, c’est aussi la cause de la famille. […] Je vous le répète en terminant, c’est la cause des pères de famille que je remets avec confiance entre vos mains [15]. »
Il est vrai que Camescasse s’opposait aux cléricaux, plus particulièrement au parti légitimiste ultramontain qui jouissait d’un certain succès auprès du clergé de la région [16]. Mais cette hostilité ne guidait pas seule ses sentiments à l’égard de la cause de la famille Bluth. Il était profondément convaincu qu’il avait à poursuivre le mal, aussi écrivait-il au ministre des Cultes, peu avant l’ouverture du procès : « Si j’en crois les renseignements qui nous viennent de toutes parts, tout le clergé s’agite sans relâche. […] Nous ne reculerons pas d’une semelle, bien au contraire, mais enfin, jusqu’ici, le ciel ne favorise pas l’innocence, qui est évidemment incarnée en la personne du procureur général [17]. »
Campant sur cette position, il se trouvait alors en plein accord avec Rouland, le ministre des Cultes. En effet, dès le 21 octobre 1860, alors qu’il venait de prendre connaissance des conclusions de l’enquête grâce à des informations fournies par son collègue de la Justice, Rouland se montrait prêt à voler au secours des familles menacées malgré les foudres cléricales qu’une telle attitude ne manquerait pas de déclencher. Remarquablement, il plaçait d’emblée l’argumentation au niveau de la défense des Droits de l’homme puisqu’il évoquait «la liberté de conscience» :
« Il est hors de doute qu’un procès criminel révélant des faits si graves à la charge d’ecclésiastiques et directeurs d’ordres religieux, est de nature à causer de profondes impressions dans l’opinion publique.
Mais les lois du pays ont été indignement violées et il importe à la liberté de conscience et à la sécurité des familles d’être garanties contre les tentatives coupables d’un prosélytisme aveugle [18]. »
Ainsi donc, Rouland ne commettait pas l’erreur de s’en tenir à l’abominable affaire de mœurs qui avait attiré la curiosité, parfois malsaine, du public. Il mettait en pleine lumière un autre aspect de l’affaire, à savoir la conversion forcée, et il définissait correctement l’enjeu de ce procès : la liberté des cultes. C’était pour maintenir cette liberté qu’il persévéra à surveiller, voire poursuivre, les congrégations convaincues de prosélytisme. Il fallait punir mais également prévenir le mal. Il agit très tôt dans ce sens car, dès le 9 mars 1861, moins d’une semaine après le verdict, il renseigna son collègue le Garde des Sceaux :
« … les débats ont dû jeter une vive lumière sur le rôle de plusieurs congrégations religieuses françaises dans les faits qui ont préparé ou constitué le détournement des filles Bluth. Le gouvernement de l’Empereur aura des mesures à prendre à l’égard de ces congrégations suivant le degré de responsabilité qu’elles doivent encourir.» [Et comme une des filles Bluth restait introuvable] « … j’ai l’intention de demander un compte sévère soit à l’ecclésiastique soit au congréganiste chez qui on retrouverait les dernières traces de Thérèse Bluth. Il est impossible que des actes aussi profondément inquiétants pour les familles ne retombent pas de tout leur poids sur ceux qui y ont participé. S’ils se renferment dans un silence obstiné, le gouvernement aura le devoir de frapper autant qu’il est en son pouvoir les ecclésiastiques et les congrégations coupables d’une réticence calculée et odieuse [19]. »
Cette protestation ne resta pas sans effet car, durant l’hiver 1861-1862, des circulaires furent envoyées aux directeurs et aux supérieurs de congrégations pour les avertir des dangers qu’ils encouraient s’ils admettaient dans leur établissement des enfants mineurs sans le consentement formel des parents ou des tuteurs [20]. L’affaire Bluth-Mallet eut bien comme conséquence d’accroître la vigilance des pouvoirs publics envers le zèle des convertisseurs. Le respect de la conscience individuelle importait davantage que la volonté d’une Église catholique encore puissante en France.
Ce principe, bien compris et appliqué par le gouvernement impérial, permettait aux Juifs d’obtenir gain de cause auprès de la justice dès lors qu’ils étaient menacés dans leur foi. C’était un net progrès dans le contexte religieux des années 1860-1861 en France et en Italie. L’affaire Bluth-Mallet n’en fut pas la seule illustration.
 
Le contexte : Église catholique contre pouvoir civil
 
 
Jusqu’aux dernières années de la décennie 1850, l’Église continua de jouir en France d’une place importante dans la société et même en politique. Napoléon III n’affichait pas un catholicisme outrancier mais son mariage avec Eugénie de Montijo en 1853 l’incita à se montrer plus soucieux des intérêts de l’Eglise ; il avait d’ailleurs compris qu’en s’alliant la hiérarchie catholique il ralliait une grande partie de la population. Aussi la première décennie du Second Empire correspond-elle à une période faste pour l’Église. Le clergé, dans sa majorité, se montrait alors favorable à la politique impériale. C’était aussi l’époque où la piété mariale progressait dans la population grâce à des apparitions qui satisfaisaient des esprits avides de surnaturel. La plus éblouissante d’entre elles fut sans doute celle de Lourdes qui se déroula en 1858 [21].
Mais le processus de l’unité italienne brouilla les cartes. Napoléon III finit par soutenir la cause de la maison de Savoie qui était parvenue à regrouper les forces unitaires contre la volonté du pape. Celui-ci refusait obstinément de réduire son pouvoir temporel au profit de l’unité du pays. La France s’engagea donc dans une guerre victorieuse contre l’Autriche (1859), permettant ainsi de franchir une première étape vers l’unité. Le pape manifesta une profonde contrariété, vite partagée par une grande partie du clergé de France volontiers ultramontain. Cette rupture entre les catholiques et l’Empereur se fit au moment de l’enquête sur l’affaire Bluth-Mallet et non lors du procès. Elle consolida néanmoins la défiance que Mgr. Régnier nourrissait à l’égard des pouvoirs publics [22].
En même temps, vers 1860, plusieurs affaires éclataient et venaient ternir l’image du clergé. Toutes ne concernaient pas des conversions de Juifs, mais elles mettaient toujours en cause la loyauté, l’intégrité et la probité de prêtres ou de religieuses [23]. Dans le Nord, deux affaires de détournement de mineurs préoccupaient Camescasse lorsque l’enquête Bluth-Mallet démarra. Durant l’année 1859, un jeune garçon puis une jeune fille (non juifs) avaient intégré des maisons religieuses sans l’autorisation de leurs parents qui les recherchaient. Camescasse n’était pas parvenu à mener correctement les poursuites contre les religieux responsables de ces disparitions car la hiérarchie catholique, de connivence avec quelques fonctionnaires de la Justice, les protégeait. En fait, l’affaire Bluth-Mallet, était la première affaire de détournement de mineurs qui aboutissait, dans le Nord, à un procès et, mieux encore, à une condamnation.
C’était peut-être même la première affaire de conversion forcée à l’encontre de Juifs à se terminer par une enquête et un procès. Au cours du XIXe siècle les Juifs furent une cible de choix pour le prosélytisme effréné des missionnaires catholiques. Dans sa thèse, David Cohen rappelle quelques cas de conversions abusives qui soulevèrent l’indignation des consistoires. Deux ont lieu en 1859 [24] : à Paris d’abord, un malade est maltraité dès lors que sa femme repousse les tentatives de conversion exercées par la sœur soignante sur le jeune enfant du couple. Alerté, le directeur de l’Administration générale des hôpitaux de Paris promet de protéger la « liberté de conscience » des malades mais la religieuse n’est pas inquiétée. À Marseille ensuite, un moribond est baptisé sur son lit de mort à l’hôpital militaire. Sa famille proteste mais les convertisseurs prétendent qu’il avait sollicité cette conversion, ce qui reste incertain. Dans ces affaires, qui suscitaient de véhémentes protestations de la part des consistoires, les convertisseurs restaient impunis ; il leur était seulement demandé de s’abstenir de telles pratiques à l’avenir.
Dans l’affaire Bluth-Mallet, le délit était nettement plus grave puisqu’il y avait eu détournement et rapt de mineures contre la volonté de la mère puis du père, sans parler des abus sexuels de la part du prêtre. En fait, elle se situe juste après l’affaire Mortara (1858) qui mobilisa bien des énergies, et avant d’autres affaires de détournement de jeunes Juifs dans le but de les convertir contre le gré des parents.
Se déroulant en Italie, dans les États pontificaux et sous le couvert du pape, la disparition du petit Mortara resta une énigme malgré les interventions de personnages aussi prestigieux que Montefiore, Crémieux, et même Napoléon III. Baptisé, l’enfant fut définitivement enlevé à sa famille juive pour être élevé dans le catholicisme. Dans cette affaire, le viol des consciences était patent et revendiqué par le Saint-Office qui refusa la restitution du bambin. L’affaire Mortara devint une référence pour les enquêteurs français et les représentants de la Justice : «le département du Nord croit avoir son Affaire-Mortara», est-il écrit dans le compte-rendu du procès Mallet [25].
Dans les mois qui suivirent le procès Mallet, d’autres affaires de conversions forcées furent portées sur la place publique. La chronologie est particulièrement serrée durant l’année 1861 :
  • mars-avril : baptême d’un enfant en Moselle avec l’approbation de l’évêque. L’enfant, resté dix-huit mois chez des catholiques, est ensuite confié à une famille juive de Metz car ses parents s’en occupaient mal. Une plainte est déposée mais il n’y eut pas de poursuites en raison de l’attitude de la famille de l’enfant.
  • mars-juin : Sarah Linnerviel, baptisée à l’âge de dix-huit ans et cachée pour la soustraire aux recherches de ses parents qui la réclamaient depuis 1859, est renvoyée de la maison du père Ratisbonne à Paris vers Auxerre où ses parents la retrouvent.
  • juin : procès en appel du chanoine Mallet à Amiens. Sa peine de six ans de réclusion est réduite à cinq ans. Les abus sexuels expliquent la sévérité de la sentence.
  • juin : découverte d’une affaire de prosélytisme abusif de la part de religieuses à Bordeaux ; le délit ne pouvant être formellement prouvé, l’affaire ne va pas en justice mais la communauté des sœurs est dissoute.
  • novembre : procès, à Riom, du couple Collas responsable du détournement de Sarah Linnerviel ; le couple est seul inculpé alors qu’il avait bénéficié de nombreuses complicités dont, une fois encore, celles du père Ratisbonne et de la congrégation de Notre-Dame de Sion.
  • 1862 : baptême puis communion d’une jeune Juive à Reims ; une plainte est déposée auprès du parquet de la ville par le Président de la communauté mais le procureur se contente d’admonester les religieuses [26].
Dans toutes ces affaires, la justice est saisie et elle poursuit les acteurs des enlèvements et des séquestrations dans des couvents mais la hiérarchie, et surtout la congrégation du père Ratisbonne, n’est guère inquiétée. Toutefois, les deux procès, coup sur coup, de Cambrai puis de Riom suscitèrent une vigoureuse réaction de la part des Juifs de France. Quelques mois avant ces procès, en 1860, un groupe d’hommes décidés à prendre la défense de leurs coreligionnaires partout où ceux-ci seraient menacés fondaient, à Paris, l’Alliance israélite universelle.
 
L’intégration selon les Juifs de France : l’égalité entre les cultes
 
 
La liberté de conscience fut hautement revendiquée par la communauté juive de France à propos de l’affaire Bluth-Mallet. Parmi toutes les affaires, cette dernière frappait davantage les esprits parce que toute une fratrie, ou presque, avait reçu le baptême et que le convertisseur, finalement, était un triste sire. Pour corser les faits, deux filles avaient sombré dans la folie et l’une d’elles ne s’en était pas remise.
La presse juive s’empressa de contredire l’argumentation des religeux catholiques qui n’hésitaient pas à charger la famille Bluth de la responsabilité des conversions en mettant principalement en avant l’exaltation religieuse de Siona, néfaste à toute sa famille, et la faiblesse du père devant sa fille aînée. La courageuse résistance de la mère fut soulignée, voire glorifiée, pour prouver que le consentement parental n’était pas acquis et qu’il y avait bien eu irrespect de la foi juive, viol d’une conscience. S. Bloch de L’Univers Israélite parlait d’elle en ces termes :
« … Mme Bluth, en digne et courageuse femme d’Israël, résistant héroïquement et saintement aux tentatives et aux attentats des convertisseurs, se sauva avec sa jeune fille en Angleterre, comme on se sauve devant l’ennemi et l’invasion de la barbarie… [27] » ;
Pour démentir des propos calomnieux [28], Joseph Cohen, rédacteur d’un hebdomadaire juif, lançait un appel à ses coreligionnaires pour les inciter à utiliser pleinement leurs droits de citoyens [29]. Il invitait ses lecteurs à lutter en faveur de la liberté des consciences et contre les méfaits d’un prosélytisme outrancier ; il fallait, disait-il, se placer sous la protection des lois civiles et s’en remettre à l’impartialité de la justice française. C’était la seule garantie pour préserver sa foi ancestrale :
« … nous devons éclairer le législateur sur la gravité des périls qui menacent les famille israélites. Eh quoi ! […] la loi ne s’efforcerait pas de sauvegarder ce patrimoine bien autrement précieux qui se nomme la liberté de conscience et la foi religieuse ! […] Il y a là une lacune qu’il faut signaler bien haut à la justice du législateur et que l’esprit libéral du XIXe siècle doit se faire honneur de combler [30]. »
Cette allusion au libéralisme qui caractérise le XIXe siècle, résolument moderne, s’accompagnait aussi d’une référence à l’esprit libérateur de la « France de 89 [31]. » Au nom des Droits de l’homme, l’égalité entre tous les citoyens fut revendiquée avec force. L’égalité entre les cultes est l’inéluctable corollaire de la liberté de conscience :
« Les mères d’Israël sont averties qu’on cherche à leur enlever leurs enfants, l’âme de leur âme, la chair de leur chair. […] Qu’elles se placent hardiment sous l’égide des magistrats français, gardiens de l’inviolabilité du foyer domestique, des droits de la famille et de la société, du principe sacré de l’égalité et de la liberté des cultes ; elles y trouveront des vengeurs dévoués [32] ! »
Ce cri provenait d’une confiance immense, voire aveugle, dans une certaine France libérale, celle des Droits de l’homme.
La liberté des consciences exige donc l’égalité entre les cultes qui apporte la fraternité entre les citoyens. En effet, grâce à l’émancipation acquise en 1791, sous la Constituante, les Juifs de France ont pu exercer leur culte librement et à égalité avec les catholiques. Au siècle suivant, devenus libres et égaux, ils ont pu s’intégrer dans la société et servir honorablement leur pays. Telle est la conclusion que tire Joseph Cohen de sa réflexion sur l’affaire Bluth-Mallet :
« … dans notre société égalitaire, quelle est donc la carrière qui se ferme devant un citoyen honorable, intelligent, à cause de sa foi religieuse ? Qu’ils [les convertis qui ont abjuré par intérêt] regardent donc autour d’eux tous ces hommes illustres en Israël qui sont arrivés en France aux plus hauts rangs de la hiérarchie sociale, dans toutes les directions de l’esprit humain, sans avoir déchiré le drapeau de leur foi, sans avoir renié la belle et pure croyance de leurs pères [33] ! »
L’intégration des Juifs dans la société française passe donc bien par la liberté de conscience et l’égalité entre tous les cultes : le droit s’appliquant également à tous. Sous le Second Empire, cette égalité progressait : peu avant la série des affaires de 1861, le Consistoire était parvenu à faire interdire aux magistrats de mentionner l’appartenance au judaïsme quand les inculpés étaient juifs [34]. L’affaire Bluth-Mallet constitue une étape vers cette entière égalité entre les cultes.
Plus encore, elle est un jalon dans l’évolution du respect des Droits de l’homme et dans le processus d’intégration des Juifs dans la société française. Mais il y eut un revers à cette médaille : les limites imposées à l’agressivité prosélyte du clergé catholique sous le Second Empire ravivèrent l’antijudaïsme qui évolua rapidement en antisémitisme. « Je crois devoir éclairer le Gouvernement sur les manœuvres des Juifs et des impies [35] » écrivait le père Ratisbonne, dès le 11 mars 1861, afin de mieux se disculper. Le thème d’une justice, voire d’un gouvernement, enjuivée commence à poindre dans cette remarque. Et en 1869, un certain Gougenot des Mousseaux faisait paraître Le Juif, le judaïsme et la judaïsation des peuples modernes, gros livre indigeste qui annonçait la sortie, en 1886, de La France juive d’Édouard Drumont.
 
NOTES
 
[1]Compte rendu complet des Débats de l’affaire du Chanoine Mallet, détournements de jeunes filles mineures. Ce document imprimé est le seul que les archives diocésaines de Cambrai possèdent sur cette affaire. Ce mutisme des sources dans le diocèse dont dépendait le chanoine est peut-être un signe éloquent du désir d’oublier rapidement cette affaire.
[2]Cet exposé résume, en grande partie, un long rapport du ministre de la Justice à son collègue des Cultes, dans le cadre de l’enquête aboutissant au procès de 1861. Le rapport est daté du 16 octobre 1860. Archives nationales (désormais AN) F19/5799.
[3]Cambrai, siège de l’archevêché, est donc la capitale catholique du Nord.
[4]La suppression criminelle de cet enfant par Mallet n’a pu être formellement prouvée lors de l’enquête et du procès.
[5]« Parmi les congrégations de femmes, qui sont très prospères et très nombreuses, la plus puissante est celle des Dames de la Sainte-Union de Douai. Elle dirige une centaine d’écoles primaires, dont la moitié dans le Nord. Elle dirige aussi des pensionnats où l’aristocratie du Nord fait élever ses filles », J. Maurain, La Politique ecclésiastique du Second Empire de 1852 à 1869, Paris, F. Alcan, 1930, p. 268.
[6]AN F19/5799. Rapport du 16 octobre 1860, voir note 2. À cette époque, Élisabeth n’avait que quatorze ans.
[7]Voir notamment AN F19/2511 sur Mgr Régnier ; AN F19/6244 sur la congrégation de la Sainte-Union et son interdiction suite à l’affaire Bluth-Mallet ; Archives départementales du Nord (désormais ADN) 6 V 182 sur cette même congrégation mais le dossier est beaucoup moins fourni en ce qui concerne l’implication des sœurs dans cette affaire.
[8]ADN 2 V 113. Lettre circulaire de Mgr l’archevêque de Cambrai au clergé de son diocèse à l’occasion des récentes affaires de la congrégation des Dames de la Sainte Union, Cambrai, le 5 novembre 1861. Les termes en italique le sont dans le texte.
[9]Ibid., Lettre circulaire de Mgr l’archevêque de Cambrai à MM. les archiprêtres et doyens de son diocèse, Cambrai le 15 janvier 1862. Les termes en italique le sont dans le texte.
[10]Abbé C. J. Destombes, Vie de son éminence le cardinal Régnier, archevêque de Cambrai, Lille, Paris, Librairie Lefort, 1885, Livre IV, chap. 1, p. 15. Le mot « juifs » est en italique dans le texte. Le premier « enlèvement » fait référence à la fuite de la mère à Londres, pour se préserver de la mission de conversion de Siona. Ce même biographe parle aussi de « délicate intervention dans l’œuvre de conversion au catholicisme », Livre III, chap X, p. 467.
[11]Compte rendu complet des débats…, op. cit., p. 11. Témoignage d’Adolphe. Pourtant l’archevêque se montrait rigoureux et strict, cf. Pierre Pierrard, Les Diocèses de Cambrai et de Lille, Paris, Beauchesne, 1978, p. 241 : « Mgr Régnier est extrêmement sensible à la réputation et donc à la tenue de son clergé ».
[12]« On me mit dans un couvent […] d’où un curé déguisé vint m’enlever », témoignage de Louise, Compte-rendu complet des débats…, op. cit., p. 11. Élisabeth, quant à elle, lors du procès lança à l’accusé : « C’est vous qui m’avez dit de changer de nom et de me dire orpheline », ibid., p. 12. Elle prit les noms de Marie Delacroix, Nathalie Dubois, Henriette Legrand, id., pp. 12-15.
[13]À commencer par Mgr Régnier qui écrivit : « Le clergé de France s’est étonné des rigueurs extrêmes que nous avons subies, et la douloureuse impression qu’elles ont causée ici aux prêtres et aux fidèles est loin d’être calmée. » ADN 2 V 113 ; Lettre circulaire…, op. cit., 5 novembre 1861, p. 8. Et son collègue de Paris d’approuver : « … les dispositions défavorables à nous et aux intérêts qui nous sont chers, dans ces temps difficiles, ont bien pu réagir sur la direction donnée aux débats dans l’affaire Mallet, et sur la manière dont les dépositions de tels et tels témoins ont été accueillies.» Abbé C. J. Destombes, Vie de son éminence…, op. cit., Livre III, chap. X, p. 468.
[14]J. Maurain, La Politique ecclésiastique…, op. cit., p. 269.
[15]Ces trois citations proviennent du Compte-rendu complet des débats…, op. cit., p. 19.
[16]Lire notamment J. Maurain, La Politique ecclésiastique…, op. cit., pp. 384-385.
[17]AN F19/6254, lettre de Camescasse à Rouland, ministre des Cultes, le 18 février 1861, citée par J. Maurain, ibid., p. 533.
[18]AN F19/5799, lettre de Rouland au Garde des Sceaux, le 21 octobre 1860.
[19]Ibid., lettre de Rouland au Garde des Sceaux, le 9 mars 1861.
[20]Ces circulaires constituent une partie du dossier AN F19 / 6254.
[21]Lire Gérard Cholvy et Yves-Marie Hilaire, Histoire religieuse de la France contemporaine, 1800-1880, Toulouse, Privat, 1985, p. 180 : entre 1830 et 1876, les auteurs dénombrent 13 apparitions mariales ; 7 d’entre elles ont lieu entre 1842 et 1860, plus particulièrement 3 se déroulent entre 1846 et 1849. En 1842, il s’agit de la conversion d’Alphonse Ratisbonne, le frère de Théodore impliqué dans l’affaire Bluth-Mallet.
[22]Pierre Pierrard, Les Diocèses…, op. cit., p. 237 : « Désormais [après 1859], le clergé et les catholiques du Nord, comme leur archevêque, ont les yeux tournés vers Rome, attentifs aux moindres désirs et à tous les besoins du pape ».
[23]Cf. J. Maurain, La Politique ecclésiastique…, op. cit., p. 536, qui cite même, dans sa note 1, une brochure : Crimes, délits, scandales au sein du clergé, parue en 1861. Cet auteur précise en outre : « Beaucoup de ces procès scandaleux prirent l’allure de batailles politiques entre l’autorité civile et le clergé », p. 536.
[24]David Cohen, La Promotion des juifs en France à l’époque du Second Empire (1852-1870), Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, 1980, pp. 720-721.
[25]Compte rendu complet des débats…, op. cit., p. 1. Orthographié et utilisé de cette manière, le mot composé « Affaire-Mortara » devient un nom commun.
[26]Toutes ces affaires sont plus ou moins bien connues grâce à David Cohen, La Promotion des juifs, op cit., p. 723 (affaire Linnerviel) ; J. Maurain, La Politique ecclésiastique…, op. cit., pp. 575-576 (affaire Linnerviel, affaire de Moselle, affaire de Bordeaux) ; Bernard Blumenkranz, Documents modernes sur les Juifs, XVIe-XXe siècles, t. I : dépôts parisiens, Toulouse, Privat, 1979, p. 299 (affaire de Reims) et p. 341 (affaire de Moselle), cet auteur donnant un résumé du contenu des dossiers d’archives dont il fournit la cote aux Archives nationales : F19/6320 pour l’affaire de Reims et BB 18/1626 pour l’affaire de Moselle.
[27]L’Univers israélite, t. 16, mars 1861, p. 350.
[28]L’avocat de Mallet et toute la hiérarchie catholique prétendaient que la mère avait vendu sa fille Élisabeth au riche couple juif de Londres.
[29]« L’affaire du chanoine Mallet et l’abbé Ratisbonne », La Vérité israélite, publication hebdomadaire par des rabbins et des publicistes, t. 4, année 1861, pp. 193-199.
[30]Ibid., pp. 197-198.
[31]L’Opinion nationale de mars 1861, article de Ch. Sauvestre, reproduit par S. Bloch dans L’Univers israélite, t. 16, mars 1861, p. 354. La presse juive n’était pas seule dans son combat pour la liberté et l’égalité. Aussi le journaliste de L’Univers israélite préféra-t-il répéter les propos d’un collègue qu’il fit siens.
[32]La Vérité israélite, t. 4, 1861, p. 197.
[33]Ibid., p. 199.
[34]Cela se passait en 1858. À ce sujet David Cohen cite une lettre du ministre des Cultes, Rouland, datée du 17 décembre 1858 qui assure son collègue de la Justice de son aide pour que de telles pratiques cessent : « Je n’ai pas besoin, M. le Ministre et cher collègue de vous assurer de l’égale protection que tous les cultes sont certains de trouver devant la justice. Toutefois, j’ai pris note de votre communication et si des faits de la nature dont ceux dont se plaint le Consistoire central israélite viennent à se produire devant les tribunaux, il sera pris des mesures pour leur prompte répression », Archives du consistoire israélite de Paris, B 33/2, cité dans David Cohen, La Promotion des juifs, op. cit., p. 122. Bernhard Blumenkranz, dans Documents modernes, op. cit., pp. 340-341, signale également la présence d’un dossier de réclamations du Consistoire central « au sujet d’expressions blessantes pour les Juifs employées devant les tribunaux », AN BB/18/1589.
[35]Lettre du 11 mars 1861 aux sœurs de Sion, de la maison de Grandbourg ; citée par mère Bénédicta de Sion, Le T. R. Père Marie-Théodore Ratisbonne, fondateur de la Société des Prêtres et de la Congrégation des Religieuses de Notre-Dame de Sion, Paris, Libr. Poussielgue, 1905, t. 2, p. 129. Des extraits de cet ouvrage, difficile d’accès, m’ont été très cordialement fournis par A.-D. Rinckwald, sœur de Notre-Dame de Sion et ancienne Provinciale pour l’Europe de sa congrégation. Les pères et sœurs de Sion ont diamétralement changé leur mission qui est, actuellement, le rapprochement entre juifs et chrétiens et la dénonciation énergique de tout prosélytisme et tout antisémitisme chez les catholiques. Cf. à cet égard l’article de Madeleine Comte dans ce même numéro.
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